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D'après les travaux de Barrande

3. On nomme province zoologique une région caractérisée par certaines espèces animales qui lui sont particulières.

Selon toute probabilité, les deux zones climatériques du Silurien ont persisté à l’époque dévonienne. Mais, aussi bien pendant la période dévonienne que pendant la période silurienne, la température qui régnait dans la plus septentrionale, c’est-à-dire dans la moins chaude des deux zones, devait être assez élevée, car il serait, sans cela, assez difficile d'expliquer la présence de coraux constructeurs de récifs dans l'Ardenne, aux États-Unis, au Canada et jusque dans les provinces baltiques de la Russie (ile de Gothland).

Donc, en résumé, pendant les périodes silurienne et dévonienne, l'hémisphère boréal était partagé en deux zones elimatériques distinctes, dont la moins chaude subissait une température tropicale.

Climats de l’époque carbonifère. — L'étude des plantes fossiles, très abondantes dans les sédiments d'âge carbonifère, nous à appris que la végétation arborescente des terres émergées à l’époque carbonifère était partout constituée par des fougères, des prêles et des lycopodiacées.

Étant donné que les plantes sont en général très sensibles aux influences atmosphériques, que les espèces végétales se cantonnent toujours dans les régions dont le climat leur convient, et s’acclimatent difficilement dans les autres, l’uniformité apparente de la flore carbonifère avait conduit à penser que le climat de la Terre, pendant cette période, était partout le même, de l'équateur aux pôles.

En outre, comme cette végétation se composait exclusivement de cryptogames vasculaires qui, actuellement de taille très réduite, atteignaient alors des dimensions extraordinaires — au point que les lycopodiacées elles-mêmes, si humbles aujourd'hui, étaient de véritables arbres, — il avait paru légitime de penser que, non seulement la température du Globe était partout la même, mais encore qu'elle était très élevée.

La zone maritime. — Ces conclusions étaient beaucoup trop générales, et un examen plus approfondi de la question a obligé les géologues à les modifier quelque peu.

Sans doute, on avait raison de dire que la température générale était assez élevée, puisqu'on trouve, jusque sous la latitude du Spitzhberg, des formations coralliennes d'âge carbonifère: mais, d'autre part, les climats n'avaient pas cette uniformité qu'on leur avait attribuée tout d'abord.

__ Eneffet, on a remarqué que, dans notre hémisphère en par-

ticulier, les gisements houillers de quelque importance sont tous compris entre le trentième et le soixantième degré de latitude. C'est donc seulement entre ces limites qu'étaient réalisées, à l’époque carbonifère, les conditions nécessaires au développement des grandes forêts de cryptogames", c'està-dire un climat à la fois chaud et humide, climat comparable à celui que l’on rencontre, de nos jours, dans les iles des mers chaudes. Il est donc probable qu'à l'époque carbonifère, l'Amérique du Nord et la partie moyenne de l'Europe formaient un immense archipel d'îles très nombreuses, surgissant d'une mer tiède, et jouissant, par conséquent, de ce elimal marilime qui est si favorable à la croissance vigoureuse des cryptogames vasculaires arborescentes.

Les climats en dehors de la zone maritime. — En dehors de cette zone maritime et forestière, les conditions météorologiques devaient être tout autres. En effet, les sigillaires ? manquent dans la flore carbonifère des régions situées au nord du soixantième degré de latitude. On est donc autorisé à dire que ces plantes ne trouvaient pas, au voisinage des pôles, le climat qui leur convenait et qu'elles se rencontraient plus au sud, dans les îles de l'archipel aux grandes forêts.

D'autre part, Waagen a relevé des traces indéniables d'érosion glaciaire dans l'Inde, en Australie et au cap de Bonne- Espérance; il est donc certain que le climat de ces régions, dans lesquelles pouvaient s'établir des glaciers, ne devait pas être identique au climat de la zone septentrionale où vivaient, d’une vie si intense, les cryptogames arborescentes.

Nous convenons que ces notions relatives aux climats de l'époque carbonifère sont un peu vagues; mais il nous serait difficile, dans l'état actuel de la science, de préciser davantage. L'essentiel est qu'on sache bien que, contrairement à ce qu'on pensait naguère, les climats de l'époque carbonifère étaient loin d'être uniformes.

Climats de l’époque permienne. — Il n'y a rien de particulier à dire de cette époque qui, au point de vue des climats, ne fait que prolonger la période carbonifère.

