L'HISTOIRE
incessantes qu'elle eut à soutenir contre les Carthaginois. Telle elle était encore cent ans plus tard, au moment où la première guerre punique amena les Romains en Sicile. A ce moment, Syracuse avait, depuis 274, Hiéron II pour souverain; prince intelligent, habile, il comprit vite qu'entre Rome et Carthage la neutralité était impossible, et résolument il se fit l'allié des Romains. Grâce à cette sage politique, il sauva l'indépendance de son petit royaume, et par la paix qu'il lui assura, il donna pendant les cinquante ans qu'il régna (274-215) un dernier rayon de splendeur à sa capitale. Une fois encore, Syracuse brilla de l'éclat des lettres, des sciences et des arts. Grand bâtisseur, Hiéron dota la ville d'édifices magnifiques. Dans Ortygie, dont Agathocle déjà avait fait une citadelle destinée à assurer la sécurité du prince, il édifia un palais royal, dont le luxe fut célèbre. En l'honneur de Zeus Olympien, il éleva sur l'Agora un nouveau temple; il transforma aussi et embellit le théâtre; enfin il construisit dans le quartier de Néapolis un autel colossal, qui n'avait pas moins de trois stades de long. En même temps, il protégeait les écrivains et les savants. A sa
cour, Théocrite créait un genre nouveau, rid3'lle, où il disait le charme de la nature clémente, « sous le grand soleil de Sicile, avec la ligne bleue de la mer à l'horizon^ et la rustique et savoureuse naïveté des petites gens de Syracuse et des bourgeois siciliens. A côté de lui, le merveilleux génie d'Archimède multipliait les découvertes scientifiques ; et sous le gouvernement sage et doux de son prince, Syracuse une dernière fois était florissante, riche et prospère.
La seconde guerre punique mit fin brusquement à cette prospérité, et du même coup à l'indépendance de Syracuse. Après la mort d'Iliéron, la ville se jeta dans l'alliance de Carthage; elle expia cette maladresse cruellement. Assiégée par les Romains pendant deux années (214-212), elle vit, pour la première fois depuis sa fondation, l'ennemi franchir ses murailles, et prise d'assaut, elle connut toutes les horreurs du massacre et du pillage. Marcellus vainqueur enleva ensuite, pour les transporter à Rome, les plus belles des œuvres d'art qui y étaient rassemblées, et la cité dépouillée, ruinée, rattachée désormais à la province romaine de
Fig. 22. — Tétiadrachme de Syracuse au nom d'Agathocle (tète de Korè).
I. A. et M. Croiset. Hist. de la îiticra turc grecque, p. 65;.
30 PALERME Eï SYRACUSE
Sicile, semble avoir, avec sa liberté, perdu toute son importance passée. Son nom disparaît de l'histoire ; à peine reparaît-il un moment, cent cinquante ans plus tard, dans la bouche de Cicéron accusant Verrès ; puis de nouveau l'oubli se fait. Pourtant, sous l'empire romain, Syracuse était une ville populeuse encore; l'amphithéâtre construit à l'époque d'Auguste est fait pour contenir 20.000 spectateurs, et les catacombes chrétiennes creusées dans le sous-sol de la ville attestent d'autre part l'importance qu'elle gardait au IV' siècle. Il semble même que Syracuse redevint alors
la capitale de la Sicile; elle était, au vi^ siècle, la résidence du comte goth qui commandait les forces militaires de l'île; elle fut ensuite celle du préteur byzantin que Justinien mit à la tète de la province reconquise. Au Vll^ siècle, T^ 1 :i c un empereur, Constant II, y transféra même
rig. 23. — Drachme de Syracuse ^ ^ '
(tête de Mars et triquetra). pour quelqucs années le siègc du gouvernement. Au vni*^ siècle, elle était le chef-lieu du théine de Sicile et la résidence du patrice byzantin chargé d'administrer les territoires que Byzance conservait en Occident. Elle était encore la (( métropole » de la Sicile, au moment où, en 878, après un long et terrible siège, elle tomba entre les mains des Musulmans. Et c'est elle qui vit enfin le dernier effort tenté par Byzance pour reconquérir la grande île méditerranéenne. En 1040, Georges Maniakès, vainqueur des Arabes à Troïna, faisait dans Syracuse une entrée triomphale, parmi les acclamations des populations chrétiennes et des captifs arrachés à l'esclavage sarrasin. Aujourd'hui encore Syracuse conserve le souvenir de ce glorieux épisode. Le château fort, dont les restes imposants occupent la pointe méridionale d'Ortygie et qui commande l'entrée du grand port, porte toujours, en mémoire du général byzantin qui l'éleva, le nom de « château de Maniakès ».
Théâtre grec de Syracuse.