In die Nativitatis Domini 239. In Nat. sancli Stephani
Vere sanclus... manifestatus est in terris. Ipse enim pridie
quam pat.
Gloria in excelsis Deo... Per Christum Dominum nostrum. Qui
pridie quam pro nostra omnium sal. (3). Vere sanclus... mysterium sacra? solemnitatis instituit. Ipse enim pridie quam pateretur.
242. In Nat. Apost. Jacob. & Joh. Osanna in excelsis. Vere sanclus... praestare dignatus est. Ipse
enim qui pridie quam pat.
245. In Circumcisione D. N. J. C. Vere sanclus... & salvum facere quod perierat. Ipse enim pridie
quam.
252. In D. S. Epiphanias. Vere sanclus... Jésus Christus Dominus noster. Qui prid. quam
patere.
256. In Assumptione S. Marias Vere sanclus... mors non tenuit in sepulchro. Ipse enim prid.
Matris D. N. quam pat.
264. In Nat. S. Andréas. Osanna in excelsis... Ipse enim pridie quam.
277. In Traditione symboli. Hnec est sine fine... Per Christum Dominum nostrum. Qui prid.
279. In Cœna Domini. Vere sanclus & justus... Corporum redemptorem. Ipse enim q.
(1) Cette pièce a été réimprimée par Hammond (The Ancient Liturgy oj Antiocb and otber liturgical fragments , Oxford, 1879, Paëe 53)> à côté des fragments donnés par Amédée Peyron, d'après un palimpseste de la bibliothèque Ambrosienne, que nous croyons provenir du même manuscrit qui a fourni à Mai les fragments qu'il a publiés au tome III des Scriptorumveterum nova colleclio, p. 247 (Migne, tome CXXXVIII, p. 883). Ni les fragments de Peyron, ni ceux de Mai ne nous permettent, du reste, de vérifier si le Qui pridie s'y trouvait.
(2) Tommasi, Opp., éd. VEzzozi, tome VI.
(3) Cette variante est dans tous les Sacramentaires grégoriens au jeudi saint. Cf. par exemple celui de Hugues Ménard (Migne, tome LXXVIII, col. 83), Qui pridie quam pro nostra omnium salute pateretur.
L ANTIPHONAIRE AMBROSIEN jC}
Vigilia Paschas.
S. Leudegarii.
Missa dominicalis.
Tuo jussu Domine... omnibus légitima eucharistia. Per Christum Dominum nostrum. Qui pridie.
Osanna in excelsis... post triumpho corona. Per Dominum nostrum. Q. prid.
Vere sanclus... ut nos faceret sacerdotes. Ipse enim qui prid.
Vere sanctus... Rex Israël. Qui pridie.
Vere sanclus... non aperuit os suum. Ipse enim qui prid.
Sanftus in sandis... Jésus Christus. Qui pridie.
Vere sanclus... per sanclum & benediclum Jesum Christum Filium tuum Dominum nostrum. Qui pridie.
337. » Osanna in excelsis... credentibus daret. Ipse enim qui prid.
Le Missale gallicanum vêtus, dont l'unité, d'après l'observation de M. Léopold Delisle(i) pourrait bien être faclice & due à la réunion en un même volume des débris de deux Sacramentaires différents, n'offre de Colleclio post sanclus que pour les trois premières messes. Voici l'incipit & le desinit pour deux d'entre elles.
p. 371. Missa S. Germani. Benediclus plane... Dominum nostrum Jesum Christum Filium
tuum. Qui pridie quam pateretur.
p. 375. Missa de Adventu Domini. Vere sanclus... per ipsum Dominum nostrum. Qui pridie quam
pro nostra & omnium salute pati dignaretur.
Pour la troisième (Missa de Adventu, p. 373), le Post sanclus n'est pas annoncé comme tel, mais simplement sous cette forme & dans ces limites abrégées :
Post bœc : Hanc igitur obi.
Post bœc, c'est-à-dire après la Contestatio. C'est le rang de tous les embolismes de cette catégorie. Nous appelons l'attention sur la teneur de celui-ci.
Dans l'une des messes d'un autre cahier de ce manuscrit (2), nous trouvons au contraire la série romaine actuelle, après la préface eucharistique, c'est-à-dire : Sanclus, Te igitur, Communicantes... &c. Hanc igitur... &c, (avec une rédaction spéciale, mais y compris le diesque nostros,) Qui pridie .. . &c, le tout sous la seule rubrique, Post.
Il y a dans le Missel de Stowe une Misa apostolorum et martirum et sanclorum et sanctaritm virginum, dont il n'est pas possible de contester le caractère gallican. On s'y rend en effet directement du Sanclus au récit de la cène, par le seul intermédiaire de la formule Vere sanclus, &c. Ici encore le raccord est Oui pridie (3).
Enfin, M. Warren cite en note, à ce propos (4), un fragment gallican du vme siècle,
(1) Delisle, Mémoires sur d'anciens Sacramentaires, tome XXXII, ieie pic des Mém. de l'Acad. des I. & B. L., page 73. Il est à remarquer que les deux premiers cahiers de ce manuscrit ont 14 ou 16 lignes à la page, les autres 20 ou 2 1 .
(2) Fol. 44, cahier VI appartenant au groupe des quaternions signés CLxxviii, Qxxix, Qxxxn à Q.xxxviii; les précédents n'ont pas de signature. Cf. Delisle, loc. cit., p. 76; Tommasi, p. 388.
(3) Warren, The liturgx... of tbe celtic Cburcb, p. 246.
(4) lbid., p. 268.
découvert en 1867 par le Rév. H. B. Swete, dans le ms. 153 du collège Gonville & Caius, à Cambridge. Toujours le raccord du Post sanclus est notre Qui pridie.
En somme, parmi les textes gallicans connus jusqu'à présent, il n'en est pas un seul qui se sépare de Rome sur la question du récit de la cène. D'une façon ou d'une autre, tous se rattachent à la formule romaine. Les uns s'y réfèrent par le raccord de la Colleclio post sanclus (Missale gothicum, première partie du Missale gallicanum vêtus, Missel de Reichenau, fragments de Niebuhr, Misa Apostolorum et martirum, &c, du Missel de Stowe, fragment de Cambridge). Un seul, le mozarabe, s'y relie par le titre de Y Oratio post pridie. Les autres le possèdent intégralement : (Missel de Stowe, Missale Francorum & Sacramentaire de Bobbio) ; ou bien en représentent une fraftion notable : (Missale gallicanum vêtus, 2e partie).
Si l'on admet avec M. Probst (1) que le de Sacramentis n'est que la rédaction de notes prises aux catéchèses mystagogiques de saint Ambroise, on y trouverait pour le Sacramentaire ambrosien un témoignage semblable & incomparablement plus précieux par son ancienneté. Mais les motifs, mis en avant par M. Probst en faveur de cette attribution, ne paraîtront pas décisifs à tout le monde. Il suffit d'ailleurs des Sacramentaires manuscrits de l'église de Milan pour nous renseigner. Or le Canon milanais, comme celui des Sacramentaires gélasiens & grégoriens, n'est pas autre non plus que le Canon romain, & cela de quelque façon qu'on l'examine. Nous serions d'ailleurs très disposés à considérer l'état actuel du Canon ambrosien comme représentant une accession, à la vérité très ancienne, de l'église de Milan à une réforme disciplinaire de Rome, qu'il ne serait peut-être pas impossible de reconnaître & de préciser. Mais, comme l'a fait remarquer très justement M. Duchesne, il reste dans les plus anciens manuscrits une trace remarquable de la conformité primitive avec l'ordre gallican. A la messe du samedi saint, le Sanclus se relie au Qui pridie par une seule & unique formule, dont le type gallican n'est pas méconnaissable. M. Duchesne, en la publiant pour la première fois dans les Origines du culte chrétien, a, le premier aussi, croyons-nous, signalé ce très important rapprochement. Son texte est emprunté au Sacramentaire de Biasca (2).
Voici, par exemple, qui est digne de remarque. Tandis que ce Post Sanclus est maintenu dans les livres imprimés où, naturellement, il accuse par sa présence & son seul incipit, Vere sanclus, l'intrusion du Te igitur qui le précède & le sépare du Sanclus, des manuscrits de très bonne marque ont déjà sacrifié ce souvenir incohérent du passé, pour adopter franchement & absolument le Canon romain pur & simple. On cherchera vainement au samedi saint le Vere sanclus du Sacramentaire de Biasca dans le Sacramentaire du trésor de la cathédrale de Milan (xie s.) (3), décrit par M. Delisle, sous le n° LXXIV de son mémoire (4).
(1) Probst, Liturgie des vierten Jabrhunderts und deren Reform, Munster, 1893, page 232, sqq. Cf. Ceriani Notitia, p. 66: — D. Morin, Revue Bénédictine, Août 1894. (tome XI, p. 343 sqq.); — Acla SS. Oftob., tome VII, p. II, 1037-1042.
(2) Bibl. Ambros. A. 24 bis inf. ; Duchesne, Origines, p. 205.
(3) Fol. 106 r° & v° du manuscrit.
(4) Léop. Delisle, Mêm. sur d'anc. Sacrum., p. 204.
L ANTIPHONAIRE AMBROSIEN
A côté de cela, il faut noter que les manuscrits eux-mêmes, qui conservent malgré tout le Post sanclus en question, ne le présentent pas tous dans les mêmes conditions. Le Sacramentaire de Biasca & celui de Bergame (p. 307) le donnent franchement pour ce qu'il est, y compris son titre, insolite ici, Post sanclus. Le Sacramentaire triplex de Gerbert (1) lui donne le titre, Infra acl. & l'incipit, Hanc igitur. Tous trois du reste le font suivre immédiatement du Ouipridie. Mais les Missels imprimés, ici encore, laissent la formule béante pour y glisser le Mémento des vivants & le Communicantes. Voici, pour plus de clarté, ces différents états du Canon ambrosien du samedi saint disposés parallèlement.
Missel de 1831.
Prœfatio Vere dignum, &c... dicentes.
San du s.
Canon hujus missœ.
Te igitur, &c... illibata.
Vere sandus, vere benedidus Dominus noster Jésus Christus Filius tuus
Missel de 1515.
Sacram. de Bergame.
Sacrara. Triplex de Gerbert.
qui cum Dominus esset majestatis, descendens de caelo, formam servi, qui primus perierat, suscepit & sponte pati dignatus est ; ut eum quem ipse fecerat, de morte liberaret. Unde & hoc paschale sacrificium tibi offerimus pro his, quos ex aqua & Spiritu Sando regenerare dignatus es ; danseis
Prephatio V.D. aequum Prœfatio V.D. aequum & salutare. & salutare.
Sandus.
Sequitur Canon hoc modo.
Te igitur... illibata.
Statim sequitur.
Vere sandus, vere benedidus Dominus noster Jésus Christus Filius tuus
qui cum Dominus esset majestatis, descendit de caelo, formam servi, qui primus perierat, suscepit & sponte pati dignatus est ; ut eum quem ipse fecerat, de morte liberaret. Unde & hoc paschale sacrificium tibi offerimus pro his, quos ex aqua & Spiritu Sando regenerare dignatus es ; dans eis
Sandus.
Post sanclus.
Vere sandus, vere benedidus Dominus noster Jésus Christus Filius tuus
qui cum Dominus esset majestatis descendit de caelo, formam servi, qui primus perierat, suscepit & sponte pati dignatus est ; ut eum quem ipse fecerat de morte liberaret. Unde & hoc paschale sacrificium tibi offerimus pro his, quos ex aqua & Spiritu Sando regenerare dignatus es ; dans eis
Infra Acl.
Hanc igitur oblationem servitutis nostrae, sed & cundae familias tuas, quassumus Domine, ut placatus accipias, diesque nostros in tua pace disponas, atque ab aeterna damnatione nos eripi , & in eledorum tuorum jubeas grege numerari ; qui cum Dominus esset majestatis descendit de caelo, formam servi, qui primus perierat, suscepit & sponte pati dignatus ; ut eum quem ipse fecerat de morte liberaret ; unde & hoc paschale sacrificium tibi offerimus pro his quoque, quos ex aqua & Spiritu Sando regenerare dignatus es ; dans eis
(1) Gerbert, Mon. vet. Lit. Alan., pars I, p. 91,
Missel de 1831.
remissionem omnium peccatorum, ut invenires eos in Christo Jesu Domino nostro. Pro quibus tibi Domine, supplices fundimus preces :
ut nomina eorum , pariterque famuli tui Papae nostri N., & Pontifias nostri N. ac N.
Imperatoris & Régis nostri,
scripta habeas in libro viventium. Pereumdem Christum Dominum nostrum.
Commemoratiopro vivis.
Mémento Domine famulorum famularumque tuarum... reddunt vota sua, asterno Deo vivo & vero.
Missel de 1515.
remissionem omnium peccatorum, ut invenires eos in Christo Jesu Domino nostro. Proquibus tibi Domine, supplices fundimus preces :
ut nomina eorum, pariterque famuli tui N.
Papae nostri, & Pontificis nostri N. ac famuli tui N. Imperatoris nostri,
scripta habeas in libro viventium. Pereumdem Christum Dominum nostrum.
Infra Canonem.
Communicantes... in primis gloriosae. et cetera sicut babemus in Canonem commit nem.
Communicantes... sed & beatorum Apostolorum & Martyrum. et cetera, congruenter utique ad hiijusmodi missam, sumantur ex Ordinario Missœ.
Hanc igitur oblationem Hanc igitur.
... Per Christum Dominum nostrum.
Quam oblationem... ac Quam oblationem.
Domini nostri Jesu Chri-
sti.
Lavabo.
Qui pridie.
Lavabo. Qui pridie.
Sacram. de Bergame.
remissionem omnium peccatorum, ut invenires eos in Christo Jesu Domino nostro. Pro quibus tibi Domine, supplices fundimus preces ut nomina eorum pariterque famuli tui itt.
Imperatoris
scripta habeas in libro viventium. Per Christum Dominum nostrum.
Qui pridie quam pro nostra & omnium salute pateretur, accipiens panemelevavitoculos,&c.
Sacram. Triplex de Gerbert.
remissionem omnium peccatorum, ut invenires eos in Christo Jesu Domino nostro. Pro quibus tibi Domine supplices fundimus preces ut nomina eorum pariterque famuli tui N.
scriptahabeasin libro viventium. Per Christum Dominum nostrum.
Qui pridie quam pro nostra & omnium salute pateretur, accipiens panem, elevavit oculos ad caîlos.
L ANTIPHONAIRE AMBROSIEN
Cette singularité du reste est plus significative encore, si nous la rapprochons d'une autre formule semblable signalée par M. Duchesne dans le même Canon milanais, au jeudi saint. Chose bizarre, ni le samedi saint, ni le jeudi saint ne sont complètement archaïques, & tandis que la première partie du Canon ambrosien nous est ainsi restituée par le samedi, c'est le jeudi qui nous restitue, archéologiquement aussi, la seconde. Nous ne voudrions cependant pas affirmer d'une façon trop catégorique, que, dans la première partie du Canon, le jeudi saint ait totalement rompu avec ses origines. Il en reste, croyons-nous, des vestiges même assez apparents, si l'on y prend bien garde. Nous ne sommes malheureusement pas en mesure de tirer de l'observation que nous allons présenter le meilleur parti possible. Il faudrait avoir sous la main, pour les comparer, les principaux témoins de la tradition ou plutôt des traditions milanaises sur ce point. Nous croyons néanmoins notre remarque digne d'intérêt. Le fait auquel nous faisons allusion est celui-ci.
Le manuscrit du trésor de la cathédrale de Milan, dont nous venons déjà de parler, offre au jeudi saint (fol. 94 v°) une formule particulière, Tu nos Domine participes, &c, nettement distinguée du Communicantes incomplet qui la précède, par l'isolement à la ligne, en vedette & en rouge de son T majuscule. Cette formule, qui paraît bien être en fonction de Post sanclus, se raccorde immédiatement au Qui ' pridie, sans passer par le Quant oblationem. Nous insistons sur le relief donné à la formule Tu nos Domine, &c, dans le Codex metropolitanus. Il ne s'agit pas ici d'un de ces développements intercalaires tels qu'en comporte, en certaines circonstances, la formule Communicantes. Ces intercalations, en pareil cas, sont très habilement fondues dans la phrase, & en suivent, sans aucun soubresaut, le mouvement grammatical. Ici, rien de pareil. L'incipit de la formule Tu nos Domine se présente après les mots : Communicantes et diem sacratissimum célébrantes quo traditus est Dominas noster Jésus Cbristus, sed et memoriam vénérantes, avec une brusquerie d'autant plus imprévue qu'elle laisse béante la phrase inachevée (1). Comme pour mieux accuser la maladresse de la soudure, une main très postérieure a transcrit en marge du fol. 95, en regard du Qui pridie, les premiers mots, sed et memoriam vénérantes, & la suite du Communicantes ainsi interrompu. Au reste, c'est, en effet, définitivement sous cette forme écartelée & à cette place, qu'apparaît le Communicantes ambrosien du jeudi saint dans le Sacramentarium triplex de Gerbert (2), dans le manuscrit de Bergame (pages 283 82:284), dans ceux de Valle Travalia (bibl. Ambros., D. 87 inf.) & du marquis Trotti (3), enfin dans les Missels imprimés de 1515 (p. 74 v°), de 1560 (4), & de 1831, les seuls documents que nous puissions utiliser en ce moment.
(1) La compilation ambrosienne de Pamelius {Lit. Latinorum, I, 339) montre qu'il a dû avoir sous les yeux un document analogue à celui-ci. Son Canon du jeudi saint arrête également le Communicantes dès le début, puis le fait suivre de la formule Tu nos Domine, après laquelle il passe aussitôt à l'anamnèse propre : Hœc facimus. Malheureusement, l'absence d'indication de sources précises & le caraclère subjectif de la compilation de Pamelius ne permettent pas de s'arrêter à ce nouveau témoignage.
(2) Gerbert, Mon. vet. Lit. Alem., vol. I, p. 73.