1. Voir Coows et HouLserT, Géologie (Époques géologiques) : Origine de la houille, p. 122. Librairie Armand Colin.

2. Sigillaires, cryptogames vasculaires de la famille des Lycopodiacées.

Ère secondaire. — Pendant l'ère primaire, les zones climatériques, peu nombreuses et, par conséquent, très étendues, étaient peu différenciées les unes par rapport aux autres, à cause de la forte température qui régnait sur toute la surface du Globe. Nous allons voir, pendant l'ère secondaire, ces zones devenir plus nombreuses, moins larges et plus variées, en même temps que leurs limites vont se préciser.

Climats de l’époque triasique. — On sait peu de chose sur les climats de la période triasique. Il semble cependant que le trias ait été, au point de vue climatologique, la préparation de la période jurassique.

Climats de l’époque jurassique. — En étudiant les fossiles de cette période, Neumayr a pu délimiter trois zones climatériques, sensiblement parallèles à l'équateur, et caractérisées chacune par la localisation de certaines espèces d'animaux tels que les ammonites, ainsi que par l'abondance plus ou moins grande des coraux constructeurs de récifs.

Hémisphère boréal. — Si nous nous reportons à la figure 15 (carte n° 5, p. 28), nous voyons que la partie moyenne de notre hémisphère comprenait, à l'époque jurassique, trois provinces zoologiques bien délimitées.

49 La province moscovile, qui s'étendait sur la Russie, le Spitzhberg, la Nouvelle-Zélande: vers l’ouest, elle se prolongeait sur l'Amérique du Nord et, du côté de l'est, on a pu la suivre jusqu'en Asie. Cette province est caractérisée par l'absence complèle de coraux ; on y rencontre des Ammonites, mais aucune du type alpin.

La province de l’Europe centrale, caractérisée par l'abondance des récifs coralliens et par des espèces particulières d’Ammonites f.

3° La province méditerranéenne ou alpine, dont la limite nord suit les Carpathes et les Alpes et coupe l'Espagne en deux parties inégales. On y trouve des genres tout à fait spéciaux d'ammonites ?.

Selon Neumayr, ces trois provinces zoologiques coïncident exactement avec trois zones climatériques bien distinctes.

La première zone, ou zone boréale, correspond à la province

1. Les genres Oppelia et Aspidoceras, entre autres. 2. Les genres Phylloceras et Lytoceras.

moscovite. Etant donné que la province moscovite ne renfermait pas de coraux, il est à supposer que le climat de cette zone boréale devait être assez analogue à celui des régions méditerranéennes actuelles.

La deuxième zone, à laquelle on a donné le nom de zone tempérée, avait les mêmes limites que la province de l'Europe centrale. Nous ferons observer que ce mot de tempéré doit être pris ici dans un sens relatif et non dans un sens absolu. En effet, les coraux pullulaient dans cette zone, et comme ils sont sensiblement plus rapprochés des formes actuelles que les coraux des mers dévonienne et carbonifère, il y a lieu de penser que le climat de la zone, dite tempérée, du Jurassique était à peu près le même que celui des régions actuelles dans lesquelles se développent les coraux, c'est-à-dire des régions tropicales et subtropicales (mer Rouge, mer des Antilles, îles de la Sonde, etc.).

La troisième zone, qui correspond à la province méditerranéenne, avait un caractère tropical très net, qui était peutêtre dû ! à un courant d'eau chaude dont l'origine se trouvait vers l’ouest, dans les mers équatoriales.

Hémisphère austral. — On trouve même encore, dans l'hémisphère austral, une quatrième province zoologique caractérisée par des ammonites tout à fait analogues à celles que l’on rencontre dans la province de l'Europe centrale. Aussi Neumayr admet-il l'existence d'une zone lempérée sud, qui était pour l'hémisphère austral ce que la zone tempérée de l'Europe centrale était pour l'hémisphère boréal.

CONCLUSION RELATIVE AUX CLIMATS DU JURASSIQUE. — Si l’on admet l'existence de cette zone tempérée sud, on voit que la Terre, .à l'époque jurassique, se trouvait partagée en un certain nombre de zones climatériques, parallèles à l’'équateur.

Il y avait, le long de l'équateur même, une large zone tropicale, bordée, au nord et au sud, par deux zones tempérées, la zone lempérée nord et la zone tempérée sud. Enfin, autour des deux pôles, existaient deux zones. l’une boréale, l'autre australe, dans lesquelles la température était modérée.

