‹ Paléographie musicaleChapitre 5 sur 60 · V. ta- sti Fi- li- us et De- us me · texte numérisé non relu

V. ta- sti Fi- li- us et De- us me

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A. va- sti Fi- li- us et De- us ine- us

(i) A = le manuscrit ambrosien ; V = le manuscrit des Archives île Saint-Pierre ; X = la version dont nous n'avons pas le témoin déterminé.

cette méthode est à peu près toute la raison d'être & la devise : Res, non verba. Il faut se résigner à l'aridité de ce genre d'investigations, si l'on veut arriver à se rendre enfin un compte exact de ce qu'on peut tirer des documents liturgiques eux-mêmes, pour leur histoire & celle de la liturgie à laquelle ils appartiennent.

Nous pénétrons donc dans l'Antiphonaire ambrosien comme on pénétrerait dans une catacombe nouvellement découverte, & nous y pénétrons en même temps que le lecteur, faisant en quelque sorte table rase de ce que nous avons à dire, du plan que nous nous sommes assigné, des conclusions que nous possédons d'ores & déjà, ne nous réservant d'autre avantage que celui d'avoir déjà pris connaissance des lieux & reconnu les principales artères.

La marche à suivre qui, dès lors, s'offre le plus naturellement est celle-ci :

Relever, étiqueter, classer chacun des textes de l'Antiphonaire, comme on ferait des monuments épigraphiques ou iconographiques de la catacombe à étudier, c'est-à-dire, au cas particulier, noter soigneusement & grouper ensemble dans un inventaire statistique, sous autant de catégories :

i° les textes empruntés aux Livres saints, & se rapportant :

A. à la Psalmodie,

B. aux Lectures liturgiques : a. de l'Ancien Testament,

b. des Évangiles,

c. des autres livres du Nouveau Testament ; 2° les textes empruntés aux livres apocryphes ;

3° les textes empruntés aux Actes des saints & Passions des martyrs ;

4° les textes de style ecclésiastique :a. de composition latine

b. de composition grecque ou autre, traduits en latin.

Il est bien entendu que, fidèles à notre méthode comparative, nous aurons soin de noter, pour chaque catégorie, les pièces des autres liturgies qui se trouveraient en concordance, comme aussi de rapprocher des versions anté-hieronymiennes les textes bibliques usités de part & d'autre.

Un inventaire analogue exécuté sur les mélodies, sans nous donner des indications de sources aussi obvies, nous fournira cependant une classification dont il y aura certainement à tenir compte dans la recherche des origines & des genres.

Ce n'est encore là, du reste, qu'un premier travail de déblaiement.

S'il y a intérêt, au point de vue topographique & chronologique, à étudier dans quels rapports peuvent être, individuellement, tels & tels morceaux avec telle ou telle version des Livres saints, tels ou tels Actes des martyrs, tel ou tel mélode, & dans quelle dépendance tout cela peut être respectivement de la première apparition du Liber Comitis, de la distribution liturgique des lectures, du décret de Gélase, du Calendrier, &c. ; s'il y a intérêt à étudier ces diverses circonstances non seulement dans l'Antiphonaire ambrosien, mais par voie de confrontation de cet Antiphonaire & des Antiphonaires romain, monastique, mozarabe, ou recueils variés des autres liturgies, il ne sera pas moins intéressant & fructueux

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de prendre garde aux séries, nous allions dire à Y appareil architecfonique formé par la juxtaposition des morceaux d'un même office, ou des morceaux de divers offices aux mêmes endroits, c'est-à-dire, d'examiner successivement les divers groupements auxquels ils se rapportent ou bien ont pu se rapporter, les économies cycliques ou rituelles qui ont motivé leur insertion ici & là, les hiatus, les lacunes, les suppressions, les additions, intercalations, superfétations mises à nu par la restitution des appareils primitifs.

Une question qui peut être singulièrement éclairée par toutes ces recherches de détail, c'est celle des origines & des développements successifs de la psalmodie, & particulièrement du rapport que soutiennent avec les formes primitives, à travers la variété & la multiplicité des nomenclatures, les pièces de chant des diverses liturgies tant occidentales qu'orientales.

Sans déprécier les travaux antérieurs tels que ceux du bienheureux cardinal Tommasi, dont les préfaces aussi condensées que modestes à l'Antiphonaire & au Responsorial romains sont encore l'étude la plus consciencieuse & la plus solide qui ait été faite sur la matière, & demeureront vraisemblablement définitives dans les limites où s'est renfermé le docfe théatin, il serait cependant à souhaiter que le sujet fût rajeuni & surtout élargi, examiné sous des angles nouveaux. Il y a là un point d'histoire ecclésiastique, il ne faut pas dire mal exploré, ce serait injuste, mais où Ton piétine un peu sur place. L'occasion de sortir des sentiers battus où se sont contentés de marcher l'un derrière l'autre le plus grand nombre des écrivains qui, depuis le XVIIe siècle, ont touché ces lieux communs de la liturgie, l'occasion, disons- nous, d'engager l'histoire de la psalmodie dans une voie nouvelle & plus féconde, semble tout indiquée en tête d'une édition archéologique de l'Antiphonaire ambrosien.

C'est en effet dans la vie de saint Ambroise par son notaire, Paulin, que nous lisons ce texte rebattu mais jamais épuisé : Hoe in tempore primum antiphonœ, hymnique ac vigiliœ celebrari cœperunt, cujits celebritatis devotio usquc in bodiernum diem non solum in eadem ecelesia (Mediolanensi), veritm per omnes pêne Oeeidentis provineias manet. (Vita S. Ambrosii a Paulino ejns notario ad B. Augustinum conscripta. (Migne, P. L., t. XIV, )\.)

A coup sûr, l'opportunité d'un travail de rénovation de la docfrine historique touchant la psalmodie est toute soulignée par notre publication même & le centenaire de saint Ambroise. Mais nous ne visons nullement à écrire, du moins en ce moment, une pareille histoire. Par son importance autant que par son étendue, c'est un sujet qui veut être traité à part & à l'aise, & qui doit au surplus prendre rang nécessairement après nos statistiques.

Simplement nous proposons qu'on y regarde de plus près, qu'on senquière surtout avec plus de curiosité & de pénétration de la genèse des différents systèmes psalmodiques, de leur nature primitive, de leur répartition géographique, de leurs développements, réductions, déviations, &c.

Il n'y a pas jusqu'au caractère & au genre mélodiques de l'ancienne psalmodie qu'on ne puisse parvenir à discerner plus nettement, rien qu'en prêtant une attention plus pénétrante & plus curieusement mise en éveil sur des textes connus d'ailleurs, mais peu ou point étudiés à ce point de vue. A coup sûr des documents techniques contemporains feraient

bien mieux notre affaire. N'ayant pas nos fouilles de Delphes pour nous en procurer les fragments, force nous est bien de nous contenter des obiter dicla. Nous croyons, encore une fois, qu'on peut avancer d'un pas dans cette direction.

Bornons-nous à ce qui concerne la mélodie psalmique milanaise. Ce que nous allons essayer d'en découvrir ne relevant pas de la méthode rigoureuse de nos autres travaux , ne saurait mieux trouver sa place que dans ces considérations préliminaires. On nous permettra, pour cette fois, de nous contenter de la méthode conjecturale.

Commençons par rapporter quelques textes de saint Augustin qui peuvent contribuer au but que nous nous proposons. En matière de psalmodie, le témoignage de saint Augustin peut sans doute équivaloir à un témoignage milanais. Au reste, le saint docteur va nous fournir lui-même, un peu plus loin, le trait d'union qui le rattache à l'Église ambrosienne sur ce point. Nous prenons nos premiers textes de ceux des sermons prononcés par l'évêque d'Hippone pendant la première partie de la messe, dite des catéchumènes, après l'évangile.

De divinis leclionibus quod Dominas admonere dignatur intenti audite, fratres, Mo dante, me ministrante. Primam lectionem audivimus Apostoli : Fidelis sermo et omni acceptione dignus, &c. Hoc de Apostolica leclione percepimus (l'épître). Deinde cantavimus psalmum (le psaume chanté sur les degrés, de la manière responsoriale, si souvent mentionnée dans les Enarrationes) exhortantes nos invicem, una voce, uno corde dkentes : Venite adoremus, &c. Post h/ec evangelica lectio dccem leprosos mundatos nobis ostendit, &c. Has très lectiones, quantum pro tempore possumus , pertraclcmus. (Sermo 176, Migne, P. L., t. XXXVIII, col. 950.)

Lectiones sanclœ propositœ sunt quas audiamus, et de quibus aliquid scrmonis, adjuvante Domino, proferamus. In lectione apostolica graiia- aguutur Deo de fide gentium, utique ideo quia ipse fecit... in psalmo dicimus : Deus virtutum couverte nos et ostende faciem tuam et salvicrimus; — in evangelio aa 'cœnamvocati su 'mus, &c. (Serm. cxn, Migne, P. L., t. XXXVIII, col. 643.)

Divin/e lectiones omnes ita sibiconnecluntur tamquam una sit letlio, quia omnes ex uno ore procedunt. Audivimus apostolicam lectionem, et forte aliquem moveat quod ibi scriptum est : Secundum justitiam quœ ex lege est, qui fuerim sine querela. — Audi psalmum interiora dicentem : Tibisolipeccavi. — Audistis et evangelium istis lectionibus concorda re : Voluntas, inquit, Patris est ut quœ dédit mihi non pereant. (Sermo clxx, Migne, P. L., t. XXXVIII, col. 927.)

