‹ Palerme & SyracuseChapitre 26 sur 44 · I. Trad. Amari. Loc. cit., 4-^ série, t. VIT. p · texte numérisé non relu

I. Trad. Amari. Loc. cit., 4-^ série, t. VIT. p

de ces restaurations qui, selon la remarque de Renan, a ne nous rendent pas un atome de ce qui est perdu », il faut avouer pourtant, en toute justice, que l'édifice y a gagné plutôt.

Le pavement de mosaïque et de marbres, aux dessins d'une géométrie

Fig. 63. — Intérieur de la Martorana.

élégante et compliquée, qui couvre le sol, permet de déterminer fort exactement l'étendue et le plan primitifs du monument (fig. 64). C'était une pure église byzantine, en forme de croix grecque inscrite dans un carré, avec une coupole centrale portée sur quatre colonnes, trois absides d'égale saillie sur la face orientale, et un porche sur la face occidentale. Et aussi bien la volonté du fondateur avait-elle destiné Tédifice au culte ortho-

doxe, auquel il appartint en effet jusqu'en 1221. La décoration pareillement était nettement b3^zantine ^ (fig. 65). Sans doute le revêtement de marbres qui couvrait la partie inférieure des murailles a disparu dans la restauration de 1726, et celui qu'on voit actuellement à la Martorana a été refait récemment sur le modèle des revêtements de la Chapelle palatine. Mais les mosaïques qui décorent la coupole et les voûtes attestent, par la

Fig. bO. — Mosaïques de la coupole de la Martorana.

langue des inscriptions qui les accompagnent, aussi bien que par l'ordonnance générale de la décoration et le style des compositions isolées, une origine toute byzantine.

Au sommet de la coupole, le Christ Pantocrator est assis sur son trône, et sa main levée laisse tomber la bénédiction sur le peuple des fi-dèles (ûg. 66). Autour de lui, quatre archanges inclinés font une garde d'honneur. Plus bas, huit figures de prophètes disposées au tambour de la cou-

I. Pourtant, à la base de la coupole, une inscription arabe est placée, qui traduit du reste des lormules empruntées à un hymne de T Église grecque.

pôle et, dans les trompes d'angle, les images des quatre évangélistes ; puis, à la courbe des grands arcs, les médaillons des saints guerriers et des saints évêques, et, aux branches nord et sud de la croix, les austères figures des apôtres, montrent l'Eglise hiérarchiquement groupée aux

Fig. 67. — La mort de la Vierge. Mosaïque de la Martorana.

côtés de son divin fondateur. Des mosaïques de Tabside rien ne reste, saut sur la courbe de l'arcade deux grandes figures des archanges Michel et Gabriel, et de même ont disparu sans doute la plupart des compositions évangéliques, doQtla succession rappelait le cycle des grandes fêtes chrétiennes. Quatre épisodes seulement en sont conservés : sur les faces orientale et occidentale du carré central, par une disposition qu'on trou-

vera plus tard aux églises de l'Athos, l'Annonciation fait pendant à la Présentation au temple ; à la voûte du bras occidental de la croix, la Nativité du Christ, par où commence le cycle des fêtes, s'oppose à la Dormition ou mort de la Vierge (fig. 67), qui en marque le dernier chaînon. Enfin deux curieux tableaux, qui peut-être décoraient la façade primitive de l'église, se voient aujourd'hui dans la partie antérieure du monument. L'un montre Roger II, en costume de basileus byzantin, couronné par le Christ (%• 49) ; l'autre, partiellement gâté par une restauration maladroite, représente l'amiral Georges d'Antioche humblement prosterné aux pieds de la Vierge, tandis que plus haut, le Christ dans une auréole bénit son serviteur; et sur la pancarte que tient la Madone une inscription grecque est tracée en ces termes : « Mon fils, garde toujours de tout malheur Georges, le premier entre tous les grands, qui m'a élevé ce temple depuis ses fondements ; accorde-lui la rémission de ses péchés, carseul,ôDieu, tu en aslepouvoir. »

Parmi les mosaïques siciliennes, celles de la Martorana sont peut-être, avec celles de Cefalù, les plus pures d'exécution et les moins restaurées, et comme celles-ci, elles offrent des qualités tout à fait remarquables : la composition en est bien entendue, le dessin souvent ferme et précis, le coloris plein d'éclat. Elles semblent donc bien appartenir

en propre aux maîtres greCS^ qui travail- pi^n delà Chapelfe palatine à Palerme.

lèrent pour Roger II et qui exécutèrent

également pour lui une partie des mosaïques de la Chapelle palatine.

