tome II, p
Sacram. ms N° 339 de Saint-Gall, f° 433
Warren, The Leofric Missal, p. 181
Sacram. de Nevers (éd. Crosnier & de Lespinasse). p. 336.
Octav. Turcius, (ut supra), p. 452
Angelo Rocca, (ut supra), col. 197
Octav. Turcius, {ut supra), p. 335
Pamelius, Liturg. Eccl. lat., tome II, p. 431 Antonelli, Vet. Missale Rom. Monast. Later. Rom., 1754, P-3'2
Pamelius, (ut supra), p. 432
Sécréta
Post- Gomm.
Pour en revenir à l'objet propre de cet examen, il est facile de voir, au tableau, que le Sacramentaire ambrosien, s'il maintient mieux que tous ceux qui l'y suivent, l'ordre primitif des pièces, n'en est pas moins devancé par Gellone qui laisse tout à son rang, sauf à ne pas conserver les titres Post nomina & Ad pacem & à se pourvoir ailleurs de Secrète & de Postcommunion. Il est même primé par le ms 350 de Saint-Gall qui, du moins, garde les cinq formules dans la même messe, tout en les distribuant ensuite à son gré.
C'est un dernier avantage remporté sur l'Ambrosien par l'esprit de conservation de la
l'antiphonaire ambrosien iôi
tradition irlandaise & nous voilà donc, après avoir éliminé successivement la concurrence du Gallican, du Mozarabe & de l'Ambrosien, rentrés plus solidement dans nos positions.
Nous pourrions en rester là ; mais l'argumentation préjudicielle par laquelle nous avons écarté les titres gallicans risquerait de paraître à quelques-uns trop sommaire. 11 peut être utile d'appuyer cette conclusion par une discussion plus directe. Nous nous placerons, pour le faire, sur le terrain de la messe de saint Sigismond. Ce choix n'est pas arbitraire. La messe de saint Martin nous offrait une Préface, il est vrai, dont les termes sont identiques, aussi bien dans le Bobiensis (Migne, lxxii, 529), que dans le Missale Gothicum (Tommasi, 329). Mais, d'abord, n'oublions pas que le culte de saint Martin n'est rien moins que restreint à la Gaule. Au besoin cette messe en témoignerait : nous en avons vu plus haut les relations mozarabes; il serait facile de faire une constatation analogue dans d'autres régions liturgiques. Ainsi l'identité de Préface dont nous parlons se retrouve, par exemple, dans les Sacramentaires ambrosiens (1), dans le Sacramentaire ex triplici ritu de Gerbert.(2), &c. La fête de saint Martin, déjà dépourvue de caractère local, n'a donc même pas, dans cette messe, le caractère exclusif & spécifique qui nous importe au cas particulier. Pour le même motif, nous écartons résolument quantité d'autres rapprochements qui provoqueraient des observations nombreuses & du plus haut intérêt, jusqu'à des messes entières, telles que la Missa in Cathedra sancli Pétri du Bobiensis, dont toutes les formules, sauf la première, sont conformes aux formules correspondantes de la même messe dans le Missale Gothicum (Tommasi, p. 267). Il ne s'agit pas de donner ici la statistique complète de ces cas parfois fort complexes & souvent fort suggestifs (3). Évidemment la cause ne sera entendue définitivement que lorsque ce bilan scientifique aura été établi & étudié. Mais nous n'en sommes pas là pour le moment. Nous ne faisons autre chose, il ne faut pas le perdre de vue, que de proposer certaines orientations nouvelles aux recherches d'histoire liturgique.
Encore une fois la Missa sancli Sigismimdi nous paraît on ne peut mieux répondre ad rem. C'est précisément sa présence dans le manuscrit de Bobbio, qui avait porté jusqu'ici les uns & les autres à faire dériver le recueil lui-même d'une église gallicane de Bourgogne &, plus précisément, du diocèse de Besançon. Choisir ce terrain, c'est par
(1) Manuscrit de Bergame, page 40; Missel ambrosien de 1515, page 2, & page 275 de celui de 1831.
(2) Gerbert, Mon. Vet. Lit. alem. pars I, p. 193.
(3) Il n'est pas possible, au cours d'une causerie, comme nous le faisons en ce moment, d'exposer avec une suffisante largeur le sujet très curieux des relations de notre Sacramentaire avec les recueils euchologiques des différents types qui lui sont plus ou moins apparentés. Nous avons hésité quelque temps néanmoins sur l'opportunité de livrer au lecleur, par anticipation, le tableau synoptique, dressé pour notre usage, des moindres ramifications de notre document. Nous devons y renoncer. 11 faudrait, pour donner à cette statistique le maximum de clarté & d'intérêt démonstratif qu'on doit toujours se proposer en ces matières, entrer dans des explications interminables & ce serait décidément abuser des hors-d'ceuvre. Ceci soit dit, une fois pour toutes, à l'adresse d'amis trop bienveillants, à qui nous avons peut-être eu tort de céder déjà trop souvent, en nous laissant glisser sur cette pente. Que cet aveu nous soit en même temps compté comme une amende honorable, pour les omissions qu'on pourrait être tenté de nous reprocher, dont nous sommes parfaitement conscients tous les premiers, mais dont est seul responsable le hasard du monologue, qui nous a successivement fait aborder ou plutôt déflorer tant de sujets nouveaux, sans méthode & sans ordre suffisant.
Paléographie V. 21
\6l PALÉOGRAPHIE MUSICALE
conséquent nous établir au cœur de la question, puisque c'est apparemment la position qui jusqu'à présent avait semblé préférable à la critique.
Voyons donc cela. La question vaut la peine d'être travaillée. On sera surpris de constater la nouveauté comme l'intérêt des problèmes soulevés par l'analyse & l'examen détaillé des circonstances dans lesquelles se présente ce cas, fort simple pourtant en apparence.
