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PRÉFACE

Vere dignum, &c, aeterne Deus

aput quem cum totius rationabilis pia mérita creaturae semper accepta sunt

certum est inagis esse prœcipua quae reliquam spiritualem superant dignitatem

sanfti Michaelis mérita praedi-

cantes

quamvis enim nobis sit omnis

angelica veneranda sublimitas

quae in majestatis tuae consistit

conspecfu

illa tamen est propensius hono-

randa

L ANTIPHONAIRE AMBROSIEN

IttI

{Suite de la Colle de.)

grata tibi sit quaesumus nostra

festivitas pro veneratione ejus

oblata

qui tuœ majestatis arcanis naturali

per tuam gratiam décore servato

devotis semper excubiis est pro-

pinquus. per.

{Suite de la Préface.')

qui tuœ majestatis

semper excubiis est propinquus qui inter cœlestis militiœ secretum summus obtinet principatum :

quem supplices per tui nominis reverentiam postulamus, ut fragilitati nostrae magnificus suffragator accédât, cum quo majestatem tuam laudant Angeli.

(Suite de la Pré/ace.)

quœ in ejus ordinis dignitate cœlestis militiœ meruit principatum.

Per Christum.

Nous pourrions multiplier les exemples, présenter d'autres cas encore. Comment expliquer ces similitudes & ces différences, ces lacunes & ces transpositions? Comment expliquer, — ce que nous ne pouvons développer ni même indiquer autrement ici, — cette indépendance & par conséquent cette variété dans les groupements des pièces, c'est-à-dire dans les séries, dans la constitution des messes ? Comment encore expliquer l'absence de certaines pièces, la surabondance des autres ?

Suivons la messe la plus favorisée, la Missa in Natale santli Pétri, dans le Bobiensis & le Léonien. La première formule de Bobbio se trouve être la première formule de la première messe des Apôtres dans le Léonien (Muratori, 330). Pour obtenir la seconde, il faut aller jusqu'à la xxme messe du Léonien chez qui, d'ailleurs, elle occupe le premier rang (Muratori, 342). La troisième, (post nomina), est à la messe suivante, toujours en tête (ib. 343), mais c'est à la condition de revenir sur nos pas, jusqu'à la treizième (Muratori, })6), que nous finirons par rencontrer la quatrième, ad Pacem, & nous n'avons toujours pas la Contestatio, qui, de fait, n'est pas dans le Léonien. Nous le répétons, cette messe est de beaucoup la plus favorisée, & nous ne parlons pas des variantes. Sur une soixantaine de pièces dont se composent les 19 messes de S, nous n'en avons trouvé que cinq à peine, en cherchant bien. Quant aux deux cents pièces des 41 messes de A, nous n'en retrouvons que dix dans le Léonien (1). D'où viennent les autres? D'où viennent les pièces du rouleau de Ravenne(2),

(1) Nous n'avons pas établi par des chiffres les relations du Bobiensis avec les Gélasiens, Ambrosiens, Grégoriens, mais elles sont de même nature, c'est-à-dire aussi rares qu'intermittentes & incomplètes.

(2) // rotolo opistografo del Principe Antonio Pio di Savoja. — (Ediç. di 60 copie fuori di commercio.) Milano, Tip. e libr. arciv. Boniardi-Pogliani. — M DCCC LXXX1II ; — reproduit par X Archivio storico lombardo, dans son n° du 31 Mars 1884, pages 1 à 34. C'est un fragment de rouleau liturgique peut-être du milieu du vie siècle, sur le dos duquel on a transcrit, au Xe, 8 diplômes de 900 à 910. La partie liturgique comprend, outre 39 Collectes, une quarantième pièce, de forme invitatoire, laquelle pourrait bien être la Prcefatio Missce de la nuit de Noël, & l'on doit noter en tout cas l'usage, en Avent, de cette forme gallicane, àRavenne, pays de rit romain, un peu avant saint Grégoire. Les 39 Collectes seraient alors les prières qu'on joignait à la psalmodie préparatoire de la 7:awjyîç, à moins qu'on ne préfère y voir une de ces séries dont nous parlons, page 155, à la fin delà note de la