Dans l'antique palais royal de Palerme, entre les soubassements de la « tour grecque » et la façade de la Joharia et de la a tour pisane », se trouve, masquée maintenant du côté de la piazza Vittoria par la construction de style baroque qui s'appuie à ses trois absides, ce chef-d'œuvre, que (( l'on doit compter entre les perles du monde », et qui se nomme la Chapelle palatine (fig. 68). Fondée par le roi Roger II en l'honneur de l'apôtre Pierre, achevée dès avant 1132 dans ses grandes lignes architecturales.

go

complètement terminée, comme l'atteste l'inscription grecque qui court à la base de la coupole, en 1143, elle est un des monuments les plus représentatifs qu'il y ait au monde, et un ouvrage tel qu'on n'en voit point ailleurs. Les contrastes les plus imprévus s'y rencontrent, les éléments les

Fig. 69. — Intérieur de la Chapelle palatine.

plus opposés s'y trouvent juxtaposés. Par ses trois nefs, que séparent des colonnes antiques de granit aux chapiteaux corinthiens somptueusement dorés, c'est une basilique d'Occident; par son sanctuaire surélevé, que des clôtures de marbre incrustées de mosaïques séparent du reste de l'église, par sa haute coupole à trompes d'angle portée sur quatre colonnes, c'est un édifice d'Orient. Par son pavement, où le porphyre, le marbre, la serpentine se mêlent aux entrelacs des mosaïques multicolores (fig. 59), par

la parure des marbres incrustés d émaux polychromes qui tapisse ses murailles et que couronne une haute frise de palmettes dorées (fig. 58), elle évoque le souvenir des mosaïstes arabes, de leur art savant, de leur patiente virtuosité, et elle est arabe encore par son admirable plafond

Pig. 70. — Ambon et candélabre pascal à la Chapelle palatine.

de bois qui retombe en stalactites et que décorent de délicates peintures ; et enfin, par les mosaïques éblouissantes qui couvrent ses parois et ses voûtes, et l'illuminent du prestigieux rayonnement de leurs fonds d'or» elle est purement byzantine. Et telle qu'elle est, avec son merveilleux décor, avec les innombrables lampes d'argent suspendues à ses voûtes, avec l'étincellement des fines mosaïques semées sur les lambris et les clôtures

ou s'enroulant au fût des colonnettes, avec son flamboiement de pourpre et d'or, où se mêlent l'éclat des marbres précieux et des métaux rares, elle est, dans le demi-jour mystérieux qui l'éclairé, tout simplement admirable

(fig. 69).

Il faut la voir aux heures des offices, quand la lumière des cierges et le chatoiement des vêtements sacerdotaux ajoutent une splendeur nouvelle à la beauté exquise du monument. Il faut la voir quand les rayons du soleil, se jouant à travers les vapeurs bleuâtres de l'encens, allument sur les murailles tapissées d'or un magnifique incendie ; et l'on comprendra l'enthousiasme des contemporains qui ont célébré ces merveilles. Aujourd'hui encore, comme jadis, « de quelque côté que se tourne le regard, il est rempli d'admiration ». Ici, près des clôtures du chœur, c'est cette chaire de marbre que supportent six colonnes précieuses, et dont les plaques de marbre blanc sont incrustées d'étoiles d'or et de baguettes d'émail. Là, c'est le candélabre pascal, haut de près de cinq mètres, dont quatre lions soutiennent la base, et dont la svelte élégance est comme fleurie d'un peuple d'oiseaux, d'animaux et de figures humaines, ciselé dans la blancheur du marbre (fig. 70). Ailleurs, à l'entrée de la grande nef, c'est le trône royal, avec ses ornements de marbre et ses délicates incrustations polychromes. Et partout, c'est la montée hardie des arcades étroites, qui lancent vers les voûtes leur ogive presque arabe, et sur le mur des nefs, à la courbe des grands arcs, aux voûtes de la coupole, à la conque des absides, c'est la vibration dorée de ces mosaïques innombrables, où l'œil ébloui se perd, et dont quelques morceaux peuvent prendre place parmi les chefsd'œuvre de l'art byzantin.

