‹ Palestine: Description géographique, historique, et archéologiqueChapitre 67 sur 106 · i; Il Sam. 13, S · texte numérisé non relu

i; Il Sam. 13, S

C^<.\u\ préoeeupail le plus Tesprit de la femme, c'était de donnera son nari une nombreuse postérité, dans laquelle consistait le plus grand bonheur de !a famille, et qui était considérée comme la meilleure bénédiction que le ciel pilt accorder à l'homme pieux , comme le dit le poète sacré ( Ps. 128) : Bienheureux est celui qui « craint Jéhova et qui marche dans ses « voies ! Quand tu te nourris du tra- «- vail de tes mains, bonheur à toi! tu « seras heureux. Ta femme sera comme « ne vigne fructifiante dans l'intérieur i' de ta maison ; tes enfants seront « comme des plantes d'oliviers autour « de ta table; car c'est aiiisi que sera « béni l'homme qui craint .Tehova. »

La stérilité était considérée comme un châtiment céleste et comme un sujet d'opprobre pour la femme (Gen. 30 , 23). La malheureuse était exposée par là à se voir supplantée par ime autre femme qui pouvait l'accabler de son dédain et de ses outrages (1 Sam., Ifi) , et souvent la femme stérile préférait partager ses droits d'épouse avec sa propre servante , qui devait la remplacer auprès de son mari et dont elle adoptait les enfants (Gen. 16, 2 ; 30,3).

La naissanced'un enfant était donc un des événements les plus joyeux qui pût arriver dans la famille, surtout si c'était un enfant mâle , dans lequel le père voyait une garantie pour la conservation de son nom qui restait attaché à la propriété de la famille. On te réjouissait beaucoup moins de la naissance d'une fille, dont l'éducation causait beaucoup de sollicitude*.

Quand la femme était dans les douleurs de l'enfantement, on la plaçait dans un siège ^\ elle était assistée' de

' Voy. Ecclésiasiiqup, ch. 42 , v. 0 et 10. Les anciens Arabes manifestaient la plus grande tristesse à la naisssance d'une fille, et ((uelquefois ils l'enterraient vivante. Voy. Porocke, Spécimen hist. Ar. p. 334.

'^1 el est le sens que presque tous les compientateurs juifs donnent traditionnellement

l'accoucheuse , mentionnée dès lestemps des patriarches ( Gen. S.*!, 17 : 38, 28), et dont les soins étaient partagés par quel(|iies autres femmes ( I.

Sam. 4 , 20). L"accouchemeiit accompli, on coupait le nombril à l'enfant, qui était baigné , frotté avec du sel ( pour rendre la peau plus solide) et enveloppé dans des langes '. Le père, absent pendant l'accouchement, accourait a la joyeuse nouvelle (Jér. 20, 15) et adoptait probablement l'enfant en le prenant sur ses genoux ; ce que faisait aussi quelquefois le grandpère (Gen. 50, 23). Le même mode d'adoption se pratiquait , à ce qu'il paraît , de la part de la femme qui avait cédé ses droits d'épouse à sa> servante (Gen. 30, 3). Si l'enfant était un garçon , on opérait la circoncision le huitième jour après la naissance. La femme accouchée était considérée comme impure pendant sept jours pour un garçon et pendant quatorze pour une fille; après ce temps elle restait retirée encore trente-trois jours pour un garçon, et soixante-six pour une fille, et ne pouvait s'approcher des choses saintes. Ce temps expiré, elle allait au Temple, oii elle offrait un agneau en holocauste , et un pigeon ou une tourterelle comme sacrifice de péché ; la femme pauvre prenait pour les deux sacrifices des pigeons ou des tourterelles (Lévitique, ch. 12).

Dansles temps anciens, le nom était donné à l'enfant immédiatement après la naissance, et le plus souvent par la mère ; plus tard on attendait pour les garçons le jour de la circoncision. — Chez les Hébreux, comme en général chez les peuples de l'Orient, les noms propres ont une étymologie et un sens bien précis qu'il est généralement facile de reconnaître. Dans l'origine le nom devait rappeler tantôt une certaine circonstance qui avait eu lieu

au mot oltwtm (Exode, I, 16) et au mot maschber ( II Rois , 19 , 3 ; Isaïe , 37 , 3 ). Compar. Larrey , dans la Description de l'Égvpte, Etat mod., t. 1 , p. .'>I9.

' Voy. Ëzéch. 16. 4, et les commentaires de- Raschi , de Kimchi et de saint Jérôme.

1 .> (k' la naissiiiice de l'eufaiit, tantôt lui vœu formé par les parents au sujet du nouveau-né, ou une espérance qu'ils V rattachaient '. Il se forma de cette "manière un grand nombre de noms, qui se reproduisaient plus tard, sans qu'on eut toujours égard à leur setts primitif. Très-souvent les noms ont un caractère religieux et sont formés des différents noms de Dieu {El, y'a/i, Yeho) , usage qu'on trouve aussi chez les Phéniciens, les Syriens, les Arabes et chez d'autres peuples de l'Orient etdel'Occident. Tels sont, par exemple , les noms de Hannieï (Grâce de Dieu) et à'.lzriel ou. Jzaryah (Secours de Dieu) , dont nous trouvons les analogues chez les Phéniciens, savoir : Hannibaal {Xnnlha\), Jzroubaal (Asdrubal) ; Yehonathan ou Jonathan (donné par Jéhova) correspond a Théodore et à Dieu-donné; Yedid'jah (II Sam. 12,îi5) à Théophile. On donnait quelquefois aux jeunes filles des noms d'animaux, de plantes etd'autres objets représentant Jadouceiiret la grâce, par exemple :

Rachel brebis), Thamar (palmier) , Déborali (abeille), Naomi (agréable), Peninnah (perle), etc. — Nous trouvons quelquefois , dans la Bible , les mêmes personnes désignées par des noms différents ; car l'enfant pouvait recevoir deux noms dès la naissance, l'un par le père et l'autre par la mère (Gen. 3.J, 18); souvent aussi on changeait de nom dans certaines circonstances importantes de la vie '.