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d'où viennent celles des Gélasiens, Grégoriens &c, communes aux uns & aux autres, absentes du Léonien? Si tous les éléments du Bobiensis & des Grégoriens se retrouvaient dans le Léonien, il n'y aurait évidemment pas lieu de chercher un quatrième terme. Le Léonien pourrait être considéré comme une fidèle canalisation de la source. Mais nous sommes loin de compte, même en mettant A de Bobbio, par exemple, tout à fait à part, même en distinguant dans le Léonien deux sources, celle où les messes s'arrêtent à la Préface, comme dans le Bobiensis, & celle où elles comprennent la Postcommunion & au delà. L'excédent des uns & des autres peut fort bien s'expliquer parfois par des compositions personnelles, surtout dans la liturgie mozarabe. C'est incontestable. Pourtant il ne faudrait pas abuser non plus de cette explication, fort commode à coup sûr. Le procédé serait par trop simpliste. Dès qu'un excédent se présenterait, on l'écarterait en même temps que la difficulté, comme étant de création individuelle & n'appartenant pas au patrimoine euchologique commun. Le malheur est que l'attitude capricieuse de ces excédents, dans des manuscrits divers, ne permet pas toujours qu'on s'en tienne là.

Pour tous ces motifs & d'autres encore, l'évocation d'un prototype antérieur au Léonien n'a rien que de très plausible. Nous hésitions à présenter cette supposition. Mais voici que l'idée est dans l'air. Le Dofteur Mercati la formulait, il y a quelque temps, avec tranquillité, dans ses notes de littérature patristique, comme conclusion du morceau intitulé : Frammenti liturgici apparentati col Sacramentario Leoniano (i). Le Do&eur Adalbert Ebner l'avait

page 154. Or une seule de ces oraisons est représentée dans les Sacramentaires, mais sous deux formes & dans des conditions diverses. Il y a la forme de Ravenne : Largire quœsumus, Domine, famulis tuis ftdei et securitatis augmentum, a ; il y a la forme : Largire q. D. fam. t. fidei, spei et charitatis augmentum, b. Le Léonien (Muratori, 468) donne la forme a comme dernière oraison de la première messe de Noël. Le Gélasien donne la même forme, au second rang des six oraisons comprises sous la rubrique : V. Item Orat. de Natal. Domini ad Vesp. sive Matut. (Tommasi, page 6. Cf. la note 4, ibid.) C'est également sous ce titre, & au même rang, qu'on peut la lire dans un grand nombre de Sacramentaires Grégoriens, mais sous la forme b. Le Sacramentaire Ambrosien s'en tient toujours à la forme a, &, mieux encore, sa tradition paraît être plus près du rouleau de Ravenne qu'aucune de celles que nous énumérons. C'est en effet au nombre & au 9e rang des 1 6 oraisons comprises sous la rubrique, item or. de adven., qu'on le lit à la page 83 du Sacramentaire de Bergame, à la suite du vie Dimanche de l'Avent. C'est même dès le ve Dimanche de l'Avent que nous la retrouvons dans le Manuale du même rit (T. 103 inf. de la Bibliothèque ambrosienne, fol. 47), & jusque dans le Bréviaire actuel. Est-il nécessaire de faire remarquer l'intérêt qu'auraient toutes ces constatations au point de vue présent ? Un mot encore. Estce notre rouleau que viserait par hasard le Liber Pontificalis de Ravenne, dans ce passage de la notice de Maximien (546-556) : Edidit namque missales per totum circulum anni et sanclorum omnium, cotidianis namque et quadragesimalibus temporibus, vel quicquid ad Ecclesia ritum pertinet, omnia ibi sine dubio invenietis; grande volumen mire exaratum {Mon. Germ., SS. rer. langob., p. 332)? Le fait est que, si l'on connaissait des rouleaux d'Exsultet, on n'en connaissait pas encore d'euchologie, & M. Ceriani a raison d'appeler celui de Ravenne unique en son genre. Les seules oraisons dont il vient d'être question, prennent un développement de 3m6o de long, sur om 19 de large, à raison de deux ou trois mots, en onciale de 6 à 7 millimètres, par ligne; il est facile, d'après cela, de se figurer véritablement grande tout le volumen, si toutefois, — timide insinuation, — le rouleau de Ravenne & celui de Maximien, ne font qu'un. Celui-ci n'était plus à Ravenne, mais à Rome, au moment (ixe siècle) où Agnelli en parle (loc. cit.). Marinien (595-606) l'aurait-il communiqué à saint Grégoire, son ami, pour la réforme de la liturgie romaine, qui, décidément, 40 ans avant lui, aurait encore présenté quelques traits gallicans? (1) Rendiconti del R. Istituto Lombardo di Science e lett., série II, vol. xxxi. 1898.

