‹ Palestine: Description géographique, historique, et archéologiqueChapitre 35 sur 106 · IV. LES TEMPS DU CULTE ET LES l'ÊTES · texte numérisé non relu

IV. LES TEMPS DU CULTE ET LES l'ÊTES

Il nous reste à indiquer l'ordre du culte public que le législateur rattache à certaines époques fixées par la division du temps. Nous devons donc, avant de parler des époques du culte, faire connaître la division adoptée par Moïse. Le poète sacré, chantant les merveilles de la création de Jt'hovah, dit : il ajait la lune pour les temps ou les époques (Ps. 104, 19 ), et en effet c'est la lune qui , dans la loi de Moïse, sert à fixer toutes les mesures du temps. Les jours se mesurent naturellement par la variation de la lumière et des ténèbres; cependant, chez les Hébreux, comme chez plusieurs autres peuples qui avaient le calendrier lunaire, les jours conunençaient par le soir(Lév.23, 32), parce que le croissant se lève le soir. Dans le récit delà création on lit toujours : Et il fut soir et il Jut matin'. Les jours, du temps de Moïse, n'étaient pas encore subdivisés en heures; la nuit se divisait en trois veilles '; la division du jour, plus importante pour le rituel du culte, était donnée par la nature : le matin, le midi et le 50//-. Dans plusieurs passages, et notaunnent dans le rituel des cérémonies religieuses , on trouve l'expression entre les deux soirs que la Vuîgate rend par vesperè ou ad vesperum 3, et qui équivaut, à ce qu'il paraît, à notre dans raprès-midi ; car, selon la tradition rabbinique, le premier soir connnence au déclin du soleil (à midi et demi) et le second à son coucher ^.

' Nox ducere diem videtur, dit Tacite, en pariant des mœurs des Germains (eli. M ); il en était de nK'Uie chez les Grecs. D'aulres^ peuples commençaient leurs jours au matin, ou a minuit, ou 'à midi. Voy. Pline, llist. Nat. II, 79.

* Voy. Exode, 14, 24 ; et Juges, 7, 19.

^ Voy. Exode, I2 , 6; I6, |2 : 2;), Met 41; 30, 8; Lév. 23, 5; Nombres, 9,3;2s, 4et8.

* Les Caraites soutiennent que , c/i/rt; /e6 deux soirs, veut dire entre le couelier du so leil et la nuit. Voy. Trigland , Duilribe dt

L'UMVERS.

Sept jours formaient une période appelei'scmnou V (semaine); il en est déjà (luestioii dans i'iiisloire du pa- Iriarrhe Jaeob (Gen. 2!), 27). Cette période se trouve eiii'Z les peii|)lt's les plus éloignés les uns des .uitres , nièine chez les Amerieains,et elle paraît avoir son fondement dans les quatre phases de la lune ■ , dont ehacune din-e environ sept jours et neuf heures. Ou donna de bonne heure aux jours de la semaine les noms des planètes'; mais les Hébreux, qui rattachaient leur semaine à la cosmoi;onie et (]ui en faisaient lesymbole de la création, n'ont jamais adopte les noms des divinités planétaires, et ils disaient pre- )nier joui\ (itruxienie Jour, etc. f.a troisième mesure du temps est déterminée |)ar le cours total de la lune; c'est le mois , qui , chez les Hébreux , reeonunencait à chaque nouvelle apparition visible de la lune, et durait tantôt 2'J, tantôt 30 jours. Douze de ces mois lunaires formaient une année. De même que les jours de la semaine, les mois n'avaient pas de noms, et on d\sa\t premier mois , deuxième mois, et ainsi de suite. Le premier mois cependant s'appelait aussi abib ( mois (les épis, ou mieux Germinal); dans ce mois tombaient le commencement du printemps et la Pàque, et les épis devaient être mûrs. Quêtait donc oblige demettred'accord l'année lunaire avec le coursdu soleil, ce qui se faisait par l'intercalatioa d'un treizième mois toutes les fois que, à la tin du douzième mois, on ne trou-

sectil Karœoriim , cap. 4 , p. 27. Mais Josèplie est favorable à la traiitioii rabbiiiique; car, selon lui , on é^orijeail l'agneau pascal entre la neuvième et la onzième heure , c'est-àdire entre trois et cinq heures de l'après-midi. Voy. Guerre des Juifs, VI, 9, 3.