Généralement les mères nourrissaient elles-mêmes leurs enfants ; il n'y avait guère que les jeunes princes

3u'on confiât quelquefois aux soins 'une nourrice ( II Rois, 11, 2). Ou nourrissait les enfants jusqu'à l'âge

' Voy. par exomple , l'étymologie des noms A'haac , de Jacob, de ,\Joîse et de Samuel, cidessus , page 105 , p. 1 1 1 , note I , p. 1 18 et P- 'i4i, col. I , note I. De mérae les noms des douze lils de Jacob , dont chacun est motivé par une circonstance particulière; Genèse , ch. 29 , v. .32-35 ; ch. 30 , v. 6-24 ; ch. 35 , V. 18. La Bible nous offre beaucoup d'autres exemples de cette nature.

' Comparez ci-dessus, p 235, col. I; p , 575, col. I; p. 3io, col. 2, note: p. 346, eul.2.

de deux ou de tro:'s ans '; en les sevrant on donnait un festin (Gen. 21,8;, et les mères pieuses offraient un sacrifice (i Sam. 1,24). —Pendant la première jeunesse , les enfants des deux sexes étaient élevés par leur mère; dans les maisons riches on leur donnait des gouvernantes (II Sam. 4,4).

Les jeunes garçons étant assez avancés en âge pour pouvoir se passer des soins des femmes, le père se chargeait lui-même de leur éducation , ou leur donnait quelquefois un gouverneur appelé Omên (11 Rois, 10, 1 et 5), qui était chargé probablement des soins matériels (Nombres , 11,12), tandis que l'éducation morale se faisait par le père ou par un précepteur, qui usait souvent d'unegrandesévérité ( Prov. 23, 13 et 14). Nous ne troiivons pas de traces d'écoles publiques chez les Hébreux avant l'exil; et nous connaissons fort peu les détails de l'instruction qu'ils donnaient à leurs enfants ; il paraît que généralement on se bornait à l'enseignement prescrit par la loi mosaïque (voy. p. 206) et à celui de la morale présentée par le père ou la mère en sentences courtes qui se gravaient facilement dans la mémoire , ou sous la forme de paraboles et d'énigmes 2. Peu de jeunes gens, notamment les lévites, et plus tard les prophètes, se livraient à des études un peu plus étendues, quenou'' ferons connaître plus loin, en parlant delà vie intellectuelle des Hébreux. A mesure que les garçons grandissaient^ ils aidaient leur père dans les travaux de la campagne ; on leur apprenait tout ce qui concerne l'agriculture et on les habituait aussi à quelques exercices militaires. Les jeunes filles étaient employées par la mère aux soins du ménage et apprenaient les travaux auxquels se livraient habituellement les femmes , ainsi que nous l'avons dit plus haut. Elles vivaient généralement très-retirées (II Maccab.

3, 19); dans les classes moins élevées

' Voy. ci-dessus, page 244, col. I, note 2.

' Vov. ProverlM's , ch. I , v. 1 et 8; ch. 4 , V. 4-6 et 2(1 ; ch. r>, v. 20 ; ch. 22, v. 6; cl». 31 , V. I et suivants.

L'UNIVERS

elles sorlnient finclquefois pour pnrder les troupeaux , ou pour clierclier de l'eau (i Sam. i), 11),

Pour marier les enfants , on n'attendait que l'àue de puberté, qui, dans les pays méridionaux, arrive de bonne beiire. Pour en citer quelques exemples dans les temps historiques (car, selon les traditions de la Genèse, on se mariait quelquefois très-tard à l'époque patriarcale), nous rappellerons que Joram, roi de Juda , mort à quarante ans, laissa un ûls de vingt-deux ans (page 320); Amon à vingt-quatre ans laissa un fils de huit ans, (jui, à son tour, devint père a Tage de quatorze ans ( p. 340 ) ; Joïakim, à trente-six ans, avait un tils âgé de dix-huit ans (p. 345). Ce qui était d'usage dans la famille royale, l'était sans doute aussi' dans les autres <îlasses de la société; car la constitution et la manière de vivre des Hébreux dispensait les pères de faire une position à leurs fils avant de les marier, et les fils restaient sous la dépendance du père jusqu'à sa mort (p. 206).

Selon la tradition rabbinique, les jeunes gens doivent se marier à l'âge de dix-huit ans ' ; les jeunes filles sont déclarées nabiles à l'âge de douze ans».

Rarement le jeune homme suivait, dans le choix de sa future compagne, la seule impulsion de son cœur. Il pouvait arriver quelquefois , dans les campagnes, qu'une connaissance s'établît entre un jeune pasteur et une bergère; quelquefois aussi une jeune fille , allant puiser de l'eau, pouvait attirer les regards d'un jeune citadin; enfin un voyage ou une autre circonstance quelconque pouvaitfaire trouver à un jeune homme celle qu'il croyait devoirsignaler au choix de ses parents, comme nous le voyons dans l'exemple de Simson (Juges, 14 , 2). Mais c'étaient là des cas exceptionnels*; généralement les parents choisissaient une épouse à leur ûls ; et souvent les ma-

^Mischna , 4« partie, traité Aboth ( sentences des Pères), cli. 5 , S 21-

'' Maïraoniile, Abrégé du Thalmud, liv. IV, sect. I, cil. 2, g 1.

riages se concluaient sans que les futurs époux se fussent janiais vus ( Gen. 24 , 3 ; 38, 6 ). Les parents ou le fils ayant arrêté leurs vues sur une jeune pèrsoiuie, le pèredu jeune lio'mme allait trouver les parents de la jeune fille, afin de faire la demande en mariage et de stipuler les conventions nécessaires, notamment pour ce qui coa-' cernait le mohar , ou le prix de la fiancée, et les cadeaux que cette dernière devait recevoir (Gen. 34, 12).