l'antiphonaire ambrosien i8j

entrevue, lui aussi, quand il publiait en 1896 ses Quellen und Forschungen ç. Gesch... des Missale Romanum. Nous voyons (p. 377 & 318), qu'il n'a pas craint, lui non plus, de hasarder cette opinion, sans y insister toutefois, non plus que le Do&eur Mercati. L'idée, croyons-nous, a de l'avenir.

Saint Colomban, ou ses premiers disciples, ont évidemment puisé dans un répertoire qui n'était pas le Léonien, qui n'était ni le Gélasien, ni le Grégorien, ni rien de connu. C'était apparemment le répertoire usité dans le pays perdu des Apennins où il venait de se fixer. On y conservait sans doute de ces vieux formulaires romains, premières réformes d'un plus ancien déjà, réformes, dirions-nous, de A, de temps en temps accrues, nous venons de le voir, de messes telles que celle de saint Sigismond, mais où les plus récentes réformes, — saint Grégoire mourait à peine, — n'avaient pu parvenir encore.

Posée dans ces termes, la question que nous semblions avoir examinée jusqu'à présent au seul point de vue d'un problème de localisation, d'identification, dépasse de beaucoup l'intérêt de cette recherche. Au fond, ce qu'il y a d'essentiel ici, ce n'est pas tant la spécification géographique d'une région ou d'un lieu d'origine, de stationnement, que la prise de possession d'éléments chronologiques nouveaux, en même temps que la reconnaissance des diverses évolutions littéraires de l'euchologie latine.

Entre le document A, pris comme point de départ, & les divers points d'arrêt ou d'arrivée mozarabe, celtique, gallican, ambrosien, léonien, gélasien, grégorien, peut-on reconnaître des documents intermédiaires aujourd'hui perdus ? Ce n'est ni plus ni moins que le problème des diverses manipulations, compilations & recensions de l'euchologie romaine, qui revient sous cette forme. La découverte qu'il n'a pas été possible de recueillir jusqu'à présent par la voie des témoignages extrinsèques, on entrevoit qu'on peut l'obtenir maintenant par la voie des analyses & des comparaisons intrinsèques des monuments eux-mêmes, dans tous les détails comme dans tout l'ensemble de leur contenu.

C'est déjà une conquête précieuse que celle du prototype A, si rien ne vient la compromettre, & si, tout bien examiné, la critique l'accueille parmi les faits solidement acquis. L'éveil étant maintenant donné, il paraît assez naturel de se demander s'il ne faudrait pas voir dans la coïncidence du Bobiensis & du Missel de Stowe, sur le terrain de S (pages 139, 140, 141), l'avertissement qu'un nouveau recueil, un recueil X, reste à découvrir, où figureraient des messes telles que celle où nos deux manuscrits sont d'accord. Le manuscrit de Bobbio se trouvant être, paléographiquement, soit l'aîné, soit à tout le moins le contemporain des plus anciens manuscrits liturgiques latins actuellement connus, ne peut être considéré comme étant leur tributaire. En revanche, il faut bien admettre que, dans les messes où le Léonien, le Gélasien, le Grégorien ont avec lui quelque rapport incomplet, c'est-à-dire sur l'une ou l'autre formule seulement, de deux choses l'une : ou bien c'est qu'ils sont, eux, des tributaires, ou bien c'est que tous, les uns comme les autres, dépendent d'une recension inconnue, dont aucun manuscrit ne nous est parvenu, diversement modifiée & plus ou moins directement exploitée par chacun d'eux. C'est à la seconde hypothèse que nous nous rallions, mais avec cette concession, faite à la première, que le document S de Bobbio, considéré comme

dépendant partiellement de cet X, pour les parties qui manquaient au document A, nous aurait conservé, plus fidèlement qu'ailleurs, la teneur & l'ordonnance des messes ainsi empruntées. En d'autres termes, les messes de S, apographes en quelque sorte de l'X cherché, pourraient être traitées comme étant des fragments de l'original lui-même. Du moins on pourrait trouver, dans l'exactitude reconnue des rapports entre Stowe & Bobbio, deux précédents de nature à garantir que la persévérance constante de cet esprit conservateur ne s'est pas démentie (1).

