‹ Paléographie musicale (volume 3)Chapitre 53 sur 119 · rum · texte numérisé non relu

rum

per- î-

bit

strâ- tum

mé- um

ri- gà-

bo

cû- i non

é- rat

ad-jû-

tor

dà- na

ad-dû-

cent

etc.,

etc.,

etc.

La coïncidence des accents aigus et des arsis mélodiques est parfaite ; ainsi en est-il pour certaines cadences musicales des chants du Sacramentaire, de la Psalmodie simple ou ornée des Introïts, Répons, etc. (*)

Mais les cadences psalmodiques simples ou ornées ne sont pas seules soumises à la coïncidence que nous signalons; les pièces de V Antiphonaire et du Graduel en sont remplies.

(i) Cf. pour le détail Paléographie Musicale, t. IV, p. 43 et suiv. — Voir aussi 1. c. comment la puissance mélodique ne cède pas sous l'influence de l'accent.

LE RYTHME ET LE MOT LATIN. 201

Nous ne voulons pas dire que nous allons trouver tous les accents toniques des mots avec une note aiguë. La règle formulée ci-dessus par Monro et Curtius pour les chants grecs de Delphes n'est pas appliquée sans exception aux pièces liturgiques. L'accent latin ne coïncide pas toujours avec une arsis mélodique; mais ce cas se présente assez souvent cependant pour que l'on puisse, sans hésitation possible, saisir le caractère musical de l'accent latin. Nous croyons que cette liberté discrète laissée à la musique de s'affranchir de la mélodie verbale prouve en faveur de l'art grégorien. La soumission absolue, continue, de la musique à l'élément verbal est loin, selon nous, de représenter l'idéal de l'art; un tel assujettissement ne peut qu'entraver l'essor, l'épanouissement de la mélodie, nuire au but que se propose la musique en s'alliant aux paroles.

D'ailleurs, nous l'avons dit, entre le mot isolé, et le mot roulé, entraîné dans le torrent de la phrase, il y a des différences profondes. L'accent oratoire, phraséologique, qui lui aussi est mélodique, peut modifier la mélodie du mot, ou pour mieux dire : la grande mélodie de la phrase peut modifier la petite mélodie individuelle du mot. L'accent oratoire mélodique domine et enveloppe les mots de chaque membre de chaque phrase, et les modifie nécessairement; ainsi « les individualités s'effacent et perdent quelque chose de leur physionomie particulière en entrant dans une organisation sociale. » (')

Sur la coïncidence de l'accent tonique latin avec l'accent musical, nous avons en préparation un travail complet; pour le moment, il suffira de donner quelques exemples qui ne permettent pas de douter que l'acuité est un caractère essentiel de l'accent tonique latin. Ils sont empruntés aux diverses éditions de Solesmes.

Sana Démine ânimam mé-am, qui-a peccâvi tf-bi.

Me suscé- pit déxtera tû-a Domine.

Ego sum resurrécti-o et vi'ta : qui crédit in me, é-ti-am si mértu-us fû-e-rit, vivet : et émnis

*T- ' ■ ■ ' I . . 1 ■ . ■ ' ' ' fr-*=£

qui vi'vit et crédit in me, non mori-étur in aetérnum.

— ■-■ ■ • * \rm — | •— j ■ ■ g • — S-5 ■ . J- —

Zélus démus tû-ae comédit me et opprébri-a exprobrânti-um ti'bi cecidérunt super me.

(i) Paléographie musicale, t. III, p. 13.

Ju^ti-ficéris Démine in sermônibus tû-is et vi'ncas cum judicâ-ris.

Ê* ■* » -m. it »— 1^-

HV— =-

Captâbunt in ânimam jûsti, et sânguinem innocéntem condemnâbunt.

-fj-

In pâce in i-dfpsum, dôrmi-am et requi-éscam.

Habitâbit in tabernâculo tû-o, requi-éscet in monte sâncto tù-o.

Di'ci-te invitâtis : Ecce prândi-um mé-um para- vi, veni'-te ad nûpti- as allelû-ia.

Di'xit autem Dôminus sérvo : Rédde quod débes : Procidens autem sérvus îlle rogâbat é-um

E— ÏT

■^— -fc- *-'-[-v4-

dfcens : Pati-énti-am hâbe in me et 6mni-a réddam ti'-bi.

