VIII
Di-ri- ge...
to-
ta di- e. Ps. Ad te Domine..
in te confido non eru-be-scam.
(1) Certains manuscrits notent cette pièce en clé de do; nous lui avons préféré l'écriture, plus traditionnelle pour les IIes modes : clé de/a, avec sib lorsqu'il est nécessaire.
Sous cette seconde forme, c'est la psalmodie du VIIIe mode qui est indiquée normalement (i). Le Tonale Q. 318 du Mont-Cassin classe cependant cette pièce dans le VIIe mode ; et il est suivi, en cela, par le Missel d'Oxford qui, lui, donne la psalmodie du VIIe mode.
Le graduel Qui confidunt est une adaptation correcte du Miserere mihi. du Mercredi de la IIIe semaine de Carême :
vu. §j jcpc
Qui confidunt
Le trait Confitemini est celui-là même que nous avons à la messe de ce jour (3). Quant à l'offertoire, les manuscrits hésitent entre YExaltabo te du Mercredi des Cendres et une adaptation particulière : Patres nostri{^) de l'offertoire Confirma hoc de la Pentecôte :
Patres no- stri 5
Comme on le voit sur le tableau d'ensemble, cinq manuscrits seulement donnent cet offertoire Patres nostri; dix YExaltabo te. Deux d'entre eux, d'ailleurs, les graduels VI. 34 et VI. 38 de Bénévent. donnent successivement l'un et l'autre.
(1) 11 est d'ailleurs assez curieux de noter que certains manuscrits, écrivant de la première manière, donnent cependant la psalmodie du VIIIe mode; et que d'autres, écrivant de la seconde, donnent la psalmodie du IIe mode.
(a) Une fois pour toutes, nous avertissons que, dans des cas d'adaptation comme celui-ci, nous reproduisons, non la mélodie de l'Edition vaticane, mais celle des manuscrits bénéventains eux-mêmes. On ne s'étonnera donc pas de trouver parfois, dans les mélodies en question, quelques légères variantes relativement au texte reçu.
(3) Il y aurait toutefois à relever un nombre assez considérable de particularités relatives à l'adaptation du même texte à la même mélodie. On note, en effet, dans les manuscrits bénéventains, tous d'accord entre eux, quelques formules fautives quant à l'accentuation, ou qui, de ce dernier point de vue, révéleraient une accentuation différente. La particularité pourrait être l'effet d'une distraction si elle se présentait une fois ou deux en passant; mais le cas est vraiment trop fréquent pour qu'on ne soit pas contraint d'y voir des corrections systématiques : soit que la composition primitive ait été conçue sans tenir un compte suffisant des règles d'adaptation qui ressortent de l'étude des formules dans les traits anciens : défaut auquel il aura fallu remédier dans la suite en retouchant l'adaptation fautive; soit que, volontairement, une adaptation primitive, d'abord correcte, ait été modifiée dans un sens peu conforme aux règles, ce qui paraît moins probable.
(4) Patres nostri in sEgypto non intellexerunt mirabilia tua, Domine, et non fuerunt memores multitudinis misericordiœ tuœ, Deus. y. Mémento fiostri, Domine, in beneplacito populi tut, et visita nos in salutari tuo. y. Memor multitudinis misericordiœ tuœ, Deus.
(5) Formule exactement calquée sur l'incipit de l'offertoire de la Pentecôte dans les manuscrits bénéventains :
=F5s*a-r>»»rr
Confirma hoc De- us
Le décalage de cette intonation sur Confirma hoc est la seule différence notable qui existe entre cette version et celle de l'Edition vaticane; à partir de Deus et jusqu'à la fin, les mélodies sont écrites sur la même échelle.
LA TRADITION BÉNEVENTAINE. 237
La messe bénéventaine du IIe dimanche de Carême se termine enfin par une communion propre, fort belle pièce du Ier mode, dont le début rappelle l'introït Dominus secus mare de la Vigile de S. André (i) :
^— -U-^^%>££±3=^ . Sfl ^— J-^+bi^-
Re-dimet Dominus animas servorum su-o- rum, et non de-re- linquet o-mnes
qui spe- rant in e- o 2.
