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L'UNIVERS
l'ordre sanguinaire d'Hérode, qui
vouait à la mort les entants de Belhléliem ', Joseph et Marie s'enfuirent en Egypte avec leur enfant. Apres la mort dllérode , ils revinrent en Palestine ; se méfiant du tyran Arcliélaiis , ils renoncèrent au séjour de Bethléhem, et allèrent s'établir de nouveau à Nazareth en Galilée; ce fut là que Jésus reçut sa première éducation. Les Évangiles gardent un profond silence sur la jeunesse de Jésus et sur la manière dont il fut élevé. Ils nous disent seulement que, dans sa douzième année , étant venu à Jérusalem avec ses parents, pour célébrer la Pâque , il alla s'asseoir dans le Temple, au milieu des docteurs, pour les écouter et les interroger, et qu'il étonna tout le monde par les connaissances profondes qu'il manifesta dès un âge si tendre. Nous ne le retrouvons ensuite qu'à l'âge de trente ans, recevant le baptême, dans les environs de la mer Morte, par Jean, fils du prêtre Zacharie et d'Elisabeth cousine de IMarie. Jean, né six mois avant Jésus ( Luc, 1 , 36 ), menait dans le désert de Juda la vie austère de Naziréen (p. 168), annonçant dans ses discours l'approche du règne messianique , invitant le peuple à faire pénitence , et purifiant ceux qui s'assemblaient autour de lui par l'acte symbolique du baptême, dans les eaux du Jourdain. Lorsque Jésus vint se faire baptiser par Jean , celuici reconnut en lui le Messie, dont il se déclara lui-même le précurseur. Jésus se retira ensuite dans le désert, oi^i il resta quarante jours pour méditer son plan ; ayant vaincu les doutes qui s'élevèrent dans son âme , et étant sorti victorieux de toutes les épreuves, il résolut de commencer immédiatement l'œuvre de la régénération du peuple juif. Tel paraît être le sens du récit obscur des évangélistes qui font intervenir Satan en personne, d'une manière qui fait peu d'honneur à la sagacité et à la logiquede cet ange rel)elle. Jésus, ayant rassemblé quelques disci-
■ Voy. ci- dessus, page 6S>9.
pies , parcourut diverses contrées de la Galilée, et prêcha avec beaucoup de succès dans différentes synagogues. Ayant trouvé un accueil moins favorable à Nazareth , oii ses discours caitsèrent un grave tumulte et mirertt sa vie en danger (Luc, 4, 24-29), il se retira à Capharnaoum (p. 34), et attira de plus en plus l'attention des habitants par les discours qu'il prononçait dans les synagogues les jours de sabbat et par la guérison extraordinaire de plusieurs malades. A la fête prochaine de Pâque, il fit le pèlerinage de Jérusalem; ce fut la première Pâque qu'il y célébra depuis le commencement de sa vie publique.
Il se créa dès lors des partisans dans la capitale; un pharisien, nommé Nicodème, vint le voir, pendant la nuit, pour lui déclarer qu'il voyait en lui un envoyé de Dieu et pour être instruit par lui dans un entretien particulier (Jean, ch. 3) : ce fut le même pharisien qui, plus tard , parla en sa faveur dans leseindusynédriuni (ib. 7, 50 et .'il ). Jésus, après s'être arrêté pendant quelque temps en Judée, retourna en Galilée en passant par le pays deSamarie, et ce fut près de Sichem qu'il eut le célèbre entretien avec la Samaritaine. Il resta deux jours parmi les Sichémites, qui , maigré leur haine pour les Juifs , ne purent résister à la force de ses paroles, en sorte que plusieurs d'entre eux restèrent convaincus que Jésus était le Messie attendu par eux comme par les Juifs. Arrivé à Cana, en Galilée, Jésus reçut la visite d'un seigneur de la cour d'Hérode Antipas, qui lui demanda de guérir son tils malade; Jésus, dit-on, opéra cette guérison, sans visiter le malade (Jean, 4, 46-53). Eq Galilée il fit encore plusieurs autres miracles; puis, ayant traversé, avec quelques disciples, le lac de Géuésareth, pendant une tempête qui se calma à sa parole, il arriva dans les environs de Gadara , où il guérit un fou qui se croyait possédé d'une légion de démons. Revenu à Capharnaoum , il continua ses cures merveilleuses. La foule qui s'assembla autour de lui
