‹ Paléographie musicaleChapitre 3 sur 60 · jAÔw) âyvYi · texte numérisé non relu

jAÔw) âyvYi

I 5 . ulow) î uXoyï) ;j.ivr, .

Antiphonaire ambrosien.

Sub tuam mistricordiam

confugimus,

Dei Genitrix, ut nostww deprecationm ne inducas in tentaiiouem, sed de pericu/o

libéra nos, sola casta

& benedifta.

Processional du XIVe siècle.

Sub tuum

praesidium confugimus,

Dei Genitrix, nostras deprecationes ne despicias in necessitate, sed a periculis

libéra nos, sola casta

& benedifta.

Antiph.deSt-Maurdes-Fossés, XIIe s.

Sub tuum praesidium confugimus,

Dei Genitrix,

nostras

deprecationes

ne despicias

in necessita//£i<s,

sed a periculis

libéra nos, semper Virgo

benedifta.

Antiphonaire de Compiègne, Xe s.

Sub tuum praesidium confugimus, san (la

Dei Genitrix, nostras deprecationes ne despicias in necessita#è«s, sed a periculis

libéra nos, semper Virgo

benediifta.

Version courante.

Sub tuum praesidium confugimus, santla ■ Dei Genitrix, nostras deprecationes ne despicias in necessita/rô!<s; sed a periculis cunclis libéra nos, semper Virgo, gloriosa & benediifta.

Des cinq versions latines, c'est celle de Trombelli qui serre le grec de plus près. Il paraît évident qu'aucune des trois premières ne dépend de l'autre, & qu'elles ont été faites sur un original lu différemment. Il est probable que l'auteur de la version ambrosienne, par exemple, aux lignes 8&9, aura lu : \j.\ Ttapi^ç h TOipao-ei, au lieu du ur, itapîS^ç h Ttepioràtrei actuel, tandis qu'à la deuxième ligne, les deux autres auraient lu quelque chose, comme «Tu^ayLay. Maintenant, le grec mis en parallèle est-il lui-même dans son état primitif & complet? Notre version courante semble en effet laisser entrevoir à la ligne 14e une épithète telle que evSoioç, & un hellénisme bien caractérisé : àemàpQevoç, qui peut seul expliquer le semper virgo de la 13e ligne, & rien de tout cela n'est représenté dans le texte de YHorologium.

A la rigueur gloriosa peut ne pas laisser nécessairement conjecturer evSol-oç, si l'on suppose qu'il aurait été placé là pour donner un appui à Virgo devenu trop isolé quand semper en fut détaché pour être rapporté à libéra. Dans tous les cas, il reste, dans les trois dernières leçons, l'hellénisme àentàp8svoç, qui trahit, à n'en pas douter, leur commune origine, distincte

(1) Trombelli, Marice sanclissùnœ vita ac gesta atltusqiie illi adhïbitus, t. V. pars II, appendix n° 2, p. 372 ; Bononise, 1764.

L ANTIPHONAIRE AMBROSIEN I f

des deux autres, & voilà donc, à tout le moins, trois traductions indépendantes & directes, caractérisées : l'une, celle du Processional de Trombelli, par sa fidélité presque absolue au grec; la deuxième, celle de PAntiphonaire de Saint-Maur-des-Fossés, ou, si on le préfère, de l'Antiphonaire de Compiègne (qui nous fait gagner deux siècles d'ancienneté), par l'hellénisme àewtàpflevoç; la troisième enfin, c'est-à-dire l'ambrosienne, par la leçon vicieuse dont elle laisse deviner l'incorrection, derrière sa traduction ne inducas in tentationem.

Comment expliquer cette rencontre & en même temps cette indépendance ? Nous verrons plus tard quel élément fournit la mélodie pour la solution du problème.

En attendant, essayons de voir comment les choses ont pu se passer. Au chapitre x du livre II des Gesta B. Caroli Magni(i), le moine de Saint-Gall raconte comment les Missi de l'ambassade grecque se trouvant à la cour de Charlemagne, l'empereur les surprit à l'issue de l'office latin de l'octave de l'Epiphanie, psalmodiant à part leur office grec. Ravi du charme de leurs antiennes, il ordonna que ses clercs lui en présentassent une traduction latine. Laissons la parole au narrateur : Hic replicandum videtur quant sapientissimos homines prœclarissimus Carolus habuerit in omnibus. Cuin igitur Grœci, post matutinas laudes imperatori celebratas, in oclava die theophaniœ secreto in sua lingua psallerent, et Me occultatus in proximo canninum dulcedine deleclaretur, prœcepit clericis suis ut nihil ante gustarent quant easdem antiphonas in latinum conversas ipsi prœsentarent. Inde est quod omnes ejusdem sunt toni, et quod in una ipsarum (2), pro contrivit, conteruit positum invenitur.