-r-^; ra— ^—

ifte*

Très pû-eri jûssu régis in fornâcem mi'ssi sunt, non timéntes fîâmmam ignis, dicéntes : Bene-

hr-r-

dfctus Dé- us.

Salutâre vûltus mé- i et Dé-us mé-us.

Intret orâti-o mé-a in conspéctu tû-o Domine.

" ' " ■ ' fl " ■

In sanctitâte servi-âmus Domino, et liberâbit nos ab inimi'cis nôstris.

-* — Ta ' — +-*•

Euge serve bône, in môdico fidé-lis, mtra in gâudi-um Dômini tu- i.

IJ i..V

Misé-re-or super tûrbam, qui-a ecce jam tn'du-o sûstinent me, nec hâbent quod mandû-cent

LE RYTHME ET LE MOT LATIN

et si dimfsero é-os jejûnos, de-fi'ci-ent in vi'-a, allelû-ia.

Exâudi-at Dominus ora-ti-6nes véstras, et reconci-li-é-tur vobis : nec vos déserat in témpore

mâlo Déminus Dé- us nôster.

No-li-te solli'-ci-ti esse, dicéntes : quid manducâ-bimus, aut qui'd bibémus ? Scit enim Pâ-ter vé-

ster cae-léstis quid vobis necésse sit allelû- ia.

tri- bus tribus Dômi- ni

éjus in idipsum Tu es Dne. .. hereditâtem

Dans toutes ces antiennes et dans cent autres presque tous les accents coïncident avec une note aiguë ou au moins plus élevée que la syllabe finale du mot. Les exceptions à cette règle sont explicables par des raisons de phraséologie mélodique.

Le mot Cantate de l'antienne suivante

Cantate Domino.

Can-tâ- te D6-mi- no.

est affecté d'un renversement mélodique, — qu'on nous passe l'expression ; il a la tête en bas. — La mélodie naturelle du mot isolé serait quelque chose comme ceci :

Cantate.

Can-tâ- te.

Peu importent ces intervalles, pourvu que la dernière syllabe soit sur un degré inférieur à l'accent. Ici c'est le contraire qui a lieu. La mélodie du mot isolé est sacrifiée à la mélodie de l'incise qui, d'un jet, s'élève jusqu'à l'accent principal de ce petit membre de phrase. D'ailleurs ces deux mots Cantate Domino ainsi enlacés par la mélodie, par la

dynamie, n'en forment en réalité qu'un seul. Il n'y a pas de différence à ce point de vue entre cette incise et les suivantes qui sont formées d'un seul mot :

Redempti-ônem

fm

Rp dempti- 6- nem

Magni-fi- câ-tus est Cantate Dômi-no

Magni- fi- câ- tus est Cantà- te Dô-mi- no

Et de fait, c'est surtout dans les parties ascendantes que se rencontrent ces renversements :

Autre exemple :

Ancilla di'cit Pétro Ma- jôrem châri- tâ-tem

ti

An- cfl- la di'- cit Pé- tro Ma- j6- rem châ- ri- ta- tem

Le premier mot de cette antienne n'a pas la coïncidence aiguë avec l'accent tonique; mais il n'est pas un musicien qui ne sente que la courbe mélodique ré, do, ré ne soit une préparation à l'accent principal du membre qui se trouve sur le mot dicit, et sur l'accent secondaire cha de charitatem dans le second texte.

Puisque l'occasion s'en présente, remarquons les adaptations suivantes à cette même mélodie :

Ma-jôrem chari- tâ-tem Domine Dé-us nôster

Ma- j6- rem cha- ri- ta- tem Do- mi- ne Dé- us nô-ster

Lapides preti-ôsi.

#»j^--ttg

La- pi- des pre- ti- 6- si.

Au début de l'incise un mot proparoxyton remplace un paroxyton : c'est bien la preuve que les compositeurs faisaient peu attention à la place de la force dans l'intérieur

LE RYTHME ET LE MOT LATIN

des rythmes. Le mot majorent forme un rythme identique au rythme Domine, sauf pour la force; c'est-à-dire que les deux premières syllabes de chacun de ces mots, malgré les différences d'accentuation, servent d'élan; et la dernière sert de touchement. L'accent est compris dans le temps composé binaire formé par les syllabes majô ou Demi. Cela suffit pour imprimer, à ce temps, cet élan qui caractérise l'arsis rythmique; peu importe que l'accent soit au début — Demi — ou à la fin — majô — de ce temps composé binaire.

