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Troisième classe
9 10111213141516171819202122LMN (2})
Il 13
RihU^fl
(1) Missel imprimé de 1515. — (2) Sacramen taire ambrosien, côté — (3) Lodrini-Lodrino-in-Lepontiis ; Sacram. Ambros. coté A. 24 inf. à la Bibliothèque ambrosienne. — (4) Sacram. ambros., coté A.
24bis inf. — (5) Sacram. romain, coté — dans la Bibliothèque capitulaire, (Frisi 184). — La Préface du Sacramentaire de Lorsch
(Palat. 485, fol. 15) débute au n° 11 de Bobbio. Elle devrait donc figurer dans la 3e classe. Mais nous n'en avons pas le texte complet. Notons seulement qu'au n° 13 le nom de saint Sigismond y est suivi d'une mention que n'ont pas les autres Préfaces : una cum sociis tuis Domnino, Basilino, Petro, Pyrro, &c.
Observons ce que nous avons sous les yeux. Visiblement c'est le texte de Bobbio qui forme pivot. Nous y voyons un noyau commun à toutes ces Préfaces ; il est formé des membres n, 13, 15, 17, 18, 19, 20, 21. Nous nous trompons, il y a une Préface, celle de Nevers, qui débute seulement au n° 17. En revanche il y en a une autre, celle de Reims, qui prend contacl: dès le n° 9 & reste dès lors étroitement fidèle à Bobbio jusqu'à la fin, nous allions dire & au delà. Cette fidélité, exceptionnelle dans la y classe, du Sacramentaire de Reims à une tradition dont les autres documents de cette classe ne dérivent que plus bas & non sans intermittences, donnerait à penser en effet qu'il aurait conservé peut-être le contacl: jusque dans la finale, plus fidèlement par conséquent, non seulement que les témoins de sa classe, mais même que la plupart de ceux de la quatrième. En d'autres termes, la finale 22, L. M. N. O. P. 23 appartiendrait donc bien au texte primitif, disons au texte d'Agaune, si l'on veut. Il est remarquable que Reims donne en ceci la main à Nevers & à Biasca. Nevers nous attirant non loin des environs d'Orléans, où furent découverts les restes de saint Sigismond, Biasca se trouvant être, de toutes les Eglises dont nous avons exploré les Sacramentaires, la plus proche d'Agaune, il y a grande chance que cette petite conjecture soit d'accord avec la réalité. Tout le premier, du reste, le Bobiensis laisse entrevoir, a priori, quelque lacune à cet endroit de sa rédaction : 22 Prœsta, 23 Quem in Trinitate lauâant, &c. Prœsta quem... laudant n'est évidemment qu'une abréviation. Un peu plus loin, dans la Missa quomodo sacerdos pro se débet orare, {Mus. ital. p. 358), cette lacune est ainsi comblée :
L ANTIPHONAIRE AMBROSIEN
Prœsta per sanctum et gloriosum et adorandum dominum nostrum jesum christum filium tuum qaem laudant angeli atque archangeli Cherubim quoque ac Seraphim (i).
Quoi qu'il en soit de cette recherche de paternité qui n'intéresse pas autrement le but que nous poursuivons, ce qui doit surtout & finalement retenir notre attention dans le tableau d'autre part, une fois dégagés les détails qui précèdent, c'est la provenance ou plutôt l'appartenance respective des six documents de la quatrième classe. Regardons bien encore. Ils offrent, on le voit, un bloc d'une homogénéité parfaite en lui-même, & nettement distingué des Sacramentaires de la y classe, par le groupe 2, 3, 4, 5, 6, 7, 8, qui leur est exclusivement propre. N'oublions pas, pour mieux apprécier la portée de la constatation synoptique que nous faisons en ce moment, que ce qui est là sous nos yeux représente le résultat d'une enquête suffisamment étendue & variée, pour qu'il reste peu de chance de rencontrer, loin d'Agaune, d'autres cas semblables à celui de notre 4e classe (2).