Inutile de multiplier ces citations. Il suffit de parcourir au hasard les sermons de saint Augustin pour en trouver à tout instant de semblables.

Nous apprenons ici plusieurs choses d'un certain intérêt liturgique, mais dont la plupart ont été relevées. Contentons-nous de signaler quelques points qui nous touchent de plus près.

D'abord il s'agit d'un chant responsorial : Psalmum audivimus... Psalmum cantavimus. Ces deux expressions sont corrélatives dans saint Augustin, qui emploie indifféremment l'une ou l'autre. Elles supposent l'alternance de l'assemblée avec un lefteur qui lui chante premièrement les versets qu'elle doit répéter, respondere. Nous avons des attestations de cet usage à chaque page, pour ainsi dire, des Enarrationes du saint docteur, v. g. : Brevis psalmiis

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est et valde utilis (119) qiiem modo nobis cantatum audivimus et cantando respondimus (Migne, t. XXXVII, col. 1596); & : Primo quod legenti respondentes cantavimus quanquam de medio psalmi (40) sit, bine tamen sermonis ducamus exordium. (Migne, P. L., t. XXXVI, col. 453.) Le lecteur chantait d'après le codex qu'il avait sous les yeux, legenti, & le peuple reprenait ce chant, respondentes cantavimus.

Or, le lieu d'où le lecteur s'adressait au peuple soit pour les lectures, soit pour le psaume responsorial, était l'ambon. On connaît la touchante histoire, rapportée par Victor de Vite (De persec. Wandal., lib. I. Migne, P. L., t. LVIII, col. 197), de ce lecteur atteint d'une flèche à la gorge au moment où il entonnait l'alléluia sur les degrés de l'ambon, le jour de Pâques. C'était l'alléluia qu'il était d'usage d'ajouter au psaume responsorial durant le temps pascal, & qui se retrouve dans le verset alléluiatique de la messe : Quodam tempore paschalis solemnitas agebatur... Et tune forte audiente et canente populo Dei, leclor tinus, pulpito sistens, alleluiaticum melos canebat. Quo tempore sagitta in gutture jaculatus, cadente de manibus codice, mortuus post cecidit ipse.

D'autre part, nous voyons que le psalmus des textes visés prend place entre la lecture de l'épître & celle de l'évangile. C'est également entre les lectures de la messe que nous rencontrons le psalmellus ambrosien & la psallenda mozarabe, qui trahissent ainsi, jusque dans leur nom, leur origine & la permanence de leur fonction. Si l'idée de la psalmodie s'attache moins à notre terme romain de graduel, il est connu que la fonction de celui-ci, comme sa position, doivent être identifiés sans hésitation avec la fonction liturgique & la position du psalmus africain. C'était un psaume chanté sur les degrés (gradus, gradale) de l'ambon par un lecteur, suivant la forme responsoriale (responsorium), d'où la mention, fréquente au moyen âge, du responsorium graduale, & le sigle $.c. de nos manuscrits. Il est plus difficile de retrouver le même lien, pourtant réel, sous le vocable qui a prévalu chez les Grecs, pour désigner cette psalmodie, rcpoxeif/.evov 'AtootôXou.

Tommasi croit que le 4. graduel était autrefois un psaume tout entier. Indépendamment de la preuve implicite que renferment à cet égard les textes de saint Augustin & qui paraît on ne peut plus claire, l'usage actuel n'a pas tellement -rompu avec cette haute antiquité qu'on n'y retrouve encore des traces profondes de l'usage primitif. Il n'est pas invraisemblable que les versets du psaume 1 17 répartis aujourd'hui (sur un thème mélodique d'ailleurs le même pour tous), entre chacun des jours de l'octave paschale, aient été jadis un psaume responsorial unique. Mais nous avons mieux que cela. C'est un psaume entier, le 90, qui se chante toujours au Ier dimanche de Carême, c'est une bonne partie du long psaume 21 qui se chante au dimanche des Rameaux. Il est vrai que ce n'est plus sous la forme responsoriale, mais sous celle du traclus, traclim, tout d'un trait (1), mais le traclus, à part cela, est ordonné tout aussi étroitement aux lectures que le psalmus responsorius. Quoi qu'il en soit, les expressions de saint Augustin : Psalmum audivimus, Psalmum can-

(1) Hoc differt inter responsorium, cui chorus respondet, & tradum cui nemo. (Amalaire, De ecclesiasticis officiis, lib. III, cap. xil. Migne. P. L., tom. CV, col. 1121.)

tavimus s'appliqueraient difficilement aux parties tronquées auxquelles sont réduits maintenant nos graduels. Au moins faut-il admettre que, s'il ne s'agit pas d'un psaume entier, la portion chantée par le lecteur & le peuple devait en être assez considérable pour constituer la valeur d'une leçon ordinaire & justifier les autres expressions de saint Augustin, où il parle du psaume comme étant l'une des trois lectures sur lesquelles il se propose de parler : Primant leclionem Apostoli... Deinde cantavimus psalmum... Post bœc evangelica leclio... has très lectiones pertraclemus.

Ces derniers mots nous amènent justement au point où nous voulions retenir l'attention, parce qu'ils peuvent nous servir à retrouver le caractère mélodique de cette psalmodie. C'est un chant. Nul doute sur ce point ; nos textes sont formels ; mais il n'est pas moins évident que c'est un chant d'une allure rythmique, assez libre & naturelle pour être qualifiée de lecture : Has très lecliones. Sans doute, l'idée que doit éveiller ici le terme de leclio vise aussi la présence du codex qui se trouvait sous les yeux du lecteur, par opposition aux reprises que le peuple faisait memoriter. Cependant l'idée secondaire du chant récitatif n'est pas exclue par là, tout au contraire, car le contexte marque une assimilation toute naturelle & obvie entre le récitatif de l'épître & de l'évangile & celui du psaume, en les confondant tous trois sous cette commune dénomination : Has très lecliones. Dans un autre prône (Sermo xlix, Migne, P. L., col. 320), saint Augustin dit encore : Lecliones sacras pïures cum recitarentur audivimus... cum ergo in ultimum sit situ m cvangelium recitatum. Le chant en question est donc un récitatif. Ne perdons pas de vue d'ailleurs que les lectures elles-mêmes des épîtres & des évangiles étaient des lectures chantées (1).

(i)Nous avons, dans les Ordines romani, un témoignage accusant assez bien cette analogie générique. Il s'agit de la dévolution au même lecleur, de la leçon & du traclus : « Deinde leclor exuit se planeta : ascendens in ambonem non pronuntiat, Leclio libri Genesis, sed inchoat ita, In principio fecit Deus ccelum et terrain. Nam & reliquat omnes sic inchoantur. In primis graeca legitur, deinde statim ab alio latina. » (Il y a ici une date. Cette liturgie bilingue nous reporterait assez longtemps avant Amalaire : « Sex lecliones, dit-il au livre premier, chapitre ierdu livre cité dans la note précédente, ab antiquis romanis graece & latine legebantur. qui mos apud Constantinopolitanum hodieque servatur. »)« Tune primum surgens Pontifex dicit Oremus, &diaconus, Fleclamusgen.ua, deinde, Levate : & datur oratio a Pontifice, & legitur leclio graece, Faclum est in vigilia matutina ; & ab ipso cantatur canticum hoc graece, Cantemus Domino. » Le terme de cantieum n'a rien qui doive arrêter ; il est pris dans un sens corrélatif à celui de psalmus. Par ailleurs, au point de vue du chant, il s'agit bien d'un traclus. Voir par exemple dans le Codex 339 de Saint-Gall, tome I de la Paléographie musicale. f° 104 du manuscrit ou planches 73 & 74. « Post haec ascendit alius & legit supradiclam leclionem latine. & canticum cantat suprascriptum latine. Deinde Pontifex surgens dicit : Oremus ; & diaconus ut supra, & datur oratio. Post haec legitur leclio graeca, appréhendent septem mulieres ; et ab ipso cantatur canticum graece, Vinea. Deinde ascendit alius légère suprascriptum latine; canticum latine cantat suprascriptum. Et Pontifex, Oremus. Diaconus ut supra : & iterum legitur leclio graece, Scripsit Moyscs canticum : & alius ascendens legit eam latine. Deinde Pontifex vel diaconus, ut supra. Post hoc cantatur psalmus, Sicut cervus, graece ; & alius ipsum psalmum latine. (Mabillon, Muséum Italicum, tome II, pag. 25, n°40 ; Migne, P. L., tome LXXVIII, col. 955.) L'étude du Leelionarius Missœ publié parTommasi suggère une observation qui corrobore celle-ci. Dans plusieurs des manuscrits employés pour cette publication par le bienheureux cardinal, le traclus fait absolument corps avec la leçon, ce qui ne l'empêche pas, bien entendu, d'avoir le chant propre au genre de psalmodie direclanée auquel il appartient. On y lit aussi parfois des rubriques de ce genre : « Leclio décima de Jona. In diebus illis faclum est verbum Domini, &c... Incipit cantare, &c. Oratio Jonce Prophetce. Clamavi de tribulatione, &c... Hic incipit légère in sono primo. Et dixit Dominus... Hic mutet sensus quasi leclio, Et faclum est verbum. » (Tommasi, Opp. V, 341.)