étant devenue de plus en plus nombreuse, il choisit douze disciples, (pii devaient partager avec lui l'oeuvre de sa mission. Sur une des montagnes de Galilée, il leur exposa, ainsi qu'à la foule réunie, les principes de morale et les règles de conduite que devaient suivre les fidèles ; le discours que Jésus prononça dans cette circonstance est appelé le sermon sur la montagne. Après un autre voyage en Pérée, où il reçut un message de Jean-Baptiste, qui 'était alors emprisonné à Macliérous, il se rendit à Jérusalem pour y célébrer une seconde fois la fête de Pâques. Déjà la renommée de ses actes miraculeux et de ses discours l'avait précédé dans la capitale, et son arrivée y fit une grande sensation. La guérison d'un paralytique qu'il opéra publiquement, <3ujourde sabbat, près d'une piscine appelée Béthesda , souleva contre lui les Pharisiens, qui voyaient dans cet acte une profanation du sabbat; la înanière dont il se défendit les irrita encore davantage, et dès lors ils épièrent toutes ses démarches et l'accusèrent hautement de plusieurs actions qui étaient contraires à leurs principes religieux. Dans un nouveau voyage que Jésus fit en Galilée, il continua ses prédications et ses miracles. Après la mortde Jean-Baptiste, Jésus, ayant su que ses démarches étaient également suspectes à Hérode Antipas , passa en Pérée sur le territoire du tétrarque Philippe. En vain il chercha à se dérober pour quelque temps aux yeux de la foule; partout où il allait, aux frontières de la Phénicie, dans le district de Décapolis, ou des dix villes (p. 67), il se voyait reconnu et suivi du peuple, qui réclamait son secours. Déjà il pressentait le sort qui l'attendait et en parlait souvent à ses disciples. Néanmoins nous le trouve is à Jérusalem, au milieu de l'hiver, à la fête des Maccabées, ou de l'inauguration du Temple (p. 497).
Pour éviter le danger qui le menaçait, il quitta encore une fois la capitale , et, après avoir parcouru pendant quelque temps la Pérée et la Galilée, il ré-
solut d'aller à Jérusalem célébrer sa dernière Pàque et y accomplir sa destinée. Il serait inutile de raconter ici en détail son entrée solennelle dans Jérusalem , comme roi-messie , sa dernière réunion avec ses disciples au repas de la Paque , son arrestation , son procès sommaire ' et sa mort.
Tout le monde connaît les récits des Évangiles ; on sait conmient la résurrection de Jésus, affirmée |)arses disciples, devint le symbole d'une nouvelle doctrine qui, rejetée par la grande majorité des Juifs, était destinée à changer la face du monde païen.
Il n'est pas de notre mission de considérer ici l'origine et les développements delà religion chrétienne, dont les dogmes offrent de nombreux rapports avec le système des Kabbalistes. Pour l'époque dont nous nous occupons ici, le procès de Jésus n'est qu'un épisode dont l'importance historique ne fut pas très-grande. Josèphe en dit à peine quelques mots, et encore ce passage, justement suspect, est-il généralement considéré comme une interpolation ». Ce ne fut que plus tard que les Juifs durent reconnaître la haute portée de cet événement ; ils virent dans la fondation du christianisme une œuvre de la providence divine, et considérèrent la religion chrétienne comme une des grandes phases nécessaires dans le développement progressif des idées religieuses du genre humain , phase que, selon eux , le monde païen devait traverser avant d'arriver au monothéisme absolu de la religion juive^.
Ce fut au monde païen que s'adressèrent les apôtres de Jésus-Christ; ils
' Selon le Thalmud, la condamnation de Jésus aurait eu lieu longtemps avant la Pàque, et le synédrium l'aurait fait proclamer publiquement pendant quarante jours, en invitant tous ceux qui sauraient justitier Jésus à venir déposer en sa faveur. Voy. le traité Synhedrin , fol. 43 a, édition de Venise. Dans la plupart des éditions du Thalmud, ce passage a été supprimé par la censure.
» Voy. les controverses dans le tome II des œuvres de Josèplie , de l'édition de Uavercamp.
» Voy. Malmonide.^ftrejrf du Thalmud, liv. XIV, dernière section {des rois eC de» guerres), cb. U.
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restèrent presque étrangers aux fijrands événements qui se passèrent en Judée et qui amenèrent le terrible dénoûment de son histoire.
Ponce Pilate subit, dans la onzième année de son administration, le juste châtiment de ses violences. Un imposteur mit en émoi les Samaritains, en les invitant à le suivre au mont Garizim pour déterrer les vases sacrés de Moïse (probablement du tabernacle) qu'il disait y avoir été cachés. La foule accourant de tout côté au mont sacré , Pilate fit occuper les chemins par ses troupes, afin d'empêcher cet étrange pèlerinage. Les Samaritains voulurent pénétrer de force, et une lutte s'engagea , où les Romains tuèrent beaucoup de monde, et dispersèrent les Samaritains, dont les principaux furent mis à mort par ordre de Pilate. Les Samaritains ayant porté plainte contre Pilate devant Vitellius, gouverneur général de Syrie , celui-ci nomma Marcellus gouverneur de Judée et de Samarie, et ordonna à Pilate d'aller à Rome pour se justifier devant l'empereur ( 3.5 ou 36 de l'ère vulgaire). Pilate n'arriva à Rome qu'après la mort de Tibère (37). On dit que l'empereur Caligula l'exila à Vienne, dans les Gaules, où plus tard il se tua de désespoir '.
