‹ Paléographie musicale (volume 2)Chapitre 77 sur 157 · PI. XXX · texte numérisé non relu

PI. XXX

-1 r>jjH *■

LA TRADITION BÉNEVENTAINE. 241

Il est extrêmement rare, disions-nous, de trouver, même dans les imprimés, la substitution dont nous parlons; à plus forte raison dans les manuscrits. Le résultat d'une enquête étendue démontre, en effet, qu'elle ne se rencontre que dans les manuscrits franciscains — d'où leur insertion dans le Missel romain — et, avant eux, dans un groupe relativement important de manuscrits bénéventains : ceux-là même qui sont indiqués dans le tableau d'ensemble. Comme on peut le constater, seuls les témoins les plus anciens (Xe-XIe) du groupe : le Missale Antiquum de Bénévent et notre codex de la Vaticane, sont demeurés fidèles à la leçon ancienne. Dès le XIe, on constate l'apparition de la communion Amen dico vobis, et en particulier dans le graduel Bénévent VI. 38, où les deux communions figurent côte à côte.

On peut donc être assuré que la substitution en question, devenue officielle dans le Missel romain, date du XIe siècle, sans qu'il soit d'ailleurs possible de préciser davantage. Quant au lieu de cette altération, c'est très probablement Bénévent même, comme il apparaît d'après ce fait qu'un manuscrit de Bénévent, le VI. 33, donne encore la communion Voce mea au Xe-XIe, et un autre manuscrit de Bénévent, le VI. 38, les deux communions, côte à côte, dans le courant du XIe. Les manuscrits cassiniens, au contraire, témoignent tous pour le type réformé.

F. — La Messe Converte nos du Samedi après les Cendres.

Le Samedi après les Cendres ne comporte pas, dans les monuments romains anciens, de formulaire propre : Sabbato vacat.

Petit à petit on en vint à combler cette lacune, ici d'une façon, là d'une autre; et l'on peut conclure, à la diversité des solutions adoptées par les différents manuscrits de l'école bénéventaine, qu'elle le fut assez tard dans l'Italie Méridionale.

Seul, parmi ces derniers, le codex Vat. lat. 10673 est resté fidèle à l'ancienne discipline : le Samedi en question n'y est même pas indiqué par son titre.

Quelques manuscrits font reprendre les pièces chantées de la messe de la veille : solution devenue officielle dans le Missel romain. Mais le plus grand nombre, parmi les témoins bénéventains, lui ont préféré la messe Duin clamarem du Jeudi précédent.

Deux manuscrits seulement ont une messe propre dont l'unité semble venir de la régularité avec laquelle se répète le verbe concerter e : introït Couverte nos; graduel Convertere; offertoire Dens tu eonvertens.

Ces deux dernières pièces sont connues par ailleurs. Quant à l'introït, il est réellement propre aux deux graduels de Bénévent, VI. 35 et VI. 38. C'est une pièce du III0 mode fort bien comprise :

ê===^^=^-^T~^-T+3 ^^'=^==fa^^=^^

Converte nos De- us, Salu-ta-ris no- ster, et aver- te i- ram tu- am a no- bis Paléographie XIV. 31

jttw

♦ U. ■ fil.

ut non in ae-ter- num i-ra-sca- ris no- bis. Ps. Benedixisti Domine terram tu-am T~ ■ ■ n «~

a-vertisti capti-vi- ta-tem Jacob.

On notera que c'est la communion Voce mea, évincée de la messe du Ier Lundi de Carême, qui a été adoptée pour cette messe du Samedi précédent. L'idée n'était pas si mauvaise. Fait curieux — a-t-il été voulu? — cette affectation nouvelle laisse à sa place, dans la série continue des communions psalmiques, l'antienne Voce mea, puisque, par l'adoption de la communion évangélique, le Ier Lundi se trouve désormais exclu de cette série.

G. — Les deux graduels de la Messe Sitientes.

Pour épuiser la série des remarques suggérées par le tableau comparatif (pp. 220-221). il nous reste à rendre compte de la présence du double graduel indiqué par notre codex au Samedi Sitientes : d'abord le graduel Ad Dominum, donné simplement par son incipit; ensuite le graduel ordinaire Tibi Domine. Les mêmes pièces sont indiquées, tant par le Missale Antiquum de Bénévent que par le codex VI. 34 de la même Bibliothèque, mais dans l'ordre inverse.