' Voy. Ideler, Handbuch der Chronologie, t. 1, p. 60 et 88

vait pas le blé assez milr '. On voit que l'année des anciens Hébreux coinmenoaitaii printemps. Plus tard quel-' queschauLiements furent introduits dans le calendrier civil ; mais nous ne parlons ici que du calendrier mosaïque, d'après lequel se réglaient les fêtes.

Le culte quotidien consistait dans deux sacrilices dont l'un s'offrait le matin et l'autre dans l'après-midi, ou, comme dit le texte, entre les deux soirs. Chacun des sacrilices consistait dans un agneau offert en holocauste et accompagné d'une offrande et d'une libation ^ Nous avons déjà parlé de l'encens qu'on brillait le matin et le soir sur un autel particulier, et des lampes du candélabre qui éclairaient le sanctuaire pendant toute la nuit.

ÎNIais certains jours, en rapport avec les mesuresde temps que nous venons de signaler, devaient être distingués par des solennités particulières; certains autresjours de l'année étaient consacrés à la mémoire des grands événements de l'histoire des Hébreux ou à des réjouissances qui se rattachaient à l'agriculture. A côté du but social et politique l'institution de ces jours solennels avait aussi un but religieux et moral. Il y en avait un qui était entièrement consacré aux pratiques religieuses, c'était le jour des expiations; en ce jour l'Hébreu devait entièrement renoncer au monde et se réconcilier avec le Créateur, en s'absteuant de toute jouissance terrestre, en devenant, pour ainsi dire, un être céleste.

Sous ce rapport le législateur des Hébreux n'a rien emprunté aux cultes étrangers. A la vérité, nous trouvons les époques solennelles et les fêtes chez tous les peuples de l'an-

' On les trouve en même temps, et dans tiquité; de même que les sacrilices, lemèmeordre, chez, les Egyptiens ^DiouCass. Ip^jtVtPs ptnipiit iiisénnrihles de l'idée 1. 37, c. 18 ) et chez les Indous. Voy. les no- j ^ ^"^ , ^ "/^'.'^'V »'i='f Pair""^^ "^ ^ .1"*^*^

tes de M. de Chézv au drame de Sacountala, n* 90. Bohlen , Dus aile Indien, t. 11, p. îis. On en trouve aussi des traces indubitables chez les Grecs (quoique ceux-ci comptassent leurs jOiirs par décides). Voy. Valkenar. De .-iristobulo Judœo Alexàndrino diatribe, p. io8, 113. Bohlen, 1. c. p. -'46.

du culte. Mais dans les fêtes des païen?

" Voy. des Vignoles, Chronologie .ir rhistuire sainte . t I, p. 684 et suiv.

' Voy. Exode, 29, 38 —42; Nombres, i*i, i-6.

nous reconnaissons partout la nature divinisée; de même que le ciel, la terre, le soleil, la lune, les planètes, sont les divinités de l'espace , de même l'année et les saisons sont person ni liées comme divinités du temps. Riais Jéliovaii, l'être absolu, est au-dessus de l'espace et du temps, et c'est autour de Dieu, le maître de toute la nature, que les solennités

Eériodiques devaient réunir les Iléreux. Les fêtes des Hébreux portent un caractère moral et religieux qui leurest particulier; ellesnesont point, comme les sacrilices et le sacerdoce, une institution locale, et elles sont pour risraélite de nos jours ce qu'elles étaient pour l'ancien Hébreu, car elles représentent, sous une forme symbolique, les points principaux des croyances mosaïques qui restent toujours les mêmes, quelles que soient les modifications que le temps ait fait subir au culte des Hébreux.

Cependant, s'il est permis de rattaclier les fêles instituées par Moïse à ijuelque idée orientale plus ancienne, qui a pu guider le lejjislateiir, du moins dans la forme qu'il donne à ces institutions, on retrouvera ici cette influence mystérieuse du nombre sept (ju'on rencontre si souvent dans rantiijuité oritutaie. Nous avons déjà fait rem;irquer que la semaine était commune aux Indous,aux Égyptiens et à plusieurs autres peuples.