Sans doute les restaurations postérieures ont sur plus d'un point altéré ce bel ensemble. Dès le xiv^ siècle, les rois aragonais ont fait réparer une partie des mosaïques : le grand tableau qui, au-dessus du trône royal, montre le Christ siégeant entre les apôtres Pierre et Paul, date peut-être, s'il en faut croire une inscription placée à l'entrée du bascôté de gauche, de l'année 1 345 (fig. 7 1) , et à la même époque appartiennent les figures des saints Sylvestre et Grégoire qu'on voit dans le chœur. Plus tard, au xvi^ siècle, on transforma en une image de saint André le saint Pierre qui, primitivement, décorait l'abside de gauche, et au xviii^ on plaça dans l'abside principale la désolante Madone qui domine l'autel, assise entre la Madeleine et saint Pierre. Puis on restaura dans le style du xviii'' siècle quelques-uns des épisodes de l'Ancien Testament qui décorent la grand nef. En 1798 enfin on fit mieux encore : pour installer contre le mur nord du sanctuaire une tribune destinée à la famille

royale, on détruisit tout simplement une partie des mosaïques qui décoraient cette portion de l'église. Pourtant, et sans oubli er non plus que les mosaïques des nefs sont d'une date un peu postérieure à celles du sanc-

Fig. 71. — Le Christ entre saint Pierre et saint Paul. Mosaïque de la Chapelle palatine.

tuaire, il demeure aisé de saisir l'ordonnance générale de cette vaste décoration, et de constater combien elle est exactement conforme aux idées liturgiques de l'église grecque et à l'art des maîtres byzantins (fig. 72). Au sommet de la coupole, selon l'usage, le Christ Pantocrator, en

buste, occupe le médaillon central. Autour de lui, huit archanges aux ailes éployées, aux vêtements constellés d'or, font au roi du ciel une garde d'honneur. Plus bas, quatre évangélistes placés dans les trompes d'angle, et quatre prophètes figurés debout, David, Salomon, Zacharie et

saint Jean-Baptiste, annoncent la venue du Fils de Dieu et proclament sa gloire, tandis qu'audessus d'eux d'autres prophètes, représentés en buste, complètent la divine démonstration .

A l'abside, le Christ en buste , colossal , garde sa place traditionnelle au sommet de la conque, et au-dessous de lui, la Madone entre des saints occupe la courbe de rhémic3^cle, tandis qu'au sommet de l'arcade les archanges Gabriel et Michel s'inclinent devant le médaillon où s'inscrit la composition mystique de l'Hétimasie. Comme à la Martorana, l'Annonciation fait pendant à la Présentation sur les faces orientale et occidentale du carré central,

et plus bas enfin, sur les parois latérales du sanctuaire, le cycle des fêtes chrétiennes se développe en de nombreuses compositions. Dans la partie droite du chœur, voici les épisodes qui vont depuis la Nativité jusqu'aux Rameaux, parmi lesquels la Fuite en Egypte et l'Entrée à Jérusalem (%• 73) attestent, avec une rare habileté technique, un art savant de la draperie et un réel talent de composition. Dans la partie de gauche, prenaient place sans doute les scènes de la Passion, dont il ne reste

Vie de

S^Pierre et

S' Paul

Vie

Daas la jVef en deux zones épisodes de V A n c i e n Te s t a m e n t

Bo-ns \ts arcades médaillciis de saints

Au dessus du Trône ^^.-^ le Christ aààiï.

entre

inicKel . Galjrlel S-pierreet S'Pcul

Fig. 72. — Disposition des mosaïques de la Chapelle palati

S' Paul

plus aucune trace : et le cycle s'achève dans les deux voûtes qui couronnent les branches Nord et Sud du sanctuaire, par l'Ascension et la Pentecôte.