La présence de ce double graduel constitue une particularité fort intéressante, et qui, une fois de plus, nous fait toucher du doigt la fidélité de la tradition bénéventaine sur des détails où, du point de vue traditionnel, l'ensemble des documents est en faute. Nous n'avons pas là, en effet, deux pièces ad libitum, et entre lesquelles on avait le choix, mais bien deux pièces de chant servant de conclusion à deux lectures, comme cela se passe encore aujourd'hui pour certaines messes, et en particulier aux Mercredis des Quatre- Temps. On peut s'en assurer en parcourant les lectionnaires anciens; on y trouve habituellement, affectées à cette messe, deux leçons d'Isaïe : l'une tirée du chapitre XLIX, JJ. 8-1 s - In tempore placito . ..; l'autre, du chapitre LV, JJ. 1-1 1 : Omnes sitientes. .. Sur ce point, tous les manuscrits anciens sont d'accord. Nous nous contenterons de mentionner le cornes d'Alcuin (1), le cornes de Wur (bourg (2) et celui de Murbacb (3).

Or, depuis longtemps, l'usage de cette double leçon est tombé en désuétude; et il est assez curieux de constater que c'est la seconde qui a disparu, la leçon Omnes sitientes, dont le texte était si caractéristique de la liturgie de cette importante férié que l'introït lui-même lui avait été emprunté, ainsi que le titre traditionnel de Samedi Sitientes.

(1) Thomasi-Vezzosi, T. V, p. 302, reproduit par Ranke, Das Kirchliche Perikopetisystem, Berlin 1847, Append., p. ix.

(2) Bévue Bénédictine, XXVII (1910), p. 53.

(3) Revue Bénédictine, XXX (19 13), p. 40.

LA TRADITION BENÉVENTAINE. 243

Du point de vue du actionnaire, nous sommes donc parfaitement renseignés sur l'usage primitif de cette double leçon; nous le serions beaucoup moins en étudiant les témoins de V Antiphonale Missarum. Une double leçon de cette nature implique l'exécution de deux répons. Or il est assez singulier de constater que, dans la presque totalité des manuscrits, on ne trouve indiqué qu'un seul graduel : le Tibi Domine. Dans aucun des manuscrits notés de diverses écoles parus dans la Paléographie Musicale, pas même dans le plus ancien, le Cantatorium de S. Gall, on n'en trouvera d'autre; il faut en dire autant de tous les manuscrits utilisés par le cardinal Thomasi (i). En ce qui concerne les manuscrits les plus anciens, qui nous ont conservé le texte de Y Antiphonale Missarum sans notation musicale, un seul, le Graduel de Rbeinau (2), fait mention du double répons; mais le Cantatorium de Monça (3), comme le Blandiniensis, comme l'Antiphonaire de Compiègne (Paris, B. N. lat. IJ436), celui de Corbie (Paris, B. N. lat. 12030) et celui de Senlis (Paris, Su* Geneviève ni) n'en indiquent qu'un : le Tibi Domine (4).

Nous sommes donc ici en présence d'un usage dont on ne connaît qu'un seul témoin du VIIIe siècle. Tous les autres manuscrits de la même époque et les documents postérieurs ont abandonné l'usage du double graduel. Seuls quelques manuscrits bénéventains. dont nous connaissons au moins trois exemplaires, ont maintenu l'ancien état de choses, et cela, jusqu'au XIIe siècle, c'est-à-dire quatre siècle après son abolition universelle (5).

Il y a là une note d'archaïsme incontestable qui eût mérité de figurer dans le chapitre précédent, si le plan que nous nous étions assigné ne nous avait contraint de la signaler avec les autres particularités quadragésimales des manuscrits bénéventains.

H. — L antienne «ad Scrutinium » du IIIe Lundi de Carême.

Il nous reste, pour terminer ces remarques sur les particularités de la liturgie quadragésimale dans les manuscrits bénéventains, à signaler un détail fort intéressant conservé dans un seul de nos manuscrits (6) : le codex Bénévent. VI. 38. Au Lundi de la IIIe semaine de Carême, ce manuscrit fait précéder la messe du jour d'une antienne qui est introduite de la manière suivante : Feria II ad sanctum Marcum. Antiphona ad scrutinium :

(1) Thomasi -Vezzosi, Opéra omnia, t. V, p. 65.

