‹ Palerme & SyracuseChapitre 23 sur 44 · I. ïrad. Amari. Loc. cit., 4'^ série, t. VU, p · texte numérisé non relu

I. ïrad. Amari. Loc. cit., 4'^ série, t. VU, p

absolu du prince, et grâce à son habile et sage administration il régna dans l'île une tranquillité, une paix, une richesse qu'on ne trouve en nul autre État de ce temps. Dans ce pays fertile qui avait jadis été le grenier de Rome, l'agriculture s'épanouit en une floraison admirable, mêlant aux vieilles cultures indigènes, blé, vigne, olivier, les cultures récemment introduites par les Arabes, le henné, le sucre, le coton. Une industrie active et prospère, industrie de luxe surtout, s'inspira également des leçons de Byzance et des traditions arabes. Le commerce exporta les produits du royaume à travers toute la Méditerranée, de Tunis à Venise, à Amalfi, à Pise, de Constantinople et d'Alexandrie jusqu'à Barcelone et à Marseille. A cette prospérité matérielle répondit une prospérité intellectuelle et artistique non moins remarquable. De cette civilisation trilingue naquit en eff'et une combinaison d'art sans exemple, la plus extraordinaire peut-être qui ait jamais été réalisée. Des églises romanes, étincelantes de mosaïques et « traitées dans le détail selon les habitudes arabes ou byzantines » ; des cathédrales « historiées de bas en haut comme les pages d'une Bible resplendissante * » ; des basiliques latines couronnées de coupoles orientales ; des chapelles chrétiennes bâties sur des plans de mosquées; Sainte-Sophie et la mosquée d'Omar s'associant à Saint-Etienne de Caen : voilà ce que la Sicile du xn'' siècle a rêvé et réalisé.

Dans ce grand essor artistique, Palerme, devenue depuis 1130 la capitale du royaume normand et la résidence favorite des souverains, prit naturellement la meilleure part. Les écrivains de l'époque ne se lassent point de vanter sa prospérité, sa richesse, sa splendeur. Edrisi, qui ne nomme pas en Sicile moins de 130 grosses villes, met Palerme à part, comme « une belle et immense cité, un vaste et splendide séjour, paré de tant d'élégances, que les voyageurs se mettent en route tout exprès pour admirer les merveilles que la nature et l'art y ont réunies »; et il ajoute : « Pour tout dire en un mot, cette ville fait tourner la tête à quiconque la regarde. » Le normand Hugues Falcand célèbre en termes enthousiastes la prodigieuse fertilité, la surprenante beauté de la plaine qui environne Palerme, « de cette contrée bénie, éternellement précieuse, qui porte dans son sein toutes les espèces d'arbres et de fruits, qui renferme en elle seule tous les bonheurs de la terre, qui par le charme de son paysage enchanteur séduit si profondément, que celui qui l'a vue une fois ne parvient plus à s'en détacher >> ; et après avoir décrit les

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