‹ Palestine: Description géographique, historique, et archéologiqueChapitre 66 sur 106 · C. Tiourriturc · texte numérisé non relu

C. Tiourriturc

Dès l'époque la plus reculée de l'histoire des Hébreux , on voit que nonseulement l'usage du pain était général (de là l'expression manger du pain pour dire prendre un repas), mais on mentionne aussi des pâtisseries délicates de fleur de farine et des viandes apprêtées avec art (Gen. 18, G-8). Outre l'eau, boisson ordinaire, le vin était déjà d'un usage si fréquent du temps des patriarches , que les festins sont. désignés sous le nom de Miscuthé potatio (ib. 19, 3).

On voit par les vivres que David reçut pour ses troupes, dans différentes ("irconstances, quelle était la nourriture la plus ordinaire des Hébreux aux premiers temps de la royauté ; c'était du froment, de l'orge, de la 'arine de l'un et de l'autre, du grain rôti (page t8), du pain, du vin, des fèves, des lentilles, de l'huile d'olive, des bœufs, des moutons, du miel, du caillé, du fromage de vache, des raisins secs, des ligues et autres fruits secs '. Nous entrerons dans quelques détails sur la nourriture ,

' Voy. Jérémie, 2, 22 ; Malach., 3, 2; Job, n, 30. Sur le horith voy. ci-dessus, page 19 , col. 2.

' Voy. I Sam. 25, 18; II Sam. 16, I; J7, 28 et 29; I C.liron. 12, 40. Comparez le chapitre d'Histoire Daturelle, pags il et suiv.

sur la manière de la préparer et sur les repas.

Le blé dont on se servait pour faire du pain était généralement le froment; la classe pauvre mangeait aussi du pain d'orge (II Rois, 4,42).

Pour moudre le grain on employait le moulin à bras, qui se trouvait dans toutes les maisons , et dont il est question déjà du temps de Moïse (Nomb.

11,8; Deut. 24 , G). Il se composait de deux meules (pélach) dont l'inférieure , qui restait immobile , était extrêmement dure (Job, 41 . ITi); la supérieure , ou la meule courante , s'appelait pélach bécûeb [mola inequitationis)^. Dans chaque maison c'étaient ordinairement les femmes esclaves qui tournaient la meule ' ; !e bruit du moulin animait la maison, et la cessation de ce bruit est, chez les poètes hébreux, l'image de la désolation (.lér. 25, 10; Ecclés. 12, 4).

On distingue dans la Bible au moins deux espèces de farine plus ou moins line; ce qui prouve que le mécanisme de la mouture était arrivé à une certaine perfection. — La pâte ayant été préparée dans le pétrin (\ascHÉBETn, Ex. 12, 34), on la faisait lever, excepté dans les circonstances où le pain devait être fait à la hâte ^. Les pains étaient d'une médiocre grandeur et d'une forme ovale ou ronde, d'où leur venait le nom de Kiccar (cercle); ilsétaient assez minces , c'est pourquoi on ne les coupait jamais , mais on les rompait ^. Pour cuire le pain on se fi servait ordinairement d'un petit four portatif appelé tannour (Lévit. 26 , 2G); il ressemblait sans doute à celui qui, chez les Arabes , porte encore au- ' i jourdhui le même nom. C'est un grand pot de terre cuite, sans fond, d'environ trois pieds de hauteur, large en

■ Voy. Deut. 24 , 6 ; Juges , 9 , 53 ; II Sam. Il , 21.

^ Vov. Exode , 11,6; Isaïe , 47 , 2 ; Ecclésiaste,"l2, ?.. Les hommes détenus dans les prisons étaient quelquefois condamnés à ce travail. Juf;es , Ki , 21 ; Laracnt. 5,13.

3 Vov Gen. 19; 3;Eiode,I2, 39; Juges, G, 19; I S'am. 28, 2i.

« Vov. Isaïe , &8 , 7 ; Lament. 4,4; Evan^. de MaUhieu, 14 , 19; 15 , 3G; 26 , 2G; .\ctes des .^.poires, 20, ii. i

bas et plus resserré en liant ; plnné par terre il est chauffé à l'intérieur avec du bois (Is. 44, 15). Quand le feu s'est éteint et qu'il ne reste plus que la braise (ib. v. l'j), on applique la pâte sur les parois du pot , soit à l'extérieur, soit à l'intérieur , après en avoir couvert l'ouverture supérieure ' .

