‹ Paléographie musicaleChapitre 8 sur 60 · CU CL · texte numérisé non relu

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des Rogations (i). L'état liturgique sous lequel a été composée la première édition du Sacramentaire ne connaissait pas encore le triduum de l'évêque de Vienne. Elle est donc antérieure à 470. Mieux encore : l'Ascension n'était pas encore célébrée à part, à son jour, le quarantième après Pâques, au moment où doit se placer le Sacramentaire original, puisqu'elle figure dans la série des messes nouvelles. Or, l'Ascension avait déjà reçu cette fixation, au moment de l'institution des Rogations. \s Eligitur tempori triduum praesens qui inter Ascensionis sacrae cultum diemque dominicum, &c. '(2) » Ceci est peut-être encore plus intéressant & correspond à d'importantes observations faites en ces derniers temps. Comme l'a fort bien établi dom Cabrol (3) d'après la Peregrinatio Silviœ, à Jérusalem même, la fête de l'Ascension était encore, au ive siècle, combinée avec celle de la Pentecôte. Silvia qui mentionne cette double fête, quinquagesimarum die (c'est le nom qu'elle donne à la Pentecôte (4), & c'est aussi

(1) Ce fut vers 470. Voici ce que pouvait déjà dire, vingt ans après, saint Avit, successeur de saint Mamert : « Praedecessor namque meus & spiritalis mihi a baptismo pater, Mamertus sacerdos..., totas in ea quam supra diximus vigiliarum node sancto Paschae concepit animo Rogationes ; atque ibi cum Deo tacitus definivit quidquid hodie psalmis ac precibus imindiis inclamat... Eligitur tempori triduum prssens qui inter Ascensionis sacrae cultum diemque dominicum... secutae sunt succiduo tempore quaedam ecclesiae Galliarum rem tam probabilis exempli ; sic tamen quod hoc ipsum non apud omnes iisdem diebus quibus pênes nos institutum fuerat celebraretur... Tamen cum dileétione Rogationum, etiam sacerdotum crescente concordia, ad unum tempus id est ad présentes dies, universalis observantiœ cura concessit. » (S. Aviti Viennensis, Homilia V, page 295 sq. des Œuvres complètes de saint Avit, édition Chevalier, Lyon, 1890.) Dès 51 1, le ier concile d'Orléans statuait (canon XXVII) : « Rogationes, id est, litanias ante Ascensionem Domini ab omnibus Ecclesiis placuit celebrari, ita ut praemissum triduanum jejunium in dominicae Ascensionis festivitate solvatur. » (Concil. Galliae, éd. Labat, col. 842.) Grégoire de Tours écrivait de son côté à la fin de ce même siècle : « Cessantibus quoque exinde terroribus, per cunétas provincias dispersa facli fama cunétos sacerdotes imitari commonuit quod sacerdos fecit ex fide. Qux usque nunc in Dei nomine per omnes ecclesias in compuniftione cordis & contritione spiritus celebratur. » (Hist. Francorum, lib. II, cap. xxxiv, éd. Arndt. Monum. Germ. Script, rer. merov., 1, 1885, p. 97-98.)

(2) S. Avit, l. c. Cf. la note précédente.

(3) Dom Cabrûl, Etude sur le Peregrinatio Silviœ, Les églises de Jérusalem, la discipline et la liturgie au IVe siècle, Paris, Oudin, 1895, p. 122, sq. — Cf. Gamurrini, S. Hilarii traclatus, &c, et Silviœ... peregrinatio ad loca sancla, Romas, 1887, p. 101.