Au surplus, pour ne pas demeurer dans l'abstraction, nous aurions, avant toutes choses, à considérer sous toutes leurs faces les relations ou l'absence de relations des dix-neuf messes qui constituent notre supplément. Ce n'est pas, en effet, au moyen de tel ou tel rapprochement fortuit, qu'on peut établir ici l'état de la question avec quelque sûreté. On ne fait plus grand fond aujourd'hui sur des résultats anecdotiques obtenus, ou plutôt rencontrés par les bonheurs faciles ou les procédés superficiels dont se contente la fantaisie de l'amateur. C'est méthodiquement, systématiquement, patiemment qu'il faut s'engager dans une semblable recherche. La littérature chrétienne ne nous offre rien de comparable au genre philologique qu'est celui de l'euchologie latine. C'est à la fois de la littérature pour le style & le cursus, de la diplomatique en quelque sorte, pour les protocoles & le dispositif sacramentel de certaines parties, de 1 epigraphie même pour l'impersonnalité, le peu d'étendue, le cercle d'idées lapidaires qu'affectent souvent les divers morceaux de ses répertoires, le tout avec une physionomie monumentale extrêmement mobile, une aptitude sans limites à entrer en composition dans une foule de petites constructions plus variées les unes que les autres. Il faut donc, tour à tour, appliquer à cette archéologie spéciale les diverses méthodes des sciences auxiliaires de l'histoire. Par-dessus tout, il faut la patience & l'attention observatrice constamment en éveil.

Les préliminaires de cette étude appartiennent de droit à l'édition nouvelle du Sacramentaire de Bobbio. 11 est donc superflu de développer plus longtemps ici ces considérations générales.

Nous nous arrêtons. S'il fallait jeter un coup d'oeil en arrière, nous éprouverions trop de confusion à revoir le nombre de questions que nous avons soulevées ou effleurées au cours de cet Avant-propos, ou plutôt au cours de ces propos interrompus. D'ailleurs nous avons déjà donné, à la page 113, un fil conducteur pour aider le lecteur à se diriger dans le labyrinthe qui s'étend jusque-là. Depuis lors nous n'avons guère fait que des battues dans les églises d'Irlande, d'Espagne, des Gaules & enfin d'Italie, suivant pour ainsi dire la trace de nos Celtes sur tous les chemins, pour essayer d'en retrouver l'itinéraire & de marquer les étapes historiques de ce qu'on pourrait appeler les aventures du plus ancien Sacramentaire romain. Que si l'on nous demandait en quoi tout ce que nous avons écrit sur cette question des rapports entre les diverses liturgies latines peut intéresser Pantiphonaire ambrosien, nous répondrions que la question est exactement la même d'un côté comme de l'autre. Nous

(1) Ceci soit dit, toute réserve faite des circonstances où le Bobiensis aurait cru bon de se donner des textes exclusivement propres à son usage, ce qu'il faut toujours, croyons-nous, soigneusement observer partout & à toutes les époques de la liturgie.

annoncions au début, page 38, que si nous avions, avant d'aborder cette étude, des préjugés, ce n'étaient pas des préjugés grecs, mais des préjugés latins. Nous avons justifié, croyonsnous, dans une mesure convenable, la persuasion où nous sommes de l'identité des diverses liturgies latines.

L'étude de la liturgie ambrosienne, on en conviendra, doit nécessairement précéder celle de son répertoire musical. Or cette liturgie ne nous apparaît plus, dans notre système, que comme une stratification d'un état donné de cette liturgie latine unique & continuellement progressive. Si nous nous sommes attachés presque exclusivement, dans cette première prise de possession du sujet, au Sacramentaire de Bobbio, le motif doit en sauter aux yeux, à ce qu'il semble. Aucun document n'est comparable à celui-là, pour nous renseigner sur les origines & les premiers développements de la liturgie dominicale, de la liturgie quotidienne, de la liturgie cardinale, c'est-à-dire propre aux grandes périodes christologiques de l'Avent, de la Théophanie, du Carême & du Temps pascal, de la liturgie des saints ou encéniale, de la liturgie votive, en même temps que sur certains points d'histoire euchologique, tels que la question des Postcommunions.