Le soin de préparer le pain et de le cuire était confié aux femmes (Gen. 18, 6; Lév. 1. c). Dans les prophètes il est question aussi de boulangers publics (lies. 7, 4;Jér. 37,21 ), et ceux-ci avaient probablement de grands fours immobiles, tels qu'on entrouveaujourd'hui dans les villes de l'Orient , et qui sont semblables aux nôtres. — En fait de gâteaux et de pâtisseries fines on mentionne : 1° les UGGÔTH , qui étaient de simples gâteaux de farine de froment (rarement d'orge, Ezéch. 4, 12) , très-minces et sans levain ; tels étaient ceux qu'on faisait pour remplacer le pain, lorsqu'on était pressé. Ils étaient cuits sur le sable ou sur une pierre, qu'on chauffait avec de la cendre, de la braise , ou de la fiente allumée (ib. V. 16); pour les bien cuire et ne pas les brûler , il fallait les retourner plusieurs fois (Hos. 7,8); 2° les hal- LÔTH , probablement des gâteaux

t)ercés dans plusieurs endroits, comme es pains azymes des Juifs de nos jours, étaient pétris avec de l'huile d'olive; 3" les békikîm, des flans oints d'huile. Ces deux dernières espèces se cuisaient dans le Tannour, et étaient employées surtout aux offraudes sacrées (Lév. 2 , 4); 4" les tou- PHiNÉ piTTHÎM (morceaux cuits), des biscuits ou des morceaux de gâteau oints d'huile et grillés sur un plateau de métal (ib. G, 14); .5^ plusieurs espèces de beignets à l'huile ou au miel , cuits dans la poêle'.

Quant à la viande, on la mangeait ïôtieaufeu ou cuite dans l'eau (Exode ,

' Ce four, si on peut Tappplpr ainsi, parait ètie le même que les Grecs désisnenl par le mot xXioavo; (pq latin testitm , clibanus) et qui élaii aussi en usage chez les anciens Esypiieiis. Voy. Hérodote, I. II, cti. 92.

»\oy. Levit. 2,7; Exode, 16, 31: II Sara.

12, 9); dans ce aernier cas, on en faisait aussi du bouillon qu'on servait à part (.f uges , G , 19). Les viandes que, selon la lïible , nous voyons paraître sur la table des Hébreux, sont le bœuf, le veau , le mouton , la chèvre et différentes espèces de volaille; souvent on engraissait les animaux qu'on destinait à la table ( I Rois ,4 ,23). En fait de gibier, on mentionne plusieurs espèces du genre cerf i. II est rarement question de poisson ; mais on peut conclure d'un passage des rson)bres(ll , .'i), ainsi que de la distinction que fait la loi mosaïque entre les poissons purs et impurs (p. 167), que les Hébreux ne dédaignaient point ce genre d(i nourriture. En effet, la Bible offre des indications assez nombreuses relatives à la pèche , qui ligure souvent dans les images des poètes hébreux. On mentionne les pêcheurs et leurs instruments, tels que le crochet, l'hameçon et les filets ^ Nous rappellerons encore qu'une des portes de Jérusalem s'appelait la Porte des poissons , probablement <à cause du marché aux poissons qui était près de là (page 47). Du temps de Néhémia , et probablement aussi avant cette époque, les l'yriens apportaient du poisson de mer aux marchés de Jérusalem (Néhém. 13, 1 G).

Les légumes les plus ordinaires étaient les fèves et les lentilles (page 18); on faisait des bouillies composées de diverses plantes potagères (Il Rois, 4, 39). Les mets se préparaient généralement avec de l'huile d'olive ; l'usage du sel remonte à la plus haute antiquité.

La cuisine se faisait sur les Kiraiin (Lévit. Il, 3.5); ce nom, quia la forme du duel , désigne un foyer ayant deux réchauds pour y placer deux marmites ^. Quoique les soins de la cui-

' Comparez ce qui a été dit ci-dessus ( p. 287 ) de la table de Saloraon.

' Vov. Job, 40, 25 et 26; Isaîe , I9 , 8; Jérémié, 16, i6 ; Amos , 4,2; Habac. I , 15 et 16 ; É/ëch. 26 , 5 ; 47 , 10 — Comparez cidessus , paj;es 26 et 27.

' Vov. Mischnu, sixième partie, traité Kp- Um , cl). 5 , § 2 , et le commentaire de Mai monide.

L'UNIVERS

sine fussent généralf ment confiés aux femmes, on mentionne aussi les culsiniers , qu'on employait [)iol)al)lcment pour préparer les grands repas et les festins (I Sam. 9, 23 et 24).