D'abord, il y a un premier fait dont il est impossible de ne pas tenir compte, c'est que la Missa sancli Sigismundi du Sacramentaire de Bobbio, n'appartient pas au groupe A, de type gallican, mais au groupe S, de type romain. Si l'on songe qu'en Bourgogne, non seulement on demeurait sous le régime gallican, mais qu'on composait encore des messes gallicanes, dans la seconde moitié du vne siècle, puisque telle est, dans le Sacramentaire mérovingien d'Autun (i), celle de l'évêque martyr d'Autun, saint Léger (f 678), il est difficile d'admettre que ce soit à ce même milieu burgundo-gallican qu'ait été empruntée la missa de type romain consacrée au roi de Bourgogne martyr.
C'est un raisonnement analogue, on se le rappelle, qui nous a fait écarter l'hypothèse de l'origine burgonde de A, par la raison que les Rogations, instituées précisément dans la même région, n'y figurent pas. Maintenant que voici ces Rogations, ou plutôt ^5 Rogations dans S, allons-nous du moins pouvoir concéder l'origine bourguignonne de cet appendice? Pas davantage. Chose remarquable en effet, la messe des Rogations de Bobbio non seulement est de type romain, tout comme celle de saint Sigismond, mais aucune de ses formules ne se retrouve dans l'une ou l'autre des trois messes correspondantes du Sacramentaire mérovingien d'Autun (2). Elles ne sont pas davantage dans le Missale Gallicanum vêtus. (Tommasi, 414 & 415)- Or ce sont les seules que nous ayons conservées de type gallican.
Nous ne pouvons malheureusement soumettre à l'épreuve d'une semblable confrontation la Missa sancli Sigismundi de Bobbio. Le Sacramentaire d'Autun, auquel M. Delisle a prouvé qu'il manque les quatre premiers cahiers du volume (Mémoire sur d'anciens Sacramentaires, p. 70), reste en outre béant à la fin, dès les premiers mots d'une Missa romensis, qui vraisemblablement devait être suivie de tout un groupe de messes diverses, pro defunclis, votives, &c. Ce n'est donc pas l'absence de Missa sancli Sigismundi dans ce document mutilé, qui fait obstacle à ce qu'on en fasse dériver la messe de Bobbio. Les termes dans lesquels il y est parlé des martyrs d'Agaune, dans la messe de saint Maurice, ne permettent pas de croire que le saint roi, devenu leur compagnon d'outre-tombe, ait été négligé, du moins sous la forme assez exceptionnelle de son culte, dans son propre royaume. Par ailleurs il suffit, pour isoler de ce Sacramentaire gallican notre messe de S, il suffit, nous le répétons, de considérer qu'elle est de type romain.
La lacune du Missale gothicum est doublement regrettable. Nous sommes, par suite, dépourvus de tout moyen de confronter notre messe avec un formulaire complet de type gallican, aucun des documents de ce type ne nous ayant conservé quoi que ce soit de pareil.
(1) Tommasi, Missale gothicum, p. 322.
(2) Tommasi, Missale gothicum, pp. 303 sqq.
l'antiphonaire ambrosien 16}
Il n'est pas douteux, cela va sans dire, que les églises des Gaules aient cependant eu leur messe de saint Sigismond. Voici pourquoi.
C'est au Ier mai 524 que se place la mort tragique du roi de Bourgogne. Or, dès 590 nous lisons dans le De gloria Martyrum de Grégoire de Tours (1) : « Postea vero captus a Chlodomere rege cum filiis, interfeftusque ejus jussu, ad eodem locum delatus, sepulturse mandatus est ; quem in consortio san&orum adscitum ipsa res quae geritur manifestât. Nam si qui nunc frigoritici in ejus honore missas dévote célébrant ejusque pro requie Deo offerunt oblationem, statim, compressis tremoribus, restinftis febribus, sanitati praestinae restaurantur. » Ainsi, soixante ans après l'événement, saint Grégoire de Tours peut déjà rapporter comme établi & justifié l'usage de célébrer des messes à la fois pro requie & in honore (double expression à noter) du roi de Bourgogne, dans le but d'être guéri de la fièvre.
Il faut admettre qu'un certain temps a dû s'écouler après 524 jusqu'à ce qu'un formulaire vînt fixer l'intention spéciale de ces messes. Quoiqu'il en soit, la chose est faite au moment de la composition du De gloria Martyrum. Où s'est-elle faite?
A priori c'est saint Maurice en Valais qu'on déterminerait comme point de départ. Les moines d'Agaune n'étaient-ils pas redevables de la fondation ou de la restauration de leur monastère au malheureux prince qu'ils avaient même un instant compté parmi leurs frères, &, dès lors, n'étaient-ils pas qualifiés mieux que personne au monde, pour ne pas laisser tomber dans l'oubli la mémoire de leur insigne bienfaiteur? De fait, la Passio sancli Sigismundi, écrite par un de ces moines d'Agaune, ne laisse à cet égard aucun doute. C'est l'abbé même d'Agaune qui procède (527) à l'invention des reliques du saint roi, demeurées jusqu'alors ignorées, dans le puits où les meurtriers les avaient jetées après l'exécution ; c'est lui qui en effectue la translation solennelle en son monastère, & c'est là enfin que commencent les miracles (2) : « In quo loco tantas virtutes Domini misericordia prasstare dignatur, ut, quisquis quartanum typum invasus, fideliter sanctorum cineribus fuerit advolutus, statim intégra sanitate recepta, revertatur incolomes; seu etiam & reliquat infirmitates, quae genus hominum invadere soient, assidue per Domini misericordiam, intercedentibus sanftis martyribus, ad pristinam redeunt sanitatem. »
Ad pristinam redeunt sanitatem est une expression qui n'est peut-être pas autrement caractéristique, mais nous ne pouvons nous empêcher d'y soupçonner une réminiscence, l'influence sur le rédacteur, de certains centons euchologiques de la messe de saint Sigismond, qui lui revenaient en mémoire tandis qu'il écrivait. Il est certain qu'il n'est pas rare de
(1) Lib. I. n° 74, éd. Krusch, Mon. Germ., Script rer. merov. I. p. 1537.