(3) Muratori, Diss. de rébus liturg., cap. x, dans Lit. Rom. Vet., col. 131 seq., & Migne. P. L., tome LXXIV, col. 943.
(4) Martene, Deantiq. Eccl. ritibns, lib. IV, cap. xxu, tome III, 2e éd. (Anvers 1737), col. 347.
Mais ici nous rencontrons, après le Communicantes intégralement transcrit, une formule Hanc igitur, non moins curieuse autant par sa parenté avec une formule analogue du Missale gallicanum vêtus (2e pie) (1), que par le souvenir qu'on en retrouve dans les Sacramentaires gélasiens. Pour la seconde fois, nous serions ainsi en présence d'une assimilation du Post sanclus à la formule Hanc igitur.
Établissons la synopse de ces documents.
Sacrara. Triplex de Gerbert.
Sacramentaire ambrosien du trésor de la cathédrale de Milan.
Missale gallicanum vêtus.
SECUNDA CONTESTATIO
PR7EFATIO
CONTESTATIO
Vere quia dignum&justum est... V.D. aeterne Deus per Chri- Manque le commencement.
Et ideo cum angelis, & archange- stum Dominum nostrum... & ... Per Christum Dominum lis, cum thronis. ideo cum angelis & archangelis. nostrum Jesum.
[Sanclus, Sanftus, Sanftus]
Te igitur... & apostolicae fidei cultoribus.
Mémento Domine... aeterno Deo vivo & vero.
[SanctusJ
Post Sanctus.
Te igitur.
1NFRA ACTIONEM
Communicantes & diem sacratissimum célébrantes, quo traditus est Dominus Jésus Christus.
Tu nos Domine participes Filii tui, tu consortes regni tui, tu incolas paradisi , tu angelorum comités esse jussisti, si tamen illaesa & intemerata fide cœlestis militire sacramenta servemus. Aut quid desperare de tua misericordia possumus, qui tantum munus accepimus, ut talem tibi hostiam offerre mereremur : corpus scilicet & sanguinem Domini nostri Jesu Christi qui se pro mundi redemptione piae illi ac venerandas tradidit passioni, qui formam sacrificii salutis perennis instituens, hostiam se primus obtulit, & primus docuit offerri.
Communicantes & diem sa- Communicantes & diem
cratissimum célébrantes quo Do- sacratissimumcelebrantesquo
minus noster Jésus Christus pro traditus est Dominus noster
nobis traditus est, sed et mémo- Jésus Christus, sed et memo-
riam vénérantes. riant vénérantes.
Tu nos Domine participes Filii tui, tu consortes regni tui, tu incolas paradisi, tu angelorum comités esse jussisti, si tamen illaesa & intemerata fîde caelestis militiae sacramenta servemus.
Aut quid desperare de tua misericordia possumus, qui tantum munus accepimus, ut talem tibi hostiam offerre mereremur : corpus scilicet & sanguinem Domini nostri Jesu Christi qui se pro mundi redemptione pia; illi ac venerandae tradidit passioni, qui formam sacrificii salutis perennis instituens, hostiam se pri-
(1) Tommasi, Opp., VI, 388, in Cœna Domini.
L ANTIPHONAIRE AMBROSIEN
Sacram. Triplex de Gerbert.
Sed & memoriam vénérantes...
muniamur auxilio. Per Christum Dominum nostrum.
Hanc igitur oblationem quam tibi offerimus ob diem jejunii cœnas dominicae, in qua Dominus noster Jésus Christus Filius tuus in novo testamento sacrificandi ritum instituit, dum panem ac vinum quod Melchisedech in praefiguratione futuri mysterii sacerdos obtulerat, in sacramentum sui corporis & sanguinis transformavit celebrandum , quaesumus Domine, placatus intende, ut per multa curricula annorum salvi & incolumes munera nostra tibi Domino mereamurofferre, diesque nostros in tua pace disponas, atque ab aeterna nos damnatione eripi, & in eleftorum tuorumjubeas grege numerari. Per Christum Dominum nostrum.
Quam oblationem... dileftissimi Filii tui Domini nostri.
Qui pridie quam pro nostra & omnium salute pateretur.
Sacramentaire ambrosien du trésor de la cathédrale de Milan.
mus obtulit & primus docuit offerri .
Missale gallicanum vêtus.
Qui pridie quam pro nostra & omnium salute pateretur.
Hanc igitur oblationem quam tibi offerimus ob diem jejunii cœna; dominicae, in qua Dominus noster Jésus Christus Filius tuus in novo testamento sacrificandi ritum instituit, dum panem ac vinum (quae Melchisedech in praefiguratione futuri mysterii sacerdos obtulerat) in sacramento sui corporis & sanguinis transformavit, quorum Domine ut placatus accipias ; diesque nostros.
Qui pridie quam pro omnium salute pateretur hodierna die, stans in medio discipulorum suorum accepit panem. et rel.
Il nous paraît assez probable que ce que nous avons là d'un côté ou de l'autre, sinon des deux côtés, c'est tout simplement l'équivalent du Post sanftus du samedi saint, & la façon maladroite, dont on a essayé de concilier ici l'usage romain & l'usage gallican, accuserait la postériorité de l'adaptation du romain au gallican. Même, il n'y a pas seulement maladresse, il y a aussi des traces de tâtonnements & des divergences qui trahissent le trouble & le désarroi, causés par l'arrivée en ligne de compte des formules romaines. Evidemment, tandis que dans tous les autres cas l'antique usage leur avait cédé la place, il semble qu'on ait tenu particulièrement à rester fidèle aux institutions primitives à ces deux jours solennels. Quand il fallut quand même céder à l'envahissement, on ne s'entendit pas partout pour transiger
Paléographie. V. 9
de la même façon. Ainsi, tandis que le Metropolitanus & le Missale gallicanum vêtus imaginent d'achever le Communicantes nouveau venu, avant d'entamer le Post sanclus propre à chacun d'eux, les autres, réunissant les deux formules Tu nos Domine & Hanc igitur, finissent par s'accorder sur la disposition incohérente que nous avons signalée.
Dans l'autre partie du Canon du jeudi saint, nous retrouvons la même hésitation, le même désarroi, en face du même problème de conciliation. Il s'agit de combiner l'antique Post pridie (i) avec le groupe euchologique romain Unde et memores, &c. Dans le Metropolitanus la même main postérieure, qui avait déjà suggéré en marge du fol. 94 v° un procédé de combinaison du Post sanclus & du Communicantes, contradictoire à celui du Codex original, renouvelle cette tentative en marge du fol. 95 v°, entre la fin du Post pridie, Hœc facimus, & le Per quem hœc omnia. C'est là qu'elle placerait Y Unde et memores. Les Missels imprimés de 151 5, de 1560 & celui de 1831 le placent au contraire avant Hœc facimus, dont l'insertion est ainsi reculée jusqu'après Nobis quoque peccatoribus. On est déconcerté, c'est évident. Pour les deux manuscrits de Muratori, pour celui de Bergame, pour le Sacramentarium triplex de Gerbert, la difficulté n'existe pas encore. Il n'y a pas de combinaison. L'antique usage gallican a pu résister victorieusement sur ce point à l'envahissement du formulaire romain. Le Post pridie (Hœc facimus) demeure donc seul maître du terrain & se relie directement à la fin du Pridie {Mandans) & au Per quem hœc omnia. Voici, pour résumer, le schéma de cet inventaire. Il n'est pas besoin de signaler le double emploi que forme avec Y Unde et memores la première phrase de Y Hœc facimus. La disposition suggérée par la note marginale du Codex metropolitanus rend cette anomalie plus sensible encore.
Ms. de Muratori. Ms. de Bergame.
Ms. du trésor de la cathédrale de Milan.
Sacram. Tripl. de Gerbert.
Qui pridie.
Mandans quoque & dicens ad eos : Haec quotiescumque feceritis, in meam commemorationem facietis, mortem meam praedicabitis, resurrectionem meam praedicabitis, adventum meum sperabitis, donec iterum de caalis veniam ad vos.
Missels ambrosiens Ordre résultant de 1515, 1560 de la note
et 1831. marginale du ms.
de Milan.
Qui pridie.
Mandans, &c.
Unde & memores su m us Dne nos servi tui.sed&plebs
Qui pridie.
Mandans, &c.
Canon romain.
Qui pridie.
Hagc quotiescumque feceritis, in mei memoriam facietis.
Unde & memores nos servi tui, sed & plebs tua sanfta ejusdem Filii tui Domini nostri tam
(1) Pour la commodité de l'exposition, nous demandons la permission d'adopter d'une manière générale le terme Post pridie (qui a l'avantage de localiser tout de suite la formule dont on parle), pour désigner toutes les formules de ce genre, qu'elles aient réellement ce titre, ou celui de Post sécréta, Post mysterium, Ad confratlionem panis, ou qu'elles en soient même dépourvues.
L ANTIPHONAIRE AMBROSIEN
Ms. de Muralori. Ms. de Bergame
Ms. du trésor de la cathédrale de Milan.
Sacram. Tripl. de Gerbert.
Hase facimus, hase celebramus tua, Domine, praecepta servantes, & ad communionem inviolabilem hoc ipsum quod corpus Christi sumimus, mortem dominicamannuntiamus.Tuumveroest,omnipotens Pater, mittere nunc nobis unigenitum Filium tuum : quem non quaerentibus sponte misisti. Qui cum sis ipse immensus& inaestimabilis, Deum quoque ex te immensum & inaestimabilem genuisti, ut cujus passione redemptionem humani generis tribuisti, ejus nunc corpus tribuas ad salutem. Per eumdem.
Per quem haec omnia.
Missels ambrosiens
de 1515, 1560
et 1831.
tua sca D. N.
J. C. passionis, neenon & ab inferis mirabilis resurreftionis, sed & in caslos gloriosissimae ascensionis, &c.
Supra quas.
Supplices.
Mémento etiam.
Nobis quoque.
Hase facimus.
Ordre résultant
de la note
marginale du ms.
de Milan.
Haec facimus.
Unde & me-
mores.
Per quem hase
Per quem hase
omnia.
omnia.
Canon romain.
beatae passionis, neenon & ab inferis resurre&ionis, sed & in caelos gloriosas ascensionis offerimus, &c.
Supra quas.
Supplices.
Mémento etiam.
Nobis quoque.
Per quem haec omnia.
On comprendra que nous nous attardions au côté, fort intéressant pour nous, de la question d'origine que soulèvent de telles observations. L'étude de l'Antiphonaire ambrosien ne peut demeurer étrangère à des recherches qui contribuent dans une si large mesure à le définir chronologiquement & liturgiquement, & à le situer dans ses assises fondamentales & son organisation première. Des faits de ce genre pourraient être négligés, s'il s'agissait d'une de ces circonstances liturgiques, telle qu'une fête d'institution récente, la fête-Dieu
par exemple, ou toute autre amenant des dérogations, des exceptions à la liturgie normale. Mais ici, l'existence dans les vieux Sacramentaires ambrosiens : i° au samedi saint & peutêtre au jeudi saint, d'une Colle clio post sanclus conduisant directement de la Préface & du Trisagion au récit de l'institution ; 2° au jeudi saint, d'une formule unique Post pridie (pour lui donner son vrai nom), entre le récit de la cène & le Pater, tout cela suivant l'usage gallican ; de pareils faits, malgré leur isolement dans les Sacramentaires manuscrits euxmêmes, sont bien autrement graves, tellement qu'il nous paraît difficile de ne pas les considérer comme témoignant de l'état primitif de la liturgie représentée dans ces Sacramentaires. Le samedi saint, comme tout ce qui l'avoisine, avant & après, appartient aux sous-sols les plus profonds de la liturgie chrétienne. C'est là, c'est dans les cryptes de YOrdo du baptême pascal, qu'il faut généralement descendre pour trouver la première pierre de tout l'édifice liturgique. C'est là du reste aussi que le temps a déposé le moins d'alluvions. Rome ellemême a évité, depuis des siècles, de rien changer à la physionomie exceptionnellement archaïque de cette messe dans ses propres livres.
Ici se place une question assez analogue à celle qui se posa aux xvne & xvme siècles, quand on s'occupa pour la première fois des liturgies gallicane & mozarabe. Frappés de la similitude des deux rites, les uns voyaient dans celle de l'Espagne une dérivation de celle des Gaules, sous prétexte que celle-ci procédait des évêques asiatiques de Lyon, & sans compter qu'elle avait subi plus tard encore l'influence de saint Hilaire au retour de son exil d'Orient, &c. ; d'autres, au contraire, faisaient dépendre la gallicane de la mozarabe pour d'autres raisons, d'ailleurs de moindre fondement encore, telles que celle-ci : le rite mozarabe venait d'Orient par les Wisigoths ; en débordant d'Espagne dans la province narbonnaise du nouveau royaume, il s'était ainsi répandu dans les Gaules.
M. Duchesne, en attirant l'attention sur les gallicanismes du samedi saint & du jeudi saint, a fait entrer la question dans une voie nouvelle. Aux deux fractions connues jusqu'ici du groupe gallican, il est désormais nécessaire d'adjoindre un troisième représentant, le milanais. Du même coup, les questions d'origine agitées précédemment changent d'aspect, ou plutôt elles se placent nettement pour ce qu'elles sont, ce qu'elles ont toujours été. Quand il n'y avait en présence que deux termes, insuffisamment définis d'ailleurs, on pouvait être excusable de se contenter de considérations vagues & générales & de recherches superficielles & sans profit. Aujourd'hui ce n'est plus cela. Le problème est maintenant bien posé.
Voilà les églises des Gaules, voilà les églises d'Espagne, deux des grands diocèses impériaux, formant avec la Bretagne la préfecture des Gaules, voilà les églises de Milan, & si l'on prend garde à l'importance relative du gisement de manuscrits gallicans & gélasiens à Reichenau, à Saint-Gall, disons en Rhétie, voilà les églises du diocèse impérial de la Haute- Italie, qui nous apparaissent groupées autour d'un type liturgique uniforme, quoiqu'il en soit de la liberté de rédaction des textes. Il faut expliquer cette unité autrement que par des influences quelconques ou des filiations de filiations interminables. Ce n'est vraiment pas par cette voie qu'on peut se représenter la rencontre d'une partie considérable du patriarcat
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romain, dans l'ensemble aussi bien que dans les détails de tout un système liturgique. C'est de discipline qu'il s'agit ici, ne l'oublions pas, mieux encore, d'une institution disciplinaire sacrée entre toutes. Le caprice de la mode, le goût du changement & de la variété, l'instinct d'imitation peuvent bien amener des modifications de détail ça & là, mais non pas installer de fond en comble toute une économie, soustraire, & soustraire avec ensemble, en bloc, des églises entières, des églises placées dans des conditions politiques différentes, & cela sur un point de discipline aussi important que la liturgie du sacrifice, les soustraire, disons-nous, à la juridiction spéciale de Rome à laquelle elles appartiennent.
Dans ces conditions du problème, les questions de priorité du mozarabe sur le gallican, & vice versa, n'ont donc plus rien à voir en la matière, pas plus que la question d'un type grec. Il s'agit de rechercher, beaucoup moins d'où vient le gallican, d'où vient le mozarabe, d'où vient l'ambrosien, que d'où vient l'unité compacte du système liturgique commun à ces trois groupes. On nous dira qu'en dernière analyse la pétition est la même. Sans doute, mais ce n'est plus le même programme à remplir, ni le même itinéraire à suivre pour arriver à la réponse, & c'est beaucoup.
Le champ des supputations ainsi précisé & resserré, il n'y a vraiment place que pour deux solutions : rattacher tout à Milan ou à Rome.
M. Duchesne incline (i) pour Milan. Dans sa thèse très fournie de faits épars çà & là, mais habilement mis en œuvre, il y a lieu de distinguer divers éléments qui ne sont pas nécessairement liés l'un à l'autre. On peut parfaitement les isoler les uns des autres. Bornons-nous au sommet des choses :
Que les livres actuellement en usage, aussi bien que les manuscrits, ne nous représentent pas dans sa teneur originelle la liturgie ambrosienne, & qu'il soit aisé, néanmoins, d'y reconnaître les substru&ions gallicanes primitives, c'est un fait, à notre avis, qu'il n'est plus permis de révoquer en doute.
Que ce qu'on appelle les particularités gallicanes accuse une importation orientale de ce type liturgique, c'est une question qui n'est déjà plus la même.
Que le premier centre de cette importation en Occident ait été le siège impérial de la Haute-Italie, c'est encore une autre thèse.
Que l'intermédiaire ait été l'évêque grec Auxence, c'est une quatrième question ; &, du reste, nous croyons aussi que l'arianisme de l'intermédiaire n'est pas très inquiétant ; il n'a
(i) C'est du reste en investigateur qui cherche encore, plutôt qu'en maître assuré de conclusions définitives que M. Duchesne a présenté cette solution. « Si vous avez le malheur, dit-il, de signaler vous-mêmes dans vos préfaces ou ailleurs, les défauts de vos livres, soyez sûrs que les censeurs se jetteront sur votre franchise & en abuseront. Dans un travail comme le mien, il était inévitable que les faits acquis ne fussent reliés çà & là par quelques hypothèses. J'ai pris soin d'en avertir le public. Les critiques en ont fait leur profit. Exemple : L'origine de la liturgie gallicane est un petit problème historique. J'ai exposé ma solution, suivant laquelle cette liturgie aurait eu Milan pour centre de rayonnement. Mais je l'ai fait sous forme dubitative, de sorte que beaucoup de bras se sont levés au ciel. » (Bulletin critique, 1889, p. 268.) L'exemple de l'illustre auteur vaut mieux malgré tout que ses bons conseils & ses avis sceptiques aux gens consciencieux. Nous suivons l'exemple & négligeons les avis.
pas grand chose à voir au débat, sinon qu'il aurait plutôt fait obstacle à l'expansion des institutions dont, par hypothèse, on aurait été redevable à une autorité disqualifiée. C'est pourquoi nous aurions préféré le nom d'Ambroise, s'il fallait absolument un trait d'union grec.