C'est à peu près ce que l’on observe encore actuellement,

l. Selon Neumayr.

avec cette différence, toutefois, que la température générale des zones jurassiques était beaucoup plus élevée que celle des zones actuelles. Ainsi, à l'époque jurassique, il n'y avait pas de glaces aux pôles et les régions polaires devaient jouir d'une température douce, peut-être même plus élevée que celle des régions tempérées de l’époque présente.

Climats de l'époque crétacée. — On croyait autrefois que les zones climatériques semblables à celles qui existent de nos jours ne dataient que de la période crétacée. On voit, d’après ce qui précède, combien cette opinion était erronée.

Cette erreur provenait de ce que les plantes dicotylédones ne commencent à apparaître qu'à l’époque crétacée. Or, nous avons déjà fait remarquer (p. 36) combien sont nets les renseignements relatifs aux climats, fournis par l'étude de la distribution des végétaux. L'apparition des dicotylédones à l'époque crétacée et l’élude de leurs restes fossilisés avaient donc fait, en quelque sorte, sauter aux yeux l'existence des zones climatériques; mais 1l v avait, en réalité, fort longtemps que ces zones existaient.

Les zones climatériques du Crétacé étaient, dans leur ensemble, les mêmes que celles de l'époque jurassique. Elles avaient seulement des caractères plus tranchés et leurs limites étaient plus nettes. En outre, la zone équatoriale diminuant de largeur, les zones tempérées, australe et boréale, se rapprochent peu à peu de l'équateur, préparant l'apparition d'une zone plus froide autour des pôles. Ce déplacement des zones vers l'équateur indique un abaissement général de la température.

A l'époque crétacée, en effet, les grandes cryptogames vasculaires arborescentes ont à peu près complètement disparu. A leur place, se sont installées des monocotylédones (palmiers) et un nombre assez grand de dicotylédones (lauriers, camélias, jujubiers); seulement, il est à remarquer que toutes les dicotylédones crétacées de nos régions étaient à feuillage persistant, même pendant l'hiver; par conséquent, si la température était moins élevée qu'aux époques précédentes, elle l'était encore assez pour que les végétaux ne perdissent jamais leurs feuilles.

En somme, on peut admettre que, sous nos latitudes, le

climat de l'époque crétacée devait être analogue au climat actuel de l'Italie méridionale.

Ëre tertiaire. — Climat de l’Éocène. — Les climats ne paraissent pas avoir subi de grandes modifications; il y a toujours des zones analogues à celles des époques précédentes. Cependant, il semble que la température générale de nos régions se soit relevée et que le climat de la France, en particulier, soit plus chaud qu'à l'époque crétacée.

En effet, les plantes qui croissent et prospèrent en France, au début des temps tertiaires, sont les mêmes que celles qui vivent actuellement dans les régions tropicales; ce sont, par exemple, des palmiers, des magnolias, mélangés d'ailleurs à quelques plantes indigènes, comme la vigne. Quant aux arbres qui vivent aujourd'hui en France, les noyers, les chênes, les platanes, les peupliers, ils croissaient dans les régions polaires, au Groënland et au Spitzberg.

M. de Saporta pense que la température qui régnait en France, à cette époque, était comparable à la température actuelle de l'Afrique et de l'Asie méridionale, mais plutôt sèche qu'humide. Quant au Groënland, il jouissait d’un climat analogue à celui du Jura et des Vosges.

Si nous nous rappelons qu'à la fin du Crétacé, le climat de la France était celui de lItalie méridionale et qu'il prend au début du tertiaire un caractère tropical, on doit se demander à quoi est due, pendant la période éocène, cette recrudescence de chaleur. On l'attribue à l'arrivée sous nos latitudes d'une mer alimentée par un courant d’eau chaude, la mer Nummulitique.

Climat de l'Oligocène. — A l’époque oligocène, les arbres à feuillage caduc deviennent abondants en France : on y voit des aulnes, des bouleaux, des saules, ce qui indique un abaissement notable de la température moyenne. L’atmosphère est aussi plus humide que pendant la période éocène : on pressent que l'ère actuelle se prépare.

Climat du Miocène. — Au Miocène, la température moyenne de l'Europe parait avoir été ce qu'est aujourd'hui celle des régions méditerranéennes et, en particulier, de l'Italie méridionale et de l'Espagne. Le climat était doux et en même temps humide.Mais,comme les régions septentrionales

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continuaient à avoir un climat tempéré ‘, il est probable que les vents qui soufflaient en Europe étaient chauds: mais, malgré cette tiédeur des pays du Nord, le refroidissement n'allait pas moins en s’accentuant, ainsi qu'en témoigne le recul vers le sud des récifs coralliens qu'on ne retrouve plus, à cette époque, qu'à Malte et le long des côtes de l'Asie Mineure.