(2) ...Una cum conjuge & filiis suis in puteum jaclaverunt. lbique per triennium sancla corpora limosi gurgites aqua inlesa celaverunt... Transaclum triennium, sandus ac venerabilis Venerandus monasterii sanftorum Augaunensium abba per angelum in visu admonitus est, ut sacra corpora, sicut animae eorum in caelestibus sanclae legioni erant conjunéfoe, ita & in eo loco sepulturae sociarentur... Tune cum magna admiratione sancla corpora de puteo abstracla, cum psallentium choris Augauni monasterio in ecclesia quae est in honore beatissimi Johannis apostoli & euvangelistae dignissimae sepulturae tradiderunt. In quo loco... (Mon. Germ., Script, rer. merov. II, 339).
rencontrer dans les vieux Sacramentaires, qui ont une messe de ce genre, la clausule : ad sanitatem pristinam revocare digncris. Tantôt ce sera, comme dans le Sacramentaire de Bobbio, tout à la fin de la Préface, tantôt dans la Collefte, tantôt dans la Postcommunion. Nous pouvons citer, de ce côté des Alpes, Nevers, Angoulême, Angers, Rouen, Winchcombe ; — Monza, Milan, Bergame en Lombardie ; — Biasca, Lodrini en Suisse, &c. Déjà Grégoire de Tours s'exprimait d'une manière analogue : sanitati pristinœ restaurantur ; en sorte qu'on pourrait croire, si notre conjecture était fondée, qu'il avait déjà, lui aussi, sous les yeux, l'une ou l'autre des formules dans lesquelles nous rencontrons cette expression. Ceci ne nous apprendrait d'ailleurs que peu de chose, puisqu'en somme, à distance assez faible de la mort de Grégoire de Tours, nous sommes largement renseignés à cet égard par le manuscrit de Bobbio.
Ce qu'il nous faudrait, c'est le formulaire même dont faisaient usage les moines d'Agaune. Nul doute que les autres formulaires usités dans les diverses églises où la Missa sancli Sigismundi pro febricitantibus était admise, en deçà comme au delà des Alpes, n'aient été plus ou moins tributaires de ce formulaire primitif, & d'autant plus, sans doute, qu'ils étaient plus voisins d'Agaune.
Nous voici rendus, on le pressent, au point où nous voulions en venir. Nous ne pouvons malheureusement pas montrer ce formulaire d'Agaune, pas plus que celui du Sacramentaire d'Autun. Aucun monument liturgique, que nous sachions, ne nous est parvenu de l'abbaye de Saint-Maurice, & c'est même une question de savoir si la messe qu'on y lisait était de type gallican ou de type romain. Nous serions portés à croire qu'elle était plutôt gallicane. Tels manuscrits d'Italie, (de Padoue, de Lucques, de Florence) nous offrent pour cette messe une Secrète extrêmement curieuse, où se lisent en toutes lettres des portions considérables du Communicantes soudées à la finale du Mémento des vivants, bref tout ce qu'il faut pour constituer une Colle clio post nomina dans le rit gallican (1).
(1) On comprendra mieux notre pensée si l'on veut bien jeter les yeux sur le parallélisme que nous allons établir entre ces documents & la portion du Canon romain à laquelle nous les rapportons :
Canon Romain.
Mémento Domine famulorum famularumque tuarum N., & omnium circumstantium quorum tibi fides cognita est & nota devotio pro quibus tibi offerimus vel qui tibi offerunt hoc sacrificium laudis pro se suisque omnibus, pro redemptione animarum suarum , pro spe salutis & incolumitatis suae, tibique reddunt vota sua aeterno Deo, vivo & vero
Lucques (Miscellanea de Baluçe, éd. Mansi, II, 3 1 9).
Secrète.
Offerimus tibi Domine
Florence (Bib. Laurent.
/Edilium 123, f° 8or).
Secrète.
Offerunt tibi Domine
Padoue D. 47, f° 297.
Secrète.
Offerimus tibi Domine
(pour mémoire : pro ardore (pour mémoire : pro ardore (pour mémoire : pro ardore febrium) febrium) febrium)
vota
Deo vivo & vero in nomine elefti tui Sigismundi pro ardore febrium
Communicantes& memoriam communicantes & memoriam
votiva vota vota sanda sanfto Deo vivo & vero Deo vivo & vero in nomine Unigeniti tui Do- in nomine Unigeniti tui Domini nostri & in elecî.i tui Sigis- mini nostri & in eleftissimi Simundi per ardorem febrium gismundi pro ardore febrium communicantes & memoriam communicantes & memoriam
ANTIPHONAIRE AMBROSIEN
Rien n'est plus indiqué dès lors que d'y voir un débris du formulaire primitif, & comme vraisemblablement Padoue, Lucques & Florence dépendent en cela de la tradition d'Agaune, qui était à leur portée, plutôt que d'une église quelconque des Gaules, il s'en suit que la messe qu'ils exploitaient ainsi, pour la transposer en rit romain, était bel & bien gallicane à
Canon Romain.
(Suite.')
vénérantes in primisgloriosae semper virginis Mariae genitricis Dei & Domini nostri Jesu Christi : sed & beatorum apostolorum
ac martyrum tuorum, Pétri & Pauli, A. J. J.
Th.J. P. B. M. S. & T. L. C.
