VARIATIONS
Les variations de formes, qu'on a pu observer jusqu'ici dans le buffle antique, ont une assez faible importance. Elles consistent en de simples petites différences dans les longueurs et épaisseurs de certaines parties du squelette. Sur les sujets trouvés ensemble dans les oisements de Dijelfa, pour les bassins, par exemple, les grandes longueurs ne différent pas de plus de un à deux centimètres. Pour les cornes il y a peut-être plus de différences ; mais on sait que leur croissance se prolonge longtemps et que leur grand développement peut être attribué au grand àge. Ainsi la distance du bout de la corne au synciput est de un mètre dans un sujet de l'Oued Seguin que l’on a cité comme très adulte, tandis qu'elle devait être d’un mètre quinze centimètres dans le sujet de Djelfa réputé plus jeune, mais que sa dentitiou ne rajeunit guère. Ge genre de variation est aussi attribuable à la différence de sexe et enfin à la variation individuelle. Quelquefois aussi une restauration maladroite, comme celle du fossile de Rouïba, pourrait laisser croire à de plus grandes différences, si la maladresse n'était pas reconnue. En somme, ces variations sont comprises dans des limites très étroites et sans importance.
M. P. Thomas, dans une note insérée au Bulletin de la Société géologique de France (1886, page 141) en a signalé qui auraient une plus grande importance. Elles consisteraient dans le développement d’une bosse ou tubérosité médio-frontale longitudinale se bifurquant en arrière pour se confondre avec la crète occipitale ; en une crête transversale au dessus de la suture fronto-nasale établissant une scission marquée entre le crâne et la face ; en une crête occipitale plus saillante et plus régulièrement incurvée avec profonde échancrure semi-lunaire supérieure : en des chevilles de cornes absolüment prismatiques, tandis que celles de Djelfa sont arrondies à leur base. Ces faits ne me paraissent pas avoir une signification aussi importante, même au point de vue de la théorie de la concentration du système osseux ; plusieurs même sont susceptibles de rectification après examen des pièces même, sans doute comparées de souvenir.
La surface d'apparence exostosée du frontal m'a paru formée d’un tissu adventif, qui se développait plus ou moins suivant les sujets et avait peut-être quelques relations avec le développement de la base des étuis cornés. La bosse médio-frontale qui en fait partie se retrouve sur le cräne inscrit sous le n° 126 du Musée de Constantine, au milieu et vers le haut de la région frontale presque unie sur une grande étendue, non encore envahie par les rugosités. On retrouve cette tubérosité à l’état subrudimentaire, mais très distincte sur le crâne de Djelfa, où la partie exostosée est bien développée et ne laisse en arrière qu'un étroit intervalle médian lisse. La crète postérieure, qui sépare le front de la zone pariétale, y est bien développée et mamelonnée surtout près de la base postérieure des chevilles osseuses. Elle ne va pas se confondre en arrière avec la crète occipitale, mais elle n'y va pas non plus sur le crane de l'Oued Seguin, où elle en est séparée, comme dans le crane de Djelfa, par une zone pariétale bien unie et sans aspérités. A ce point de vue les deux crànes sont presque absolument conformes,
Le plus grand espacement de l'orbite sous la base des chevilles osseuses des cornes est d'une quantité négligeable par rapport à la différence qui existe entre le buffle antique et les autres espèces comparées et ne saurait servir à la recherche des affinités et de la généalogie. Quant aux cornes il n’est pas exact d'affirmer qu’elles sont arrondies à leur base dans le buffle antique. La figure ? de la PI. II montre que ces cornes sont trigones vers leur base avec l'angle postérieur plus allongé et un peu émoussé. Ce n’est donc qu’une différence de nuances.
Il y a certainement des différences entre les divers sujets connus, mais seulement dans le développement de certaines particularités et non dans celui de caractères singuliers qui ne se manifestent pas.