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Complétons ces données par un autre passage de saint Augustin, célèbre & souvent cité en littérature, mais dont on ne saisirait pas toute la portée si on ne le considérait, avec la curiosité de l'archéologue, dans son ensemble, & surtout dans le rapport liturgique qu'il peut servir à documenter. Au chapitre xxxm du livre X des Confessions, l'évêque d'Hippone expose un scrupule qui plusieurs fois agita son âme à propos du chant. Voici ce chapitre presque en entier (i).

« Les voluptés de l'oreille m'avaient captivé par des liens plus forts, mais vous les avez brisés ; vous m'avez délivré de cet esclavage. Cependant, je l'avoue, aux accents que vivifient vos paroles chantées par une voix douce et savante, je ne puis me défendre d'une certaine complaisance, impuissante toutefois à me retenir quand il me plaît de me retirer. Suaves mélodies, n'est-ce pas justice que, admises avec les saintes pensées qui sont leur âme, je leur fasse dans la mienne une place d'honneur? Mais j'ai peine à garder une juste mesure.

« Car il me semble que je leur accorde parfois plus qu'il ne convient, sentant que, par cette harmonie, les paroles sacrées pénètrent mon esprit d'une plus vive flamme d'amour ; & je vois que les affeftions de l'âme & leurs nuances variées retrouvent chacune sa note dans les modulations de la voix, & je ne sais quelle secrète sympathie qui les réveille. Mais le charme sensible, à qui il ne faut pas laisser le loisir d'énerver l'âme, me trompe souvent quand la sensation se lasse de marcher après la raison, & prétend autoriser de la faveur d'être admise à sa suite ses efforts pour la précéder & la conduire. C'est là que je pèche sans m'en apercevoir, mais bientôt je m'en aperçois.

« D'autres fois, un excès de précautions contre de telles surprises me jette dans un excès de rigidité & je voudrais éloigner de mon oreille & de l'église même ces touchantes harmonies, compagnes ordinaires des psaumes de David. Il me paraît alors plus sûr de s'en tenir à ce que j'ai souvent oui dire d'Athanase, évêque d'Alexandrie, qu'il les faisait réciter avec une légère inflexion de voix, plus semblable à une leclure qu'à un chant.

« Et cependant quand je me rappelle ces larmes que les chants de votre église me firent répandre aux premiers jours où je recouvrai la foi, & qu'aujourd'hui même je me sens encore ému, non de ces accents, mais des paroles modulées avec leur expression juste par une voix pure, je reconnais de nouveau toute futilité de cette institution. Ainsi je flotte entre le danger de l'agréable & l'expérience de l'utile, & j'incline plutôt, sans porter toutefois une décision irrévocable, au maintien du chant dans l'église, afin que le charme de l'oreille élève aux mouvements de la piété l'esprit trop faible encore. Mais pourtant, lorsqu'il m'arrive d'être moins touché du verset que du chant, c'est un péché, je l'avoue, qui mérite pénitence ; je voudrais alors ne pas entendre chanter. — Voilà où j'en suis, &c... »

Il faut croire que la décision vers laquelle inclinait saint Augustin devint plus ferme avec le temps. Au livre II de ses Rètraclations, chap. xi, parlant d'un livre contre Hilarus (qui nous serait probablement fort utile si l'éditeur viennois le retrouvait), il fait une allusion qui donne à penser que les diocèses voisins du sien s'étaient ouverts, peut-être à son exemple,

(i) Trad. Moreau, 3e édition, p. 417, Paris, 1854.

Paléographie V. 5

aux nouveaux chants, notamment à l'offertoire & à la communion : Inter hœc Hilarus quidam vit tfibunitius, laicits catholicus, nescio unde adversus Dei ministros, ut fieri assolet, irritatus morem qui tune esse apud Carthaginem cœpcrat, ut hymni ad altare dicerentur de psalmorum libro, sive ante oblationem, sive cum distribuerctur populo quod fuisset oblatam, maledica reprehensione , ubicumque poterat, lacerabat, asseyons fieri non oportere. Huie respondi, jubentibus fratribtis, et voeatur liber ipse, contra Hilarum. Hic liber sic incipit : Qui dieunt mentionem veteris testamenti. (Ed. des Bénédictins, I, 44.)

11 y aurait quelque intérêt à rapprocher ce passage d'un autre endroit où saint Augustin, répondant (vers 400) aux questions de Januarius (lettre 55e) & faisant allusion aux objurgations des donatistes, venge les institutions de l'Église & donne la mesure où l'on peut introduire légitimement plus ou moins d'art dans la pratique du chant à l'église. Mais le passage des Confessions que nous avons transcrit suffit à nous renseigner sur le caractère de la psalmodie usitée dès cette époque.

Ce n'était déjà plus cette simplicité du temps de saint Athanase que se prend à regretter Tévêque d'Hippone dans ses accès de sévérité. Ce n'était plus cette sobriété de modulation dans laquelle l'ami des Pères des déserts, ta ni modico flexu vocis faciebat sonare leclorem psalmi ut pronuntianti vicinior esset quant canenti (1). Non, c'était un ensemble de cantilènes qui supposaient un certain art de composition & d'exécution : Melos omne cantilenanun suaviuin quibus davidicum psalterium frequentatur . . . cum suavi et artificiosa voce cantantur.. . cum liquida voce et convenientissima modulatione cantantur. — C'était même une mélodie dont l'influence était assez puissante pour surprendre les impressions de saint Augustin : Dum rationem seusus non ita comitatur ui patienter sit posterior tantum, sed... prœcurrere ac ducere conatur ... accidit ut me amplius eau tus quant tes quee canitur moveat ; une mélodie riche & variée qui correspondait, en les excitant, aux sentiments les plus divers de l'âme : Et omnes affeclus nostri pro sua diversitate habere proprios modos in voce et in eau tu, quarum nescio qua occulta fa mi lia rit 'ate excitentur. Et cependant c'est une psalmodie : Quibus davidieum psalterium frequentatur ; & ces chants s'adaptent si parfaitement aux textes, ipsis seutentiis quibus vivunt, que les uns & les autres semblent se prêter un mutuel concours, ceux-ci donnant à ceux-là le sens & la vie : in sonis quos animant eloquia tua, pour en recevoir à leur tour une nouvelle onclion, & comme leur expression adéquate : convenientissima modulatione cantantur... Aliquando en im plus mihi videor honoris eis tribuere quant decet ; dum ipsis sanclis diclis religiosius et ardentius sentio moveri animos nostros in flammam pietatis cum ita cantantur quant si non ita cantarentur . Et enfin, leur allure toute naturelle, malgré cet art exquis, demeure assez simple pour provoquer les récriminations des donatistes. Finalement, saint Augustin les justifie par le souvenir du bien qu'ils faisaient à son âme alors qu'au premier temps de sa conversion il ne pouvait les entendre dans l'église de l'évêque Ambroise, sans en être ému jusqu'aux larmes : Verumtamen cum reminiscor lacrimas meas,

(1) Nous ne pouvons nous arrêter à la pensée que cet usage ait été dans certains cas celui de l'église de saint Augustin. Celui-ci ne connaissait la chose que par ouï-dire : « Quod de... Atbanasio scvpe dicluw mibi commemini. »

L ANTIPHONAIRE AMBROSIEN j ^

quasfudi ad cantus ecclesice in primordîis recuperatœ fidei meœ} et nuncipsumquodmoveor,

11011 cantu, scd rebits quce ea/itantur. cum liquida voce et convenientissima modulatione cautantur, magnant instituti bujus utilitatem rursus agnosco (i).

Voilà le trait d'union qui rattache le chant d'Hippone au chant milanais dont nous cherchons à nous représenter la physionomie native au temps où saint Augustin fréquentait l'église d'Ambroise. Ces derniers mots, en effet, nous conduisent à Milan &, par là, nous font toucher aux mélodies ambrosiennes ou grégoriennes, tellement on croirait en voir une description dans la fine & suave analyse que saint Augustin vient de nous donner de celles d'Afrique.