Nous avons déjà parlé du mohar , qui variait selon les circonstances (p. 203). 11 se payait en argent, en troupeaux, en objets de consomma' tion, etc. ; le prophète Hoséa (3,2) nous offre l'exemple d'un mohar composé de quinze sicles d'argent et d'une certaine quantité d'orge.

Quelquefois le père de la jeuue fille acceptait comme mohai' les services de sou futur gendre (Gen. 29, 20 et 24 ) ; le guerrier donnait sa fille comme prixde quelque exploit, comme le firent Caleb (Jos. 15, 15) et Saiil (1 Sam. I S , 25). Si la jeune fille avait des frères majeurs , ils participaient avec le père et la mère aux négociationsdu mariagede leur sœur (Gen. 24, 50 et 55 ; 34 , 1 1 ) ; et , tout étant terminé , on demandait à la jeune fille son consentement, dont la loi traditionnelle, s'appuyant de l'exemple de Rebecca(ib. 24, 57 ) ,fait une condition nécessaire. Dans les temps anciens on se bornait à une convention orale , qui se concluait en présence de témoins et était confirmée par un serment (Ézéch. 16, 8; Malach. 2, 14); le contrat écrit et scellé (Tobie , 7 , 16) ne remonte probablement qu'à l'époque de l'exil. Les fiançailles liaient les futurs époux ( p. 203') ; mais on accordait à la jeune fille un certain temps pour faire ses préparatifs , avant de célébrer son mariage et d'aller habiter avec son mari '.

' Selon la loi traditionnelle, il devait y avoir , entre les fiançailles et le mariage , un intervalle de douze* mois; voy. Mischna, troisième partie , traité Kelhouboth ( des contrais de mariage), ch. &, § 2. La tradition s'appuie sur un passage de la Geuèse ( 24 ,

Au jour fixé pour la noce , la fiancée, baignée, parfumée et ointe d'huiles odoriférantes, était parée de tout ce qu'elle possédait de plus magnifique en vêtements et bijoux et portait une couronne sur la tète' ; d'où probablement elle est appelée, en hébreu , c ALLAH (couronnée). Entourée de ses parentes et de ses amies, elle attendait le coucher du soleil; le fiancé, également paré et couronné ( Is. 61,10; Gant. 3 , 1 1 ) , et entouré de ses compagnons ou paramjmphes (Juges, 14, 11), se rendait le soir dans la maison de son beau-père , pour chercher sa jeune épouse , qui quittait la maison paternelle , sous les bénédictions de ses parents (Gen. 24, 60). Les jeunes mariés, placés sous un dais et accompagnés de leurs parents et amis, se mettaient en marche, à la lueur des lampes et aux sons bruyants des tambours et autres instruments; on se rendait à la maison du fiancé en chantant et en faisant éclater la joie la plus vive ^ Un festin ioyeux, préparé par le fiancé ou par ses parents , attendait les gens de la noce (.luges, 14, 10 )^;on s'abandonnait à une joie bruyante, et, si nous pouvons faire remonter les traditions thalmudiques aux anciens Hébreux , les hommes les plus graves ne dédaignaient pas de faire leurs compliments à la fiancée , en dansant devant elle ^. On s'entretenait aussi par des jeux d'esprit et des énigmes (ib. v. 12). Il n'est

55 ); compar. Juges , 14 , S ; Évaog. de Matth. 1 , 18.

' Voy. Ézéch. 16, 9-13 ; Jérém. 2 , 32 ; Isaïe , €1 , 10; Apocalypse, 21, 2.

» Voy. Jérém'ie , 7 , 3i ; 16 , 9 ; 25 , 10 ; I Maccab. 9. ^1 et 39 ; Évang. de Malth. 25 , l. Les détails des cérémonies de noces résultent de la combinaison de ces différents passages et des usages de l'Orient moderne. Voy. Hartmann , Die Hebrœcrin etc. t. II , p. 525 et $ui\ . , t. 111 , p. 393 et suivantes..

' Simson , qui se maria hors de sa ville natale , célébra le festin de noces chez sa liancée ; mais généralement le festin avait lieu dans la maison du liaiicé , comme nous le voyons dans le Nouveau Testament et dans le Thalmud. Voy. Évang. de Jean , eh. 2 , v. 9 et 10; Tbalm. deBabylone, t. I, Beraehoth , fol. 30 6 et 31 a.

* Thalmud deBabylone, traité Kethouboth fol. 16 6. '

question, dans la Bible, d'aucune cérémonie religieuse pour le mariait-; les jeunes époux recevaient, à ce qu'il paraît, la bénédiction de leurs pen.s et les assistants appelaient sur eux les faveurs du ciel'. Après le repas on conduisait le fiancé dans la chambre nuptiale, oiï déjà sa jeune épouse l'avait précédé^. Le lendemain les festins recommençaient et se continuaient jusqu'au septième jour ^.

Après avoir assisté aux fêtes et aux réjouissances des familles hébraïques, considérons-les dans leurs moments d'afllictiou et de deuil. Chez les Hébreux , comme chez tous les anciens, les démonstrations de la tristesse n'étaient pas moins énergiques que celles de la joie. Dans les circonstancesjoyeuses, ils chantaient, dansaient, se paraient , se couronnaient la tête et se livraient à la bonne chère; dans l'affliction ils poussaient des cris lugubres , se roulaient par terre, déchiraient leurs vêtements, et mettant de la poussière ou de la cendre sur leur tête, ils jeiinaient, etc. David, pendant la maladie de son enfant, reste couché par terre et refuse de manger (H Sam. 12, V. 15 et 16);Thamar, outragée par Amnon , couvre de cendre sa tête , déchire sa robe , porte la main sur sa tête et s'en va en poussant des cris ( ib. 13, 19); Job , dans son malheur , s'assied sur la cendre , et ses amis qui viennent le consoler, pleurent et gémissent à haute voix , déchirent leurs manteaux et restent assis à terre avec lui , pendant sept jours et sept nuits (Job, 2 , 8-13).

