‹ Palestine: Description géographique, historique, et archéologiqueChapitre 14 sur 106 · DEUXIEME LIVRE · texte numérisé non relu

DEUXIEME LIVRE

DF.S ANCIENS HABITANTS PAÏENS DE LA PALESTINE AVANT ET APRÈS L'IN- VASION DES HÉBREUX SOUS JOSUE

CH.IPITRE PREMIER.

COIP D'ORIL HISTORIQUE SUR LES DIFFÉREN- TF^ R\CES QUI OCCUPAIENT L\ PALESTINE AVANT LES HÉBREUX.

L'histoire primitive de la Palestine ne nous est connue que par quelques tniilitions conservées dans les livres sacrés des Hébreux. Ce que nousavons a dire à ce sujet se réduit à un trèsjietit nombre de dates , et il s'agit seulement de présenter, dans un certain ordre, les faits historiques ou traditionnels, disséminés dans l'Écriture sainte, ainsi que les données qui résultent de la combinaison de certains passages. Les peuples qui occupèrent, avant les Hébreux, les contrées dont nous avons donné la description peuvent se diviser en trois races, savoir : If s Aborigènes ou les peuples géants, lt,> Cananéens et les Philistins.

A. Les .Vboricènes ou les peuples géants. A côté des Cananéens, établis dans le pays dès le temjjs d'Abraham (Genèse, 12,6), nous trouvons les restes d'une autre race plus ancienne , que les Cananéens avaient exterminée en -Tande partie ou forcée d'émigrer. Les il'.fferents noms que la Bible donne à cette race, indiquent généralement

' Voy. la paraphra.se chalflaîque de Yonattiîn aocpa'isage de la G.niose, et Beréschith tu Lia, rh. 37.

des hommes i^e haute stature et d'une grande force; c'était une race gigantesque devant laquelle les Hébreux n'étaient que comme des sauterelles (Nombres, 13, 33) et que les iMoabites ap()elaient Émim, c'est-à-dire y^rmidables ( Deutér., 2, il). On la désigne, en général, .sous le nom de Rephaïm (ib. v. 1 1 et 20), mot que les versions chaldaïque et syriaque, ainsi que la Vulgate, rendent par géants.

Les Repliaïm se divisaient en plusieurs peuplades, savoir : 1" Les Hephaïm proprement dits, probablement les descendants de Rapha (2 Sam., 21.

V. 16 et 18); ils habitèrent le pays de Basân, et leur capitale était Astharoin-t\arnaim^ (Genèse, 14, .5). Du temps de Moïse, les Amorrhéens habitaient di\ja leur pays; mais le roi Og était un des débris de leur race, ei son sarcophage en basalte * qu on voyait à Rabbath-Ammôn, avait neuf coudées de long et quatre coudées de l3rge(Deut.3, 1 i).IIpossédaitsoixante villes fortes, entourées de hautes murailles, avec des portes et des verrous, et , en outre, un grand nombre de villes ouvertes (ib. v. 4 et 5 ). 2" Les Èmim , établis dans le pays qui plus tard s'appelait .Aloab, et aussi dans hjilahif de Kiryathaim (Gen. 14, .5).

3° Les Zomz-ummim ou les Rephaïm du pays d'Ammôn (Deut. 2, 20). 4" Le^ZouzimbiHàm ^, pays inconnu. 5° Les Jnakîin ou fils d\lnah, répandus dans les montai^nes du pays de Canaan. De cette branche étaient les Nephiiim que la Vulgate appelle vwnstra qu;cdam de génère giganteo, et les familles d\-ichiman, Msaï et Thalmaï, qui demeuraient a Hebron , ville d'Arba l'Anakite ^ (Nomb., 13, v.

' C'est-à-dire Aslh/irâth aux deux cornes : c'est la ville d'Jslharot'i dans la l'éree; «ri l'appelait ainsi par allusion aux cornes de taureau, emltlèrae de la déesse Aslarté qu'on y adorait.

^ Vov. ci-de.ssas, page I7.

2 Voy. Genèse, 14, 5, texte hébreu; les Septante remplacent ces mots par ëOvr, layyçii. a;jLa a-JToT; , et la version >yriaque traduit dans le même sens. La Vuljiaf' porte . Ziizim cum eis. Selon les rabbins, \vsZ0u2i1n sont les Znmzummim.

* Voy. notre Topographie, page 57.

L'UNIVERS

?;> et " !;. Il V avait aussi dos Aiiakîiii ù Dt'bir, à Anal), dans toutes ios niontaiiiios de .liida el d'Israël , de même a Gaza, Cath et Asdod ( Josué, 1 1 , v. 1>1 , -l-l).