Enfin que l'exemple & la situation de Milan aient entraîné les églises des Gaules & d'Espagne, c'est une dernière thèse.
On a eu tort de rejeter tout cela en bloc & sans examen, sous prétexte que rien de pareil n'est jamais venu à l'esprit de personne. L'unité gallicane ne dépend, il est vrai, dans ce système, que d'une adhésion bénévole & facultative des divers groupes ecclésiastiques qui l'adoptent malgré le discrédit d'Auxence, c'est-à-dire d'une influence purement morale, d'un rayonnement extra-hiérarchique, d'ailleurs éphémère, accidentellement exercé par la métropole milanaise en sa qualité de siège de l'empire d'Occident. Mais, dans la pénurie d'explications qu'on puisse raisonnablement imaginer, les considérations, par lesquelles M. Duchesne a été amené à concevoir & à justifier son hypothèse, n'en ont pas moins des aspefts fort curieux. La critique a le devoir de les peser sérieusement & d'en tenir compte, quand bien même la situation scientifique de l'auteur ne les recommanderait pas. On peut différer sur l'interprétation des faits, on peut suspendre son adhésion à telle ou telle conclusion; mais il y a des faits nouveaux, des faits considérables versés au débat, il y a une poussée hardie, donnée à la direction des recherches, qui n'auront pas médiocrement contribué à la solution définitive, si on peut l'atteindre. Il fallait au moins le reconnaître.
C'est dans ces dispositions d'esprit que nous proposons à notre tour notre pensée. Nous le faisons timidement, qu'on veuille bien le croire, à plus forte raison, sans nous flatter que le nouvel essai d'explication tenté par nous va réussir à fermer d'emblée cette question d'origine, probablement encore ouverte pour longtemps. Ceci soit dit pour atténuer d'avance par une pointe de scepticisme ce qu'il y aurait de trop assuré & de trop convaincu dans le ton de notre exposé.
Nous inclinons, nous autres, non pour Milan, mais pour Rome. C'est à Rome que nous rattacherions volontiers l'unité gallicane. On a pu le pressentir dans les pages précédentes. D'une part, en effet, nos observations sur la communauté, à toutes les liturgies d'Occident, de Yeucbologie embolismique nous ont conduits à conclure à un seul système liturgique latin; &, d'autre part, la convergence de tous les documents autour du Qui pridie romain nous permettrait dès à présent de faire un pas de plus & de donner à ce système latin un nom plus précis, le nom de romain. C'est même déjà fait par anticipation.
Tout irait bien sans ce qu'on appelle les particularités gallicanes, & qui leur fait précisément une situation à part en face de la liturgie romaine. Ainsi nous n'avons pas seulement à expliquer, dans notre système, l'unité gallicane, il nous faut encore concilier, ramener à l'unité les documents gallicans & les documents romains, ceux-là présentant la difficulté de leurs particularités gallicanes, ceux-ci (les romains) présentant un Canon qui paraît bien incompatible avec l'économie très restreinte des deux embolismes eucharistiques gallicans, qui encadrent le récit de la cène (Post saniïus & Post pridie). Expliquons-nous clairement.
Disons nettement d'abord où gît la difficulté & en quoi elle consiste. Nous avons deux choses à considérer : les particularités gallicanes, la contexture du Canon romain.
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De toutes les particularités gallicanes, celle qui a toujours paru le plus considérable, c'est la position avant la Préface : i° de la récitation des noms ou lefture des diptyques, accompagnée de l'oraison dite, pour ce motif, Post nomina; &, 2° du baiser de paix.
Quant à la contexture du Canon romain, il suffit de dire que la série de ses formules constitue un ensemble assez complexe pour qu'on ne puisse le loger, dans les documents gallicans, ni entre le Sanïïus Si le Post sanïïus, naturellement consécutifs, ni entre le Post sanïïus & le Qui pridie, puisque le Qui pridic est nécessairement appelé tout aussitôt par le raccord du Post sanïïus, ni enfin entre le Qui pridic & le Post pridie, pour la même raison impliquée dans le titre lui-même. En d'autres termes, le Canon gallican, par le fait de l'emboîtement exaft de toutes ses pièces, est impénétrable aux complications de la formule romaine.
Maintenant, toutes ces particularités gallicanes sont-elles vraiment orientales, & cette contexture du Canon romain est-elle vraiment irréductible à l'homogénéité & à la plus grande simplicité du Canon gallican? Toute la question est là. N'en sortons plus.
Disons-le sans détour. Pour nous, la question du baiser de paix & de la récitation des noms avant la Préface, encore un peu, n'en serait pas une. Nous ne voyons rien en effet qui autorise à dire que la position donnée ainsi à ces deux rites soit plutôt orientale qu'occidentale, & nous croyons qu'on pourrait tout aussi bien dire qu'à l'origine l'Occident ne différait en aucune façon de l'Orient sur ce point. Il n'y a pas plus de documents d'un côté que de l'autre.
Il y a YOrdo missœ romain, nous dit-on. Peut-être. Mais si la liturgie romaine avait eu, elle aussi, très anciennement, avant le ve siècle, la récitation des noms & le baiser de paix durant la portion de la messe, antérieure à la Préface? Loin que YOrdo missœ romain fosse obstacle à cette hypothèse, l'étude attentive de son texte la suggérerait déjà.
En effet, tout bien considéré, la seule chose qui empêche de faire coïncider la série euchologique du Canon romain & celle du gallican, c'est l'insertion, dans le premier, de cette récitation, de ces diptyques des vivants & des morts. Visiblement cette insertion interrompt le développement eucharistique qui s'étend de la Préface jusqu'au Pater. Cette continuité du développement eucharistique, jointe à son caractère grandiose, sont précisément les deux traits les plus frappants des liturgies orientales, les plus anciennes ou les plus rapprochées de l'Anaphore primitive. Les Préfaces eucharistiques d'Occident n'ont plus, pour un grand nombre, l'ampleur lyrique de celles-là. C'est un trait qui leur manque souvent & cela surtout dans les livres gallicans. Mais, du moins, l'autre trait s'y retrouve encore. La Contestatio, le Sanïïus, le Post sanïïus, le Qui pridie, le Post pridie forment dans le Canon gallican un enchaînement assez homogène, pour qu'on puisse y reconnaître la continuité dont nous parlons. Et c'est précisément cette continuité que trouble l'insertion des prières des diptyques dans le Canon romain. Là aussi on le retrouverait sans la désorganisation causée par l'intrusion de ces facteurs inattendus. La pensée ne vient-elle pas naturellement, dès lors, qu'une transposition a dû être faite à cet endroit?
A première vue & à ne consulter que les analogies liturgiques, c'est bien en dehors du Canon que devrait se trouver la récitation des diptyques. Dom Cabrol n'a pas manqué de
relever en effet avec sa sagacité habituelle, dans la Peregrinatio Silviœ (op. cit., p. 41 , sqq.), dans les Constitutions apostoliques, dans la liturgie monastique & dans les liturgies grecques ce fait, qu'une prière des diptyques y est constitutive, en quelque sorte, des principaux offices, à leur conclusion. En s'étendant à l'office de la messe, cet usage, on le conçoit, a naturellement dû commencer par se maintenir dans la partie de la messe répondant aux autres offices, ou du moins entre la synaxe psalmodique & la synaxe sacrée proprement dite, c'està-dire entre la messe des catéchumènes & la messe des fidèles. Sa présence dans le Canon est par ailleurs très inattendue &, pour tout dire, y fait l'effet d'un hors-d'œuvre.
De fait, nous n'avons malheureusement aucun témoignage formel qui nous apprenne que cette transposition ait été opérée. 11 faut donc ici nous contenter de conjectures ; mais l'Orient, tout le premier, malgré l'immobilité dont on le gratifie quelquefois, nous fournirait des faits analogues qui les rendent assez vraisemblables. Il ne faut pas avoir longtemps comparé la longue liturgie de saint Jacques & de saint Basile avec celle de saint Jean-Chrysostome, pour s'apercevoir que celle-ci (la seule constamment usuelle aujourd'hui, chez les Grecs) n'est qu'une abréviation des précédentes. Il n'est personne qui ne porte un jugement semblable sur le Canon romain tout aussi bien que sur le gallican. L'impression qui reste, quand on y regarde de près, c'est que la liturgie romaine, les liturgies gallicanes, disons plutôt les Canons de ces liturgies ne sont non plus que des réductions, conformes au génie latin, de l'Anaphore primitive. C'est dans cette œuvre générale d'abréviation liturgique que pourraient s'être produites les transpositions & la condensation du Canon romain.
C'est du moins l'une des hypothèses qui se présentent naturellement. Nous croirions volontiers que le déplacement de la récitation des noms aurait également entraîné celui des Preces litaniques (la o-uvaTtTïj), & que l'esprit de simplification de cette réforme aurait déterminé leur fusion & réduction avec les diptyques transposés après la Préface. En tout cas, la disparition de ces prières partout ailleurs qu'au vendredi saint, où M. Duchesne croit, à juste titre, en retrouver quelque trace dans les Orationes solemnes, cette disparition vivement accusée par YOremus sans suite (1) de l'Offertoire, mais dont aucun témoignage textuel ne nous avertit (2), montre clairement que nous sommes loin de savoir par la voie
(1) Voir sur cet Oremus sans suite, les Origines du culte chrétien, p. 164. Ni Bona, ni son éditeur Sala, ni Dominique Georgi n'ont ici la moindre explication, non plus que Benoît XIV, le P. Lebrun, dom Martène, Maskell qui a tout un volume sur l'Ordinaire & le Canon de la messe (The ancient Jiturgy oftbe cburcb of England). Gerhert le premier s'était arrêté à YOremus en question, ou plutôt l'avait rapporté, en passant, à la Sécréta. (Vet. Lit. Alem., disquis . prcvv . , Pars I, Typ. San-Blas., 1776, pp. 316 & 331.) Une pareille explication ne supporte pas l'examen.
(2) Au moment où nous corrigeons les épreuves de ce travail, notre excellent confrère, dom Cabrol, nous écrit que la messe des morts (sur laquelle il se prépare à publier sous peu une étude archéologique) lui paraît renfermer, dans X Offertoire, un vestige évident de l'ancienne discipline. Cet Offertoire, théologiquement & historiquement assez extraordinaire, ne serait ni plus ni moins qu'une épave des anciennes oraisons consécutives à notre Oremus béant. Mais nous ne voulons pas enlever au savant prieur de S' Michael's Priory de Farnborough le soin d'exposer lui-même là-dessus ses idées, auxquelles nous adhérons pleinement. Voici seulement le texte de l'Offertoire sur lequel il appelle notre attention. Il est à remarquer qu'il n'apparaît qu'assez tard dans les Antiphonaires de la messe à titre de pièce de chant. Nous le transcrivons d'après le manuscrit de Saint-Biaise du xnc siècle,
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documentaire tout ce qui a été fait ou défait dans la messe romaine. Sans le hasard de la conservation de la lettre de saint Grégoire le Grand à Jean de Syracuse, qui se douterait que la position aftuelle du rite de la Fraclio & de la récitation du Pater est une transposition effectuée par ce pape? Les liturgies gallicanes, & notamment la liturgie ambrosienne, n'ayant jamais changé leur régime sur ce point, peut-être aurait-on été tenté d'y voir un trait oriental de plus à ajouter aux autres. Sans un autre hasard, le récit d'un incident de la vie de saint Benoît, nous ne saurions pas non plus que la liturgie romaine avait encore, au temps même de saint Grégoire, conservé l'exclamation du diacre entre la messe des catéchumènes & la messe des fidèles : Qui non communicat, detlocum. On en chercherait vainement quelque mention que ce soit dans n'importe quel manuscrit du Sacramentaire grégorien. Combien d'autres cas analogues nous échappent encore & nous seront peut-être révélés au fur & à mesure que l'histoire liturgique trouvera de bons ouvriers qui la comprennent (i).
Maintenant, à quelle époque devrait se placer la réforme dont nous cherchons les traces ? Ce devrait être assez longtemps avant la lettre de saint Innocent 1 à l'évêque d'Eugubium. Pour que le saint pontife ait put s'exprimer comme il le fait, en 416, sur l'usage de réciter les diptyques avant la Préface, il fallait que l'abandon de cet usage par ses prédécesseurs fût déjà séculaire, ou bien qu'il ne fût pas venu à sa connaissance. Mais, d'autre part, ce devrait être à une époque où déjà le morcellement de l'empire & l'autonomie des diocèses impériaux avaient créé des situations géographiques nouvelles, en même temps qu'une certaine décentralisation favorable à l'isolement vis à vis de Rome.
Ainsi s'expliquerait que les églises groupées dans les diocèses éloignés, comme celles des Gaules, de Bretagne, d'Espagne, de la Rhétie, de la Haute-Italie, ou même isolées de fait sinon par la distance, comme l'église d'Eugubium, étant demeurées étrangères aux
utilisé par Gerbert pour compléter le vieux Graduel de Rheinau. (Gerbert, Monumentaveteris Liturgiœ alemannicœ, vol. I, p. 401.)
Off. Domine Jesu Christe, rex gloriae, libéra animas omnium defun<ftorum de manu inferni, & de profundo lacu : libéra eas de ore leonis, ne absorbeat eas tartarus. ne cadant in obscura : sed signifer sanétus Michael repraesentet eas in lucem sanclam : quam olim Abrahaî promisisti & semini ejus.
f. Hostias & preces tibi, Domine, offerimus : tu suscipe pro animabus illis, quarum hodie memoriam agimus : fac eas, Domine, de morte transire ad vitam seternam.
f. Redemptor animarum omnium christianorum , mitte archangelum S. Michaelem , ut ille dignetur eas eripere de regionibus tenebrarum, & perducat eas in sinum Abrahae, in lucem sempiternam.
Ajoutons que dom Cabrol est arrivé de son côté, dans le même travail, & sans s'être le moins du monde concerté avec nous, simplement par le rapprochement des diverses formules du Mémento, à conclure à leur déplacement postérieur, en même temps qu'à leur appartenance primitive à la zone de l'Offertoire.
Nous allons toucher nous-mêmes ce point dans un instant, page 78.
(1) On serait porté en effet à se demander comment le bouleversement du Canon aurait pu se produire sans qu'on en fût averti par aucun document, & l'on sait si le Liber PontificaUs, par exemple, a l'air soigneux de noter que tel pape a changé tel mot, ajouté tel autre. Pour réduire, au surplus, à sa juste valeur l'apparente prétention du Liber PontificaUs, sur le chapitre de la Liturgie, nous ne pouvons mieux faire que de renvoyer à l'excellent relevé critique que M. Paul Lejay donne des indications liturgiques de ce document, page 182 à 185 du n° 2 (marsavril 1897) de la Revue d'histoire et de littérature religieuses, Paris, 74, Boulevard Saint-Germain.
Paléographie V. 10
réformes réalisées par Rome, se seraient maintenues, de la meilleure foi du monde, en possession des vieilles institutions abandonnées par celles-ci. Leur unité, qu'il s'agit en définitive d'expliquer aussi naturellement que possible, ne serait donc autre que la vieille unité romaine, perdue de vue par saint Innocent lui-même, quand il réclamait en faveur de la nouvelle, contre le dualisme qu'on lui dénonçait.
Cette réflexion s'appliquerait naturellement à toute autre époque qu'à celle de saint Innocent. C'est par une prudence, peut-être excessive, que nous continuons de voir, dans sa lettre à Decentius, la plus ancienne attestation historique de l'état actuel du Canon romain. Comment expliquer cependant que saint Jérôme écrivant, au commencement de 41 1 , son commentaire sur Ézéchiel, parle de la récitation des noms comme étant encore dévolue au diacre, & cela non pas d'après l'usage obscur d'une petite église perdue au fond de l'Ombrie, dans les Apennins, mais d'après un usage courant, connu de tous. C'est du ton qui lui était familier, quand il s'en prenait à la cupidité & à l'ostentation des Romains, que le saint dofteur s'exprime ainsi dans ce commentaire (lib. VI, cap. xvn, éd. Vallarsi-Maffei, tome V, col. 209).
Quod multos facere conspicimus clientes & pauperes & agricolas ; ut taceam de militantium & judicum violentia, qui opprimunt per potentiam, vel furta committunt, ut de multis parva pauperibus tribuant & in suis sceleribus glorientur. Publiceque diaconus in ecclesiis recitet offerentium nomina : tantum offert Ma, tantum Me pollicitus est, placentque sibi ad plausum populi, torquente eos conscientia.
Plus tard, en 415 ou 416, presque en même temps que saint Innocent adressait sa lettre à Decentius, il en est encore au même point, c'est le même abus qu'il vise dans ces paroles du commentaire sur Jérémie (lib. II, cap. xi, Ibid., tome IV, col. 921).
Dicamus istud capitulum principibus Ecclesiarum. « Quid est quod dilectus meus in domo mea fecit scelera multa? » vel certe divitibus qui, quum aliéna diripiant & non auferant malitias cordis sui, putant se Dei ciementiam mereri... At mine publiée reeitantur offerentium nomina, et redemptio peccatorum mutatur in laudem ; nec meminerunt viduae illius in Evangelio, quas in gazophylacium duo asra mittendo, omnium divitum vicit donaria.
La récitation des noms était donc encore laissée au diacre, qui continuait de proclamer la quotité de l'offrande de chacun, chose bien étrangère au Canon. Peut-être, après tout, saint Jérôme parlait-il d'après les souvenirs de ce qu'il avait eu sous les yeux à Rome autrefois, & qui n'avait pas entièrement disparu hors de Rome, on le voit, d'après la lettre du pape. Ce serait donc vers cette époque que, sans doute en partie pour corriger radicalement les scandales amèrement dénoncés par saint Jérôme, il aurait été statué que dorénavant les diptyques, jusque-là récités avant la Préface & dévolus au diacre qui les récitait à haute voix, seraient reportés après la Préface & attribués au prêtre qui les prononcerait à voix basse, non populo sed Deo, suivant l'expression de dom Coustant. C'est possible; mais il serait bien étrange que saint Jérôme eût ignoré une modification si importante, & raisonné comme si la situation n'avait pas été, au moins juridiquement, entamée. Et puis le texte de
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saint Innocent appartient à un ensemble de réponses visant des nouveautés ; rien n'eût été plus indiqué que de rétorquer l'argument, en disant qu'ici la nouveauté, c'était la réforme. Nous sera-t-il permis de hasarder une explication différente & que nous croyons meilleure ? Nous l'aurions même, tellement elle nous paraît vraisemblable, proposée exclusivement & en première ligne, si nous n'étions tenus d'attendre qu'une interprétation inaperçue des hommes doctes, qui ont passé par là, sorte fortifiée de l'épreuve de la critique. Donnons d'abord le texte de saint Innocent.
