LE MANUSCRIT NOTE
Avouons que les neumes ne peuvent nous donner de renseignement précis sur la date. Nous connaissons trop mal l'histoire de la notation française pour qu'elle puisse nous être d'un grand secours. Toutefois si nous cherchons quels sont les manuscrits dont les neumes ressemblent le plus à ceux du nôtre, nous les trouvons soit dans le courant du Xe siècle 2, soit à la fin du Xe ou au début du XIe 3, soit au XIe siècle 4.
Ces comparaisons nous invitent à ne pas remonter trop haut dans le Xe siècle pour situer le manuscrit du Mont-Renaud, et orientent même nos préférences vers la seconde moitié du siècle.
Il est un autre moyen d'assigner aux neumes une limite chronologique : c'est de consulter l'écriture qu'ils surmontent. En maints endroits, le notateur a placé des neumes sur des mots ajoutés par lui ou à son intention. L'écriture de ces additions peut donc nous renseigner sur la date des neumes. Sans doute, il est difficile de distinguer les corrections qui peuvent être contemporaines de la première transcription, de celles qui ont accompagné la notation. Peu importe. De toute façon, si un texte littéraire est noté, il faut bien que les neumes aient été mis après les paroles, si court, qu'on suppose l'intervalle. Or, en examinant les fragments additionnels dont les neumes appartiennent à la première main française, nous constatons que leur écriture est notablement plus récente que celle du premier scribe, d'une cinquantaine d'années environ. Elle correspondrait plutôt à la fin du Xe siècle.
La nature de certaines de ces additions n'indique pas non plus une date très haute. Il en est qui consistent en des vocalises qui prolongent le dernier mot de la psalmodie des introïts, et pour laisser ces longs mélismes se déployer à leur aise, le notateur a écrit en marge les mots fecit, suum, amen, sur lesquels ils se chantent. Ces vocalises ne sont pas très anciennes. On en trouve du moins dans un Graduel de Cambrai du XIe siècle 5, pour la fête de S. Vaast.
Toutes ces raisons nous invitent à placer la notation du Graduel et de l'Antiphonaire plutôt vers la fin du xe siècle.
1. La ligature et n'est pas totalement absente, mais elle est très rare.
2. S. Omer 252, Lectionnaire-graduel de Saint-Bertin; Solesmes G 31-34.
3. Le fragment de Graduel relié dans les Évangiles de Flavigny (Autun 4 S. 3). Cf. Acta Musicologica 22 (1950), p. 87; A. Lowe, Cod. lat. antiq. VI, n° 717. Ce fragment semble antérieur au tropaire d'Autun (Arsenal 1169) écrit entre 996 et 1024.