Voici le passage du livre IXe où se trouve développé le souvenir auquel l'association naturelle des idées, corrélative à celle des institutions, vient de reporter saint Augustin : « Quantum flevi in hymnis & canticis tuis suave sonantis ecclesiae tuae vocibus commotus acriter ! Voces illae influebant auribus meis & eliquabatur veritas in cor meum & exaestuabat inde affeclus pietatis, & currebant Iacrimae, & bene mihi erat cum eis. — VII. Non longe cœperat Mediolanensis ecclesia genus hoc consolationis & exhortationis celebrare magno studio fratrum concinentium vocibus & cordibus. Nimirum annus erat aut non multo amplius, cum Justina, Valentiniani régis pueri mater, hominem tuum Ambrosium persequeretur haeresis suas causa, qua fuerat seducla ab arrianis. Excubabat pi a plebs in ecclesia mori parata cum episcopo suo, servo tuo. Ibi mater mea, ancilla tua, sollicitudinis & vigiliarum primas partes tenens, orationibus vivebat. Nos adhuc frigidi a calore spiritus tui excitabamur tamen civitate adtonita atque turbata. Tune hymni et psalmi ut canerentur secuuduw morem oriental in ni partium, ne populiis mœroris tœdio coutabesceret, iiistitutiun est : ex illo in bodiernum reteiitum multis jam acpœne omnibus gre gibus tuis et per cetera orbis imitantibus. Tune memorato antistiti tuo per vîsum aperuisti, quo loco laterent martyrum corpora Protasi et Gervasi, unde opportune promeres ad cohercendam rabiem femineam, sed regiam. Cum enim prolata & effossa digno cum honore transferrentur ad ambrosianam basilicam... Quidam plures annos casais civis... impetravit admitti ut sudario tangeret feretrum pretiosœ in conspeclu tuo mortis sanclorum tuoruni... Inde illius inimicae animus etsi ad credendi sanitatem non applicatus, a persequendi tamen furore conpressus est. Gratias tibi, Deus meus ! unde & quo duxisti recordationem meam, ut hxc etiam confiterer tibi, quae magna oblitus praeterieram ? & tamen tune cum ita fragraret odor unguentorum tuorum, non currebamus post te; ideo plus flebam inter cantica hymnorum tuorum, olim suspirans tibi & tandem respirans (2). »

Saint Augustin, retrouvant ses souvenirs au fur & à mesure qu'il s'y laisse aller, vient de les préciser jusqu'à désigner lui-même la translation solennelle des reliques des saints Gervais & Protais à la basilique ambrosienne comme ayant marqué d'une façon particulièrement émouvante l'institution de la nouvelle psalmodie. On serait presque tenté de chercher dans les deux citations scripturaires faites à ce propos par saint Augustin (Ps. 115, &

(1) S. Aurel. Augustini Confessionum lib. X. cap. xxxm (50), p. 264. Ed. P. Knôll, Vindobonœ, 1896.

(2) Ibid., lib. IX, cap. vi-vn, p. 208-209.

Cant. i, )) comme une vague réminiscence de ce qu'il entendit alors chanter. Ainsi les mots : Cum ita fragraret odor unguentorum, nous reporteraient-ils à l'office des martyrs ? On y lit, en effet, parmi les psallendœ de la procession, celles-ci, la xxxme : Ecce odor sanctorum meorum tamquam odor agri pic ni ; la vme : Sancli tui... sicut odor Libani crunt ante te; la xe : Quanta virtus est santlorum martyrum, tanta salus crit occurrenti populo, quia odor potens in eis ut palma vicloriœ magna est per ipsos, &c. (i). L'autre texte paraît deux fois dans ce même office, sous forme d'antrenne à vêpres & de verset alléluiatique à la messe (2). On pourrait dire, il est vrai, que la rencontre est moins remarquable en ce qui le concerne, soit à raison de l'opportunité toute naturelle de son application, soit en raison de l'usage séculaire qui a consacré cette application. N'insistons pas.

L'ensemble des textes que nous venons d'alléguer provoque en tout cas l'archéologue étonné qu'on ne leur ait guère demandé ni fait rendre autre chose que l'acle de naissance de la psalmodie à deux chœurs. Précisément, ce serait à la rigueur l'allusion qui s'y trouve le moins. Qu'on nous permette de hasarder ici quelques idées que nous sommes les premiers à trouver aventurées. On a défini le paradoxe : une vérité inattendue. Peut-être est-il bon parfois de jeter au vent quelques paradoxes historiques, ne serait-ce que pour sortir de la routine & permettre de considérer certains objets sous des angles différents de celui sous lequel on s'est habitué à les voir. Eh bien, volontiers nous nous demanderions, à propos des textes de saint Augustin & de Paulin, si ce n'est pas plutôt l'atte de naissance de l'Antiphonaire ambrosien qui se cacherait là, in cunabulis : Primum antiphonœ, hymnique et Vigilia- celebrari cœperunt.

Ne serait-ce pas aussi le secret de l'étroite parenté qui unit cet Antiphonaire à l'Antiphonaire romain? « Cujus celebritatis devotio usque in hodiernum diem non solum in eadem ecclesia, verum per omnes pene Occidentis provincias manet. (Paulin, toc. cit.) Et ex illo in hodiernum retentum multis ac pene omnibus gregibus tuis & per oeteras orbis partes imitantibus (3). »

(1) Cod. Ambros.. T. 103 Sup. f" 147™.

(2) Pretiosa in conspetlu Doiuini mors sanélonim efus. Ibid.. f"s I45V0 & I47ï0-

(3) Il est curieux d'entendre, à deux siècles de distance, saint Grégoire parler du chant romain en des termes qui lui assignent les deux caractères qu'on a reconnus tout à l'heure à celui dont parlait saint Augustin. Le saint pape à la suite d'un concile tenu par lui, l'an 595, à Rome, s'élève contre une coutume abusive qui s'était introduite dans l'Église romaine, de maintenir dans leur fonction de chantres des clercs ordonnés d'abord pour cet office & postérieurement élevés au diaconat : ModuJationi vocis inserviunt quos ad prœdicatioiiis officium et eleemosynarum studium vacare congruebat. Il donne de sa protestation ce motif. « Unde fit plerumque ut ad sacrum ministerium dum blanda vox quaeritur. quéeri congrua vita negligatur, & cantor minister Deum moribus stimulet, cum populum vocibus delectat. » En conséquence il décrète : « Qua in re prœsenti decreto constituo ut in hac sede sacri altaris ministri cantare non debeant ; solumque evangelicœ leftionis officium inter missarum solemnia exsolvant : psalmos vero ac reliquas leâliones censeo per subdiaconos, vel, si nécessitas fuerit, per minores ordines exhiberi. Si quis autem contra hoc decretum meum venire tentaverit. anathema sit. » (Migne, P. L., t. LXXVII, col. 1335.)

Les trois conclusions qui naissent de cette lettre apostolique sont de tout point conformes à celles que vient de nous fournir l'analyse des textes de saint Augustin.

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Les Vigiliœ du notaire Paulin ne devraient-elles pas par hasard être identifiées avec les curieuses Vigiliœ de notre Codex Britannicus, tombées actuellement en désuétude ? « Excubabat pia plebs in ecclesia... Ibi mater mea... Vigiliarum primas partes tenens orationibus vivebat. >v (S. Augustin, /. c.) Hoc in tempore, primum antiphona? hymnique ac Vigiliae celebrari cœperunt (Paulin, /. c), ne populus taedio contabesceret (S. Aug.). » En outre, les deux & trois tiirmœ entre lesquelles se partage l'office nocturne, en nous rappelant la laus percnnis dont elles formaient la division, ne se rattacheraient-elles pas à ces excubiœ sacrœ du peuple d'Ambroise?

Les antiphonœ, les hyinui, ne seraient-ce pas aussi les longues séries affectées, dans les Antiphonaires milanais, à certaines fêtes, pour accompagner les litanies, c'est-à-dire les théories suppliantes ou triomphantes d'église en église, de station en station?

Ces sortes de théories litaniques, à ce moment même, s'établissaient partout en Orient, soit pour neutraliser la propagande arienne, soit pour conjurer les calamités publiques. En

En premier lieu, le chant de saint Grégoire, tout comme celui d'Hippone & de Milan, est composé avec assez d'art pour captiver l'attention, l'émotion du peuple, cum popithini vocibus déleftat, & requiert des qualités d'exécution spéciales. Par exemple, il y faut de belles voix, dum blanda vox quœritur. II y faut de l'exercice ; & le temps, le soin qu'on y consacrait, pouvaient être assez notables pour faire négliger aux diacres les fondions plus importantes de la prédication & de la distribution des aumônes, dont ils étaient chargés. Léchant de l'évangile n'exige pas toutes ces préparations artistiques ; que les diacres s'en tiennent là. cantarc non debeant, solumque evangelicœ leclionis ojficiwn inter missarum solemnia exsolvant. Quant aux autres chants, saint Grégoire les réserve aux clercs spécialement députés pour cet office. Eux seuls désormais modulations vocis inserviunt.

Observons toutefois en second lieu que. malgré les qualités requises pour leur exécution, ces chants sont tellement des récitatifs que le terme de leclio peut leur être appliqué comme aux ledures proprement dites, psalmos veto ac reliquas Iccliones.

Enfin n'y a-t-il pas une dernière remarque à faire sur l'expression générique, psalmos, qui suffit à saint Grégoire pour relater tout ce qui peut constituer l'office des chantres & l'objet de leur chant, indépendamment des leçons. Il n'y a donc pour lui que des psaumes à chanter, ou tout au moins des psalmodies. La force acquise de la tradition, ou plutôt sa permanence ininterrompue imposait d'elle-même cette expression qui répondait naturellement à l'idée qu'on se faisait alors de la nature & de l'objet du chant ecclésiastique. Saint Augustin parlant des cantilènes sacrées ne les applique non plus qu'au psautier, nous venons de le voir : Melos omne cantilenarum suar vium quibus davidicum psalterium fiequentatur.