De nominibus vero recitandis, antequam precem sacerdos faciat, atque eorum oblationes quorum nomina recitanda sunt, sua oratione commendet, quam superfluum sit, & ipse pro tua prudentia recognoscis, ut cujus hostiam necdum Deo offeras, ejus ante nomen insinues, quamvis illi incognitum sit nihil. Prius ergo oblationes sunt commendandae, ac tune eorum nomina quorum sunt edicenda, ut inter sacra mysteria nominentur, non inter alia quag ante prœmittimus, ut ipsis mysteriis viam futuris precibus aperiamus.
Il faut bien en convenir, ce passage de la lettre n'est pas absolument clair, étant données l'élasticité, l'indétermination de certains termes auxquels il s'agit précisément de donner le sens qu'ils avaient dans l'esprit du pontife, & de son temps : « Antequam precem sacerdos faciat », « oblationes sua oratione commendet », « cujus hostiam Deo offeras », « /// inter sacra mysteria nominentur ». Voici comment nous comprenons tout cela. D'abord saint Innocent paraît bien distinguer trois choses : i° une prière du prêtre, « antequam precem sacerdos faciat »; 2° la « commendatio oblationum »; y la récitation des noms. En second lieu, l'opposition entre le désordre & le rappel à l'ordre est marquée par les deux termes, antequam precem sacerdos faciat, d'une part, et inter sacra mysteria nominentur, d'autre part. Enfin, l'ordre auquel il rappelle Decentius est celui-ci : r la prière, 2° la « commendatio oblationum », 3° la récitation des noms. Cela posé, nous ne voyons dans cet Ordo rien qui contredise YOrdo gallican. C'est exactement la même marche, la même succession : la Colleclio post precem, (c'est-à-dire après la prière litanique) d'abord, puis la Colleclio ante nomina. dont saint Isidore parle en ces termes : « Secunda (oratio) invocationis ad Deum est ut clcmcnter suscipiat preces fidelium oblationesque eorum »; & enfin en troisième lieu, la récitation des noms. D'après cela, l'abus qui s'était glissé dans l'église d'Eugubium ou dans le voisinage aurait simplement consisté en ceci, que la récitation des noms aurait été anticipée à la messe des catéchumènes, inter alia quœ ante prœmittimus, ou tout au moins avant la prière litanique & la Colleclio post precem, « antequam precem sacerdos faciat ». En remettant les choses en ordre, la récitation des noms reviendra dans la messe des fidèles, « inter sacra mysteria ». Dès lors, il y a encore place pour les vanités dont se plaint saint Jérôme, & l'on n'a pas à se demander comment un pape a pu qualifier d'un trait de plume aussi leste que son quam superfluum sit et ipse recognoscis, une pratique qui définitivement n'était ni plus ni moins que la pratique universelle de toutes les églises. Au contraire, l'épithète du pontife & l'aveu du destinataire s'appliquent fort bien à la pratique obscure de quelques églises des Apennins. Si l'on admettait cette exégèse, il s'ensuivrait que la transposition des diptyques serait un fait postérieur à saint Innocent. Quand on cherche après lui le nom du pape qui
pourrait bien avoir opéré cette réforme, on se demande s'il ne faudrait pas descendre jusqu'à saint Grégoire. Sa lettre à Jean de Syracuse laisse deviner qu'il avait tranché dans le vif & soulevé bien des mécontentements. Les formules du Canon ni leur succession ne devaient avoir en lui un défenseur bien convaincu, pour qu'il en parlât, comme on sait, à propos de la place donnée au Pater. Ce pourrait même être à l'occasion du Pater qu'il aurait opéré dans le Canon le bouleversement dont il est facile, à ce qu'il nous semble, d'apercevoir les traces. Outre cela Jean Diacre {Vita S. Gregorïi, lib. II) attribue au grand pape des opérations qui rentrent bien dans le genre de manipulations que dut subir le Sacramentaire, avant d'en arriver à l'état où nous le voyons : Multa subtrahens,pauca convertens. — Maintenant, rien n'empêche non plus qu'on cherche la date du déplacement des diptyques entre saint Innocent & saint Grégoire, & le motif peut fort bien en avoir été du reste l'abus signalé par saint Jérôme.
Quoiqu'il en soit, une chose certaine & fort curieuse assurément, c'est que si l'on transporte hors du Canon romain toute la partie du formulaire qui concerne les diptyques des vivants & des morts, pour les reporter avant la Préface, aussitôt le Canon romain & le Canon gallican s'adaptent & correspondent l'un à l'autre aussi étroitement que possible. L'opération même est tellement simple, qu'elle pourrait fort bien n'être, c'est notre hypothèse, ni plus ni moins que le retour à l'état premier du Canon romain.
Nous voudrions faire toucher du doigt la simplicité, disons mieux, la vraisemblance même de l'opération hypothétique que nous proposons, recueillir les traces qu'on en peut saisir dans les monuments, & enfin montrer la cohésion à laquelle elle ramène plusieurs petits problèmes secondaires, résolus, par ce moyen, d'un seul coup.
Nous demandons qu'on veuille bien avoir devant les yeux les deux groupes euchologiques à mettre en coïncidence. En voici pour plus de commodité le schéma. Les numéros d'ordre sont seulement placés en regard des formules complètes, c'est-à-dire circonscrites par une conclusion doxologique qui les termine, ou par un titre distinct. Les lettres subdivisionnaires sont réservées aux paragraphes d'une même formule. Il importe en effet de ne pas se laisser tromper par ies apparences, & la division, très ancienne d'ailleurs, de certaines formules du Canon romain en paragraphes, pourrait faire illusion. En réalité ces paragraphes ne constituent pas des formules distinctes. Ce qui distingue ici une formule d'une autre, ce qui la détermine dans son unité relative, c'est, nous le répétons, soit la distinction du titre, soit la conclusion doxologique exprimée, formellement ou équivalemment, en totalité ou en partie. {Voir le tableau ci-contre.')
Il s'agit maintenant de savoir si, de fait, il n'y a qu'une conjecture intéressante, ni plus ni moins, à la base d'une restitution qui semble, au premier abord, remettre si commodément les choses en place, en rétablissant une concordance parfaite entre les diverses parties des deux Canons & leur ordre respectif.
Si les choses se sont passées comme nous le supposons, ne va-t-il pas de soi que les documents gallicans, représentant, par hypothèse, l'antique Canon romain, devraient en avoir conservé des traces matérielles, d'abord dans leur intention générale, & aussi, du moins
L ANTIPHONAIRE AMBROSIEN
ÉTAT COMPARÉ DES FORMULES DU CANON GALLICAN ET DU CANON ROMAIN l11 dans l'état actuel du Canon romain 2° dans l'hypothèse de la transposition des dyptiques du Can. rom.
Canon gallican.
I Prœfatio Missœ.
II Colleclio sequitur
{puante nomina).
III Coll. post nomina.
IV Collectioadpacem.
V Vere dignum.
VI Sanftus.
VIII Post sanctus.
IX QUI PRIDIE
X Post pridie.
XIV Ante orationem
dominicam.
XV PATER NOSTER
XVI Post orationem do-
minicam.
Canon romain.
IV Sécréta.
V Vere dignum.
VI Sanctus.
VII a. Te igitur.
b. Mémento (des vivants).
c. Communicantes.
VIII Hanc igitur.
VIII bis Quam oblatio-
nem.
IX QUI PRIDIE
X a. Unde&memores.
b. Supra quae.
c. Supplices te.
XI Mémento etiam (des
morts).
XII Nobis quoque pecca-
ribus.
XIII Per quem hase
omnia.
XIV Praeceptis... aude-
mus dicere.
XV PATER NOSTER
XVI Libéra nos.
Canon gallican.
I Prœfatio Missœ.
II Colleclio sequitur
(ow ante nomina).
III Colleclio post no-
mina.
IV Colleclio ad pacem.
V Veredignum(Con-
testatio).
VI Sanclus.
VIII Post sanftus.
IX QUI PRIDIE
X Post pridie.
XIV Ante orationem do-
minicam (post fract-ionem).
XV PATER NOSTER
XVI Post orationem do-
minicam.
Canon romain.
VII a. Te igitur.
b. Mémento (des vivants).
c. Communicantes.
XI Mémento etiam (des
morts).
IV Sécréta.
V Vere dignum (Pré-
face).
VI Sanctus.
VIII Hanc igitur.
VIII Us Quam oblatio-
nem.
IX QUI PRIDIE
X a. Unde & memores.
b. Supra quae.
c. Supplices te roga-
mus.
XIII Per quem haec om-
nia.
XIV Praeceptis salutari-
bus... audemus dicere.
XV PATER NOSTER
XVI Libéra nos...
XII Nobis quoque pecca-
toribus.
une fois ou l'autre, jusque dans leur teneur. En d'autres termes, il nous faudrait, ici comme là, les mêmes idées topiques, les mêmes associations d'idées, &, nous le répétons, jusqu'à une certaine communauté d'expression de ces idées, bref un témoignage non équivoque qui nous autorise :
i° à identifier la formule romaine Hanc igitur (VIII) avec le Post sancJus gallican, & par conséquent à y voir la preuve qu'à un moment donné, le Canon romain, lui aussi, se rendait directement, par ce simple intermédiaire, du SancJus au Qui pridie, sans s'arrêter, pas plus que le gallican, aux prières des diptyques (VII, a, b, c,) qui s'interposent aujourd'hui entre le SancJus & Hanc igitur.
20 à ne voir, après la consécration, dans les trois paragraphes Unde et memores (X, a), Supra quœ (X, b), Supplices te rogamus (X, c), auxquels nous ajouterons même le Per quem hœc omnia (XIII), qu'une formule unique correspondant à son tour au Post pridie, & conduisant directement du récit de la cène (ou fin du Qui pridie) à la préface du Pater, sans être interrompue par le Mémento des morts (IX), ni le Nobis quoque (XII).
Nous n'oublions pas, en disant cela, deux choses : premièrement, que le Canon romain est invariable dans sa teneur, tandis que la liturgie gallicane a poussé jusqu'au Canon inclusivement l'application du système embolismique ; — deuxièmement, que ce changement, pour ainsi dire quotidien, de rédaction doit nécessairement avoir pour conséquence une liberté relative de composition, qui diminue d'autant les chances de contact entre les deux Canons. Nous l'oublions si peu que nous en prenons occasion d'insister sur le caractère ultra-latin de pareils embolismes. Si le Postsanclus & le Post pridie étaient venus de la liturgie grecque au système gallican, on s'expliquerait malaisément que, grecques par leur origine, ces pièces eussent en même temps reçu la marque de fobrique ultra-latine du renouvellement embolismique, absolument inconnu dans la liturgie grecque.
Mais enfin, tout ceci posé, il est certain que si nous pouvions rassembler dans les ruines de la vieille unité romaine (c'est-à-dire les documents gallicans) quelques débris servant, entre les deux unités, de trait d'union, ce serait la contre épreuve qui nous donnerait le moyen de vérifier l'exactitude & le bien fondé de notre opération. La cohésion primitive du SancJus (VI), du Post santlus (VII & VIII bis), du Qui pridie (IX), & du Post pridie (X, a, b, c; XIII) romains, une fois établie & prouvée, la preuve est faite du même coup que l'interposition actuelle des diptyques (VII, a, b, c ; XI ; XII) est une intrusion postérieure, quel que soit d'ailleurs le motif de leur déplacement.
Ne perdons pas de vue, du reste, que nous avons déjà reconnu un point fixe commun, & ce point est central, le Qui pridie. C'est une première acquisition. Voici maintenant une petite reconnaissance qui peut en amener une seconde.
Le Sacramentaire gélasien du Vatican (Cod. 316 du fonds de la Reine) & celui de Saint- Gall (Cod. 348) (1) n'ont pas de Mémento des morts après la consécration. Gerbert signale comme étant dans le même cas six Sacramentaires grégoriens, un de Rheinau, un autre de Saint-Gall, un troisième de Saint-Biaise, un quatrième de Petershausen, enfin deux de la bibliothèque de Vienne, dont un provenant de Reichenau & datant du ixe siècle (Cod. 181 s; Theol. 149) (2). II faut ajouter à cette liste le Sacramentaire de l'abbaye de Corbie, dit de
(1) Cf. éd. Wilson, pp. 235 & 239, note 62.
(2) Martin Gerbert, Monumenta Vci. Lit. Aleman., Pars I, Typ. San-Blas.. 1777, p- 236, note 2. Cf. Delisle, Mcm. sur d'anc. Sacram., p. 91.
L ANTIPHONAIRE AMBROSIEN
Saint-Éloi, n° 1205 de la bibliothèque Nationale (xe siècle) (1). Enfin dans la même collection de Gerbert (2), nous trouvons une Expositio super missam, d'après un manuscrit d'Einsiedeln, du xe siècle, où le texte du Canon glosé est également conforme, sous ce rapport, aux manuscrits gélasiens & grégoriens que nous venons de citer.
Il y a plus. Dans le Sacramentarium triplex édité par Gerbert, le Mémento des morts fait immédiatement suite au Mémento des vivants, en sorte que les deux formules Mémento (VII, b) & Mémento etiam (XI) sont tout à fait consécutives (3).
Il y aurait donc eu, d'après cela, toute une tradition dans laquelle se serait maintenu partiellement un état du Canon romain, différent de son état séculaire, attesté depuis le vue siècle (4). Faisons un pas de plus. Nous n'avons encore obtenu i° que l'absence du Mémento des morts après la consécration, 20 son union avec le Mémento des vivants. Voici maintenant une formule tirée de la première partie du Missale gallieanum vêtus (5), qui va reculer le tout avant la Préface. C'est en effet une Colle tlio post nomina, c'est-à-dire la collecte qui succédait à la récitation des diptyques des vivants & des morts. Or, cette formule n'est autre, dans toute sa seconde moitié, que le texte de conclusion du Mémento des morts au Canon romain. Nous mettons en regard la formule romaine telle qu'elle figure maintenant après la consécration, & la Colle tlio post nomina gallicane, attestant l'usage de réciter cette même formule avant la Préface, & par conséquent, avec elle, les diptyques qu'elle concluait.
Canon romain.
Collectio post nomina
du Missale gallieanum vêtus.
Mémento etiam, Domine, famulorum famula- Placare, Domine, quaesumus humilitatis nostrae
rum que tuarum N. & M. precibus & hostiis, & ubi nulla suppetunt suffragia
x, . , . ., .. , , , ,, , . meritorum, tuas nobis indulgentiae succurre praesi-
(Ici la récitation des noms des défunts.) &
diis : & eorum nomina
qui nos praecesserunt cum signo fidei & dormiunt qui nos prascesserunt cum signo fidei & dormiunt
in sommo pacis. Ipsis, Domine, & omnibus in in sommo pacis, ipsis & omnibus in Christo
Christo quiescentibus, locum refrigerii, lucis & quiescentibus, locum refrigerii, lucis & pacis, ut
pacis, ut indulgeas deprecamur. Pereumdem Chri- indulgeas deprecamur. Per.
stum Dominum nostrum.
Le Missale gothieum commence en termes exactement semblables la Colle tlio post nomina d'une Missa dominicalis (Tommasi, VI, 330) :
Istis & omnibus in Christo quiescentibus, Domine, locum refrigerii, lucis & pacis, ut indulgeas, deprecamur : ac si qui peccatorum mentis inferni tenebris ac suppliciis detinentur, misericordiae tua?,
(1) Cf. Hug. Ménard, dans Migne. P. L., tome LXXVIII, col. 280, note 70.
(2) Gerbert, I. c, Pars IV, p. 280.
(3) Gerbert, 1. c, Pars I, p. 235. Ce manuscrit, probablement unique dans son genre, contient pour chaque messe les textes gélasiens, grégoriens & ambrosiens. M. Wilson n'a malheureusement pu le retrouver (Cf. Introduction, p. xx, note 1).
(4) Le Missale Francorum (Tommasi, p. 367), & le Sacramentaire de Bobbio (Mabillon, Mus. ItaL, I, 281), témoignent les premiers de cet état nouveau. Tous deux sont du vne siècle.
(5) Tommasi, VI, 373.
oramus, indulge clementia, eosque ad requiem transire praecipias ; & prima anastasi cum san&is & ele&is tuis jubeas sociari, ut portio tua sit in terra viventium. Per.
Il faudrait citer presque chacune des oraisons Post nomina. Si toutes ne reproduisent pas des membres de phrase aussi significatifs, dans un très grand nombre on retrouve l'un des termes familiers du Mémento des morts romain, par exemple à la fin de celle-ci (Tommasi, VI, 265) :
Caris etiam nostris, qui nos in somno pacis prcecessernnt, perennis aevi beatitudinem & perpetuae lucis gratiam remunerare dignetur.
Citons encore cette autre Colletlio post nomina du Missale gothicum (Tommasi, VI, 250) :
Defun&is refrigerium praestet. Et quorum texuit recitatio prasmissa sortem, inter eledos jubeas aggregare.
Refrigerium est le terme qui revient le plus souvent, mais il y a des équivalents, des expressions apparentées. Évidemment nous avons affaire à un thème familier de la conclusion des diptyques (1).