On faisait éclater la douleur la plus vive quand la mort venait frapper un membre de la famille; tes femmes surtout s'abandonnaient, sans con

^ Voy. Tobie ,7,15; Ruth ,4,11.

ï Voy. Joél, 2, 16; Ps. 19, 6; Tobie, 8, I. Un passage du Deutéronome (22, 15) peut faire présumer que les parents de la liancée attendaient, avec des témoins, les preuves de l'innocence de leur lille, comme cela se pratique encore maintenant chez quelques peuples de l'Orient , notamment chez, les Arabes. Voy. Michaeiis, M<'s. Rtcht , t. II , .»? 92 , p. 153 ; Jahn, Archaolo'jie , l , 2 , p. 254. Didot , notes d'un voyage au Levant en isio.

J Voy. Genèse , 29 , 27 ; Juges , li , 12.

:}.so

L'UNIVERS

traiiite, nux démonstrations les plus hriiyaiiles et |)()iis,saient des pémisseinenls qui se faisaient entendre au loin ( Jer. î), 19 ; 31 , 15). C'était au milieu des eris et des lamentations que se faisaient les préparatifs des lunérailles, qui étaient considérées comme un |)ieux devoir et dont se eliar^ieaienl les plus proches parents'.

Les prêtres eux-mêmes ( à l'exception du grand prêtre) pouvaient remplir ce devoir, quoiqu'il leur fût défendu d'ailleurs de se souiller par le contact d'un cadavre (p. 173 ). On regardait comme une malédiction terrible d'être privé de la sépulture '. Au reste , la Bible nous offre à peine quelques indices sur les usages suivis par les anciens Hébreux pour ce qui concerne l'appareil de la sépulture, et nous devons profiter de quelques renseignements que nous fournit le Nouveau Testament; mais il est douteux qu'on puisse faire remonter tous ces usages aux temps anciens.

Il semble résulter d'un passage de la Genèse ( 46 ,4 ) combiné avec un autre du livre de ïobie ( 14 , 15 ) , que les plus proches parents fermai-snt les yeux à celui qui venait de mourir, immédiatement après le décès, le corps était lavé et placé dans la cliambre haute '^ (Actes des A p. 9, 37), où devaient se faire les autres préparatifs; les mains et les pieds étaient liés par des bandes ; la tête était couverte d'un suaire ( Év. de Jean , 1 1 , 44 ) et tout le corps enveloppé de bandages, ou d'un linceul , était parfumé d'aromates (ib. 19, 40 ; Matth.

27 , 59 ). On plaçait les morts dans un cercueil ouvert, ou plutôt sur une bière, appelée Mittah (lit) 4, qui était portée, par plusieurs hommes ^, au lieu

' Voy. Genèse , 23, 19; 25 , 9 ; 35 , 29 ; Juges , lf>", 31 ; Amos , e , lo ; i Maccab. 2 , 70.

' Voy. I Rois, 14, Il ; 16 , 4; 21 , 24; Jérémie,"?. 33 ; 8 , 2 ; 9 , 2| ; I4, 10; 16 , 4; 25, 33; Ps. 79 , 3.

3 Voy. ci-dessus , page Sfii . col. i.

*Voy. Il Sam. 3, 31; Kvanj;. de Luc, 7, 14. Les princes étaient étendus sur des lits magniliques remplis de parfums. II Chron. Ifi, li; Josèplie, Antiqii. XVH , 8, 3; Gin-rre drs Juifs , [ , 33 , 9.

* Voy. Actes des Apôtres , eh. 5 v. 6 et

destiné à la sépulture; les parents et les amis suivaient le convoi en pleurant et en se lamentant à haute voix (II Sam. 3 , 32) ; à leurs gémissements se mêlaient les chants des pleureuses ( .léiém. 9, 17 ) et le son lugubre des fliltes (ib. 48, 30; Matth. 9, 23)'.

Les Hébreux enterraient leurs morts et ne les brillaient jamais , à l'exception des corps des suppliciés, auxquels on refusait quelquefois la sépulture et pour lesquels la combustion devait être un surcroît d'ignominie (Josué,7, 25). Si les habitants de Jabès brûlèrent les corps de Saûl et de ses fils (I Sam. 31, 12), ce fut sans doute pour les mettre à l'abri des outrages des Philistins (voy. p. 266), et c'est probablement à dessein que l'auteur des Chroniques (I, 10, 12) passe sous silence ce fait , qui , dans l'idée d'un Hébreu , était une ignominie 2.

Les demeures des morts , appelées chez les Hébreux maisojis de l'éternité (Ecclés. 12, 5), se trouvaient généralement hors des villes, et, selon la tradition, elles devaient être éloignées du mur de la ville de cinquante coudées au moins^.

Les sépulcres étaient ordinairement des caveaux plus ou moins grands,

10; Mischna, première partie, Berachoth, eh. 3, § I.

' Selon les docteurs juifs, le plus pauvre dans Israël devait faire accompagner le convoi de sa femme par une pleureuse et deux flûtes. A/(sp/iHfl, troisième partie, iraXiéKethouboih, ch. 4 , § 4.

2 On peut comparer ce que Tacile dit en parlant des Juifs < Hlsi. V , 5 ) : Corpora condere , quant cremtirc , e more œç/ypl/o. C'est par une grave erreur que plusieurs savants ont cru trouver le bûcher dans le passage où il est question des funérailles du roi Asa ( Il Chron. 16, 14); non-seulement on dit expressément, au même endroit, que le roi Asa fut enseveli, mais les mots du texte, qui signifient littéralement : et comhusserunt ei combustionem magnam, ne peuvent guère s'appliquer au bûcher. Ici, comme dans deux autres passages, où on trouve la même construction grammaticale (II Chron. 21 , 19; Jérém. 34, 5), il est évident qu'il s'agit des parfums qu'on brûlait aux funérailles des rois. Comparez les passages de Josèphe cités à la colonne précédente, note 4

^Mischna, 4* partie, Bava bat kra , ch- 2, §9.