La constatation de ce fait n'est pas indifférente. Elle sert à mieux nous représenter l'ensemble originel & l'économie fondamentale de la mélopée comme de la poésie liturgiques. C'est du reste un fait auquel on commence enfin à faire quelque attention. Nous le répétons, il faudra désormais tenir compte de plus en plus de l'ordre spécial d'idées & de l'inspiration liturgique dont relèvent avant tout la plupart des compositions lyriques de la littérature chrétienne. On doit se convaincre qu'il s'agit ici d'un génie propre à l'Eglise, & d'un génie qui marquait si profondément son empreinte dans les mœurs, que le caractère s'en retrouvait jusque dans les œuvres d'initiative privée. Tel le cantique par lequel saint «Méthodius termine son banquet des dix vierges (Migne, P. G., t. XVIII, p. 34, 207, 211). Méthodius appelle lui-même -|à).ao;, un psaume, le chant qu'il met sur les lèvres de sainte Thècle, & û-axo/,, l'intercalation responsoriale par laquelle les neuf autres vierges ses compagnes interviennent, en chantant en chœur, après chacun des vingt-quatre versets de ce psaume, disposés d'ailleurs alphabétiquement à l'imitation du modèle hébreu. La plupart du temps, l'hymnographie hérétique des premiers siècles affecte aussi la même forme & le même titre de psaumes, par exemple les quinze psaumes de la pénitence de la Pistis Sopbia, plusieurs cantiques du Codex Nazareus. les psaumes d'Apollinaire, &c. Mais ce n'est pas le lieu de développer tout cela. Nous aurons probablement à y revenir.

Orient,, saint Ephrem, Diodore, Flavien composaient de nouveaux chants & les apprenaient au peuple. En Orient était peut-être déjà pratiquée la laus perennis des Acémètes qu'on ne tardera pas à voir apparaître historiquement à Constantinople.

Et précisément, saint Augustin nous invite lui-même à aller chercher dans cet Orient le berceau de nouveaux rites, de nouvelles formes de cantiques & de nouveaux chants, secwidum moretn orientalium partium. C'est là que s'approvisionnait d'ailleurs, on l'a déjà remarqué, saint Ambroise. que le dofteur Harnack a pu, pour cela, rattacher récemment aux pères grecs (i).

Notre insistance à revenir en Grèce & en Orient va peut-être nous susciter un procès de tendance, en donnant à penser que c'est un parti pris chez nous de rattacher la liturgie ambrosienne à la liturgie grecque, & de dissimuler ce but où nous tendrions, sous couleur d'investigations faites au hasard & l'esprit libre. Rien pourtant ne serait moins fondé qu'une semblable accusation. Nous aurions, il est vrai, une tendance, mais cette tendance nous entraînerait dans un sens diamétralement contraire. Nous pouvons bien en convenir au début de ce travail, soit pour mettre loyalement le lefteur en garde contre les sollicitations de textes qui nous échapperaient inconsciemment, comme il arrive aux gens préoccupés d'une idée fixe, soit pour avoir l'occasion de livrer quelques-unes des règles de critique liturgique que nous nous sommes proposées dans nos études, & de dire, en finissant, notre pensée sur ces questions d'origine & de rapports des diverses liturgies latines.

D'abord, nous croyons que la question, étant complexe, a besoin d'être divisée & distinguée, si l'on veut s'entendre. Ici, la divergence des idées ne se serait-elle pas le plus souvent produite conséquemment à la divergence des points de vue exclusifs sous lesquels le sujet s'est présenté à l'attention? La question ou plutôt toutes les questions une fois posées, distinguées & coordonnées, bien des malentendus seraient dissipés très probablement.

Sans prétendre exercer nous-mêmes ce rôle de médiateur, ni même chercher à réunir toutes les données du problème, nous voudrions cependant y contribuer en proposant certaines observations qui ne paraîtront sans doute pas indifférentes à la poursuite de solutions plus solides & plus nettes.

L'un des premiers points à décider est celui-ci : Quelle idée se fait-on des caractères respectifs des diverses liturgies? en d'autres termes, quels sont les critères auxquels on reconnaît que des rites observés tant en Occident qu'en Orient sont plutôt orientaux qu'occidentaux? plutôt grecs que latins? Et, pour serrer la difficulté de plus près, — car la présence ou l'absence de tels ou tels rites étrangers dans une liturgie ne suffirait pas, après tout, à engendrer des distinctions fondamentales, — les éléments vraiment décisifs de classification ne devraient-ils pas être cherchés dans une direction plus large, c'est-à-dire, en prenant garde principalement aux grandes économies rituelles, à certains ensembles de développements, en un mot aux systèmes constitutifs plutôt qu'à des particularités même carac-

(i) Adolf Harnack , Gescb. der alcbrstl. Litteratur bis Euseb., Lpzg., Hinrisch, 1893, I. 1, p. lv, note 3.

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téristiques? Nous en sommes, pour notre part, absolument persuadés. Nous croyons que, posée dans ces termes, la question peut recevoir une solution des plus nettes & parfaitement obvie.

Philosophiquement, c'est du moins ainsi qu'on distinguerait les choses, par leurs éléments constitutifs. Historiquement, toutefois, il faudrait, au préalable, établir une autre distinction & prendre garde à ne pas confondre deux questions dont l'une ne dépend pas nécessairement de l'autre : l'origine des liturgies d'une part, &, d'autre part, la classification dont nous venons de parler. Cette classification n'ayant en vue que l'état adulte, ou, si l'on veut, l'aspect monumental des liturgies une fois construites, fait naturellement abstraction du point de savoir ce qui a précédé la construction dont elle s'occupe, quelles parties, quelles substruftions même d'un plan antérieur ont pu être utilisées. Elle peut les reconnaître, elle peut en tenir compte subsidiairement. Elle n'en fait pas dépendre la détermination des classes, pas plus que le style d'un monument n'est déterminé par les matériaux, les ornements, les détails qui y sont entrés accidentellement, mais par ses grandes lignes, par son plan, par son aspeft général. Le reste est affaire d'influence originelle, peut-être, à moins que ce ne soit l'effet de modifications successives. Le style vient d'ailleurs. De même encore, dans un autre ordre d'idées, il ne viendra jamais à l'esprit d'un philologue d'assigner au français une origine anglaise par le seul fait qu'on y rencontre un plus ou moins grand nombre de locutions & de formes anglaises plus ou moins acclimatées, fondues, assimilées dans l'organisme principal. Ainsi en va-t-il dans la matière dont nous nous occupons. Ce sont les organismes qu'il y faut considérer.

Pour expliquer immédiatement, par un exemple, jusqu'où nous conduirions à cet égard notre pensée, nous rangerions sans hésiter parmi les faits accidentels des circonstances comme celle de la position donnée à Vosatlum pacis, soit avant l'offrande, soit avant la communion, de même la place occupée par la récitation des noms & jusqu'à la teneur même de la formule employée pour la consécration. Nous ne nions pas l'importance de semblables données, la dernière surtout, pour attester le rapport originel de similitude ou de différenciation des liturgies entre elles. Nous nions que de tels faits, à eux seuls, définissent des liturgies.

Au surplus, l'une des préventions que nous serions tentés d'apporter dans cette étude, serait de considérer comme à peu près définitivement acquise, au moins dans ses vues principales, la thèse renouvelée par le D1 Probst (i) sur l'unité liturgique, ou plutôt sur l'absence

(i) Dr Ferdinand Frobst. Liturgie der drei ersten ebristlicben Jàhrbunderte, Tiibingen, 1870, in-8" de xn-419 pp. Déjà Renaudot avait consacré à la position développée de cette thèse un chapitre tout entier, le chapitre m de la Dissertatio de liturgiarum orientalium origine et auEtoritate, placée en tête de sa Liturgiarum orientalium colUftio. (Paris, 17 16, tome I, p. xvn, sqq.) Voici le titre du chapitre : « Ostènditur veteres liturgias graîcas & orientales cum latinis convenire & utrasque apostolicœ celebrandorum mysteriorum formas in pnecipuis capitibus respondere. » Les développements ne sont touchés que summatim & le tout tient dans sept ou huit pages. Le P. Lebrun a traité le même sujet d'une façon plus ample au tome VI de son Explication de la Messe, &c, Paris, 1728, dans la xne dissertation vers laquelle converge en résumé tout son ouvrage. Voici le titre de la dissertation : « Uniformité de toutes les liturgies du monde chrétien, dans ce qu'il y a d'essentiel au sacrifice. » p. 572 à 697.

de différenciation essentielle dans la discipline liturgique des diverses églises du monde romain aux trois premiers siècles. C'est du moins une conception scientifique qui se justifie aussi objectivement que possible, vu la rareté des témoignages latins. Cette donnée une fois admise, rien n'est plus naturel que d'y recourir pour expliquer, dans certaines liturgies latines, la présence, disons plutôt la permanence de plusieurs archaïsmes rituels, communs d'abord aux liturgies tant orientales qu'occidentales, mais abandonnés par les unes & conservés par les autres. Ce qui, normal en Orient, semble exceptionnel en Occident, peut fort bien n'être que le fait d'une fidélité exceptionnelle ici, constante là-bas à une tradition d'abord universelle. Cette explication, toutes choses pesées sans parti pris, nous semble définitivement aussi plausible, sinon plus, que celles où, d'une façon ou d'une autre, on s'est efforcé plusieurs fois de découvrir dans les faits dont il s'agit, la trace de filiations, de compénétrations, gratuitement affirmées d'ailleurs sous le bénéfice du silence des témoins. Il est juste de reconnaître, à côté de cela, que l'étude de certains développements, de certains organismes peut révéler a leur base telle ou telle circonstance rituelle primitivement incolore & à peine différenciée, devenue cependant très vive par le fait même de son extension. A la bonne heure. Mais à quel moment de tels faits commencent-ils à être caractéristiques? Poser cette question, c'est la résoudre. Une chose ne devient caractéristique que lorsqu'elle a . . . un caractère. Dès lors, le jugement à porter, le cas échéant, suivrait évidemment les conditions dans lesquelles ce cas se présenterait. Mais à dire vrai, nous nous demandons, malgré tout, si dans des questions de cette nature, il n'est pas plus prudent de suspendre toute conclusion dans un sens ou dans l'autre.