Or à quelle région précisément avons-nous affaire ici? Les documents dont se compose la classe de Bobbio se localisent tous dans un périmètre géographique dont la limitation, fort étroite, nous semble on ne peut plus suggestive, si nous ne sommes pas sous l'empire d'une idée fixe. En somme, nous ne sommes parvenus à mettre en parfait parallèle avec Bobbio, que les Sacramentaires des Églises de Lombardie voisines de la Suisse, ou bien des Églises du Tessin (Biasca & Lodrini-Lodrino-in-Lepontiis). Le fait que tous ces sacramentaires sont de rit ambrosien est, nous devons en convenir, de nature à faire impression, mais nous
(1) La conclusion Prœsta vers la fin des Préfaces est une des marques distinclives des pièces de ce genre, au rit gallican. Citons, dans le Missel Mozarabe, au 5e Dim. de Carême, p. 141 : Prœsta ergo nobis, O. D., ut mortificato corde... consona voce proclamantes ac dicentes : sanclus; — dans la messe pro itinerantibus , p. 447 : Prœsta Pater perpétue per D. N. J. C. F. t. quem conlaudant Angeli, atque Archangeli non cessant clamare quotidie una voce dicentes...; — dans la messe pro uno sacerdote dcfuntlo, p. 4^8 : Prœsta, Domine, quia te conlaudant Angeli atque Archangeli non cessant clamare una voce dicentes... — Quelquefois une même Contestatio ou Illatio réunira plusieurs des procédés de transition au Trisagion, cui merito, quem laudant, per quem majestatem, &c. Nous en avons un exemple ici même dans le pro quo beneficio de la ligne O. On lit de même à la fin de Ylllatio mozarabe du Ier Dimanche après la Pentecôte, p. 265, 40 : pro quibus beneficiis Cherubim exultant.
(2) Nous avons collationné trente-cinq messes différentes, sans parler des Sacramentaires & vieux missels pléniers où nous n'avons rien trouvé du tout. Nous évaluons, en somme, à une centaine, le nombre de documents mis à contribution, sans parler du dépouillement des catalogues ou bibliographies spéciales, telles que le mémoire de M. Delisle, les Libri liturgici d'Ehrenberger, les Quellen und Forscbungen du regretté Adalbert Ebner, où sont parfois décrits dans le plus grand détail & analysés très soigneusement les recueils liturgiques du genre qui nous occupe. La messe de saint Sigismond paraît avoir été assez répandue en Italie. Nous l'y avons suivie jusqu'au Mont-Cassin. En France, où nous nous attendions à la rencontrer partout, elle est absente d'un certain nombre de Sacramentaires, très hospitaliers d'ailleurs aux messes de cette nature. En Allemagne, nos témoins ne nous permettent pas de franchir la zone marquée par les points suivants : Cologne, Lorsch, Epternach, Fulda, leTyroI. L'Angleterre ne nous a fourni que la messe de Winchcombe, laquelle a grande chance d'être fortement apparentée à Fleury-sur-Loire. Un point sur lequel nous n'avons pas fait porter méthodiquement notre enquête est celui-ci : Combien de temps ces messes demeurent-elles dans les formulaires sacerdotaux? L'impression qui nous reste est qu'elles disparaissent d'assez bonne heure. Mais, en même temps, nous devons noter que l'une des Postcommunions qu'on lit parfois dans les anciens missels n'est autre que la dernière des prières prescrites aujourd'hui par le Rituel in Visitatione infirmorum. Un cas analogue (non pas le même) se présente pour le Rituel & les Sacramentaires ambrosiens.
croyons qu'il n'y a pas lieu pourtant d'en conclure au caractère ambrosien de l'appendice du Sacramentaire de Bobbio. Nous le répétons, S ne saurait être ambrosien, puisque les Rogations, au lieu d'y précéder immédiatement la Pentecôte, comme c'est l'usage dans le rit de Milan, y occupent la place normale qui leur est donnée partout ailleurs, avant l'Ascension. En outre, la Missa sancli Sigismundi, bien qu'ayant sa première formule & sa Préface identiques à la première formule & à la Préface des messes ambrosiennes correspondantes, n'en procède pas moins du type romain, par sa répartition en Collette, Secrète & Préface, tandis que l'ordonnance ambrosienne est celle-ci : Super populum, Super sindonem, Super oblata, Prœfatio, &c.