Les exceptions à la coïncidence entre l'accent tonique et l'acuité mélodique s'expliquent donc par des lois supérieures qui dominent le mot. Souvent, dans la phrase, le mot perd son individualité, c'est-à-dire sa mélodie propre :

Renversement mélodique

Cantate

Cantâ-te

sa quantité naturelle

:1v rw

Demi- ne

Domi-

ne

ou éprouve des modifications dans son intensité. Nous venons de le voir immédiatement. L'accent tonique du mot Cantate, dans la phrase Cantate Domino, descend au rang d'accent secondaire. Au contraire, dans la phrase Majorent charitdtem, l'accent secondaire cha de ce dernier mot, à cause de sa place au sommet de la mélodie, joue le rôle d'accent principal de tout le membre; aussi est-il un peu plus marqué que les accents toniques qui le précèdent et le suivent.

Dans la phrase en effet, le mot n'est plus une entité, une mélodie, un rythme complets; il n'est qu'un petit membre, une minime partie de phrase ou d'incise; et, en conséquence, se trouve subordonné à la mélodie, à la dynamie, au rythme général de la phrase.

Toutefois il reste vrai de dire que l'accent est en soi le sommet mélodique du mot latin : on en peut ainsi figurer le mouvement :

mu- li- é- ri-bus

mu- li- e- ris

mû- li- er

in

mu- li- é- ri-bus mu- h'- e- ris mû- li- er

Le chant grégorien en fournit des preuves innombrables.

L'Intensité dans les mots latins. — L'accent est aussi le sommet dynamique du mot latin. On y arrive par une pente, par un crescendo qui suit le mouvement ascendant de la

mélodie; à l'autre versant du mot correspond un decrescendo qui prend fin avec la dernière syllabe :

mu- li- é- ri- bus D6-mi- num

mu- li- é- ri-bus D6-mi-num

Pratiquement la fusion entre le mouvement mélodique et le mouvement dynamique est complète; tous les deux se mêlent, se confondent et contribuent, chacun pour leur part, à l'union intime des syllabes, à l'unité du mot.

Dans l'étroit espace rempli par un mot de deux, trois, quatre, cinq syllabes, ces divers mouvements n'ont guère la faculté de se déployer. Pour bien en suivre l'importance, il faut en étudier la marche dans les incises, dans les membres de phrases. Là, ils prennent une ampleur, une vie, qui croît avec l'étendue de la phrase.

Cantâ- te D6mi-no cân- ti-cum no-vum.

ÉEÏ

tw

Cantâ- te Dômi-no cân- ti-cum no-vum.

Jam ful-get O- ri- ens jam prae- cûr- runt sf- gna.

ÈP

gPP?

Jam ful-get O- ri- ens jam prae- cûr- runt sf-gna.

Hic ac-ci'-pi- et be-ne-di-cti- 6-nem a D6-mi- no.

Hic ac-ci'-pi- et be-ne-di-cti 6- nem a D6-mi- no.

Mais nous empiétons sur la théorie de la phrase rythmique; nous reviendrons sur ce point important.

LE RYTHME ET LE MOT LATIN 207

L'accent latin est fort, tout le monde est d'accord sur ce fait. Est-ce une raison pour le mettre toujours à la thésis, au frappé? Non, certainement.

La seule force d'une note ou d'une syllabe ne suffit pas pour lui donner le caractère de thésis ; il faut pour cela que cette force soit accompagnée d'une certaine longueur ou lourdeur qui est, à proprement parler, le signe naturel de la thésis, du repos. Les accents des mots romans sont dans ce cas. Mais l'accent latin est-il long et lourd? a-t-il le caractère de repos, de thésis?

Ceux qui ont suivi les travaux de Solesmes, depuis l'apparition du livre «. Les Mélodies Grégoriennes » jusqu'à ce jour, savent que son enseignement n'a jamais varié sur ce point. Il peut être formulé ainsi : L'accent est plutôt bref que long; ce qui veut dire en d'autres termes que la place naturelle de l'accent est plutôt à l'élan qu'au repos. C'est ce qu'il faut exposer en traitant de la durée des syllabes dans le mot latin.