Climat du Pliocène. — L'époque pliocène marque encore une étape vers le refroidissement; aussi, les coraux constructeurs quittent-ils définitivement la Méditerranée qui possède déjà ses contours actuels, et qui est devenue une mer trop froide pour eux; mais ils se maintiennent dans la mer Rouge qu'ils n'ont plus quittée depuis et qui marque encore la limite septentrionale extrême de leur aire actuelle de dispersion.

La flore pliocène de l'Europe est encore assez riche, mais elle perd peu à peu ses types tropicaux 2.

RÉSUMÉ DES CLIMATS JUSQU’A LA FIN DES TEMPS TERTIAIRES. — Si, jetant un coup d'œil en arrière, nous cherchons à nous rendre compte de la façon dont les climats se sont succédé à la surface du Globe depuis la période jurassique, c'est-à-dire depuis l'époque où nous avons constaté l'existence de zones clhimatériques bien définies, nous verrons tout d'abord que la Terre est allée sans cesse en se refroidissant. Le résultat de ce refroidissement général, très lent, mais continu, a été le déplacement de loutes les zones climatériques vers l'équateur.

La zone tropicale que nous avons vue se dessiner à l'époque Jurassique, disparaît peu à peu et se trouve remplacée par les déux zones tempérées nord et sud, qui, se rapprochant l’une de l’autre, viennent se souder sur l'équateur, pour former la zone tropicale actuelle.

En même temps, les zones australe et boréale, dont nous avons constaté l'apparition pendant la période jurassique, suivent le mouvement, se substituent aux zones tempérées de la même époque et deviennent les zones tempérées de l'époque présente.

1. Ceci n'est vrai que pour l'Europe; les autres parties du monde paraissent avoir été moins favorisées.

2. La seule espèce tropicale qui ait réussi à se maintenir en Europe est un palmier, le Chamærops humilis, cantonné de nos’ jours dans le sud de l'Espagne.

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Enfin, à mesure que les zones boréale et australe s'avançaient vers l'équateur, apparaissaient, aux places qu'elles laissaient libres autour des pôles, des zones glaciaires, d'abord très étroites à l'époque pliocène, mais qui, depuis, sont allées sans cesse en s'élargissant et refoulant devant elles les zones tempérées, jusqu'à avoir l'étendue qu'elles ont à présent. Il est probable que, le refroidissement se poursuivant, les zones tempérées reculant continuellement devant l’envahissement des glaces, descendront de plus en plus vers l'équateur, où elles finiront par se substituer à la zone tropicale actuelle.

Mais les événements ne se sont pas toujours déroulés avec cette régularité toute théorique : nous avons vu qu'il s'est produit dans nos régions, à l'époque éocène, une recrudescence de chaleur; nous allons voir, de même, que le début de l'ère quaternaire a été marqué par deux phénomènes météorologiques importants qui ont amené un refroidissement subit et intense de nos pays.

Climats de l’ère quaternaire. — Il y a eu, en effet, au début du quaternaire :

1° Une abondance extrême des pluies, ce qui fait qu'on a souvent donné à cette époque le nom de période diluvienne ;

2° L'établissement de glaciers dans les régions montagneuses et leur extension considérable en Europe et dans

l'Amérique du Nord.

Explication de la période glaciaire. — On a longtemps cherché quelle pouvait avoir été la cause du développement extraordinaire des glaciers au début des temps quaternaires. Beaucoup d'hypothèses ont été émises qui, pour la plupart, font intervenir un refroidissement subit de l'atmosphère: mais ce n'est que reculer la question, car, alors, il faudrait dire quelle est la cause de ce mystérieux refroidissement.

Nous pensons que l'abaissement de la température a été la consèquence et non la cause de l'extension des glaciers, et voici quelle est l'explication que nous proposons d'adopter.

Si l'on se rappelle que c’est à la fin des temps tertiaires que s'est formé le plissement alpin, on ne peut s'empêcher de regarder les troubles atmosphériques du début de l'ère quaternaire comme le contre-coup de la formation des grandes chaînes tertiaires, telles que les Alpes et les Pyrénées.