D'autre part, l'analyse critique & comparée des textes laisse suffisamment entrevoir, à notre avis, que ce ne sont pas, inversement, les Ambrosiens qu'il faudrait considérer comme étant tributaires du Bobiensis. Ce n'est pas certainement chez celui-ci que le Missel de Milan (1515) par exemple, a pris la variante ut nec dolus in ore nec peccatum ei inveniatur in voce (ligne 7). Ce n'est surtout pas chez lui qu'ils ont pris, d'un commun accord, la leçon supplémentaire requie (alias requiem) de la ligne 10, leçon vraisemblablement originale, ayant de plus l'avantage de présenter un sens conforme à l'intention qui a dû viser dans ce passage, par une accommodation historique ingénieuse, le verset 37 du Psaume }6 : quoniam suni reliquiœ homini pacifico (1). La permanence du requie supplémentaire dans les sacramentaires ambrosiens, tels qu'ils nous sont parvenus, est d'ailleurs d'autant plus méritoire que l'incorrection même de cette leçon laisse deviner que le sens intentionnel en échappait aux copistes de ces éditions. Nous rétablirions en effet : Nunc ergo dono majestatis tuœ agnoscimus reliquias [in] requie esse (ou encore requiescere) homini pacifico. Il n'est pas besoin de rappeler que les corps des victimes de Clodomir demeurèrent trois ans dans l'eau stagnante & fangeuse du puits de Columna^i). Ne croirait-on pas surprendre, dans cette phrase de la Préface, comme le soupir de soulagement & d'aftion de grâces de la première heure, quand l'abbé d'Agaune, Ansemundus, averti par un songe, ayant enfin procédé à l'invention, à la translation & à la sépulture solennelle des précieuses reliques , les moines d'Agaune purent chanter en toute vérité : Nunc ergo dono majestatis tuœ agnoscimus, reliquias [in] requie esse homini pacifico ? Il paraîtra sans doute de plus en plus probable, d'après toutes ces observations, que nous sommes ici, géographiquement & chronologiquement, très près de la source.
II n'en est que plus évident aussi que la rencontre exceptionnelle de Bobbio, pour le surplus, avec les seuls documents du massif géographique où nous sommes maintenant resserrés, signifie quelque chose. Mais qu'est-ce à dire au juste ? On peut supposer que les uns & les autres se sont approvisionnés directement & de première main à la source
(1) Nous ne nions pas qu'on puisse faire un bon sens avec la citation pure & simple du psaume : reliquias esse bomini pacifico. Mais alors l'insistance des ambrosiens à circonstancier historiquement ce sens accomodatice n'en est que plus significative, comme on va le voir. — Les moines de Saint-Thierry de Reims, n'y comprenant rien, ont écrit l'énigme : Ergo domum majestatis agnoscimus loqui homini pacifico , dont, plus heureux que nous sans doute, ils avaient la solution.
(2) Aujourd'hui Saint-Péravy-la-Colombe, à 4 lieues N.-O. d'Orléans.
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commune d'Agaune, dont ils étaient relativement voisins. Nous ne répugnons pas du tout à ce sentiment. Mais on ne s'explique guère, dans cette hypothèse, comment les Columbanistes, si conservateurs des messes de A, trouvant à Agaune une messe gallicane, n'en auraient pas accepté toutes les pièces, au même titre qu'ils maintenaient dans A toutes les pièces aussi de leur vieux fonds. C'est pourquoi nous préférons de beaucoup cette autre hypothèse, qui ne modifie la précédente, au surplus, que dans un de ses termes : La région d'Italie dans laquelle venaient s'installer les moines irlandais était partagée, à cette époque, comme elle l'est encore, entre l'usage de Rome & celui de Milan, bien que peut-être avec plus d'avantage pour celui-ci ; en tout cas, dans la juridiction même de Milan & à ses portes, Monza, qui se flatte d'être invariablement demeuré grégorien, au moins depuis Théodelinde, était romain. Que la Suisse & la Lombardie aient dès le principe, tout comme la Gaule & plus naturellement, plus facilement, suivi l'influence d'Agaune, c'est ce qui paraît infiniment probable, quand on entend Grégoire de Tours raconter ce qui se passait déjà de son temps au tombeau de saint Sigismond. Mais il va de soi qu'en subissant cette influence, on s'y soumettait respectivement, suivant le cas & le pays, à la façon romaine ou à la façon ambrosienne. De part & d'autre on avait transposé, chacun dans son rit, la messe de saint Sigismond. Dès lors, à son tour, saint Colomban pénétrant dans les États d'Agilulfe, & très partisan, comme on le sait, des procédés les plus expéditifs pour la guérison des fièvres de ses moines, n'aurait eu qu'à insérer dans son Sacramentaire la messe agaunienne qui faisait si bien son affaire, mais réduite, bien entendu, aux conditions où il la trouvait, c'est-à-dire adaptée à l'usage romain.