Voilà, croyons-nous, un ensemble de faits qui donnent à réfléchir (2). Il reste toutefois encore à dégager cet endroit du Canon du Nobis quoque peccatoribus. Nous sommes portés à croire, que saint Grégoire voulant donner au Pater une situation plus centrale, avant
(1) On aura remarqué le terme caris nostris, il faudrait en relever plusieurs autres; mais nous voyons que dom Cabrol, dans le travail auquel nous avons fait allusion dans une note précédente, traite cette question & prouve l'antiquité des termes dont il s'agit par l'épigraphie chrétienne.
(2) Le leiteur nous saura gré de lui mettre sous les yeux le formulaire qui accompagne la récitation des noms avant la Préface, dans une liturgie de type gallican, la mozarabe.
« Per misericordiam tuam, Deus noster, in cujus conspeclu sanclorum apostolorum & martyrum, confessorum atque virginum nomina recitantur. Amen.
« Offerunt Deo Domino oblationem sacerdotes nostri, Papa Romensis & reliqui pro se & pro omni clero & plebibus Ecclesia; sibimet consignatis, vel pro universa fraternitate. Item offerunt universi presbyteri, diachoni, clerici ac populi circumadstantes. In honorem sanclorum pro se & suis. r^. Chorus. Offerunt pro se & pro universa fraternitate.
« Facientes commemorationem beatissimorum apostolorum & martyrum, gloriose san<fte Marie Virginis, Zacharie,Joannis, Infantium, Pétri, Pauli, Johannis, Jacobi, Andrée, Philippi, Thome, Bartholomei, Matthei, Jacobi, Symonis &Jude, &c.
«Item pro spiritibus pausantium, Ilarii, Athanasii, Martini, etc., etc., & omnium pausantium. »> (Missale mixtum, page 225).
Il n'est personne qui ne reconnaisse ici la parenté romaine : 17» primis du Te igitur, le Communicantes, le Mémento des vivants, le Mémento des morts. II est même superflu d'en reproduire le texte. Ce sont de ces rapprochements qui s'affirment d'eux-mêmes, aussitôt qu'ils sont indiqués.
Voici seulement, pour en finir, quelques extraits d'un Post nomina du même Missel mozarabe. Le début en est significatif :
Post nomina. Sanctorum tuorum, Domine, communicantes mémorise, patriarcharum, prophetarumque tuorum non sumus immemores... Memoramus etiam apostolos... Facimus quoque & tuorum martyrum mentionem... Fidelium praeterea tuorum... nomina recensemus... Non obliviscimur quoque defunctos... ut eis refrigeria tribuas sempiterne quietis.
LANTIPHONAIRE AMBROSIEN 8l
l'accomplissement de la fraction sacramentelle, a quelque peu modifié l'ordonnance du Canon à cet endroit (i), sinon ailleurs.
Il obtena.it le résultat cherché, moyennant le déplacement de la- Fraclio panis jusque-là préalable au Pater dans la liturgie romaine comme dans les liturgies gallicanes. La Fraclio, dernier terme des rites du sacrifice, ne vient plus en effet qu'après l'embolisme (Libéra) du Pater, lequel rentre donc en quelque sorte, par cet artifice, en dedans du Canon. Est-ce donc là, à l'endroit actuel de la Fraclio, que saint Grégoire aurait trouvé le Nobis quoque peccatoribus, & son opération se serait-elle bornée à le faire permuter avec la Fraclio? Ce n'est pas improbable, & provisoirement nous nous en tenons là. La liturgie mozarabe, qu'il y a toujours profit à observer de très près dans ces questions d'archéologie liturgique, nous fournirait presque, dans son unique embolisme du Pater, l'analogie de l'association primitive du Libéra nos romain & du Nobis quoque peccatoribus (2). (Voir Lesley, Missale mixtum , p. 231 .) Cette explication aurait en outre l'avantage d'éclairer un peu la justification de saint Grégoire. In quo ergo Grœcorum consuetudines secuti sumus qui aut veteres nostras reparavimus, aut novas et utiles constituimus. On lui avait reproché d'imiter les Grecs. Or le Nobis quoque peccatoribus, en prenant place devant le Pater, se trouvait y occuper en effet le rang que les liturgies orientales conservent à leurs longues recommandations en cet endroit. De même aussi, la Fraclio rejetée au delà du Pater se trouvait être dans la condition de la Fraclio des liturgies grecques. Ce n'était pas imitation, dit saint Grégoire, c'était retour à des institutions primitives. Soit. Mais il faut que la déviation ait été bien ancienne pour avoir entraîné les liturgies gallicanes dans la même anticipation de la Fraclio.
Au reste nous avons le moyen d'arriver, par une autre voie, à nous représenter un état du Canon romain dans lequel cette formule, Nobis quoque, ne figurerait pas à cet endroit, mais à un autre, quel qu'il soit.
M. Duchesne fait observer fort bien qu'il y a un hiatus évident entre la fin du Nobis quoque, après les mots largitor admitte & le Per quemhœc omnia. « On vient, dit-il, d'énumérer les saints au milieu desquels on demande d'être admis un jour, puis on continue : Per Christum Dominum nostrum, per quem hœc omnia, Domine, semper bona créas, sanclificas, vivijicas, benedicis et prœstas nobis. Il est clair que les mots hœc omnia bona ne se rapportent pas à ce qui précède. » Suffit-il pour combler cet hiatus de supposer que la formule Per quem hœc omnia aurait été originairement précédée d'une prière habituelle pour les biens de la terre,
(1) S. Grégoire le Grand, Epistol. lib. IX, ep. xn (inter Opp. S. Gregorii, éd. Galliccioli, tome VIII, p. 56). Orationem vero dominicain idcirco mox post precem dicimus, quia mos apostolorum fuit ut ad ipsam solummodo orationem oblationis hostiam consecrarent. Et valde mihi inconveniens visum est, ut precem quam Scholasticus composuerat, super oblationem diceremus, & ipsam traditionem quam Redemptor noster composuit super ejus corpus & sanguinem non diceremus. Sed & dominica oratio apud Graecos ab omni populo dicitur, apud nos vero a solo sacerdote. In quo ergo Grascorum consuetudines secuti sumus qui aut veteres nostras reparavimus, aut novas & utiles constituimus, in quibus tamen alios non probamur imitari... ? Tamen si quid boni vel ipsa vel altéra Ecclesia habet, ego & minores meos quos ab illicitis prohibeo, in bono imitari paratus sum.
(2) Rien n'empêche même de considérer, si l'on veut, le Nobis quoque peccatoribus comme un second embolisme, une variante du Libéra, bref une pièce de rechange.
Paléographie V. ii
telle qu'en offrent les anciens Sacra mentaires pour être insérée à cet endroit du Canon dans quelques circonstances extraordinaires, par exemple la benediclio fabœ de l'Ascension, la benediclio uvœ du 6 août, la bénédiction du lait, de l'eau & du miel que l'on donnait aux néophytes à Pâques & à la Pentecôte, la bénédiction de l'huile des malades au jeudi saint (i)? Malgré son apparence plausible, cette explication ne nous paraît pas satisfaire pleinement aux exigences du texte (il est bien difficile par exemple d'appliquer le mot vivificas à des éléments tels que bas tuas creaturas fontis,- mellis et lattis, bas fnigcs novas fabœ, bos fruclus novos uvœ), sans compter qu'elle ne supprimerait une difficulté d'incohérence verbale, que pour en introduire une dans la suite des idées & dans la continuité du mouvement euchologique, si l'on peut ainsi parler. Par le fait (& cela est surtout évident le jeudi saint), les exemples extraordinaires qui viennent d'être rappelés ont bien le caractère d'insertions contingentes, en dehors du plan primitif de la rédaction du texte, où de bonne heure cependant on les trouve encadrées.
Il y aurait une explication beaucoup plus simple & qui trancherait en même temps la question du Nobis quoque peccatoribus, les deux problèmes se résolvant l'un par l'autre. Si l'on raccorde en effet la clausule Per quem bœc omnia immédiatement à la fin du groupe Unde et memores, Supra quœ propitio, Supplices te rogamus, c'est-à-dire en passant par dessus le Nobis quoque peccatoribus & le Mémento des morts déjà élagué, tout s'enchaîne parfaitement.
Au premier abord, il est vrai, cette explication soulève encore une difficulté. Est-il admissible que les mots bœc omnia bona désignent les offrandes consacrées qui sont désormais le corps & le sang du Christ & par suite ne sauraient s'accommoder des termes créas, sanclificas, vivificas? Ce n'est pas tout à fait ainsi que nous formulerions la difficulté. Nous concevrions plutôt qu'on se demandât quelle idée pouvait encore s'attacher à ces termes après la transsubstantiation. Mais alors c'est la vieille question de l'épiclèse ou de l'invocation du Saint-Esprit après la consécration qui revient & qui se pose, cette fois, à Rome même comme en Orient. Nous sommes en effet de l'avis de M. Duchesne (2), le Canon romain a bel & bien, lui aussi, son épiclèse après la consécration, comme toutes les autres liturgies sans exception. Nous allons nous expliquer tout de suite.
Auparavant nous devons montrer que ce n'est pas uniquement en vertu d'une pétition de principe que nous déplaçons le Nobis quoque pour faire disparaître l'hiatus devant le Per quem bœc omnia, ou, réciproquement, que nous réunissons, sans intermédiaire, cette dernière formule au groupe Unde et memores, Supra quœ, Supplices, pour démontrer la transposition du Nobis quoque. Nous tournons si peu dans un cercle vicieux que notre double induction trouve sa contre-épreuve & se vérifie dans la réalité, & dans une réalité s'affirmant à chacune des messes de la liturgie mozarabe. Voici en effet la formule par laquelle sont directement conclues toutes les oraisons Post pridie de cette liturgie :
(1) On sait que la bénédiction de l'huile des malades, le jeudi saint, est actuellement encore prononcée à l'endroit du Canon dont il s'agit.
(2) Origines, p. 173.
l'antiphonaire AMBROSIEN Qj
Te praestante, sancle Domine : quia tu haec omnia nobis indignis servis tuis valde bona créas, sandiflcas, benedicis & praestas nobis, ut sint benedicla a te Deo nostro in saecula saeculorum. Amen (i).
Il ne s'en faut guère que ce ne soit, mot pour mot, toute la formule romaine, que voici :
Per quem haec omnia Domine semper bona créas, sanctificas, vivificas, benedicis & praestas nobis. Per ipsum & cum ipso & in ipso est tibi Deo Patri omnipotenti, in unitate Spiritus Sancli, omnis honor & gloria, per omnia saecula saeculorum. Amen (2).
Nous pouvons même faire un rapprochement tout semblable pour la liturgie des Gaules. Voici une O ratio post mystcrium du Missale gotbicum (3) :
Hase nos Domine instituta & praecepta retinentes, suppliciter oramus uti hoc sacrificium suscipere & benedicere & sanctificare digneris, ut fiât nobis eucharistia légitima in tuo Filiique nomine & Spiritus Sancti, in transformationem corporis ac sanguinis Domini Dei nostri Jesu Christi, per quem omnia créas, creata benedicis, benedida sanftificas, & sanctificata largiris, Deus, qui in Trinitate perfecta vivis & régnas in saecula saeculorum.
Dans cette formule, le Per quem bar- omnia reçoit vraiment la signification qui lui est propre, & il la reçoit de son étroite concaténation avec les mots ut fiât nobis eucharistia légitima in transformationem corporis et sanguinis Domini, &c. Du moins le sens logique est-il ici parfaitement suivi.
Nous voici donc revenus à l'épiclèse. Nous sommes convaincus qu'un examen critique & comparé de toutes les façons de formuler cette période du Canon, tant en Orient qu'en Occident, fournirait à l'exégèse théologique des éléments nouveaux pour préciser deux ou trois points de controverse, & des bases traditionnelles plus larges pour asseoir un jugement sur des questions, où le point de vue de l'antiquité liturgique dans la rédaction de ces textes ne semble pas s'être toujours présenté fort nettement à l'esprit. Le sujet vaudrait une
(1) Missel mozarabe, éd. Lesley, page 5, Migne, P. L., t. LXXXIV, col. 117. Le P. Lesley s'occupe spécialement de cette formule, page 542 de son Missale mixtum (note à la ligne 36 de la page 230) : « Hac autem oratione, dit-il, Ecclesia profitetur maximum eucharistia; beneficium a Deo sibi esse collatum a quo panis & vinum, elementa eucharistica consecranda, creantur; creata, cum altari admoventur, sanclificantur ; sanclificata, vivificantur, cum in corpus & sanguinem Christi transsubstantiantur ; vivificata, benedicuntur donisque Spiritus sui Sancti affatim replentur, atque ita benedicta, nobis indignis servis suis fruenda traduntur : quam explicationem Missale ambrosianum confirmât, in quo haec oratio ita concluditur : « Et nobis famulis tuis largiter praesta ad aug- « mentum fidei, & remissionem omnium peccatorum nostrorum. » Unde apparet totam hanc orationem a Gothohispanis, tanquam orationis Post pridie complementum, super elementa consecrata fusam esse. Non ignoro viros eruditos opinatos esse orationem Canonis romani, Per quem base omnia Domine semper bona créas, &c, ad fruges novas benedicendas pertinere, quaa, in hac missae parte, ante hanc orationem, altari benedicendée inferebantur, de qua re sanctissimus Dominus noster Papa Benedictus XIV copiose & erudite, more suo. disserit in opère de sacrosanfto Missœ sacrificio, lib. 2, cap. 18, a. n. 10, edit. Rom., p. ici. Huic tamen opinioni assentiri nequeo, &c. » Lesley est d'avis que les expressions Per quem omnia, Domine, semper bona créas, dans l'intention primitive de l'Église, avaient & ont bien conservé le sens qu'il leur donne, mais que la facilité de les adapter à la bénédiction des fruits nouveaux a dû naturellement leur donner l'extension qu'ils ont ainsi reçue dans plusieurs anciens Sacramentaires.
(2) Muratori, Lit. rom. vêtus, II, 5.
(3) Tommasi, Opp., VI. 245.
thèse & la thèse en vaudrait la peine. On conçoit que nous ne pouvons l'aborder ici. Nous devons cependant faire part des résultats auxquels nous a conduits l'analyse de ces textes, dans la mesure où la chose intéresse les conclusions que nous cherchons à assurer.
Reconnaissons d'abord qu'il y a dans toutes les liturgies un même point central, correspondant au récit de la cène & que nous appelons le moment de la consécration. 11 est important de le remarquer pour déterminer aussi exactement que possible la portée réelle d'expressions semblant encore demander la consécration après ce moment décisif.
Lisons, par exemple, Y Oratio post pridie suivante, empruntée au Missel mozarabe (1).
Complentes igitur atque servantes praecepta unigeniti Filii tui, precamur, omnipotens Pater, ut bis creaturis superpositis altario tuo san&ificationis munus infundas, utper transfusionem cœlestis atque invisibilis sacramenti, panis hic transmutatus in carnem, & calix transformatus in sanguinem, sit offerentibus gratia, sumentibus medicina.
Rien de plus explicite, à ce qu'il semble. C'est pourtant la même liturgie, qui, dans cette autre Oratio post pridie (VIe dim. après Pâques), entre autres, nous montre qu'on se tromperait étrangement sur sa pensée théologique, si l'on prenait à la lettre les termes bis creaturis, panis hic... et calix, &c. La profession de foi est, ici, formelle, on va le voir.
Haec est pia & salutaris hostia, Deus Pater, qua tibi reconciliatus est mundus. Hoc est corpus illud quod pependit in cruce ; hic etiam sanguis qui sacro profluxit ex latere. Pietati tuas proinde gratias agentes, ex hoc quod nos Filii tui morte redemeris, & resurredftione salvaveris, acclives mente te Dominum pietatis oramus : ut hœc libamina Spiritus tui Sanâli benediclione respergens, sumentium visceribus sanétificationem accommodes, &c.
C'est encore la même liturgie qui s'exprime ainsi le Ve dimanche de Carême :
Hoc sacrificium respicere & sanclificare digneris, quod est verum corpus et sanguis Filii tui.
De même à la férié III après Pâques :
Offerimus tibi... corpus et sanguinem Filii tui, quod ipse placatus benedicendum assumens, Sec.
C'est bien le cas aussi de cette autre formule, empruntée au Missale gothicum (Missa dominicalis, ap. Tommasi, Opp., VI, )}G) :
Memores gloriosissimi Dei passionis & ab inferis resurreftionis, offerimus tibi Domine banc immaculatam bostiam, rationalem hostiam, bunc panem sanclum et calicem salutarem, obsecrantes utinfundere digneris Spiritum tuum Sanftum edentibus nobis vitam seternam regnumque sempiternum conlatura potantibus.
Au reste, quel est le titre de ces oraisons dans le Missale gothicum ? Post mysterium ou Post sécréta. Post mysterium, quel mysterium? Il y a donc un mystère qui vient de s'accomplir? On le voit, nous en sommes avertis par le titre même de ces formules, il ne faudrait pas s'arrêter à la lettre de l'invocation au Saint-Esprit, dans le cas où nulle confession de foi explicite ou implicite ne la précéderait.
Ceci est tellement vrai que nous trouvons des formules où ne figure pas même par
(1) Missale mixtum, éd. Lesley, p. 281.
L ANTIPHONAIRE AMBROSIEN
allusion cette invocation. Par exemple, le premier Post mysterium du Missale gothicum (Tommasi, 232) :
Ha;c facimus, Domine sancte, Pater omnipotens, alterne Deus, commémorantes & célébrantes passionem unici Filii tui Jesu Christi Domini nostri. Qui tecum vivit & régnât cum Spiritu Sancto in sœcula sreculorum. Amen.
Si la consécration était attachée dans la liturgie gallicane à l'invocation du Saint-Esprit, voilà donc une messe qui n'aurait pas de consécration ?
