Les diplômes cités dans la note précédente
3. Edité par Mabillon, De re diplomatica, 1681, p. 567, qui le date de 933 (ancien style).
Le 26 juin 945, un diplôme de Louis d'Outremer nous montre les deux chapitres encore réunis sous l'autorité de l'évêque. Pour les chanoines de Notre-Dame-Saint-Médard, fratribus suae sedis, l'évêque demande au roi de 'confirmer la possession de YAbbatiola de Saint-Maurice, située dans un faubourg de la ville; pour les chanoines de Saint- Éloi, fratribus in monasterio beatissimi Eligii degentibus, ou encore Canonicis eximii Confessons Dei Eligii, YAbbatiola suburbicaire de Saint-Étienne l.
Il faut descendre jusque vers 980 pour connaître l'histoire ultérieure de Saint-Éloi. Il est vrai que le document qui nous en parle est particulièrement explicite. Il s'agit d'un diplôme du roi Lothaire 2 délivré entre le 8 juin 979 et le 2 mars 986, par lequel le prince accorde à l'évêque de Noyon Liudulphe l'autorisation de restaurer dans la sainte religion de l'ordre monastique, in sancta religione monastici ordinis, le lieu de Saint-Éloi au faubourg de Noyon. La suite du diplôme nous apprend que sur cet emplacement S. Éloi en personne avait jadis fondé un monastère, monastica religione instructus, monastère qui fut détruit lors des invasions normandes.
La restauration de cet établissement monastique avait été tentée une première fois avec l'appui du roi Louis d'Outremer par l'évêque Raoul, l'un des prédécesseurs de Liudulphe sur le siège de Noyon. Les dates de cet évêque nous sont connues approximativement. Élu à Noyon à l'assemblée de Compiègne de mars 950, il serait mort à Tournai le 9 janvier 9523, et aurait été remplacé à Noyon en 954. C'est donc dans ce court espace de temps que se place la première tentative pour installer des moines à Saint-Éloi. Vu cette brièveté, on ne peut s'étonner d'apprendre par la suite du diplôme que cette restauration monastique n'a pas réussi. Raoul mort, le complot des méchants prévalut, nous dit-on, et ce lieu fut privé de l'honnêteté de son institutution première.
Ce que nous pouvons entrevoir du successeur de Raoul corrobore assez bien l'affirmation du diplôme. Fouchier, ancien doyen de Saint-Médard de Soissons, a laissé tant à Noyon qu'à Tournai une réputation assez fâcheuse. Un écrivain du xne siècle, Herman, moine et abbé de Saint-Martin de Tournai, fils d'un chevalier de Noyon, auquel nous devons d'abondants renseignements sur les origines des deux sièges de Noyon et de Tournai unis jusqu'au début du xiie siècle, nous dépeint Fouchier comme un tyran, et bien qu'il ne lui accorde que 18 mois d'épiscopat, il nous le montre détruisant toutes les abbayes qu'il pouvait, en les dépouillant de leurs biens pour en gratifier ses vassaux 4. Bien que ce témoignage soit tardif, on en peut conclure avec tous les historiens de Noyon que c'est sous un tel évêque que le conseil des méchants prévalut, et que Saint-Éloi de Noyon fut sécularisé de nouveau.
Combien de temps dura cette nouvelle communauté de chanoines? Le diplôme du roi Lothaire ne le précise pas. De son dispositif nous apprenons seulement que c'est Liudulphe, le second successeur de Fouchier, qui restaura la vie monastique entre le 8 juin 979 et le 2 mars 986, et qui obtint du roi une immunité pour le second établissement, afin que la discipline monastique ne puisse plus y être déconcertée par le premier évêque venu : quatinus iam dictus ordo monasticus deinceps absque ulla inquietudine supervenientis pastoris in praedicto coenobio conservetur. Bien que nous
1. Diplôme de Louis IV d'Outremer, « Prinpriciaco », le 26 juin 945. (Prou et Lauer, Recueil..., n° XXVI, p. 64). Le mot Monasterium appliqué à Saint-Éloi ne veut pas dire que ses desservants en 934 aient été des moines; il confirme seulement la tradition qui veut que l'église ait été desservie par des moines avant les invasions normandes. Le mot Abbatiola ne postule pas non plus un établissement monastique. Du Cange avait déjà remarqué que le terme est synonyme de Capella, Sacellum, Ecclesiola.
2. Diplôme de Lothaire (Halphen et Lot, Recueil..., n° LV, p. 127) et Diplôme de Louis IV (Prou et Lauer, n° XXXIX, p. 90).
3. Dates acceptées par Prou et Lauer, p. 90, note 1. Le même Lauer, en 1900 (Annales de l'histoire de France à V époque carolingienne, Louis IV d'Outremer, p. 214, note 2) fait remarquer que la date de la disparition de Raoul est très incertaine, son successeur Fouchier n'ayant été sacré qu'en 954.
4. Herman de Tournai, Liber de restauratione Monasterii Sancti Martini Tornacensis (M. G. H., SS. XIV).
ne possédions aucun document de date certaine pour l'histoire de Saint- Éloi jusqu'à la mort de l'abbé Letbrard en 1035 \ nous avons tout lieu de penser que les moines ne furent plus troublés dans la possession de leur monastère.
En résumé, l'histoire de Saint-Éloi au cours du Xe siècle se présente ainsi : une première période séculière où le monastère est peuplé de chanoines depuis au moins 934 jusqu'aux environs de 950. A cette date, l'évêque Raoul installe des moines, sans que les textes nous indiquent l'établissement d'où il les fit venir. Après 954, l'évêque Fouchier rétablit les chanoines, qui demeurent en possession jusqu'aux environs de 979-986. A cette date l'évêque Liudulphe rétablit définitivement les moines.
Ayant ainsi esquissé dans ses grandes lignes l'histoire religieuse de Noyon au Xe siècle, demandons-nous comment notre manuscrit y trouve sa place.