SUITE DES VERTÉBRÉS GRANDE EXTENSION DES MAMMIFÈRES
fe Les animaux les plus importants des temps tertiaires sont incontestablement les mammifères, qui acquièrent, à cette époque, leur extension maximum, avec une variété de formes et des dimensions qui n'ont jamais été dépassées, car les espèces qui vivent de nos jours, quoique nombreuses encore, représentent une faune amoindrie et visiblement en voie de décroissance. Les mammifères actuels appartiennent à quatre groupes principaux, d'importance fort inégale. Ce sont :
- Les MARSUPIAUX, caractérisés par la forme de leurs mâchoires et par la poche qu'ils portent sous le ventre pour abriter leurs petits (Ex. : Sarigue).
Les MAMMIFÈRES PISCIFORMES, adaptés à la vie aquatique, et
dont le corps prend une forme allongée rappelant celle des poissons (Ex. : Baleine).
Les ONGULÉS (mammifères à ongles très développés), dont les doigts sont entourés, à leur extrémité, par des ongles en. forme de cornet qu'on nomme des sabots (Ex. : Porc, Bœuf, Cheval, etc.).
Les ONGUICULÉS (mammifères à petits ongles), dont les doigts sont terminés par des griffes ou par des ongles aplatis, ne recouvrant qu'une seule face du doigt (Ex. : Homme, Chien, Lapin, etc.).
Nous allons passer successivement en revue ces différents groupes.
Marsupiaux. — Pendant loule la durée des temps secondaires les animaux de ce groupe furent à peu près les seuls représentants de la classe des mammifères; or, comme il en existe encore actuellement, il est, on le comprend, tout naturel de les retrouver à l’époque tertiare : ils y sont, en effet, assez nombreux.
Descendance des marsupiaux tertiaires. — À l'époque où se déposait l'Éocène inférieur, vivait en France le Néoplagiaulaæ 1, qui se rapproche beaucoup du Kangouroo-Rat, marsupial actuel d'Australie.
A un niveau plus élevé, dans le gypse de Montmartre, qui appartient à l'Éocène supérieur, Cuvier à trouvé les restes d'un Marsupial se rapprochant plutôt des sarigues actuelles de l'Amérique du Sud, que des marsupiaux australiens.
Il faut en conclure que, déjà, à l'époque du gypse, les marsupiaux d'Europe s'élaient éloignés dù type australien et évoluaient vers le lype américain.
Cette constatation n’a rien qui doive nous surprendre : reportons- | nous, en effet, à la fin des temps secondaires, au moment où l’affais- : sement du Pacifique séparait l'Australie du continent chinois dont elle
faisait partie. L'examen de la carte n°9 (p. 32) nous fait voir qu'il ;
. . . ’ . . , 1 existait alors, en dehors de lAustralie désormais isolée, de vastes À continents. i
A ce moment tous les mammifères existants, aussi bien sur les continents qu'en Australie, élaient des marsupiaux. Dès le début de l'ère tertiaire les prodromes du plissement alpin se
L. Ainsi nommé parce qu'il rappelle le Playiaulax du Jurassique. On a découvert ses ossements dans l'Eocène inférieur de Cernay (Marne).
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firent sentir et amenèrent de grands changements dans les conditions biologiques des continents, tandis que ces conditions restaient sensi-
blement les mêmes en Australie. Par conséquent, la faune mammifère d'Australie, n'ayant aucun motif pour évoluer, s’immobilisa dans la forme marsupiale qu’elle avait et qu’elle a toujours conservée depuis.
Mais il n'en était pas de même des mammifères continentaux : ceux-ci se transformaient afin de s'adapter aux conditions variables qu'ils subissaient : les uns perdaient peu à peu la forme marsupiale, se développaient, se multipliaient et donnaient naissance à cette faune extrêmement riche de mammifères que lon retrouve dans les dépôts du gypse et aux temps quaternaires.
