VD
6 p. Ses.
7 p. Prid.
8 a.Or.D.
9 p.Or.D.
io Ben.
1 1 Pr. p. c.
12 p. Com.
13 s. pop.
Nombre de messes entre l
esquelles
sont répartis les embolismes.
Nombre
des cas d'embolismes par messe
, ftfMJ'
compren
z/z/ /# Colledio post Prophetiam et la
Collectio pos
t Precem, pour les liturgies de
/)>/>£ gallican, et /'Infra Canonem o« Communicantes
pour les autre
1. A. Missa. — B. Praefatio missae, Incipit missa. Colledio. — C. Oratio super populum. — D. Colledes anonymes. = 2. A. Alia Oratio. — B. Colledio sequitur. Colledio ante nomina. Colledlio. = 3. A. Post nomina. — B. Colle^lio post nomina. — C. Oratio super sindonem. =4. A. Ad pacem. — B. Colledio ad pacem. — C. Oratio super sindonem. =5. A. Inlatio. — B. Contestatio. Contestatio missae. Immolatio missa. VD. — C. Praefatio. — D. Praefatio. VD. =6. .A. Post Sandus. — B. Colledio post Sandus. — C. Infra adionem. — D. Hanc igitur. ;= 7. A. Post pridie. — B. Colledio post mysterium. Post sécréta. = 8. A. Ad orationem dominicam. — B. Colledio ante orationem dominicain. — C. Anonymes. = 9. B. Colledio post orationem dominicam. = 10. A. Benedidio. — B. Benedidio populi. — D. Benedidio. = 11. B. Praefatio post Eucharistiam, post Communionem. =z 12. A. Oratio. — B. Colledio sequitur. Consummatio missae. — C. Oratio post Communionem. — D. Post Communio. Ad complendum. =z 13. B. Benedidio populi. — D. Ad plebem. Super populum.
Ceux de nos lecteurs qui sont au courant des matières que nous traitons, remarqueront que nous n'avons fait intervenir dans cet inventaire sommaire, ni les oraisons post prophetiam, ni la colleclio post prcccm. Les variétés que nous en offrent les monuments nous paraissent trop peu nombreuses pour qu'on doive les rapporter à la catégorie des autres embolismes. Ceci est surtout vrai de la colleclio post precem : il n'y en a que deux dans le Missale gothicum, deux dans le Missale Francorum, une dans le Missale gallicanum vêtus, & deux dans le Sacramentaire de Bobbio. La place qu'occupe l' oraison post prophetiam avant les lectures étant analogue au siège des oraisons initiales des Sacramentaires romains (oratio super populum du Missel ambrosien), peut-être aurait-il été expédient de les énumérer en regard de ces collectes. Il suffira de dire ici qu'il y en a deux pour le Missale gothicum, trois pour le Missale Francorum, huit pour le Sacramentaire de Bobbio, trois pour le Missel de Reicheneau. Nous serions assez disposés à mettre sur le même rang les soixante-douze oraisons dont est muni le Missel mozarabe après YOfficium, ou plutôt après le Gloria in excelsis, qui a fini par faire disparaître en Espagne le chant plus ancien du cantique évangélique Benediclus (prophetia) au même endroit (1).
Il ne faudrait pas, bien entendu, considérer comme des termes adéquats, au point de vue de l'originalité, de la date & de l'intégrité, les onze documents analysés ici. Par exemple, à défaut de manuscrit publié auquel pût se référer le lecteur, il a bien fallu, pour la liturgie ambrosienne, prendre son Missel au point où l'ont porté jusqu'à nos jours les accessions successives de fêtes nouvelles. On peut, du reste, consulter le premier Missel venu (de
(1) Nous ne mentionnons pas non plus de colleclio post benediclionem , ( benediclio, /'. e. canticum trium puerorum.) Celle du Sacramentaire de Bobbio, quel que soit son siège à la messe, nous paraît être seule de son espèce, à moins qu'il ne faille plutôt la rattacher à la catégorie des nombreuses collecliones post benediclionem trium puerorum, ou titres analogues, de l'Antiphonaire de Bangor (édit. Warren, II, p. 25, sqq.) où s'il s'agit du cursus ad niatutinum & non pas de la messe. Nous ne nions pas pour cela que le cantique de Daniel n'ait eu sa place à la messe ; elle lui est assignée formellement dans Xcxpositio brevis de saint Germain : « Hymnum autem trium puerorum quod post lecliones canetur... Secundum hoc etiam Ecclesia servat ordinem ut inter benediclionem & evangelium leclio intercédât, nisi tantummodo responsorium quod a parvulis canetur. » (Migne, P. L., t. LXXII , col. 91.) De son côté, le canon 13 du IVe concile de Tolède statuait : « Ut per omnes Hispaniae ecclesias vel Galliae, in omnium missarum solemnitate decantetur hymnus trium puerorum. » A toutes les messes, est-il dit dans ce canon. Autant qu'on peut s'en faire une idée, l'usage romain réservait ce cantique aux samedis des IV Temps & des vigiles de Pâques & de la Pentecôte. L'usage des églises plus voisines de Milan aurait également comporté certaines restrictions, impliquées dans le passage suivant de la deuxième Apologie de Rufin (Migne, P. L., XXI, 612) : « Trium puerorum hymnus qui maxime diebus solemnibus in Ecclesia canitur. » L'emploi de ce cantique était du reste général & ancien, comme l'insinue plus loin le même Rufin : « Et omnis Ecclesia perorbem terrarum, sive eorum qui in corpore sunt, sive eorum qui ad Dominum perrexerunt, seu etiam sancti martyres quicumque, hymnum trium puerorum in Ecclesia Domini cecinerunt. » (Loc. cit., 614.) Il est vrai que ces deux textes de Rufin peuvent aussi bien s'appliquer à l'office qu'à la messe. Mais il n'importe, c'est moins du cantique que de la colleilio post benediclionem que nous nous occupons. Or, nous ne trouvons pas la place de cette collecte à la messe dans l'exposition minutieuse & détaillée de saint Germain, qui vient d'être citée, non plus qu'aucune autre trace dans les divers Sacramentaires connus du type gallican. Au reste, nous le répétons, les oraisons assignées dans l'Antiphonaire de Bangor au cantique de Daniel ont leur destination tout indiquée, d'une façon qui n'est pas sans présenter quelque analogie avec l'usage milanais de ce cantique.