Outre ces peuples de géants, on mentionne encore, comme habitants primitifs de ces contrées : Les Iloriin ( c'est-à-dire Troglodytes ), qui taicnt surtout les montagnes de maintenant El-scherah; les Jvvim, qui habitaient la plaine au S. O. jus- (ju'a Gaza; enlin les peuplades Aéni, Aciiizi et Kadmoni, mentionnées a côté des peuplades cananéennes (Gen.

15, 19). Kenizi et Kadmoni sont inconnus du reste; quant aux Kénites , Bileam les voit d'une hauteur, à côté d'Amalek (Nomb. 24, 21), et il résulte aussi d'un passage du Y' livre de Samuel (15, G), qu'ils étaient établis parmi les Amalécites , au mitli de la Palestine. Une de leurs branches s'établit parmi les Hébreux '.

' Gesùnius dit dans son Dictionnaire, au mot 'J*p, que, selon deux passages du livre des Juges ( l, 16; 4, 11), les Kénites descendirent de Uûhal), ijeau-frère de Moïse. Comment alors ce peuple esl-il mentionné du temps d'Abralwm? Jalin, frappé, sans doute, de cette difliculté, dit ([u'il faui distinguer les ls.énites de la Genèse, peuple inconnu, des Kénites mentionnés dans le livre des Juges (5/7;Z. Archœotorjic, 1. 1,1^" partie, p. 194 , et t II , I" pari., p. 87 ). M. Boiilen, dans son commentaire sur la Genèse (p. 182 ), aime mieux citer ce passage comme un de c^'ux qui prouvent que Moise n'a pas écrit le Penlateuque. Mais quels qu'en fussent les auteurs , ils devaient connaître l'histoire de leur pays aussi bien que nos critiques modernes, et avoir assez de bon sens, pour ne pas faire remonter les Kénites jusqu'à Abraham et pour ne pas faire prononcer a Bileam, contemporain de Hobab, un oracle sur les Kénites. Le fait est que Jalin, Gesénius et autres, se sont trompés sur le sens des deux passages des Jin/es, dont il ne résulte nullement que les Kénites descendirent de Hobab, mais seulement que tlobab appartenait au peuple des Kénites. Dans le premier passage (1, JG) on lit: nun^nn *3''P •'^ni , ce qui veut dire : les fils dirK&nile,' beau-frère de Moïse ; dan& le second passage (4, il) il est dit que Hebcr le Kéiiiie s'était séparé { lia peuple ) de Kaïii, des fis de Hobab, beaufrere de Moïse. Ici le texte , en nous disant que Héber était du peuple kénite, nous fait connaître aussi a quelle famille de ce peuple il appartenait, savoir à la famille de Hobab. Lu construction des mots '32 uD f *pQ -inn est parfaitement analogue à cellequ'on

Les aborigènes de la Palestine, à l'ouest du .Jourdain, avaient subi déjà du temps d'Abraham l'invasion des" peuples cananéens. l,esroisde,Sodom, de Gomorrhe, d'Adiima, de Seboïm et de Segor, dont on ne nous fait pas connaître la race ', étaient tributaires de Kedorlaomer, roi d'iJàin , ou de la Susiane (maintenant le Kkouzistan).

Pendant douze années ils avaient supporté le joug; dans la treizième ils se révoltèrent (Gen. 14,4). Le roi d'Élam arriva donc, dans la quatorzième année,accoinpagné de trois autres rois, ses alliés, pour punir les vassaux révoltés. Chemin faisant, ils attaquèrent et défirent les Re[)haïm, les Zouzîm et les Émîm , établis à l'est du Jourdain; ils s'avancèrent même au midi et au S. O. des villes révoltées et battirent les Horîm sur le mont Séïr, puis revenant par Rades-(Barnéa) et retournant à l'est, ils délirent les habitants du pays d'Amalek, et les Amorites qui demeurèrent à Hasason-Thamar ou Én-Gadi. Les rois des cinq villes attendirent l'ennemi dans ia plaine de Siddîm, où, peu de temps après, par suite d'une éruption volcanique, se forma le lac Asphaltite.