(4) Le ms. de Bobbio écrit die quinquagisimo, & il faut ajouter qu'il est seul à conserver cet archaïsme. Le Missale gotbicum écrit in die sanéîe Pentecoste, le légionnaire de Luxeuil, in sanclo Pentecosten. L'archaïsme in quinquagisimo dans le ms. de Bobbio est significatif. Silvia, suivant son habitude de désigner les fêtes par leur double nom grec & latin, n'a pas manqué de dire aussi (7. c, p. 100) : A Pascba autem usque ad quinquagesima, id est Pentecosten. — Dans l'Indiculus des œuvres de saint Augustin, Possidius, son disciple dit tantôt de die Pentecostes, tantôt de quinquagesima, de même qu'il appelle l'Ascension, de quadragesima Ascensionis Domini. Cf. saint Augustin, sermo 267 in die Pentecostes, n° 3 : « Quando celebravimus Çhiadragesimam, recolite quia commendavimus vobis Dominumjesum Christum Ecclesiam suam commendasse & ascendisse. » A ce propos, les réflexions par lesquelles dom Cabrol termine sa démonstration sont bonnes à noter. « Il faut se souvenir aussi, dit-il, que, pour les anciens, jusqu'au ivc siècle, la Pentecôte, c'est moins la fête du cinquantième jour que l'ensemble des cinquante jours qui forment une époque liturgique privilégiée, un temps de joie & comme une seule fête. L'Ascension n'est pas indiquée comme une fête à part ; elle est confondue dans la fête générale des cinquante jours de la Pentecôte. La fête spéciale de la Pentecôte n'aurait été établie, d'après certains archéologues, que lorsque le peuple chrétien eut cessé de fêter solennellement les cinquante jours... II était bon de signaler dans le récit de Silvia cette particularité, au moins comme une preuve de haute antiquité pour notre document, car de bonne heure l'Ascension fut transportée à son véritable jour, le quarantième après Pâques. » De nos jours encore, la liturgie romaine conserve à l'Ascen-

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celui que lui donne, à peu près, le manuscrit de Bobbio), Silvia disons-nous, non seulement n'en mentionne aucune au quarantième jour, pas même à Ylmbomon, mais elle établit formellement l'alibi du clergé ce jour-là, sans du reste émettre à cet égard la moindre réflexion, sans signaler en cela une dérogation, une différence avec d'autres usages occidentaux, qu'elle n'aurait pas manqué de relever, suivant sa coutume, si c'eût été le cas. La Haute-Italie, non plus que les provinces de la vallée du Rhône, ne connaissaient, cela paraît clair, & moins encore que Jérusalem, une fête d'Ascension quarante jours après Pâques, vers l'époque où elle écrivait sa narration. Ce n'est que par tâtonnements qu'on peut arriver à saisir à peu près le moment de l'institution d'une fête séparée. A Turin, non loin de Bobbio, l'Ascension est en possession de son siège aftuel vers le milieu du ve siècle. Nous en avons la preuve dans quatre sermons au moins de saint Maxime (i) qui ont spécialement cette fête pour objet. Mais il est possible de circonscrire encore plus l'approximation. Saint Augustin a plusieurs sermons sur l'Ascension. On lit dans le cclxv, n° i : « Ipso ergo quadragesimo die, quem hodie celebramus, ascendit in caelum. » Dans le cclxii, n° 3 : « Hodierno ergo die, hoc est quadragesimo post resurrettionem suam, Dominus ascendit in caelum... Ecce celebratur hodiernus dies toto orbe terrarum. » D'après cela, le dédoublement de la Pentecôte & de l'Ascension avait donc dû s'opérer entre 380, date de la rédaction de Silvia, & 430, date de la mort de saint Augustin. Dans tous les cas, à en croire saint Augustin, aux environs de 430, l'univers catholique célébrait l'Ascension au quarantième jour. La première édition du Sacramentaire de Bobbio doit par conséquent être cherchée par là, c'est-à-dire avant 430 au moins, puisque cette première édition ne connaissait pas encore l'Ascension. Nous croyons qu'on peut encore préciser. Il faut remarquer en effet que la première rédaction du Sacramentaire contient une messe de saint Martin, ce qui nous limite de ce côté à l'année 397, mais non loin de là. Il est dit en effet dans la Prœfatio missœ : « Hic vir, quem adnumerandum apostolis, martyribus adgregandum proxm\ ita inrem tempora protulerunt. » Nous pouvons faire encore un pas dans la voie de la précision chronologique. Voici ce qu'on lit dans la Prœfatio missœ d'une Missa Dominicalis de la première rédaction (col. 551 du tome LXXII de Migne : « Oremus Dominum, dileftissimi nobis, qui amara nobis adveniunt tempora & periculosi adproximant anni. Mutantur régna, vocantur gentes, &c. » Toute la messe est dans ce ton. La Contestatio est tout entière à la pensée de la fin du monde & du jugement dernier (2). Vocantur gentes est remarquable. Cette vue sur l'économie providentielle de la grande migration des peuples au ve siècle, se retrouve dans la Colleclio : « Gentes barbaras ad invocatio-