L ANTIPHONAIRE AMBROSIEN
l'église de Milan), bien assuré qu'on ne s'écartera de nos chiffres que dans une proportion insignifiante, suivant le nombre de messes nouvelles comprises ou non dans notre inventaire statistique. Aussi croyons-nous inutile de représenter les deux courants suivis par les éditions imprimées du Missel milanais, comme nous le faisons pour le Sacramentaire grégorien. Ici nous choisissons deux types, celui de Muratori & celui de Hugues Ménard (i). Pour la liturgie mozarabe, immobilisée qu'elle est depuis des siècles, le Missel de Ximénès est parfaitement suffisant. C'est là que nous avons pris nos renseignements.
Tous ces documents, jusqu'ici, sont complets. Il n'en va plus ainsi du Sacramentaire léonien, non plus que des Sacramentaires gallicans. Sauf peut-être le Missale gothkum, privé pourtant de son début, nous ne possédons en somme dans tous ceux-ci qu'un document entier, le Sacramentaire de Bobbio. Les autres présentent des lacunes nombreuses, comme le Missale gallicanum vêtus, & paraissent être en même temps des recueils spéciaux & partiels, comme le Missale Francorum qui n'a plus que treize messes, ou n'offrent plus que des débris, comme le recueil palimpseste de Mone (Missel de Reichenau), avec ses onze messes seulement. C'est même pour ce motif que nous n'avons pas fait entrer en ligne de compte d'autres fragments encore plus réduits, précieux néanmoins pour l'étude, ceux de Mai, de Peyron, de Bunsen (2).
Au surplus, peu importe. Ce n'est pas une question du plus ou moins grand nombre de documents inventoriés & de sujets d'expérience, qui nous intéresse en ce moment dans ces Sacramentaires entiers aussi bien que dans ces débris, c'est le fait même de leur organisme, c'est-à-dire de leur disposition en séries d'embolismes, quelle que soit la quantité de séries qui s'y retrouve. Le Missel mozarabe représente d'ailleurs parfaitement, si l'on y tient, un document complet du type gallican.
Voyons donc plutôt quelles observations suggère l'examen de l'inventaire sommaire dont le tableau de la page 47 nous donne la physionomie approximative.
Il y a d'abord le fait sur lequel nous nous sommes efforcés de fixer l'attention dans les pages qui précèdent : l'opposition générique des liturgies grecques & des liturgies latines, sur un point aussi essentiel qu'est l'économie du formulaire euchologique. C'est un fait désormais bien acquis. Il n'est pas besoin d'en mettre la signification plus en relief; il suffit de l'avoir relevée.
Il est utile maintenant de considérer ce fait, non plus en général & sous son aspect d'opposition, mais en lui-même, &, ici, de l'analyser dans le détail, c'est-à-dire sous les faces multiples où l'on peut saisir l'accord de toutes les liturgies latines sur le terrain des embolismes.
(1) Muratori, Liturgia romana vêtus, Venise 1748, tome II. Réimprimé au tome X des Œuvres de S. Grégoire, éd. Galliccioli; — Hug. Ménard, Sacram. gregor., Paris, 1642. Reproduit au tome III des Œuvres de S. Grégoire, Paris 1705, & Venise 1744, & dans Migne, P. L., tome LXXVIII.
(2) Mai, Scriptorum veterum nova colletlio, Rome, 1828, tome III, 2e partie, p. 247. Réimprimé dans Hammond, Lit. east. andwest., p. lxxxi, & dans Migne, tome CXXXVIII, col. 863 ; — Peyron, M. T. Ciceronis ovation, fragm., Stuttgard, 1824, p. 22Ô(& dans Hammond, The ancientliturgy of Antioch, p. 51); — Bunsen. Anale&a antenicœna, vol. III, Reliquice liturgicœ, Londini, 1854, p. 263, & dans Hammond, op. cit., p. 53.
Paléographie V. 7
i° Ainsi voilà d'abord un caractère commun à toutes ces liturgies : leur Or do missœ n'est complet qu'a la condition d'être accompagné d'un recueil d'embolismes.
2° Dans toutes aussi, les cas d'embolismes sont multiples.
y Chaque cas est pourvu d'une ample provision de formules.
4° Plusieurs de ces formules se retrouvent identiquement les mêmes, quant à leur texte, dans les documents tant romains que gallicans.
5° Quelquefois cette similitude, pour être moins parfaite, n'en est que plus significative, en ce qu'elle révèle des retouches, des additions, des retranchements, des changements apportés dans un groupe de documents, mais auxquels les autres sont demeurés étrangers.
6° Plusieurs points consacrés à l'insertion des embolismes sont, en somme, à peu près les mêmes, ce qui n'empêche pas, bien entendu, telle liturgie d'en avoir davantage, telle autre d'en avoir moins.