(i) Le même texte est employé, dans la liturgie mozarabe, sous forme de verset de l'antienne « ad accedentes » Gustave et videte :
Gustate et videte quam suavis est Dominus. Alléluia.
f. Benedicam Domino in omni tempore, semper laus ejus in ore meo. Alléluia.
In Domino laudabitur anima mea; audiant mansueti et laetentur. Alléluia.
Redimet Dominus animas servorum suorum, et non derelinquet omnes qui sperant in eum. Gloria. Amen. Alléluia.
Repletum est gaudio os nostrum, et lingua nostra exsultatione. Alléluia.
Cf. Dom FÉrotin, Le Liber Ordinum en usage dans l'Eglise Wisigothique et Mozarabe d'Espagne, Paris, Firmin-Didot 1905, col. 241-242.
(2) Nous disions il y a un instant que la variété des formulaires que l'on rencontre dans les manuscrits pour certaines messes était un indice de leur caractère postérieur. Dans le paragraphe précédent, nous signalions un autre indice du même ordre : la variété des mélodies appliquées aux mêmes textes.
Il est intéressant de noter que, dans le cas du IIe Dimanche de Carême, on voit ces deux indices se surajouter.
Le codex 123 de la Bibliothèque Angelica de Rome, qui date du XIe siècle, et provient de la région Rologne-Modène, présente, en effet, cette particularité d'indiquer, ce jour-là, deux messes :
La première, précédée du titre : Dotninica vacat, est composée de la manière suivante : Lnt. Reminiscere *; Grad. De necessitatibus * ; Trait Confitemini ; Off. Meditabor * ; Com. Intellige *. C'est, à peu de chose près, la messe du Mercredi précédent, adoptée, comme nous l'avons dit, par le Missel romain.
Une deuxième messe vient ensuite, précédée du titre : alio, et dont les textes sont, pour la plupart, ceux-là même que nous venons d'indiquer comme caractéristiques des manuscrits bénéventains : Lnt. Dirige; Grad. Qui confidunt; Trait Dixit Dominus mulieri; Off. Exaltabo te*; Com. Redimet. Mais — et c'est ce détail qui est particulièrement curieux — les textes en question ont une mélodie toute différente de la mélodie bénéventaine. L'introït et la communion ont tous deux été adaptés sur les pièces correspondantes de la messe du lendemain, IIe Lundi de Carême :
l'introït sur l'introït Redime me :
Di-ri-ge
me
al
Ti
la communion sur la communion Domine Dominus noster :
Redi- met
Quant au graduel, il est construit tout simplement sur le type ordinaire du IIe mode Justus ut palma.
Le codex Rome, Angelica 123 est l'un de ceux qui ont servi à Thomasi : c'est son manuscrit A. A ne considérer que les textes, dans son édition (Thomasi-Vezzosi, Opéra omnia, 1750, t. V. p. 49), on n'eût pas manqué de penser que les mélodies de ces pièces devaient être précisément les mélodies bénéventaines. Il n'en est rien.
On a là un exemple curieux du fait signalé plus haut et qui décèle le caractère postérieur de certaines messes : non seulement la variété des formulaires, mais encore la variété des mélodies quand les textes sont les mêmes.
D. — La messe Domine exaudi du Samedi veille des Rameaux.
Le Samedi veille des Rameaux, comme le Samedi après les Cendres, était primitivement aliturgique : Sabbato ad eleemosynam vacal, disent les anciens manuscrits; ou encore : Sabbato vacat. Domnus Papa eleemosynam dat. Après coup, il fut, lui aussi, pourvu d'une messe. Il faut croire que, dans le groupe bénéventain, cette lacune fut comblée après celle du IIe dimanche, car on est loin de retrouver, dans les manuscrits, la même uniformité que pour celle-ci. Plusieurs d'entre eux, Benévent VI. 3) et Paris, B. N. lat. 82c, se contentent de faire répéter, pour les pièces chantées, la messe de la veille : c'est la solution qu'a retenue le Missel romain. Un autre groupe, constitué uniquement par des manuscrits cassiniens, fait reprendre, non pas la messe de la veille, mais la messe Liberator, du Mercredi précédent. Tous les autres donnent une messe propre, dont certaines pièces pourraient sembler originales, si nous ne venions précisément de faire connaissance avec les modèles bénéventains dont elles ne sont que des copies.