Nous avons touché, un peu pêle-mêle & à l'aventure, chacun de ces points & plusieurs autres, au fur & à mesure que l'occasion s'en présentait. On aura remarqué notre insistance à revenir sur le sujet de la Postcommunion. Ce n'est pas sans une arrière-pensée, & l'on en peut pressentir l'intention, si l'on veut bien se rappeler les développements avec lesquels nous avons étudié au passage le Transitorium ambrosien Te laudamus & le chant de la communion primitive. Les deux questions se tiennent.

Ceci n'est qu'un épisode, — & il nous y faudra revenir, — mais il est facile de voir à quel point il intéresse l'histoire de l'antiphonaire lui-même, de l'ambrosien comme du grégorien, de leurs origines, de leurs accroissements, de leur fixation. A priori ne voit-on pas se dessiner, avec le chant du Psaume 33 des Constitutions apostoliques, la période antiquissima dont la trilogie mozarabe : Ad confractionem, ad accedentes, Communio pourrait bien n'être pas fort éloignée ? Ne voit-on pas se détacher vaguement une période gallicane distincte, peut-être plus ancienne, avec l'unique (?) antiphona psalmodique dont VExpositio missœ gallicanœ de saint Germain dit qu'elle accompagnait lafractio, comme l'est, dans la période ambrosienne, le Confractorium suivi peu après du Transitorium? Ne voit-on pas, au milieu de tout cela, non pas une période, mais des influences byzantines passagères & secondaires, s'exerçant on ne sait trop comment, mais laissant des traces telles que le tropaire toû Aekvou o-oû toû puoraoû du Jeudi Saint (ci-dessus, page 12), d'autres encore, &, par exemple le Aeû« Xaol, Vcnite popitli, de Pâques, aussi bien dans l'ambrosien, qui s'en est fait un Transitorium, que dans certains manuscrits romains qui l'inscrivent : infractione(i), la liturgie romaine nous apparaissant ainsi comme ayant eu, peut-être après le déplacement

(1) Nous réservons à un vétéran des études musicales ambrosiennes, M. Stephen Morelot, le soin de faire part lui-même au public des renseignements par lesquels il voudrait compléter son étude de la Revue de Danjou. (1847, tome III, p. 93 & s. Cf. même Revue IV, 1854. p. 32 & s.) Tout l'article est à lire. Personne n'avait encore parlé alors avec cette compétence & ce sens critique, des matières passablement difficiles qui y sont abordées.

de \afraflio par saint Grégoire, mais avant X Agnus Dei de Sergius, son chant de fraftio, comme le mozarabe, le gallican, l'ambrosien. Ne voit-on pas enfin, mais alors très nettement, apparaître la période grégorienne, avec son système de Communions de Carême, &c?

Était-il indifférent de soulever, sur le terrain de l'euchologie, des problèmes qui, résolus dans le sens où nous nous dirigeons, se retrouvent identiquement les mêmes sur le terrain de la psalmodie, & nous laissent entrevoir des solutions analogues & des périodes semblables : antique, gallicane & mozarabe (i), ambrosienne, grégorienne?

Quant à l'intérêt immédiat ou pratique de l'étude même, que nous avons entreprise, de l'Antiphonaire ambrosien, n'est-il pas superflu d'en parler? La reproduction du manuscrit de Londres, & la traduction que nous en publions en même temps, sont assez éloquentes, aux yeux de quiconque en voudra prendre sérieusement connaissance, pour justifier à elles seules un pareil travail. Mais nous n'avons pas à refaire l'article de M. Morelot, que nous venons de rappeler fort opportunément en note. Cet archéologue avisé s'était persuadé, longtemps avant nous — & les musicologues peuvent l'en croire, — de l'indispensable nécessité d'analyser comparativement les chants des diverses liturgies, (surtout quand les textes sont les mêmes & les thèmes musicaux analogues,) pour acquérir une science éprouvée de l'économie des mélodies grégoriennes, pour arriver même à en dégager le caractère spécifique, le génie propre, l'originalité constitutive. La suite de nos études ambrosiennes, nous pouvons le dire sans présomption, ne peut donc manquer d'éclairer, pour sa part, d'un jour nouveau les questions auxquelles est plus directement intéressé l'Antiphonaire grégorien.