7° Chacun de ces embolismes est complet en soi & demeure indépendant de celui qui le précède & de celui qui le suit, c'est-à-dire qu'une conclusion doxologique, généralement apposée par son incipit aux derniers mots du texte, en marque la terminaison & le circonscrit.
8° Toutefois ce morcellement du formulaire eucharistique ne laisse rien flotter à l'arbitraire, & chaque embolisme est au contraire affe&é à un moment déterminé de la messe & non à un autre, & cela en vertu même de la teneur de sa rédaction.
9° D'une manière générale, le style de toutes ces prières est assez différent du type grec, & assez conforme au type romain pour que, de ce chef encore, se dégage un nouveau caractère générique. Nous n'insistons pas sur des observations philologiques, telles que l'emploi du cursus; ceci seul serait inefficace. La langue latine étant commune aux pays de rit gallican, mozarabe, ambrosien, romain, il va de soi qu'on en doit retrouver plus ou moins les originalités & les goûts, en suivre les vicissitudes partout où elle était en usage (i). Aussi n'est-ce pas le sens de notre observation. Nous entendons signaler surtout un certain mouvement de pensée, une certaine disposition des idées, une certaine direction imprimée par la composition, résultant non pas seulement de ce que, psychologiquement & philologiquement, c'est un écrivain latin qui a tenu la plume, mais de ce que, théologiquement, cet écrivain a été dominé par le génie liturgique latin & non par le génie liturgique grec, celui-ci s'énervant, se délayant volontiers en amplifications oratoires, à l'inverse du génie latin, soucieux avant tout de l'intensité de l'idée & de la netteté sobre & vive de son expression.
io° Nous croyons toutefois qu'il ne faudrait pas négliger absolument le fait philologique. Il faut bien qu'il ait, lui aussi, sa signification, pour avoir pu triompher de la poussée contraire que lui opposaient les langues diverses des peuples, au milieu desquels s'est maintenue la langue latine. Sans méconnaître la profonde empreinte que s'était creusée cette langue au temps de Rome païenne, il est permis de penser que les peuples barbares n'en auraient pas été d'eux-mêmes les conservateurs & n'auraient pas tardé à la laisser tomber en désuétude,
(i) Peut-être aussi l'abus qu'on commence à faire de cet argument risque-t-il de le discréditer un peu.
L ANTIPHONAIRE AMBROSIEN <j I
au milieu de l'universel bouleversement des choses, si l'héritière spirituelle des Césars, Rome chrétienne, n'avait été là, avec ses institutions gouvernementales & son éducation littéraire, pour en consacrer sinon l'usage exclusif, du moins une pratique populaire, suffisante à la vitalité de ses institutions. En nous mettant à ce point de vue, le motif décisif pour lequel le latin se trouve être la langue de toutes les liturgies dont nous nous occupons maintenant, nous paraît résider principalement en ceci que, de fait ou nécessairement, il s'est imposé dès l'origine comme étant le véhicule le plus populaire, le plus général, en même temps que l'affirmation & la sauvegarde de l'unité disciplinaire & hiérarchique du patriarcat romain. Ce ne serait pas un fait isolé. Il est remarquable que c'est la liturgie seule qui a sauvé d'une disparition inéluctable la langue des Coptes comme celle des Syriens, en les maintenant désespérément, au moins dans les livres du culte, au-dessus de la langue arabe qui les aurait, sans cela, totalement submergées.
Considérées à ce point de vue, les langues liturgiques deviennent elles-mêmes des témoins archéologiques du système originel & du rit, auxquels doivent être rattachés les formulaires & les églises où nous les trouvons en vigueur. Nous proposons cette pensée pour ce qu'elle vaut, sans nous dissimuler qu'elle soulève des objections de plus d'un genre, ou bien qu'elle ouvrirait, si la thèse prenait un certain corps, tout un champ d'observations parallèles à celles-là, mais où tel problème recevrait peut-être des solutions plus appuyées.
En écrivant ces lignes, nous avons, par exemple, présentes à la pensée, d'une part, la question du rapport, encore mal défini, qu'il y a entre le caractère populaire des liturgies & l'emploi des langues vulgaires pour y correspondre, &, d'autre part, celle de la compatibilité qui peut exister entre un lien disciplinaire rigoureux & les autonomies nationales, s'afifirmant par la liberté des langues liturgiques sous un même gouvernement ecclésiastique. Cette question nous paraît être la même en Occident qu'en Orient.
Au reste, pour revenir sur un terrain historique plus limité, il n'est pas improbable qu'une étude attentive de la grammaire & de l'orthographe même des textes séculaires de certains monuments liturgiques permettrait d'y reconnaître les traces matérielles de leur origine & de leur formation, & d'en marquer la date avec une précision relative, en même temps que la provenance.
1 1° Dans le voisinage de ces observations philologiques s'en place une autre, dont le développement fournirait, en quelque sorte, tout un chapitre de la diplomatique, s'il s'agissait ici de diplômes. Il y a en effet, dans les prières latines, aussi bien du reste que dans les prières grecques, en même temps qu'un vocabulaire euchologique spécial, il y a, disons-nous, tout un protocole liturgique initial & final, voire un ensemble de procédés qu'on ramènerait aisément à des termes analogues à ce que sont, dans les diplômes, le préambule, l'exposé, le dispositif, les clauses. Nous ne pouvons qu'indiquer en ce moment la nouvelle méthode de critique liturgique qui sortirait de là. Mais chacun devine les intéressants résultats auxquels elle peut conduire. Pour en avoir immédiatement un exemple tout à fait obvie, nous renvoyons le lecteur aux conclusions doxologiques adaptées aux formules d'euchologie, tant en Orient qu'en Occident. La différence des deux protocoles, grec & latin, s'y manifeste avec on
ne peut plus d'évidence, &, une fois de plus aussi, l'accord des liturgies latines sur ce nouveau point d'une portée générale.