(2) Gerbert, Monumenta Veteris Liturgiœ Alemannicœ, P. I, p. 379. Le premier graduel indiqué dans ce manuscrit est le Bommi est confiteri.

(3) Thomasi- Vezzosi, op. cit., p. 261.

(4) On trouvera le témoignage de ces six manuscrits confrontés dans V Antiphonale Missarum Sextup/ex, Bruxelles, Vromant 1934, n. 66.

(5) En dehors de ces trois manuscrits et du Gradue/ de Rheinau, nous ne pouvons citer qu'un seul témoin qui présente la même note : le Missel plénier Vat. lat. 4770 (Xe-XIe) qui, à la messe Sitientes, indique, lui aussi, deux graduels : le Tibi Domine et le Venite filii. Encore s'agit-il là d'un manuscrit dont les affinités avec la tradition bénéventaine sont assez étroites ; ce qui n'est pas très étonnant, puisqu'il provient d'un scriptorium très voisin de la zone bénéventaine : vraisemblablement Subiaco. Notons toutefois que le Micrologue, au XIe siècle, témoigne également pour le double graduel (P. L. t. CEI, col. 10 15).

(6) C'est la raison pour laquelle il ne figure pas dans le tableau comparatif.

S — a — ♦ ■ï-i-fc =— « ■■

Dum sancti-ficatus fu-ero in vobis co- ram e- is, tollam quippe vos de gentibus,

et congregabo vos, di-cit Domi- nus.

Dans plusieurs sacramentaires et missels anciens, la liturgie des scrutins est ainsi mêlée à celle du Carême; mais, à notre connaissance, le manuscrit de Bénévent est le seul Graduel où l'on puisse relever une insertion de cette nature. Aussi cette particularité demande-t-elle à être étudiée de plus près, comme un archaïsme dont il ne subsiste que cet unique témoin.

La première question à résoudre, relativement à cette antienne, c'est celle que soulève son affectation au IIIe Lundi de Carême.

A Rome, on le sait, la discipline ancienne de l'initiation baptismale comportait trois scrutins qui étaient respectivement fixés aux IIIe, IVe et Ve Dimanches de Carême. C'est sous cette forme qu'on la trouve dans les plus anciens sacramentaires : le Regiiicnsis 316 et le sacramentaire de Prague, par exemple, où les pièces relatives aux scrutins dominicaux se trouvent ainsi insérées à leur place dans la liturgie quadragésimale.

Avec le sacramentaire gélasien, la liturgie baptismale passa en Gaule, dès le VIIe siècle au moins, non toutefois sans quelques transformations. On en a la preuve dans les plus anciens témoins connus du gélasien. En particulier, si, dans le Rcginensis 316, les trois messes de scrutin se trouvent bien effectivement aux IIIe, IVe et Ve Dimanches de Carême, cette disposition est contredite, dans le manuscrit même, quelques feuillets plus loin. Voici, en effet, comment on y trouve formulée, dès le début de l'ordo baptismal qui suit immédiatement la messe du Samedi veille des Rameaux, la convocation pour le scrutin :

DENUNTIATIO FRO SCRUTINIO QUOD TERTIA HEBDOMADA IN QUADRAGESIMA SECUNDA FERIA INITIATUR.

Scrutinii diem, dilectissimi fratres, quo electi nostri divinitus instruantur, imminere cognoscite. Ideoque sollicita devotione succedente sequente illa feria circa horam diei sextam convenire dignemini; ut caeleste mysterium quo diabolus cum sua pompa destruitur, et janua regni caelestis aperitur, inculpabili, Deo juvante, ministerio peragere valeamus. Per Dominum nostrum Iesum Christum, qui cum Pâtre et Spiritu Sancto vivit et régnât Deus per omnia saecula saeculorum. Amen (1).

Cette convocation avait donc lieu le IIIe Dimanche, puisque le scrutin annoncé pour le lendemain « sequente illa feria » est donné, par le titre même de cette convocation, comme devant avoir lieu le Lundi de la IIIe semaine de Carême; disposition contradictoire avec celle qui situe au IIIe Dimanche la première messe <\ quae pro scrutiniis electorum celebratur ».