sion l'ordonnance propre aux fêtes de l'année, ce qui naturellement constitue une anomalie, au milieu de l'ordonnance toute différente du temps pascal. On voit maintenant la raison de cette anomalie. C'est la marque d'origine adventice. Ceci ne laisse pas en même temps que d'assigner dès lors à l'office pascal une antiquité tout à fait remarquable, & qui, pensons-nous, n'avait jamais été soupçonnée avec cette précision.

(1) Maxime de Turin, Migne, P. L., tome LVII, serm. xliv à xlvh, col. 623 seq. cf. Homil. lx, ibid., col. 367.

(2) Saint Maxime de Turin disait aussi dans le même temps : « Movet fortasse vos fratres quod tumultus bellorum & incursiones prœliorum fieri audimus assidue... & cur nostris temporibus fiant... sed haec causa quia... magis proximi sumus mundi excidio. » Homil. 86, Migne, loc. cit., col. 449.

nem nominis tni convertere... per interventum sanclœ Mariœ, » & dans la Colleclio ad pacem : « Pace mitescant barbarœ natioms... per intercessionem beatissimi Joannis Baptistœ, &c. » (Migne, col. 552.) Si l'on prend garde aux termes extrêmes où nous sommes chronologiquement parvenus à nous resserrer, il est bien difficile de ne pas nous reporter à la grande invasion d'Alaric, suivant de si près celle de Radagaise. Toutefois nous ne sommes plus au fort de l'invasion : Dum ergo tcmpus est, convertamur ad Dominum (Migne, col. 551). La messe aurait-elle été écrite sous l'impression de répit qui suivit la mort d'Alaric, & des espérances que put faire naître le mariage d'Ataulf & de Placidie? Cela n'empêchait pas l'avenir d'être menaçant, periculosi adproximant anni, & le bouleversement d'être en réalité permanent, tandis que les barbares commençaient à s'établir partout, & que les usurpateurs s'élevaient & disparaissaient sans trêve, miitantiir régna.

Il n'est pas besoin de dire l'importance que donneraient au Missel de Bobbio ces données chronologiques, si l'histoire liturgique les enregistrait comme définitivement acquises. On pourrait interroger la partie de ce document, constituée par l'isolement des séries gallicanes, comme si l'on avait sous les yeux un témoin liturgique du ve siècle. Ce serait l'équivalent de la découverte d'un manuscrit de cette époque. Or une découverte de ce caractère à pareille date ne peut manquer d'entraîner à sa suite tout un cortège de corollaires & de conséquences.