12° Nous disions, sous le n° 5, que nos formules sont généralement affectées à un moment déterminé de la messe, & nullement livrées à l'arbitraire de n'importe quelle répartition. Il faut ajouter qu'elles sont aussi réunies, ne varietur, en autant de petites collections qu'il y a de messes à fournir, & que toutes ces collections ont chacune leur unité d'intention, suffisamment marquée dans chacune des formules du groupe. Chaque circonstance du temps liturgique, chaque fête de saint, ou encore certaines nécessités générales, certaines opportunités communes ou même particulières sont ainsi pourvues de leur petite provision de formules propres, comme sont déjà propres, dans toutes les liturgies, les péricopes d'Écriture sainte, arrêtées pour les lectures & les antiques psalmodies qui leur sont associées.
130 Enfin l'ordre de ces formules, dans chaque groupe, est naturellement celui de YOrdo missœ.
140 L'étude des titres de nos embolismes donne lieu aussi à d'utiles observations. Chacun des groupes dont nous venons de parler est en effet précédé d'un titre spécial, celui du dimanche, de la fête, de la circonstance, & ce titre achève de fixer sa destination.
150 De même, par surcroît de précaution, chacune des pièces du groupe est à son tour étiquetée suivant le sens de sa teneur. Il en résulte une terminologie spéciale, parfaitement inconnue, cela va sans dire, non seulement aux liturgies grecques, mais à toutes les autres liturgies d'Orient. Il y aurait bien des choses à dire sur les titres des embolismes. Bornonsnous aux remarques suivantes.
Les variétés de nomenclatures que nous avons rassemblées au pied de notre tableau montrent qu'il s'en faut de beaucoup que cette terminologie soit la même dans toutes les liturgies latines. Nous devons ajouter que cette variété s'observe non seulement d'une liturgie à l'autre, mais d'un document à l'autre d'une même liturgie, & jusque dans un même document. Il n'y a pas, rigoureusement, un seul terme qui puisse être considéré comme universellement usité, pas même celui de Colleclio ou Colletta. Disons-le toutefois, constatation faite de la variété des titres, les liturgies qui ont entre elles une affinité plus étroite, celles du groupe hispano-gallican d'une part, celles du groupe italo-romain de l'autre, ont aussi, respectivement, certains termes communs à tout le groupe, & il est à noter également que les liturgies même les moins voisines se rencontrent parfois, tantôt sur un vocable, tantôt sur un autre. Peut-être, tout à fait à l'origine, & c'est assez probable, aucune désignation extérieure n'avait-elle étiqueté les prières (1). La force des choses, s'il en a été
(1) A ce point de vue, le Sacramentaire léonien refléterait donc le mieux l'état de choses primitif. Toutes les pièces y sont anonymes. Deux fois seulement, il donne des titres à ses formules : c'est dans les premier & second groupes de la division XXVIIe, mcnse septembre, (col. 102, 103, 106 & 107 du tome II des Opéra omtiia de saint Léon, édition Ballerini, Venise, 1756.) La première messe est relative au jeûne du septième mois, la deuxième, à celui du dixième. Dans les deux cas, nous trouvons : une admonition, puis deux Preces super oblata, le Vere dignum de la préface eucharistique, Postcommunio, Super populum. Ces inscriptions avaient déjà été relevées par le premier éditeur, Bianchini {De vitis rom. Pontif., Tom. IV, p. xl & xlii des prolégomènes), & par le second éditeur, Mura-
L ANTIPHONAIRE AMBROSIEN
ainsi, dut cependant révéler de bonne heure, en Occident, la nécessité de définir d'un mot, & d'un mot précis, chacun des embolismes. Mais ce n'est pas en passant & d'une manière incidente que nous pouvons traiter ce point, qui nous engagerait dans une question plus générale & qui n'a jamais été étudiée à part & à fond : celle de l'origine ou de la première apparition & des modifications des termes liturgiques. Pour nous en tenir aux titres de nos embolismes, on conçoit que l'emploi de telles dénominations plutôt que d'autres, en trahissant des situations liturgiques diverses, pourrait fort bien laisser entrevoir également des époques de composition différentes. C'est, par le fait, ce qui se produit. Nous avons, parmi les manuscrits gallicans, un monument auquel cette simple observation va probablement rendre une valeur toute nouvelle, c'est le Sacramentaire de Bobbio. Nous en parlerons plus loin.