Us furent totalement défaits |)ar Kedorlaomer, leurs troupes prirent la fuite , et périrent en partie , en tombant dans les nombreux puits d'asphalte qui se trouvaient dans la plaine. Kedorlaomer et ses alliés s'en retournèrent avec un grand butin ; mais ayant emmené, parmi les captifs, Lot, neveu d'Abraham, celui-ci se mit à leur poursuite, avec trois cent dixhuit esclaves ^ , les battit et ramena tout le butin et tous les captifs. Les

trouve Nombres, i , 32 : 'JlS ^DV '32; 'O'^'y^'ii.fliis Joseph, fliis Ephraïni. — Dans le livre" de.s Nombres (10, 29) Hobab est appelé MidiaiiiLe, parce qu'il s'était établi parmi ce peuple.

' Il me semble résulter d'un passage de la Genèse (13, 12) qu'ils n'étaient pas Cananéens; car on y distingue la terre de Canaan des villes situées dans les environs de Sodora.

■^ Josl^.)he en fait autant de chefs de bande, qui avaient ciiacun un grand nombre de troupe.s sous leur commandement. Voy.

Giiene des Juif, V, 9, § 4 , édit. de Havea" camp, t. H, p. 348.

PALESTLNK.

villes de Sodom, Gomorrlie, Adaiiia Ht Scboïin furent détruites quelque temps après p:ir la catastropiie dont nous avons déjà parié dans la partie géograpliique.

Le p?vs des Repliaïni à Test du Jourdain fut envalii , sans doute, par les Amorites,car on appelle Sihoa et Og rois des Jmorifes ( Deut. 3 . (S), quoique Og descendit des Rephaïin.

Les Emim lurent dépossèdes par les -'Moabites (ib. 2 , U) , et les Zamz-ionmïin par les Ammonites (ib. v. 20).

Les Ilorhn furent vaincus par les Édomites ou Idumeens ( ib. v. 12 et 22); cependant, dans la Genèse (3G, V. 20, 21 ), nous trouvons des tribus horites à coté de celles des Édomites. Les Jvvim furent envahis par une colonie de Caphthorîm ( Deut. 2, 23), qui, comme on le verra plus loin, sont les Philistins; mais encore du temps de Josué nous trouvons des Avvim à coté des Philistins (Jos. 13, 3). Quant aux .înak'un, ils étaient encore nombreux et redoutables du temps de Moïse : « Écoute Israël, dit Moïse, tu passes aujourd'hui le Jourdain , pour déposséder des nations plus grandes et plus puis- ■ïantes que toi, des villes grandes et fortifiées jusqu'au ciel; un peuple grand et de haute stature , les enfants des Jnakim que tu connais, et dont tu as entendu dire : Qui peut se tenir devant les enfants d'Ànak.' » ( Deut.

Josué extermina tous les Jnahim, à l'exception de ceux qui étaient établis à Gaza , à Gath et à Asdod (Jos. 11, 22). Peut-être le géant Goliath etait-il un descendant de ceux de Gath.

Depuis le temps de Josué les noms des peuples géants disparaissent de l'histoire; quelques descendants de Ilapha sont encore mentionnés sous David (2. Sam. 21, IG),

B. Les Caxanéess

Selon la table généalogique de la Genèse (10, Ij ), Canaan, fils de Cham, eut onze fils, savoir : Sidon , lieth, Ycbousi, Emori , Guirgasi ,

Hivn, -Irlii, S'uv , ./naaii, Se mari ^ llamalhi. Ces noms, à l'exception des deux premiers, ont tous l'article et la terminaison qui, en hébreu, indique la relation de famille ou de race, et il est évident que ce sont les noms de différents peuples que la tradition faisait remonter à la même origine et qui se trouvent ici personnifiés. Ce sont ces peuples que les écrivains grecs appellent OiÎMty.s; (Phéniciens), en prenant ce mot dans son acception la plus large; il est vrai que les auteurs grecs classiques ne désignent généralement par le nom de Phénifiens que ceux des peuples cananéens qui habitaient au nord de la Palestine, mais la version grecque de la Bible le met aussi quelquefois pour les Cananéens de la Palestine dépossédés par les Hébreux '. Or, Hérodote (liv. I, ch. 1) nous apprend que, d'après les historiens des Perses, les Phéniciens étaient venus de la mer Rouge s'établir sur les côtes de la IMéditerranée. Dans un autre endroit ( I. 7, ch. 89) Hérodote rapporte que les Phéniciens disaient eux-mêmes avoir anciennement habité sur la mer Rouge.