Continuons l'examen du Calendrier. Pour plus de commodité, nous désignerons à l'avenir la partie fondamentale du Codex, par la lettre A, & l'appendice, le groupe des messes construites avec Sécréta, par la lettre S. Nous nous attachons uniquement en ce moment au document A. Son calendrier donne l'impression d'une très haute antiquité. On n'est encore, dirait-on, qu'au début de la littérature embolismique. Les lecteurs qui nous ont suivis jusqu'ici savent ce que nous entendons par là, & probablement certaines interrogations latentes de l'esprit vont-elles se préciser à cette occasion. 11 y a en effet deux questions qui doivent s'être posées devant notre description du système de rechange propre aux messes latines. Premièrement, comment a-t-on été amené à renoncer à l'unité primitive & universelle d'un Ordo missœ quotidiennement identique à lui-même & invariable? Cette question du point de départ & de l'impulsion première qui aurait donné naissance à la liturgie embolismique est plus facile à poser qu'à résoudre ; mais peut-être la réponse à la deuxième question contribuerait-elle à mettre sur la voie. La deuxième question est celle-ci : Entre l'uniformité originelle & l'extrême variété euchologique de nos Sacramentaires romains, que s'est-il passé? C'est précisément ici que le document A nous fournit des renseignements aussi précieux qu'inattendus.

Ainsi l'organisation du Propre du Temps est encore à l'état rudimentaire, à l'époque de A. Pour toute la période de préparation à la fête de Pâques, nous n'avons que trois messes assignées à des jours déterminés : la Missa qiiadragesimalis, « initio quadraginsimœ », 15, puis la Missa in Symboli tradiclione du dimanche des Rameaux, 20, & enfin la Missa in Cœna Domini, 21. En dehors de là, trois messes seulement, sous le titre de Missa jejunii, 16 à 18, doivent suffire à toutes les synaxes quadragésimales. Admettons que ces trois messes aient été celles des dimanches de Carême, autres que le premier dimanche, in ini-

Ho Quadr., & le dernier, in traditione symboli. Il ne reste rien pour les fériés, & nous n'avons que cinq dimanches au lieu des six auxquels on est arrivé dans le Gélasien. Le document S accuse un état plus avancé, en ajoutant une quatrième Missa jejunii , 19, ce qui met au pair le Missel de Bobbio. Bien entendu, nous n'avons ici ni Quinquagésime, ni Sexagésime, ni Septuagésime.

La période pascale, en dehors des deux termes extrêmes, prima die Paschœ, 23, & in Ouinquagesimo, 29, auxquels il faut joindre la solennité de la nuit du samedi saint, in Vigiliis Paschœ, 22, ne possède que deux messes de rechange, aémères d'ailleurs, 24 & 25. Cet archaïsme du Missel de Bobbio est d'autant plus précieux à recueillir qu'il est unique. Le Missale gothicum, le Missale gallicanum vêtus, le Légionnaire de Luxeuil sont tous trois pourvus d'un Propre à chacun des jours de la semaine pascale, y compris le Sabbato Octava Paschœ & la Missa clausum Paschœ.

Aux cinq messes pascales du Missel de Bobbio & à ses six messes quadragésimales, si l'on ajoute les cinq messes dominicales, 51 h 55, les quatre messes in Vigiliis Natalis Domini, 5, in Natale Domini, 6, in die Circumcisionis, 10, in Ephyphania, 11, & les trois messes in Adventum Domini, 2, 3, 4, on obtient un total de dix-huit messes pour représenter l'état d'avancement du Propre du Temps dans le document A. Notons en passant les trois messes in Adventum Domini. Jamais encore on ne s'était douté que l'institution de l'Avent fût si ancienne. <\ Institution » est peut-être un peu trop précis ; mais enfin le mot ôl Adventus est là pour attester l'existence d'une période, quelle qu'elle soit, de préparation à Noël. Il est remarquable au surplus que les nestoriens, peu suspefts de s'être conformés, depuis leur schisme, aux pratiques d'églises dont ils avaient répudié la communion au ve siècle, ont, au mois de décembre, quatre dimanches de l'Annonciation (i).