Nous ne garantissons pas, bien entendu, la réalité du fait rapporté dans cette anecdote par un historien d'aussi peu de crédit qu'est le moine de Saint-Gall. Rien n'est toutefois plus vraisemblable, étant donné l'intérêt bien connu de Charlemagne & des siens pour les institutions liturgiques. Quand même le moine de Saint-Gall ne nous aurait laissé aucun souvenir de ce genre, il nous paraît naturel d'aller chercher l'une des explications peut-être les plus obvies & les plus probables des rencontres qui nous occupent, dans un milieu aussi cosmopolite qu'étaient alors l'école & la chapelle du palais de Charlemagne. Certaines traductions plus ou moins disparates de textes liturgiques empruntés aux Grecs, seraient simplement la suite du groupement, en une même circonstance, (avec les ambassadeurs de l'impératrice

(1) Migne. Patrohgie latine, t. XCV1II, col. 1395.

(2) On trouve encore cette antienne dans l'Antiphonaire de Compiègne : Caput draconis Salvator contrivit in Jordane flumine ; ab ejus potestate omnes eripuit. Migne, Patr. ht., t. LXXV1II. col. 743. L'Antiphonaire de Hartker donne en effet la variante conteruit, & porte en outre eripiens au lieu de eripuit. (Responsoria et Antipbonaria Romance Eccîesice, &c. op. Se stud. Joseph M. Cari (Tommasi); Roma?, 1686, p. 248.) L'Antiphonaire de la Basilique Vaticane publié par Tommasi (Ibid. p. 56,) fournit une autre variante encore, eripiemur. 11 y a même ceci de particulier que le manuscrit de Hartker donne en interligne au dessus de la version conteruit la syllabe tri répondant a la version contrivit, & il va sans dire que de part & d'autre la notation correspond au nombre différent des syllabes des deux mots. (f° 40™ ou page 80 du mss. N° 390-391 de la Bibliothèque de Saint-Gall.) Au reste le chant du manuscrit de Saint-Gall paraît différer d'autres manuscrits, par exemple de celui de Saint- Maur-des-Fossés (f° 28vo), suivi par l'Antiphonaire du Mans de 1529, feuille I. r\ & par l'Antiphonaire cistercien de 1545, f° 37. Au contraire, l'Antiphonaire dominicain, bien que lisant contrivit se rapprocherait cependant de Saint-Gall pour le chant. (Édition de Malines, 1862. Pars I, p. 249.) Mais ici comme là la série appartient en effet au même mode, le septième.

Irène, par exemple), de clercs romains, milanais, francs, &c, recueillant une impression commune, mais un souvenir ou une interprétation quelque peu modifiés, d'un même morceau chanté par leurs collègues de Constantinople.

Nous mettons en avant le nom de Charlemagne & de sa chapelle, parce que cette époque était précisément l'âge d'or de l'activité liturgique. Mais il va sans dire qu'on peut aisément supposer des circonstances analogues sinon aussi éclatantes, à toute autre époque. Le nom de Ravenne & de Milan s'impose, celui de Bénévent aussi, d'autres encore, Rome, cela va sans dire, bref tous les rendez-vous internationaux du haut moyen âge bysantin, y compris les conciles. Il n'est même pas nécessaire pour cela, de faire voyager les Grecs. La cour de Bysance n'était-elle pas perpétuellement visitée par les délégués des diverses nationalités latines, franque, lombarde, visigothique, &c. ? Il suffit que, venus de divers points de l'Occident, ils assistent, un jour donné, à quelqu'une des fêtes liturgiques de Sainte-Sophie, le poète des Condacia, Romanus, ou quelque autre occupant l'ambon, ou bien encore aux repas solennels de la table impériale, durant lesquels les paraphonistes du palais chantaient, comme au jour de Noël : H ^apQivo^- trvippov, x. t. 1. ; il suffit que la beauté du chant, l'éclat de la fête, l'art du chantre, aient particulièrement mis en relief telle ou telle pièce de l'immense répertoire grec, pour que, sans même se concerter, chacun ait pris ses notes afin de doter son église du morceau qui aurait obtenu le succès général.

Pour en revenir aux deux textes latins du répons Vadis propitiator qui nous ont entraînés dans cette digression, l'idée pourrait venir, comme pour d'autres traductions, de supposer à leur base quelques vieux débris du temps où la langue grecque était en quelque sorte la langue officielle de toute l'Église.

A vrai dire, cette explication ne nous séduirait guère au cas particulier. En tout cas, elle pourrait difficilement s'appliquer au Sub tuiim. Ce n'est point Là l'idée qu'on se fait des compositions liturgiques de l'époque à laquelle il faudrait dès lors remonter.

Cependant il serait plus aisé d'embrasser sous ce point de vue plusieurs autres cas de variantes entre différentes versions latines de très anciennes formes grecques. On arriverait même à former un recueil assez curieux, nous allions dire une sorte de Vêtus Itala liturgique, de tous les fragments de style ecclésiastique appartenant à cette catégorie.

Il semble, par exemple, qu'on pressente sous les deux formes latines suivantes, un premier thème grec, écho développé des acclamations solennelles qui accompagnaient la célébration des Natalitia des martyrs à leur confession.

Codex Britannicus f« 67" (p. 134).

Lœtcmur omnes in Domino diem festum célébrantes ob honorent Agathae martyris :

de cujus tropbeo gaudent angeli, & collaudant Filium Dei.