La Durée des syllabes dans le mot latin. — Il ne s'agit pas ici, bien entendu, de la quantité classique, basée sur la différence artificielle des longues et des brèves. « Le latin de l'âge d'or est un parler admirable mais factice, œuvre des grammairiens et des lettrés grécisants, qui n'a jamais été la langue du peuple. (*) » Aussi serions-nous tenté si nous avions un parti à prendre, de nous ranger avec ceux qui croient que la prose latine usuelle n'a jamais tenu compte de la quantité; de tout temps, elle aurait compté les syllabes sans prendre garde aux nuances imperceptibles de durée qui existent entre elles par le fait de leur composition, de leur poids matériel ou même de leur place dans le mot.

Ce fait qui peut être discutable pour l'ère classique ne Test plus pour l'époque grégorienne où le principe de l'accent a triomphé de celui de la quantité.

A cette époque, et plus tôt, il se produisait dans la prononciation le même phénomène qui se produit dans toutes les versifications où l'on compte les syllabes sans les peser. M. Guyau l'a fort bien senti et exprimé dans ses Problèmes de l'Esthétique moderne contemporaine (p. 184), en ce qui concerne le vers alexandrin français :

« L'alexandrin, type du vers français, repose sur cette loi que si l'on fait entendre douze syllabes, les unes brèves, les autres longues, une sorte de moyenne s'établit entre leur quantité devenue incertaine aujourd'hui : elles se compensent l'une l'autre, elles se corrigent; après avoir défilé devant l'oreille de leur pas sonore, les unes en courant, les autres avec une démarche plus grave, elles laissent l'impression de douze individualités distinctes, sur lesquelles on peut compter également pour composer le bataillon sacré des vers. Cette assimilation des syllabes les unes aux autres ressemble un peu à ce qu'on appelle en musique le tempérament, avec cette différence que c'est la durée et non la hauteur des sons qui est ainsi tempérée. »

Si en français, où les syllabes sont sensiblement plus longues les unes que les autres, le tempérament quantitatif s'établit avec tant de facilité; combien plus dans le latin liturgique où les différences de durée sont moins sensibles!

(1) Th. Reinach. Grammaire latine, p. 333. Paris. Ch. Delagrave.

2o8 PALÉOGRAPHIE MUSICALE

En règle générale on peut dire que, grâce à ce tempérament pratique, toutes les syllabes latines ont une durée à peu près égale.

Cependant, en français comme en latin, on ne peut nier que, parmi ces syllabes, quelques variétés ne se fassent sentir. 11 y a des tendances à la longueur, à la brièveté, si minimes soient-elles, qui servent à déterminer les élans et les repos du rythme.

En premier lieu, les pénultièmes des mots proparoxytons ou dactyliques — Dôminus — ont sans aucun doute une légèreté, une brièveté indiscutable qui leur a fait donner le nom de pénultièmes brèves ou faibles.

De plus, la mélodie et la dynamie nous ont nettement révélé l'allure vive, dégagée, enlevée, brève en un mot, de l'accent latin qui est tout à la fois un élan mélodique, un élan dynamique, un élan rythmique. Nous allons en trouver des preuves manifestes dans la composition même des mélodies grégoriennes.

Le caractère bref de l'accent latin classique est un fait qui n'est guère contesté aujourd'hui. Tout le monde sait que lorsque l'accent tonique tombait sur une voyelle longue, il n'en occupait que la première moitié :

Rôma = Rôbma,

la seconde étant réservée à l'accent grave.

L'acuité et la brièveté étaient les deux caractères essentiels de l'accent classique. Nous avons déjà vu que, dans sa transformation pendant les premiers siècles de notre ère, il n'a rien perdu de sa première qualité; il est aussi facile de prouver qu'il n'a rien perdu de sa brièveté, (i)

Par contre la longueur semblait très souvent réservée à la dernière syllabe des mots dans les mélodies grégoriennes. Ce sont là des faits qui paraissent contredire les théories modernes; mais nous n'y pouvons rien : ce sont des faits!

Nous avons eu l'occasion de le dire, au tome III de ce recueil (pp. 20-30) : la syllabe la plus apte à recevoir, dans le mot latin, le développement musical, c'est la dernière. Nous en avons des preuves irrécusables dans les récitatifs les plus anciens des rites ambrosiens et grégoriens.