Le Propre des Saints est plus primitif encore. Saint Etienne, 7, les saints Innocents, 8, saint Jacques & saint Jean, 9, sainte Marie, 13, saint Jean-Baptiste, 30, saint Pierre & saint Paul, 32(2), saint Martin, 37, sont les seuls qui aient reçu les honneurs d'une messe spé-

(1) Cf. Assemani. Bibliotbeca orientalis, tom. III, pars II, p. CCC L XXX. n" 6. Assemani attribue YOrdo où figurent ces indications à Jésuiab d'Adiabène, patriarche des nestoriens de 650 à 660. Nous ne garantissons rien, & même, comme nous sommes sur le terrain de l'érudition orientale, nous serions plutôt sceptiques. Par prudence nous nous abstenons de rien tirer des indications qu'on entrevoit dans les rubriques des préfaces & des lectures surnuméraires signalées dans les notes du tableau, page 100; v. g. in medio quadragesimœ , quœ legitur tertia dominica, &c. Il est bien difficile de décider ce qui dans ces préfaces & ces Ieclures appartient à S ou bien à A. Toutefois la LeSlio santli Evangelii secundum Mattbceum qu/e legitur initio quadragesimœ (formant avec deux autres leétures évangéliques & trois préfaces l'appendice de la messe additionnelle. 19, note 8) fait visiblement double emploi avec la leclure évangélique de la Missa quadr agesimalis, 15 de A, dont la première leçon porte déjà textuellement une rubrique qui fixe la destination de cette messe : Leélio libri regum qum legitur initio quadragesim/e. Dès lors, on ne risque guère de se tromper en voyant dans tout ce petit groupe additionnel un essai postérieur de S pour mettre A au courant des progrès du Légionnaire & du Calendrier.

(2) On remarquera la Missa in Cathedra santli Pétri, 12, au mois de janvier. Outre cette messe & celle du 29 juin, saint Pierre possède encore un titre spécial sur la Missa romensis cottidiana, dont la première oraison le vise

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ciale. Encore les quatre premiers doivent-ils au temps de Noël d'être mis à part, (il est du reste intéressant de constater, au passage, l'antiquité de leur groupement,) & la Missa S. Martini paraît-elle n'avoir été d'abord qu'une messe anniversaire de sépulture, in depositione. Ceci jetterait naturellement un très grand jour & un jour assez nouveau sur la liturgie des saints. En ce qui les concerne, on le voit, le principe primitif d'invariabilité du formulaire euchologique est plus sévèrement maintenu, ou du moins affirmé, par la fixation au nombre de trois seulement des formulaires communs, l'un à toutes les fêtes de martyrs, l'autre à celles des vierges, le troisième à celles des saints non martyrs. On voit par là que les Communs représentent les plus anciens formulaires liturgiques affectés au culte des saints, en même temps qu'ils témoignent de la réserve avec laquelle on modifia d'abord la discipline primitive d'un formulaire unique, uniforme, pour toutes les messes de l'année. Cette remarque s'applique aussi bien à l'extrême sobriété de messes dominicales, comme de messes pascales & quadragésimales. Nous sommes encore assez près des origines pour que le principe du renouvellement embolismique n'ait pu produire encore toutes ses conséquences. On ne craint pas de répéter plusieurs fois les mêmes formules. On ne s'est encore affranchi que timidement de l'uniformité monotone de YOrdo invariable où se sont maintenus les Grecs. Chose intéressante, nous trouvons déjà parmi les circonstances qui ont obtenu le privilège d'un formulaire spécial, la maladie, 39, les voyages, 42, les besoins personnels du prêtre, 43. La Missa in Dedicatione, 40, les deux messes des Défunts, 60 & 61, & même à la rigueur la Missa omnimoda sont moins inattendues.

Le titre placé en tête du groupe, 30-50, donne bien à tout ce groupe sa physionomie. Ce sont des messes journalières (quotidiennes en ce sens) à répéter au fur & à mesure que se renouvellent, au cours de l'année, les circonstances pour lesquelles on les a instituées. Les saints privilégiés qui sont là appartiennent au même cycle de périodicité cathémérinale. Au contraire le premier groupe, 2 à 29, se nipporte à la périodicité fondée sur la date de Pâques.