Nous retrouvons encore ce nombre mystique dans les sept mondes {locas), les sept /{ichis ou Saints, les sept mersetlesseptgrandscontinents(«yîpas) des Indous , les sept ■i/nschaspanrfas (archanges) des anciens Perses».

Parmi les Grecs ce furent principalement les pythagoriciens qui rattachaient au nombre sept une idée de sainteté ^ Le fond de ce mvstère est probablement dans les sept planètes à

• On peut voir beaucoup d'autres exemples dans rouvraj^ede M. de Hammer, intitulé biinjclopadtsche U'-bersirh/ , etc. ( Résumé encyclopédique des sciences de l'Orienil, n. 322-3-24, et dans Botllen, I. c. p. 217.

» Voy. Brucker, Hist.crit. Philosophiœ.

l'influencedesquelles était subordonné tout le monde sublunaire'.

Quoi qu'il en soit, le nombre sept, auquel la cosmogonie hébraïque donne une haute importance, joue aussi un grand rôle dans les temps sacrés des Hébreux . Le septième jour de la semaine est sacré; la Pàque et la fête des Tabernacles durent sept jours; on compte sept semaines de la Pàque à la Pentec(jte ; le premier jour du septième mois est distingué par une solennité particulière, et une grande partie de ce mois est consacrée à des fêtes; la septième année est sacrée , et après sept fois sept ans on célèbre le jubilé. Mais , il ne faut pas l'oublier, ce nombre, qui chez les païens se rattache au cultedela nature, est sanctifié chez les Hébreux par leur croyance fondamentale et leur rappelle sans cesse le Dieu créateur et les périodes de la création ^.

S'il est vrai que cette idée générale a guidé le lé-;islateur dans la distribution des temps sacrés, les fêtes en elles-mêmes diffèrent cependant par l'idée particulière qu'elles renferment à côté de l'idée religieuse qui plane sur toutes, et nous pouvons les diviser en trois classes : fêtes septénaires et chronologiques, fêtes historiques et agronomiques et fêtes purement religieuses.

' Celte opinion me parait être clairement indiquée par Ciceron , dans le frasment connu sous le litre de Soraniiun Scipionis et qui faisait partie du fi« livre de la République. A l'endroii ou il est question de ftiarmonie des spliéres planétaires nous lisons : Septem efficiunt dislinclos intervallis modos ; qui numfrusrernm omnium f<;re nodusest. Voy le livre De Hrpublicd, p. 3.S2 ( dans la Biblioth . class. de Leraaire). — On peut voir d'aulres conjectures sur la sainteté du nomiire sept, dans BiEtir, St/mbotik, t. I , p. 187 et suiv. et dans mes Réflexions, etc., p. 50, note 1.

' Nous rappellerons encore que certaines punlications tie peuvent s'accomplir qu'au bout de sept jours; le sacre des prêtres durait sept jours; avec le sang de certaines victimes on faisait sept aspersions sur l'autel ; le candélabre avait sept branches. Même dans la partie hi.storiiiue du Pentateuque, et dans les autres livresde la Bib!e, nous vovons souvent paraître les nombres 7 et 70 comme nornbres ronds, et il est a remarquer que la racine 'J-^Xj > de laquelle dérivent ces nombres , sert aussi en bébreu à former le verbe jurer et le mot qui sigoitie sermenL

L'UNIVERS

Ala première nppnrtifnnentlessahbats et les néoniéiiies ; la (leuxicine embrasse les trois grandes letcs: la Pa(iue la Peiileeôteet la fêle des Tabernacles-, la troisième ne renferme (lu une seule fête, le jour des expiations.

A. FÊTES SEPTÉMMUKS ET CHRONOLOOIOUES.

a. Le Sabbat.

La célébration du septième jour de la semaine, comme symbole de la création (Kxode, 20, 11; 31, 17), remonte avant lalégislation mosai(iue.