Mais ce qu'Hérodote appelle la m^r Rouge {È-yj^zr, (i:l/.y.'jny.) est tantôt tout l'océan austral , d'où sortent le go/fe Persiqueetïe golfe arabique, tantôt, dans un sens plus restreint, l'un de ces deux golfes. I^es opinions sont donc divisées sur les deux passages que nous venons de citer : les uns prétendent qu'Hérodote parle ici de ce que nous appelons la mer Rouge, ou du go/fe Arabique; les autres, s'appuyant de l'autorité de Strabon, qui dit expressément que les Phéniciens vinrent du golfe Persique h la Méditerranée, pensent, avec plus de vraisemblance , que c'est de ce même golfe que parle Hérodote ^. Quoi qu'il en

' Par exemple Josué, 5 , i : ol pamXîT? tv;; ^oivvx-/;;, et v. 12 : ÈxapTiîcravTOÔèTrjvxwpav Ttôv <l>oivixa)v.

^ Vov. à ce sujet RiUer, Enlkunde, t. II, p. IGS (1ère édition). L'argument que Ritter tire de quelques villes homonvines (pie l'on trouve sur le golfe Persique et dans la Pliénicie, telles que Tyrus, Aradus, ne prouverait rien à lui seul ; car ces villes du golfe Persi

L'UNIVERS

soit, ce qu'il nous importe de constater ici, c'est que les Cananéens n'étaient pas indigènes en Palestine et qu'ils y étaient venus d'un autre pays '. Les anciennes traditions ne nous t'ont pas connaître l'époque de cette migration des Cananéens, mais elle a dû avoir lieu environ deux mille ans avant l'ère chrétienne, car lorsque Abraham vint en Palestine les Cananéens y étaient déjà établis ^.

Sur les onze peuples descendus de Canaan, six s'étaient établis au nord de la Palestine , où ils avaient fondé des villes, savoir : Sldon { les Sidoniens) sur la cote de la Méditerranée; Jrki, à Arca, au nord de ïripolis; Sini, probablement au S. O. du Liban, où se trouvait, selon Strabon, une forteresse appelée Sinna ^ ; Arwadi sur la petite île d\4radus ; Semari, probablement h-Simi/ra, près

que pouvaient être des colonies phéniciennes. Mais les historiens des Perses que cite Hérodote nous indiquent plus nalurellement le (jolfe Persique. Cette opinion s'accorde aussi avec les traditions bibliques sur les migrations des peuplcïi, qui se font de l'Asie centrale vers l'ouest.

' Ce fait se trouve aussi confirmé par Justin ,1.18, ch. 3 : « Tyriorum gens condita a Phœnicibus/iiit, qui terrœ motu vexati, relicto puiriie solo, Assyrium staijnum primo, mox mari proximum litliis incoluerunt. » L'assyritim slagniim est, sans doute, le lac Asphalli te, on celai de Géiiésareth.

^ Le texte de lar.enèse(l2,6)porte ^jyjDm y 1X2 ~Xî le Cananéen (était) alors dans le pays. Le mot tï^, alors, peut s'expliquer ad libitum par dcjù ou par encore. Déjà Ibn- Kzra, célèbre rabbin espagnol du I2"»e siècle, a remarqué qu'il vaut mieux adopter le sens de déjà , et supposer que les Cananéens avaient enlevé la Palestine à d'autres habitants plus anciens, et il fait entendre en même temps que, si on traduisait encore, on pourrait inférer de là que Moïse n'est pas l'auteur de la Genèse. Les paroles obscures dont Ibn-Ezra a enveloppé sa pensée ont été longuement commentées par Spinosa (Tract. Ihcoloqico-polil., cap. 8), et les critiques modernes se sont emparés de ce pa.ssage de la Genèse pour prouver que Moïse n'est pas l'auteur de ce livre. Mais le sens- de encore ne nous étant nullement démontré, nous n'hésitons pas à nous ranger du coté des partisans du déjà ; les philologues et les historiens jugeront si c'est là abuser du lutiqaqe el de Vhistoirc { comme le prétend AL Boliilen(/Ji(? Gcnesis, p. 102.)

' Strab. 1. 16, c 2, § 18. Voy. aussi saiut Jérôme, Quœst. in Gènes. X, 17.

d'Antaradus à l'on est du Liban ' ; //ainatki à Ilamalk ( Fipiphanie ) en Syrie. Nous n'avons pas à nous occuper ici de ces peuplades qui appartiennent à la Phénicie proprement dite , ou à la Syrie.

Il nous reste cinq peuples cananéens établis en Palestine; savoir :

1° les Iléthites, T }qs Yebousites {ou Jébusites) , 3" les Émorites (ou Jmorites), 4° les Guirgasites , 5" les IJivviles (ou Héviles). A côté de ces cinq peuplades nous trouvons encore mentionnés : 6° les Canaanites (probablement d'un autre Canaan, descendant de l'un des onze fils du premier Canaan), et 7° les Phérizites, qui ne formaient peut-être pas une tribu particulière, mais qui étaient en général les campagnards '. Ce.sont là les sept peuples que la Bible mentionne comme habitants du pays et que les Hébreux devaient expulser ^. Voici sur ces peuplades quelques détails géographiques et historiques.

