‹ Paléographie musicale (volume 3)Chapitre 11 sur 119 · FF=?=W · texte numérisé non relu

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«Les valeurs brèves sont ici indéniablement fortes. »

En face de ces exemples que nous pourrions multiplier à l'infini, comment ne vient-il pas à l'idée du savant rythmicien qu'une théorie de la mesure qui, en fait, présente plus d'exceptions que d'applications pourrait bien être sinon fausse, du moins défectueuse ou incomplète? Une théorie vraie, juste, doit embrasser dans sa formule l'immense majorité des faits qu'elle entend régir. C'est le contraire ici : l'infraction à la règle est beaucoup plus fréquente que son observation.

Ajoutons que, pour M. Lussy & les théoriciens modernes, toutes les irrégularités métriques ou interversions d'accentuation produisent des accents pathétiques : « La musique, dit-il, est remplie de notes fortes, détruisant toute régularité, allant à V encontre de la mesure, du rythme, de la tonalité & de la modalité. C'est précisément à ces notes irrégulières, destructives, que nous avons donné le nom d'accent pathétique, & nous savons qu'elles peuvent se présenter dans toute l'étendue de la mesure & sur chaque partie d'un rythme, aussi bien au commencement, au milieu qu'à la fin. » (p. 30, 1. c.)

Sur ces paroles nous faisons des réserves formelles en ce qui concerne la mesure : Nous croyons, pour notre part, que la disposition des notes, telle que nous la voyons ci-dessus dans les exemples de Beethoven & de Mendelssohn, levé de la mesure fort, baissé faible, ne bouleverse rien ni dans le rythme, ni dans la mesure : qu'il n'y a pas ombre d'accent pathétique, & que le rythme de ces phrases est très simple & très naturel : nous le prouverons plus loin.

Tous ces embarras proviennent de ce que la théorie actuelle assigne au temps fort, pour place naturelle, régulière, le premier temps de la mesure. Écoutons sur ce point le sentiment de M. Vincent d'Indy : « Je vous en supplie, ne vous laissez point influencer par les théoriciens... & croyez, comme je le crois moi-même depuis que j'étudie le rythme

expressif des phrases en musique moderne, que le premier temps de chaque mesure n'est presque jamais un temps fort. Cela me paraît un axiome indiscutable pour qui a un peu réfléchi sur le rythme... Les exemples de ce fait sont innombrables dans la bonne musique, plus rares dans la mauvaise où l'ictus (le premier temps de la mesure) emporte presque toujours l'intensité. » Aussi le savant professeur repousse-t-il nettement la théorie de la mesure telle qu'on l'enseigne à peu près partout aujourd'hui. Quant à nous, après tous ces faits, tous ces aveux, il nous est au moins permis d'en suspecter la justesse & l'exactitude ; la suite nous éclairera davantage.

Il est superflu de fournir d'autres exemples d'alliance entre l'ictus métrique musical & l'accent tonique latin; on peut ouvrir les collections modernes de motets, de cantates, d'oratorios, de messes, on verra cette règle suivie par l'immense majorité des compositeurs : ils croient fermement par ce moyen — c'est un dogme pour eux — assurer l'union la plus parfaite entre les paroles & la musique, &, en s'afifranchissant de cette loi, ils croiraient faire une faute grave. Le moyen le plus employé pour en esquiver la tyrannie est la syncope, procédé très légitime d'ailleurs qui, par suite de l'irrégularité dans la succession des temps forts, produit sur les mensuralistes une impression de surprise.

Néanmoins tous les auteurs ne sont pas aussi respectueux de cette loi ; plusieurs & des plus considérables, se trouvant sans doute trop à l'étroit dans l'étau de la mesure, & cédant à leur instinct musical, à leur inspiration, ne craignent pas, sans avoir recours à la syncope, d'en secouer le joug : ils installent carrément les mots latins à cheval sur les mesures, plaçant ainsi, quand bon leur semble, la syllabe finale faible au frappé, ou premier temps de la mesure, & la syllabe forte accentuée à l'un des temps faibles, spécialement au levé, ce qui est précisément le renversement de la loi ordinaire.

Dé- | us mé- | us es | tu

Constatons le fait. Prenons YOratorio de Noël de M. Saint-Saëns. Ce grand musicien connaît la langue latine & les lois de l'accentuation ; il connaît aussi le procédé moderne d'adaptation des paroles & le plus souvent il l'observe. Il est bon d'en donner un exemple afin que cet auteur ne soit pas taxé d'ignorance lorsqu'il s'en affranchira sciemment.

Saint-Saens. Oratorio de Noël : Nolite timere.

Soprano solo.

li Soprano solo.

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No- li- te ti-mé-re, no- li- te ti-mé- re : Ec- ce enim e- van- ge-

Andantino a tempo.

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L ACCENT LATIN ET LES COMPOSITEURS MODERNES

li- zo vô- bis gâu- di-ummâ- gnum, quod érit ômni pô- pu-Io : Sec.

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