Souviens-toi de sanctifier le sabbat, dit ledécalogue, et dans Tbistoire de la manne où il est question , pour la première fois, du repos du sabbat, on paraît en parler également comme d'une chose connue (ib. 16, 23). On sait que, selon la Genèse , Dieu luimême sanctifia le septième jour et le bénit; car en ce jour le Créateur avait cessé (sGHA.BVrH) son ouvrage; aussi ce jour est-il destiné avant tout à la cessation du travail et au repos ; de là il s'appelle scHVBBATii (cé'.vsa/or).

Dans l'bistoire des patriarches nous n'en trouvons pas de traces, bien qu'il y soit question de la semaine ; les nomades, dont toute l'occupation consistait à faire paître les troupeaux, ne pouvaient guère interrompre leur ouvrage. Il paraîtrait donc que l'usage de célébrer le sabbat avait commencé en Egypte, avant la servitude ou immédiatement après la sortie d'Egypte, comme le disent les rabbins, qui pensent que le sabbat faisait partie des lois publiées à Alarah (ib. l.S , 2-5). La célébration du sabbat, comme l'indique le nom lui-même, consistait principalement dans le repos. Les travaux devaient cesser ce jour-là; les esclaves et même les animaux devaient aussi jouir d'un repos absolu, et ce repos rappelait non-seulement la cessation des œuvres de la création , mais aussi la délivrance de l'esclavage d'Egypte, connne le dit la deuxième rédaction du décalogue (Deut. .5, l.'>).

Le repos du sabbat était le signe de l'alliance (lue Jéhovah avait conclue avec les Hébreux (Exode, 3 1,1 3- 17). En violant le sabbat on rompait cette al-

liance ; c'était un crime de haute trahison contre le roi Jéhovah, et la loi veut que ce crime soit puni de mort.

Elle se montre sévère pour la violation publique du sabbat, fut-ce même par un travail insignifiant, et Moïse décréta la peine de mort contre un homme qui avait publiquement ramassé du bois le jour du sabbat (Nomb. 15, 32-36). Au reste, la loi mosaïque qui défend tout travail, ne si'écijie pas les occupations auxquelles il était défendu de se livrer le jour de sabbat '; outre le casque nous venons de rapporter, elle détend de recueillir la ynanne ( PIx. 16, 23) , de faire des excursions (ib. v. 29) ^ et d'allumer du feu (ib. 35 , .3). Quant à cette dernière défense , on l'a mise en rapport avec celle qui interdit de faire cuire les aliments ^ et qui résulte indirectement du passage de la manne que nous venons de citer.

Mais le texte ne renferme aucun indice à ce sujet, et il ne serait pas impossible que la défense d'allumer du feu eût pris son origine dans quelque usage païen , dans quelque rite inconnu'' du culte de Saturne que Moïse craignait de voir imiter par les Hébreux.

Les travaux nécessaires pour les pratiques du culte suivaient , le jour de sabbat, leur cours ordinaire; les prêtres faisaient tout ce qui était prescrit pour les sacrifices, et on opérait aussi la circoncision 4.

Quant au service militaire, quoique la loi ne renferme aucune disposition spéciale à cet égard, le simple bon sens

' Le propliète Jrrémie ( 17, 21 ) défend de porter des fardeaux, et Nehemia ( 10, 32) interdit le commerce. La tradiUon enumere trente-neuf travaux défendus, qu elle appelle travaux-pères , Ç.I elle défend en outre plusieurs occupations de second ordre. Voy. Mischnah, Schnhbalh, c\\. l.%i.

î Selon la tradition rabbmique , on ne pouvait s'éloigner au delà de 2,o()0 coudées du camp ou de la ville; c'est pourquoi ce le distance s'appelait chemin sabbatique. Acies des Apôtres, i , 12. - ^

3 Voy. Mictiaëlis, Mos. Recht, t. IV, .^ 195, p. 122 et suiv.; Salvador, Inslit. ac Moïse, t. I,p. 88. , . , ,„

4 Voy. les Évangiles, Matth. 12, 6 ; Jeaa,' 7 , 22.

dit qu'il ne pouvait être défendu de combattre les ennemis , le jour de sabbat, et de faire toutes les opérations nécessaires, surtout lorsqu'il s'ajîissait de repousser une attaque.