Ce système a l'avantage de fortifier par une analogie nouvelle l'explication tout aussi simple que nous donnions déjà tout à l'heure : i° de la transformation d'une Collectio post nomina en secrète, dans les Sacramentaires romains de Padoue, de Florence & de Lucques, & 2° de la confusion qui avait fait prendre pour Prœfatio eucharistique la Prœfatio missœ du modèle gallican, dans les Sacramentaires, romains aussi, de Saint-Gall & du Tyrol (cidessus, page 169, note 1), à moins que l'on ne préfère dire que ce sont, au contraire, ces explications qui confirment le système. Le rayonnement d'Agaune, en Suisse & en Italie, semble ainsi procéder par traditions concentriques, la première expansion s'étant arrêtée à l'arc de cercle formé par Biasca, Lodrino, Bergame, Monza, Milan, Bobbio, les plus proches, on le voit, pour se limiter ensuite à peu près suivant une ligne partant de Saint- Gall & aboutissant à Lucques & à Florence, en passant par Brixen, le Tyrol & Padoue. (Voir plus haut, page 166, dans la note.) Au delà, c'est différent.
Mais enfin, de quelque façon qu'on se représente la participation des divers pays, cis ou transalpins, au pèlerinage d'Agaune & à sa messe de saint Sigismond, une chose constante & qu'il nous faut retenir, c'est le fond même du résultat auquel nous sommes parvenus. Voici de retour au vne siècle dans l'Italie septentrionale, d'où nous ne sommes pas loin de croire qu'il était précisément parti, le vieux Sacramentaire romain que nous avons vu émigrer en Irlande au ve siècle. A force de circonscrire autour de nous le terrain d'investigation, nous nous sommes tellement approchés de Bobbio qu'il n'y a plus qu'à y entrer. Nous y entrons
précisément avec les deux protecteurs du royaume d'Agilulfe, fondateur de Bobbio, saint Michel & saint Jean-Baptiste, dont nous trouvons dans S les messes additionnelles.
Nous avons déjà fait allusion, ci-dessus (page 119), aux égards significatifs dont saint Jean-Baptiste est l'objet dans le Sacramentaire de Bobbio. Il nous a semblé du moins qu'ils y sont accusés, d'un côté, par l'addition d'une seconde messe (& cette messe appartient au supplément S) en l'honneur du saint Précurseur, alors que la liturgie des Saints y est si sobrement traitée, & d'un autre côté, par l'interpolation maladroite du per intercessionem beatissimi Jobannis Baptistœ concluant inopinément & contre la grammaire, une formule de Messe dominicale. Nous n'y revenons que pour mémoire & pour réunir ces menus éléments à l'ensemble des inductions que nous faisons en ce moment converger vers Bobbio, pour essayer de découvrir derrière le titre de possession historique immémoriale que son monastère possédait sur le manuscrit de Mabillon, un titre de possession liturgique complémentaire & contemporain de celui-là. Nous n'avons rien dit de la présence remarquable, au Mémento, des noms de saint Grégoire, ami de Théodelinde, & de saint Ambroise, de Milan. Mais il est clair que l'insertion de ces deux noms, chers à la cour de Monza, n'aurait plus rien d'extraordinaire dans la liturgie de moines redevables à cette cour, de la fondation de leur monastère & d'autres bienfaits, comme étaient les fils de saint Colomban.
Nous ne revenons non plus à saint Michel que pour verser au même dossier la contribution qu'il nous a déjà fournie prématurément dans cet ordre d'idées. Si la conclusion que nous nous hâtions de prendre à notre point de départ a pu paraître quelque peu somnolente dans ses prémisses & insuffisamment justifiée, on nous aura fait crédit de patience, nous n'en doutons pas, en escomptant par anticipation le supplément d'enquête qui restait à présenter & qui sollicitait, à cette heure même, notre jugement. Nous ne pouvons, bien entendu, que maintenir ce jugement, actuellement plus circonstancié & partant mieux préparé, par la convergence des autres inductions & de toute l'histoire du recueil (1).
