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mi...
Nous venons de voir comment les mots-rythmes relient les mesures; voyons maintenant comment les mesures ou mieux les temps composés, binaires ou ternaires, relient les mots.
L'exemple Mémento va encore nous servir
Rythmes-mots reliant les temps composés
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Temps-composé item
ou mesure reliant les mots
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Tous les exemples précédents pourraient être produits pour la même démonstration: en voici cependant un nouveau que nous étudierons en détail :
^EÊEfc^Ë^
Spé-cu- lum justi'- ti- ae
Spé- eu- lum ju-stf- ti- ae
Ce petit membre, analysé mot par mot, donne deux rythmes très distincts :
Spé- eu- lum
ju- stî- ti- ae
Le second de ces rythmes est favorisé d'une syllabe antétonique (ju) qui est comme la pierre d'attente dont la saillie doit se relier, dans la phrase, avec ce qui précède. En effet, l'analyse réelle de ce membre est la suivante :
Rythme membre
Ier rythme
2e rythme
f arsis : spécu- | thésis : lumju-
arsis : stiti-
\ thésis : œ
i temps compose binaire 1 , . .
2 temps binaires îd. îd.
id.
id.
id.
id.
2 temps binaires
Le point de jonction de ces rythmes s'opère à l'extréminé des deux rythmes (lumju), dans la pénombre thétique du deuxième temps composé qui relie entre elles les deux syllabes lum ju.
La mora vocis qui se fait naturellement sentir sur la syllabe finale des mots, placée à la thésis, pourrait être prolongée, doublée même, sans nuire à cette intime union des deux rythmes élémentaires.
(i) On nous a souvent demandé par quels gestes le directeur d'un chœur grégorien pouvait indiquer le rythme et conduire ainsi ses chantres. Nous répondrons à ce désir à la fin du présent volume, dans une note spéciale. Les courbes que l'on voit ici représentent les mouvements de la main du chef de chœur.
Si l'on chantait, par exemple :
Spé-cu- lu m justi- ti- ai
sëê^ê
Spé- eu- lum ju-sti- ti-
la thésis lum ju de binaire deviendrait ternaire, et la jonction des mots à l'intérieur des temps composés serait aussi parfaite.
Tous ces moyens employés par le compositeur suffisent déjà pour faire de ces deux mots une seule entité rythmique. Mais il y a plus encore : une autre cause intrinsèque contribue puissamment à cette création du rythme-membre.
Comme il y a dans chaque mot une syllabe maîtresse plus aiguë, plus intense, plus arsique, qui reçoit l'accent tonique et groupe autour d'elle sous sa domination toutes les autres syllabes; de même il y a, dans chaque membre, une note, un temps composé, à la fois plus aigu, plus intense, plus lancé que tous les autres. C'est ce temps composé qui contient Y accent principal du membre; de ce sommet à triple base, il domine toute la phrase, et tous les autres accents lui sont subordonnés.
D'après ce que nous venons de dire, la place de cet accent principal se trouve souvent sur Y ictus du temps composé le plus élevé.
Ainsi, dans notre dernier exemple, l'accent principal du membre se trouve sur le s/'K syllabe sti ; sur cette syllabe le crescendo atteint son maximum d'intensité :
Spé-cu- lum justi- ti- ae
?=£pë=fr
Spé- eu- lum ju- sti- ti- ae
Le membre de phrase se trouve ainsi complètement constitué dans son unité, et il est impossible d'en concevoir autrement le rythme. Au contraire, dans l'exemple suivant :
Spé-cu- lum justi- ti- ae
Spé-cu- lum ju-sti- ti- œ
l'accent principal du membre serait sur la syllabe spé. Sa place est |déterminée par la forme mélodique de la phrase.
C'est par ces divers moyens :
a) enjambement des mots-rythmes sur les temps composés;
b) liaison de deux mots à l'intérieur du temps composé;
c) accent principal du membre,
que se réalise, dans le chant grégorien, l'unité intrinsèque du membre.
Relativement à l'enjambement des mots sur la mesure, il faut ajouter une importante remarque :
« Des fins de mots, avons-nous dit avec M. Plessis, ne doivent pas en général coïncider avec des fins de pieds. »
Toutefois, pas plus dans la mélodie que dans les vers, (') il ne faut entendre cette règle d'une manière absolue. Assez souvent, dans le courant d'une phrase grégorienne, les mots peuvent et doivent être traités métriquement, c'est-à-dire que des fins de mots peuvent coïncider avec la dernière note d'un temps composé, comme ci-dessous le mot Cantate.