On se souvient de ce « Gloria » ambrosien qui a une saveur tout archaïque :

G16ri-a in excélsis Dé-o et in terra pax hominibus bônae voluntâtis. Laudâmus te... Grâ-

ti-as ti'bi âgimus propter mâgnam... Agnus Dé-i qui tôllis peccâta mûndi,

(1) C'est ce que nous avons toujours enseigné. Cf. Paléographie Musicale, L IV. p. 125 : « La célérité n'exclut pas l'intensité; bien plus ces deux qualités se réunissent dans l'émission classique de l'accent tonique latin. »

LE RYTHME ET LE MOT LATIN

J J^ JT é J é * *—ë é é J~

fi h h-

G16- ri- a in excelsis De- o. Et in terra pax ho-mi'-ni-bus bonae vo-luntâ-tis. Laudâmus

^d-JuMLjua^^^fr^i

te... Grâ-ti- as ti-bi â-gi-mus

prépter magnam.

»Tj^a^sg

Agnus De- i

qui tol-lis peccâ-ta mûndi,

Et ainsi de suite pour tous les cas où se présente ce mélisme qui toujours reste attaché à la dernière syllabe. C'est bien certainement la forme la plus ancienne du récitatif musical latin. Elle laisse aux mots, aux membres de phrase qu'elle souligne discrètement par une inflexion leur propre valeur, leur distinction littéraire et ne permet à la mélodie de s'épanouir que sur la dernière syllabe, quand le sens de la phrase est complet, parfait. Le texte est le maître absolu.

Un autre type de cette antique manière se trouve encore dans les versets de l'office romain :

Di- ri-gâ- tur Demi- ne orâti- o mé- a. Exsultâ-bunt sânfli in glo- ri- a.

fc£

Di- ri-gâ- tur Domi- ne o-râ-ti- o mé- a. Exsultâ-bunt sânéli in glô- ri- a.

ou encore :

Di- ri-gâ-tur Domi- ne orâti- o me- a. Exsultâ-bunt sanfti in glo- ri- a.

î<— r— h — rv

fr-r h h~r

^fetfe

Di- ri-gâ-tur Do- mi- ne o-râ-ti- orne- a. Exsultâ-bunt sanfli in glo- ri- a.

Même fait dans les antiennes de ce type

~Xt>

Ant.

Quzéri- te pn'mum régnum Dé- i

Ante di* em fé-stum Pâschae

As-ti- té-runt ju-sti Dô-mi- num Paléographie VII.

2IO PALEOGRAPHIE MUSICALE

Qiuè-ri-te pri- mum régnum Dé- i

Ante df- em fé-stum Pâschae

As-ti- té- runt jû-sti ante Dô-mi- num

Cette même phrase se rencontre aussi dans les répons.

Mais passons! nous allons trouver plus loin des exemples si nombreux où les syllabes finales des mots seront chargées de notes, de préférence à toutes autres, même dans l'intérieur des phrases, que le fait signalé ici ressortira avec la plus grande évidence.

Après la dernière syllabe des mots, la plus propre à recevoir une extension musicale est celle qui porte l'accent, à cause de son importance centrale et de sa force. C'est ce que nous avons dit encore à l'endroit déjà cité du IIIe volume de la Paléographie Musicale (p. 30). Là, nous avons développé cette aptitude de l'accent, en étudiant la psalmodie du répons-graduel « Justus ut palma » et d'autres pièces du répertoire grégorien dans ce même volume.

Nous n'avons pas besoin d'insister sur ce procédé très légitime d'ailleurs : il concorde avec la pratique moderne. Mais il faut prévenir une déduction erronée.

De ce fait on voudrait conclure que l'accent latin est en soi long! Conclusion fausse; car le développement musical sur une syllabe latine n'indique nullement la longueur de cette syllabe, témoin la pénultième brève qui reçoit une extension musicale parfois assez étendue.

alv %

Demi- ne : Domi- ne :

Cet épanouissement de vocalises sur ces diverses syllabes n'est que l'emploi d'une aptitude propre aux syllabes latines de recevoir des mélismes plus ou moins longs. Mais il faut bien l'avouer, lorsque l'accent reçoit de tels mélismes, ce n'est pas sans quelque détriment pour l'unité du mot. L'accent perd alors son allure vive et bien enlevée; la voyelle est prolongée mélodiquement et la dernière syllabe se fait parfois attendre fort longtemps. Il n'y a pas à le regretter; la musique use de son droit; elle ne le fait que pour se produire, étaler sa grâce et sa beauté qui compensent facilement ce que le mot a perdu en clarté, en unité.

