I. Renan, loc. cit., p
multiples attraits de « cette ville très fameuse, tête et gloire du royaume de Sicile », il résume en ces termes son impression : a Qui pourrait assez admirer les merveilleux édifices de cette remarquable cité, la suave abondance de ses fontaines partout jaillissantes, le charme de ses arbres toujours verts, les aqueducs qui fournissent l'eau à profusion à ses habitants? » Ibn-Djobaïr enfin dit de Palerme : a Elle réunit le double avan-
Fig. 39. — Fragment du pavement de la Chapelle palatine, à Palerme.
tage de la commodité et de l'éclat ; elle offre tout ce que tu saurais désirer de bon en réalité aussi bien qu'en apparence, tous les fruits et les feuilles de la vie. Ancienne et élégante, magnifique et agréable, dans son aspect séduisant, elle se pose avec orgueil entre ses places et ses plaines qui ne sont qu'un jardin. Remarquable par ses avenues spacieuses et ses larges rues, elle t'éblouit par l'exquise beauté de son aspect. »
Telle était, au xir siècle, la capitale de la Sicile normande, avec sa ceinture de palais somptueux, disposés autour d'elle, selon le mot d'Ibn- Djobaïr, comme un collier sur la gorge d'une jeune fille, avec le parc immense qui l'environnait et qui formait autour d'elle comme une couronne verdoyante et fleurie. Telle, malgré les siècles écoulés et leurs
ravages, elle nous apparaît encore aujourd'hui. Par une singulière fortune, nul grand souvenir antique, nulle œuvre puissante des âges postérieurs n'y vient obscurcir les gloires de l'époque normande ; nulle splendeur rivale n'y détourne l'attention des monuments incomparables que fit naître cette rare et curieuse civilisation. C'est ce qui donne à la capitale sicilienne son caractère et son intérêt propres. De même que Ravenne, ville grecque égarée en Occident, nous révèle, mieux que l'Orient même, ce que fut l'art byzantin du au vi"" siècle, ainsi Palerme, avec Cefalù et Monreale, nous donne une complète et exacte idée de l'art byzantin tel qu'il florissait au xii'' siècle, tel qu'il se combina aux prestiges de l'art arabe et aux traditions de l'art latin, en ce siècle de prospérité harmonieuse où la Sicile fut gouvernée par les rois normands.
Fig. 60. — Saint-Jcan-des-Ermites, à Palerme,