L'HISTOIRE
sans bornes, absolue. Rien ne fut médiocre dans leur malheur : c'était une ruine totale. Infanterie, vaisseaux, tout enfin fut anéanti ; et d'une armée si nombreuse, bien peu d'hommes rentrèrent dans leur patrie. »
Comme jadis au temps de la bataille d'Himère, Syracuse, dans cette lutte mémorable, était apparue comme la tête et la vraie capitale de la Sicile. A l'exception d'Agrigente, qui avait gardé la neutralité, c( toute la Sicile, dit Thucydide, s'était ransfée avec les Syracusains. » Lorsque, quatre ans plus tard, les Carthaginois à leur tour débarquèrent dans l'île, ce fut Syracuse encore qui, dans le désarroi général des cités grecques, eut l'honneur de conduire la résistance. Ce fut l'œuvre de Denys l'Ancien (406- 367), tyran cruel et soupçonneux, mais intelligent et énergique . Pendant trente ans, il soutint le combat contre l'ennemi punique ; tantôt vainqueur, tantôt vaincu et assiégé jusque dans Syracuse par les Carthaginois (397), il n'en tint pas moins, à force de ténacité, ses adversaires en échec. Et si l'hellénisme finalement
dut reculer en Sicile, Syracuse du moins, dont les murailles avaient résisté à toutes les attaques, sortit grandie de cette longue lutte, et sa prospérité s'accrut encore du désastre qu'avaient éprouvé les autres cités grecques.
Au temps de sa jeunesse, au moment du siège de 413, Denys avait vu l'importance stratégique de ce plateau des Epipoles, « lieu escarpé, dit Thucydide, et qui commande immédiatement la ville », et dont l'occupation par les Athéniens avait failli entraîner la chute de Syracuse. Il ne voulut point que la cité fût exposée de nouveau à un semblable risque, et il se décida à enfermer dans une nouvelle enceinte, qui fut reliée à l'enceinte antérieure, toute la partie occidentale des Epipoles. Une
J^Ièlres.
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Fig. 21. — Plan de Syracuse à Tépoquc de sa plus grande extension (commencement du iv^ s.), d'après Freeman.
muraille formidable, hérissée de tours, fut construite, d'abord sur le revers nord, puis sur le revers sud du vaste plateau ; la longueur totale en fut de près de 14 kilomètres. Pour compléter ce travail gigantesque, au point de rencontre des deux retranchements, on éleva le château fort de l'Euryalos, qui dominait au loin la campagne et couvrait les abords de la jDlace. C'était la clef de la défense ; aussi apporta-t-on à sa construction un soin tout particulier. Aujourd'hui encore « on devine, dans les parties conservées de l'Euryale, un des plus beaux ouvrages d'architecture qui aient été exécutés par les ingénieurs grecs \ »
Ce colossal ouvrage de fortification commencé en 402, était déjà fort avancé en 397, au moment où les Carthaginois vinrent assiéger Syracuse ; il fut entièrement terminé en 385. Désormais Syracuse fut, comme le dira plus tard Cicéron, « la plus grande des villes grecques et l'une des plus belles du monde » (fig. 21). Son enceinte n'avait pas moins de 27 kilomètres de tour; sa superficie, qui atteignait plus de 18 kilomètres carrés, dépassait de 4 kilomètres carrés celle de Rome, telle que la délimitera le mur d'Aurélien. Sans doute il ne semble point que tout l'énorme espace compris entre les murailles ait été également habité ; des champs, des jardins, d'anciennes nécropoles continuèrent à en occuper une partie. Toutefois^ de gré ou de force, Denys décida les citoyens de beaucoup d'autres villes à venir se fixer à Syracuse; en même temps, pour rehausser la splendeur et accroître l'attrait de la ville, il se préoccupa, les travaux d'utilité publique terminés, d'élever des édifices de luxe, temples somptueux, vastes gymnases au bord de l'Anapos ; enfin, comme jadis les grands tyrans du siècle, il s'efforça d'attirer à sa cour les écrivains les plus illustres de l'époque. On sait l'invitation qu'à l'instigation de son beau-frère Dion, il adressa à Platon et les démêlés aussi qu'il eut avec le grand philosophe. En tout cas, grâce à Denys, Syracuse était devenue sans conteste la cité la plus florissante de la Sicile, une vraie capitale dont l'hégémonie était acceptée par toutes les autres cités helléniques de l'île, et dont l'influence s'étendait jusque sur une portion de la Grande-Grèce.
Telle elle demeura, malgré les agitations qui suivirent la mort de Denys, malgré les gouvernements successifs, démocratie avec Timoléon, tyrannie avec Agathocle, qu'elle vit passer sur elle, malgré les luttes