Il est intéressant, en tout cas, de prendre garde aux divers systèmes de coordination qui semblent avoir conduit à ces nomenclatures. Il y a d'abord des termes qui dessinent un plan général. — Au début de la messe proprement dite, nous trouvons une Prœfatio missœ, comme nous trouverons, tout à fait à la fin, la Consummatio missœ, &, entre les deux, la formule eucharistique centrale, YImmolatio missœ. C'est un premier système, très homogène, & qui présente nettement l'ambitus de l'euchologie eucharistique. Les traces les plus nombreuses s'en retrouvent dans le Missale gothicum ; il n'y en a aucune dans le groupe italoromain. — Il y a d'autres systèmes, il y a la catégorie des titres impliquant un rapport avec des rites, des actes ou des moments particuliers de la messe : Super populum, Super sindonem, Super oblata, Sécréta, Infra aclionem, Ad pïebem, dans le groupe italo-romain ; Ante nomina, Post nomina, Super mimera, Ad pacem, Post sécréta, Post mystcrium, Post eucharistiam,
tori (Liturg. romana vêtus, col. 410 & 417) Mais le Rev. Charles Lett. Feltoe, qui vient de publier à son tour le Sacramentaire léonien d'après l'unique manuscrit de Vérone, n'a pas cru devoir faire entrer dans son édition, autrement qu'en note, les inscriptions des deux messes dont il s'agit. Ce sont, dit-il, des notes marginales en noir, & il les croit d'une main postérieure (Sacramentarium leonianum edited uith introduction, notes, and tbree pbotograpbs... Cambridge, at the University Press, 1896, p. 109, 115 & 204). En revanche, M. Feltoe y admet, comme ses prédécesseurs, certains sigles abréviatifs, tels que P F E SP, & autres groupes semblables, qui peuvent n'être pas étrangers à cet ordre d'indications, mais que personne n'est encore parvenu à résoudre d'une façon pleinement satisfaisante. Ce qu'en dit M. Feltoe, page x de son Introduction & particulièrement dans la note de cette page, pourrait bien mettre sur la voie. Quoiqu'il en soit, sauf l'admonition, c'est, par le fait, au schéma précédent que se ramènent normalement presque tous les autres groupes. II n'est pas malaisé de restituer le titre qui leur revient aux formules qui sont, par destination, Super oblata, Préfaces, Postcommunio, Super populum. Chacun peut s'en assurer comme nous : la formule qui précède immédiatement le Vere dignum renferme l'idée de l'offrande, mise d'ailleurs tout à fait au clair par l'emploi de mots tels que suscipe, offerimus, iiiunus oblatum, bostias, oblationes, hœc munera, &c La formule qui suit immédiatement la Préface trahit non moins clairement la fonction de Postcommunio qui lui est dévolue, par l'idée de communion & d'action de grâces formellement exprimée dans les termes, satiati, végétât i, participation sanéla, refecli, pignus vitœ capientcs, &c. Enfin la formule qui suit à son tour immédiatement celle-ci renferme presque invariablement un mot tel que plebi tua-, populum tnum, gregem tuum, populus fidelis , inclinantes se tibi, tibi subjeSli, benedic pïebem, exaudiat vos, qui lui restituent son vrai caractère d'oraison Super populum & la rattachent même deux ou trois fois, par certaines trilogies dans sa forme à la Benediclio populi de plusieurs Sacramentaires grégoriens & des Sacramentaires gallicans & mozarabes. 11 ne reste plus à classer après cela que les collectes du commencement.
dans le groupe hispano-gallican ; Benediclio populi, Post communionem, de part & d'autre. — Il y a la catégorie des titres qui se réclament du texte auquel doivent se souder les formules : Post prophetiam, Post precem, Post sanclus, Postpridie, Ante orationem dominicain, Postorationem dominicain, dans le groupe hispano-gallican ; Infra canonem, dans le groupe italoromain. — D'autre part, il y a parfois corrélation entre deux formules géminées, dont l'une sert d'introducfion à l'autre. Ainsi la Prœfatio missœ gallicane est généralement une monition aux fidèles, une courte invitation à s'orienter dans le sens qu'elle indique, & c'est ce que réalise la formule suivante. Le nom de Colleclio scquitur, donné à cette formule, semble choisi à dessein pour exprimer formellement sa relation avec la Prœfatio missœ. Dans les mêmes documents gallicans, à la fin de la messe, on voit apparaître un nouvel accouplement, symétrique à celui-là, c'est-à-dire une monition (Post eucharistiam), préalable à une nouvelle Colleclio sequitur, où se trouve renfermée la prière d'action de grâces finale. Il en faut dire autant des monitions Ante orationem dominicain & des collectes Post orationem dominicain. Dans les trois cas, c'est la même économie. Or, c'est là un fait qui ne doit pas passer inaperçu. Il y a là un procédé d'euchologie caractéristique, qui peut être spécial à une époque, à une civilisation liturgique déterminée; il n'est même pas impossible qu'on arrive à en reconnaître la date approximative. Il n'est pas particulier du reste aux documents gallicans. Nous le retrouvons dans nos Orationes solemnes du vendredi saint & dans un grand nombre d'Ordines du Pontifical romain. Qu'il suffise de rappeler les formules assignées à la collation des divers degrés de l'Ordre.
Les menues remarques que nous venons de présenter suffisent, en attendant, au but que nous nous proposons. Mais est-ce bien tout & n'y aurait-il pas, par hasard, un dernier indice à reconnaître, qui achèverait de nous mettre en possession des conclusions historiques auxquelles nous sommes parvenus ? Il y a en effet quelque chose. L'observation attentive des titres qui se réclament d'un texte quotidien, d'un cadre invariable, & pour tout dire, d'un Ordo communis ou d'un Canon, jointe à l'observation de certains points d'attache équivalant à ces titres, va nous mettre sur la trace du document où se rencontre l'incipit réclamé.
Éliminons les termes qui se réfèrent à des formules usitées dans toutes les liturgies. Il est clair à première vue que des titres, tels que Post sanclus, Ante orationem dominicain, Post orationem dominicain, ne sont pas caractéristiques en vertu de la teneur du renvoi, puisque dans toutes les liturgies nous avons le Sanclus & l'oraison dominicale (i).