Sur ces entrefaites, le tétrarque Philippe était mort à Julias (34), après avoir régné trente-sept ans ; il s'était fait aimer par ses mœurs simples et douces et en remplissant avec zèle tous ses devoirs envers ses sujets.
Philippe n'ayant pas laissé d'enfants, ses provinces furent réunies à la Syrie.
Après le départ de Pilate, Vitellius, gouverneur de Syrie, ayant fait un voyage en Judée , vint à Jérusalem pendant la fête de Pâques. Il témoigna aux Juifs beaucoup de bienveillance, leur fit remise de plusieurs impôts et confia à leur propre garde le costume de luxe du grand prêtre, qui jusque-là avait été toujours déposé dans la forteresse Antonia. Avant de retourner
» Eusèbe, Hist. eccles., 11,7.
à Antioche, il dépouilla Joseph Caipliasde la dignité de gratid |)iêtre, et lui donna pour successeur Jonathan, fils de Hanan (36).
Ilérode Antipas était toujours en guerre avec le roi arabe llareth, son ancien beau-père, qui n'avait pas oublié l'outrage fait à sa fille, répudiée par Antipas lors de son maria^eavec Hérodias. Antipas, battu par Hareth, s'adressa à Tibère pour obtenir des secours, et l'empereur donna ordre à Vitellius d'aller combattre Hareth.
Pendant que ses légions se dirigèrent vers l'Arabie Pétrée, en prenant leur chemin parla plaine d'Esdrélon, Vitellius vint lui-même à Jérusalem avec Hérode Antipas, pour assister aux solennités de la fête des Tabernacles. Ce fut à cette occasion qu'il remplaça le grand prêtre Jonathan par son frère Théophile. Ayant reçu à Jérusalem la nouvelle de la mort de Tibère (37) ^ il renonça à l'expédition d'Arabie, et fit rentrer ses troupes dans les quartiers d'hiver.
L'avènement de Caius Caligula fit paraître sur la scène un nouveau personnage, par lequel la Judée, avant d'accomplir sa destinée , devait pour la dernière fois s'élever au rang d'un royaume et jouir de quelques années de paix et d'une ombre d'indépendance. Hérode Agrippa, fils d'Aristobuleet frère d'Hérodias, avait été élevé à Rome avec Drusus, fils de l'empereur Tibère. Après la mort de sa mère Bérénice, qui vivaitégalement à Rome, Agrippa prodigua toute sa fortune dans les plaisirs et dans la débauche, et bientôt la mort prématurée de son ami Drusus l'éloigna de la cour et le jeta dans une affreuse misère. Pour échapper à ses nombreux créanciers, il s'enfuit enidumée, avec sa femme Cypros , et il était même sur le point de se donner la mort, lorsque sa sœur Hérodias , mue par les prières de Cypros, l'appela à Tibériade, où le tétrarqueHérode Antipas, son beaufrère, le nomma édile et lui assura une pension. Au bout de quelque temps, humilié par Antipas, qui lui reprochait ses bienfaits, il alla trouver
PALESTI^E.
Flaccus, préteur de Syrie, qu'il avait connu à Rome; maisl)ieiit6t son frère Aristobiile, qu'il y rfiicintra et qui ne l'avait jamais aimé, sut l'éloigner par ses intrigues. Agrippa se rendit à Ptolémaïde, avec le projet de retourner à Rome. Sur le point de s'embarquer, il fut arrêté par les agents d'Hérennius, gouverneur de Jamnia , pour payer une somme considérable qu'il devait au fisc ; mais, dans la nuit, il sut s'écbapper, et parvint à Alexandrie, où il se procura, parle crédit de sa femme, les ressources nécessaires pour aller à Rome. Tibère lui fit un fort bon accueil dans sa résidence de Caprée; mais, ayant reçu des lettres d'Hérenaius qui se plaignit de la conduite d'Agrippa, l'empereur refusa de le recevoir, jusqu'à ce qu'il se fût acquitté envers le gouverneur de Jamnia. Agrippa s'adressa àAntonia, mère de Germanicus et de Claude, laquelle, ayant été l'amie de Bérénice, mère d'Agrippa , prêta à celui-ci la somme nécessaire pour satisfaire au lise. Un Samaritain, nommé Tballus, affranchi de Tibère, lui avimça ensuite une somme très-considérable, qui le mit en état, après avoir payé Aiitonia , de recommencer sa vie dissipée. Il fit sa cour à Calignla, et un jour, dans une promenade , il eut l'imprudence de faire des vœux pour que Tibère cédât bientôt le trône à Caligula, qui, disait-il , en était bien plus digue. Tibère, l'ayant appris, le fit mettre en prison, et il y resta jusqu'à la mort de l'empereur.
