‹ Paléographie musicale (volume 3)Chapitre 61 sur 119 · È^^SË · texte numérisé non relu

È^^SË

su- per ômnem ter- ram

^gfr^g-^tB

qui în-

tu- é- ris

Autre exemple très significatif de substitution, emprunté aux versets alléluiatiques du VIIIe Mode.

La mélodie et le texte de la ligne A, ci-dessous, s'accordent avec tant de bonheur, que nous pouvons sans crainte affirmer que nous sommes en présence de la mélodie primitive.

LE RYTHME ET LE MOT LATIN

Plusieurs adaptations y ont été faites ; nous relevons seulement celle qui va à notre sujet, ligne B.

J. allel. gZI Ostende ~

mi- seri-côr- di-am tu- am

Dominus r

dixit

Ff-li- us mé-us es tu

Ci-LÇ Tër»*fi^EE

mi- se- ri- c6r- di- am tû-

am

Fî- li-

us mé- us es

tu

Ligne A, colonnes 1, 2 et 3, préparation à l'élan mélodique et rythmique principal 4, qui correspond à l'accent tonique cor; après cet effort, la cantilène redescend et se repose sur le podatus 6, qui s'appuie lui-même sur la dernière syllabe du mot. C'est la thésis (thésis féminine); elle s'impose et se fait naturellement ; musique et texte marchent avec un admirable ensemble. — Il faut encore remarquer, colonne 2, l'élévation musicale qui coïncide avec l'accent secondaire «se» de misericôrdiam.

Ligne B, colonne 2. L'accent tonique Fi de F'tlius se substitue à l'accent secondaire se, 2, de la ligne A. — Groupe 4, le torculus se trouve sur une finale de mot. — Note 5, l'accent «mé» de meus se chante sur la note qui, en A, portait une pénultième faible. — Groupe 6, ici tout retombe dans l'ordre primitif de la ligne A, c'est-à-dire que le podatus 6 coïncide de nouveau avec une syllabe finale de mot.

C'est l'adaptation pure et simple de nouvelles paroles à une création mélodique et rythmique, dont l'élément générateur a été l'accentuation d'un type syllabique choisi d'abord comme modèle. Cf. Paléographie musicale, II, p. 30.

On pourrait croire que tout le rythme va être bouleversé; il n'en est rien. Ce qui sauve tout ici, comme dans tous les nombreux cas où ce procédé est employé, c'est le maintien exact des temps composés binaires. Il ne peut être obtenu, dans l'exemple B, que par la mise au levé des deux accents toniques de Filius et de meus. Ce qui change seulement, c'est la valeur, c'est l'esprit rythmique de chacun de ces groupes. Nous l'avons expliqué plus haut à l'occasion de l'exemple lûceat eis et dôna eis.

Le Gloria VIII des éditions de Solesmes présente les textes suivants sous un même groupement rythmique. Ces adaptations sont autorisées par d'excellents manuscrits.

Gloria vin. îh

»ws

Laudâmus te

Lau dâ-

mus

te

do-râmus te

A- do- râ-

mus

te

âgnan

î glô-ri- am tu- am

mâgnam glo- ri-

am

tu- am

Ff- li- us Pâ-tris

Fi- li-

us

Pâ-tris

mi-

se-ré-re nô- bis

rai- se- ré

re

no- bis

peccâ-ta miindi

peccâ-

ta

mûndi

Autre exemple de substitution :

tt£-

J. Alléluia.

J. A ma- vit...

... indu- it...

A- ma- vit

in- du- it

L'antienne Hodie nobis est tirée du Processional monastique de 1893. Ant. Hodie nobis. Processionale. p. 41-42.

tfe

Hô- di- e ehr

US

nim de cœ- lo

bj— : — -

âpparet Spi- ri- tus sânctus

fcfc

Utî:

H6- di- e quas Chri- stus â-quas

Ho- di-

ts

jg^iB

fj*

nim de caé- lo

... âp- pa- ret Spi- ri- tus sân-ctus

gilpi^

di- e quas Chri- stus a- quas

Le cantique Benedidus es (Cf. Paléographie musicale, IV, 130) nous offre non plus une substitution, mais une suppression de l'accent tonique au milieu d'une mélodie.

Cant.