L'épiclèse grecque n'échappe pas à cette présupposition nécessaire de la réalisation antérieure du mystère. Ceci est frappant dans certaines anaphores orientales où, pour mieux accentuer la solennité de ce mystère, le peuple est appelé à interrompre, pour ainsi dire, à chaque moment, le récit de l'institution par une confession de foi, signifiant que les paroles auxquelles on acquiesce sont efficaces en même temps que prononcées. Dans la liturgie copte de saint Grégoire de Nazianze (1) c'est : Amen, ita est in rei veritate, ita quoque est in rei veritate, &c. Dans la liturgie de saint Jacques : Credimus et eonfitemur, &c. Or, toutes ces protestations n'empêchent pas que dans les mêmes liturgies le prêtre ne prononce une formule d'épiclèse, telle en vérité qu'on dirait la plupart du temps que rien n'était encore fait, que tout reste à faire. Pourtant il y a dans la liturgie copte de saint Grégoire de Nazianze, à cet endroit, une expression qui nous révèle bien que telle n'est pas non plus l'interprétation qu'il faut donner au texte. Voici le début de son épiclèse : Tu, Domine, voce tua sola commuta bœc quœ sunt proposita. Voce tua, mais cette voix vient de se faire entendre, ces paroles viennent d'être articulées. Dès lors, qu'est-ce à dire? Il est clair ici que la valeur théologique de cette expression doit être prise dans un sens rétrograde & concomitant avec les paroles de l'institution. C'est même la raison que l'on donne quelquefois, d'une manière générale, d'expressions vraiment difficiles dans les épiclèses d'Orient. Les actes humains, dit-on, ne pouvant être que discursifs, l'explication par l'homme de tout ce qui est contenu dans l'unité sacramentelle de la consécration, ne peut se développer non plus que successivement. Il arrivera ainsi que l'essence de l'acte sera déjà posée, que l'esprit de l'homme, à plus forte raison sa parole, en seront encore à détailler tout ce que cet acte est destiné à contenir, tout ce que le prêtre a l'intention qu'il contienne, & qu'il contient déjà.
Nous le voulons bien, c'est une explication de second plan partiellement exacte. Nous pensons toutefois qu'il ne faudrait pas insister plus que de raison sur cette argumentation qui cesserait d'être juste, si on la pressait trop & si on s'y arrêtait exclusivement. Il y a certainement un autre point du vue que voici. & qui atteint plus intimement les intentions & le contenu objectif des formules & des rites. Il y a vraiment une opération distincte & particulière attribuée au Saint-Esprit dans cette partie du Canon. Le propre de la consécration, c'est d'avoir posé le mystère, l'élément divin du sacrifice, le principe de sanctification.
11 reste à dispenser ce mystère suivant toutes les applications de culte & de sanctification, auxquelles la messe doit pourvoir. La sanctification des membres fidèles du Christ &
(1) Renaudot, Liturg. Orient, coll., I, 3 1 .
leur incorporation au mystère par la communion n'épuisent pas cette application ; il y a encore à réaliser extérieurement l'offrande de la victime, à consommer le sacrifice. Cette partie du Canon serait donc, on le voit, la part d'opération appropriée au Saint-Esprit, l'œuvre sanctificatrice, de même que la partie s'étendant du Sanclus à l'épiclèse était celle du Fils accomplissant l'œuvre rédemptrice, comme I'etyapurcta jusqu'au Sanclus (l'anaphore de la cène juive) était le sacrifice de louange de l'ancienne loi à Dieu le Père, la reconnaissance de l'œuvre créatrice & conservatrice.
Tout cela d'ailleurs se succède suivant une progression historique évidente, surtout dans les anaphores non abrégées (celle de la liturgie clémentine, & celle de saint Basile par exemple). L'Incarnation arrive ainsi à son rang, à sa date relative, puis l'institution de la cène & la consécration du corps & du sang du Seigneur, le précepte donné aux Apôtres de perpétuer représentativement & efficacement ce qui s'est accompli sous leurs yeux, enfin la Résurrection, l'Ascension, la Pentecôte, le second avènement.
L'intervention du Saint-Esprit est appelée précisément au moment où le mémorial arrive à son terme, & s'arrête à la Pentecôte. Et c'est ainsi que les choses s'étaient passées pour la première fois. L'action sacramentelle des Apôtres n'avait commencé qu'à la descente du Saint-Esprit. Le principe de la rédemption, du sacrifice nouveau, de la sanctification, avait été institué au jour de la Passion, comme il est posé dans la messe, au moment de la consécration. Il était réservé à la mission temporelle du Saint-Esprit d'en valider l'accomplissement, d'en signifier la ratification, en même temps qu'en était inaugurée la dispensation. La confirmation, voilà le mot qui définirait le mieux le propre de l'opération du Saint-Esprit dans le cas présent, comme c'est aussi le terme consacré pour désigner le sacrement, le sceau de la validation imprimé au chrétien déjà baptisé. En nous rappelant le sens général de l'intervention du Saint-Esprit dans l'économie chrétienne, ces analogies nous aident à pénétrer le caractère très effectif de ce qui lui est attribué dans l'épiclèse.
Au fait, il y a, dans le vocabulaire liturgique gallican, une expression singulièrement profonde pour désigner la période du Canon qui nous occupe, & cette expression rentre littéralement dans l'ordre d'idées exposé présentement. Ce terme est celui de confirmatio sacramcnti. Il était usité, dès le temps de saint Isidore, en Espagne. Ex hinc, dit l'évêque de Séville, sexta (oratio) succedit confirmatio sacramenti, ut oblatio quœ Domino offertur Cbristi corporis et sanguinis confirmetur (i). Or, en quoi consiste, à quels objets s'applique définitivement cette action sanctificatrice particulière, cette confirmatio sacramenti? C'est ce que nous apprend avec un ensemble remarquable l'analyse des épiclèses de toutes les liturgies. Il y a là un fait extrêmement intéressant. Certainement, nous ne voyons pas de moment de la messe, après le récit de la cène, où les intentions euchologiques soient moins abandonnées à l'arbitraire & partant plus identiques dans toutes les liturgies. Il suffit de les lire pour constater que toutes se meuvent, avec plus ou moins de concision, dans les lignes que nous allons relever. Toutes les formules, à la vérité, ne contiennent pas chacun des
(i) S. Isidore, Off. ecch, lib. I, c. xv.
LANTIPHONAIRE AMBROSIEN Sj
traits qui forment le thème commun, ni chacun de ceux qu'elles conservent, d'une façon également explicite. Mais toutes en expriment ou en développent toujours tantôt l'un, tantôt l'autre, souvent plusieurs & même tous à la fois. En tout cas, aucune ou presque aucune ne sort des lignes que voici.
r Pour débuter, l'anamnèse proprement dite, suivant immédiatement le récit de la cène & renfermant assez souvent l'allusion au précepte, /// met memoriam facietis : « Haec facimus, haec celebramus tua Domine prrecepta célébrantes (Miss, ambr., in Cœna Dni). — Recolentes igitur & servantes praecepta Unigeniti (3e messe de Mone). — Haec nos Domine instituta retinentes (Missale gothicum, Circoncision). — Hoc agentes... sicut ipse praecepit (Missel mozarabe, lundi de Pâques). — Addit etiam istud edittum, ut quotiescumque corpus ipsius sumeretur & sanguis, commemoratio fieret dominicae passionis, quod nos facientes... (5e messe de Mone). » Nous avons même cité plus haut un Post mysterium du Missale gothicum, consistant uniquement dans ce premier trait. Dans le Canon romain, cette idée de précepte n'est qu'impliquée dans l'incipit, Unde & memores, succédant aux derniers mots du Oui pridie : In mei memoriam facietis (1).
20 A l'anamnèse est associée Poblation : « Offerimus majestati tuae de tuis donis ac datis hostiam puram, hostiam sanftam, hostiam immaculatam, panem san&um vitae aeternae & calicem salutis perpétuas (Canon romain). — Offerimus tibi Domine hanc immaculatam hostiam, rationalem hostiam, incruentam hostiam, hune panem sanftum & calicem salutarem. » La parenté de cette dernière formule empruntée au Missale gothicum (Tommasi, Opp., VI, 336, Missa dominicalis), avec la formule romaine est d'autant plus significative qu'elle débute aussi d'une façon assez analogue : « Memores gloriosissimi Domini passionis & ab inferis resurre&ionis. » L'oblation d'ailleurs est fréquemment omise ou tellement enveloppée dans le sens implicite qu'on ne l'y aperçoit pas toujours au premier abord.
30 En troisième lieu, vient la demande d'acceptation du sacrifice avec la signification symbolique de cette acceptation. C'est un trait qu'on peut dire propre aux liturgies latines (2),
(1) Il y a ceci de particulier aux liturgies syriaques qu'elles entrent dans de grands développements sur le second avènement, à propos des derniers mots de la consécration, donec iterutn vent'am.
(2) Nous ne pouvons mieux compléter cette analyse qu'en reproduisant celle que Lesley donne des Post pridie mozarabes : « Hac oratione Gotho-hispani & Galli expresse commémorant mortem, passionem, resurreclionem, in cados ascensionem, & alia quaedam Christi Domini mysteria ; eaque de causa, ejus mandato obtempérantes, i° se eucharistiaa sacrificium otTerre profitentur, 2° deinde solemnem faciunt hostile oblationem, viclimamque sacrificii, Christum Dominum, sub speciebus panis & vini Iatentem, Deo offerunt, 3°addunt postea supplicationem, ut Deus munus oblatum dignetur bénigne acceptare, ac demum rogant ut Deus dignetur benedicere & sanclificare species consecratas, easque divin* munificentiae donis ac gratiis omnibus affatim replere. inter communicantes dispertiendis. — Verum quidem est quod in singulis orationibus Post pridie quatuor saltem explicite commemorata, non reperiantur; singulis tamen horum unum aut plura, haud paucis, omnia distincte inseruerunt : neque nlla ferme occurrit qui effeStus sacramentelles, vel quod in idem recidit, qua benediâionem aut santlificationem hostiœ consecratœ non postulent. Sunt etiam nonnulke quibus eïTeclus sacrificii petunt... Sunt alias quibus petunt ut dona gratiae conferantur offerentibus & simul ut benedicantur eorum oblationes, atque ut vota precesque populi suscipiantur. >> Le P. Lesley ajoute à cette analyse une explication du sens de l'épiclèse mozarabe & gallicane, qu'on pourra lire page 533 de son édition du Missale mixtum, note à la ligne 35 de la page 217.
tellement il est difficile de le retrouver dans les liturgies grecques. Nous le croyons primitif cependant. Mais il est vraiment absorbé dans ces liturgies par la préoccupation d'adapter le sacrifice à la communion. Cette application & ces effets sacramentels forment deux nouveaux traits, les derniers (i).
Arrêtons-nous à ce qui concerne la ratification du sacrifice. Encore une fois, la façon dont le Canon romain s'exprime ici est absolument caractéristique vis-à-vis de celle qui a prévalu dans les liturgies orientales. Or, on le conçoit, si nos formules gallicanes se trouvent être d'accord avec le Canon romain sur un point de cette importance, nous aurons presque achevé de prouver : i° que le groupe euchologique romain n'est autre que le Post pridie gallican, & 2° par conséquent, que la présence actuelle des diptyques au milieu de ce groupe, ayant troublé son unité, ne peut être due qu'à une insertion postérieure, vénérable à coup sûr & immobile depuis des siècles, mais enfin étrangère au plan primitif.
Nous n'avons rien de mieux à faire qu'à inventorier les pièces.
Voici d'abord le reste du texte romain, dont la première portion Unde et memores vient d'être transcrite.
Supra quae propitio ac sereno vultu respicere digneris & accepta habere, sicuti accepta habere dignatus es munera pueri tui justi Abel, & sacrificium patriarchaï nostri Abrahae, & quod tibi obtulit summus sacerdos tuus Melchisedech, sanctum sacrificium, immaculatam hostiam. Supplices te rogamus, omnipotens Deus, jubé haec perferri per manus sancli angeli tui in sublime altare tuum, in conspectu divinae majestatis tuae : ut quotquot ex hac altaris participatione, &c.
Nous attirons l'attention sur les trois significations symboliques de l'holocauste qu'il est facile de reconnaître ici :
i° la sollicitation du regard divin, ratificateur du sacrifice, ou bien une demande d'acceptation ;
2° l'appel fait au souvenir d'interventions mystérieuses dans les holocaustes de l'ancien Testament, analogues à l'intervention qu'on sollicite.
}° enfin l'assomption de l'offrande en présence de la majesté divine.
Encore une fois, les liturgies orientales passent si elliptiquement sur l'idée maîtresse de ces trois articulations hiératiques, qu'à peine si l'on peut croire qu'elles songent à la con-
(i) Et c'est probablement tandis qu'on prononçait cette partie de la formule qu'avait lieu la Fratlio, en attendant la consommation de tous ces rites qui devaient se résoudre finalement dans la communion. Cela est si vrai que le Missale gotbicum donne le nom de Colleclio ad panis fratlionem à l'oraison Post pridie de la Missa in vigiliis Pascbœ (Tommasi, VI, 293). Nous trouvons de même, dans le Sacramentaire de Bergame, le nom de Post confraélionem donné au prologue du Pater, ce prologue succédant lui-même à l'épiclèse. On comprend mieux par là la répugnance de saint Grégoire à laisser le Pater relégué à la fin de tous ces rites, & peut-être, dès lors, ce qu'il entendait au juste par la prière, quant Scbolasticus composucrat super oblationem , cette prière ne serait-elle autre pour lui que la Colleclio post pridie. « Ut ad ipsam solummodo orationem (dominicain) oblationis hostiam consecrarent. » Ces dernières paroles nous paraissent au surplus se rapporter simplement à l'ordre d'idées qui est le nôtre en ce moment. Il ne saurait donc être question d'attribuer à saint Grégoire la pensée que les Apôtres n'auraient consacré (au sens moderne du mot) qu'a'u Pater. Si telle avait été réellement sa pensée, le mot inconveniens aurait été bien faible pour exprimer l'insuffisance, disons même l'inefficacité radicale de la rédaction du Scbolasticus.
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firmatio sacrifiai, préoccupées qu'elles semblent être exclusivement d'obtenir la confirmatio sacramenti corrélative à l'effet sacramentel. Il en va tout autrement dans les textes gallicans. Plusieurs des citations que nous allons en foire expriment même avec plus de précision & de netteté le point de vue romain, qu'elles contribuent par suite à mettre en relief. Quant au retour à peu près textuel de certaines expressions qui se retrouvent dans la formule romaine, c'est là une dernière coïncidence qui ne peut manquer de frapper d'elle-même le lefteur. Nous n'avons pas à la signaler autrement.
Voici d'abord la dernière partie du Post pridie mozarabe, au IVe dimanche de l'Avent :
Per ipsum te ergo summe Pater exposcimus : ut hanc tuae placationis hostiam, quam tibi offerimus, e manibus nostris placatus accipias, eamque de caelis a sede placato vultu respiciens benedicas : ut quotquot ex hujus sumptu libaverimus, &c.
Le Post pridie du dimanche de l'Epiphanie, dans le même Missel, est dans le même ton d'immolation propitiatoire :
Vespertini hujus sacrifiai litatione placari te cupientes, omnipotens Deus : quaesumus ut appositum tibi hoc holocaustum ita placide acceptare digneris ; quo omnes, &c.
De même encore cette formule du VIIe dimanche après l'Epiphanie :
Déférentes altaribus tuis... oblationum vota non mérita precamur... ut sit rationabile obsequium nostrum & fiât hase oblatio in remissionem peccatorum, faciasque hanc hostiam vivam, placentem tibi, sanctam ac benediftam, referatur in sacrificio justifias; ex quo in excelsis suavitatis odor ascendat, & holocaustum igné fidei ardens per membra populi dividendum, &c.
La formule suivante est remarquable en même temps par la demande d'intervention de l'Esprit-Saint sur le sacrifice, formellement considéré comme étant déjà « verum corpus & sanguis Domini nostri Jesu Christi ». (Dom. V. Quadrag., Missel mozarabe.)
Majestatem tuam supplices rogamus ac petimus ut in his sacrifiais benedictionum tuarum plenitudo descendat, & infundas in eis imbrem Spiritus tui Sanfti de caelis, ut fiât hoc sacrificium secundum ordinem Melchisedech, fiât hoc sacrificium secundum ordinem patriarcharum & prophetarum, ut quod ab illis tipice facientibus unigeniti Filii tui significantibus adventum ; tua majestas acceptare dignata est : sic hoc sacrificium respicere & san&ificare digneris, quod est verum corpus et sanguis Domini nostri Jesu Christi Filii tui, qui pro nobis omnibus faclus est sacerdos & hostia. Hanc itaque hostiam, tu piissime Pater, de tuas claritatis respedu sanctifiai : ut sumentibus eam, &c.
L'appel au souvenir des holocaustes de l'ancienne loi reçoit toute son accentuation dans cet autre Post pridie de l'Ascension.
Haec munera offerimus quae ut nobis in salutem percepta contingant, visitet ea Spiritus tuus Sanftus qui in similitudinem flammce Mannes dona suscepisti. Visitet & vivificet ea Spiritus San&us qui per vaporem incendii Heliœ holocaustum adsumpsit. Visitet & vivificet ea Spiritus tuus Sanftus qui ignearum divisione linguarum in apostolorum, &c... ut recepta in visceribus nostris.
Mais aucune formule n'est plus expressive à tous les points de vue que celle-ci, de la Pentecôte, notamment dans la description qu'elle donne de l'a&ioh mystérieuse du feu dans l'holocauste du prophète Élie.
Paléographie V. 12
Suscipe quassumus, Spiritus Sancle, omnipotens Deus, sacrificia te auctore instituente décréta : qui inlibatae Virginis in utero quondam membra, in qua Verbum caro fieret, quibus hoc rite sacrificium competeret, immaculata formasti, in cujus similitudinem hase munera corporis & sanguinis ingerimus & ut plenitudinem debitœ sanclificationis te deificante obtineant, supplicamus. Quia tu vere il le ignis es qui patrum nostrorum acceptans sacrificia divinitus consumpsisti. Quemadmodum Heliae quoque vidimam aquis circumfluentibus natitantem cum lapidibus & lignis exurens, etiam madefacti pulveris rivulos calore inconsummabili arefa&os inextimabiliter absumendo finisti. Simili nunc quassumus hashostiasdignatione suscipias : divinitatis tuas igné salvifico omnium pe&orum nostrorum affectionem exurens : atque ad percipiendam cnslestis cibi potusque substantiam vivificans corda mortalium, &c.