La batterie de cuisine se composait de pièces variées dont il serait trop lon^ d'énumérer ici les noms avec leurs différentes interprétations; nous y remarquons des pots, des marmites, des chaudières, des bassins pour laver la viande (p. 292) , des poêles, des plateaux, des mortiers, des couteaux, des fourchettes à trois dents pour retirer la viande cuite , des pincettes et des pelles-. Tous ces objets étaient généralement en métal , et surtout en cuivre. On a remarqué que la loi de Moïse se montre peu favorable à la vaisselle de terre cuite, qui , enlachée d'impureté, ne pouvait plus servir et devait être brisée, tandis que la vaisselle en cuivre et autres métaux pouvait se nettoyer par l'eau chaude ou par le feu ^"11 est probable aussi qu'on connaissait l'étaiTiage , qui est mentionné par Pline (XXXIV, 17) comme un art ancien.

La boisson ordinaire était l'eau, ou le vin mêlé d'eau. Il est vrai que la Bible n'offre guère de traces de cette dernière boisson. Dans un passage d'Isaïe(i , 22) qu'on a cité à cet égard, il n'est question quede la falsification du vin ; mais le Thalmud parle souvent du vin mêlé d'eau comme de la boisson habituelle, et le nom de mézeg qu'on lui donne ordinairement se trouve déjcà dans le Cantique (7 , 2).

Ceux qui aimaient les boissons fortes (Is. 5, 22), non contents de boire le vin pur, y mêlaient des aromates (Cant. 8, 2) pour lui donner plus de force.

Outre le vin , nous trouvons \i schéchar (sicera), mot qui design^ plusieurs espèces de boissons fortes ou de vins factices que l'on préparait

' Vov. Exodp , if, , 3 ; 3S , 3 ; Lév. 2 , 5 el 7; Nombres, il,8; I Sam. 2, 12 el 13, et passim ; Jahn , Archaologie, 1 , 2 , p. 185.

'Voy. Lévil. 6.21; H, 33; 15, I2; Nombres , 31 , 22 ; comparez É/.ecl). 2'( , II. Voy. Micliaélis, Mos. Redit, l. IV, § 217.

avec du blé ou des fruits ■. Les gens du bas peuple, et notamment ceux qui travaillaient dans les champs , se rafraîchissaient, dans les chaleurs, avec du vinaigre mêlé d'eau, et dans ce mélange on trempait du pain (Ruth, 2, 14). — LaBible désigne souvent la Palestine comme un pays où coulaient le /a?7e//e»nV/', cequiprcuvequ'onfaisait grand cas de tous deux; on buvait nonseulement le lait des vaches , mais aussi celui desbrebis(Deut.32, 14), et le lait des chèvres, qui s'employait sou vent au repas frugal de la tam'ille (Prov. 27 , 27), était particulièrement estimé.

Les Hébreux faisaient un repas à midi et un autre le soir. Dans l'Orient moderne, le repas principal, ou le dîner , a lieu le soir, comme chez les anciens Grecs et Romains. Les Hébreux, à ce qu'il parait, dînaient à midi; du moins les auteurs hébreux parlent quelquefois de grands repas faits à midi, comme, par exemple, celui que .Joseph donna à ses frères (Gen. 43 , 16 et 25) et celui que Ben-Hadad, roi de Syrie , donna à ses alliés devant Samarie (l Rois, 20, 16). Dans le livre de Ruth, nous voyons les moissonneurs s'assembler à theure du repas, puis continuer leur travail jusqu'au soir (Ruth , 2, 14 - 17), d'où il résulte que les gens du peuple du moins prenaient leur repas au milieu de la journée , lorsque la chaleur les obligeait d'interrompre leur ouvrage». Le prophète Isaïe (5, 11) se plaint de ceux qui commencent leurs testins de bon matin et qui les prolongent jus qu'au crépuscule. — Avant de se mettre à table on se lavait les mains ; du moins les Évangiles font remonter cet usage aux temps anciens; on le retrouve aussi

' Voici commentsaint Jérôme s'exprime àce suifl • Sicera hebrœo sermone omnis polm, miœ hiebriarepotesl,sive il la qiue fnnncnin coulhilur, sive pomorum succo, aiii cinnjayi decoQUunlur in dulcem el harbaram potninem\aul palmariim fructus expnmuulur yi liquorem, coctisque frwjibus uqiia pniguior coloratur. Hieroti. Opéra, éd. .Martianay, t IV, col. 364. , .,^ , ,„ ,.