C'est un fait historique , bien que la tradition l'ait enveloppéd'un voile nierveilleux , que les opérations du siège de Jéricho durèrent sept jours consécutifs (Jos- ch. 6 ) , dont l'un était nécessairement un sabbat. C'est donc tout à fait dans l'esprit de la loi que les codes rabbiniques ordonnent de poursuivre les opérations militaires le jour du sabbat, même dans une guerre offensive ' , et ce n'était que l'effet d'une déplorable exaltation si , après l'exil, nous voyons quelquefois les soldats juifs subir les attaques et même la mort, plutôt que de sortir de leur repos sabbatique '.

Il n'est pas probable, du reste, qu'on se soit borné à célébrer le sabbat par le repos absolu. A la vérité, la loi de Moïse ne parle expressément que de cette célébration négative; mais le sabbat et les autres jours de fête sont appelés par Moïse Mikr\ Kodesch (convocation sainte)^, et on pourrait conclure de là que cesjours étaient consacrés à des assemblées publiques où on s'entretenait surtout des choses religieuses'*. Plus tard, quand l'institut des orateurs ou des prophètes se fut développé, on se rendait auprès d'eux, aux jours solennels, pour entendre leurs discours, et les femmes elles-mêmes participaient à ces réunions (2 Rois, 4, 23). On s'occupait aussi de l'étude des lois 5, et depuis l'établissement des synagogues on s'y réunissait le jourde sabbat pour prier, pour lire et expliquer les livres

' Voy. Maimonide, Main forte ou Abréfjé du Tkabnud , 1. XIV, éme section, Des rois et des guerres , cti. 6 , § il.

» Voy. I Maccub., 2, 34-38; Josèphe, Antiqu. XII , 6, 2 ; Guerre des Juifs ,1,7,3.

^ Lévit., ch 2!, V. 2 et suiv. Voy. la traduction de M. Catien et la note au verset 2. La Vulgate ne rend pas bien ces mots.

* Voy. Salvador. 1. c. ; nous observerons •eulement que les détails que donne cet auteur sur les assemblées du sabbat sont des fictions qui ne s'appuient sur aucun texte

j)ositif.

* Voy. Josèphe, Anliqu. XVI ,2,4.

saints'. Mais la loi mosaïque, qui insiste surtout sur le repos du sabbat, n'ordonne positivement d'autre célébration publique qu'un sacrifice extraordinaire qu'on devait offrir dans le sanctuaire, entre les deux sacrifices quotidiens, et qui se composait de deux agneaux offerts en holocauste et acompagnés chacun d'une offrande et d'une libation; en outre, on posait sur la sainte table les douze /jams de proposition qui se renouvelaient chaque semaine.

Comme tous les jours de fête, le sabbat commençait dès la veille au soir et finissait au coucher du soleil. Les aliments et autres objets nécessaires devaient être préparés la veille (Ex. 16, 23); de là le sixième jour de la semaine est appelé, dans le Nouveau Testament , Parasceué {-xoz'

b. Les iSéoménies et le mois sabbatique.

L'apparition de la nouvelle lune se célébrait par un holocauste extraordinaire offert entre les deux sacrifices quotidiens et composé de deux jeunes taureaux, un bélier et sept agneaux; on y ajoutait un jeune bouc , comme sacrifice de péché, et les différentes victimes étaient accompagnées de leurs offrandes et de leurs libations respectives (Nombres, 28, 11-15). Le texte de la loi ne dit rien sur la fixation des Néoménies ;,mais l'usage rapporté par la tradition est très-simple et naturel, et remonte sans doute à une haute antiquité. Comme les Hébreux n'avaient pas de calcul astronomique, les Néoménies ne pouvaient êtres fixées que par l'observation matérielle de la nouvelle lune , et comme celle-ci ne pouvait s'observer que vers le soir, le sacrifice se célébrait le lendemain de l'observation, qui était considéré comme le premier jour du mois.