Au reste, d'une façon beaucoup plus générale, il semble que ce soit la mission de la grande Église des Ambroise & des Borromée, de nous conserver, au milieu des autres Églises d'Occident, l'intelligence des origines, des rits & des institutions qui furent nôtres, en maintenant toujours vivant, c'est-à-dire en action, chez elle, ce qui n'est plus qu'un passé plus ou moins inconnu, chez nous.

C'est en même temps, pour l'histoire liturgique, une vraie bonne fortune, — bien rare en archéologie, — que nous soyons par là si facilement à même de commenter, par l'expérience & la vue des choses en plein exercice, les révélations que nous apportent les textes arrachés péniblement aux vieux auteurs.

Que, par exemple, Yexpositio missœ gallicanœ , de saint Germain, nous parle de la substitution des gesta sanftorum, in solemnitatibus eorum, à la première des trois lectures scripturaires de la Messe (Martène, Thés. nov. anecd. t. v, vol. 92);

(1) La Paléographie musicale a déjà parlé du Sitientes mozarabe & du Sitientes romain, au tome Ier. Ce n'est pas en ce moment qu'il peut être question d'aborder d'autres détails. — Achevons seulement de réhabiliter les documents purement euchologiques, même gallicans, aux yeux des musicologues impatients d'entendre parler du chant grégorien. Voici ce qu'ils pourront lire dans Xhnmolatio missœ de la messe de saint Laurent, dans le Missale Gothicum de Tommasi :

...Cufus vocem per hymnidicum modolamini Psalmi audivimus (sur la portée de cette expression, voir ci-dessus, page 31, paragraphe 2e, ce qui est dit du psaume responsorial chanté à l'ambon, comme le Graduel) canentis atque dicentis : Probasti cor meum Dcus et visitasti notle, id est in tenebris saeculi : igné me examinasti; et non est inventa ni me iniquitas. Sur quoi l'on ne peut que souscrire à la réflexion de Mabillon : Hic ergo versiculus tunc infesta S. Laurentii uti nunc, canebatur in Ordine gallicano. {De Liturgia Gallicana..., p. 277).

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que l'on puisse tirer de deux ou trois citations de saint Grégoire de Tours, des attestations semblables ( 1 ) ;

que pareille induction, pour l'Espagne, sorte naturellement de ce passage de la vie de saint Emilien par Braulion de Sarragosse : « libcllum de ejus santli vita brevetn conscripsi, ut possit in missœ ejus celebratione quantocius legi », (Migne, Pat. lat., t. lxxx. S. Braulionis, Vita S. /Emiliani, col. 701, n° 2);

que Paul & Gebeard, écrivant au prêtre Martin, custode du trésor de saint Ambroise, nous laissent entrevoir la permanence d'un pareil usage à Milan, au xie siècle « nom gestis sanclorum quœ missarum celebrationibus apud vos interponi soient, non indigemus (2) » ; c'est fort bien, mais, pour nous tous tant que nous sommes, que tout cela est donc loin ! & que c'était déjà loin au xie siècle, & même au ixe, quand Charles le Chauve s'en voulait donner le spectacle à Tolède par curiosité ! Et combien, sortant d'une conférence qu'on leur aurait faite là-dessus, s'en reviendraient en disant : Après tout, c'est bien possible (j).

A la bonne heure! mais qu'en plein xixe siècle, au milieu des pompes incomparables de la merveilleuse cathédrale élevée sur les ruines de sainte Thècle, dans le cadre animé de tous ces dignitaires du haut & bas chœur, de tous ces ministres de l'autel, demeurés en possession de l'étiquette & des dénominations du passé, comme ils le sont, jusque dans la vie privée, de la cité capitulaire commune à tous; — qu'en l'an de grâce 1895, un matin du 23 septembre, un voyageur, sachant qu'il est sur l'emplacement de l'antique basilica œstivalis, Sanclœ Theclœ, ayant pris d'ailleurs connaissance au préalable du Missel ambrosien, qui ne lui laisse entrevoir rien de ce qui se prépare, non plus qu'aucun vieux légionnaire manuscrit, entende tout à coup la voix du lecteur s'élever éclatante à l'ambon des vieux jours, à cet ambon septentrional où viendront successivement & le chantre entonner le Psalmellus, & le sous-diacre hebdomadaire dire son Épître, & le Diaconus cardinalis avec son Evangile, précédé du verset alléluiatique & suivi de Yantiphona post evangelium, que notre voyageur, au lieu de la lecture scripturaire habituelle, sur laquelle il compte, entende, disons-nous, le lecteur prononcer solennellement, (à la messe, encore une fois), ce début absolument inopiné :