Les autres ne perdaient pas le caractère marsupial; mais, tout en restant marsupiaux, ils évoluaient et par conséquent s’éloignaient du type primitif conservé par les animaux d'Australie. Or, le fait d'être restés marsupiaux les plaçait dans des conditions très inférieures; ils s’effaçaient donc peu à peu devant les autres mammifères mieux adaptés et disparaissaient au milieu des temps tertiaires.
Seule, la Sarigue a réussi à se maintenir jusqu’à notre époque, et comme elle dérive en ligne directe des marsupiaux qui étaient en voie de disparition à l’époque du gypse, il est tout nalurel que ceux-ci lui ressemblent plus qu’ils ne ressemblent aux marsupiaux australiens, dont une évolution déjà longue les avait détachés.
Mammifères pisciformes. — On ne sait presque rien sur les ancêtres des animaux de ce groupe, si nettement adaptés à la vie aquatique; les formes fossiles que l'on rencontre à partir de l'Éocène sont déjà très spécialisées et presque analogues à celles qui vivent de nos jours. Divers indices cependant tendraient à faire supposer que les baleines, les cachalots et leurs congénères sont les descendants directs des grands reptiles nageurs de l'ère secondaire. Mais il est nécessaire de faire observer que cette manière de voir est, jusqu’à présent, purement hypothétique.
Mammifères ongulés. — Le nombre des ongulés qui vivaient à l’époque tertiaire est considérable; mais comme les animaux du début des temps tertiaires présentaient, réunis chez le même individu, des caractères aujourd'hui séparés et répartis dans les différents ordres, on a pu, assez facilement, arriver à reconnaitre les formes ancestrales de la plupart des groupes, attendu que ces'formes sont comme la synthèse même de ces groupes.
Nous savons que, dans la nature actuelle, il existe deux catégories d'ongulés :
4° Les ongulés à doigts pairs (Paridigités), tels que le Porc, le Bœuf, etc., dont les membres se terminent par # ou 2 doigts.
2° Les ongulés à doigts impairs (Imparidigités), tels que l'Éléphant, le Rhinocéros, le Cheval, dont les membres se terminent par 5 doigts, 3 doigts ou 1 doigt.
Il est extrêmement probable que, par suite d'une évolution très lente, ces ongulés, à quelque groupe qu'ils appartiennent, descendent tous d’ancêtres qui possédaient des membres à 5 doigts, et que l’on retrouve dans les premières assises des sédiments éocènes.
Cause de la réduction du nombre des doigts chez les ongulés. — Si nous considérons que la marche d'un animal est d'autant plus assurée et sa course d'autant plus rapide, que le nombre des doigts de chaque membre est plus réduit, et que les doigts qui persistent sont plus longs, nous aurons le droit d'en conclure que la réduction du nombre des doigts et l'allongement des membres sont le résultat d'une adaptation de plus en plus parfaite à une marche rapide, adaptation qui se trouvait être en même temps, comme nous allons le voir, une condition favorable dans la lutte pour l'existence.
Tous les ongulés, en effet, sont herbivores et constituent une proie tout indiquée pour les carnivores. Or, les herbivores, animaux en général imoffensifs et mal pourvus de moyens de défense, ne peuvent se soustraire que par la fuite à la dent des carnivores, et il est clair que, au début, ceux-là se trouvalent le mieux ouiillés pour fuir qui avaient moins de doigts à chaque membre, et des membres plus longs.
ar conséquent, les ongulés tertiaires qui échappaient le mieux à la poursuite des carnivores étaient ceux chez lesquels se manifestait une tendance à la réduction du nombre des doigts, en même lemps qu'à l'allongement des membres. Les autres disparaissaient peu à peu. Les ongulés à membres longs et munis d'un nombre réduit de doigts, tendaient done à prédominer et transmettaient à leurs petits ce caractère adaptalif qu'ils avaient acquis.
Parmi ceux-ci, et pour les mêmes causes, une nouvelle sélection ! s'opérait; de sorte que, à la longue, la luile pour l'eæis-