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LE MANUSCRIT A L'ÉPOQUE MODERNE

Le ms actuellement conservé à la Bibliothèque de l'Université de Graz sous la cote 807 (ancienne cote : 41/2) appartenait auparavant à la Bibliothèque du monastère des Chanoines Réguliers de Seckau, où il était certainement au début du XVIP s.

Sa reliure en cuir noir est caractéristique des mss de Seckau reliés à neuf en 1625 (ou vers cette date) ; ce même cuir sombre se retrouve (D"^ Maria Mairold, lettre du 10. 1. 1973) sur 34 volumes conservés encore aujourd'hui, dont 22 ont comme Graz 807 des plats en bois, et 12 des plats en carton. Dans ce lot figurent une vingtaine de mss, outre celui qui nous occupe ; ce sont, dans l'ordre des dates, du XI« au XIV^ s : Graz 238, 173, 1585, 1584, 766, 1297, 772, 1485, 1515, 177, 1645, 1633, 1484, 782, 823, 1129, 1415, 1514, 1356 et 1651. Si Kern dit que la reliure est «comme celle du ms 173», c'est que ce ms 173, ainsi que le ms 238, porte sur une feuille de garde le nom de celui qui a fait faire les reliures à dos noir et la date à laquelle elles furent exécutées: M. Thom(as) Jur(ichius) D(ecanus) Secc(oviensis). Anno Jubilaeo 1625. Il s'agit de l'Archiviste et Bibliothécaire du monastère : Thomas Jurichius, qui exerçait ses fonctions dans une période où la Bibliothèque, enrichie de nombreux ouvrages par le Prévôt Antonius de Potiis (1619-1657), fut réorganisée et où fut accompli un travail de reliure d'une grande ampleur (cf. Roth, p. 291).

Le No. 234 qui se lit au bas de la dernière page du ms 807 a été mis à Seckau, ainsi que Kern le signale ; en effet, comme l'a déjà remarqué F. Fichier en 1918, tous les mss de Seckau, ou la plupart d'entre eux, portent à la fin du texte, sur le dernier ou l'avant-dernier feuillet, un nombre en chiffres arabes écrit au

XVII* ou XVIII'= s. Ce ne sont certainement pas des cotes individuelles destinées à figurer dans un catalogue, car le No. 234, inscrit sur le ms 807, se lit aussi sur le ms 597 qui en diffère par la date et le contenu, puisque c'est une Postilla studentium Pragensium de Conrad von Waldhausen, manuscrit en papier du XV' s. De même, par exemple, le No. 25 se trouve dans les mss 766, 750 et 277, ainsi que dans deux livres provenant de Seckau. Ces numéros désignent probablement des groupes de mss ou d'imprimés, sans que l'on puisse savoir ce qu'ils signifient.

Il n'existe pas de catalogue médiéval de la Bibliothèque de Seckau où l'on pourrait espérer trouver mention de notre manuscrit. Le seul que nous possédions est un catalogue manuscrit provenant de Seckau et conservé à la Bibliothèque de l'Université de Graz sous la cote ms. 2039 ; il est intitulé Catalogus antiquus Bibliothecae Seccoviensis, et date, non du XVIP s. comme on le croyait encore naguère, mais du début du XVIII<=i. Il mentionne plusieurs Graduels anciens, que l'on ne peut identifier avec certitude ; le ms 807 est probablement celui qui est désigné au f° 75' : Graduale antiquum in pergameno L. n. 5. ibid.

Le monastère des Chanoines Réguliers de Seckau fut supprimé le 13 mai 1782, la première année où fut mis en application l'édit du 29 novembre 1781 par lequel Joseph II supprimait les établissements d'hommes ou de femmes qui ne se livraient ni à l'enseignement, ni à une activité hospitalière, ni à l'érudition. La Bibliothèque du monastère fut alors transportée à l'Université de Graz, et l'actuel ms 807 fait partie d'un lot de 325 mss venus de Seckau. On ne sait pas au juste si ces mss parvinrent à Graz après un détour par Vienne ou directement ; le D"^ Maria Mairold considère cette dernière éventualité comme plus vraisemblable -. Quoi qu'il en soit, notre ms 807 entra à la Bibliothèque de l'Université de Graz, en même temps que presque toute la Bibliothèque de Seckau, probablement dès 1782, et peut-être en 1783.

A Graz, il fallut restaurer la reliure ; déjà au XIX^ s. on avait réparé le plat de dessus, dont la peau s'était abîmée ; le bois du plat de dessous ayant fini par se casser, le ms fut confié au relieur en 1957 pour une restauration ; désormais les deux plats sont semblables, mais la reliure est très laide. En 1956, Kern disait que le ms 807 avait «une reliure noire de Seckau, comme le ms 173» ; cette partie de sa notice n'a aujourd'hui que la valeur d'un témoignage historique, mais elle est précieuse à ce titre, car elle atteste que le ms fait partie de ceux qui ont été reliés à Seckau en 1625.