L'introït Domine exaudi est une adaptation — et une fort mauvaise adaptation — de l'introït Dirige dont nous parlions il y a un instant :
i-^ft-i-' — ■ ■ g~ |gPVftr
Domi- , ■ ■
ne exaudi ora- ti-
onem me-
am, et
clamor me- us ad te per- veni- at.
1 rk ■
Ps. Ne avertas faci- em tu-am a me in quacumque di-e tribulor inclina ad me aurem tu- am.
Le Dirige était une composition très bien équilibrée, en deux parties, sensiblement de même importance, dont la première se terminait par une cadence bien affirmée sur doce me. Puisqu'il avait décidé de prendre cet introït comme modèle, le compositeur aurait pu remarquer que le Domine exaudi, lui aussi, se divisait en deux parties d'égale étendue, mais beaucoup plus courtes que celles de son modèle; il lui eût donc fallu chercher à condenser la mélodie de l'original de façon à amener la cadence de doce me sur le dernier mot mcam qui terminait la première phrase du nouvel introït. 11 n'a pas été chercher si loin, et s'est contenté d'adapter matériellement le nouveau texte sur la mélodie choisie, prolongaant aussi longtemps qu'il était possible le parallélisme avec son modèle, quitte à se trouver acculé à improviser une cadence finale. Visiblement il n'a été aucunement troublé par le contresens musical qui résulte de l'absence de coupure entre clamor et meus.
Le gradue! Dies mei (1) de la messe Domine exaudi est construit tout simplement sur le type du IIe mode Justus ut palma :
ë=ft- -NVl*-
Di- es me- i
(1) Dies mei sicut timbra declinaverunt, et ego sicut fœtmm arui. f. Tu autem, Domine, in œternum permanes, et memoriale tnum in sceculum sœculi.
LA TRADITION BÉNEVENTAINE. 239
L'offertoire Domine ad adjuvandum est propre aux manuscrits bénéventains :
Do- mi- ne, ad adju-van- dum me fe- sti- na confundan- tur
/Ml.. I . . P^Er^^ttS
o- mnes adversus me cogi-tan- tes va- na r.
La tradition manuscrite connaît bien un offertoire assez semblable, au moins quant au texte : on le trouve à la messe Lœtctur cor, du Jeudi de la IVe semaine de Carême, en remplacement de l'offertoire Domine in auxitium, qui y est normalement affecté (2). La tradition est d'ailleurs loin d'être concordante, non seulement sur la mélodie, mais même sur le texte de cette pièce, insérée postérieurement dans les manuscrits. Les témoins sangalliens, par exemple, terminent : Confundan tur omnes adversantes mibi; d'autres : Confundantur omnes qui cogitant mibi mata; d'autres encore : Confundantur omnes qui cogitant servis tuis mata; enfin, nos manuscrits bénéventains : Confundantur omnes adversus me cogitantes varia (al. mata). A ces différences de textes correspondent des divergences mélodiques plus profondes encore; on pourra en juger en comparant la version que nous venons d'indiquer avec celle de l'Edition vaticane : les deux pièces, mélodiquement fort différentes, ne sont même pas du même mode. C'est la raison pour laquelle nous parlons de cet offertoire comme d'une pièce propre aux manuscrits bénéventains, sans leur être d'ailleurs commune à tous.
Propre également aux manuscrits bénéventains, la communion Judica :
Ju-di- ca Domi- ne no- rentes me expu-gna impugnantes me appréhende
ft^-fr
arma et scutum et exsurge in ad- ju-to-ri-um mi- hi.