& D. & omnium saniftorum tuorum : quorum meritis precibus que concédas, ut in omnibus proteiftionis tuae muniamur auxilio.
(Suite de la Secrète.)
facientes
beatissimorum
Patriarcharum & martyrum
(Suite de la Secrète.)
facientes
beatissimae Marias semper Virginis
& saniftorum
apostolorum, patriarcharum prophetarum, martyrum & confessorum, virginum
omnium saniftorum tuorum omnium saniftorum
quorum precibus meritisque precibus meritisque
concédas ut in omni concédas ut in omnibus
protettione confirmati proteftionibus tuis mfirmus
muniamur ejus auxilio. muniatur auxilio.
(Suite de la Secrète.)
facientes
beatissimae Mariae semper Virginis
& saniftorum
apostolorum, patriarcharum prophetarum Se martyrum
omniumque saniftorum
precibusque
concédas ut in omnibus
meiitistuisfamulum tuum ill.
muniatur auxilium.
Nous n'avons encore rencontré que ces trois manuscrits pour nous mettre en face de si curieuses particularités, dans la Secrète Offerimus de la messe de saint Sigismond. Tous les autres ont un texte à peu près généralement libellé comme celui-ci, du Mont-Cassin, (NN 426, p. 57), à moins, bien entendu, qu'ils n'aient la secrète Inclina :
Offerimus tibi Domine mimera et vota (Le manuscrit de Schulting, III, 1 P., p. 77, ajoute ou plutôt conserve ici Deo vivo et vero, in commemorationem, &c.) in honore eleili tui Sigismundi martyr is et sociorum ejus (le Codex /Edilium 123, f° 8ov, de Florence, ajoute (?) una cum sancta legione Agaunensium martyrum) pro pressente cegroto qui cotidiano, biduano, tertiano -cet quariano tipbo laborat (cette énumération de fièvres varie beaucoup) ut ab eo omnes febrium ardores repelli jubeas et tuo semper in omnibus muniatur auxilio. Le même manuscrit /Edilium 123 qui consacre jusqu'à trois messes à saint Sigismond contre la fièvre, & une seconde messe du codex /Edilium u 1 , nous fournissent cette autre finale : quia tibi est potestas imperandi, liberandi (/Edil. m om. liberandi) atque salvandi, à laquelle le second ajoute encore : et bas oblationes quas tibi offerimus in commemor atione santlorum tuorum ill. benedicere et sanclificare digneris per illuminationem J . C. F. t. D. N. ; son texte maintenait d'ailleurs dans la ire partie : Deo vivo et vero.
Il y a eu, c'est évident, dans la plupart de ces manuscrits, une sélection faite de toutes les expressions qui, rappelant trop intimement la teneur du Canon, rendaient la tautologie trop criante. La suppression, cependant, n'a pas été tellement radicale, qu'elle n'ait laissé subsister partout les mots révélateurs : tuo semper in omnibus muniamur auxilio. Ces mots joints au dispositif général tel qu'il ressort, dans la confrontation de Padoue, Lucques & Florence, ne permettent guère de douter que les sacramentaires de Padoue, Lucques & Florence ne nous aient conservé la formule, à peu près dans son premier état, ou du moins plus fidèlement qu'aucun autre. — Nous avons déjà surpris (ci-dessus, page 79) la teneur du Mémento des morts du Canon romain sous la forme d'une collecte Post nomma, dans le Missale gallicanum vêtus. Cette fois c'est le Mémento des vivants & le Communicantes qui font les frais d'une constatation analogue, non moins considérable. Ce n'est plus, il est vrai, dans un document gallican que l'on fait ici cette constatation, ni dans une Colleclio post nomina, mais dans une pièce étiquetée (maintenant) Secrète. D'accord, mais ce ne serait pas la première fois que nous verrions un Post nomina devenir une Secrète. Sans aller bien loin, on verra justement quelques pages plus haut, 156, un début tout semblable au nôtre dans le Post nomina [3] de la Missa in sanclœ Mariée solemnitate. Quoi de plus naturel que de supposer une opération semblable ici, surtout dans l'ensemble de circonstances où se place la messe de saint Sigismond?
Signalons encore, dans le missel de Leofric, (Warren, p. 10), la série suivante, qui a l'avantage de nous conserver un fort curieux groupement, où nous pouvons lire, dans l'ordre successif de leur emploi, la série des formules invariables précédant & accompagnant la lecture des diptyques :
sa source. Il est remarquable en effet que, sans avoir joui d'une vogue absolument universelle, le culte de saint Sigismond pour la guérison des fiévreux se trouvait anciennement assez répandu dans les pays de liturgie romaine, aussi bien que dans ceux de liturgie gallicane.
Veni, sanftificator omnipotens seterne deus, benedic sacrificium preparatum tibi ; in nomine dei patris, & filii, & spiritus sanfti, sit adunatum & benedittum atque sandificatum hoc sacrificium laudis.
Accipe, santfte pater, hostiam immaculatam, quam tibi deo meo vivo & vero ego indignus tuus famulus & sacerdos pro aeterne salute animarum nostrarum suppliciter offero.
Mémento, domine, famulorum famularumque tuarum, & omnium in te credentium amicorum carorum propinquorum meorum, & qui me habent in suis orationibus & quibus orationem meam promisi, tu deus omnipotens, illis miserere quorum tu nosti nomina singulorum, & omnium circumadstantium quorum tibi fides.
Mémento etiam, domine, & eorum nomina sanctorum tuorum apostolorum ac martyrum , omniumque sandtorum qui meruerunt pro nomine glorise tuas coronari, ut in
En voyant en pareille compagnie le Veni sanclificator omnipotens, dont VOrdo missœ de Rome prescrit la récitation quotidienne super oblata, plus d'un lecteur fera réflexion, comme nous, que la permanence de cette pièce â son ancien siège contribuerait à témoigner de la dislocation de l'euchologie préparatoire au Saint Sacrifice, & donnerait un nouvel appoint à notre théorie du transfert des diptyques infra atlionem, la dislocation devenant naturellement la conséquence du transfert.