Ces faits ne prouvent ni pour ni contre la longueur de l'accent latin; ils ne prouvent pas non plus sa brièveté, c'est vrai; mais en voici d'autres qui nous montrent bien clairement qu'il n'a rien perdu de cette dernière qualité, pas plus que de son acuité.

LE RYTHME ET LE MOT LATIN

Il faut que les musiciens se résignent : nous allons leur présenter des adaptations musicales qui renverseront leurs idées.

Priez un compositeur moderne de mettre une mélodie sur ces paroles

Scio cûi crédidi,

aussitôt il nous donnera un rythme en ce genre

Sci- o eu- i, &c.

=ffp*:?^&

Sci- o cù-

c'est-à-dire une accumulation de notes sur l'accent et une seule note sur la finale des mots. Et, dans tout le courant de sa pièce, il suivra fidèlement ce principe.

Rien d'absolument prohibé dans cette méthode; nous l'avons expliqué. Mais il ne lui viendra jamais à la pensée de décharger l'accent jusqu'à ne lui laisser qu'une seule note pour agglomérer les sons sur la finale; ce serait un crime de lèse-accent.

Or, c'est précisément ce dernier procédé que nous rencontrons à chaque ligne du répertoire grégorien.

Intr.

Sci'-o eu- i

Sci- o eu- i

De même pour les mots plus longs

Ant.

Dirupisti

tibi sacri-ficâbo

E^-CT^pg

ti-bi sacri- fi-câ-bo

Répons Ecce vidimus

non habéntem

non habéntem

Intr.

Redime me

benedi'cam

fe^

be-ne- di'-cam

Dans ces types d'adaptation si fréquents, la musique se modèle sur le mot. Elle lui laisse :

a) sa forme mélodique (accent aigu) ;

b) sa forme dynamique (croissante et décroissante — =z / 7==—);

c) l'élan rythmique qui caractérise la première syllabe des mots latins;

enfin sur la dernière partie du mot elle se développe. Ce n'est en somme que l'application au rythme-mot de la loi que nous avons remarquée plus haut dans les membres du Gloria ambrosien et des versets romains. On sent que, dans tous ces cas, le compositeur se sent entraîné à considérer le mot comme un petit rythme complet, avec thésis longue sur la dernière syllabe.

Ces faits sont inexplicables si l'on refuse d'admettre le principe de l'accent bref.

Il y a dans cette conception rythmique du mot latin une concordance si parfaite entre tous les éléments que sa vérité saute aux yeux.

Tout ce qui dans le mot latin est élan (elevatio, sublatio, inchoatio, arsis), c'est-à-dire :

élan mélodique, représenté par la ligne montante des sons;

élan dynamique, qui se fait sentir par le crescendo;

élan quantitatif, produit par l'entraînement et la rapidité, l'accélération des notes montantes;

élan rythmique, résumé de tout cet ensemble, tous ces élans se concentrent naturellement sous les premières syllabes des mots pour les soulever, les entraîner et les préparer ainsi à la cadence.

Au contraire, tout ce qui est repos, tout ce qui y conduit (positio, remissio, finis, tbesis) :

retombée de la mélodie;

decrescendo de la dynamie ;

rallentendo de la durée;

enfin depositio, thésis du rythme, tout cela se réunit sur la dernière ou dernières syllabes pour constituer le repos final sur lequel aboutit tout rythme depuis le plus petit jusqu'aux plus développés. Mais il est évident que tous ces phénomènes deviennent de plus en plus sensibles à mesure que s'agrandissent les rythmes, que s'étendent les mélodies. Tous les éléments se concertent donc pour donner au mot latin son unité et sa vie.

Telle est la physionomie naturelle du mot latin ; c'est celle que nous trouvons dans les pièces grégoriennes, lorsqu'il plaît à la mélodie de la lui conserver. Telle est aussi la physionomie du rythme-membre et du rythme-phrase.

Il ne suffit pas d'affirmer ces faits, il faut les mettre sous les yeux du lecteur. Commençons par des mots paroxytons :

LE RYTHME ET LE MOT LATIN

Accents unaires suivis d'un strophicus.

Liber Gradualis — 1895

Réges Thârsis

Mots paroxytons.

Ré-ges Thârsis

et gaudébit

pennis e-jus

et gau-dé-bit

pén- nis é-jus

Tibi di'xit

t=j?Efr-t-'-£EEri ' f

Ti- bi di'-xit

bit

quis dâbit

pl^i

quis dâ-bit

Ego

E-go

et laetâbor

-ctr3^

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