‹ Paléographie musicale (volume 4)Chapitre 23 sur 58 · II. DATE ET LIEU D'ORIGINE DU MANUSCRIT · texte numérisé non relu

II. DATE ET LIEU D'ORIGINE DU MANUSCRIT

La date et le lieu d'origine sont liés dans une certaine mesure. Nous délimiterons d'abord autant que possible la période au cours de laquelle notre manuscrit a été écrit, noté, puis complété. Nous chercherons ensuite, dans le cadre chronologique ainsi tracé, à quelle ville ou à quel monastère il a été destiné. Le lieu d'origine une fois déterminé, nous en étudierons l'histoire ; les circonstances dans lesquelles notre manuscrit a trouvé place nous fourniront des précisions nouvelles sur sa date.

§ i. — INDICATIONS GÉNÉRALES SUR LA DATE

Puisque le manuscrit du Mont-Renaud est formé d'éléments qui sont venus se superposer les uns aux autres, nous allons examiner séparément chacun d'eux, en distinguant le Graduel et l'Antiphonaire quand cette précaution s'imposera.

i. LE MANUSCRIT NON NOTÉ

Le premier état du manuscrit ne contient aucune indication musicale. Nous chercherons à le dater d'après l'écriture et le contenu liturgique 1.

L'Antiphonaire nous fournit une première indication : il contient l'office de la Ste Trinité, composé par Etienne de Liège, qui est mort en 920. Par suite, il n'a pu être transcrit qu'après 920 environ, date qui représente approximativement le moment où l'office de la Ste Trinité une fois composé, a commencé à se répandre.

Le Graduel contient il est vrai la messe de la même fête; mais comme elle est plus ancienne que l'office et remonte au ixe siècle, sa présence n'a pas pour nous d'intérêt. Le Graduel, écrit

1. On ne peut tirer aucun renseignement du procédé de réglure et de pliage : il est en usage dans les scriptorium français à partir de la fin du IXe siècle et le demeure longtemps après. Voir à ce sujet E.K. Rand, A Survey of the Manuscripts of Tours, I (Cambridge Mass. 1929), p. 11-18. — Traces de piqûres dans quelques manuscrits dans les C.R. des Séances de F Académie des Inscriptions et Belles-Lettres, 1939, p. 411-431. — C. Dobias-Rozdestuenskaia, Histoire de l'atelier graphique de Corbie (Leningrad 1934), p. 81 sq.

dans le même scriptorium q.ue l'Antiphonaire, à la même époque, et probablement par la même main, ne peut lui non plus, par conséquent, être antérieur à 920.

Le témoignage de l'écriture corrobore cette conclusion. Puisqu'elle est très semblable dans le Graduel et l'Antiphonaire, nous avons le droit de porter un jugement d'ensemble sur la première main, sans distinguer entre les deux parties du manuscrit.

Cette écriture présente les traits qui caractérisent le Xe siècle : une seule ligature : st 1, pas d'à ouverts, mélange de ae et de e cédille; le g n'est pas fermé, les hastes sont peu ou point massuées, elles ont souvent un petit crochet vers la gauche. Il est difficile de préciser dans quelle partie du Xe siècle notre manuscrit a été écrit. Il faudrait pour cela tenir compte du lieu où travaillait le scribe. Contentons-nous pour le moment d'une conclusion qui reste vague à dessein.

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