Benedidus

Be-nedfctus es, Domine Be-nedi-cantte,

tp

Si-cut é- rat in prin-

^j rj trzrE

Be- ne- dictus es, D6- mi-ne Be- ne- di-cant te,

|sCT=ff=f^^

Si-

cut

é- rat

in prin-

Le type primitif est sans aucun doute celui de la ligne A.

Ligne B; le texte diffère : quatre syllabes au lieu de cinq, pour cinq notes ou groupes de notes ; quelle sera l'adaptation ?

Si le rythme de A avait été celui-ci :

Be-

èss

ne- dictus es

l'application du Sicut erat marchait toute seule, il n'y avait qu'à faire coïncider l'accent de érat avec celui de Benedidus :

LE RYTHME ET LE MOT LATIN

Be-

Sic-

ne- dfctus ut é-

es rat

et rien n'était modifié, ni la place des touchements, ni le groupement matériel des notes, ni la place des accents, ni même le rythme intime de ces petits membres de phrase qui se manifestent par les mêmes successions d'arsis et de thésis, puisque les accents secondaires (col. 1) et tonique (col. 3) s'alliaient dans les deux textes aux mêmes groupes mélodiques. Mais au lieu de suivre ce procédé qu'un enfant aurait trouvé, le compositeur grégorien supprime la note d'accent 3 et s'en va poser l'accent é de érat sur le podatus 4! Il faut avouer que cette syncope (') de la note d'accent est bizarre et inexplicable au moyen de nos théories modernes. Il n'y a qu'un moyen de la justifier et de la comprendre. C'est qu'en A, le touchement rythmique se trouvait déjà sur dus, sur la première note du podatus

&3H=&=tt

Be-

ne- di- élus es

et que, par conséquent, l'accent était au levé du temps ternaire précédent. Le compositeur, ne voulant rien changer à la place des touchements, a été attiré, dans l'adaptation de son second texte, à faire coïncider l'accent de érat avec ce touchement plutôt qu'avec une note au levé comme l'accent de Benedïctus.

Mais, s'il en est ainsi, pourquoi n'a-t-il pas rythmé !

fer|=gE^

CMC-

Ut é- rat

avec l'accent au levé, comme dans le mot Benedïctus; il avait l'avantage de ne pas supprimer une note importante et de conserver l'identité parfaite des deux rythmes. C'est vrai, mais le compositeur regarde toujours à la fin du rythme, et en adaptant ce procédé il se trouvait dans la nécessité de supprimer une autre note, la note de thésis, la finale de son incise ; et il n'a pas voulu de ce procédé qui aboutissait à une cadence tronquée.

Nous pourrions apporter en faveur de la théorie de l'accent bref des témoignages multiples analogues à ceux que nous venons de produire ; il faut se borner. Tout lecteur

(') Le mot syncope est pris ici dans un sens grammatical. Elle est très fréquente dans la mélodie grégorienne. Elle retranche, selon le cas, à l'intérieur d'une phrase, une note, un groupe, un mélisme, une teneur, etc. Cf. Paléographie musicale III, 66.

impartial nous aura compris et pourra désormais les découvrir lui-même dans les mélodies grégoriennes.

Nous recommandons, pour mettre sur la piste, l'étude des cadences fixes pentésyl- Iabiques des psalmodies d'introït et de répons.

Voici, par exemple, une cadence de cette sorte modelée sur un cursus planus littéraire mêam levdvi.

mé- am leva- vi

Une fois créée, elle devient intangible et la règle d'adaption des différents textes est celle-ci : Aux cinq derniers groupes ou notes, les cinq dernières syllabes. De là les applications suivantes :

a- nipe- stîin d6mo

mam lén- Dô-

mé-

ti-

mi-

am leae non ni 1-

vâsébi-

dit

mus

|-j*-JH

ijijF

Mais comment maintenir l'intégrité des groupements de la cadence primitive A, si, dans la ligne B, vous ne mettez pas à l'élan l'accent du mot pestiléntiœ et, dans la ligne C, ceux des mots Dômini et ibimus.