Comme l'introït Domine exaudi, la communion Judica est une adaptation de Tune des pièces dont nous parlions il y a un instant : la communion Videns Dominus. C'est certainement au même «compositeur» qu'on doit cette adaptation de la communion et celle de l'introït. On reconnaît, en effet, dans la communion, les mêmes principes, ou plutôt
(1) Comme toutes les pièces que nous donnons ici, celle-ci a été rétablie d'après le témoignage de l'ensemble de la tradition. On ne s'étonnera donc pas si cette version critique s'écarte, sur quelques points de détails, de la leçon donnée par le codex Vat. lat. io6yj.
(2) C'est précisément cet offertoire Domine in auxilinm qui est indiqué le premier, dans notre codex, à la messe que nous étudions. Les deux offertoires en question ont chacun un verset commençant par les mots Exspectans exspectavi; mais ces deux versets sont différents, et quant au texte, et quant à la mélodie. L'offertoire Domine ad adjuvandum ne comporte qu'un seul verset : Exspectans exspectavi Dominion et respexit me. et eduxit me de lacu miserice et de luto fœcis; l'offertoire Domine in auxilinm en a deux, dont l'un est construit sur le text l'.xspectans exspectavi Dominum et respexit me, et exaudivit deprecatiouem meam.
le même procédé de copie servile que nous avions relevé dans l'introït : aucune préoccupation du sens littéraire ou du sens musical; il ne s'agit que de suivre matériellement le modèle choisi, autant que faire se peut, réservant pour la cadence finale — car il faut bien finir — toutes les ressources de son imagination. On remarquera en particulier l'adaptation assez gauche de l'exclamation : Lazare, si bien préparée, dans l'original, par la grande cadence : et clamabat.
S'il est vrai que, dans le répertoire grégorien, bon nombre de pièces ont été composées — et bien composées — selon le procédé de la centonisation, il en est d'autres dont la mélodie et le texte étaient à ce point unis, s'éclairaient et se complétaient si bien, qu'on n'avait jamais été tenté d'en faire une adaptation; et qu'un compositeur ayant un peu de goût devrait à tout jamais s'interdire — même s'il était capable de le faire correctement et intelligemment — de les démarquer pour en revêtir un texte quelconque.
E. — La Communion Amen dico vobis du i" Lundi de Carême.
Dans un paragraphe précédent, nous avons fait allusion à ce fait universellement attesté de la substitution, dans cinq messes fériales de Carême, d'une communion évangélique à la communion psalmique primitive. Mais, si l'on considère le Missel romain, on constate qu'en réalité le nombre des communions de cette espèce n'est pas de cinq, mais bien de six : au Ier Lundi de Carême, on trouve également une communion tirée de l'Evangile du jour, et dont la présence à cette place crée une nouvelle discontinuité dans la série des communions psalmiques, puisque le psaume III. lui non plus, ne figure pas dans la série.
Malgré les apparences, il y a pourtant une distinction, et même une double distinction à établir entre le cas du Ier Lundi de Carême et celui des cinq autres fériés :
i" La substitution de la communion Amen dico vobis à la communion psalmique primitive n'est pas contemporaine des cinq autres. Alors que, pour ces dernières, on ne trouve pas trace, dans les manuscrits, des pièces primitives — la substitution étant déjà opérée dans les documents du VIIIe siècle — c'est le contraire qui se passe pour la communion du Ier Lundi. L'ensemble de la tradition, manuscrite et même imprimée, est resté fidèle sur ce point à la communion primitive Voce mea, tirée du psaume III, comme l'exige sa place. Il faut chercher longtemps avant de trouver quelque témoin ancien de la substitution opérée après coup.
2° La communion Amen dico vobis, tout en ne figurant pas dans X Antiphonale Missarum à la messe du Ier Lundi de Carême, faisait cependant partie de la compilation primitive, où elle était affectée à la messe des SS. Marc et Marcellien (18 Juin). C'est l'Evangile de la messe qui l'a attirée au Ier Lundi de Carême.
Ces deux différences distinguent nettement le cas de la communion Amen dico vobis des cinq autres : nous avons affaire à une pièce déjà existante recevant, après coup, une seconde affectation.