Il y en a d'autres qui appartiennent à un cercle plus étroit, la Colleclio post prophetiam, par exemple, qui nous renvoie au cantique Benediclus, par où s'ouvrait la messe gallicane. Tout cela, pas plus que la Colleclio post precem, qui suit la litanie diaconale, ne laisse toutefois apercevoir ce que nous cherchons, à savoir quel est le document, le Canon, grec ou romain, servant d'appui, de cadre à nos embolismes.
Mais il y a, dans le groupe hispano-gallican, une liturgie, où se rencontre un titre abso-
(i) 11 y aurait cependant à tirer parti des différentes façons dont le Pater est entouré dans les liturgies d'Orient & d'Occident.
L ANTIPHONAIRE AMBROSIEN
lument lié au Canon romain, & cette liturgie est la liturgie mozarabe, qui, par ailleurs, semblait être précisément la plus éloignée du groupe italo-romain. Ce titre est le Post pridie. Or, Pridie est l'initium de la formule introduftoire des paroles sacramentelles de l'institution de la sainte eucharistie; c'en est l'initium, disons-nous, mais seulement, — on n'y a justement pas assez pris garde, — seulement dans le Canon romain (i). Dans aucune autre anaphore on ne retrouvera l'expression Qui pridie quam pateretur, &c. La chose est capitale, puisqu'il s'agit de la partie la plus solennelle du protocole du sacrifice, & que, loin d'être un rapport de coïncidence exceptionnel, ceci se trouve couronner l'ensemble des résultats acquis dans les pages qui précèdent.
Nous nous bornons à l'exposition du fait sans entrer dans de plus longs développements. Il suffit de mettre sous les yeux du lecteur les pièces à conviction, c'est-à-dire les textes de chaque liturgie.
Nous avons donc d'un côté, du côté de l'Orient :
i° pour la liturgie des Constitutions Apostoliques : h f( yàp vuxtI itapeSuSoTo, Xa^Jùv
âpTOV, &C. (2).
2° pour la liturgie grecque de saint Jacques : h tq vuxtI f, rcapeStôoTo (3).
y pour la liturgie- de saint Marc : -Jt vux-l r, TtapeStôou éaoTov (4).
40 pour la liturgie de saint Basile : h -■?, vux-n, % napeStSou lauTÔv (5).
50 pour la liturgie de saint Jean Chrysostome : v$ vuxuri TtapeStôou éauràv (6).
6° bien qu'aujourd'hui cette dernière se soit rapprochée du texte de la liturgie grecque de saint Jacques : -7t vux-ù ■£ racpeStôoTo (7).
Nous avons au contraire du côté de l'Occident la formule romaine : Qui pridie quam pateretur. Chacun aperçoit ici du premier coup quels sont les termes topiques. Outre la réunion des liturgies d'Orient (8) dans l'usage du même verbe, tradi, tradere, au lieu duquel le Canon romain donne pati, il faut noter en même temps l'invariabilité des textes orientaux sur le mot nocle, tandis que le texte romain a pridie. Or, c'est précisément du Pridie romain que se réclame le titre de l'embolisme mozarabe, le Post pridie dont nous nous occupons. Il est clair que l'antique Or do espagnol se trahit en cet endroit & qu'il ne lui est pas possible de dissimuler son appartenance à la famille liturgique romaine (9). Il
(1) L'insertion dans la liturgie en a été attribuée au pape saint Alexandre qui gouvernait l'église de Rome sous Trajan & Adrien. Voir là-dessus le Liber pontificalis, éd. Duchesne, tome I, p. 127.
(2) Brightman, Liturgies eastern and western, Oxford. 1896, vol. I, p. 20.
(3) Ibid., p. 51, Cf. p. 483. De même dans celle des Jacobites-Syriens, p. 86-87.
(4) Ibid.. p. 132. De même dans la liturgie copte des Jacobites, p. 176, & des Abyssins, p. 232. & dans celle des Nestoriens, p. 285.
(5) Ibid., p. 327. Cf. p. 404.
(6) Ibid.
(7) Ibid, p. 385.
(8) C'est-à-dire que les églises d'Orient ont toutes conservé le texte de l'épître aux Corinthiens (I Cor., xi. 25), en l'entourant peut-être de ce qu'ajoutait saint Paul dans ses instructions verbales : Cetera cum venero disponam.
(9) Il y a ici dans le Missel mozarabe : 1" un hors d'oeuvre, & 2° une formule de consécration, qui appellent un éclaircissement. Le hors d'œuvre consiste en ceci : sans prendre garde que le Vere sancTus reste béant au rac-
serait surprenant qu'un titre aussi révélateur qu'est le Post pridie n'eût jamais frappé l'attention de Pinius, de Mabillon, de Lebrun, de Lesley surtout, si ce n'était précisément recueil des érudits de ne pas assez prendre garde à ce qui leur est devenu trop familier par la fréquence & la répétition.