(1) Nous avons peut-être eu tort, par exemple, de compliquer cette petite démonstration provisoire, d'un raffinement de recherche, à propos du choix de l'Évangile de la Transfiguration pour la messe de saint Michel. Ceci, n'appartenant pas à l'argumentation, pourrait égarer le lecteur ; mais la forme alternative que nous donnions à nos conjectures indique bien que nous n'en prétendions rien tirer. Dom Morin nous fait gracieusement observer, du reste {Revue bénédicline, mars 1898, p. 106), qu'il avait déjà tranché la question & dit ailleurs la raison véritable de ce choix (même Revue, 1891, p. 487, note 6), dans une note de son important & beau travail sur le Calendrier de Naples. C'est vrai. Nous n'avions eu garde de négliger en son temps l'ingénieuse trouvaille de notre docle confrère, mais, qu'il nous pardonne, (la mémoire n'est-elle : pas une faculté qui oublie?) nous avions perdu de vue sa précieuse note & nous n'y pensions plus en écrivant. Nous y regarderons à deux fois dorénavant avant d'en prendre à notre aise, soit avec Muratori, soit avec Mabillon. Dom Morin a raison, c'est à peine douteux. Nous croyons même trouver un développement d'idées conforme à son opinion, dans la Préface de la 5e des messes léoniennes de saint Michel (Muratori, 409) : qui, sicut nos per apostolum tuum dignanter informas, jam conversationem nostram in cœlis esse benignus instituis, ut illuc attollamur mente ubi quos veneramur adsistunt, ut in excelsa tendamus quœ in b. Arcbangeli Micbael contemplamur adfeclu. II est vrai que tout cela semble bien moins viser le mystère delà dédicace que celui de la vie contemplative angélique ; que, d'autre part, nul document n'applique à d'autres dédicaces qu'à celles de saint Michel, la péricope de la Transfiguration, & qu'enfin c'est l'histoire de Zachée qui est la péricope classique de ces autres dédicaces, & même, nous allons le voir, de celle de Saint-Michel-du-Dôme, à Milan. Il est vrai. Mais l'affaire, après tout, n'est pas de conséquence. Le lecteur choisira.
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Rappelons-le, c'est au début même du Sacramentaire, que nous avons trouvé, dans la missa quotidiana romensis, l'une des indications maîtresses, qui nous ont permis d'identifier le terme du pèlerinage de saint Colomban & de ses compagnons, avec le lieu de compilation & de destination originelle du manuscrit, qu'y retrouvait encore Mabillon au xvne siècle. Il nous a paru qu'une lefture concernant saint Michel, dans une messe quotidienne, nous invitait à chercher si quelque tradition locale ne justifierait pas cette insistance quotidienne, peu ordinaire & partant caractéristique, à l'honorer d'un culte si particulier (i). Nous avons en effet pu constater, après Rossetti, après Miss Margaret Stokes(2), après Antonio Gianelli, &c, l'existence à Bobbio, près d'une grotte où saint Colomban se retirait fréquemment, où il mourut, où ses disciples l'ensevelirent, d'un oratoire dédié par lui-même à saint Michel, sans préjudice d'un autre oratoire situé dans un autre endroit de la montagne & dédié de même à saint Michel. Evidemment on tenait à saint Michel. Il eût été permis d'ajouter que l'invocation de saint Pierre dans cette même messe quotidienne, encore bien qu'elle pût n'être pas spéciale à Bobbio, dans sa destination première, mais précisément parce qu'elle y était maintenue & qu'elle associait le nom du prince des apôtres, patron de l'église abbatiale, à celui du prince de la milice céleste, patron des deux oratoires en question, n'était pas une circonstance indifférente à la confirmation de cette petite conjecture. Mais, en même temps, une insistance nouvelle, la Missa in honorent sancti Micbael, (de type S, c'est-à-dire additionnel), faisant suite à une messe de dédicace existant déjà, mais du type A, nous avait induit à penser que l'église à l'usage de laquelle notre Sacramentaire avait été compilé, devait offrir cette coïncidence, qu'un oratoire y était dédié à saint Michel, la messe en question n'étant autre que celle de la Dédicace de « ce temple », templi hujus.