taillés dans le roc et ayant de chaque côté un certain nombre de compartiments servant à v déposer autant de corps'. Presque eliaque famille avait des caveaux semblables dans sa propriété, et tous les membres delà famille désiraient y reposer après leur mort ^ On trouve encore maintenant en Palestine, et notamment dans les environs de Jérusalem , un grand nombre de ces anciens sépulcres taillés dans le roc (p. 54 et 55). Pour les rois on dérogeait à l'usage général, en leur accordant des tombeaux au milieu de la ville de Jérusalem sur le mont Sion; le prophète Samuel eut une semblable distinction, car il fut enseveli à Rama, dans sa maison (I Sam. 25, 1 ; 28, 3). Les Hébreux , à ce qu'il paraît, n'avaient guère de cimetières communs que pour les gens du bas peuple et pour les étrangers^ ; mais toutes les tombes étaient inviolables , et c'était une horrible profanation quedetroubler le repos des morts et de retirer les ossements hors de leur sépulcre ^.

— Dès la plus haute antiquité on élevait des monuments en pierres sur les tombeaux; le patriarche Jacob dressa un monument sur le sépulcre de Rachel ( Gen. 35, 20). C'étaient ^généralement de simples pierres, ornées probablement d'une inscription (Ezéch. 39, 15) ; les grands personnages mettaient un certain luxe dans la construction des mausolées; quelquesuns même, par orgueil, s'en faisaient construiredeleur vivant, comme nous en trouvons des exemples dans Absalom (2 Sam. 18, 18) et dans Sebna , intendant du palais d'Ézéchias (Isaïe, 22, 16). On attacha plus tard une ;;rande importance à la conservation des tombeaux des prophètes et autres hommes célèbres par leur piété;

ils étaient restaurés de temps à autre (Matth. 23, 29).

Nous devons observer encore que la religion n'intervenait pas plus dans les funérailles et le deuil que dans les mariages; du moins il n'y avait pas de cérémonie religieuse ordonnée par la loi , bien qu'il existât certaine» observances que l'usage avait consacrées. Les chants funèbres accompagnés de nùtes, qui retentissaient dans la maison mortuaire pendant les préparât ifs de la sépulture, se continuaient aux funérailles et à l'enterrement. Il paraîtrait qu'il y avait pour cet usage des chants consacrés qui, selon la circonstance, commençaient par les mots; Hélas, mon frère! — Hé las, ma sœur!

— Hélas, seigneur, et hélas sa gloire!

etc. Quelquefois un parent ou un ami du défunt improvisait sur la tombe des paroles que lui dictaient ses sentiments, comme le fit David sur la tombe d'Abner (p. 209). Outre les pleureuses, il y avait aussi des poëtesqui faisaient le métier d'improviser des complaintes , pour servir d'oraisons funèbres (Amos, 5, 16). — Les parents du mort déchiraientleurs vêtements (Gen. 37 , 34), ôtaient leur turban et leurs sandales, et s'enveloppaient le menton , jusqu'aux lèvres, dans leur manteau (Ézéch.24, 17), ouse couvraient toute la figure (2 Sam. 19, 5). Apres les funérailles, les amis de la famille offraient un repas (ib. 3, 35), qu'on appelait le pain de deuil ( Hos, 9, 4 ) et la coupe de consolation ( Jer. 10, 7); c'est là ce qu'Ézéchiel appelle , en parlant du deuil : manger le pain des autres (Éz.24, 17). 11 y en avait qui jeûnaient le jour des funérailles , et qui n'acceptaient le repas funèbre que le soir (2 Sam , 3, 35). Le grand deuil durait sept jours ^; on restait

' Mischna. 1. c. ch. 6, § 8. Comparez Uale, 22, 16; Évang. de Matlh. 27, 60; Lac , 2J, 53; Jean , Il , 28.

^Voy. Genèse, 23 , 20; 47 , 30 ; 50 , 5 ; Jiises,8, 32; 16, 31; II Sam. 2, 32; 10, 38; l Rois, 13, 22.

' V oy. Il Rois, 23 , 6 ; Jérém. 2G , 23 ; Matlh. "27 7 .

* Voy. Isale ,14,19 ; Jérem. 8,1; Barucli , 2 , 24.

' Voy. 1 Rois, 13, 30; Jérérale, 22, 18; 34, 5.

^ Voy. Genèse, 50, 10 ; I Sara. 31, 13; Ecclésiastique, 23, 12; Josèplie , .-/n^ii/'/. XVll ,8,4; Guemdes Juifs , II . I , I. Dans les deux passages de Josèplie , il est question de repas splendides que, du temps d'Hérode, 011 avait coutume de donner après les sept ionrs de deuil et dont le luxe devenait quelquiiois ruineux pour les familles

L'U.MVERS.

assis ;i lerre (ih. 13, 31), on néi;lipeait de se laver et de s'oindre {\b.

14,2),lesclieveijx etlabari)e restaient en désordre (I.évit, 10, 6), ou étaient rasés complètement (.1er. 10, (j; A mes 8, 10). Kii iiénéral, on quittait ses vêtements ordinaires et tous les objets de toilette, pour prendre le vêtement de deuil (2 Sam. 14, 2), qui, dans la Bible, porte presque toujours le nom de .s'«f. C'était un vêtement d'une étoffe grossière , probablement de poil, tres-étroit, sans mancbes et sans plis , et ressemblant en effet à un sac, tel que des voyageurs en ont vu dans l'Orient moderne '; une simple corde servait de ceinture (Isaïe, 3, 24). La couleur de ce sac était probablement noire , ou du moins d'un brun très-foncé; car l'bomme en deuil est appelé Koder (Ps. 35 , 14), et ce mot vient d'un verbe qui veut dire se noircir, s'obscurcir^.

Après les sept jours, le deuil était moins strictement observé, quoiqu'il se prolongeât souvent bien au delà de ce terme. Il paraît que pour les père et mère le deuil était porté au moins pendant uu mois ( Deut. 21 , 13) ; mais chacun suivait , sous ce rapport, ses sentiments individuels, et on parle quelquefois de deuils prolongés pendant un long espace de temps (Gen. 37 , 34 ; 2 Sam. M, 2).