En revanche, & cette fois, nous prenons pied fermement sur un terrain de critique liturgique vraiment solide, quoi qu'il en puisse être de la permanence de rites primitivement universels ou dont l'accession se serait produite accidentellement, les circonstances historiques qui auraient mis, à un moment donné, même à l'origine, certaines églises d'Occident, par exemple, en contaft plus personnel avec des églises d'Orient, ne nous ont jamais paru constituer un motif suffisant de conclure à leur commune généalogie liturgique. Le système disciplinaire , — & c'est de la discipline que relèvent, en principale partie, les institutions rituelles, — ne saurait dépendre de circonstances aussi contingentes ou transitoires. C'est de la juridiction qu'il relève. Il doit suivre, cela est évident, les lois qui le rattachent à la hiérarchie territoriale dont il est l'organe. Nous ne parlons pas, bien entendu, des institutions ou des modifications de détail qui auraient pu s'introduire soit librement, soit abusivement,

Le Dr Probst a élargi & tout ensemble spécialisé la question, en la précisant, c'est-à-dire, en la restreignant exclusivement aux trois premiers siècles. Non seulement il l'a mise au point, mais on peut dire qu'il l'a épuisée. Il n'est guère possible de pousser plus loin la poursuite, le discernement & l'utilisation des moindres indices que fournissent à cet égard les écrits de la période dans laquelle M. Probst s'est volontairement renfermé. Aussi trouverait-on difficilement à glaner derrière lui, si ce n'est dans les écrits découverts depuis la date de son travail, des témoignages dont il n'aurait pas tiré parti. Plutôt pourrait-on regretter que, poussant à bout la sollicitation du document, quand il faisait défaut, il ait eu quelquefois recours à des exploitations de textes plus ingénieuses & subtiles, à coup sûr, que solides & concluantes.

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à la suite & sous l'influence des relations que nous visons en ce moment. Sous cette réserve, on pourrait aller jusqu'à décider à priori de la classification des liturgies d'après la géographie hiérarchique, tellement juridiction, discipline, liturgie sont choses étroitement liées & corrélatives.

On s'attend bien ici à nous voir citer la lettre de saint Innocent I à Decentius, évêque d'Eugubium (i). C'est un document capital, en effet, à ce point de vue. Le zèle même avec lequel le pontife s'élève contre les libertés abusives qu'avaient prises dans le ressort du patriarchat d'Occident certaines églises qu'il veut qu'on lui dénonce ou qu'on rappelle au droit (2). le scandale des peuples déconcertés par les innovations irrégulières (j), & jusqu'à la nature de ces innovations, loin d'infirmer, comme on pourrait le croire, la sûreté du principe dont nous nous ferions volontiers un instrument critique, nous paraît en consacrer au contraire l'objectivité de la façon la plus authentique, la plus nette & la plus précise ; la plus authentique, puisqu'il s'agit d'un afte émanant de l'autorité compétente elle-même ; la plus nette, puisque ce n'est du commencement à la fin, en quelque sorte, qu'une revendication on ne peut plus catégorique de primauté méconnue sur le terrain liturgique, un rappel formel à l'obligation de l'unité traditionnelle sur ce point ; la plus précise enfin, tant par l'énumération faite des églises sur lesquelles le siège apostolique exerçait ainsi ses droits (4), que par la spécification des griefs relevés, des abus réprimés par sa vigilance (5).

(1) Migne, P. L., t. XX, col. 551, seq.

(2) « Aut commoneas, aut indicare non différas, ut scire valeamus qui sint, qui aut novitates inducunt aut alterius ecclesise quam romanae existimant consuetudinem esse servandam. » (Loc. cit., col. 553, n° 3.)

(3) « Dum unusquisque non quod traditum est, sed quod sibi visum fuerit hoc œstimat esse tenendum, inde diversa in diversis locis vel ecclesiis aut teneri, aut celebrari videntur, ac fit scandalum populis qui, dum nesciunt traditiones antiquas humana prœsumptione corruptas, putant sibi aut Ecclesias non convenire, aut ab apostolis vel apostolicis viris contrarietatem induftam. » (Loc. cit., col. 552, n° 1.)

(4) « Quis enim nesciat aut non advertat id quod a principe apostolorum Petro romanae Ecclesiae traditum est ac nunc usque custoditur, ab omnibus debere servari, ne superinduci aut introduci aliquid quod audtoritatem non habeat aut aliunde accipere videatur exemplum. prœsertim cum sit manifestum in omnem Ilaliarn, Galliam, Hispanias , Africain, atque Siciliam, insulasque interjaccntes, nullum instituisse ecclesias, nisi eos quos venerabilis apostolus Petrus aut ejus successores constituerunt sacerdotes. »

(5) Voici les passages de cette lettre qui ont trait plus directement à notre observation : « Si les prêtres du Seigneur, dit saint Innocent, voulaient garder intactes les institutions ecclésiastiques, telles qu'elles sont réglées par la tradition des saints apôtres, il n'y aurait aucune discordance dans les offices & les consécrations. Mais quand chacun estime pouvoir observer, non ce qui vient de la tradition, mais ce qui lui semble bon, il arrive de là qu'on voit s'établir des observances, des manières de célébrer diverses, suivant la diversité des lieux & des églises. 11 en résulte un scandale pour les peuples qui, ne sachant pas que les traditions antiques ont été altérées par une humaine présomption, pensent, ou que les églises ne sont pas d'accord entre elles, ou que des choses contradictoires ont été établies par les apôtres ou par les hommes apostoliques.

»< Car qui ne sait, qui ne comprend que ce qui a été donné par tradition à l'Église romaine, par Pierre, le prince des apôtres, & se garde maintenant encore, doit être par tous observé, qu'on ne doit rien ajouter ni introduire qui soit sans autorité, ou qui semble imité d'ailleurs. Et d'autant plus qu'il est manifeste que dans toute l'Italie, les G iules, les Espagncs, l'Afrique, et la Sicile, et les îles adjacentes (l), nul n'a institué les églises, si ce n'est

(1) Sur cette énumération, dom Coustant fait très à propos la remarque suivante : « Hilarius iis qui una fidei communione ac societate cum Gallis copulabantur, librum de synodis scribens, cum iisdem Germanise prima- & secundae, Britainiia- Paléographie V. 6

Enfin nous croyons qu'il n'y a pas lieu de considérer comme essentiellement différentes, & pour ce seul fait, des liturgies, nous ne disons pas dont les langues, mais même dont les textes & les formulaires sont différents. Par exemple, il est clair pour quiconque a com-

ceux qui ont été constitués prêtres par le vénérable apôtre Pierre & ses successeurs. Au surplus qu'on lise, qu'on cherche s'il est dit quelque part qu'un autre apôtre aurait évangélisé ces provinces. On ne lit rien de pareil, par la raison qu'on ne trouve cela nulle part. Dès lors., quand on tire si indubitablement son existence de l'Église romaine, il faut se conformer à ses observances sous peine de donner à penser, en s'attachant à des théories étrangères, qu'on répudie son origine avec les institutions qui en découlent.

« Il est vrai que Votre Charité est venue souvent à Rome ; elle a assisté aux assemblées de notre église, elle a vu quel usage on y observe, soit dans la consécration des mystères, soit dans les autres adions secrètes. Cela suffirait pour l'instruclion ou la réformation de votre église. Mais vos prédécesseurs, nous le savons assez, se sont moins astreints à ces observances ou les ont modifiées. De votre côté, vous avez cru devoir nous consulter sur plusieurs points. En vous répondant à cet égard, nous n'ignorons donc pas que vous n'avez personnellement rien à apprendre de ce côté ; nous voulons seulement augmenter votre autorité soit pour diriger les vôtres, soit pour admonester ou nous dénoncer sans retard ceux qui s'écartent des institutions de l'Église romaine. Nous arriverons ainsi à savoir quels sont ceux qui introduisent des nouveautés ou se persuadent qu'ils doivent suivre l'usage d'une église autre que l'Église romaine. » Après ce préambule, le pape corrige les abus qui s'étaient introduits dans l'église d'Eugubium en matière de liturgie, statuant plusieurs règlements, sur la paix que les communiants devaient se donner les uns aux autres, sur le moment du sacrifice auquel il fallait réciter les noms de ceux pour qui on l'offrait, sur le sacrement de confirmation, sur le jeûne du samedi, sur la défense de célébrer les mystères dans les deux jours qui précèdent la Pàque, sur les relations de l'église matrice avec les autres titres, sur les exorcismes, sur les pénitents, sur l'extrême-onclion, &c. Après quoi, il conclut en ces termes : « C'est ainsi, très cher frère, que nous nous sommes mis en devoir de répondre suivant notre pouvoir, à ce que Votre Charité demandait de nous, & votre église pourra maintenant garder & observer les coutumes de l'Église romaine, de laquelle elle tire son origine. Quant au reste qu'il n'est pas permis d'écrire, quand vous serez ici, nous pourrons satisfaire à vos demandes (i). Au surplus, avec l'aide du Seigneur, vous arriverez à bien former votre église & ceux de nos clercs qui sont employés aux divins offices sous votre direction, & à présenter aux autres le modèle qu'ils doivent imiter. »

rumque episcopos recenset. (Migne, P. L., t. X, 479). His si adjungantur varias Illyrici provinciae quos Innocentius, epist. 13, n. 2, suam in eas vicem Rufo committens recenset, diœceseon, quae ad Romanum patriarchatum attinent, satis accurata habebitur enumeratio. Ex ecclesiis autem ab hoc papa nominatis non desunt qui excipiendam censeant Lugdunensem, quam neque a Petro, neque a successoribus ejus primum sacerdotem suum accepisse arbitrantur. Sed opinionis hujus auftor, a quonam Potinus primus ejusdem ecclesiœ prxsul vel ordinatus, vel missus sit, sibi incompertum esse alibi fatetur. »