11 y aurait, on le pense bien, toute une monographie à écrire sur l'important sujet de l'euchologie préparatoire de la messe, & sur les prières variées que nous en ont conservé, plus ou moins péle-mèle & au hasard, des documents comme la fameuse messe illyricienne, & la double récitation super sindonem & super oblata du rit ambrosien d'aujourd'hui. On doit s'apercevoir, sans qu'il soit besoin de souligner, que les observations faites sur ce terrain viennent toutes s'harmoniser avec les lignes principales du système proposé plus haut, (page 77 & suiv.), pour réduire notre Canon romain séculaire & actuel, au type gallican, qui aurait été préalablement le sien. Nous n'examinons pas si l'époque où saint Fridan, par exemple, siégeait à Lucques (560-588) ne serait pas celle à laquelle la ire édition du Sacramentaire de Lucques empruntait à Agaune la Secrète que nous venons d'étudier, encore moins s'il n'en faudrait pas conclure qu'à cette date la transposition des diptyques n'était pas encore opérée. Nous nous contenterons des deux remarques que voici : le Communicantes de ce Sacramentaire se réclame — ce qui n'est rien moins que banal — des noms suivants, les seuls, avec saint Vincent, ajoutés à la série ordinaire : Viiloris et sociorum ejus, Mauricii et sociorum ejus, Dionvsii, Rustici, Eleuthcrii. Nous venons de voir d'autre part un manuscrit de Florence associer au nom de saint Sigismond, la « sainte légion » Agaunensium Martyrum. L'autre manuscrit de Florence (/Ed. ///) où nous suivons la messe de saint Sigismond, conclut la série commune du Communicantes par « Hilarii Martini Fridiani », (toujours nos Celtes!), & se range au nombre des très rares sacramentaires qui conservent après la consécration le nom de sainte Eogenia (1).
Notre seconde remarque est que l'emprunt intégral de la formule Offcrimus avec son Communicantes ne s'expliquerait guère si déjà l'emprunteur avait eu l'usage d'un Ordo missœ, dans lequel le Communicantes était rejeté infra atlionem. Il aurait dû, nécessairement, dans ce cas, être frappé de la tautologie. Si donc on attribuait cet emprunt à notre voyageur irlandais, dans le troisième quart du vie siècle, c'est seulement après cette date qu'aurait eu lieu la transposition des Diptyques. Sans insister plus que de raison sur des considérations si péniblement motivées, mais non pas invraisemblables, nous avouerons que. par ailleurs, nous ne nous défendons pas de soupçonner que cette modification du Canon pourrait être imputable à saint Grégoire, à l'occasion du déplacement du Pater.
L'étude des Secrètes, nous le répétons, est, en tout cas, l'un des moyens de mettre le mieux en lumière ce point d'histoire liturgique. Il n'est pas rare de rencontrer des formules qui, dans certains recueils, sont Secrètes, &, dans d'autres, s'en vont siéger dans le Canon, à titre de Hanc igitur oblationem. Nous ne voudrions pas répondre — car il faut tout noter — que la rubrique : Tenens manus expansas super oblata, dicit HANC
(1) Notre Bobiensis est dans le même cas & plus archaïque encore : c'est non pas de sainte Anastasie, mais de cette sainte Eugénie qu'il s'agit pour lui dans la messe in Vigilia Natalis Domiui. A propos de Lucques & de l'irlandais saint Fridian, on peut lire dans Six Months in the Apennines, ce qu'écrit Miss Margaret Stokes, p. 63-80, au cours de son voyage « in search of vestiges of the Irisch Saints in Italy ».
De là, la nécessité pour la messe originale, gallicane par hypothèse, en passant en pays romain, de subir diverses transpositions, suppressions & retouches, suivant le goût des églises qui entraient de cette manière en participation de la source commune. C'est ce qui explique qu'en changeant le siège de la Colle tlio post nomina, pour en faire une Secrète, on n'ait pas pris garde au dispositif: Communicantes, &c, plus spécial à la conclusion des diptyques qu'à la teneur d'une Secrète. De là aussi, & c'est ce qui nous intéresse le plus en ce moment, de là la possibilité de grouper les manuscrits en classifications régionales, soit en raison de leur proximité d'Agaune, soit en raison de leur façon uniforme ou différente d'exploiter le fonds commun, d'y ajouter, de le compléter. Arrêtons-nous ici.
On doit voir maintenant dans quelles conditions se présente le cas de Bobbio. C'est un cas de transposition romaine, puisque, nous le répétons, la messe appartient au groupe S. Le fait de la transposition s'y trahit même dès le début, & par conséquent aussi celui de la préexistence de la forme gallicane :
IGITUR, &c, ne serait pas un souvenir de l'ancien siège de YHanc igitur. Quoiqu'il en soit, les anciens sacramentaires conservent assez souvent, par mégarde, tantôt dans les messes votives, tantôt ailleurs, des archaïsmes où l'on peut arriver à surprendre soit une tradition tombée en désuétude, soit la trace d'un changement. Voici par exemple un fait étrange. La Missa ad sponsam benedicendam du Sacramentaire de Nevers place une Sécréta, & sous ce titre même, entre la Préface & le Hanc igitur. La disposition est celle-ci :
Missa ad sponsam benedicendam (p. 122) Exaudi nos. O. & m. D... tua benediftione potius impleatur. Per.
Pr^fatio V. D. aeterne Deus, qui foedera nuptiarum... Et ideo.
Infra actionem Sécréta.