Caligula, montésur le trône, fit sortir Agrippa de sa prison, et lui donna la tétrarchie de sou oncle Philippe, avec le titre de 7'oi. L'ambitieuse Hérodias, ne pouvant supporter que son frère, qui naguère avait vécu de ses aumônes , occupât un rang plus élevé que son mari, le tétrarque Hérode Antipas, persuada à celui-ci défaire avec elle un voyage à Rome, afin de solliciter le diadème. Agrippa, qui venait d'arriver dans son royaume (.38), ayant appris le dessein d'Antipas, écrivit aussitôt à l'empereur, pour accuser son beau-frère d'être d'intelli-
gence avec les ennemis de l'empire et d'avoir fait de grandes provisions d'armes. L'empereur reçut la lettre d'Agrippa au moment oii Antipas se présentait devant lui; il demanda au tétrarque s'il avait des provisions d'armes, et, sur sa réponseaffirmative, Caligula, sans autre enquête, lui ôta ses possessions et l'exila à Lyon, dans les Gaules. Il offrit sa clémence à Hérodias , qui la refusa pour suivre son époux dans l'exil (39). La tétrarchie d'IIérode Antipas fut jointe au royaume d'Agrippa.
Le nouveau roi, si peu recommandable par son caractère personnel et ses antécédents , trouva bientôt l'occasion d'acquérir l'estime et la reconnaissance de ses sujets, en employant son influence auprès de l'empereur pour détourner du peuple juif un orage menaçant, qui, sans son intervention, aurait probablement hâté la catastrophe de la Judée. L'insensé et cruel Caligula, ayant eu la folle idée de se faire adorer comme un dieu , voulut faire placer sa statue dans le Temple de Jérusalem, et donna ordre à Pétrone, qui avait été nommé gouverneur de Syrie en place de Vitellius, de faire aux Juifs une guerre a outrance, s'ils refusaient de recevoir la statue impériale. Les Juifs d'Alexandrie et de toute l'Egypte étaient alors en butte aux plus cruelles persécutions de la part des habitants grecs ; le roi Agrippa lui-même, a[)rès son élévation au trône, en passant par Alexandrie pour se rendre en Palestine, avait été grièvement insulté par la populace grecque. L'influence d'Agrippa avait à peine délivré les Juifs d'Egypte de la tyrannie du gouverneur Flaccus , que déjà les Grecs excitèrent contre eux de nouvelles persécutions, en les accusant de refuser leurs marques de respect à la statue de l'empereur, qu'ils ne voulaient pas recevoir dans leurs synagogues. Une députalion des Juifs d'Alexandrie , ayant en tête le célèbre philosophe Pliilon, se présenta à Rome pour supplier l'empereur de mettre un terme à leurs souffrances ;
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mais les députés se virent traités avec mépris par Caligiila, ((iii les écouta à peine. En Palestine, les Juifs prirent une attitude menaçante et montrèrent partout une fermeté et un courage qui mirent le gouverneur Pétrone dans la plus grande perplexité.
Bien persuadé que l'exécution violente de l'ordre de Caligula ferait couler à flots le sang des Juifs et des Romains, et mû par les prières d'Aristobule , frère d'Agrippa, et par celles d'un autre grand personnage, nommé Hilkia, Pétrone se décida à ■écrire à l'empereur pour le supplier de révoquer son ordre. Pendant ce temps Agrippa , qui était retourné à Rome pour s'y distraire , avait gagné de plus en plus les bonnes grâces de Caligula; informé de ce qui se passait en Palestine, il invita un jour l'empereur à un festin magnifuiue, et, au milieu des joies de la fête, il trouva moyen defléclnr le nouveau dieu qui, renonça à être adoré dans le temple de Jérusalem. Caligula avait à peine écrit à Pétrone, pour lui faire connaître sa nouvelle décision, qu'il reçut la lettre dans laquelle le gouverneur lui rendait compte des troubles de la Palestine et lui manifestait ses craintes. La vanité de Caligula en fat profondément blessée; il s'imagina que Pétrone avait été gagné par l'argent des Juifs, et le menaça d'une ven^^eance terrible. IMais bientôt l'exécrable tyran périt sous les coups de Cassius Chaerea (41), et sa mort calma l'effervescence des Juifs et les terreurs de Pétrone.