A quelques exceptions près, toutes ces mosaïques sont accompagnées d inscriptions en langue grecque, et cela seul suffirait à attester leur origine nettement byzantine^ quand bien même par ailleurs, par les quali-

Fig. 73. — L'Entrée du Christ à Jérusalem. Mosaïque de la Chapelle palatine.

tés de l'exécution, par l'art de la composition, par l'éclat du coloris, par le sentiment et la recherche du détail pittoresque et souvent réaliste, elles ne prouveraient point leur étroite parenté avec les œuvres propres de l'art byzantin. Il n'en va plus de même quand on considère les mosaïques des nefs (fig. 74). Sans doute elles sont en un étroit rapport avec l'ordonnance générale de la décoration : l'histoire de la vie de saint Pierre et de saint Paul, qui couvre les parois des bas-côtés, correspond aux figures des deux apôtres placées à la conque des absidioles, et c'est en conformité avec les plus lointaines traditions chrétiennes que dans la grand nef se déroulent, en deux zones superposées, les épisodes de l'Ancien Testament depuis la

Création jusqu'à la lutte de Jacob avec l'ange. Mais toutes ces représentations sont accompagnées d'inscriptions latines, et au vrai le style en est fort différent. Aussi bien on sait, par le témoignage du chroniqueur Romuald de Salerne, qu'après la mort de Roger II (1154), son fils Guil-

Fig. 74. — Pierre ressuscitant Tabitha. Mosaïque de la Chapelle palatine.

laume acheva la décoration en mosaïques de la Chapelle palatine, et tout fait croire qu'il en confia l'exécution aux élèves italiens qui s'étaient formés à l'école des maîtres grecs. C'est pourquoi, tandis que, dans le sanctuaire, les compositions conformes au canon byzantin, les saints de l'église grecque, la langue hellénique enfin dominaient, dans les nefs, au contraire, régnent les saints et la langue de l'église latine; et c'est

pourquoi surtout aux œuvres si remarquables qui décorent le chœur et les absides s'opposent des ouvrages plus inégaux, où apparaît, avec la tendance légitime à s'affranchir des leçons byzantines, la marque d'une évolution qui bien vite acheminera vers la décadence l'art siculo-normand.

Telle est, dans la Chapelle palatine, la large part de l'Orient grec.

Fig. 73. — Rosace du plafond de la Chapelle palatine.

C'est à l'art musulman au contraire qu'appartient la belle et curieuse décoration du plafond en charpente qui couvre la nef et les bas-côtés. Bien qu'il ait été partiellement restauré au xv*" siècle, et que depuis lors il ait été assez endommagé par le temps et la fumée — toutes choses qui, jointes à Tobscurité du lieu, en rendent l'étude assez difficile — ce plafond est un monument unique du plus vif intérêt. Dans les rosaces entourées d'étoiles octogones (fig. 75) qui en forment la partie médiane, dans les niches demi-sphériques qui, des murailles latérales jusqu'au sommet, se superposent en stalactites, partout où s'est trouvé quelque espace libre,

d'ingénieux artistes ont peint à la tempera, à côté des incriptions couiiques célébrant les vertus de Roger II, et au milieu d'une riche ornemen-

Fig. 76. — Partie du plafond de la Chapelle palatine.

tation végétale, toute une série de scènes charmantes de la vie de l'Orient. Sous l'influence de la Perse, l'art arabe au xir siècle avait depuis assez longtemps déjà perdu ses anciennes répugnances à représenter la figure humaine. On ne s'étonnera donc point, au plafond de la Palatine, de trouver des joueurs d'échecs et des buveurs de vin, des

LES MONUMENTS DE L'ÉPOQUE NORMANDE 99 musiciens et des danseuses, des lutteurs et des chasseurs (fig. 76). Ailleurs, sans doute, des animaux de toute sorte, fantastiques ou réels, lions et griffons, faucons et chameaux, paons et perroquets, oiseaux à têtes d'hommes se jouent, parmi des motifs ornementaux faits de plantes stylisées ; mais ce qu'on trouve de plus curieux peut-être dans cette décoration, c'est tout un cycle de sujets légendaires tirés des vieilles traditions orientales, et qui nous montrent l'oiseau géant promenant un homme à travers les espaces, Samson déchirant le lion, ou encore le cavalier terrassant le dragon qui est l'Antéchrist. Au total, cette brillante décoration, où l'influence persane est évidente, est assurément, comme on l'a dit, « un des plus beaux spécimens de la peinture arabe : et ce n'est point dans cette Chapelle palatine, si pleine de merveilles, la chose la moins inattendue, de rencontrer au plafond d'une église chrétienne comme un rêve réalisé des Mille et une nuits.