A son tour le Dr Ceriani donne, sur ce passage de la lettre d'Innocent, l'important confirmatur que voici : Et si quod Innocentius proclamât de origine Ecclesiarum occidentalium testimonio indigeret, in ms. syriaco v vel vi sasculi, ab edesseno calligrapho conscripto, & edito in Cureton, {Ancrent Syriac Documents, London, 1864, p. 34 Syriace, & 33~34 Anglice), iisdem fere verbis idem reperitur. Eadem exstant in alio ms. syriaco saec. vu-vin, in alio ix fere, ex quo eadem dédit De Lagarde (Reliquiae Juris Eccles. Antiq. Syr., 42-43), & in Ebediesu (Colleft. Can. Synod. in Mai S. V. N. C. t. X, p. 7 translationis, p. 174 Syr.) Novitium documentum poterat quis dicere, si in uno Ebediesu exstaret, sed ms. Syrus Cureton tempora lnnocentii fere attingit, & opus ideo est antiquissimum, quod & indoles ejus in aliis partibus indicat. En locus ex Mai, t. X, 7, ex Syro antiquissimo corre&us : Accepit tnauum sacerdotalem (scilicet ordinationem sacerdotalem, sacerdotes) Apostolorum Roma civitas, et tota Italia, ac Hispania et Britannia et G allia cum reliquis aliis regionibus finitimis a Simone (sic duo vetusti codices, Assemani cum Syro Ebediesu & De Lagarde ab ipso Simone, reapse statim antea ejus apostolatus Antiochiœ &c. indicatur) Cepba, qui ascenderat ab Antiochia, et fuit prœccptor ac retlor (sic in Mai, pressius usum syrum reddunt grœcae voces, quibus vertit De Lagarde (yiYSij.wv xat, TCOOTràT/jç) in Ecclesia quam ibi œdificaveral et in finitimis ejus. Si quid differt hic locus ab Innocentio, hoc est, quod distinftius iste dixit, nisi eos, quos venerabilis apostolus Petrus aut ejus successores constituerint sacerdotes. (A. Ceriani, Notitia, déjà citée plus haut, page 78-79,)

(1) 11 s'agissait de questions sur les paroles mêmes du Canon, ou sur la forme des sacrements, détails qui étaient soumis alors encore à la loi de l'arcane. (Migne, loc. cit., col. 550 & suiv., nn. 1, 2, 3 & 12. Cf. dom Guéranger, lust. Lit., tom. I, ire éd., p. 13 & seq.)

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paré quelques instants avec les livres romains proprement dits, les livres des liturgies dites parisiennes du xvmc siècle, que, bon gré, mal gré, ces liturgies demeuraient romaines par la forme, que la matière en avait été coulée dans le moule romain, sur le type romain. Il peut y avoir là, c'est incontestable, un élément de différenciation secondaire, mais il n'y a pas opposition de genre à genre.

Aussi la classification liturgique à laquelle nous tendons n'exclurait-elle pas justement, sous ses grandes divisions, des subdivisions répondant à ce que sont les dialeft.es par rapport à la langue dont ils sont des rameaux. La liberté relative d'aftion, l'initiative même dont jouissaient ou que s'arrogeaient sur ce terrain les métropolitains & les évêques, avant le concile de Trente, &, pourquoi ne pas le dire, le principe d'évolution historique dont il ne faut pas avoir peur de reconnaître l'application jusqu'ici, seraient autant de causes, entre autres, qui ont dû, malgré la vigilance des papes, contribuer, pour une bonne part, à la constitution lente & latente de ces rameaux du même arbre liturgique.

Nous bornerons là nos remarques théoriques. Nous voici en effet arrivés au point où nous voulions faire porter ces réflexions.

En accusant comme des déviations quelques divergences relevées dans la pratique des églises de son patriarchat, saint Innocent nous met lui-même sur la voie; ou plutôt les revendications qu'il exerce, la prescription contre laquelle il s'élève, équivalent à une constatation éclatante de l'unité liturgique entre toutes les églises d'Occident, à son époque. (Nous donnons, bien entendu, à la notion de l'unité liturgique un sens synthétique, en rapport avec les exigences restreintes d'une classification faite à grands traits, &, par le fait, en rapport avec les latitudes qui tempéraient encore les choses, & pour longtemps, au commencement du ve siècle.) Prenons pied, ce n'est pas indifférent, sur ce premier sol de l'histoire des liturgies, à ce premier âge où elles commencent à évoluer partout, chacune suivant la loi différentielle qu'elles renfermaient, d'une manière latente & d'abord imperceptible, dans leurs tendances originelles.

Il est donc constant, quoiqu'il advienne ensuite des liturgies gallicane, celtique, mozarabe, ambrosienne, africaine, léonienne, gélasienne, grégorienne, que leur point de départ est, au moment où nous sommes, l'unité latine, l'unité romaine faudrait-il dire, si le sens acquis aujourd'hui par ce mot ne risquait de présenter à l'esprit un état de choses inexaâ:, un anachronisme.

Cela posé, il n'est pas nécessaire de suivre toutes les phases de l'évolution. Arrivons droit au but, à l'âge des monuments, l'âge des monuments, disons-nous, quel qu'il soit respectivement, pour chacune d'elles, dans l'ordre de la précision chronologique. Car on serait bien embarrassé de dater cette littérature sacrée.

En définitive, nous aurions pu, nous devrions même nous contenter de l'élément d'informations qu'apportent avec eux les monuments. Il faut bien, quand on n'a pas mieux, raisonner sur des témoignages péniblement arrachés à des auteurs préoccupés d'un tout autre souci que celui de renseigner la curiosité des archéologues de l'avenir. Avec les monuments nous n'en sommes plus là. Quoiqu'il en soit alors de la question de savoir si la restitution

archéologique de telle ou telle église, qu'on nous représente comme devant à l'Orient son existence, son évangélisation, sa hiérarchie, sa discipline, sa liturgie, a jamais eu une réalité historique, il est autrement sûr & obvie d'interroger le monument, de le définir, non d'après les préventions archéologiques fournies par un habile groupement de citations, mais abstraction faite de ces données, tout en reconnaissant ce qui en reste debout, s'il en reste.

Malheureusement, il faut bien en convenir, toutes ces importations orientales en Occident, toutes ces créations grecques s'évanouissent ou laissent peu de traces, dès qu'on est en présence de ces titres authentiques & décisifs, s'il en fut. Nous accordons bien volontiers tout ce qu'on voudra, jusqu'à preuve du contraire, aux archéologues qui croient apercevoir ces institutions grecques préhistoriques. Mais enfin, à l'âge des monuments, les liturgies représentées par les textes léonien, gélasiens, grégoriens, ambrosiens, gallicans, celtiques & mozarabes, ne sont, tout bien examiné, que les manifestations chronologiquement ou ethnographiquement diverses d'autant d'évolutions plus ou moins progressives & variées d'une même liturgie latine.

En dépit de tout ce que nous venons d'écrire pour la préparer, nous sentons tout ce qu'une pareille assertion conserve non pas d'invraisemblable, mais d'inattendu. Il en faut administrer immédiatement les preuves. Nous nous bornerons à la plus considérable, & nous la tirons de la comparaison des économies grecques & latines. Ceux de nos lecteurs à qui ces études sont familières n'auront pas de peine à suivre ce parallèle & verront tout de suite sa portée. Nous allons tâcher d'être aussi lucides que possible pour les autres.