Au reste, hâtons-nous de le dire, ce n'est pas seulement la liturgie mozarabe qui cache sous des rubriques inaperçues ses lettres testimoniales. Elle est seule, il est bien vrai, à nous
cord Cbristus Dominas ac Redcmptor du Qui pridie, le Missel mozarabe, depuis fort longtemps, insère brusquement la prière Adesto. Voici comment les choses se présentent : « Post Sanclus. Vere sanclus, vere benediclus Dominus noster Jésus Christus Filius tuus qui venit e cœlis ut conversaretur in terris : caro fa&us est, ut habitaret in nobis Christus Dominus ac redemptor asternus. — Adesto, adesto, Jesu bone pontifex. in medio nostri, sicut fuisti in medio discipulorum tuorum & sanclifica hanc oblationem ut sanclificata sumamus per manus sancti angeli tui, sancle Domine ac Redemptor aeterne. Dominus noster Jésus Christus in qua nocle tradebatur accepit panem, & gratias agens benedixit ac fregit, deditque discipulis dicens : Accipite & manducate : Hoc est corpus meum quod pro vobis tradetur. Quotiescumque manducaveritis, hoc facite in meam commemorationem. f$. Amen. — Similiter & calicem postquam cœnavit, dicens : Hic est calix novi testamenti in meo sanguine, qui pro vobis & pro multis effundetur in remissionem peccatorum. Quotiescumque biberitis, hoc facite in meam commemorationem. i$. Amen. — Quotiescumque manducaveritis panem hune & calicem istum biberitis, mortem Domini annuntiabitis, donec veniat in claritatem de caslis. $. Amen. » — « Il s'est fait ici quelque changement, dit le P. Lebrun (Explic. de la messe, tome III, éd. de 1777, p. 323, dissert. V, art. m), & il y avait sans doute des mots que nous ne voyons plus. Il n'est pas naturel qu'après s'être adressé à Jésus-Christ pour le prier de se rendre présent, on change tout d'un coup la construction en disant, Dominus noster Jésus Cbristus, &c, sans aucune transition. Suivant l'ordre ordinaire de toutes les liturgies, on s'adresse ici à Dieu le Père pour lui présenter le sacrifice dejésus- Christ; & l'on entre ainsi dans les paroles de l'institution de l'eucharistie Qui pridie, &c. II est bien certain que ces mots Qui pridie étaient autrefois dans la liturgie des églises d'Espagne, puisque dans toutes les messes du Missel mozarabe l'oraison qui suit les paroles de l'institution de l'eucharistie est toujours intitulée. Oratio post pridie. Et si l'on se donne la peine de jeter les yeux sur les oraisons intitulées, Post sanclus, dans le Missel mozarabe, on verra qu'elles finissent (ainsi que la précédente de la messe de Noël : Dominus ac Redemptor œtemus) d'une manière qui vient se joindre naturellement à Qui pridie... Il est surprenant que le cardinal Ximénès & ce savant chanoine, qu'il employa pour mettre au jour le Missel mozarabe, n'aient pas remarqué cette omission ou ce changement. Et s'ils l'ont remarqué sans pouvoir trouver des manuscrits qui rectifiassent cet endroit, on doit leur savoir très bon gré d'avoir toujours laissé le titre Post pridie, comme ils l'ont trouvé dans les manuscrits. »
M. l'abbé Duchesne croit plutôt, & c'est notre avis, que Y Adesto est tout simplement une interpolation. « La prière Adesto ne peut être primitive, dit-il, car dans les Missels mérovingiens du septième & du huitième siècle, le Vere sanclus est toujours joint immédiatement au Qui pridie. — Les mots Dominus noster , &c, sont un raccord; je les mets entre crochets avec l'oraison Adesto jusqu'à l'endroit où le texte se relie grammaticalement aux premiers mots du Qui pridie. »
C'est également l'opinion de Lesley qui a étudié plus que personne le Missel mozarabe. « Gotho-hispani, dit-il, orationem Post sanclus, his aut similibus vocibus claudunt : Ipse Dominus ac Redemptor œtemus. Christus Dominus ac Redemptor œtemus ; aut, pro varietate construclionis : Cbristo Domino et Redemptori œterno; aut : Per Cbristum Dominum Redemptorcm œternum, qui pridie, &c, statim enim verba consecratoria subjiciebant, quod etiam Galli observabant. At Mozarabes orationem Post sanclus a verbis Christi consecratoriis sejungunt, interposita oratiuncula Adesto, more suo adeo imperite, ut interpolatio manifesta sit ; nam orationes Post sanclus intégras & intactas reliquerunt cum illis vocibus Cbristus Dominus ac Redemptor œtemus, aut similibus, quas denuo repetunt, in oratione Adesto, qu«e semper concluditur, Sancle Domine et Redemptor œteme. Et hinc accidit ut bis cogantur subitanea constructionis permutatione, filum orationis intersecare, primum cum verbis illis, puta per Cbristum Dominum et Redemptorem œternum, subdunt suum Adesto, adesto; & rursus cum illis Sancle Domine et Redemptor œteme, adjugunt Dominus noster Jésus Cbristus, &c. Praeterea, quod P. Petrus Le Brun, & ex eo P. Joannes Pinius
L ANTIPHONAIRE AMBROSIEN
SI
fournir son signalement dans un titre, les autres documents du même groupe nommant en effet Post sécréta, Post mysterium, ce qui s'appelle ici Post pridie. Mais en examinant de près, non plus cette fois Pembolisme postérieur au récit de l'institution, mais celui qui le précède, & qui porte le nom de Post sanclus dans tout le groupe hispano-gallican, précisément parce qu'il sert de transition entre le Sanclus & le texte canonique Qui pridie, nous obtenons ce résultat que même les messes de Mone, réputées absolument & exclusivement gallicanes, entrent, elles aussi par ce côté, dans l'orbite du Canon romain. Mone n'a pu fournir YOratio post sanclus que pour six fragments palimpsestes sur onze édités par lui. Il n'en faut pas davantage. Chacun de ces six embolismes se termine invariablement par le raccord Qui pridie. Nous transcrivons ici l'incipit & le desinit avec le raccord de chacun d'eux, en ayant soin d'indiquer le folio du Codex rescriptus253 in-40 de Karlsruhe, où l'éditeur les a découverts (1).
observarunt, voces illas Gotho-hispanis, Gallis & Romanis solemnes, Oui pridie sustulerunt & simul intaclum reliquerunt titulum orationis quae post consecrationem funditur, quasque constanter Post pridie inscribitur, quo palam fit vocem illam pridie praecessisse ; quare minime dubium est orationem Adesto Gotho-hispanis ignotam Mozarabes libris suis missalibus inseruisse : haud tamen puto interpolationem recentem esse, aut iis attribuendam quibus cardinalis Ximenius edendi Missalis mozarabici curam commisit. » (Missale mixtum, page 540, note de la page 229.)