Le roi Agrippa , selon Josèphe , eut une grande part à l'avènement de Claude; ce fut lui qui, par ses conseils, fit accepter à Claude la couronne qui lai était offerte par les troupes, et ce fut lui qui se cbargea des négociations entre Claude et le sénat disposé à rétablir la république. Claude, monté sur letrône, joignit au royaume d'Agrippa la Samarie, la Judée, Abila de Lysanias ' et un district du Li-
' Sur ce Lysanias et sur sa tétrarchie d'Abila ou Abilène, voy. De Boissi, Disseriaiions, 1. 1 , p '299 et suivantes.
ban. Hérode, frère d'Agrippa, reçut la principauté de Chalcide.
Agrippa , devenu roi de toute la Palestine, se rendit à Jérusalem (42); son arrivée fut célébrée par de nombreux sacrifices, et le roi suspendit dans le Temple une lourde cbaîne d'or qui lui avait été donnée par Caligula à sa sortie de la prison de Rome. Le grand prêtre Tliéophile fut remplacé par Simon Cantheras. Dès l'année sui* vante Agrippa voulut rendre le pontificat à Jonathan , fils de Hanan ; mais Jonathan refusant d'accepter cette dignité, elle fut donnée à son frère Mathias. A Dor.i, les habitants grecs osèrent introduire la statue de l'empereur dans une synagogue; Agrippa s'adressa à Pétrone, et produisit un décret qu'il avait obtenu de Claude et qui assurait aux Juifs de tout l'empire romain le libre exercice de leur culte. Pétrone ordonna aussitôt aux autorités de Dora de faire cesser le désordre et de punir les coupables. A tant de bienfaits Agrippa ajouta l'abolition de certains impôts, ce qui lui gagna de plus en plus la faveur du peuple.
Agrippaavait,commeson grand-père Hérode, une grande passion pour les constructions; il bâtit des théâtres, des amphithéâtres, des bains, des piortiques, et il agrandit considérablement la ville de Jérusalem , du côté du nord, oiî il fit construire, autour de la colline de Bezetha, un nouveau quartier qu'on appelait la ville neuve (p. 45). A l'exemple d'Hérode, il dota aussi les villes de ses voisins de plusieurs beaux monuments; à Béryte il bâtit un magnifique théâtre et un grand cirque où il établit des combats d'athlètes. Son nom devint si célèbre que plusieurs princes des pays voisins et même Cotys, roi de la petite Arménie, et Polémon, roidu Pont, vinrent voir Agrippa à Tibériade. La considération dont il jouissait était telle que Marsus, gouverneur de Syrie et successeur de Pétrone, en conçut de vives inquiétudes; dans la réunion de tant de princes il crut voir un complot contre l'empire romain, et il vint brusquement inviter les hôtes d'Agrippa à quitter Tibériade
et à se retirer chacun dans son pays.
Aiirippa ayant fait élever une muraille autour de la ville neuve de Jérusalem et se disposant à la fortifier encore davantage, Marsus crut devoir en informer l'empereur Claude, qui ordonna a Agrippa de suspendre les travaux.
Au reste , Agrippa n'avait de commun avec Hérode que l'amour du luxe et la prodigalité; il était doux et clément, et Josèphe rapporte de lui maint tiait de générosité. Il demeurait presque toujours à Jérusalem, et se montri'iit observateur des lois et des usages religieux. Les rabbins racontent qu'an jour, à la fête des Tabernacles, il lut publiquement le Deutéronome ', dans le parvis du Temple, en se tenant debout pendant toute la lecture; arrivé au passage dans lequel le législateur refuse à l'étranger le droit de rei;ner sur Israël ( Deut. 17, 15), il se rappela son origine iduméenne, et fondit en larmes. Mais de toutes parts on lui cria : « Ne crains rien. Agrippa, tu es notre frère! tu es notre frère *! » On cite aussi des exemples de sa modestie : quoique , selon l'usage établi , le peuple dût toujours faire place au roi qui passait avec sa suite, Agrippa s'empressait toujours de céder le pas quand il rencontrait une procession nuptiale ou un convoi funèbre ^. Il paraîtrait que, pour plaire au peuple, il se montrait sévère à l'égard de la secte chrétienne ; on dit qu'il fit mourir Jacques, frère de Jean l'évangéiiste, et emprisonner l'apôtre Pierre -i.
Le règne d'Agrippa fut de courte durée. Assistant un jour à Césarée, dans toute sa pompe royale, aux jeux d'athlètes qu'il y fit donner en l'honneur de l'empereur, il fut subitement isaiside violentes coliques. La maladie prit aussitôt un caractère très-grave; le roi mourut au bout de cinq jours, à l'âge de cinquante-quatre ans, dans la septième année de son élévation au
' Voy. ci-dessus, page 185, col. I.