Les veuves, à ce qu'il paraît, portaient le deuil toute leur vie (Gen. 38, 14; .Tuditli, 10, 2).— A'ous donnerons plus loin quelques détails sur le deuil public.

E. Mœurs sociales.

Une des premières vertus sociales des anciens Hébreux, et qui est commune aux peuples de l'antiquité, c'était /7iosp<7a///e, que l'homme pieux ne refusait jamais à l'étranger ( .Job , 31 ,32).Le voyageur qui arrivait dans un endroit était toujours sûr de trouver un accueil hospitalier , soit chez un ami, soit même chez quelque habitant qui lui était étranger. Aussi

' Voy. Jahn , 1. c. pages IS4 et 457. ' Comparez i Rois , 18 , 46 ; Jérémie, 4 , 28 Jol) , 30, 28 , et passim.

n'est-il )amais question d'hôtellerie.'?

dans les villes des Hébreux; il n'y en avait que sur les routes et dans les lieux déserts; là les voyageurs trouvaient un abri , pendant la nuit, sans payer aucune rétribution'. Rencontrait-on, dans les rues, un voyageur qui n'avait pas de gîte, on l'emmenait chez soi ; l'eau lui était offerte pour laver ses pieds, on se chargeait de le nourrir lui, ses serviteurs, ses montures et ses bêtes de somme, et l'étranger recevait sous le toit hospitalier toute la protection dont il avait besoin. Tels étaient les usages desHébreux nomadeselagriculteurs % et tels sont encore aujourd'hui les usages des Bédouins arabes. Quand le luxe faisait cesser l'ancienne simplicité des mœurs et que le développement du commerce augmentait le nombre des voyageurs , on se montrait probablement moins empressé à accorder une hospitalité désintéressée au premier venu 3; mais on ne la refusait jamais à celui qui en avait besoin, et elle occupait toujours un des premiers rangs dans les bonnes œuvres.

— La bienfaisance, en général , était un trait dominant du caractère des | Hébreux. La loi qui renfermait à cet égard des dispositions spéciales n'ou- 1 blie jamais de recommander l'étranger i à une protection égale à celle dont i jouissait l'Hébreu 4.

Dans le commerce de la vie, nous remarquons chez les Hébreux un haut degré de civilité , et ils usaient de tout temps, même à l'époque de la répu-i blique, d'une politesse extrême dansj leurs rapports mutuels. Les démons- i trations de politesse et les locutions!

qu'on employait , variaient selon la

' Ce sont là probablement les lieux que la Bible désigne par le mol m\lon , qui sinnilie gtte de nuit, (Voy. Genèse , 42 , 27 ; Exode , 4 , 24 ; Jérémie ,9", 1 ), et une fois par le mot ; ClÉROUTii (Jér. 41, 17), dérivé de giiér (élran i ger). Dans l'Orient moderne, on les appelle ■ Khûn ou Caravanseraï. I

* Vov. Genèse, ch. 18, v. i et suiv ; ch. ( 19, V. "l et suiv.; cb. 24, v. 23-33; Juges,' cil. 19, Y. 16 et suivants; II Rois, cli. 4,! V. 8 10.

^ Comparez Ecclésiastique , ch. 29, v. 29-35- [

*.Voy. ci-dessus, yage^ i47,2Wet2l2.

PALESTIIVE.

position respeclivcdes personnes. Les salutations qu'on se faisait, en se rencontrant, contenaient ordinairement une bénédiction, et le mot 6e- 7iir correspond souvent, dans la Bible, à notre mot saluer (II Rois, 4, 29).

Le plus ordinairement on disait Jéhova {soit) avec toi', et l'autre répondait : Que Jéhora te bénisse '.

Mais on saluait aussi par d'autres formules, telles que : Dieu te soif propice (Genèse , 43 , 29 ) ; /a bénédiction de Jéhora sur toi ! — Je te bénis au nom de Jéhova ( Ps. 1 29, 1 8 ) ; ou bien on s'informait de la santé et du bienêtre de celui qu'on rencontrait en disant HASCHALOM LACH , c'est-à-

dire : Te portes-tu bien? ou littéralement : !S'um salus tibi (II Sam. 20 , 9 ; II Rois , 4 , 26 ). Les gens d'un rang égal , notamment les amis, s'embrassaient quelquefois, en se saluant, surtout quand ils ne s'étaient pas vus depuislongtem|)s , ou qu'ils se quittaient pour un certain temps; les parents qui se voyaient pour la première fois agissaient de même'. — En rencontrant des gens d'un rang élevé, ou en les quittant, on faisait une profonde révérence , ou , comme dit l'Hébreu , on se prosternait la face en terre^ ; l'inférieur se hâtait même de descendre de sa monture, dès qu'il voyait arriver l'homme de distinction à qui il voulait présenter ses respects (I Sam.

2-5, 23). Dans la conversation l'inférieur donnait au supérieur le titre de seigneur, et s'appelait lui-même serviteur, et, dans ce cas, il parlait quelquefois de lui-même et de son interlocuteur à la troisième personne.

' Voy. Juges , 6 , 12; Ruth , 2, 4. La formule Saldni aléik ( la paix sur toi ! ) qui est très-usitée chez les Araljes , ne se trouve pas dans l'Ancien Testament; les Juifs ne s'en servaient qu'à une époque plus- récente ; on la trouve souvent dans le Thalmud et quelquefois dans les Évangiles. Voy. Luc , 24 , 36 ; Jean , 20 , 26.

' Vov. Genèse, 29 , II et 13; 33 , 4 ; 45, 15; 48, lû; Exode, 4 , 27 ; 18, 7; Ruth, I, 9 et 14 ; I Sam. 20 , 4 1 ; 2 Sam- 20 , 9.