Suscipe, qujesumus, Domine, pro sacra connubii lege munus oblatum ; & cujus largitor es operis, esto dispositor. Per. Hanc igitur oblationem famulorum tuorum quam tibi offerunt pro famula tua ill... quos, Domine, ut placatus accipias.
Ce placatus accipias est une expression consacrée dans la formule Hanc igitur. Il nous rappelle la Secrète de la messe de l'Annonciation du Sacramentaire de Gellone, dont nous avons donné Xincipit quelques pages plus haut (page 1 58). Voici le texte :
Accepta sit tibi quassumus Domine hsec oblatio plebis tuas quam offerirnus hodie ob incarnationem simul & passionem redemptoris nostri Jesu Christi te supplices deprecamur ut placatus accipias. Per Dominum Jesum Christum.
Mais voici beaucoup mieux encore. Nous pouvons citer un fait de situation de la formule Hanc igitur avant la Préface. C'est le Manuscrit 21 16 (Sessor. 136) de la Bibliothèque Nationale de Rome, qui nous le fournit (Cf. Ebner 1. c. p. 171). Il y figure, f° 70, à titre à'offersio mortuorum, à la suite d'une série de formules pré-eucharistiques. Nous transcrivons les initia seulement, dans l'ordre du manuscrit.
fol. 70» Offersionem pro salute vivorum : Suscipe S. Trinitas hanc oblationem que tibi offerirnus &c. Off. pro salute vivorum : Suscipe S. Trinitas hanc oblationem quam tibi offero &c. Off. pro temetipso : Suscipe S. Trinitas hanc oblationem quam &c. Pro infirmo : Suscipe clementissime Pater &c. Off. mortuorum : Hanc oblationem quam tibi offero &c. fol. 71* Praefatio Communis ; fol. 7ib Canon.
Il faut convenir que toutes ces convergences sont, à tout le moins, fort suggestives. Ceci complète même, sur un point important , qui n'avait pas été très directement établi , notre thèse du déplacement des dyptiques & de leur cortège d'oraisons. Le Mémento des vivants, le Communicantes , YHanc igitur paraissent bien être des formules pré-eucharistiques. Nous renonçons donc à identifier, comme nous l'avons fait, le Post sanélus avec la formule Hanc igitur. Du reste nous n'abandonnons rien de ce qui concerne le Post santlus ambrosien, si ce n'est dans la portion qui n'est autre que le Hanc igitur assez mal soudé au Post santlus. — Il y a lieu d'attendre plus de maturité dans les recherches avant d'exposer le sujet dans toute sa largeur. Mais dès à présent les lignes principales sont posées. C'est l'essentiel.
Omnipotentem Dominum qui per apostolos & martyres suos diversa sanitatum dona largitur, fratres dileftissimi, deprecemur, ut huic servo suo ill. qui typi quartani vexatione fatigatur, fidelis famuli sui Sigismundi precibus clementer occurrat & dum nobis illius facit mérita, isti conférât medicinam.
C'est bien là le dispositif d'une Prœfatio Missœ gallicane. On n'a pas pris garde de changer la direction des verbes dans le sens vocatif, dès lors qu'on faisait de cette formule monitoire la Collefte, qui deviendra plus tard en effet, presque partout :
Omnipotens sempiterne Deus qui per sandos apostolos & martyres tuos diversa sanitatum dona largiris, te suppliciter deprecamur..., &c,
De même c'est la Colle flio sequitur de cette Prœfatio Missœ qui est devenue la Secrète, ainsi nommée sans que le titre en soit d'ailleurs justifié : c'est presque uniquement, sauf le début, la répétition au vocatif de ce qui est annoncé dans la première formule :
Sécréta. Inclina, Domine, pias preces ad desideria supplicantium & quœ devoto corde poscimus, benignus admitte ut servo tuo ill. qui typi vexatione fatigatur, fidelis famuli tui Sigismundi precibus, clementer occurras : nobis patefacias mérita, prcesenti atgroto conféras medicinam.
Nous regrettons de ne pouvoir faire part au lecteur de tous les résultats comparés de la petite enquête à laquelle nous avons soumis la messe de saint Sigismond. Il faut nous borner. D'ailleurs l'unique point sur lequel l'attention doit maintenant se porter, nous paraît décisif. Il s'agit de la Préface eucharistique. Le scripteur du manuscrit de Bobbio a-t-il oublié de lui donner son titre de Contestatio, suppléé par l'éditeur, & qui, pour cela, aurait dû être inscrit entre crochets? Le fait est que dans le Codex, on ne reconnaît ici la Contestatio qu'à son protocole : Vere dignum et justum est. Comme il n'est pas rare de rencontrer des manuscrits qui s'abstiennent de signaler ces Préfaces par un titre, & se bornent au sigle abréviatif V D, plus ou moins orné, on peut se demander s'il n'y aurait pas précisément, dans ce simple détail, la trace d'un emprunt fait à un Sacramentaire local de ce genre, qui aurait déjà adapté la messe gallicane d'Agaune à l'usage romain de son pays (i).
Quoi qu'il en soit de cette minime particularité, qu'il était bon cependant de relever en passant, disons tout de suite comment se répartissent les divers Sacramentaires sur lesquels nous avons fait porter notre enquête. Il y a donc en premier lieu les Sacramentaires qui n'ont rien du tout, aucune messe de saint Sigismond, ni pro febricitantibus , & c'est peut-être le plus grand nombre. — Ensuite, par rapport à la Préface, les autres se groupent en quatre
(i) Nous ne devons pas omettre de remarquer deux autres cas où les Préfaces de S sont dépourvues de titre : ce sont les messes numérotées 47 & 48 (ci-dessus, page 101). La messe 34, toujours de S, tranche sur les autres d'une autre façon, par le titre Immolatio missœ donné à sa préface. Cela fait, au total, pour S seulement, quatre cas irréguliers d'inscription, contre quinze où le titre est normal. Dans A, sur quarante-&-une messes, ce cas ne se présente qu'une fois, le Jeudi Saint, & encore lit-on tout de suite dans la pièce suivante : item contestatio.