Dans les liturgies grecques des patriarchats de Constantinople, d'Antioche, de Jérusalem & d'Alexandrie, le système euchologique de la messe paraît au premier abord assez compliqué de dialogues, & surtout assez riche d'oraisons. En réalité, cette richesse n'est qu'apparente, elle s'épuise une fois pour toutes, sans se ménager aucune réserve. De même qu'on n'a pas autant de formulaires pour l'administration du baptême qu'il y a de jours dans l'année, de même on n'a, suivant les patriarchats, qu'un, ou deux, ou quatre formulaires pour la célébration de la messe, & ils servent pour toutes les messes de l'année invariablement. Aussi le Missel plénier de ces églises grecques, si l'on en détache les péricopes des lectures des livres saints & quelques rares pièces de chant, pourrait-il se réduire à nos canons d'autel développés ; c'est là un caractère commun à toutes les liturgies grecques, à celle de saint Jacques pour Jérusalem, comme à celle de saint Marc, de saint Grégoire de Nazianze, de saint Basile & de saint Cyrille pour Alexandrie, comme à celle de saint Basile & de saint Jean Chrysostome pour Constantinople. L'immobilité, l'invariabilité de ces liturgies est telle qu'elles n'admettent en aucun temps, à aucun titre & sous aucun prétexte, aucune formule euchologique spécialement adaptée à telle fête, mise en rapport avec tel mystère. Ainsi pour toutes les circonstances, quelles qu'elles soient, de l'année chrétienne, le patriarchat de Constantinople n'a que ses deux liturgies (l'une, simple abréviation de l'autre), disons deux messes, toujours les mêmes, absolument impénétrables à quelque formule euchologique de rechange ou d'opportunité que ce soit. Une fois admis qu'on va célébrer suivant la teneur de la liturgie ou messe de saint Jean Chrysostome, par exemple, qui sert la plupart du temps, on n'a

L ANTIPHONAIRE AMBROSIEN

qu'à lire sans interruption le formulaire continu, immobile qu'on a sous les yeux, & dont il n'y a à s'écarter sous aucun prétexte, puisqu'il n'existe ailleurs aucune partie propre au temps, propre aux saints, aucune adjonction, aucune intercalation à y insérer par le prêtre. C'est là, nous le répétons, un caradère absolument typique des liturgies grecques : elles ont toutes ce même système fondamental, exclusif d'embolismes ou de variations quelconques.

Tout autre est le système euchologique latin. Autant le système grec est fermé, tout d'une pièce, indivisible & dénué de ressources, autant le système latin est ouvert, souple & se prête au morcellement & aux variations. Son formulaire ressemblerait plutôt à un ensemble de compartiments dont toutes les pièces mobiles à volonté, entrent en composition dans des combinaisons chaque jour renouvelées, démontées, rajustées, suivant les exigences du cycle. Pour emprunter à la typographie une comparaison sensible, YOrdo missœ serait la forme, & les textes du missel seraient les pages mobiles disposées chacune à son rang dans cette forme. Au contraire, dans les liturgies grecques, la forme & les pages ont été fondues, une fois pour toutes, d'un seul métal ; c'est un cliché fixe dont toutes les parties sont indissolublement adhérentes & ne font qu'un. L'anaphore grecque est un bloc tout d'une venue. Le bloc une fois coulé, les ressources euchologiques de cette liturgie semblent épuisées. La messe latine est un assemblage de parties, de pièces, petites & grandes, distinctes les unes des autres, perpétuellement mobiles & séparables, quotidiennement renouvelables, & leur variété est indéfiniment susceptible de nouveaux accroissements. Aussi, tandis que I'euchologie de la messe grecque pourrait tenir, comme nous disions plus haut, en deux ou trois feuilles, ce sont des livres entiers qu'il faut à la messe latine. Par le fait, c'est seulement pour nos églises d'Occident qu'il est question de Sacramentaires, c'est-à-dire de manuscrits presque entièrement spéciaux à l'euchologie eucharistique. Ces sortes de recueils, ces mosaïques de prières sont parfaitement inconnues dans la liturgie grecque. C'est improprement d'ailleurs qu'on appelle messe chacune des mosaïques dont se compose le Sacramentaire ou le Missel latin. Ce Sacramentaire est un répertoire dans lequel, à des jours ou à des intentions déterminées, sont assignées tantôt des formules euchologiques, tantôt d'autres, & cela, non pas pêle-mêle, au hasard & comme ad libitum, mais dans un ordre, & presque toujours avec des étiquettes qui enlèvent à l'arbitraire tout prétexte pour les déplacer ou les répartir autrement. Or, toutes supposent en même temps un cadre ordinaire, YOrdo missœ, YOrdo communis, où viennent s'insérer les morceaux dont elles se composent ; & ni le cadre ordinaire, à lui seul, sans l'adjonction de ces embolismes propres, ni seuls, sans le cadre, ces embolismes ne constitueraient une messe. Le cadre latin est vacant aux compartiments où doivent s'insérer les embolismes. Le cadre grec est toute la messe, un système complet en soi, une contexture unique & simple, à lire ex integro per ordinem & à épuiser toties quoties. Le Missel latin s'épuise au jour le jour.

Voilà donc deux genres nettement séparés & qui d'emblée fournissent à la classification des monuments & des liturgies un critère aussi apparent que fondamental & indiscutable. Il y a dans la seule opposition de ces deux genres un fait si considérable que nous nous étonnons d'être les premiers à l'apercevoir, ou du moins à en tirer parti. Il faut croire que l'ob-

servation trop minutieuse, trop analytique de détails, comme la place donnée au baiser de paix, à la récitation des noms, &c, aura hypnotisé l'attention pour que l'idée ne soit jamais venue de reculer à distance afin d'élargir son regard, de saisir l'ensemble & de s'arrêter sur la portée d'une différence si parfaitement tranchée qu'elle éblouit les yeux par son évidence, une fois qu'on y a pris garde. Il suffit en effet d'ouvrir au hasard le Missel mozarabe & les monuments des liturgies gallicane, celtique, ambrosienne, &c, pour constater l'étroite parenté, la fraternité de toutes ces liturgies sur ce point essentiel & vraiment décisif.

Pour rendre ce fait aussi frappant que possible & le présenter sous son jour le plus accessible aux ledeurs même les plus étrangers à l'archéologie liturgique, une exposition préalable, nous le sentons bien, serait nécessaire, ou du moins un tableau synoptique où les nomenclatures euchologiques des diverses liturgies seraient disposées de telle sorte qu'on pût immédiatement saisir soit leur concordance, soit leur singularité, en même temps qu'apparaîtraient vivement sortant du cadre commun, soit les compartiments remplis une fois pour toutes, soit les compartiments laissés libres pour les insertions variables dans chacune des liturgies comparées. En d'autres termes, il faudrait mettre en parallèle, point par point, chacune des liturgies & chacune de leurs parties, tant invariables & ordinaires que permutables & adventices. Pratiquement & dans le détail, c'est loin d'être toujours très simple. L'identification des circonstances auxquelles correspondent entre elles les séries de toutes les formules, suivant la différence des liturgies, n'est pas toujours aisée à déterminer avec certitude & précision, surtout dans les cas où ces formules n'ont aucun titre servant à les désigner. On pourrait contester. Il faudrait entrer dans des explications incidentes qui feraient perdre de vue la démonstration principale.

Donnons du moins le schéma des documents comparés. Tout cela n'est pas très intéressant, mais nous paraît utile, nécessaire même tant à la vérification qu'à l'explication de ce qui précède, & n'est pas indifférent, tant s'en faut, à l'étude de l'Antiphonaire & de la liturgie de Milan. Nous ne nous éloignons donc pas du but. Il est impossible d'étudier sérieusement la liturgie ambrosienne, une liturgie quelconque, sans se mettre immédiatement en rapport avec les autres. Ceci soit dit sans vouloir exagérer non plus les choses, & c'est précisément pour ne pas nous étendre indéfiniment que nous avons laissé de côté par exemple, mais à contre-cœur, les liturgies syriaques, en dépit des éléments qu'on pourrait y trouver pour éclairer certaines obscurités, marquer certaines étapes.

Si donc on veut se représenter par le moyen d'une description numérique l'opposition entre les deux genres, grec & latin, sur le point précis des embolismes, qu'on jette les yeux sur le tableau que nous dressons en regard de cette page, à cet effet (1). On y remarquera principalement deux choses : i° Les liturgies grecques sont invariablement en face des liturgies latines, dans la proportion de zéro à chacun des treize cas de mutation énumérés sur ce tableau ; 20 les liturgies où les cas d'embolismes sont le plus multipliés, se trouvent être

(1) Nous supposons, pour couper court, que chacune des treize catégories en question sans en excepter aucune, se trouve représentée dans les liturgies grecques. Ce n'est pas tout à fait exaét. De même le rang précis donné aux collectes ambrosiennes & romaines est très discutable, mais la question n'est pas là.

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constatation piquante, celles qu'on a le plus souvent cherché à rattacher à la famille des liturgies grecques, qui, précisément, demeurent le plus fermées, ou plutôt systématiquement & irrévocablement fermées à toute espèce d'embolisme euchologique. Ainsi le Missel mozarabe offre onze cas de permutation, le Missale gothicnm pousse la mobilité jusqu'à pourvoir à quatorze de ces cas, &c, tandis qu'en moyenne les Sacramentaires romains se contentent de varier, sept à huit fois au maximum, le formulaire euchologique.

ce

OQ

Sacramentaires

Gallica

as

Sacramentaire de Bobbio

Sacramentaires Romains

er

Missale çothicum

vu" s.

Missel de Reichenau

VII* s.

Missale gallicanum

VIIe s.

Missale Francorum

Vil" s.

Léonien

VIIe s.

(incomp.)

Gélasien

VIIe s.

Grég

Muratori

iriens

Menard

fragments

fragments

fragments

VIIe s.

IX° s.

i Pr. Mis.

2 a. nom.

3 p. nom.

4 ad. Pac.

2ÔI

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