II. — UNION INTIME DU LEVE ET DU FRAPPE
D'après la doctrine de notre auteur, le levé et le frappé ne sont pas indépendants l'un de l'autre; une union intime, indissoluble, existe entre eux, de façon que le premier appelle le second et y conduit nécessairement. Leur réunion forme une entité complète à laquelle il donne le nom de proposition, cadence, mesure, etc.
Comparant la musique à une sorte de discours, il dit : (')
De même que « le discours proprement dit n'est qu'un enchaînement de propositions », c'est-à-dire d'entités qui ont un sens par elles-mêmes ; de même « le discours musical n'est qu'une suite de cadences », la « cadence étant le plus petit sens que l'on puisse former en musique. »
Or, de quoi se compose la proposition ou cadence?
« La cadence, ou proposition musicale, se compose d'un antécédent et d'un conséquent. Le premier membre de la proposition musicale est un levé, le second un frappé. »
Donc, puisque d'après Momigny le levé est un antécédent, le frappé un conséquent, le premier appelle nécessairement le second, et leur union formera bien une entité, un « petit sens » musical complet.
Cette vérité, on le conçoit, est d'une importance capitale :
« La proposition est la mesure logique et la mesure du sens; elle est également la mesure naturelle et métaphysique de la musique. Qui ne connaît point cette mesure ignore les vrais éléments du discours musical. C'est à la connaissance des propositions que commence essentiellement l'analyse de la période. Par elle le mariage des notes se découvre et la base de la société des sons n'est plus un problème.
« Dans cette société, les individus qui la composent ... se lient entr'eux du levé au frappé. » (2)
Voilà donc cette relation du levé au frappé nettement marquée : ils forment une société, société si étroite qu'elle est comme le mariage des notes.
Pourrait-on indiquer avec plus de force l'intimité d'union qui les relie l'un à l'autre ?
Glanons encore quelques citations : (3) « Ceux qui phrasent la mesure du frappé au levé. . . disloquent toutes les propositions du discours musical et coupent les mots en deux.
« Pour faire cesser sciemment cette affreuse mutilation, il est nécessaire que l'on apprenne et reconnaisse que, dans le cadencé musical, on ne doit pas marier le frappé avec le levé qui le suit, mais avec celui qui précède. » Nous soulignons à dessein les mots « disloquer », « couper », « mutilation », « marier » qui font ressortir toute la pensée de l'auteur.
(1) Art. Proposition, passim.
(2) Art. Proposition, p. 288, col. 1.
(3) Art. Temps, p. 517, col. 2.
« La cadence ou proposition musicale par laquelle on débute est susceptible d'avoir ses deux membres ou de n'en avoir qu'un seul. » Dans ce dernier cas, Momigny dira qu'elle est « veuve de son antécédent, de son levé. »
Voulant faire remarquer l'intention et la justesse de ce mot, il ajoute :
« Je me sers de l'expression de veuve qui paraîtra singulière peut-être, mais qui ne l'est pas d'après mes idées, puisque je regarde les notes comme en société dans le discours musical et comme y formant, non des nœuds indissolubles, mais des mariages passagers, en telle manière qu'elles se présentent par couple à moins qu'un des membres de la cadence ne soit supprimé. »