1 1 Passi- 0 be- a-tissimae Virgi-nis & Marty-ris Teclas.

(1) Dies passionis erat Policarpi martyris magni & in Ricomagensi vico civitatis Arvernas ejus solemnia celebrabantur. LeEla igitur passione cum reliquis leiftionibus, quas canon sacerdotalis invexit, tempus ad sacrificium offerendum advenif (lib. De gloria martyrum, éd. Krusch, Mon. Germ., SS. R. Meroving. I. 545, 34). — Denique sacerdotibus qui advenerant ad agenda solemnia procedentibus, cum leclor, cui legendi erat officium , advenisset, & arrepto libro, vitam santli cœpisset légère confessoris... (lib. II. De virtutibus S. Martini, ibid. , p. 626, n° 49.)

(2) Mus. ital. t. I, II p., p. 97.

(3) Mabillon lui-même, se trouvant, dans le Légionnaire de Luxeuil {De lit. Gallicana, lib. II, p. 159), en présence de la Passion des SS. Apôtres Pierre & Paul, donnée comme ledure préalable à l'Epitre & à l'Évangile, n'est pas autrement sûr du fait. Il dit : Videtur loco primae leclionis recitata fuisse Passio Apostolorum. nisidicatur recitata ad Matutinum...

que, dressant l'oreille à cette résurrection bien imprévue des vieux rites, notre voyageur entende encore le lecteur poursuivre sa légende &, parvenu au terme, achever sur cette finale triomphante :

Régnante domi-no nostro Je-su Christo eu- i est honor & glo-ri- a in saecu-la sa?cu-

lo-rum amen.

se figure-t-on la puissance de réalité, l'intensité de vie que projette, à ses yeux, sur l'archéologie de tout à l'heure, cette soudaine évocation du passé, cette dramatique apparition en pleine lumière, dans la pleine lumière du présent, de toute une civilisation liturgique qu'il croyait bien détruite & à jamais perdue ?

Ce que nous pouvons dire, c'est qu'on emporte de là, nous ne savons quelle leçon de choses non seulement vécues, mais qui, dès ce moment, entrent dans la vie, lui communiquent quelque chose du tempérament de l'époque, la placent dans l'atmosphère du temps, bref ressuscitent les circonstances & les milieux sans lesquels les vieilles institutions liturgiques demeurent lettre morte, langue morte, des ruines.

C'est donc une bonne fortune, encore une fois, pour l'archéologue, mais aussi, qui ne le voit, c'est un danger. Quand il s'agit d'un sujet bien & dûment archaïque, irrémédiablement tombé dans le domaine de l'archéologie pure, la personne est morte & n'est plus là pour se défendre ; il est moins périlleux d'en parler à distance, puisque, après tout, l'on ne peut pas faire autrement; on n'a pas à s'en prendre à l'écrivain si, d'aventure, la vérité se trouve être, elle aussi... à distance. Mais quand la personne est là, tout près de nous, pleine de vie, qu'elle a des témoins, disposés à réclamer certainement en son nom, si l'on s'exprimait inexactement sur son compte, c'est véritablement, pour un étranger, l'écueil auquel se heurtera toujours son incompétence née, vis-à-vis de ceux qui appartiennent au foyer & à la famille dont on prétend parler.

Mais nous n'avons pas à revenir sur les précautions prises à cet égard dès le début de cet Avant-propos. Les encouragements & l'indulgence qui ont affermi nos premiers pas ne nous feront pas défaut, nous en avons l'assurance, pour la suite d'un travail qui, définitivement, est tout à l'honneur de l'Église de Milan , puisque c'est son incomparable fidélité qui le rend possible.

1633. — Solesmes, Sarthe. Imprimerie Saint-Pierre. Janvier ii

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