En dehors de ces deux groupes, il ne reste plus à pourvoir que les dimanches & les jours de la semaine inoccupés par une fête ou une intention votive. Ces derniers ont la Missa romensis cottidiana placée en tête du manuscrit, & n'appartenant d'ailleurs au document A que par certains côtés, celui des embolismes. Encore n'en reproduit-elle pas toute la série. Quant aux dimanches, la fixation au nombre de cinq des messes qui leur sont assignées représenterait peut-être l'une des mesures intermédiaires qu'on dût prendre entre l'uniformité du formulaire & sa variabilité pour tous les cas.

Nous prions le lecteur de ne pas passer légèrement sur cette constatation. Il n'est guère douteux pour nous qu'on saisit ici sur le vif l'une des premières progressions de l'euchologie embolismique. D'après un ensemble d'observations que nous espérons exposer ailleurs avec les développements que réclame cet intéressant chapitre d'archéologie liturgique, voici comment nous nous représentons le procédé.

formellement : Deus qui beato Petro apostolo tuo, conlatis clavibus regui cœlestis, animas ligandi atque solvendi pontificium tradtdisti, &c.

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D'une manière générale ce qui est premier, c'est l'uniformité absolue, telle à peu près qu'elle s'est maintenue en Orient. La première déviation, ou si l'on veut, le premier progrès se sera produit sous couleur de varier l'euchologie à l'occasion de certaines solennités, telles que la Théophanie, Pâques, la Pentecôte, une fête de saint à laquelle s'attachait un éclat exceptionnel. — L'institution, romaine par excellence, de la liturgie stationale &, par une certaine corrélation, la célébration des Dédicaces & de leurs anniversaires, en même temps que la convocation des synaxes aux diverses confessions des saints, fournissaient également autant de prétextes à des adaptations circonstanciées de l'euchologie.

Puis l'usage de ces nouvelles compositions, d'abord restreint au cas spécial qui avait déterminé leur création, aura été étendu à toute une période, à tout un ensemble de cas analogues, les exceptions faisant ainsi à leur tour, chacune dans sa sphère, fonction de l'antique formule uniforme, celle-ci demeurant toutefois maîtresse du terrain dans tous les cas où les exceptions ne l'avaient pas encore dépossédée. De là, par exemple, ce qu'on appelle les Communs. Avant d'aboutir à ce caractère banal, les Communs ont donc commencé par être eux-mêmes des Propres, des exceptions au Commun universel.

Ce régime est encore celui du plus grand nombre de fêtes de saints. Mais pour la liturgie du cycle dominical, il est devenu à peu près méconnaissable, si ce n'est que les messes propres aux dimanches ont, depuis une époque qui reste à fixer, envahi chacun des jours de la semaine régie par leur dimanche respectif, faisant ainsi fonction de Commun pour toute la semaine, & bannissant du même coup toute trace de l'unique & uniforme Ordo missœ primitif.

Tel est du moins Létat des choses dans le rit romain. Avant d'en arriver là toutefois, la liturgie du cycle dominical a passé par d'autres phases, par des situations mixtes tenant à la fois du Propre & du Commun : du Propre, par un caractère dérogatoire qui distingue leurs formules de l'Ordo uniforme auquel elles sont substituées ; du Commun, par le mode de leur distribution purement rotatoire & sans affectation exclusivement déterminée. C'est le cas des cinq messes dominicales du document A de Bobbio. Comme leur nom l'indique (Missa dominicalis), ces messes étaient affectées à la célébration des dimanches de l'année non pourvus déjà par des exceptions supérieures. Elles sont dérogatoires en ce sens qu'elles se substituent à la primitive & universelle Missa communis. Elles sont communes en un autre sens, par l'indétermination de leur répartition. Qu'était en effet cette répartition ? On peut se la représenter sous deux formes : ou bien le choix ad libitum, ou bien la succession matérielle, par voie de retour ou de récurrence indéfinie, de la 2e à la re, de la 3e à la 2e, de la 4e à la y, de la y à la 4e, de la ire à la y, & ainsi de suite. Ni dans l'un, ni dans l'autre cas, un même dimanche n'est assuré de se retrouver, d'une année à l'autre, en possession de la même messe.