' On trouvera une description de ce Catalogue dans A. KERN, vol. 3 : Nachtrâge und Register par Maria MAIROLD, p. XVI-XVII ; l'auteur qui, à cette époque (en 1967) date encore du XVIIe s. le Catalogus antiquus, nous a signalé qu'une Dissertation consacrée plus récemment à ce ms 2039 avait prouvé qu'il datait en réalité du début du XVIII»' s.

C'est le P. Othmar Stary qui, grâce à des comparaisons approfondies entre l'écriture de différents scribes, est arrivé à cette conclusion. Plus précisément encore, le Catalogus antiquus a été rédigé, selon lui, après 1731 et avant 1751. Le Catalogue mentionne 3178 livres, auxquels un Supplément ajoute 241 autres ouvrages. L'auteur du Supplément et de la Préface est Joseph Schurian, Chanoine de Seckau et plus tard Prévôt de la Cathédrale (1712-1769) ; les remarques qu'il fait dans sa Préface laissent entendre que le Catalogus antiquus a dû être suivi d'un Catalogus recentior, mais ce dernier ne nous est pas parvenu (O. Stary, lettre du 10. 1. 1973).

Le Catalogus antiquus ne prétend pas être complet ; il omet notamment les livres qui appartenaient au Prévôt de Seckau de cette époque ; parmi les 325 mss venus de Seckau à Graz, 184 peuvent être identifiés avec certitude ; bien des mss actuellement conservés ne correspondent à aucune des mentions du Catalogue.

2 On pourrait consulter (ces ouvrages ne nous ont pas été accessibles) : L. LASCHITZER, Die Verordnungen iiber die Bibliotheken und Archive der aufgehobenen Klôster in Ôsterreich, dans Mittheilungen des Instituts fiir ôsterr. Geschichtsforschung, 2 (1881); et Gerhard WINNER, Die Klosteraufhebungen in Niederôsterreich (Wien, 1967). Si l'on hésite, au sujet du transfert des mss de Seckau à Graz, entre l'hypothèse d'un détour par Vienne et celle d'un transfert direct, c'est qu'on ignore à la fois la date de ce transfert et l'édit auquel il s'est conformé. En effet, pour la Basse-Autriche, un édit du 4 mai 1782 ordonne de transporter à Vienne les livres et mss des monastères supprimés, et un édit du 23 septembre 1782 (donc 5 mois plus tard dans la même année) ordonne de les transporter dans les Universités et Lycées de cette Province pour y être à la disposition des érudits ; en Styrie aussi les dispositions prises par les édits impériaux ont dû se modifier de la même façon, mais pas nécessairement aux mêmes dates. En tout cas la K. K. Hofbibliothek se réservait le droit de prélever livres ou mss (cf. G. Winner, p. 47) ; par suite, le fait que certains volumes de Seckau aient abouti à la Bibliothèque Nationale de Vienne ne prouve pas que toute la Bibliothèque du monastère y ait d'abord été dirigée.

Le siège de l'épiscopat institué à Seckau en 1218 fut transféré à Graz en 1786, mais il n'y a aucun rapport entre le transfert du siège épiscopal et celui de la Bibliothèque du monastère. Depuis longtemps, les évêques de Seckau n'habitaient presque plus jamais à Seckau, mais dans un château du voisinage, et dès la fin du moyen âge ils avaient à Graz une résidence fixe.

§ 3. - PARTICULARITÉS CODICOLOGIQUES

a) LE FORMAT

Le ms mesure actuellement 230X150 mm; ce format est celui que mentionne Kern en 1956, car le relieur de Graz qui a restauré le ms en 1957 en a réparé seulement la couverture, mais ce n'est pas celui que le volume avait au sortir de son scriptorium d'origine : le relieur de Seckau, en 1625, a rogné les pages au point de mutiler certaines additions marginales.

b) LA DISPOSITION DES CAHIERS

Les 168 folios du ms et ses 84 diplômes sont disposés en 21 quatemions réguliers.

La marge inférieure étant rognée comme les autres, on ne peut savoir si les cahiers étaient autrefois numérotés.

La foliotation est moderne.

La première page (f° 1"^), originairement laissée en blanc, a reçu au XVII^ s. le titre qu'on y lit aujourd'hui.

Le Graduel n'a pas de lacunes, et le ms tel que nous le possédons est dans son état originel : un indice en fournit la preuve. La messe Letabitur pour la fête de Vincentii (22 janvier) a d'abord été oubliée ; puis une main qu'il n'y a pas de raison de ne pas considérer comme la première a écrit dans la marge du f° 32" (avant le dimanche III post Epiph.) : Vincentii m. Letabitur. quere in fine libri; or cette messe est suppléée, par la \^ main également, au verso du f° 168 qui est effectivement la dernière page du livre.

c) PIQÛRE ET RÉGLURE

Les réglures horizontales à la pointe sèche ne sont pas tracées à intervalles égaux comme il arrive dans certains mss de structure analogue ; elles se conforment, sur tous les feuillets, à un schéma que l'on peut décrire ainsi en commençant par le haut de la page :

- 4 réglures à intervalles égaux : c'est la portée ;

- un intervalle un peu plus grand que l'interligne de la portée, mais d'ordinaire pas tout à fait le double, destiné au texte littéraire ;

- 5 réglures à intervalles égaux, dont la première supporte le texte littéraire tandis que les 4 autres constituent la portée ;

- l'intervalle un peu plus grand destiné au texte littéraire ;

et ainsi de suite jusqu'au bas de la page, qui se termine par une réglure unique sur laquelle repose la dernière ligne du texte littéraire.

