LES MONUMENTS
aux dégagements. Au centre de l'arène on a retrouvé les restes d'un bassin sur lequel s'embranchaient deux canaux souterrains; un couloir elliptique enfin était ménagé sous les gradins inférieurs; c'est là qu'on plaçait les gladiateurs et les bêtes fauves, en attendant que vint leur tour d entrer dans l'arène par une des huit portes qui y donnaient accès.
Un autre monument, probablement romain, se trouve dans le voisinage de l'antique agora (fig. 29). La destination de cet édifice demeure assez
Fig. 29. — Ruines d'un bain (?). à Syracuse.
incertaine; par sa forme demi-circulaire, il fait penser à un théâtre; par le bâtiment rectangulaire orné d'une fontaine qui fait face à l'hémicycle, par les bassins ménagés dans la cour qui précède cette construction, il fait songer plutôt à un bain ou à une palestre. En tout cas la décoration semble en avoir été fort riche ; on a retrouvé dans les ruines de nombreux fragments de porphyre et de marbres de toute espèce.
Tous ces édifices, où revit la grandeur de la ville morte, se trouvent dans la région qui s'étend entre les pentes de l'Achradine et la mer. Mais si l'on veut vraiment se rendre compte de ce qu'était l'antique Syracuse,
il faut aller plus loin, gravir le plateau des Epipoles, et, le long des falaises, suivre les restes, encore visibles et souvent imposants, des murailles de Denys. Il faut pousser surtout jusqu'à l'extrémité occidentale du plateau, où s'élève sur une crête étroite la forteresse de l'Euryalos. On y retrouve sans peine les savantes et ingénieuses dispositions qui font de cette citadelle un des chefs-d'œuvre de l'architecture militaire grecque (fig. 30). Trois fossés creusés profondément dans le roc vif en couvrent les approches, coupant transversalement l'arête de la montagne. Derrière eux, le corps de place, protégé sur son front ouest par cinq tours massives et puissantes, défendu sur ses autres faces par plusieurs autres tours,
Metcr.
Fig. 30. — Plan de la forteresse de l'Euryalos.
forme un pentagone irrégulier divisé à l'intérieur en deux grandes cours ; on y reconnaît encore les écuries et l'emplacement destiné aux machines de guerre. Un peu plus au nord, un autre château complète le système défensif. Mais la merveille de cette citadelle, c'est le vaste réseau de galeries souterraines creusées dans le sous -sol; larges de 2 à 3 mètres en général, et parfois praticables pour la cavalerie même, elles ont une longueur totale de 480 mètres et offrent la plus ingénieuse disposition. Toutes les galeries se réunissent en effet dans un couloir commun, qui par onze passages débouche dans le fossé le plus voisin du corps de place (fig. 31) ; d'autres tunnels font communiquer le réseau avec l'intérieur de la citadelle et avec le bastion du nord, distant de plus de 170 mètres. Grâce à ces aménagements, les défenseurs de l'Euryalos étaient à même de faire des sor-
SYRACUSE. — LKS MONUMENTS 39
ties imprévues sur le flanc de l'ennemi, aussi bien que de se porter rapidement en arrière du mur des Epipoles. On conçoit en tout cas qu'une telle forteresse, dont Archimède, dit-on, compléta les travaux de défense, fût proprement imprenable. Les Romains eux-mêmes ne purent s'en emparer, et Marcellus dut accorder par capitulation libre sortie à la garnison.
Pareillement, il faut aller, à l'autre extrémité de Syracuse, à l'endroit
Fig. 31. — Fossés de la forteresse de FEuryalos.
OÙ quelques ruines marquent l'emplacement du célèbre temple de Zeus Olympien. Voisin de l'endroit où la rivière Cyané se jette dans l'Anapos, c'était un point stratégique fort important pour la sécurité de la ville, et tous ceux qui attaquèrent Syracuse, Nicias comme Himilcon, Hamilcar comme Marcellus, s'efforcèrent de s'en rendre maîtres. Mais c'est pour d'autres raisons encore que cette région mérite l'intérêt du visiteur. La navigation sur l'Anapos et la Cyané son affluent est « une des choses les plus ravissantes qui se puissent voir » (fig. 32). « On prend une barque, dit Renan, au quai de Syracuse; on traverse ce beau port, l'un des plus o-rands, des plus profonds, des plus sûrs du monde, on franchit non sans
peine une barre à l'embouchure du fleuve, et l'on entre dans une belle eau limpide, profonde, rapide, bientôt après dans une petite forêt de roseaux immenses et de papyrus. Le papyrus ne croît en Europe que dans la vallée de TAnapos. Ces masses touffues de tiges vertes, flexibles, de quinze à dix-huit pieds de haut, couronnées par un élégant épanouissement de fils légers terminés en éventail, forment de petites îles impé-
Fig. 32. — La rivière Cyané avec ses papyrus.
nétrables dans Teau pure de Cyané. La végétation aquatique qui s'établit dans ces canaux rarement troublés est d'une fraîcheur exquise. Ce sont de vraies prairies flottantes qui couvrent la surface du ruisseau et ondulent sous le mouvement de la rame, comme l'eau elle-même. De belles feuilles vertes en forme de conques tournées vers le soleil étalent tout le luxe voluptueux d'une végétation hâtive ^ ». Quant à la source de Cyané, elle est toujours merveilleusement limpide et bleue, comme le bleuet champêtre auquel elle doit son nom. Elle aussi, comme Aréthuse, a d'ail-