1° Les Hélhiles demeurèrent dans les montagnes (Nomb. 13, 29), surtout dans les environs de Hebron.

C'est là que, après la mort de Sarah, Abraham s'adresse aux Hélhiles pour acquérir un toinbeau de famille {Genèse, ch. 23). Ésaù épousa deux femmes héthites (ib . 26 , 34). Nous trouvons les restes de ce peuple encore longtemps après l'invasion des Hébreux. Le malheureux Uria, l'un des généraux de David (2. Sam. 23, 39) et mari deBathséba, était Héthite; dans le harem du roi Salomon se trouvaient des femmes héthites (I Rois, 11 , 1).

Le mot Héthites se trouve quelquefois pour Cananéens en général (Jos.

1 , 4), et c'est sans doute dans ce sens qu'on mentionne encore des rois des Héthites 4 , après que les derniers res-

' Voy. Rosenmûller Archœologie , t. II, liore partie, p. 9.

'' Le mot hébreu Pherizi ou Pherazi désigne, selon son étymologie, un habitant de la campagne ou des villes ouvertes.

^ Voy. Deutér. 7, 1; Josué,3, lO. Dans d'autres passages on se contente d'en nommer une partie seulement.

4 Voy. 1 Rois, 10, 29; Il Chron. 1, 17; Il Rois, 7, G. Aux rois des Héthites, mentionués dans

PALESTIISE.

tes de ce peii[)le eurent été subjugués par Saloinon.

2° Les Jébusi/es ou Yebousites étaient établis dans la ville de Jérusalem et dans ses environs. Jusqu'au temps de David ils restèrent maîtres du tort de Sion, et même après la perte de ce fort, ils demeuraient en paix parmi les Hébreux; David aciieta d'unJébusite, nommé Aravna, la place oùSa'Iomon fit bâtir le temple (2. Sam. 24, 16 etsuiv.).

3° Les Amorites, de haute stature comme les cèdres, et forts comme les chênes (Amos, 2,9), occupèrent, comme onl'avu plus haut, les environs d'En-Gadi, à l'ouest de la mer Morte.

Nous les trouvons aussi dans les montagnes (Nomb. 13, 29), et même jusque dans les environs de Yafo et de Yabné; car on lit dans le livre des Juges (1, 34) qu'ils forcèrent la tribu de Dan de rester sur les montagnes et ne la laissèrent pas descendre dans la plaine. Il paraît que les Amorites étaient les plus puissants des habitants des montagnes; c'est pourquoi ceux-ci se trouvent quelquefois désignés en général sous le nom A\imorites ( Jos. 5, l ; 10, 5 ), qui s'étend même à tous les peuples de Canaan (Genèse, 15, 16; Amos, 2, 10). Les montagnes de la Judée sont appelées ?7iontaç/nes des Jmoriies {Deul. 1, v.

7, 19 et 20). A l'est du Jourdain, les Amorites avaient fondé, avant le temps de Moïse, deux royaumes : l'un dans le Basân , au nord du Yabbok , ayant pour capitales Asiharoth et Édréi; l'autre entre le Yabbok et VJr/iôn, dont la capitale était Hesbôn '. A l'arrivée des Hébreux sous Moïse, le royaume du nord était gouverné par le roi Og, celui du midi par le roi Sihôn, qui avait arraché ce pays aux Ammonites » et aux Moabités.

Un antique poëme dit : « Un feu est « sorti de Hesbôn, une flamme de la

le dernier passage , Josèphe substitue le roi des Iles. AiiUqu. IX, 4, 5.

' Voy. sur les limites et les villes de ces royaumes notre Topographie de la Pérée.

^ Trois siècles après, les Ammonites firent encore valoir leurs droits sur ce pays. Yoy. Jii'jes, Il , 13.

« ville de Sihôn , qui a dévoré Ar ( iu « ville) de Moab, les maîtres des hau- « teurs de l'Arnôn. Malheur à toi , a Moab! tu es perdu, peuple de Ca- « môs ; on a rendu ses fils fuyards, « et ses filles captives du roi d'Amori, « Sihôn. » (Nombr. 21 , v. 28, 29).

Les deux rois furent vaincus par iMoïse, comme on le verra dans l'histoire des Hébreux.

4° Les Guirgasites ou Gergesites.