(1) The Gelasian Sacramentary, éd. Wilson, Oxford, Clarendon 1894, p. 45. La même formule se retrouve dans le Sacramentaire Rheinau jo de Zurich, où l'ordo baptismal se trouve, non plus réparti au cours de la liturgie quadragésimale, mais bien réuni en un seul tout, à la fin du manuscrit.

LA TRADITION BÉNÉVENTAINE. 245

Le Sacramentaire d'Angoulême présente exactement la même anomalie, avec cette différence toutefois qu'il insère l'ordo du scrutin, précédé de la même formule de convocation que le Reginensis, non plus avant le Dimanche des Rameaux, mais avant le Samedi-Saint (i).

Encore la contradiction apparaît-elle plus frappante, en raison de ce fait que le Reginensis )i6 n'indique, pour chacun des dimanches, qu'un seul formulaire : celui de la messe de scrutin. Il est clair qu'on ne pouvait déplacer ces messes, à moins de les remplacer par d'autres ; on s'explique donc qu'elles aient pu être maintenues à leur place dominicale, malgré le changement de discipline impliqué par l'ordo qui suit. Le Sacramentaire d'Angoulême, au contraire, prend bien soin d'indiquer, à la suite des trois messes de tempore, les trois messes pro scrutinio. On pourrait donc dire qu'il est plus inconséquent encore que le Reginensis, s'il était vrai que ces messes surnuméraires de scrutin étaient bien destinées aux dimanches, comme on l'a toujours admis implicitement.

Il nous semble pourtant qu'on ne doit pas trop se hâter de conclure à l'inconséquence. D'une manière générale, on doit poser en règle qu'il faut, autant que possible, expliquer l'organisation d'un document par ce document lui-même, c'est-à-dire par l'ensemble de son contexte; et ce n'est que dans le cas de contradiction flagrante, comme pour le Reginensis, qu'on peut être autorisé à parler d'inconséquence. Or tel ne nous semble pas être le cas du Sacramentaire d'Angoulême.

Que trouve-t-on en effet, dans ce dernier? Trois messes dominicales suivies chacune d'une messe pro scrutinio, qui précèdent elles-mêmes la messe fériale du lundi. Jusqu'ici, on a toujours admis que le document entendait affecter ces messes de scrutin aux dimanches eux-mêmes, et que, par conséquent, chacun d'entre eux se trouvait ainsi pourvu de deux messes. Si l'on étudie le manuscrit en lui-même, indépendamment des autres documents, et en faisant abstraction de ce qu'on peut savoir par ailleurs de la discipline ancienne des scrutins, on doit, nous semble-t-il, raisonner comme il suit : Le titre de la convocation qui précède l'ordo du scrutin — celui-là même dont nous avons donné plus haut le texte d'après le Reginensis 316 — précise que le premier scrutin devait avoir lieu le Lundi de la IIIe semaine. Où le scribe devait-il donc insérer la messe correspondante? On serait tenté de répondre : Au Lundi, après la messe fériale. Mais ce serait oublier que cette messe fériale se célébrait à l'heure de none, alors que, d'après les propres termes de la convocation Serutinii diem, la réunion baptismale avait lieu « circa horam diei sextam ». En conséquence, même dans l'hypothèse du glissement au Lundi, c'est avant la messe fériale que le scribe devait logiquement insérer la messe de scrutin : celle-ci gardant son titre parfaitement clair de « Missa que pro scrutinio primo celebratur »; la messe fériale conservant, au contraire, le titre de <s Feria II » qui lui revient en propre.

Si l'on envisage les choses de ce point de vue, en cherchant à rendre compte de l'organisation du Sacramentaire d'Angoulême d'après le document lui-même, on sera contraint d'admettre que la prétendue inconséquence du manuscrit n'est plus aussi évidente

(1) Le Sacramentaire d'A?igou/ême, éd. Cagin, Angoulême 191 8, p. 44.

qu'il pouvait sembler à première vue, puisque la place des messes de scrutin se trouve être précisément celle qui leur revient chronologiquement dans le cycle, compte tenu de l'état de la discipline baptismale représenté par le document lui-même.