A noter encore le discurrente santlo Angelo tuo du Post pridie du Ve dimanche après Pâques.
Pro quo te Deus omnipotens rogamus & petimus, ut oblata in conspec"lu nostras servitutis libamina, ipse tibi acceptabilia facias, & accepta discurrente sanclo Angelo tuo nobis sanclificata distribuas.
Le per manus sancli Angeli tut du Canon romain pourrait bien avoir quelque rapport à ce discurrente santlo Angelo tuo du sacrifice de Manué (Jud., xm), tellement le courant symbolique est le même de part & d'autre.
Les théologiens se donnent bien du mal pour découvrir ce qui constitue la raison formelle du sacrifice dans les rites de la messe. Personne ne paraît avoir songé à interroger les liturgies sur la question. Il nous semble pourtant que le Missel mozarabe, en particulier, dans les oraisons Post pridie que nous énumérons en ce moment, jette sur le sujet une lumière & fournit des développements d'une clarté qui ne laissent rien à désirer. Au moins, l'explication suggérée par ces textes pourrait-elle être honorablement substituée à beaucoup de celles qui encombrent les dissertations sur la matière & ne satisfont personne. Ici, comme dans l'holocauste fameux du prophète Élie (III Reg., xvm, 23-39) & celLn du P^re de Samson, c'est le feu du Saint-Esprit qui consume la victime & consomme le sacrifice : in similitudinem flammœ Mannes. — Quia tu vere ille ignis es qui patrum nostrorum acceptans sacrificia divinitus assumpsisti.
On a pu remarquer, dans le premier des textes qui précèdent, l'expression, de cœlis a sede placato vultu respiciens benedicas, & son rapport avec le texte du Canon romain, Supra quœ propitio ac sereno vultu respicere digneris et accepta habere. En voici quelques autres du même genre. Il s'agit évidemment d'une idée passée à l'état de lieu commun liturgique dans les églises latines. Ici encore, les textes gallicans ajoutent des précisions qui achèvent de mettre en relief toute la valeur théologique des différents points de l'épiclèse romaine. Par exemple, cette Colle cl io post sécréta que nous trouvons à la Missa in symboli traditione dans le Missale gothicum, aussi bien que dans le Missale gallicanum vêtus :
Aspice (in cœlo : add. Miss, goth.) sincero vultu pie miserator haec munera, qui semper es propensus ad dona, ut ipsa contemplatione oblata sanctifices naturali majestate qui perpétue sanctus es & sancta largiris.
L ANTIPHONAIRE AMBROSIEN
De même, dans le Missel mozarabe :
Hanc hostiam vivam illusîratione adventus sanclifica (Dom. I. Adventus).
Tam oblationem quam oblatores ita respiciendo sanclifices, vivificandoque tibi ipse commendes (Fête de S. Jean, 27 déc).
Hoc sacrificium serenus accipias (Fête de S. Jacques).
Has hostias sanclo altario tuo superpositas intendas propitius (Ve dim. ap. l'Epiphanie).
Rogamus ut hase oblatio quam in sanclo altario tuo deferimus sit oculis luis placita (VIe dim.).
Ut hase hostia quae a nobis indignis offertur, gratiam in conspeclu majestatis tuœ inveniat, benedi&ionumque tuarum ubertate repleta... (Fer. IV. post dom. I. Quadr.).
Ea quae tibi offerimus luce per lustras œternœ sanflificationis . . . (Dom. II. Quadr.).
Hase sacrificia pietatis tuce obtutu saniftificentur (Dom. Palm.).
Nous pourrions arrêter là nos citations, mais on nous permettra, pour en couronner le résultat, de réunir quelques-uns des débris de la formule romaine, reconnus çà & là dans l'une ou l'autre Colle 'ci 'io post pridie & de les disposer parallèlement au texte aftuel de cette formule, tel qu'il a prévalu dans les Canons gélasiens & grégoriens. Inutile d'avertir qu'on ne trouvera rien de pareil dans les liturgies d'Orient.
Unde & memores, Domine, nos servi tui, sed & plebs tua sancta ejusdem Christi Filii tui Domini nostri tam beatae passionis, nec non & ab inferis resurredftionis, sed & in caelos gloriosissimae ascensionis :
offerimus praeclarae majestati tua; de tuis donis ac datis, hostiam puram, hostiam sanftam, hostiam immaculatam, panem sanctam vitae aeternae & calicem salutis perpétua.
Supra quae propitio ac sereno vultu respicere digneris : & accepta habere, sicuti accepta habere dignatus es munera pueri tui justi Abel, & sacrificium patriarche nostri Abrahae, & quod tibi obtulit summus
Memores gloriosissimi Domini passionis & ab inferis resurreclionis. (Missale gothicum, Missa Dominicalis, Tommasi, VI, 3)6-)
Facientescommemorationem passionis, mortis & resurreclionis Domini nostri Jesu Christi. (Missel mozarabe, Dom IV. post Epipb.)
Recitatis Domine Unigeniti tui sacramentorum praeceptis, simulque praeclaras passionis, & resurredionis & in caelos ascensionis memoriam facientes. (Missel mozarabe, Dom. V. Qtiadrag.)
Offerimus tibi, Domine, hanc immaculatam hostiam, rationalem hostiam, incruentam hostiam, hune panem sanftum & calicem salutarem. (Missale gothicum, toc. cit., VI, 3)6.)
e manibus nostris placatus accipias, eamque de caelis a sede placato vultu respiciens benedicas. (Missel mozarabe, Dom. IV. Advent.)
Hanc quoque oblationem ut acceptam habeas & benedicas supplices exoramus, sicut accepta habuisti munera Abel pueri tui justi, & sacrificium patriarchae nostri Abraham & quod tibi obtulit summus sacerdos tuus Melchise-
Ergo memores gloriosissimas ejus passionis, & ab inferis resurredionis, & in caslum ascensionis,
offerimus tibi hanc immaculatam hostiam, hune panem sanclum & calicem vitae alternas
sacerdos tuus Melchisedech, sanftum sacrificium, immaculatam hostiam.
Supplices te rogamus, omnipotens Deus, jubé hase perferri per manus san<fti Angeli tui in sublime aitare tuum, in conspeftu divinae majestatis tuas :
ut quotquot ex hac altaris participatione sacrosanctum Filii tui corpus & sanguinem sumpserimus, omni benedictione caelesti & gratia repleamur.
Per eumdem Christum Dominum nostrum, perquem haec omnia, Domine, semper bona créas, sanctificas, vivificas, benedicis & prasstas nobis, per ipsum & cum ipso & in ipso est tibi Deo Patri omnipotenti in unitate Spiritus Sancti omnis honor & gloria per omnia sascula sasculorum.
(Canon romain.)
dech. Descendat hic quaeso invisibiliter benediftio tua, sicut quondam in patrum hostiis descendebat. Ascendat odor suavitatis in conspectu divinae majestatis tuas, ex hoc sublimi altario tuo per manus Angeli tui, & deferatur in ista solemnia Spiritus tuus Sanclus, qui tam astantes quam offerentes populi & oblata pariter & vota sanctificet. (Missel mozarabe, Feria II. post Pascba.)
ut quotquot ex hujus sumptu libaverimus salubritatem ac remedium animas & corporis hauriamus. (Missel mozarabe, Dom. IV. Adv.) ut quod ex hac tua benedic~tione acceperimus aeternitatis gloriam consequamur. (Missale gotbicum, Missa dominicalis, Tommasi, VI, 333.)
Te prasstante sanfte Domine quia tu hase omnia nobis indignis servis tuis valde bona créas, sanclificas, vivificas, benedicis ac prasstas nobis, ut sit benedifta a te Deo nostro in saecula saeculorum. (Conclusion de toutes les oraisons Post pridie mozarabes.)
Per quem omnia créas, creata benedicis, benedicla sanctificas & sanclificata Iargiris Deus, qui in Trinitate perfecla vivis & régnas in sascula saeculorum. (Post sécréta du Missale gotbicum, Tommasi, VI, 245.)
& petimus & precamur ut hanc oblationem suscipias in sublimi altario tuo per manus Angelorum tuorum, sicut suscipere dignatus es munera populi tui justi Abel & sacrificium patriarchae nostri Abrahae & quod tibi obtulit summus sacerdos Melchisedech. (Lib. de Sacramentis.)
Nous ne revenons pas sur l'union du Per quem hœc omnia avec le Post pridie. On conviendra que devant ce faisceau de rapprochements & d'observations, ce n'est ni imprudence, ni témérité de proposer aux liturgistes de voir, dans le Post pridie gallican, le témoin archaïque de l'usage romain primitif.
Cette restitution une fois reconnue, la question du déplacement des diptyques est acquise du même coup, & il ne reste plus qu'à s'occuper de l'identification du Post santlus. Celle-ci est elle-même déjà entamée, si l'on y a pris garde. Premièrement, nous avons trouvé le Mémento des morts réuni au Mémento des vivants, (pag. 79) ; deuxièmement, nous avons surpris la prière du Mémento des morts à la fin d'une oraison Post nomina gallicane (ibid.).
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Il suivrait de là que la partie du Canon qui se trouve entre le Sanclus & le Qui pridie, pourrait être, elle aussi, dégagée des diptyques. En troisième lieu, nous rappelons que deux fois déjà, à propos du jeudi saint & du samedi saint ambrosiens, deux formules ont été rencontrées qui mettraient sur la voie d'un Post sanclus romain primitif, conduisant lui aussi directement du Sanclus au Qiii pridie. Nous prions le lecteur de se reporter à la page 61, où nous avons mis en regard le Post sanclus ambrosien du samedi saint & la même formule, le même texte, se présentant comme n'étant autre que Hanc igitur dans le Sacramentaire tripartite de Gerbert. Ceci est un fait solide.
Voici deux autres faits dont la coïncidence au même point, Hanc igitur oblationem, nous paraît confirmer singulièrement la conjecture qui verrait décidément dans la formule Hanc igitur le Post sanclus romain primitif que nous cherchons. Le Missale gothicum nous donne, après la Contestatio des Rogations, la rubrique suivante : Post sanclus per totas très missas dices : Hanc igitur oblationem, &c. (i). Le Missale gallicanum vêtus nous donne également, aussitôt après la Contestatio d'une Missa de Adventu, cette rubrique : Posthœc : Hanc igitur obl. (2) Ces inductions paraissent d'autant plus plausibles qu'elles sont en harmonie parfaite & nullement forcée avec l'ensemble des restitutions que nous venons d'établir.
Reste le Te igitur. Nous l'avons considéré jusqu'ici comme étant l'introduction des diptyques, la Commendatio oblationum, une Colleclio ante nomina. Mais, nous l'avouons sans détour, le transport de cette formule, au moins dans sa première partie, avant la récitation des diptyques, ne nous satisfaisait que médiocrement. Nous y aurions vu plus volontiers le début d'une Oratio post pridie. C'est, croyons-nous, une impression dont on ne peut se défendre, quand on a l'esprit pénétré de la lecture attentive & consécutive de toutes les oraisons Post pridie, étudiées comme dans une monographie. A chaque instant on y retrouve l'intention, la direction euchologique du Te igitur jusqu'à in primis, & plusieurs fois même l'association des deux verbes rogamus ac petimus. Même le supplices ac rogamus ac petimus du Te igitur se retrouve en toutes lettres dans Y Oratio post pridie du Ve dimanche de Carême, dans le Missel mozarabe. Nous en étions là, n'osant, malgré tout, conclure, quand nous remarquâmes, au jeudi saint, dans le Codex vaticanus du Sacramentaire grégorien, édité par Angelo Rocca (3), la disposition suivante du Canon : i° Communicantes ; 20 Hanc igitur; )° Qui pridie ; 40 Te igitur clementissime Pater per Jesum Christum Filium (tuum) Dominum nostrum supplices rogamus, &c. Dans les conditions où elle se présente, cette rencontre est vraiment significative (4).
(1) Tommasi, 1. c, VI, 306.
(2)Ibid.. p. 373.
(3) Inter S. Gregorii opéra, v. g. éd. de Paris, 1640, tome V, col. 105, ou bien les éd. de Rome, 1593, 161 3,
(4) 11 ne faut pas se lasser de signaler à cet égard le Mémoire sur d'anciens Sacramentaires, Imprimerie Nationale, 1886, par lequel M. L. Delisle a eu l'honneur d'ouvrir une voie nouvelle où viennent de s'engager à leur tour le Dr Ebner (Çhiellen und Forschungen {ur Geschicbtc... des Missale romanutn in Mittelalter. lier italicum, in-8°),
Ceci nous amènerait à réformer une assertion trop prompte qui nous a échappé (i) sur l'invariabilité du Canon romain, & corollairement sur le caractère ultra-latin des embolismes gallicans Post sanclus & Postpridie. A la réflexion, rien ne prouve que la liturgie romaine n'aurait pas eu, elle aussi, multiplicité de Post sanclus & de Postpridie. En matière d'observation archéologique, il faut se payer de mots le moins possible. Or, le caractère ultra-latin des embolismes Post sanclus & Post pridie, c'est bientôt dit. Passe encore, s'il s'agissait d'un seul monument gallican. Mais tous, mais le mozarabe, le Gallicanum vêtus, le Gothicum, le Missel de Reichenau, &c. D'où vient donc que toutes ces églises se seraient rencontrées pour appliquer à ces formules un renouvellement embolismique qui n'aurait pas été autorisé par le type romain, leur source commune? A priori, l'on devrait être incliné à penser que Rome elle-même avait d'abord connu ce renouvellement. La remarque dont le Te igitiir vient d'être l'objet nous restituerait déjà un tronçon d'épiclèse de rechange. Outre cela, si l'on proposait de voir dans les Secrètes d'aujourd'hui les Post sécréta d'autrefois, transposées avant la Préface, par un mouvement inverse de celui qui aurait transposé les diptyques après la Préface, nous ne voyons pas pourquoi cette hypothèse ne recevrait pas provisoirement l'hospitalité. Voici un premier fait dont elle pourrait se réclamer. Le Post mysterium de l'Epiphanie dans le Missale gallicanum vêtus (Tommasi, VI, 253) devient une Sécréta dans tous les Sacramentaires romains. Voici les deux textes :
Missale gallicanum vêtus (Post mysterium). Sacramentaires Romains (Sécréta).
Sacrifiais praesentibus, Domine quœsumus, in- Ecclesias tuae, quassumus Domine, dona propi-
tende placatus, quibus non jam aurum, thus & tius intuere, quibus non jam aurum, thus & myr-
myrrhaprofertur, sed iisdem muneribusdeclaratur, rha profertur, sed (quod) (de) eisdem muneribus
offertur, immolatur, sumitur. Per Dominum no- declaratur, immolatur & sumitur (Jésus Christus
strum Jesum Christum Filium tuum qui tecum & Dominus noster). Per Dominum nostrum Jesum
cum Spiritu Sanfto vivit. Christum Filium tuum qui tecum.
Des fouilles pratiquées dans cette direction ne seraient peut-être pas sans résultats. Nous ne garantissons rien, nos recherches ne s'étant pas encore appliquées à vérifier la solidité d'une remarque que nous livrons sans l'avoir encore suffisamment mûrie (2). Sous le béné-
& M. Hugo Ehrensberger, Libri Uturgici bibliothecœ apostolicce vaticance manu scripti, Lex.-8°, xii-592 p., Herder, Fribourg en Brisgau, comme le précédent.
(1) Ci-dessus, page 78.
(2) Au moment où nous imprimons ces pages, nous prenons tardivement connaissance d'un important ouvrage où le Dr Probst s'est occupé récemment, lui aussi, de la question des origines du système gallican. {Die abendlândiscbe Messe vomfùnften bis ^um achten Jahrhundert , Munster, 1896, in-8° de xv-444 pp.) Il conclut également à l'origine romaine. Par sa compréhension, comme par sa construction & ses procédés, son travail est notablement différent du nôtre. Mais peut-être, le fait d'une rencontre si peu concertée tendrait-il à persuader qu'il y a vraiment là « quelque chose », c'est-à-dire que nous sommes dans une direction où il est permis d'espérer qu'on aboutira. Nous comprenons fort bien cependant que le point de vue auquel s'est placé le Dr Probst, & le système de démonstration qui lui est familier, n'inclinent pas encore l'esprit à la convidion. Nous relèverons par exemple
L ANTIPHONAIRE AMBROSIEN
fice de cette réserve, voici un autre aperçu qui peut avoir aussi son intérêt. Les trois paragraphes de l'épiclèse romaine, Unde et niemorcs, Supra quœ, Supplices, à les examiner de près, pourraient bien n'avoir été réunis qu'après coup dans une seule formule. Il n'y a pas rigoureusement tout le rapport grammatical désirable entre ces mots, hostiam sanclam, &c, de Y Unde et memores & le Supra quœ initial du paragraphe suivant. D'un autre côté, la demande d'acceptation contenue dans le paragraphe Supplices fait double emploi avec celle du Supra quœ. Nous verrions donc là volontiers des tronçons de trois épiclèses différentes. Le Supra quœ aurait eu pour début quelque chose comme le Te igitur, dont les accusatifs pluriels, hœc doua, hœc minier a, hœc sancla sacrificia illibata, se raccordent grammaticalement & logiquement fort bien avec Supra quœ. Le Te igitur, de son côté, aurait eu un complément analogue à celui-là. A son tour le Supplices te rogamus, qui rappelle vaguement le Supplices rogamus ac petimus du Te igitur, constituerait une troisième épiclèse distincte des deux précédentes. Enfin nous en restituerions une quatrième, en raccordant le Quant oblationem aux accusatifs singuliers, hostiam sancla m, &c. du paragraphe Unde et memores, auxquels ils se relient grammaticalement beaucoup mieux que ne le fait l'accusatif pluriel du Supra quœ. Cette dernière supposition offre un avantage & un inconvénient. L'avantage serait de rendre plus frappante encore la similitude entre l'épiclèse romaine & certaines tournures d'épiclèses gallicanes, & de faire rentrer une épiclèse, exceptionnellement située avant la consécration, dans le rang de toutes les autres épiclèses de toutes les liturgies, y comprise la romaine. L'inconvénient, c'est de se heurter à un document du ve siècle, le de Sacramentis, où déjà l'essentiel du Ouam oblationem précède le Qui pridie. Il faudrait par conséquent supposer le déplacement assez antérieur au ve siècle. C'est possible ; mais on conviendra qu'il ne saurait être question d'asseoir quoi que ce soit de scientifiquement démontré, sur
ces deux points. Dans la pensée du savant prélat, si nous la comprenons bien : i° ce sont les liturgies gallicanes qui auraient déplacé les prières des diptyques, & 2° ces prières n'occupent pas chez elles la place qu'elles ont dans les liturgies d'Orient. Cette dernière observation est bonne, mais la première est moins solide. Que le docte professeur nous permette de le dire avec tous les ménagements dûs à l'un des vétérans les plus graves de la science liturgique, & le respect que nous inspire sa personnalité, nous croyons qu'il s'est mis là dans une position difficile à conserver, & cette position est d'autant plus désavantageuse qu'avant tout elle crée cette difficulté préjudicielle : Comment les liturgies d'Espagne, des Gaules, &c, se sont-elles concertées pour opérer toutes ensemble, partout & de la même manière, cette transposition? On le voit, c'est toujours à ce problème extrêmement intéressant d'unité qu'il faut en revenir, & la solution qu'on lui donne est un peu la pierre de touche de tout le reste.