Il ne résulte d'aucun passage delà Bible de donnée certaine sur les lieux qu'habitaitcette[>euplade;mais,cequi est certain, c'est qu'elle demeurait parmi les autres peuples cananéens à l'ouest du Jourdain. Selon quelques éditions des Évangiles (Matth., 8, 28), nous trouvons le territoire des Gergeséens onGergesites à l'est du laide Tibériade ; mais le mot rep-j-sTfivc.v n'a été placé ici que par une simple conjecture d'Origène , qui ne s'appuie sur aucune autorité plus ancienne'.

5° Les Hévites étaient établis principalement au pied du Hermon ou de l'Antiliban ( Josué, 11,3; Juges, 3,3).

Mais nous trouvons aussi des familles hévites à Sichem; Hamor, prince des Sichemites, du temps de Jacob, est appelé Hévite ( Genèse , 34 ,2 ). Les Gabaoïiites ou habitants de Gabaon, qui, par une ruse , obtinrent la paix des Hébreux (Josué, ch. 9), étaient également des Hévites ( ib. 11,19 ). Josué en fit des scieurs de bois et des porteurs d'eau pour le service du tabernacle.

G° lies Canaanites demeuraient à l'est et à l'ouest ( Jos. 11,3), c'est-àdire dans les plaines, à l'ouest du Jourdain et sur la Méditerranée (Nombres, 13, 29). Nous les trouvons à Gazer près d'Emmaiis (Jos. 16, 10; I Rois, 9, 16); ils occupaient Bethscheàn et ses environs, ainsi que la plaine d'Esdrélon; et, par leurs chariots de fer, ils se rendirent redoutables aux Ephraïmites (Jos. 17, 19).

7° Les Pliérisites. Du temps d'Abraham nous les trouvons dans les environs de Beth-el (Genèse, 13, 7).

' Voy. Reland, p. 806, 807, et notre Topographie, p. 6», lutte 3

L'UJNIVERS.

Plus tarJ nous les voyons dans les niontas'ii's d'Kphraïm (Jos. 17, 15) el de Juda (Juges ,1,4).

I.()rs(|ue Josuc lit !a conquête du pays de (^auaan, ce pays était divisé eu un grand nombre de petites principautés dont chacune avait son roi {Mélech). Le catalogue des rois vaincus par Josué en compte trente et un (Jos. cil. 12, V.9 — 24)'. Les noms de plusieurs de ces rois nous sont conservés dans le livre de Josué; tels sont : Adoni-Sédek, roi de Jérusalem ; Hoham, roi deHebron; Piream, roi de Yarmouth ; Yaphm, roi de Lachis; Debir, roi d'É^lon( Jos. 10,3); Horam , roi de Gazer ( v. 33 ) ; Yahin, roi de Hasor; Yobab, roi de Madôn (ib. îl , 1).

Il parait que plusieurs de ces principautés formaient des confédérations, sur lesquelles l'un des princes fédérés exerçait une certaine suprématie.

Ainsi Adoni-Sédek fait un appel aux rois du midi, pour aller combattre les Gabaonites , qui avaient foit la paix avec Josué ( 10, 1-5); Yabîn invite à la guerre contre les Hébreux

' Les villes royales mentionnées dans ce catalosue sont : i° Jéricho, -l-" Ai, à l'est de Beth-él. 3' Jérusalem , ou Jebus. 4° Hcbrôn. 5° Yarmouth, dans la plaine appelée Schcfélah. 6° L-^chis, dans la môme plaine. 7" Eglôn, probablemeiit entre Lacliis et Hebrôii. 8° Gazer, selon Eusèbe h 4 milles romains au nord d'Emmaiis (Nico!«)lis). 0° Debir, appelée aussi Kirnnth-Sanna ou A';rijath Sfphcr, dans les montagnes de Juda. 10° Gadir, peut-être la même que Giudera dans la plaine (Jos. 15, 36). 11° Horma ou Scphath, à l'extrémité méridionale ou S. E. du pays de Canaan , près de la montagne de Séir. l'2° Jrad, à l'ouest de Horma, près du désert de Kades. 13° Lihnah , dans la plaine Schephéla. 14° Adnllârn, dans la même plaine. 15° Mackédah, ibid. 10° Belh-êl. 17° Thappouàh, position incertaine, mais dans la Samarie. 18° Hépher idem. I9° Aphék , incertaine. 20° Sarôn dans la plaine de Saron ( le texte porte 'Jl"l"ii;V, nous prenons le S pour une préposition; selon d'autres, le nom de la ville était Lassaràti). 21° Madôn, nord, incertaine. 22° //asor, au-dessus du lac Samochonitis. ly Simrôn-Merôii nord, incertaine. 21'" ^cisap/t (Galilée). 25° et 26' Thaanach et Mei/hiddo, dans la plaine de Meghiddo. 27° Kfdcs, en Galilée. 28° Yokvcâm, près du Carmel. 29° Dôr, au midi du Carmel. 3o° Goitn, incertaine. 31° Thirsa, [ lus tard capitale des rois d'Israël.