La même influence arabe apparaît, et plus manifeste encore, dans ce qui subsiste à Palerme des constructions profanes des rois normands.

Dans la partie haute de la ville, au sommet de ce quartier de Cassaro — dont le nom dérivé du mot arabe Kasr (château), a longtemps désigné l'une des principales rues de Palerme — le roi Roger II fit construire, probablement sur l'emplacement même où s'élevait la demeure des émirs musulmans, la nouvelle résidence des souverains normands. Avec ses robustes murailles faites de blocs soigneusement taillés, les hautes tours qui couronnaient son enceinte, les passages étroits et les couloirs souterrains par lesquels on y pénétrait, ce palais offrait à l'extérieur l'aspect d'une forteresse. C'est le trait caractéristique qui frappe tout d'abord dans les descriptions que nous ont laissées du château de Palerme les contemporains Edrisi et Hugues Falcand; et aujourd'hui encore, malgré les modifications qu'y ont apportées les siècles postérieurs, les puissantes murailles qui dominent la piazza Vittoria gardent quelque chose de la sévérité d'une citadelle. Sans doute une façade du xvii' siècle a partiellement remplacé l'enceinte antique, enveloppant les substructions de la <( tour grecque » et masquant les absides de la Chapelle palatine ; sans doute, une belle cour carrée à trois étages d'arcades a pris vers i6oo la place de la cour irrégulière qui précédait du côté du sud la chapelle. Mais vers le nord, la « tour pisane » (aujourd'hui Torre di Santa Ninfa) et la

loo PALERME ET SYRACUSE

construction voisine que l'on nommait la Joharia (le nom est d'origine arabe et veut dire « la brillante ») ont gardé leur aspect primitif, le caractéristique décor d'arcades aveugles qui marque leurs trois étages, et la robustesse forte et fière convenable à un édifice où, d'après Falcand, on conservait le trésor royal (fig. 77).

Mais derrière ces hautes et puissantes murailles s'abritait un luxe

tout oriental. « A l'intérieur, dit Hugues Falcand, le palais étincelle magnifiquement de pierreries et d'or. Le centre est occupé par la partie que l'on nomme la Joharia, dont la décoration est d'une incomparable richesse. C'est dans ces appartements tout brillants de multiples ornements que le roi a coutume de prendre son repos. Tout à l'entour se trouvent les habitations diverses pourlesfemmes, les jeunes filles et les eunuques qui servent le roi et la reine. On y rencontre aussi beaucoup d'autres palais splendi-

^'•g- 77- — La « tour pisane w au Palais royal de Palerme. ^QS OÙ le roi s'entretient

avec ses familiers. » Ibn- Djobaïr décrit de même la résidence des princes normands. « Conduits en présence du mostaJiUf, nous traversions des esplanades, des portes et des cours appartenant au roi, où se présentaient à la vue tant de bâtiments élevés, de terrasses en gradins, de jardins et de loges destinées aux gens de la cour, que nos yeux en restèrent éblouis et nos esprits stupéfaits. Nous remarquâmes surtout une salle bâtie dans une vaste cour, enclavée dans un jardin. Des portiques continus suivaient le périmètre de la cour, et la salle qui en occupait toute la longueur avait de telles dimensions et des tourelles si hautes que nous en fûmes étonnés : quelqu'un nous

LES MONUMENTS DE L'ÉPOQUE NORMANDE loi apprit que c'est la salle à manger du roi et de sa compagnie \ )) Ainsi, avec ses pavillons, ses kiosques, ses terrasses, avec ses cours environnées de portiques, dont l'une enfermait, comme à l'Alhambra, une fontaine décorée de lions de marbre, avec ses vastes et magnifiques jardins sans cesse

Fig. -yS. — Chambre de Roger II au Palais royal de Palerme.

rafraîchis par des eaux courantes, avec le luxe de ses appartements, le palais de Palerme semblait une résidence d'Orient ,et les poètes arabes de la cour normande s'accordaient à en célébrer le charme et les splendeurs. Abd-er-Rahman de Butera chante « les lions de la fontaine qui jettent par leurs gueules les eaux du paradis », et les jardins « que le j^rin-

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