TROISIÈME PARTIE
Dans l'ancien couvent de Saint-Philippe, transformé en musée, sont rassemblées les plus belles collections archéologiques que possède la Sicile. On a réuni là les monuments les plus remarquables découverts, non seulement à Palerme, mais dans l'île tout entière : et ainsi la visite du Musée national fait repasser sous les yeux, comme en un raccourci, toute l'histoire artistique de la Sicile. Mais, outre l'intérêt propre des objets qu'il renferme, le musée de Palerme a un charme tout spécial. Les galeries du vieux cloître qui abritent la statuaire antique et celle de la Renaissance sont « égayées par la chute des pampres et des
branches de rosiers grimpants ^ » ; dans l'une des cours, un Triton dresse sa conque au milieu d'un parterre de verdure, et les cloîtres mêmes sont des jardins. « Dans les salles, par les fenêtres ouvertes, par-dessus le dos du bélier de Syracuse ou Tépaule d'une déesse, vous découvrez des jardins de citronniers en fleur à Tombre des pins parasols^ )>. Et tout cela donne à ce musée une grâce particulière et exquise (fig. 114).
Les métopes de vSélinonte sont la gloire du musée national de Palerme : elleslont, en effet, dans l'histoire de la sculpture grecque, une importance capitale. Les trois plus anciennes, découvertes en 1822 dans les ruines du temple C, appartiennent vraisemblablement aux premières années duvi^ siècle, et c'est à la même époque aussi qu'il faut rapporter les trois métopes retrouvées en 1892 par Salinas en déblayant les fortifications de l'Acropole. Deux fragments, dégagés en 1822 dans les ruines du temple F, datent au contraire de la fin du
VI'' siècle. Enfin les quatre der- Fig. us. — Persée tuant Méduse. Métope de Sélinonte.
nières métopes, retrouvées par
Cavallari en 1831 et qui proviennent de l'Heraion, sont de la première moitié du V'' siècle. On peut donc suivre dans ces divers groupes de monuments les progrès de la sculpture grecque en Sicile durant la période même où se bâtissaient les plus fameux et les plus beaux de ses temples.
Les trois métopes du temple C représentent Apollon sur son quadrige, Persée tuant Méduse (fig. 115) et Héraklès emportant les Cercopes (fig. 1 1 6) (c'étaient deux génies malicieux qui tourmentaient le héros pendant son sommeil). Elles offrent, on l'a souvent répété, un spécimen tout à fait caractéristique de l'art dorien primitif. Le travail en est fort grossier. Rudement