Antiphon. Romain (Missarum) Fête de sainte Agathe.

Gaudeamus omnes in Domino, diem festum célébrantes sub honore Agathae virginis :

de cujus passione gaudent angeli, & collaudant Filium Dei.

Ce serait ici le lieu de produire trois pièces extrêmement intéressantes au double point

L ANTIPHONAIRE AMBROSIEN

de vue du texte & du chant, qui occupent les dernières pages au manuscrit de Londres. Nous voulons parler de la doxologie matutinale & des deux prières litaniques Divinœ pacis & Dicamus omnes (i). Ces deux dernières sont demeurées dans les missels milanais. La première, après s'être maintenue jusque dans les premiers bréviaires imprimés (2), a malheureusement disparu, de sorte que l'Orient est seul maintenant à conserver ()), avec ses adjonctions & cette attribution primitive, elç tov ô'pôpov, l'un des premiers éléments probablement qu'on puisse retrouver de l'Office divin (4). Notre Petits ltala liturgique aurait là certainement ses plus anciens textes extra-canoniques. Mais nous réservons, pour le moment où nous aborderons l'étude & la classification des types mélodiques ambrosiens, les tableaux comparatifs que nous avons dressés des différentes formes sous lesquelles on rencontre, soit intégralement, soit à l'état de vestige, dans les monuments de tout rite, ces vénérables débris de l'antiquité liturgique la plus reculée.

Voici maintenant un cas d'un autre genre & que nous ne résistons pas à poser dès à présent sous les yeux du lecteur, puisque nous nous sommes laissés aller à donner, sous cette forme un peu incohérente, mais qui a ses avantanges, un avant-goût des questions que nous désirons aborder dans notre étude.

C'est une pièce pour laquelle nous n'avons, cette fois, aucun point de comparaison. Il s'agit du Transitorium assigné, dans notre manuscrit, au IVe Dimanche après l'Epiphanie, (f° 6ov0, page 120.) (5).

(1) Fos 131 à 133, ou pages 261 à 266.

(2) Elle est citée par Tommasi ex Breviar. Ambros. an. 1539 & '557, ubi post cantica ponitur pro Matutino quotidie. (Tommasi, Opéra omnia. III, 613.)

(3) Cf. la AoçoÀoyîa usyxX/,, dans r'QpoXÔYiov de la Propagande 'AxoXouOta xoû "OpOpou, page 57, ou plutôt page 58, où l'ordre est plus conforme à celui de l'Antiphonaire ambrosien.

(4) Ussérius avait déjà cru voir une allusion à l'uuvoç éwfkvèç dans ce passage de la célèbre lettre de Pline à Trajan : Qjtod essenl soliti stato die ante lucem convenue carmenque Cbristo quasi Deo dicere secum invicem. C'était un témoignage vraiment par trop vague. La découverte du texte syriaque de l'Apologie d'Aristide nous fournirait une attestation plus ferme, & qui pourrait bénéficier du voisinage de celle-ci. Nous ne voyons pas qu'on y ait pris garde, soit dans les deux éditions anglaises de M. Rendel Harris, auteur de cette importante découverte {Textes and Studies, Vol. I, n° 1, seconde édition, Cambridge, 1893, page 93), soit dans l'édition allemande du Docteur Richard Raabe, (Die Apologie des Avistides, aus dem syrischen iibcrsetçt und mit Beitràgen {ur Textvergleicbung uiid Anmerkungeii berausgegeben von D. Richard Raabe — Texte und Untersucbungen %ur Gescb. d. altcbrist. lit. IX. Band. 1 . Leipzig 1893, p. 22, ,7, 95. Cf. Edgar Hennecke, Die Apologie des Aristides, Recension u. Rekonstr. des Textes. Leipzig 1893. Text. u. Unt. IV, 3, p. 38 & 39. (Voici comment le passage visé est traduit par l'éditeur M. Rendel Harris : Every morning and at ail bours on account of tbe goodnesses 0/ God toivard tbem tbey praisc and laud Him. Nous le traduisons ainsi : Tous les matins et à chaque heure, a cause des bienfaits de Dieu envers eux, ils chantent ses louanges et lui rendent gloire. II nous parait plausible de voir là une allusion formelle aux Dclvoûjxev ts, rjÂoyvj^iv ~z. ujxvoiïixév 7£. So£oXoyo ûuév « . eûv ocpWTOÛuév arot du cantique de l'aurore dans les Constitutions apostoliques. Ce cantique aurait donc été déjà quotidien, à ce qu'il parait, every morning, dés l'époque d'Aristide (A-D. 129-130). On n'en avait pas l'assurance, ou plutôt on l'ignorait jusqu'à la découverte de M. Rendel Harris. C'est intéressant & significatif.

(5; Le texte de ce Transitorium a été publié par le Dr Ceriani à la fin de sa thèse liturgico-théologique. (Notitia Liturg. Ambros... et e jus concordia cum... Cône. Trident. Milan, 1895. p. 111). Le chant en a été plusieurs fois reproduit par D. Pothier, malheureusement avec des modifications qui altèrent la mélodie & qu'aucun manuscrit ne permet de maintenir.

Paléographie. V. 3

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