Il est remarquable qu'aujourd'hui encore, la liturgie ambrosienne n'a qu'une série de six messes pour tous les dimanches après la Pentecôte. Qu'on ouvre le premier Missel milanais venu, la série des formules euchologiques s'y retrouve identique à elle-même de six en six dimanches. Nous nous servons de préférence, pour faire cette constatation, du Missel

de Gaisruck (édition de 1831). Le Missel de 151 5 contient une messe de plus, mais, — chose assez singulière, — la première y demeure exclusivement spécialisée au premier dimanche après la Pentecôte. Dans le Missel de Gaisruck cette messe ouvre au contraire le circuit & revient aux VIIe & XIIIe dimanches après la Pentecôte, 4e après la Décollation, 3e après la Dédicace. Le Missel de 151 5 est cependant d'accord avec celui de 1831, sauf en ces quatre dimanches, auxquels il donne une messe surnuméraire, inconnue de l'autre document, comme des documents plus anciens que nous avons sous les yeux. Le chiffre de la limitation de ces messes donne lieu de se demander si leur roulement n'aurait pas été tout d'abord hebdomadaire, avant de devenir dominical. On en pourrait dire autant de la série de cinq dans le document A de Bobbio. La différence de cinq à six s'expliquerait alors par cette circonstance que les fériés IV n'auraient pas encore eu de synaxe eucharistique à l'époque de la composition du Bobiensis, non plus que la férié VI à l'époque de l'établissement du roulement ambrosien. Cette différence correspondrait à la date respective des situations liturgiques représentées par les deux chiffres.

Les anciens Sacramentaires favoriseraient cette supposition. Les quatre messes assignées aujourd'hui aux 3e, 4e, 5e & 6e dimanches, ainsi qu'aux dimanches suivants qui leur sont coordonnés de six en six, y sont encore marquées de la rubrique : Missa quotidianis diebus. C'est le cas du manuscrit de Bergame, par exemple ; c'est sous cette rubrique qu'y sont insérées les messes en question, entre la Missa IV post Pentecosten, dernière de celles où l'euchologie dominicale est pourvue d'embolismes de rechange, & la Missa y post Pentecosten, qui ouvre la série des dimanches pour lesquels on n'a plus à spécifier que les le&ures assignées à chacun d'eux. — Le chiffre de quatre messes dominicales après la Pentecôte dans le Sacramentaire de Bergame est lui-même intéressant. Seule la première de ces quatre messes se retrouve dans les Missels modernes, celui de 1515, comme celui de 1831. Les trois autres en sont absentes. En revanche celle du deuxième dimanche des Missels modernes n'y figure pas.

Ce n'est pas tout. S'il était permis de raisonner en toute sûreté sur l'important Sacramentarium triplex de Gerbert, il faudrait ajouter que, vers le xe siècle, la partie ambrosienne insérée dans ce document n'avait encore, après la Pentecôte, que la première messe dominicale actuelle & les quatre messes quotidiennes versées maintenant dans notre répertoire sextenaire (1). Ceci nous reporterait assez haut. L'économie aurait été celle-ci : du premier au dernier, chaque dimanche après la Pentecôte aurait repris l'unique formulaire du premier. De même chacun des quatre jours de la semaine (feria II, III, V, sabbato) restant à pourvoir de messes, après défalcation des fériés IV & VI, avait respectivement les quatre formulaires quotidiens à répéter jusqu'à l'Avent. La Postcommunion d'une de cts quatre messes, (aujourd'hui y dimanche après la Pentecôte,) réunit un ensemble de caractères archaïques dont nous aurons à tirer parti. En somme le témoignage fourni par le document Gerbertin pourrait bien nous faire toucher de très près aux premiers essais du développement de l'euchologie embolismique.

(1) La date de ce virement est certainement postérieure au xie siècle.

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