Il est remarquable que les Sacramentaires Grégoriens & Gélasiens, qui tous, plus ou moins, se rencontrent avec l'une ou l'autre des formules assignées à la fête de saint Michel in via Salaria, dans le Sacramentaire Léonien (Septembre, groupe xxvie, messes I, II, III, IV, V, Muratori, p. 106, suiv.), semblent avoir évité le texte où figure le templi hujus. Le Léonien & le Bobiensis (qui sont mutuellement indépendants), s'étant trouvés dans le cas de pourvoir à une situation locale qui leur était commune avec le prototype inconnu d'où ils procèdent, n'avaient aucune raison de renoncer à une formule circonstanciée correspondant si bien à leur condition. — Pour ce qui concerne la Missa communis, dite in Anniversario Dedicationis Ecclesiœ de la tradition romaine encore en vigueur, c'est bien différent. En soi le templi hujus de ce formulaire est anonyme, & se prête à telle désignation qu'il plaira. Aucun vocable n'est visé, ni dans le titre, ni dans les textes. Cette messe est essentiellement locale par destination. Elle est bien d'une teneur uniforme pour toutes les églises, mais son emploi n'est précisément motivé, déterminé, c'est bien clair, que par l'anniversaire de l'église du lieu, ou, ce qui revient au même, de l'église centrale du diocèse, la Cathédrale. C'est
(i) Cette lecture, en tête du manuscrit, est d'autant plus saillante que, dans la messe de Stowe, identique par ailleurs, on se le rappelle, à celle-ci, les lectures étant toutes différentes, le changement semble ici bien intentionnel.
(2) Rossetti, Bobbio illustrato, Torino 1795- — Margaret Stokes, Six Montbs in the Apennines, or a pilgrimage in search of vestiges of the Irisb saints in Italy, London, 1892, p. 143 suiv., 192 suiv., &c.
Paléographie. V. 23
dans les temps modernes, que les Dédicaces de Saint-Pierre du Vatican, de Saint-Paul hors les murs, & du Latran (1), ont été commémorées, dans l'univers entier, par l'emploi de cette Missa communis. La rubrique n'en est pas moins attentive à prescrire, dans ce cas, l'omission de l'incise de la Secrète relative au templi hujus, partout où la solennité n'est que représentative. Elle a négligé toutefois de supprimer éventuellement un autre hujus sancli templi dans la Collecte du commencement, ou bien, si elle y a pris garde, il faut convenir qu'elle n'a pu le maintenir que par une subtilité. Hujus est en effet bien lointain. On était plus exigeant dans l'antiquité. Quand les fêtes de Dédicaces des Saints du calendrier de Rome, telles que la Dedicatio S. Nicomedis, aux Kalendes de Juin, la Dedicatio S. Mariœ, au III des Ides de Mai, la Dedicatio basilicœ sancli Micbaelis, au III des Kalendes d'Octobre, & tant d'autres, où la Dedicatio n'est même plus demeurée dans le titre, mais a fait place à l'inscription Natale, quand ces fêtes, disons-nous, passèrent au calendrier universel, pat l'adoption officielle des livres romains & du calendrier romain, sous Charlemagne, la Dédicace ne fournit jamais qu'une date, mais jamais on ne vit le formulaire même de l'euchologie encéniale servir de véhicule à cette extension du culte.
Il y a, dans la liturgie de Milan, toute une histoire, précisément de la messe de saint Michel, qui nous fait comprendre à merveille la pratique & la pensée des anciens à cet égard. Il y avait, autour de l'antique cathédrale, avant l'édification du Dôme, qui les absorba presque toutes, une véritable ceinture d'églises, en quelque sorte complémentaires, parmi lesquelles l'église stationnale de Saint-Michel-du-Dôme. Cette église est bien connue dans les annales de la liturgie ambrosienne(2). Elle tenait de son voisinage & de son union liturgique au siège central, & le vocable sous lequel on la désignait, & comme une participation de la dignité du foyer commun de la famille diocésaine. Cette église, nous le répétons, a disparu. Il est curieux d'en suivre les vicissitudes dans la liturgie, & de voir le culte de saint Michel lui être en partie subordonné^). Pendant un temps que nous ne saurions exactement déterminer, ce n'est pas au 29 Septembre, c'est au 7, date de la Dedicatio sancli Micbaelis in domo, que
(1) Avant l'adoption du Bréviaire de saint Pie V, ces fêtes étaient absentes des calendriers liturgiques des églises particulières.
(2) Voir, par exemple, dans le Beroldus (éd. Magistretti . p. 98), les cérémonies de la feria secundo, in Autbentica. Cf. Giulini, Memorie, &c, I, 297, 367 ; III, 264, 393 ; V, 117 ; VIII, 366.