On trouve des détails sur plusieurs de ces ville.s dans notre Topographie.

tous les rois du nord , depuis le lîermùn jusqu'au midi du lac de Génésaretlietjus(|u'a IJ()r(!l, 1-3), et on nous dit expressément que la ville du Hasor était à la tête de tous ces petits royaumes du nord (ib. v. 10).

Au milieu dis petits royaumes de Canaan, ily avait sans doute aussi plusieurs républiques avec des formes plus ou moins aristocratiques. Il est à remarquer, par exemple , qu'on ne fait mention nulle part d'un roi de Gabaon, l'une des principalesvilles de Canaan. Dans le livre de ,f osué (10, 2 ) elle est appelée une ville grande, comme une des villes royales. Les députés des Gabaonites parlent à Josué , au nom de leurs anciens et de tous leurs compatriotes {^ ., 11). Il est évident que Gabaon formait avec trois autres villes, Caphira, Beéroth et Riryath-Yearîm (9, 17), un petit État républicain. Les habitants de Gabaon , comme nous l'avons déjà dit , étaient Iléoites ; il paraîtrait que les institutions républicaines avaient été, de tout temps , en faveur chez ce peuple. Le Ilécite Hamor, prince de Sichem , pour traiter avec les fils de Jacob , a besoin de porter l'affaire devant l'assenvbléedu peuple (Genèse, 34, 20 ; il n'a pas le titre de Mélech ( roi ) , mais celui de Nàsi ( prince) ', et , du temps de Josué, la ville de Sichem ne figure pas non plus parmi les villes royales.

Les princes cananéens succombèrent presque tous dans la lutte qu'ils eurent à soutenir contre les Hébreux; les peuples de Canaan furent exterminés en grande partie. Il est probable que pendant cette guerre si désastreuse pour les Cananéens, une partie de la population aura émigré dans d'autres pays; et si nous en croyons une tradition vague répandue en Afrique depuis les tenij)S anciens et jusipi'à nos jours, les peuplades de l'Atlas seraient en partie les descendants des Cananéens émigrés sous Josué. Nous avons déjà dit au

' Le mot "TiG, Mélech, vient d'une racine | qui a le sens de posséder, régner; Hl'd., ISàsi, participe passif de }<U3 . veut dire élevé , élu.

commencement de cet ouvrage que, encore du temps de saint Aui^ustin , les paysans des environs d'Hippone (nuiintenant Bone) s'appelaient euxmêmes Chanani on Cananéens '^ . Selon Eusèbe(Cliron.L. I),lesCananéens emigrèrent à ïripolis en Afrique. Procopè, auteur grec païen du sixième siècle, qui ne paraît pas avoir connu le li^re de Josuéet qui puisa, comme il le dit lui-même , dans les écrivains qui ont écrit l'histoire ancienne des Phéniciens y parle des Phéniciens (Cananéens) qui prirent la fuite devant Josué et qui se répandirent en Afriquejusqu'aux colonnes d'Hercule:

« La, dit-il, ils habitent encore, et " ils se servent de la langue phéni- « cienne. Ils bâtirent un fort dans une « ville numidienne, là où est mainte- « nant la ville qu'on appelle Tigisis.

« Il y a là , près de la grande fontaine, « deux colonnes faites de pierres blan- « ches, et sur lesquelles sont gravés « des caractères phéniciens, qui, en « langue phénicienne , disent ce qui « suit : Nous sommes ceux qui ont « pris la fuite devant le brigand Jo- " sué, fils de Naué ^. » — Les auteurs arabes ont aussi entendu parler de l'origine palestinienne de plusieurs peuples d'Afrique : selon Masoudi , tous les peuples répandus dans l'intérieur de l'Afrique sont descendus

-' Voicicomment s'exprime saint Augustin» au commencement de son Exposition de l'É" pitre aux Romains : Interrotjati rustici nostri qiiid sinl , piiuicè respondentes Chanani, corruplâ scilicet voce ,'sicut in talihus solet, quid aliud respondent quam Chananœi ? SdÀni \u^. , qui ne savait pas l'iiébreu ou l'ancien pliénicien, se trompe en disant que le mot Chanani ( *373D ) est corrompu.