Est-il besoin d'ajouter que, dans le Sacramentaire léonien, c'est le cas de toutes les Préfaces, de s'y présenter sans titre & sans sigle, simplement par le début Vere dignum? (Voir les trois planches photographiques de l'édition Feltoe.)
LANTIPHONAIRE AMBROSIEN 1 69
catégories. La première est celle des messes de saint Sigismond dépourvues de Préface propre; — la seconde, celle des messes où c'est la première formule de Bobbio, ni plus ni moins, qui devient Préface, moyennant l'addition du protocole Veredignum; — la troisième, celle des messes dont la Préface ne reproduit celle de Bobbio que partiellement ; — la quatrième enfin, celle où le texte n'est autre que le texte intégral de Bobbio.
Nous n'avons à nous occuper naturellement des deux premières classes que pour prendre afte de l'impossibilité de les faire entrer dans la famille de Bobbio. Bien entendu c'est de la famille du Sacramentaire de Mabillon, dont il a été question jusqu'à présent, que nous voulons parler; car, au xe siècle, tout était changé, depuis longtemps sans doute, dans le vieux Bobbio, tout s'y était mis pleinement au niveau des dernières réformes romaines. Témoin le Sacramentaire du nouveau Bobbio, conservé maintenant sous la cote D 84 inf. à la Bibliothèque Ambrosienne. La messe de saint Sigismond (fos 403-405) y appartient précisément à la catégorie de celles où l'on a fait de la première formule du vieux Bobbio la nouvelle Préface (1).
Nous en venons donc aux deux dernières catégories, les seules qui doivent nous retenir. Il faut entrer dans quelques détails. Voici d'abord, pour plus de commodité, le texte du Sacramentaire de Bobbio.
(1) Nous pouvons citer encore, comme appartenant à cette catégorie, les trois Sacramentaires suivants : i° le codex Magliabechianus B. A. 2, f° 3, n° 7, de Florence (Bibl. Nat.), dont M. Combarieu a eu l'obligeance de nous procurer le texte, qui occupe les fos 236 & 237 du codex ; 2" le manuscrit 339 de Saint-Gall, f> 500 ; le Missale dit ad usum Ecclesiœ Brixiensis & coté 1 132 dans le dernier catalogue (1898, n° 100) de l'Antiquariat de M. Ludwig Rosenthal, à Munich. La messe de saint Sigismond y est annoncée le Ier Mai, parmi les saints, f° 183, par cette note : Dies sancti Sigismundi est in die apostolorum Pbilippi et Jacobi et missam invenies an. commune sanâorum. De fait cette messe est au f° 169, à la fin des messes votives & immédiatement avant le Propre des Saints, commençant à saint Sylvestre. Ajoutons que, dans ce document, comme dans celui de Saint-Gall (cod. 339), on trouve associés à saint Sigismond. dans la Préface & trois autres formules, les saints suivants : et sociomm ejus Domnini, Basilini, Basilii, Pétri, Pirrini, Restituti, Desiderii. Mais le plus curieux, c'est que la Préface du Missel de Brixen a conservé par mégarde le fratres dilectissimi de son modèle gallican, sans se douter qu'il trahissait ainsi son origine & l'opération de transfert à laquelle il en était redevable. Faut-il dire là-dessus toute notre pensée ? Nous serions tentés d'attribuer cette dérivation de la formule invitatoire initiale en Préface, dans les quatre manuscrits de la deuxième classe, à la double circonstance que voici : i° la formule gallicane aurait porté, de fait, le titre de Pr^fatio missœ, dans le Codex gallican qui servait de modèle au premier transpositeur ; 20 celui-ci, peu familiarisé sans doute avec la terminologie du rit gallican, tombé — c'est probable — en désuétude de son temps, & trompé par la similitude équivoque des dénominations, aurait pris, de bonne foi, mais sans grande réflexion, la Pr^fatio missœ gallicane pour l'équivalent de la Pr/ïfatio eucharistique romaine. (Cf. ci-dessus, page 53 & suiv.) Une dernière remarque : les quatre Sacramentaires de cette catégorie se trouvent occuper géographiquement, au Nord-Est (Saint-Gall — ms. 339), à l'Est (Brixen — ms. de M. Rosenthal; le Tyrol — ms. Magliabech, de Florence, cf. Ebner Qiiellen u. Forscbungen..., p. 42), & au Sud-Est (Bobbio — Ambrosianus D 84 inf.), trois points à peu près également & relativement peu distants d'Agaune, Le commun modèle aurait-il été la messe même conservée dans l'abbaye de Saint Maurice en Valais? Toujours est-il qu'aucune de ces quatre messes n'est absolument conforme aux trois autres, particulièrement dans les Postcommunions, & l'on pourrait difficilement prononcer leur dépendance originelle. Le fait n'en serait que plus intéressant à suivre, mais il s'agit d'autre chose. Sur le terrain des pièces de chant & des leclures, le désaccord est encore plus grand, & le nouveau Bobbio n'a, pas plus qu'aucun des autres, conservé les lectures du premier Bobbio. La ledure évangélique qui semble avoir le plus généralement prévalu, c'est la péricope concernant la guérison de la belle-mère de Pierre. Paléographie V. 22
Vere dignum & justum est, omnipotens Deus,
nomen tuum laudare cujus majestatem tuam tanto magis obnoxii sumus,
quantum illi pro suscepto nostri corporis humilitate debemus,
exemplum nobis relinquens ut sequamini vestigia ejus
qui peccatum non fecit nec dolus inventus est in ore ejus.