En admettant ce glissement au Lundi des messes de scrutin, glissement expressément formulé par le manuscrit dans le titre de la convocation Scrutinii diem, et qui ne saurait être contredit — loin de là — par la place des messes de scrutin dans le cycle quadragésimal, tout s'explique normalement. On ne voit donc pas pourquoi on serait tenu de prétendre que le Sacramentaire d'Angoulême est en contradiction avec lui-même. Cette explication n'a pu être suggérée que par ce que l'on savait d'autre part de l'ancienne discipline baptismale, et aussi par le cas du Reginensis, auquel ne doit pas être assimilé sans discernement le Sacramentaire d'Angoulême.

En résumé, il semble bien que, dans le type du gélasien représenté par le Sacramentaire d'Angoulême, le glissement aux lundis des trois messes de scrutin soit un fait accompli.

Cette conclusion n'a rien de très étonnant, si l'on se rappelle qu'un autre gélasien, le Sacramentaire de Gellone, qui n'est pas postérieur de beaucoup à celui d'Angoulême, assigne, lui aussi, les trois scrutins aux trois lundis qui suivent les IIIe. IVe et Ve Dimanches de Carême.

Ce qui fait l'intérêt du Sacramentaire de Gellone sur le point qui nous occupe, c'est que, si les formules du scrutin sont substantiellement identiques à celles d'Angoulême, elles ne s'y trouvent plus groupées avant la messe du Samedi-Saint, mais bien situées à la place qui leur revient logiquement; à savoir : la convocation Scrutinii diem avec le titre Dcnuntiatio qui la précède, immédiatement avant la messe du IIIe Dimanche; et le formulaire du scrutin lui-même : Hic initiatur primum scrittiniitni... immédiatement après (i). Quant à la messe fériale du lundi, elle suit le formulaire du scrutin (2).

(1) En attendant la publication intégrale du Sacramentaire de Gellone, nous renvoyons pour le détail qui nous intéresse ici à l'ouvrage de M. l'abbé Leroquais : Les Sacramentaires et les Missels manuscrits des Bibliothèques publiques de France, Paris 1924, t. I, p. 2. On sait que ce n'est pas cet ordo, incorporé dans la liturgie quadragésimale, qui a été reproduit par dom Martène {De Antiguis Ecclesiœ Ritibus, Editio secunda. Tomus primus, Antverpiœ 1736, col. 98-103) mais bien le second, qui, dans le manuscrit, figure en appendice.

A ce propos, il faut noter une légère différence entre les deux titres. Tandis que le premier (fol. 31') parle de la « III ebdomada feria II », le second (fol. 173) renvoie à la « III ebdomada in XLma III feria ». Il est probable que ce renvoi à la troisième férié au lieu de la seconde, dans le dernier ordo, est dû à une faute de copiste. En tout cas, ce serait là une particularité unique, tandis que le glissement au lundi se trouve affirmé, dans toute la tradition manuscrite, par un nombre considérable de témoins. Il suffit, pour s'en convaincre, de remarquer la quantité de manuscrits où l'on trouve le titre Denuntiatio mentionnant expressément la fixation du premier scrutin au Lundi de la IIIe semaine. Nous renvoyons en particulier aux nombreux témoins examinés par M. Andrieu : Les Ordines Romani du Haut Moyen-Age, I : Les Manuscrits, dans Spicilegium Sacrum Lovaniense, Fascicule n, Louvain 1931, pp. 8, 77, 102, 115, 143, 212, 233, 279, 288, 317, 319, 339,

349» 367, 369. 453 et 460.

(2) Tel était même l'empressement du scribe de Gellone de reporter sur le lundi toute son attention qu'il en a oublié de transcrire le formulaire proprement dit de la première messe de scrutin. Les deux autres, par contre, figurent bien à leur place, immédiatement après les messes des IVe et Ve Dimanches, et avant celles des Lundis, c'est-à-dire exactement à la même place que dans le Sacramentaire d'Angoulême.

LA TRADITION BENÉVENTAINE. 247

On voit donc, dans la tradition, se manifester une tendance très nette à déposséder les dimanches de leur antique privilège, et à leur préférer un autre jour de la semaine, particulièrement le lundi (i).