En même temps, en effet, que l'immense pli des Alpes et des Pyrénées achevait de se constituer, une ride ! correspondante apparaissait qui amenait l'effondrement du continent atlantide et ouvrait, entre l’Europe et l'Amérique, ce grand fossé de l'océan Atlantique, qui fait communiquer les régions polaires avec les régions équatoriales, et permet l’élablissement de larges courants marins tels que le Gulf-Stream.

On comprend combien l'ouverture de cet océan, à la fin des temps tertiaires, a dû influer sur le régime météorologique des continents qu'il baignait, et 1l n'y a rien d’improbable à ce que l’atmosphère de nos régions en soit devenue plus humide.

Ce point établi, examinons l'effet produit sur cette atmosphère humide par les Alpes et le Jura, par exemple, montagnes élevées, de nouvelle formation. Ces chaînes, jeunes encore, n'avaient pas eu le temps de subir les érosions qui sont si intenses sur les hauts lieux; elles étaient donc beaucoup plus élevées qu'elles ne le sont aujourd'hui ?.

Or, on sait quel puissant appareil de condensation est une montagne. Par conséquent, les versants ouest du Jura et des Alpes, directement exposés aux vents humides de l'Atlantique, devaient provoquer, sur leurs flancs, une condensation rapide de la vapeur d'eau atmosphérique, et, par suite, d’abondantes chutes de neige sur leurs sommets.

La neige, tombant sur des montagnes beaucoup plus élevées que les Alpes actuelles, s'accumulait sur une surface bien plus considérable que la surface actuellement couverte de neiges persistantes et, par conséquent, l'alimentation des glaciers se faisait avec une ampleur extraordinaire ?. Or, l’ablation ne devait pas différer beaucoup de ce qu'elle est à présent; il suffit, pour s’en convaincre, de comparer la flore de la France pliocène à celle de la France d'aujourd'hui : les deux flores sont à peu de chose près les mêmes. Il en résulte que les glaciers, plus fortement alimentés et subissant

1]. Le mot ride nous sert à désigner un pli creux (Voir la fig. 6, p. 19).

2. On estime que les Alpes ont perdu plus de 1000 mètres de leur hauteur, depuis leur apparition.

3. Si l’on admet ce nombre de 1 000 mètres, comme représentant la perte subie par les Alpes depuis leur surrection, on voit que, de Digne au Saint-Gothard (400 kilomètres environ), la surface de condensation, capable de recevoir des neiges, a subi, de ce fait, une diminution de 400 kilomètres carrés.

la même ablation qu'à présent, devaient descendre dans la plaine, beaucoup plus bas qu'ils n’y descendent à l'heure actuelle.

D'autre part, il suffit de jeter les yeux sur une carte des Alpes pour constater que la plupart des vallées glaciaires d'un même versant convergent toutes vers quelques grandes vallées (Rhin, Rhône). Tous ces glaciers convergents ne tardèrent donc pas à se souder les uns aux autres et à constituer, dans la vallée où ils se réunissaient, un glacier unique, remplissant toute cette vallée et ayant une épaisseur considérable. Ce glacier épais, mais relativement étroit, offrait peu de prise à l’ablation superficielle et, par conséquent, il poussait son front dans la plaine, à une distance très grande des sommets. On comprend qu'il se soit ainsi formé, par la réunion de tous ces glaciers convergents, une immense calotte de glace, recouvrant, presque sans solution de continuité, les Alpes (fig. 20) et le Jura.

On se rend, dès lors, très bien compte que l’abaissement général de la température, en Europe, et surtout en France, fut la conséquence et non la cause de l'extension des glaciers des Alpes. C’est ce refroidissement qui, à son tour, devint peut-être la cause déterminante de l'établissement ultérieur de ces glaciers dont on retrouve tant de vestiges dans les Vosges.

Fin de la période glaciaire. — Il est très facile de comprendre pourquoi la période glaciaire a pris fin : ce n'est pas que la température de l'atmosphère soit, tout à coup, devenue plus élevée et ait fait disparaître les glaces; c'est qu'à mesure que le gel, les ouragans, les avalanches ! précipitaient en débris les sommets des Alpes sur les glaciers qui les transportaient ensuite par fragments dans la plaine, la hauteur des montagnes diminuait peu à peu, la surface offerte par les sommets à la condensation de la vapeur d’eau atmosphérique devenait plus restreinte, et l'alimentation des glaciers s'en trouvait réduite d'autant. À mesure que s’abaissaient les sommets alpins, la longueur des glaciers, moins fortement alimentés, diminuait donc, et la période glaciaire s'est terminée le jour où, à force de se raccourcir, chacun des

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