'C'est ce que la Vulgate appelle adorare , ou adorare promis in terram . Vov. Genèse , 19, I ; 23 , 7 ; 33 , 3 ; 4-2 , 6 ; Exode , 18,7; I Sam. 24 , 9; 25, 41 ; H Sam. 9, 8; 18, 21 ; J9, 19; I Rois, 1 , 16, et passim.

Ainsi , par exemple , Juda dit à Joseph (Gen. 44, 18) : « Pardon, seigneur ;(|ue « ton serviteur dise un mot aux oreilles « de mon seigneur , et que ta colère ne « s'enflamme point contre ton servi- « teur....l\Ionseigneurademandéàses « serviteurs, etc. » Les femmes aussi se donnaient l'épithète de servante en parlant à des hommes supérieurs*; mais il paraît que les hommes n'usaient pas de la même déférence à l'égard des femmes; dans un passage du premier livre de Samuel (25, 14-17), nous voyons un domestique parler à sa maîtresse, sans circonlocution, et sans se servir d'aucune de ces formules de politesse dont on était si prodigue à l'égard des hommes. Les vieillards étaient l'objet d'un respect tout particulier; la loi ordonnait de se lever devant les cheveux blancs (Lév. 19 , 32). La gloire des jeunes gens , dit le sage, est dans leurjorce, et les cheveux blancs sont la majesté des vieillards ( Prov. 20, 29).

La Bible nous fournit très-peu de renseignements sur les politesses et les usages observés dans les visites. En rendant visite à un grand personnage, on se faisait aiinonceravant d'entrer (I Rois , 1, 23); dans les maisons ordinaires on frappait probablement à la porte, et on attendait que le maître sortît, pour être introduit par lui , comme cela se pratique aujourd'hui en Orient 3, On se saluait mutuellement par les formules ordinaires; on s'informait de la santé l'un de l'autre (Exode, 18, 7); on adressait aussi à celui qu'on recevait chez soi les paroles : Béni soit celui qui entre ; un moins les prêtres saluaient par ces paroles les fidèles qui se présentaient au Temple pour offrir \m sacrifice (Ps.

118, 20). Dans l'Orient moderne on brûle quelquefois des parfums en Thon-

' Voy. d'autres exemples , Gen. 18 , 3 ; l'J , 2, 3; l'J , 2; 33 , 14; Juges, 19, 19 ; l Sam. 26 , 18 , et passim.

' Vov. 1. Sam. 1 , 16; 25, 2i et suiv. ; 11 Rois ,.4,2 et 16. Celui qui s'adressait a un prophète, disait quelquefois mon père { Il Rois, 6, 21 ; 13, 14) et se désignait lui-même par le mot fils ( ib. S , 9 ).

•i Comparez Cantique ,5,2; Exode , 18, 7

L'UNI VKRS

iieur (les liôtw; , et la Bible offre quel- (lues traces de cet usa^'e '. On offrait aussi (les rafraîcliisseiiients , tels que du vin mêlé d'aromates, du sirop de grenades, etc. (Cant. 8 , 2) , et un repas était offert à celui qui venait de loin (Gea. 18, 5 ; Il Rois, 4, 8). En congédiant son hôte on lui disait : fa enpai.c, et ces mots s'adressaientaussi à celui qui partait pourun voyage ».

La politesse, chez les Hébreux , ne consistait pas seulement en paroles; elle se manifestait aussi par des actes , et notamment par des présents qu'on s'offrait mutuellemcntdans différentes occasions. Il est inutile de dire que les présents variaient selon la condition et la fortune deceux qui les donnaient ou qui les recevaient ; ils se composaient de denrées de toute espèce , d'argent , de vêtements, d'armes, etc. Les amis échangeaient des cadeaux aux jours de réjouissances publiques (Esther, 9,19); on offraitdes présentsaux personnages haut placés , à qui on voulait faire sa cour(l Sam. 16, 20; 17, 18), aux prophètes dont on réclamait les conseils (ib. 9 , 7 ; I Rois , 14 , 3) , et les grands en offraient à leurs inférieurs , comme marques de faveur et de protection (II Sam. 11,8). Nous aurons l'occasion déparier des présents qu'on offrait aux rois et que ceux-ci donnaient à leurs sujets et à des étrangers de distinction.

Un autre genre de politesse consistait dans les repas et les festins qu'on donnait à ses amis et connaissances dans les circonstances joyeuses. Nous avons déjà mentionné les festins et les réjouissances qui avaient lieu à l'occasion de la tonte des brebis, des vendanges , du sevrage des enfants et des mariages. On donnnait aussi des repas aux anniversaires de naissance, notamment chez les princes '; de même en rhonneur d'un parent et ami de distinction qui venait d'arriver-*, ou à

• Voy. Daniel , 2 , 46 ; Proverbes , 27 , 9 ; tAOïle , 30 , 37 et 3S.

M^oy. 1 Sam. I, I7; 20, 42; II Sam. 15, 9. •î Genèse, 40 , 20; comparez Hoséa , 7, 5 ; Matth. 14, 6; Hérodote, I, 133.

* Voy. Exode, 18, 12; II Sam. 3, 2o.

l'occasion d'un sacrifice solennel qu'on offrait à la Divinité'. Nous rap|)elleron.s encore les repas obligatoires des dîmes auxquels les Lévites, les pauvres et les esclaves devaient être invités (page 172). Dans les réjouissances publiques, les princes faisaient distribuer des vivres au peuple , comme le lit David lors de la translation de l'Arche sainte au mont Sion (II Sam. G, 19).— On faisait inviter les hôtes par des domestiques ou des esclaves (Prov, 9 , 3; Matth. 22, 3) ; on les plaçait dans un certain ordre, suivant leur rang (I Sam. 9,22). On remarquait quehjuefois un grand luxe dans les ustensiles de la table et dans les mets qu'on y servait; les grands festins étaient ordinairement accompagnés de musique, et les convives , animés par le vin , mêlaient leurs chants joyeux au son des instruments '. Il est probable que, dans les grands festins, les femmes se trouvaient dans une salle particulière; tel était du moins l'usage général en Orient (Esther, 1 ,9)^.

