LA NOTATION DE LA PREMIÈRE MAIN
Le manuscrit du Mont-Renaud a été noté dans son ensemble par une main unique. L'écriture musicale, en effet, présente les mêmes caractères d'un bout à l'autre du livre. Si les neumes sont un peu plus tassés dans le Graduel que dans l'Antiphonaire, c'est simplement, semble-t-il, parce que les mélodies de la messe y sont en général plus ornées, de sorte que le notateur, gêné par le manque d'espace, était contraint de resserrer davantage les neumes.
L'écriture de ce premier notateur se caractérise par la finesse des traits, sans pleins ni déliés, et par l'absence de poser ou de lâcher de plume. Les neumes sont tracés presque verticalement, très légèrement inclinés vers la droite. Ils sont plutôt courts, sauf certains pes et beaucoup de virga. Par sa forme, la notation se classe facilement dans la catégorie des notations neumatiques françaises.
On remarquera le dessin de la clivis, dont le second élément, très court, donne au neume l'aspect d'un crochet. On trouve parfois la liaison clivis-pes ou clivis-clivis. Noter aussi une forme de torculus prolongé par une boule remontante 1.
Il est plus important d'attirer l'attention sur les nombreux cas où notre manuscrit indique des nuances telles que la désagrégation, ou pratique les neumes d'ornement : bivirga, et trivirga, distinctes du signe correspondant à la distropha et à la tristropha; oriscus avec tous ses dérivés : pes quassus, salicus, virga strata distincte du pressus; quilisma; trigon.
Les lettres sont rares dans la notation. On relève quelques c (= celeriter) et quelques s (— sursum).