Quant à la formule de consécration, c'est pour nous un problème qui reste sans solution. Défalcation faite du premier Qiiotiescumque manducaveritis & des mots in claritatem de cœlis, qui lui sont propres, cette formule est purement & simplement, sans omission, la reproduction du texte du chapitre xi de la Ire Ëpître aux Corinthiens (23-26), augmentée des mots deditque discipidis suis (Matth. xxvi, 27). Or il n'y a aucune liturgie ni orientale ni occidentale, qui s'en tienne exclusivement ici aux textes scripturaires, & qui reproduise celui de saint Paul sans aucune omission. Toutes ont intercalé un plus ou moins grand nombre de mots transmis sans doute par tradition orale. Ces mots de saint Paul : i° (avant similiter) : Hoc facile in meam commemorationem ; 2° (après Hic est calix novi testamenti) : in meo sanguine, ne sont ni dans les liturgies grecques ni dans les liturgies latines ; 30 le qiiotiescumque biberitis , associé au second in meam commemorationem, n'est que dans les latines, & encore celles-ci substituent-elles le verbe feceritis au biberitis de saint Paul. Quant aux additions qui se trouvent dans toutes les liturgies, par exemple : in sanclas ac venerabiles manus suas (liturgies latines); in sanclas, (et impollutas), et immaculatas, (et immortelles) manus suas (liturgies grecques), la formule mozarabe ne les a point. Elle ne connait d'autre addition extra-scripturaire que les mots in claritatem de cœlis, uniquement propres à elle, & l'addition etpro multis commune à presque toutes les liturgies. Nous nous trompons. Elle introduit aussi les mots ex Jioc omnes après manducate. Or c'est là une addition qui ne se trouve dans aucune liturgie d'Orient. Elle est spéciale aux formules latines, à toutes sans exception, celle de Rome, comme celle de Milan, comme celle du de Sacramentis. Cela n'empêche pas la formule mozarabe dans son ensemble d'être isolée entre l'Orient & l'Occident. La chose est d'autant plus singulière que, d'après ce que nous venons de voir, ce n'est pas là la formule qui convient à la liturgie mozarabe, celle-ci réclamant la formule romaine par toutes ses oraisons Post pridie. On se demande ce que l'autre vient faire là & si ce n'est pas précisément comme l' Adesto, une interpolation extra liturgique (1).
Le lecleur qu'intéresserait une comparaison sérieuse des divers Canons doit lire la Notitia du Dr Ceriani déjà citée. En attirant l'attention sur le caraclère du Qui pridie quant pateretur & sur sa présence dans toutes les liturgies gallicanes, nous sommes heureux de compléter une savante étude à laquelle on pouvait croire que rien ne manquait, & d'apporter ainsi notre petite pierre à l'appui des conclusions du vénérable préfet de l'Ambrosienne.
(1) Mone, Lateiniscbe uud Griechische Messen, &c, Frankfurt am Main, 1850, in-4'1. Les textes latins sont reproduits dans Migne, au tome CXXXVIII.
(1) Cf. Pnûus, Tracî. htst. chron. de Lit. ant. bisp., n<« 213, 456, 479 notes f & g, 507, &c, dans Blanchini, Lit. Ant. hi%p. goth., &c, Romae, 1746, tom. I, & dans Ail. SS., tome VI de Juillet.
Paléographie V. 8
MlSSA III,
f° 8ir
Missa IV,
Missa V,
Missa VI,
Missa VIII,
Missa II, (Mone, p. 18. f° 58" du ms.). Vere sanclus... Jhs Xps filius tuus. Qui pridie.
Benediclus Deus... quam Ecclesiam ruiramus erigit. p. d.
Qui pridie.
Deus qui nos... tradedit verba dicluri p. d. Qui pridie. Hinc inquam Christus... ad Patris dexteram relevaret
p. d. nm. Qui pridie.
Hanc in excelsis... sed etiam himetandam patuerunt.
Qui pridie.
Vere terribilis... qui repa[ra]tur adest nostrarum anima-
rum. p. d. Qui pridie.
Le raccord Qui pridie se retrouve jusque dans le fragment gallican palimpseste découvert par Niebuhr à la bibliothèque de Saint-Gall & communiqué à Bunsen qui le publia au vol. III de ses Analecla antenicœna (Londini, 1854, p. 263) (1) :
cum gaudio secuturae immortalitatis exspeclet. Per Dominum nostrum qui pridie quam pateretur.
Sauf cinq fois, toutes les messes du Missale gothicum de Tommasi, qui ont l'embolisme Post sanclus, nous offrent, dans des conditions semblables à celles de Mone, le raccord en question. L'énumération pouvant en tenir en quelques lignes, nous la mettons sous les yeux du lecleur (2).
p. 232. Vigilia Nativitatis.