Sur ce point, le Graduel VI. 38 de Bénévent est donc pleinement d'accord avec les gélasiens dont nous venons de rappeler le témoignage : glissement des scrutins du dimanche au lundi ; ou, pour rester plus près du témoignage des manuscrits : glissement du premier scrutin du IIIe Dimanche au IIIe Lundi de Carême.

Malgré cette analogie très réelle, la présence dans le Graduel de Bénévent d'une antiphona ad scrutinium au IIIe Lundi de Carême est plus intéressante qu'il ne pourrait sembler au premier abord. C'est qu'en effet, les sacramentaires auxquels nous avons fait allusion plus haut témoignent tous pour la Gaule ou la Suisse; aucun pour l'Italie. Sur l'évolution de la discipline baptismale à Rome même, on n'est guère renseigné. Par contre, on sait qu'à Milan, il s'est produit un glissement tout-à-fait analogue à celui que nous venons de constater, mais en sens inverse; en sorte que, au lieu d'être retardés au lundi, les scrutins y ont été anticipés au samedi (2). Et de cette évolution, on possède quelques témoignages provenant d'autres Eglises de l'Italie du Nord qui suivaient, non pas la liturgie milanaise, mais la liturgie romaine (3). C'est donc un détail intéressant à enregistrer que la présence, dans un manuscrit de l'Italie du Sud, d'une antienne de scrutin, au jour même fixé par les documents francs trois siècles auparavant.

Cette coïncidence doit-elle être considérée comme fortuite, ou bien est-on autorisé à établir une relation entre ce transfert identique des scrutins, tant en Gaule que dans l'Italie du Sud? Il est difficile de répondre à cette question. Un fait toutefois est indubitable, c'est que l'antienne Dum sanctificatus, telle que nous l'avons donnée plus haut, est spécifiquement bénéventaine, non seulement quant à sa mélodie, comme on a pu en juger, mais même quant à son texte.

Parmi les sacramentaires qui contiennent l'ordo baptismal, il en est peu qui donnent intégralement les messes de scrutin, pièces de chant comprises; la plupart se contentent d'indiquer, comme pour toutes les autres messes du cycle, les oraisons et les préfaces. Le plus ancien qui fasse connaître ces pièces de chant est le Sacramentaire de Gellone; encore n'est-ce que dans son second ordo, qui correspond déjà à un stade plus avancé de l'évolution

(1) En effet, le lundi ne fut pas partout uniformément choisi pour cette translation. Dans certaines Eglises, au lieu de retarder le scrutin au lendemain, on l'anticipa parfois au samedi. Parmi les gélasiens, on peut signaler que ce parti a été adopté par le Sacramentaire Philipps (Cf. Dom P. de Puniet, Le Sacramentaire romain de Gellone, dans Ephemerides Liturgicœ, XLVIII, 1934, p. 163-164), et aussi par le codex 348 de S. Gall (Dom C. Mohlberg, Das frànkische Sacrante ntarium Gelasianum in aletnannischer Ueberlieferung, Munster I9r8, p. 52). Il n'en demeure pas moins que la translation au lundi fut de beaucoup la plus fréquente.

(2) Manuale Ambrosiamim, éd. Magistretti, Mediolani, Hoepli 1905, Pars altéra, pp. 151 et 169; Beroldus, éd. Magistretti, Mediolani, Giovanola 1894, pp. 92 et suiv.

(3) Par exemple les Graduels Verceil, Chapitre 186 et Milan, Ambros. E. 68. Sup., tous deux du XIe, et écrits en cette variété de la notation messine qui est caractéristique de la région de Côme.

de la discipline baptismale (i). Or c'est précisément le Du m sanctificatus qui s'y trouve indiqué comme introït de la messe (2).

Malgré cette analogie, qui pourrait sembler intéressante — et qui l'est bien en réalité — ce n'est pourtant pas à la même pièce qu'il est fait allusion de part et d'autre.

Encore que le Sacramentaire de Gellone ne comporte pas de notation musicale, on ne saurait douter, à en juger d'après le texte, que l'introït indiqué pour la messe de scrutin soit celui-là même que nous avons conservé au Mercredi de la IVe semaine de Carême, férié importante, bien connue précisément sous le nom de Mercredi du Grand Scrutin. Il en est tout autrement pour l'antienne bénéventaine. Voici d'ailleurs les deux textes :

Page 1