II en est de même pour les cadences des Répons

averte i- ram pesti- lén- D6-

tù-

ti-

mi-

If-

am a as non ni {-

nôsébi-

bis

dit

mus

Enfin une dernière cueillette, presque au hasard, à travers les hymnes et les proses. Déjà, les exemples que nous avons donnés pp. 130 et ss. ont pu renseigner le lecteur sur l'impossibilité de conserver le même rythme dans les versets des hymnes, si l'on rejette

LE RYTHME ET LE MOT LATIN

l'accent au levé. Mais il y a un fait très curieux et très important à noter; c'est que les hymnes, proses, etc. de rythme spondaïque

î . f . f . f . etc.

ont la tendance, dès qu'elles admettent des groupes, à les placer sur la finale des mots. On s'attendrait à voir de tels rythmes traités ainsi :

Dûl- ce lf- gnum, dûl- ces clâ- vos

C'est le contraire qui arrive fort souvent. On connaît déjà Y Ave maris Stella ordinaire :

Ave maris stélla

g^ËË^S

Ave ma- ris stél-la

Voici une autre mélodie de la même hymme empruntée aux manuscrits dominicains

6 , a .a ' \. 1 '~Wy-s-* ' ' sj ."

Ave maris stélla... vîrgo... fé-lix caéli porta

rX-

Ave ma- ris stél-la... vi'rgo. .. fé-lix csé-li pôr- ta.

Du Dies irae nous extrayons les passages suivants

■ffc

.. sol-vet sœclum in favilla, Te- ste Dâ-vid cum Si-bylla. quando... cûncta stricte dis- cussû-rus.

Tuba mi'rum Liber scn'ptus proferétur, in quo tôtum continétur

.. sôl-vet saé- clum in fa-vil-la, Té- ste Dâ- vid cum Si- bylla. quando... cûncta stri'-cte dis- cus-sû-rus.

Paléographie VII. '

Tiiba rai- rum... Li'-ber scn'ptus pro- fe-ré- tur, in quo tôtum conti-né-tur On sait que ces mêmes rythmes se répètent dans toute la séquence.

Dans le Pange lingua du Vendredi-Saint, relevons ces vers déjà cités.

Texte ancien

Jn

JL 1

Ik

Nul- la sfl-va ta- lem pro-fert, Fronde.. Dûl- ce h'gnum, dûl-ces clâ-vos, Dûl-ce. Mémbra pânnis in-vo- lû-ta, Vfr-go.

Fronde. Dûl-ce.,

Vfr-go. .

Nul- la sfl-va ta- lem pr6- fert, Dûl- ce h'gnum, dûl-ces clâ- vos, Mémbra pânnis in-vo- lu- ta,

etc., etc., etc.

La séquence de Noël Lœtabundus, nous fournit à son tour cette phrase

Tt

-ta

Ange- lus con- si- li- i Sol oc- câ- sum nés-ci- ens Pr6- fert Vi'r- go Ff- li- um Ne-que Ma- ter Ff- li- o

An- ge- lus con- si- li- i

Sol oc- câ- sum nés- ci- ens

Pré- fertVi'r- go Ff- li- um

Ne- que Ma- ter Fi'- li- o

Nâ- tus est de Virgi'-ne Stél- la sem-per rû-ti- lans

Nâ- tus est de Vir- gi- ne Stél- la sem- per rû- ti- lans

Les preuves de la brièveté de l'accent latin sont surabondantes. II ne nous reste plus qu'à résumer en quelques lignes ce que nous venons de dire sur le mot latin.

a) Le mot latin a sa mélodie propre ; son accent en est le sommet aigu et toutes les syllabes qui le précèdent ou le suivent sont plus graves que la syllabe accentuée.

b) 11 a sa dynamie ; elle commence doucement sur les syllabes antétoniques, croît jusqu'à l'accent et décroît ensuite jusqu'à la thésis.

c) Il a sa durée; l'accent, centre attractif du mot, attire à lui les syllabes antétoniques qui y montent d'un pas animé ; au contraire il retient à lui les postoniques qui descendent plus lentement vers la syllabe finale dont la longueur invite au repos.

d) Enfin il a son rythme, qui se compose, d'une part, de tous les élans mélodiques, dynamiques, quantitatifs, qui caractérisent la première partie du mot; de l'autre, de toutes les retombées qui préparent et signalent la thésis, le repos.

Le mot est un microcosme rythmique qui reproduit, dans une mesure infinitésimale, toutes les phases du grand rythme phraséologique.

Nous pensions terminer ici ce volume ; mais plusieurs questions, qui nous ont été posées au cours de sa publication, nous déterminent à ajouter quelques pages sur le mot dans le membre de phrase et sur la phrase. En complétant notre pensée sans plus attendre, nous répondrons ainsi à quelques-uns de nos lecteurs, et nous préviendrons des interprétations erronées qui pourraient se faire jour.

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