' Voy. Mischna , 3" parlie , traité Sota , ch. 7, .^8.
^ Thalmud de Babylone, traité Kethouooth , fol. 17 a.
* Actes des apôtres, I2, i — 3.
trône et dans la quatrième deson règne sur toute la Palestine (l'an 44 de l'ère chrétienne). Sa mort répandit la consternation parmi les Juifs; mais les Grecs de Samarie et de Césarée manifes^ tèrent leur joie de la manière la plus révoltante, et se livrèrent à des plaisanteries infâmes, en exposant les statues des filles d'Agrippa sur les toits des maisons mal famées. Les soldats romains prirent part à ces infamies, et ce fut là le prélude des scènes de désordre que nous verrons se répéter sans cesse et aboutir à la guerre la plus désastreuse. Agrippa laissa trois filles, Bérénice, Mariamne et Drusille, et un ûls âgé de dix-sept ans , qui portait également le nom d'Agrippa, et qui vivait alors à Rome , où il faisait son éducation sous les yeux de l'empereur.
Quelque temps avant sa mort. Agrippa avait ôté le pontificat à Mathias et avait nommé à sa place Élionée, fils de Cantheras.
L'empereur Claude était disposé à envoyer le jeune Agrippa prendre possession du royaume de son père; mais l'extrême jeunesse du prince n'inspirant pas laconOancenécessaire, l'empereur, sur le conseil de ses plus intimes amis, résolut de confier l'administration de la Palestine à un procurateur ou gouverneur, en sorte que ce pays fut de nouveau réduit en province romaine. Cuspius Failus fut envoyé comme gouverneur en Palestine , avec ordre de punir ceux qui , à Césarée et à Samarie, avaient si impudemment insulté à la mémoire du roi Agrippa. En même temps, Claude rappela le gouverneur Marsus, et ordonna qu'on fît partir pour le Pont les cinq cohortes romaines qui avaient pris part au désordre; mais les soldats ayant envoyé une députation à l'erapereur, obtinrent leur pardon, et purent continuer à troubler le repos de la Palestine. A l'arrivée de Fadus, le» .Juifs de Pérée étaient en guerre ouverte avec les habitants de Philadelphie, pour la fixation des limites; Fadus, ne voulant pas que les Juifs se fissent justice eux-mêmes, saisit trois de leurs chefs, en fit mourir un et exila
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les doux mitres. Bientôt après, il s'empara (le Tliolomée, rlief de Ijriiïands, qui infestait l'Fdumée el l'Arabie; la mort de ce clief redoutable fit cesser les brigandages. A Jérusalem, Fadus voulut se faire livrer le grand costume pontifii-al pour le déposer de nouveau dans le clulteaii Antonia. Les Juifs envoyèrent une députation à Rome , et l'empereur, sur la demande du jeune Agrippa, consentit à leur laisser le dépôt de ce vêtement. En même temps, il confia à Hérode, prince de Cbalcide, la garde du Temple de Jérusalem et de ses trésors, et lui conféra le droit de nommer lesgrands prêtres ; Hérode destitua Ëlionée , et lui donna pour successeur Joseph , fils de Camith (45).
A cette époque, un certain Tbeudas, se disant prophète , causa des troubles en Judée; beaucoup d'hommes crédules s'étant assemblés autour de lui, il les engagea à le suivre, avec leurs biens, jusqu'au Jourdain , qu'il promit de leur faire passer à pied sec. Fadus envoya des troupes, qui dispersèrent les partisans du nouveau prophète, et en tuèrent un grand nombre; Theudas fut pris et eut la tête tranchée ».
L'an 47, Fadus fut rappelé; il eut pour successeur un Juif apostat d'Egypte, Tibère Alexandre, neveu du célèbre philosophe Philon d'Alexandrie. Tibère fit crucifier les fils de Juda le Galiléen, Jacob et Simon, qui, marchant sur les traces de leur père, étaient alors les chefs des zélateurs ou patriotes.
Une cruelle famine , qui fit beaucoup de victimes dans la classe pauvre, désolait alors le pays. Hélène, r iiie d'Adiabène », qui demeurait à Jérusalem, employa généreusement ses trésors à faireacheterdes vivres en Egypte et en Cypre , pour soulager la misère du peuple; son fils Izate, roi d'Adiabène, envoya également de grandes
' Cel événement ne saurait être le même qui est rapporté dans les Actes des apôtres, 5 , 3(5 ; à moins qu'on ne veuille attribuer à saint Luc un grave anachronisme.