Le trentième jour de la lune on recevait, jusque dans l'après-midi, le témoignage de ceux qui pouvaient avoir découvert la nouvelle lune le

'Voy. Marc, r,2i; 6,2, et beaucoup d'autres passages du Nouveau Testament.

^ Matth. 27 . 62 , et paasim.

L'UNIVERS

vingt-neuf nu soir, et, s'il en était temps encore, on célélirait la Néoménic ce même jour; mais si aucun téinoif^nage n'arrivait à temps, le lendemain du trente était célébré sans aucune observation préalable '. On annonçait la nouvelle lune par de grands' f(>u\ ailiinirs sur les hauteurs

3ui se reproiliiis.iient de distance en istance; mais plus tard on expédia des courriers dans les provinces , parce que les Samaritains allumaient quelquefois des feux afin de tromper les Juifs par un faux signal.

Selon l'opinion de Alaimonide ' et de quelques théologiens chrétiens ^, le sacrilice des Néoménies, offert à'Jéhovah, fut institué par opposition au culte que plusieurs peuples , et notamment les Égyptiens, offraient à la nouvelle lune. Chez les Hébreux le jour de la nouvelle lune n'était pas une fête proprement dite; la loi mosaïque ne le mentionne pas parmi les jours de fête appelés Mlkra Kodesch (Lév. ch. 23), et il en est question seulement dans le rituel des sacrifices additionnels (Nomb. ch. 28 et 29).

Nous savons cependant par les livres historiques et prophétiques que les Néoménies se célébraient par des repas solennels. On interrompait les affaires et on se réunissait chez les prophètes, comme au jour du sabbat 4.

Le premier jour du septième mois était un véritable jour de fête, on le célébrait par le repos comme le sabbat, dont il porte aussi le nom ( Lév. 23, 24). Mais il était permis ce jourlà de préparer les aliments, et la loi ne punit pas de mort celui qui aurait rompu le repos de ce sabbat. Moïse rappelleJo«;-rfere/;^«/'memi°rt/(ÎVomb.

29, 1 ) et soKoenir de rffentisseinent (Lév. 1. c.J, parcequ'on l'annonçait au

' Cet usage est suivi encore maintenant par les Caruïles du Caire et de Jérusalem, qui n'ont pas adopté le calcul astronomique des rabbins.

' More Nebouchlm, III, 46, version de Buxtorf, p. 488.

' Spencer, I. c. I. III, dissert. 4, c. 1. Michaëlis, I. c. § 200, p. I70.

* Voy. I Samuel, en. 20, v. 5,6, 18 et suiv.; 1 Rois, 4, 23; isaïe, l, 13; Amos, », S.

son des trompeues'. Penoant le sacrilice des jours de fête et des Néoménies on sonnait toujours de la trompette iwur un souvenir devant Dieu {?iomb.

10, 10). La loi veut que la septième Néoménie s'annonce par des sons retentissants, plus forts et plus solennels queceuxd(îs autres Néoménies '; car c'est le commencement du mois sabbatique, danslequel on célèbreaussi le grand jour des expiations. Outre les sacrifices additionels des Néoménies ordinaires , on offrait ce jour-là un jeune taureau , un bélier et sept agneaux en holocauste et un jeune bouc comme sacrifice de péché, ainsi que les offrandes et les libations respectives.

Selon la tradition des rabbins, cette fêteétaitl'anniversairedela création, et ils l'appellent RoscH H ASCH-scHA.rv Ali (le commencement de l'année); mais l'année des anciens Hébreux commençait évidemment vers l'équinoxe du printemps, et Moïse dit expressément, en parlant du mois Abib qui est la lune du printemps : il sera pour vous le premier des mois de l'année (Exode, 12, 2). Il n'existe pas de trace, dans toute la Rible, d'une solennité pour le premier jour de l'an ^. Cette solennité, rattachée par les rabbins au premier jour du septième mois»

était inconnue aux anciens Hébreux et n'a commeuQé probablement qu'après la mort d'Alexandre le Grand, lorsque les Juifs, sous la domination syro-macédonienne, adoptèrent l'ère des Séleucides ; car l'année des Syriens commençait à l'équinoxe d'automne, par le mois d'octobre 4.

c. Les années sabbatiques.