- Procop. De hello Fandalico, l.H, cap. 20. L'inscription est rapportée par Procope en ces termes : 'H[j.£Ï; ècr[j.àv oî ç-jyôvTî; «tyô Trpo'TWTTO'j 'JrjTOù Toû ),r,<TToO •j'.oO Xa'jrj. Saint Auj;ustin ne sait rien dé cette inscription , ce qui peut en faire suspecter l'auliienticilé. J'observerai cependant qu'elle ne peut être forgée par Procope, car elle porte en effet le cachet hébreu ou phénicien : l'expression «7:6 TTpoawTTou, de la face, pour dire devant, n'est point grecque; elle ne se trouve que dans la version grecque de la Bible et dans le Nouveau Testament, et Procope, qui était paien, n'a pu s'en servir qu'en se faisant traduire des raoU j)liénic;e:!;..

(F Livraison, iPallsti.nu.)

des enfantsde Canaan». Edrisi dit que les peuples d'origine berbère habitaient anciennement la Palestine; David ayant tué Goliath le berber, les Berbêrs passèrent dans le iMaghreb, parvinrent jusqu'aux extrémités les plus reculées de l'Afrique et s'y répandirent ^ Enfin les Juifs de Barbarie, encore aujourd'hui , donnent aux Berbêrs le nom de PeUschthim{P\\\\\sùx\s ou Palestiniens). Cependant la langue des Berbers ne parait avoir aucun rapport avec le phénicien , ni avec aucune autre langue de cette famille.

— Quelle que soit d'ailleurs la valeur de ces différentes traditions , l'émigration en Afrique des peuples de Canaan n'a, en elle-même, rien d'invraisemblable; des tribus cananéennes refoulées vers la mer, par les Hébreux venus de l'est du Jourdain , ont pu s'embarquer et chercher un refuge sur les côtes de l'Afrique.

Nous passons sous silence plusieurs autres détails de l'histoire de Canaan qui devront nécessairement trouver place dans l'histoire des Hébreux.

Nous dirons seulement que, après l'invasion de ces derniers, les Cananéens restèrent maîtres, non-seulement de toute la côte jusqu'au pays des Philistins, maisaussidebeaucoupdevilles de l'intérieur. On peut voir, danslepremier chapitre des Juges (v . 2 1 et sui v. ), les noms des villes dont les Cananéens ne purent être expulsés ; avec le temps elles devinrent, en partie, tributaires des Hébreux (ib. v. 28). Plusieurs principautés cananéennes conservèrent leurs propres rois, comme nous l'avons dit en parlant des Héthites.

Près de deux siècles après la mort de Josué, Yabîn, roi de Hasor, opprima les Hébreux pendant vingt années ; il avait neuf cents chariots de fer. Son armée , conduite par Sisera , fut enfin défaite par Barak. Dans le premier livre de Samuel (7 , 14) nous lisons qu'Israël était en paix avec les Amori-

I Voy. Masoudi, cité par de Guignes, dans les Notices et extraits des manuscrils, t. 1, p. 14 et suiv.

» Vov. la Géographie d'Edrisi, traduite par W. Jauberl.t. I, p. 203.

L'UNIVERS

tes, ce qui prouve que les peuplades cananéennes n'étaient pas encore entièrement soumises du temps de Samuel. Lorsque Joab, général de David, fait le recensement de la population, il va aussi dans les villes des IJéviteset des Canaanites ( 2 Sam. 24, 7). Enfin Salomon rendit tributaires toutes les peuplades qui restèrent des Amorites, des Héthites, des Hévites fi des Jebusites ( l Rois , 9 , 20 ). Dans les livres des Rois ( ib. v. 21 ) on lit : que ces descendants des Cananéens restaient tributaires et soumis aux corvées jusqu'à ce jour, ce qui prouve qu'ils existaient encore parmi les Hébreux à l'époque où ce document fut écrit. Il n'est pas invraisemblable que dans quelques contrées ils aient pu profiter du schisme qui eut lieu sous Roboam , fils de Salomon , et des guerres qui en furent la suite, pour se rendre indépendants; ceci expliquerait l'apparition des rois des Héthites, du temps du prophète Elisa (II Rois, 7 , 8). Enfin, encore après le retour de i'exil, nous trouvons plusieurs peuples cananéens parmi ceux avec lesquels les Juifs s'étaient mêlés par des mariaoïes mixtes (Ezra, 9 , v. 1 et 2). Plus tard il n'est plus question des Cananéens.

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