LA 1^^ MAIN : TEXTE LITTÉRAIRE ET NOTATION
Plusieurs mains sont intervenues successivement dans le ms tel qu'il se présente aujourd'hui ; la presque totalité a été exécutée dans le scriptorium d'origine ; les mains plus récentes n'ont fait que des additions peu considérables dans les parties laissées en blanc et dans les marges.
Dans le travail de la 1"^^ main, pour le texte littéraire comme pour la notation, il faut distinguer le premier jet et les corrections de diverses sortes.
a) LE PREMIER JET DU TEXTE LITTÉRAIRE
Le même scribe a écrit tout le texte littéraire du Graduel proprement dit ainsi que ses annexes. Le f° 166^ devait d'abord être prévu pour rester en blanc, et destiné à recevoir éventuellement des Alléluia supplémentaires comme cela se fait dans beaucoup de mss du Graduel. En effet, les Alléluia Corona aurea pour S. Jean Baptiste et Domine dilexi decorem domus tue avec le titre In dedicatione ecdesie, bien qu'ajoutés sur cette page par la 1'^ main (du moins n'y a-t-il aucune raison de supposer que c'en soit une autre) sont manifestement étrangers au plan suivi par les Alléluia de cette liste finale. Le bas de la page est resté en blanc, et une main plus tardive profitera de cet espace vide pour y insérer une petite Séquence à S. Augustin.
Ensuite, trois pages (f°' 167'^ •168'^) sont occupées par des Tropes. Le scribe avait primitivement l'intention de s'en tenir là: il reste une demi-ligne en blanc au bas du f" 168% et la dernière page du ms (f° 168^) était d'abord destinée à rester en blanc elle aussi puisque le scribe a profité de cet espace disponible pour y suppléer la messe Letabitur de S. Vincent (22 janvier) qu'il avait oubliée à sa place normale.
b) LA NOTATION : CLÉS ET SI BÉMOL
La notation, «messine» par la forme de ses neumes, est rigoureusement conforme aux normes préconisées par Guy d'Arezzo : la ligne du /a est colorée en rouge, celle du do en jaune, et en particulier (ce qui n'est pas le cas pour tous les mss notés sur portée) il y a une clé au début de chacune des lignes ; ces lettresclés, bien que toutes du même module, respectent par leur morphologie les conventions traditionnelles de la notation alphabétique : les notes de l'octave grave sont désignées par des capitales, de Gamma à G, et celles de l'octave suivante par des minuscules, de a à g. Le notateur de notre ms n'a pas eu besoin du tétracorde supérieur représenté dans le système de Guy, non plus par des minuscules grecques, mais par des minuscules latines, de a à d, redoublées par répétition ou superposition. Deux octaves lui suffisent, et il n'en utilise même pas toutes les lettres ; il n'emploie que les lettres-clés Gamma, B, D, F, a, c, e, g, qui correspondent à des notes toujours placées sur une ligne, et ne se sert pas des lettres A, C, E, G, b, d, f, qui désignent des notes toujours situées dans un interligne.
Cette convention, qui distingue comme grave ou aiguës les notes représentées par une même lettre de l'alphabet, n'est nullement propre à Graz 807, et on dirait même qu'elle est observée dans tous les mss où il y a une clé au début de chacune des lignes de la portée s; elle a le grand avantage de prévenir toute confusion d'octaves aux endroits où se produit un changement de clés.
' Certains auteurs paraissent ne pas l'avoir remarqué, ou du moins n'y attachent pas d'importance. Ainsi Hain, Ein musikalischer Palimpsest (Freiburg in der Schweiz, 1925), p. 38, mentionne entre autres le système (il ferait mieux de dire : l'une des applications d'un seul et même système) D F A C £; il aurait dij, pour respecter la graphie du ms (Karlsruhe LX Augiensis) imprimer : D F â c e. De même Federhofer ; d'après la légende du facsimilé de Graz 807, f» 127v, les clés seraient D F A C, alors que ce sont D F a c.
Dans notre ms, le si bémol n'est jamais indiqué par la clc ; on ne le trouve jamais non plus comme armature, sauf une fois : au f» 153^, lignes 2-3, pour un verset de Psaume d'Introit, où un b «mol» est placé au début de chacune des deux portées, nettement distinct des clés qui le précèdent ; sa présence est d'ailleurs paradoxale, puisqu'aucun si ne figure (à moins que le notateur ne se soit trompé) parmi les notes de cette psalmodie.
Pour donner des précisions sur la manière dont le si bémol est indiqué dans Graz 807, il convient de considérer à part l'octave aiguë et l'octave grave.