Quis in hoc mundo ita poterit sequi,
ut nec dolus in ore, nec peccatum ejus inveniatur in opère
sed in patientia, quae Deus amat, majestas divina commendat.
Nunc ergo dono majestatis tuae agnoscimus
reliquias esse homini pacifico
Tu ergo, Domine Deus noster, qui
inter bellatorum tumultus, non examinatione persecutoris
elecl:o tuo Sigismundo triumphum martyrii contulisti
tu dispensando pauperibus, pulsanti aperire dignatus es
secutus gratiam, consecutus misericordiam
ut post mortem ostendas in virtute quem ante mortem formasti in fide.
Tua enim dona sunt Domine, ut
in nomine electi tui Sigismundi
per communionem corporis ac sanguinis Domini nostri Jesu Christi Filii tui,
tempestatis frigora febrium ardorem repellas
& sanitatem pristinam revocare digneris
Praesta
quem in Trinitate laudant omnes Angeli
Au lieu de la première partie de Bobbio (2 a 10) les Sacramentaires d'Angers (ms n° 83, f° 261), de Rouen (ms A, 287), d'Epternach (Bib. Nat. Lat. 9433, f° 125), & de Winchcombe (ms 105 d'Orléans(i)), présentent le début suivant (2).
Angers
B qui hune famulum tuum ill. ideo corporaliter verberas ut
D mente proficiat E potenter ostendens
F quod sit
G du m prœsentas ut operetur nobis etiam ipsa pietatis medicina
Rouen
qui hune famulum tuum ill. ideo corporaliter verberas ut
in te compunctus & sanitati redditus proficiat
s omnia quae desideras & ei luceat
quae sit pietatis tuae salutatio
dum prœstas ut suceurrat nobis ipsa pietatis medicina
Epternach
qui hune famulum tuum N. corporaliter verberas ut
mente proficiat potenter ostendis
quod sit pietatis tuas praeclara salvatio tu prœsta ut operetur in nobis ipsa infirmitas medicinam
Winchcombe
qui famulum tuum corporaliter verberas ut
mente proficiat potenter ostendens
quod sit pietatis tuae praeclara salvatio dum prœsentem operaris etiam in ipsa infirmitate medicinam
(1) Cf. Delisle, Mémoire sur d'anc. sacr. p. 211, — Dom Martène, De Antiq. Eccl. Rit. Il, 1062, éd. d'Anvers, 1736, in-f°.
(2) Ils sont, en outre, d'accord tous les quatre, à intervenir l'ordre des deux membres 18 & 19 de Bobbio.
L ANTIPHONAIRE AMBROSIEN
De même, au lieu de s'arrêter, comme le Bobiensis, au membre 21 : et sanitatem pristinam revocare digneris, trois de ces mêmes manuscrits ajoutent l'incise suivante :
Angers
K qui sochrum beati Pétri apostoli febritatem integram restituisti corporis sanitatem Christijesu Salvator mundi
(23) Quem laudant
Epternach
qui socrum beati Pétri apostoli febricitantem intégra restituisti corporis sanitati Christe Jesu Salvator mundi.
Per quem.
WlNCHCOMBE
qui socrui beati Pétri apostoli integram restituisti sanitatem Christe illum Salvator mundi
Per quem majestatem
Il y a une troisième manière de terminer, laquelle est commune aux Sacramentaires : i° de Saint-Thierry de Reims (du ixe siècle, cod. 214 de la Biblioth. de Reims (F, ancien 418), 20 de Nevers (Ms latin 1 7 333 de la Bibl. Nat., xie siècle, éd. Crosnier) & même, autant qu'on en peut juger par ce qui subsiste de plusieurs lignes grattées après les mots : et ad sanitatem pristinam revocare digneris, y au Sacramentaire ambrosien de Biasca {A 24 bis inf. de la Bibliothèque Ambrosienne, xe siècle).
Reims (f° 120)
22 Praesta per invocationem
famuli tui Sigismundi L infirmus plenam mentis
obtineat medelam quam de-
sideravit M & desiderata laetitia inlumi-
netur N cor ejus
(23) per Christum.
Nevers (page 229)
22 Praesta Domine
L ut infirmantes plena mente quod desiderant obtineant
M & desiderata laetitia illumi-
nentur N ut corda eorum fidei desideria 0 pro quo beneficio digne te
omnis terra
23 conlaudat sed & cœli cœlorum & angelicae potestates
P non cessant clamare dicentes
Biasca (f° 297)
N ... eorum fidei desiderio 0 pro quo beneficio dignetur
omnis terra 23 conlaudant sed & cœli cœlo-
rumque virtutes & angelicae
potestates P perpetim sine fine dicentes :
Sanftus.
Il ne nous reste plus, cela posé, qu'à montrer dans quels rapports se trouvent, sur ces différents points, les Sacramentaires de la y & de la 4e classe, ceux où l'on rencontre, en tout ou en partie, la Préface du Bobiensis. Le schéma suivant, dans lequel les membres de phrase sont remplacés par les numéros d'ordre ou sigles, que nous venons de leur donner, présentera, croyons-nous, à l'esprit, le résultat de la comparaison, dans des conditions telles que toute explication paraîtra superflue. Les classifications s'y offrent d'elles-mêmes au premier coup d'œil, & le relief de nos deux classes s'y détache avec une netteté qui ne laisse rien à désirer.
Quatrième classe
Bobbio Bergame
Milan (1)
Monza (2)
Lodrini f/3)
Biasca (4)
Reims
Monza (5)
Nevers
Rouen
Winchcombe
Angers
Epternach
9 IOIII213141516171819 20 21 22 (23)
9 IOIII2131415161718192O2I (23)