* Ce pays, autrefois une province de l'Assyrie , forme maintenant une partie du Kurdistan.
sommes pour secourir les Juifs. On trouve des détails, dans Josèphe, sur ces deux personnages qui avaient embrassé le judaïsme '. Monobaze, ro d'Adiabène, avait épousé sa sœur Hélène, après avoir eu d'elle un fils, appelé Monobaze, comme son père.
La reine eut ensuite un autre fils, appelé Izate, qui devint l'objet de la prédilection de ses parents. Monobaze, pour le soustraire à la haine jalouse de ses autres fils, l'envoya à la cour d'un roi, son allié, qui donna sa fille en mariage au jeune Izate; celui-ci fit la connaissance d'un marchand juif, nommé Hanania, qui le convertit au judaïsme. Monobaze, avancé en âge, rappela son fils, qui revint en Adiabène, accompagné de Hanania; le roi lui confia le gouvernement d'une province. Pendant l'absence d'izate, sa mère Hélène avait été également convertie par un autre Juif. Après la mort de Monobaze, la reine parvint à faire proclamer Izate roi d'Adiabène. Pour prévenir les troubles, les grands du royaume voulurent faire mourir les frères du nouveau roi; mais Hélène les en empêcha, et Izate , à son arrivée dans la capitale, les fit sortir de la prison où on les avait enfermés. Il en envoya, les uns à Rome, les autres ' auprès "d'Artaban, roi des Parthes.
Izate, quoique converti au judaïsme, , ne l'avait pas encore adopté extérieu- ! remeiit ; il voulut alors se soumettre à : la circoncision; mais sa mère, craignant j que cet acte ne causât des troubles dans le pays , chercha à l'en détourner, | et Hanania lui-même fit comprendre au roi qu'il pouvait adorer le vrai Dieu, sans adopter les symboles extérieurs du culte juif. Quelque temps après, Izate se fit circoncire secrètement , sur les conseils d'un Juif de Galilée, nommé Éléazar, qui lui avait présenté la circoncision comme un acte absolument nécessaire pour entrer dans l'alliance divine. Plus tard, Hélène, pour professer avec plus de liberté la religion juive, se retira à Jérusalem, où, comme nous l'avons dit, sa géné-
< Voy. Antiqu. 1. XX , ch. 2 à 4.
rosité détourna les désastres de la famine. Monobaze, fils aîné d'Hélène, et d'autres membres de la famille royale embrassèrent également la religion juive. Izate vainquit les princes étrangers que les grands de son royaume, irrités de sa conversion, avaient appelés dans le pays. Il mourut, après un règne de vingt-quatre ans, âgé de cinquante-cinq ans, laissant, selon Josèphe, vingt-quatre fils et vingtquatre filles, nés de plusieurs femmes ; mais ses enfants ne lui succédèrent pas, et son frère aîné Monobaze, en vertu de ses droits antérieurs, occupa, après lui, le trône d'Adiabène. Hélène retourna dans son pays, après la mort d'Izate, à qui elle ne survécut pas longtemps. Monobaze fit transporter à Jérusalem les restes d'Hélène et d'Izate, qui furent déposés dans un magnifique mausolée au nord-ouest de la ville '. Cinq fils d'Izate avaient été envoyés , par leur père, à Jérusalem, où ils se trouvaient encore, avec quelques frères d'Izate , lorsque Titus se rendit maître de la ville. Deux membres de cette famille périrent en combattant pour les Juifs; les autres se soumirent à Titus, qui les envoya, comme otages, à Rome *. Hélène et son fils aîné , Monobaze , sont célèbres dans les traditions rabbiniques pour les bienfaits dont ils comblèrent les Juifs et les dons précieux qu'ils firent au Temple ^.
Grâces aux bienfaits d'Hélène, la tranquillité de Jérusalem ne fut pas troublée dans les circonstances difficiles causées par la famine. Tibère Alexandre, nommé bientôt gouverneur d'Egypte, fut remplacé en Judée par Ventiaius Cumanus (48). A la même .époque, Hérode de Chalcide ôta le pon-
' Voy. Josèphe, Antiqu. XX,4,3;Eu- &ébe,Hist. ecctes., Il, 12. Pausanias (VIII, 16) parle de ce tombeau , comme d'une merveille.
' Vov. Josèphe, Guerre des Juifs, II, 19, '2;VI,6, 4. *^
1 ' Vov. Mischna , 2' partie , traité Yoma , |ch. 3, g 10; Thalmud de Batjylone, Bava ba- \thra ,Tol. II a. Izate est raênlionné sous le nom de Zoutos , à côté de son frère Monob'ize, dans fleresc/(?7/i rabha, sect. 46, OÙ ou parle de leur circoncision.
tificat à Joseph, fils de Camith, et le donna à Ilanania ou Jolianan (Jean), fils de jN'édcbée '. Bientôt après, Hérode mourut, et l'empereur donna la principauté de Chalcide au jeune i Agrippa, qui prit bientôt le titre del roi *.