^Comparez Actes des Apolfes, cli. 10, \ 9 et 10, où il est question de Pierre prenant son repas vers la sixième heure, ctsl-a-dire à midi.

chez d'autres peuples de l'antiquité'.

Dans les premiers temps, les Hébreux se tenaient assis à table ' ; plus tard les prophètes parlent des riches voluptueux qui s'étendaient sur des divans moelleux (Amos, 6, 4). La table et les sièges étaient probablement assez bas ; nous pouvons en juger par les dimensions de la table du sanctuaire ip. 157). — Avant de commencer le repas, le chef de la famille, ouïe principal convive prononçait une courte prière ou formule de' bénédiction (I Sam. 9, 13). Les usages de la table étaient probablement analogues à ceux de l'Orient moderne ^ : on apportait la viande coupée et les autres mets dans de grands plats (çallahath); chacun mettait la portion que lui présentait le chef de la famille (I Sam. 1 , 4), sur le pain rond qu'il avait devant lui , et on se servait des doigts pour porter les morceaux à la bouche. Un plat de sauce servait à toute la société en commun, pour y tremper du pain (Matth. 26,23). Les cuillers et les fourchettes n'apparaissaient pas sur la table; on ne s'en servait que pour faire la cuisine. Outre les couteaux, qu'on mentionne rarement (Prov. 22, 2), nous ne trouvons chez les Hébreux d'autre vaisselle de table que des plats de différentes formes (en bois ou en métal) et les ustensiles qui servaient à boire, tels que laçAPPAHATH (cruîhe de terre), le gÀbîa (cratère, caice), le côs (coupe, gobelet), le sÉ- PHEL (espèce de tasse), le mizbak (grande coupe). — Avant de se lever ' àe table on rendait des actions de grâces à Dieu pour la nourriture qu'd avait donnée (Deut. 8,10).

Nous avons parlé dans un autre en- ■droit des préceptes de la loi de îMoïse concernant la nourriture i. En parlant de la vie de famille et des mœurs soda les, nous aurons l'occasion de

' Voy. Évang. de Malth. 15 , 2 ; Marc, 7, 3 ; Luc , 1 1 , 38 ; compar. Homère , Odyss. I , J36; IV, 210.

' Genèse , 27 , 1 9 ; 37 , 25 ; I Sam. 20 , 25 , >«lpassim.

•* Voy. Jahn , I. c. , p. 217 et suiv.

* Voy. ci-dessus , page IG6 et suivantes.

donner quelques détails sur les festins et les repas soleimels.

D. Ixi vie de famille.

On connaît déjà la constitution légale de la famille chez les Hébreux >; ici nous jetterons un regard dans l'intérieur de la famille, pour considérer les mœurs domestiques et les usages observés dans les circonstances heureuses ou malheureuses qui venaient interrompre la monotonie de la vie journalière.

Nous avons démontré par un grand nombrede passages bibliques combien estgrande l'erreur de ceux qui assimilent les femmes des Hébreux à celles des Arabes et d'autres peuples de l'Orient moderne; on a vu que, dans toutes les classes de la société hébraïque, la femme jouissait d'une grande liberté; Si quelquefois les grands et les riches, imitant les mœurs des nations voisines, se sont livrés à la polygamie et ont voué leurs femmes à la vie oisive et dégradante des harems , le grand nombre a toujours conserve les mœurs simples des temps anciens; la femme était, comme s'exprime la Genèse , une aide pour l'homme et semblable à lui. Tandis que l'homme se livrait aux travaux des champs ou à toute autre industrie, la femme s'occupait du soin de la maison , de l'éducation des enfants et de la surveillance des domestiques. Elle cherchaitde la laine et du Un et travaillait selon la volonté de ses mains.

Elle se levait lorsqu'il faisait encore nuit, distribuait la nourriture à sa maison et donnait à ses servantes leur tâche. Elle mettait ses doigts au fuseau ; ses mains tenaioit la quenouille. Elle tendait ses mains au pauvre et les avançait au nécessiteux.

Elle ouvrait sa bouche avec sagesse, et une doctrine pleine de grâce était sur sa langue. Elle surveillait les al' lures de sa maison et ne mangeait point le pain de la paresse ( Proverbes, ch. 31). Les femmes riches, même celles d'un rang élevé, ne dédaignaient pasdeselivrer aux travaux nécessaires

> Voy. pages 261 à 210.

L'UNIVERS

l\ la famille, de tissor ios étoffes, de faire les vcteiiients (1 Sam. 2, 19), ou même de préparer les aliments (Gen.

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