Les clés de l'octave aiguë ignorent le b. Le b «mol» est la minuscule de type normal, à panse ronde comme dans le texte courant, et non pas terminé en pointe vers le bas ; il est placé à l'endroit où doit se produire l'altération du si, et son effet se fait sentir dans tout le reste de la portée, ou jusqu'à ce qu'il soit annulé par un bécarre ; celui-ci est un b minuscule à panse carrée un peu en oblique. Lorsque le bémol se trouve immédiatement après les clés (jamais dans le même alignement vertical), c'est par hasard et tout simplement parce que le si qu'il faut altérer est la première note, ou l'une des toutes premières, dans la portée dont il s'agit ; un si bémol comme armature figurerait en tête de toutes les portées d'une même pièce, y compris celles où le si n'apparaît pas : or cela ne se produit jamais, hormis l'unique exception que nous avons signalée plus haut.
Dans l'octave grave, le B sert de clé, et comme tel il désigne toujours un si naturel. On croit parfois remarquer certains B dont le tracé donne l'impression d'être plus «mol», avec un ductus qui le fait ressembler un peu à un 8 ; mais il s'agit d'un B tracé avec négligence, ou refait à partir d'une lettre erronée : en effet, le notateur s'est parfois trompé en écrivant les clés, et par exemple au f° 165^, ligne 5, un a (non corrigé) est mis à la place d'un D.
Le si bémol au grave s'exprime en répétant, au cours de la portée et quand il faut altérer le si, le même B qui figure déjà parmi les clés.
Pour se convaincre que telle est bien la signification du B répété au cours d'une portée, il suffit de comparer la manière de noter les mélodies dans Graz 807 avec celle que l'on trouve dans d'autres mss et dans l'édition Vaticane du Graduel. Bien souvent, sur la ligne où la Vaticane place une clé de c, on trouve dans Graz 807 la clé de F : c'est ce qui se produit en particulier pour beaucoup de pièces du 2^ mode, écrites en finale la par la Vaticane, en finale ré par Graz 807 ; mais le B dans un 2"= mode écrit en finale ré (avec la clé de F) équivaut à un fa dièse dans la même pièce écrite en finale ré (avec la clé de c) ; pour rétablir l'équivalent du fa naturel il faut changer le B naturel en B «mol», et c'est alors précisément que se rencontre dans Graz 807 le B supplémentaire comme signe du si bémol.
Dans l'octave grave comme dans l'octave aiguë, le signe du bémol est mis dans la portée aux endroits où survient l'altération ; lorsqu'on le trouve immédiatement après le B de la clé, c'est tout simplement parce que le si (ou la série de si) à bémoliser est la première note de la portée, ou l'une des toutes premières, et jamais BB n'est une clé spéciale qui signifierait le si bémol ; presque toujours le premier de ces deux B contigus est dans l'alignement vertical des autres lettres-clé, et lorsque le double B est décalé vers la gauche, c'est simplement parce que le notateur n'avait pas assez de place pour observer la disposition normale.
Comme le bémol de l'octave aiguë, celui de l'octave grave exerce son effet sur tous les si qui le suivent dans le reste de la portée ; il n'est jamais annulé par un bécarre (le signe du bécarre au grave n'existe pas dans Graz 807), ce qui s'explique aisément : tout d'abord le 5/ bémol au grave est très rare dans une pièce donnée et ne survient que deux ou trois fois, en succession immédiate ; de plus et surtout, il équivaut presque toujours à ce qui, dans une autre manière d'écrire, serait un fa et parfois un do, en sorte que sa présence est essentielle à la structure mélodique.
Cette dernière observation permet d'affirmer que l'indication du si bémol grave par répétition de fî a été partiellement oubliée par le notateur dans deux Répons-Graduels du l" mode, l'un et l'autre écrits en clé de c (finale sur la) dans la Vaticane, et en clé de F dans Graz 807 :
GR. Ne auertas (f"* 89^ -90^ ; le si bémol comme équivalent du fa naturel se trouve dans le corps du GR à (puero) tuo, et à la fin du Verset à et non (est); il est oublié dans le corps du GR à (tribu)lor velo(ciier).
GR. Exultabunt sancti (f"* 138'^-138^) ; le si bémol comme équivalent du ja naturel se trouve dans le Verset à (e)ius in eccle(sia) ; il est oublié dans le corps du GR à (letabun)tur in.
C'est la présence d'un si bémol par B répété qui a attiré notre attention sur ces deux pièces ; en examinant méthodiquement le répertoire tout entier on trouverait sans doute d'autres pièces où un si bémol, nécessaire comme équivalent du fa ou du do, a été complètement oublié.
c) LES CORRECTIONS APPORTÉES AU PREMIER JET DU TEXTE LITTÉRAIRE,