La terre aussi devait célébrer sonsabbat; après avoir été labourée pen-

' La Vulgate porte dans le pa.ssagc des Nombres : Quia Jics rlangoris est et tubarum; et dans celui du Léviliijue : Sabbatum memoriale claïK/eiitihiis lubis,

'' Voy. Réflexions, p. 54, note 2.

3 Le prophète Ézéchiel . à ce qu'il pa rait , voulait introduire un sacrilice particulier pour le premier et le septième jour delà lune du printemps. Voy. Ez. ch. 43, v. 18—20.

* Voy. Réflexions, p. 55-

dant six ans, elle devait rester en friche la septième année, a[)pelée mmée de sabbat. Le cultivateur devait se reposer; il ne devait ni ensemencer le champ ni tailler la vigne et l'olivier, et il lui était même prescrit d'abandonner tout ce que la terre produisait spontanément, et les fruits des arbres, aux pauvres, aux étrangers et aux animaux '. A l'abandon de la terre se rattachait aussi celui des créances dont le payement ne pouvait être réclamé pendant la septième année. A cause de ce double abandon, l'année sabbatique s'appelait aussi ScHEMiTT\ {relâche^ abandon).

Nous reviendrons plus loin sur l'année sabbatique considérée sous le rapport social et économique. Ici où nous ne nous occupons que du culte, nous indiquons seulement cette C6.ssa- <jy« de l'agriculture, travail parexcellence du peuple hébreu. Sous le rapport religieux le repos de la septième année avait le même but qui celui du septième jour ; c'était le symbole de la création. IMais le repos de l'année sabbatique ne pouvait être analogue à celui du sabbat ; on se bornait donc seulement à interrompre le travail principal, celui de la terre. Chaque année sabbatique, pendant la fête des Tabernacles, la loi devait être lue près du sanctuaire, en présence de tout le peuple. Les femmes et les enfants, et même les étrangers établis parmi les Hébreux, assistaient à cette lecture.

La loi ne fixe rien sur le commencement des périodes sabbatiques qui n'étaient établies que pour la Palestine. Selon la tradition, elles auraient commencé quatorze ans après l'entrée des Hébreux dans le pays de Canaan ; car la conquête avait duré sept ans (Jos. 14, 10), et le partage des terrains, selon la tradition, en aurait duré autant ^

Après la révolution de sept périodes

• Voy. Exode, ch. 23, v. 10 et iF; cli. 34, V. 21; Lévilique, ch. 25, v. 2—7; Josephe, Antiqii. III, 12, 3.

' Voy. Sédfr OUim Rnhba, c. Il- Leidecker, De Hep., llebr. p. 314.

sabbatiques ou de quaranle-ueuf ans , on célélJrait le Jubilé. Selon le texte (Lév. 2.5 , 10), l'aimée du jubilé était la cinquantième et non la quaranteneuvième, desorteque les périodes sal)batiques recommençaient l'année cinquante et un. Toutes les diflicultés qu'on a élevées à cet égard ' doivent céder devant la lettre du texte. La célébration du Jubilé, sous le rapport de l'agriculture, était lamêmequecellede l'année sabbatique. En outre, on devait restituer les terrains qui avaient été vendusetrfndre la libertéaux esclaves hébreux. Nous reviendrons plus loin sur les lois du .lubilé destinées à rétablir l'équilibre, tous les cinquante ans, dans les familles et les tribus.

Le Jubilé se proclamait le dixième jour du septième mois, qui était le jour des expiations, par le son retentissant du YoBEL (probablement une espèce de cor); de là le nom de Jubilé. On voit que le Jubilé, et par conséquent aussi l'année sabbatique, commençait vers l'équinoxe de l'automne, après la fin de toutes les récoltes.

Nous avons déjà dit » que l'année sabbatique et le Jubilé ne furent probaolement pas observés avant l'exil de Babylone ; mais, après cet exil, ils le furent rigoureusement^, et nous voyons par quelques passages de Josèphe qu'on interrompait quelcjnefois les opérations de guerre pendant l'année sabbatique 4, ce qui n'était nullement dans l'esprit de la loi.

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