(3) L'évangéliaire A 28 in/, de I'Ambrosienne n'a rien au 29 septembre, mais il contient, dans la série des Dédicaces des églises de Milan, un titre & l'évangile de Zachée pour la Dedicatio sancli Michahel. Le Sacramentaire de Bergame n'a pas davantage de fête au 29 septembre, mais, au 7, on lit cette rubrique : VU die mensis Septembris, Dedicatio Basilicœ beati Arcangeli Micbabel. Le Manuale T. ioj sup., de la même Bibliothèque (xie siècle), & même un Antiph. ambros. de la Bibliothèque des Bénédictins de Marseille, beaucoup plus récent, sont muets également au 29 septembre, mais ils ont tout l'office de saint Michel, au 7, sous cette rubrique : Die septim. mens. sept. Dedicatio sancli Micbalis. Le Manuale T. toj sup., précise, en ajoutant : in domo. Au contraire, un autre Manuale ambrosien du xi-xne siècle, appartenant à la bibliothèque de Solesmes, n'a rien au 7 septembre, mais reporte au 29 ce même office exactement, & la rubrique a perdu tout caractère local, pour devenir ///. Kal. Obi. Dedicatio sanïïi Micbaelis in monte Gargano. Des deux Kalendaria publiés par le Dr Magistretti, dans son Beroldus, page 10, celui du xme siècle n'a plus de fête du 7, non plus que l'antiphonaire de Mugiasca. Le Kalendarium Sitonianum (Muratori, Scriptores, t. II, p. II, 1039 & I04°)> comme le Beroldus de I'Ambrosienne (I, 152 inf.), a l'une & l'autre.
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les livres liturgiques ambrosiens nous présentent la fête du saint Archange. Ceci marque une première période. Dans la seconde période, rien n'est changé dans le formulaire, mais tout passe au 30 Septembre. Le Missel de 1 5 1 5 nous donne encore & l'évangile de Zachée & la messe composite, sorte de combinaison de Grégorien & de Gélasien propre à la liturgie ambrosienne. La Préface elle-même demeure intacte & le prêtre y chante toujours : Quod templum hoc in saniïis usibus prœparatum in beati arcbangeli tut MicbabcUs commemoratione lœtatur. On peut chercher, au 29 Septembre, dans le Missel moderne (v.g. Gaisruck, 1831, p. 438), cette Préface a disparu, comme a disparu la basilique dont on chantait : templum boc, &c.
Mais c'est assez mettre à l'épreuve la signification de notre bujus templi Bobiensis. Nous croyons qu'à présent la question est assez mûre pour qu'il soit possible de prendre définitivement pied à Bobbio, afin d'y rechercher maintenant quels ont pu être les recueils romains, qui auraient fourni à son Sacramentaire les diverses messes de S, qu'il n'avait pas encore en quittant l'Irlande, & même aussi, par la même occasion, celles qu'il avait déjà.
N'est-ce pas un fait digne d'attention, qu'aucune des éditions, refontes gélasiennes, ou grégoriennes, ou autres, des formulaires romains, pas même le Sacramentaire Léonien, ne nous remettent en face d'aucun des groupements de S, bien qu'on y rencontre passim, à l'état sporadique, quelques-uns des éléments de ces recueils? N'est-ce pas à dire que S représenterait, à l'état pré-documentaire, les épaves, en quelque sorte, d'une vieille reconstruction de la liturgie romaine primitive, différente de la première représentée par A?
La messe de saint Sigismond, celle de saint Michel, ne nous mettraient-elles pas sur la voie? La Préface du Bobiensis pour saint Michel est évidemment en rapport avec celle de la première des cinq messes du Léonien sur cet objet, & cela suffit pour laisser entrevoir un prototype commun diversement exploité par l'un & par l'autre, puisque, par ailleurs, ils n'ont au cas présent que ce point de contact.
Le parallèle suivant ne manquera peut-être pas d'intérêt.
Bobbio (Mabillon, 356)
Vere dignum & justum est omni-
potens Deus
in die festivitatis hodiernae
quo in honore beati archangeli
Michaelis
dedicata nomini tuo loca
sacris sunt instituta mysteriis :
Léonien (Muratori, 407)
Vere dignum teque profusis
gaudiis praedicare
in die festivitatis hodiernae
quo in honorem beati archangeli
Michael
sacrata nomini tuo loca
Divinis sunt instituta mysteriis
Quamvis enim illius sublimis
gloriosaa substantiae
sit habitatio semper in cœlis
tuorum tamen fidelium prassu-
mit affectus
pro tuae reverentia potestatis
Pamelius (Liturg. 11, 603)
(ad postul. Angelica suffrag.)