Autre remarque. M. Probst prend le Canon romain comme centre de ralliement auquel il s'efforce de ramener les liturgies gallicanes, considérées par lui comme en étant des déviations. Le travail d'identification & de restitution devient alors parfois un véritable tour de force de subtilité, où l'esprit d'ingéniosité subjective tient trop souvent lieu de réalités objectives. Ainsi, nous avouons ne pas comprendre sur quel fondement le Te igitur est présenté comme correspondant au Post sanEtus du VIe dimanche après l'Epiphanie, dans le Missel mozarabe; le Hanc igitur, à une oraison Post nomina du I01 dimanche après l'Epiphanie; le Quam oblationem, à la prière Adesto dont nous avons parlé, page 55, note 9. (Die àbendlând. Messe, p. 240.) Que M. Probst nous pardonne cette observation faite sans la moindre intention blessante. Nous regrettons d'ailleurs que l'importante contribution apportée depuis 25 ans par ce bon travailleur à l'histoire de la liturgie soit en somme assez peu connue en France. Quelque jugement qu'on porte sur son œuvre, on ne peut méconnaître qu'il a fait avancer la science.
des données aussi conjecturales, quelque impression de vraisemblance qu'elles laissent dans l'esprit. Nous livrons donc la chose, sans en rien tirer à l'appui de notre restitution, & simplement pour éveiller l'attention. D'autres plus heureux saisiront peut-être, soit dans les monuments connus, soit dans les manuscrits, le trait d'union qui nous échappe.
Il y a ici une dernière observation intéressante à faire. On cherchera vainement la Colleclio post sanclus dans ceux des documents gallicans, qui nous présentent l'intégralité du Canon romain depuis le Te igitur. On n'y trouvera pas davantage la Colleclio post sécréta, post mysterium. Voici l'intérêt de cette remarque. Nous croyons saisir ici sur le vif deux manières d'être des églises du rit gallican, par rapport à l'unité romaine : i° maintien de l'unité romaine archaïque, manifesté par la continuité de l'Anaphore, du Sanclus, du Post sanclus, du Pridie, du Post pridie ; 2° adoption de l'unité romaine nouvelle, manifestée par l'abandon du Post sanclus & du Post pridie ; &, corrélativement, substitution du Te igitur & de sa suite à la simplicité & à l'homogénéité du système primitif. Il n'est pas impossible qu'une analyse plus attentive des documents gallicans nous fournisse des données qui contribueraient à marquer assez exactement les étapes soit des réformes romaines, soit de l'accession plus ou moins lente & progressive des églises latines à ces réformes.
Voici, par exemple, une constatation qui ne peut manquer d'apporter à cette histoire une contribution considérable. Le Sacramentaire de Bobbio n'est pas seulement dépourvu sur les deux points que nous venons de dire (Post sanclus, Post pridie), comme le sont le Missale Francorum, & la deuxième partie du Missale gallicanum vêtus ; il est totalement dégarni de toute espèce d'embolisme, à partir de la Contestatio exclusivement, jusqu'à la fin de la messe. Dégarni, disons-nous, voici pourquoi. Nous ne pouvons nous empêcher de voir en ceci le résultat d'une exécution, c'est-à-dire le témoignage d'une déférence plus zélée qu'intelligente à des avis tels que ceux du pape Vigile (537-555) à Profuturus, évêque de Braga. Le texte auquel nous faisons allusion est très connu. Il est bon de le relire néanmoins.
Ordinem quoque precum in celebritate missarum nullo nos tempore, nulla festivitate signiflcamus habere diversum : sed semper eodem tenore, oblata Deo munera consecrare. Quoties vero Paschalis aut Ascensionis Domini, vel Pentecostes & Epiphaniae, sanftorumque Dei fuerit agenda festivitas, singula capitula diebus apta subjungimus, quibus commemorationem sanctae solemnitatis, aut eorum facimus, quorum natalitia celebramus ; cetera vero ordine consueto prosequimur. Quapropter & ipsius canonicœ précis textum direximus subter adjeftum, quem Deo propitio ex apostolica traditione suscepimus. Et ut caritas tua cognoscat quibus locis aliqua festivitatibus apta connectes, paschalis diei preces simul adjecimus (1).
Le rédacteur du Missel de Bobbio a bien soin de placer en tête de son recueil le texte de la prière canonique, ipsius canonicœ précis textum, puis, satisfait d'avoir, en transcrivant le Communicantes (2), pourvu au minimum de variations qu'il croit seul permis, il aura supprimé tout le reste, & pu dire à la lettre : Cetera vero ordine consueto prosequitur... ; sed semper eodem tenore, oblata Deo mimera consecrare [significamus]. Par conséquent, qu'on
(1) Migne, P. L., tome LXIX, col. 18.
(2) Migne, P. L., tome LXXII, col. 453. c.
L ANTIPHONAIRE AMBROSIEN
ne cherche ici ni Post sanclns, ni Post sécréta, ni An te, ni Post orationem dominicain, ni Benediclio populi, ni Post communionem, &c. Tout ce qu'il faut, depuis la Contestatio, est en tête, une fois pour toutes. Nous ne disons pas que ce soit précisément la connaissance de la lettre de Vigile à l'évêque de Braga qui aurait conduit à cet autodafé liturgique, mais il est facile d'imaginer toute autre revendication du même genre, plus directe sinon même plus générale, bien que nous serions fort empêchés d'en citer le texte.
Quoiqu'il en soit de cette explication qui n'est pas, à tout le moins, invraisemblable, & qui a l'avantage de rendre compte des choses d'une manière assez satisfaisante, le Sacramentaire de Bobbio nous réserve bien d'autres problèmes à résoudre &, entre autres, cette surprise pour laquelle nous demandons au lecteur d'entrer encore dans quelques développements.
Nous étions frappés, comme tous ceux qui ont étudié le Sacramentaire de Bobbio, de nous ne savons quelle confusion dans le contenu de ce Sacramentaire, où les titres & le texte sont tantôt romains, tantôt gallicans, le tout dans un désordre apparent & suivant une disposition capricieuse inexplicable ; si bien qu'on a pu prononcer, avec un certain fondement, que définitivement ce Missel est l'un des plus médiocres témoins de l'usage gallican, malgré sa haute antiquité (vne siècle). Peu s'en fallait que telle ne fût aussi notre conclusion, quand l'idée nous vint d'examiner plus attentivement si, par hasard, au lieu de la confusion des éléments romains & gallicans, nous n'aurions pas à relever une combinaison bien autrement intéressante, celle de la juxtaposition de ces éléments divers; & enfin, s'il ne serait pas possible de découvrir la loi, la raison de cette juxtaposition, d'où suivrait la possibilité de dégager, d'isoler la contribution diversement apportée par l'élément romain, comme par l'élément gallican à la rédaction du livre total.
Etant donné que le problème se posait dans ces termes, une méthode de fouilles & de déblaiement s'imposait, celle qui nous a souvent réussi, notamment dans la découverte du système organique des communions de Carême. Nous l'appliquâmes. Une fois de plus, l'efficacité de cette méthode apparut dans le résultat que nous allons présenter.
Nous prions le lecteur de jeter d'abord les yeux sur le tableau synoptique où se trouvent consignées l'analyse & la classification des différentes pièces du manuscrit de Bobbio, dans l'ordre exaft où elles se succèdent. Nous n'avons compris dans ce tableau que les messes, laissant de côté, par exemple, ce qui concerne la Traditio symboli au dimanche des Rameaux, l'administration du baptême au samedi saint, &c. La disposition est celle-ci : Chaque ligne horizontale figure une messe, c'est-à-dire la série des embolismes affe&és à cette messe. Au lieu de représenter ces pièces par l'incipit & la mention de leur rapport avec d'autres textes, ce qui sera produit ultérieurement & ailleurs, nous nous contentons, pour le moment, de les représenter au moyen du titre qui leur est donné dans le manuscrit. Les titres semblables des différentes messes sont groupés les uns sous les autres dans une colonne distincte. C'est tout l'artifice de ce procédé qui se réduit, on le voit, au cas particulier, à un dépouillement & à une coordination parallèle d'étiquettes, au fur & a mesure qu'elles se présentent dans le document.
Paléographie. V. 13
98 LANTIPHONAIRE AMBROSIEN
Au premier abord, on est tenté de sourire en voyant s'aligner toutes ces répétitions où l'on n'aperçoit qu'une innocente distraction, sinon du temps perdu. Mais nous croyons qu'en érudition rien n'est petit, rien de ce qui semble petit n'est à négliger non plus. C'est précisément le cas dans la patiente statistique qui nous occupe. D'une observation puérile en apparence vont surgir des nouveautés assez inattendues.
La première chose qui frappe dans l'appareil formé par l'alignement consécutif des étiquettes de notre tableau, c'est que les couches horizontales, bien que ne se ressemblant pas toutes entre elles, sont cependant dans deux rapports homogènes constants. Il y a deux genres d'assises, mais les lits ne se confondent pas, ne se mélangent pas. Il y a premièrement la série, Prœfatio missœ (1), Colleclio sequitur, Post nomina, Ad pacem, Contesta tio. On peut négliger la Colleclio post prophetiam. Il y a deuxièmement la série, Colleclio (anonyme), Sécréta, Contestât io. Mais, qu'on le remarque bien, les couches caractérisées par la rubrique Sécréta ne sont mélangées d'aucune Colleclio post nomina, ni Ad pacem, pas plus que celles de l'autre série ne sont construites avec une Sécréta. Ceci est frappant & sans exception. Il n'y a pas à en douter, nous sommes en présence d'une de ces importantes substru&ions qui annoncent à l'archéologue qu'un coup de pioche vient d'être donné au bon endroit.
Qu'est-ce à dire en effet? C'est à dire que, partout où il y a Sécréta, il n'y a plus ni récitation des noms (Colleclio sequitur, [alias An te nomina], Colleclio post nomina), ni baiser de paix (Colleclio ad pacem) avant la Conlestatio. Or, cette récitation des noms, ce baiser de paix avant la Conlestatio sont caractéristiques du type gallican. L'exclusion de ces parties d'une part & la substitution de la Sécréta d'autre part sont au contraire caractéristiques du type romain. Le manuscrit appartient donc à deux régimes, c'est-à-dire que le copiste a dû mettre un Sacramentaire, appartenant exclusivement au régime gallican, au courant d'un état liturgique plus avancé. Ne trouvant pas dans le recueil gallican qu'il avait à transcrire ce qu'il fallait pour répondre aux nouveaux besoins d'un calendrier plus développé, il en a emprunté le propre au régime nouveau qui était le sien, l'intercalant dans sa transcription de l'ancien répertoire, au fur & à mesure que le cas se présentait, ou même le rejetant à la fin de chacune des deux ou trois parties qu'on peut reconnaître à son œuvre.
Cette première constatation faite, rien n'est plus indiqué que d'isoler chacun des groupes de messes formés par la distinction des deux genres. Mais ceci nous ouvre du même coup tout un champ d'observations des plus fertiles en surprises nouvelles. Si nous prenons garde au calendrier des messes de la première série, nous y trouvons les grandes fêtes cardinales de l'année chrétienne, par exemple Noël, l'Epiphanie, Pâques, la Pentecôte. Tout cela est encore sous l'ancien régime, disons sous le régime gallican. Mais ce qui attire bien autrement, au premier coup d'œil, notre attention, c'est la série des messes nouvelles. N'est-ce pas un fait des plus significatifs que la présence ici de l'Ascension & des Rogations? Allonsnous donc maintenant obtenir des dates en quelque sorte, au moins des limites vont-elles être assignées en deçà desquelles l'ancien régime ne saurait être avancé, au delà desquelles le nouveau ne saurait être reculé? Il n'y a pas à en douter. On connaît la date de l'institution
(1) Ces formules sont anonymes pour la plupart. — L'astérisque désigne la forme invitatoire du texte.
Notes du Tableau suivant.
1 C'est de seconde main seulement, en noir & en marge, que cette messe se trouve chiffrée I dans le manuscrit 13 246 de la bibliothèque Nationale.
- 11 y a ici deux formules réunies sous un seul titre.
3 Le numéro d'ordre (11) de cette messe est également en noir, en marge & de seconde main. — Le titre de la messe est immédiatement suivi de la rubrique Oratio post prophetiam, ainsi que de la formule correspondant à cette rubrique. Le même cas se représente pour trois messes dominicales de la troisième partie du document. Pour ménager la place, nous n'émargeons pas ces pièces, non plus, du reste, que les titres des lectures.
I A la suite de cette Contestatio, le manuscrit en contient une autre, sous le titre : item Contestatio de Adventu. 5 Nous avons ici une double Leélio santli Evangelii secundum Mattbœum, la première contenant la généalogie
abrégée, l'annonciation de l'Ange à saint Joseph, l'imposition du nom de Jésus ; la seconde relatant la venue des Mages.
0 La première des trois lectures de cette messe porte cette rubrique : Leélio libri regum quœ Jegitur initio quadragesim/e ; l'Épître a ce titre : Epistola Pardi apostoli ad Corintbios [legenda] in Qiiadragisima.
' L'Epitre de cette messe a pour titre : Epistola Pauli Apostoli legenda in jejunio.
8 A la suite de cette Contestatio, le Missel en offre trois autres sous ces titres : Contestatio de Joseph, Contestatio quando de manna legitur, item Contestatio in medio QUADRAGiNSiMye. — Après quoi viennent trois lectures d'Evangile, avec les titres suivants : Leélio santli Evangelii secundum Mattbœum qu^e legitur initio quadraginsim/e, Leélio santli Evangelii secundum Lucam quando historia de joseph legitur, Leélio sanéli Evangelii secundum Jobannem qu^e legitur tertia dominica. Suit la tradition des Evangiles & du symbole : in Symbolum ad aurium apertionem, ad eletlos. Nous l'omettons ici, pour nous en tenir uniquement à la messe.
9 Nous suppléons ici le titre de Contestatio, qui n'est pas exprimé. Aussitôt après cette formule en vient une autre avec ce titre : item Contestatio eodem die, puis la triple leélio Evangelii secundum Jobannem quœ legitur in Parasceve ad Tertia..., quœ legitur ad Sexta in Parasceve... quœ legitur ad Noua, & enfin une lecture évangélique du samedi saint, deux chants responsoriaux, les Orationes in vigiliis Pascbœ & XOrdo du baptême. Nous reprenons ici.
10 Suit une autre pièce : item Contestatio.
II Suit une autre pièce : item Contestatio pascbalis.
12 Ce titre est précédé de trois lectures d'Evangile, précédées elles-mêmes d'une lecture unique de Joël sous le titre : In Letanias legenda. Leélio Joël propbetœ .
13 Ce titre est précédé d'une oraison Post propbetiam & d'une double lecture évangélique, la seconde sous ce titre : Leélio sanéli Evangelii secundum Mattbœum quœ legitur post sanéli Jobannis missam.
14 La première des trois lectures de cette messe porte ce titre : Leélio Hieremiœ propbetœ in depositione sanéli Martini episcopi.
15 Suivent deux pièces isolées, sous ces titres : Colleilio post prophetiam in dedicatione Ecclesiœ ; item alia ejusdem.
1(5 Suit une autre pièce : item Contestatio.
17 II y a ici, après le titre de la messe, une Colletlio post prophetiam que nous n'émargeons pas.
1S Même observation que dans la note précédente.
19 Suit une autre pièce : item Contestatio dominicalis .
20 Même observation qu'à la note 17.
21 Suit un autre Contestatio sans titre.
22 Ce titre est précédé d'une formule intitulée Incipit apologia & qui est bien connue.
23 Quatre autres Préfaces s'ajoutent à cette Contestatio sous les titres suivants : la ire, Contestatio de Abraham. Incipit Contestatio dominicalis dicendas ; les trois autres, item Contestatio dominicalis. On trouve à cet endroit du manuscrit, maladroitement rapporté, un feuillet d'une main différente mais à peu près contemporaine. C'est la messe à laquelL Mabillon a donné le titre : Missa pro principe. Nons n'en tenons pas compte. Elle n'appartient qu'accidentellement au Missel de Bobbio.
24 Suivent une leçon d'Épitre & une leçon d'Evangile sous la rubrique : it. alias lie. cottidianis. Mais aucune formule euchologique.
25 L'Epitre & l'Evangile sont précédés du titre : Item leéliones cottidianœ.
-1'1 Même observation que dans la note précédente. Il y a ici en outre deux leçons d'Evangile. -'" Les lectures de cette messe sont précédées de la rubrique, Lie. in dep. sacer.
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