ËS^
Can- ta- te Dô-mi- no
Can- tâ-te Domi-
no
« Dans un vers un peu long, nous a dit M. Plessis, il suffit qu'il n'y ait pas majorité de fins de mots coïncidant avec des fins de pieds. v>
Je ne sais si une règle analogue pourrait être formulée dans le chant grégorien. Il est certain que, dans l'application, le mélange des mots rythmés et des mots non rythmés donne à la phrase une gracieuse variété. Voici une phrase de trois mots; deux (Sancta Dei) sont enfermés chacun dans l'espace d'une mesure, le dernier seul est rythmé ; tous les accents sont sur les touchements de chaque temps composé.
hï:
Sâncta Dé- i Génitrix
Sânfta
Dé- i
Gé-
ni-
trix
Spé- eu- lum ju-stï-ti-as
Spé- eu-
lum ju-
Stl-
ti-
ae
Ce rythme très légitime prouve que des règles trop rigoureuses sur la proportion qui peut exister entre l'emploi rythmique (De \ us) ou métrique ( | Deus | ) des mots ne sont pas acceptables.
Autre question : Comment, dans ce dernier cas, se produit l'enchaînement des mots?
11 s'opère, non plus à l'intérieur des mesures, comme dans :
jjS=gj=E£p^
Spé- eu- lum ju- sti- ti-
Enchainement
des mots
à l'intérieur d'une mesure
se
mais à l'intérieur du rythme lui-même qui, s'installant sur deux mots, — l'arsis sur le
(i) Cf. Plessis. Métrique grecque et latine, p. 18, n. 25.
premier, la thésis sur le second, — établit entre eux une profonde intimité, et les réunit dans l'unité d'un même mouvement rythmique :
Rythme reliant 2 mots
Rythme reliant 2 mots
Sânfta Dé- i Gé-ni-trix
Sân6ta Dé- i Gé- ni- trix
Ier rythme
Sanfta = arsis = 1 temps composé binaire
4 temps
Rythme
élémentaire
Dei = thésis féminine = id. id.
f simples
Membre
2e rythme
G/m'- — arsis = 1 temps composé binaire
4 temps
élémentaire
trix = thésis masculine = id. id.
simples
Ier rythme élémentaire. — Le rôle joué, dans cette phrase, par les deux premiers mots, modifie entièrement leur physionomie au point de vue a) rythmique, b) quantitatif, c) mélodique et même d) intensif.
a) Rythmique ment. Chaque mot est un rythme ; or, dans notre phrase, les deux mots Sâncta Déi ne sont plus chacun qu'un seul temps composé binaire, le premier arsique, le second thétique.
b) La quantité, nous voulons dire le poids naturel des syllabes, n'est pas moins modifiée. L'émission normale des mots isolés assigne la longueur ou thésis à la dernière syllabe; or, ici, la thésis de ces mêmes mots disparaît dans le mouvement de la phrase; et même, la syllabe cta, bien loin d'être thésis se trouve entraînée dans l'élan du temps arsique sâncta. La syllabe i de Déi se trouve, elle, englobée dans le temps thétique Déi, sans porter toutefois le touchement thétique qui affecte uniquement la syllabe Dé.
Mais ces syllabes, cta, i, ne conservent-elles pas néanmoins un léger ictus, une légère thésis rythmique?
Non, elles sont entièrement dépouillées du caractère propre à l'ictus ou touchement rythmique qui toujours est placé au début d'un temps composé. Elles avaient ce caractère dans leur rythme naturel de mot isolé; elles l'ont perdu. Elles conservent seulement ce qu'on peut appeler V ictus individuel, le coup, qui les fait sortir du néant, — qui les déclare à l'oreille notes, syllabes, temps premiers; c'est Y ictus à son degré le plus infime, ce n'est pas Y ictus rythmique.
c) Si nous envisageons la physionomie mélodique de ces deux mots, nous la trouvons complètement changée. L'accent de Sâncta a perdu son acuité : les deux syllabes se chantent à l'unisson. Le mot Déi est encore plus modifié : il est l'objet d'une interversion mélodique. Son accent aigu est chanté sur une note plus grave que la syllabe finale.
d) L'intensité naturelle de ce mot Déi est singulièrement affaiblie par sa place à la thésis et par la dépression mélodique de l'accent aigu.
Paléographie VII. k 33
C'est ainsi que, grâce à toutes ces modifications, les deux mots Sàncta Déi se trouvent unis dans l'unité d'un mouvement rythmique, composé d'une arsis et d'une thésis binaire.
Cette question capitale de l'enchaînement des mots et de l'unité du membre de phrase étant résolue, nous arrivons à la phrase, à la période.