Les principaux plaisirs des anciens Hébreux étaient les festins et la nmsi(]ue. Aux jours de fête les jeunes filles allaient danser dans les vignes, et les jeunes gens contemplaient leurs plaisirs innocents 4. Souvent , après le travail , on allait se distraire sur les places publiques , qui étaient aux portes des villes; là se traitaient toutes sortes d'affaires (page 363) et il y avait toujours un grand concours de monde.

On écoutait les plaidoiries (Job, 29, 7 — 12), les discours des prophètes et des orateurs publics (Jér. 17, 19; Prov. 8, 3); on s'entretenait des affaires publiques ou de toute autre chose ; tels étaient surtout les divertissements de l'âge mûr, tandis que les

' Vov. I Sam. 9, I3; I6, 3; I Rois, i , 9; 3 , 15.

^ Voy. Amos ,6,4-6; Isaïe , 5 , 12 ; Ps. C9 , 13 ; Ecclésiastique , 32 , 7.

3 Vov. cependant Évang. de Matth. 14 , 0, ou il est parlé delà lille d'Herodias, dansant en pleine salle , au festin de la naissance d'Hérode.

* Jusîes , 21 , 31 ; Jérém. 31 , 13. Comparez MischiKt, -i" parlie,àlarui(lulrailé Thaantin (du jeune j. "' ,

ieiines gens se n'ninissaieiit pour cluiuler et taire de la musique (Lament.

5, 14). Selon saint Jérôme, le pronhète Zacharie (12, 3) ferait allusion a un jeu, ou plutôt à un exercice gymnastique des jeunes gens, lequel consistait à faire preuve de ses forces en soulevant, jusqu'à une certaine hauteur, des pierres extrêmement lourdes '. — Le même prophète (8, 5) parle de jeunes garçons et de jeunes filles jouant dans les'rues; un passage du livre de Job nous laisse deviner que les enfants avaient l'habitude déjouer avec des oiseaux apprivoisés ^.

Les conversations des Hébreux étaient mesurées et graves, comme le sont celles des Orientaux en général, et notamment celles des Arabes ; on ne parlait pas trop et on s'exprimait avec convenance (Prov. 10,19; 17, 27 et 28). Les mauvais plaisants , les moqueurs étaient frappés de réprobation (ib. 21, 24; 22, 10; 24,9); ils sont assimilés par David aux pécheurs et aux impies (Ps. 1,1). — INous citerons au sujet du langage de bonne compagnie, chez les Hébreux, quelques observations très-judicieuses de l'abbé Fleury^.''< Ils usaient volontiers, dans leurs "discours, d'allégories et d'énigmes ingénieuses. Leur langage était modeste et conforme à la pudeur, mais d'une manière différente de la nôtre: ils disaient l'eau des pieds , pour dire l'urine; couvrir les pieds , pour satisfaire aux autres besoins , parce qu'en cette action , ils se couvraient de leurs manteaux, après avoir creusé la terre CDeut. 23, 14) ; ils nommaient la cuisse pour les partiesvoisi-

' Mosest, dit st. Jérôme, in urhibus Palwstinœ , et usque hodie per omnem Judœam vêtus cousuetudo scrvatur, ut in vieillis, 1 oppidis et castellis rotunde ponantur lapides \ gravissimi ponderis , ad quos jiivenes extrcre se soteant et eos pro varietate virium sublevare , alii usgue ad genua, alii usque ad umhilicum, alii ad humeros et capui , nonnulli super verticem , redis junctisque manibusmagnitudinem mrium demonstrantes pondus extoUant.

' Yoy. Job, ch.4(), v. 29 { Vulg. v. 24). Comparez Catulle, II, 1-4: Passer delicia tneœ puellie, etc.; Piaule, Captiv., act. V, 4 et 5.

^ Mœurs des Israélites -i § rî.

25* Livraison. (Palestine.)

nés que la pudeur défend de nommer.

D'ailleurs ils ont des expressions qui nous paraissent fort dures , quand ils parlent de la conception et de la naissance des enfants, delà fécondité et de la stérilité des femmes; et ils nomment sans façon certaines infirmités secrètes de l'un et l'autre sexe , que nous enveloppons par des circonlocutions éloignées. Toutes ces différences ne viennent que de la distance des temps et des lieux. La plupart des mots qui sont déshonnêtes, suivant l'usage présent de notre langue, étaient honnêtes autrefois , parce qu'ils donnaient d'autres idées ; et encore aujourd'hui les Levantins, surtout les Mahométans, ont des délicatesses ridicules pour certaines saletés qui ne font rien aux mœurs , tandis qu'ils se donnent toute liberté sur les plaisirs les plus infâmes. Les livres de l'Ecriture parlent plus librement que nous ne ferions de ce qui regarde le matériel du mariage, parce qil'il n'y avait personne parmi les Israélites qui y renonçât , et que ceux qui écrivaient étaient des hommes graves et des vieillards pour l'ordinaire. — Quant à la prudence, la politique bonne ou mauvaise, l'adresse, la souplesse, les ruses , les intrigues de cour , l'histoire de Saùl et celle de David nous en fournissent autant d'exemples , à proportion, qu'aucune autre que je connaisse. »

Au sujet des plaisirs des Hébreux , le même auteur s'exprime ainsi ' :

« Leur vie aisée et tranquille jointe à la beauté du pays les portait au plaisir; mais leurs plaisirs étaient simples et faciles : ils n'en avaient guère d'autres que la bonne chère et la musique. Leurs festins étaient , comme j'ai dit , des viandes simples qu'ils prenaient chez eux, et la musique leur coûtait encore moins, puisque la plupart savaient chanter et jouer des instruments. Le vieillard Berzellaï ne comptait que ces deux plaisirs , quand il disait qu'il était trop vieux pour goûter la vie (II Sam. 19, 36) , et l'Ecclésiastique (32 , 6 et 7 ) compare cet

'ibid. § 13.

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