Les réglures sont tracées d'un bout à l'autre du ms selon le même schéma, mais leur nombre n'est cependant pas constant sur tous les feuillets. En appelant «ligne» l'élément formé par une ligne du texte littéraire et la portée qui la surmonte, il y a :

11 lignes par page (ou feuillet, bien entendu) dans presque tous les cahiers, c'est-à-dire dans le 1" (f«» 1-8) et les 4<=-21^ (f»^ 25-168) ;

10 lignes par page dans les 2^ et 3^ cahiers (f"^ 9-24).

Le nombre des réglures dépend naturellement de celui des lignes : il est de 55 dans les pages à 11 lignes, et de 50 dans les pages à 10 lignes, puisque chaque ligne du texte littéraire suppose 5 réglures, une en-dessous, qui lui sert de guide, et quatre en-dessus, qui sont celles de la portée. Les 50 réglures des pages à 10 lignes sont un peu plus espacées que les 55 des pages à 11 lignes, mais elles le sont pour ainsi dire trop,

et on constate le contraire de ce que l'on aurait attendu : non seulement celui qui a tracé les rcglures n'a pas cherché à uniformiser exactement la hauteur de la justification, mais la distance entre la première réglure (celle du haut de la page) et la dernière (celle du bas) est un peu plus grande dans les pages à 10 lignes et 50 réglures que dans les pages à 11 lignes et 55 réglures. On s'en aperçoit déjà en examinant les photos; mesurées en grandeur absolue directement sur les ms, les distances entre la première réglure et la dernière sont les suivantes :

dans le 3' cahier, à 10 lignes par page : f« 22 : entre 191 et 192 mm. f» 24: entre 192 et 193 mm.

dans le 4"^ cahier, à 1 1 lignes par page : f" 25 : exactement 188 mm.

f° 31 : exactement 188 mm.

Ainsi, compte tenu d'un léger flottement, la justification des pages à 10 lignes a une hauteur d'environ 4 mm de plus que celle des pages à 1 1 lignes.

La place des réglures horizontales est déterminée, comme d'habitude, par des piqûres disposées en rangée verticale sur les bords extérieurs des pages, du côté «tranche» ou «gouttière». Bien que le ms ait été rogné par le relieur, ces rangées de piqûres se voient nettement, et à une distance appréciable du bord des pages, sur les feuillets des 2^ et 3"= cahiers (f°* 9-24), alors que dans le reste du ms on ne les voit qu'exceptionnellement et à l'extrême bord. Or ces 2« et 3= cahiers sont précisément ceux qui se distinguent des autres parle nombre des lignes à la page (10, au lieu de 11).

On se trouve ainsi, en ce qui concerne la technique de fabrication du ms, en présence de deux ordres de faits qui coïncident et opposent deux catégories de cahiers :

- dans les cahiers où il y a 11 lignes à la page (tous, sauf les 2^ et 3<^) :

i) la justification est moins haute, alors qu'il serait naturel qu'elle fût plus haute ;

ii) les rangées verticales des piqûres sont plus éloignées du texte, de sorte que le relieur les a presque toutes rognées ;

- dans les cahiers où il y a 10 lignes à la page (les 2^ et 3^) :

i) la justification est plus haute, alors qu'elle devrait normalement l'être moins ;

ii) les piqûres sont plus rapprochées du texte, de sorte qu'on les voit encore, bien que les marges latérales aient été diminuées par le relieur.

D"où l'on peut conclure que les 2« et 3« cahiers ont été préparés (piqûres et réglures horizontales) indépendamment des autres, et sont probablement ce qui restait d'un autre ms : on les a utilisés dans le ms 807 pour ne pas les laisser perdre.

Il y a une réglure verticale du côté du fond de la reliure dans le ms tout entier ; des deux piqûres qui en déterminaient la place, on ne voit plus que celle du haut, car celle du bas a été rognée par le relieur. Dans tous les cahiers sauf le 15<^, cette réglure verticale est la seule, et il n'y en a pas du côté «gouttière» pour délimiter la justification : c'est ce qui explique que les marges soient bien régulières sur les rectos, alors qu'elles le sont moins sur les versos. Dans le 15^ cahier (f"^ 113-120) il y a deux réglures verticales, espacées de 7 mm, du côté «gouttière» ; elles semblent tracées moins vigoureusement que les réglures horizontales. Les colonnes qu'elles forment restent vides ; les marges des versos s'alignent sur celle de droite et sont alors bien régulières. De toute façon, ni le scribe ni le notateur n'ont le moindre souci d'observer un alignement vertical du côté droit des pages.

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