Cumanus était d'une violence extrême, et, sous son administration, commencèrent les troubles qui ne finirent qu'avec la destruction de la Judée. A la fêle de Pàque , le gouverneur ayant fait occuper par ses troupes les issues du Temple, pour maintenir l'ordre, un soldat romain révolta les fidèles par ses indécences. Les Juifs demandèrent satisfaction au gouverneur; mais ne pouvant rien obtenir, ils lancèrent des pierres aux soldats. Cumanus ayant fait assembler toutes les troupes "dans le château Antouia , le peuple effrayé prit la fuite, et plusieurs milliers de Juifs furent écrasés dans la foule ^. La fête fut chanjiée en deuil, et , dans toutes les maisons , on s'abandonna aux larmes et aux gémissements.
Quelque temps après, un esclave de l'empereur ayant été attaqué par des brigands, près deBeth-Horon, Cumanus'fit piller les villages voisins et saisir les principaux habitants. A cette occasion un soldat romain déchira un exemplaire des livres de Moïse, en poussant des blasphèmes; les Juifs coururent à Césarée pour s'en plaindre à Cumanus , qui fut obligé de punir de mort le coupable.
Plus tard, quelques pèlerins de Galilée, se rendant à Jérusalem pour une fête, furent assassinés près de Ginée (p. 38). Les Galiléens s'assemblèrent pour attaquer les Samaritains , qu'ils
' Dans le texte de Josèphe on lit .-inanias fils de ISéhedée ; les rabbins l'appellent Johnnan , fils de ^edabai ,\ov. Thalmud de Babylone, traité Pesachim ( de la Pàque , fol. 57 a; traité Kerithoth , fol. 28 (t.
^Josèphe l'appelle très-souvent pa<7i>.ï*j;; voy. par exemple, .4«</gu. XX, 8, il; fie de Josèphe. ch. 65; Contre .4pion , I. I, ch 9, et beaucoup de passages de la Guerre des Jui/s.
3 Josèphe , dans la Guerre des Juifs ( 11 , 12, I , fixe le nombre des morts a plus de dix inillf;dans les Antiquités \\\, 5, 3) il parle de viuijt mille morls.
L'UNIVERS
accusèrent d'être les auteurs de ce meurtre. En mêmetemps, une députation des Galiléens se rendit auprès de Cumanus; mais le gouverneur, gagné parles Samaritains, resta sourd à leurs plaintes. A Jérusalem, le peuple emtrassa la cause des Galiléens. Une troupe de Juifs ayant à sa tête deux chefs de brigands , les frères Éléazar et Alexandre, fils de Dinée, envahit la Samarie, où elle selivra au meurtre et au pillage. Cumanus parvint à dompter cette bande, et les principaux Juifs de Jérusalem, vêtus de deuil , vinrent sur la place publique conjurer le peuple de s'apaiser et de ne pas exposer la patrie à une destruction totale.
Le peuple se dispersa; niais des bandes de brigands continuèrent à parcourir le pays et à exercer toute sorte de violences. Les Samaritains accusèrent les Juifs auprès d'Ummidius Quadratus, gouverneur de Syrie, qui se trouvait alors à Tyr. Les Juifs , de leur côté, présentèrent les Samaritains comme la première cause des troubles, et accusèrent Cumanus de s'être laissé corrompre par eux. Quadratus promit de faire une enquête impartiale; quelque temps après , étant venu à Samarie, il se prononça d'abord contre les Samaritains; mais, ayant appris les excès commis par les Juifs , il fit crucifier ceux que Cumanus avait faits prisonniers à Lydda. Une conspiration d'un certain Dortus et de quatre autres Juifs, qui avaient excité le peuple à se révolter contre les Romains, lui fut révélée par un Samaritain, et il fit mettre à mort les rebelles. Pour terminer la querelle entre les Juifs et les Samaritains, Quadratus fit saisir les chefs des deux nations et les envoya à Rome pour plaider leur cause devant l'empereur; le grand prêtre Hanania et son fils Hanan, gouverneur duTemple, furent du nombre. Cumanus et le tribun Celer, qui avaient tenu dans cette affaire une conduite coupable , furent également envoyés à Rome. L'intervention du jeune Agrippa , qui était à Rome, déjoua les intrigues des Samaritains , qui avaient su gagner les amis d«; l'empereur. Claude décida en faveur
des Juifs; trois des principaux Samaritains furent mis à mort , Cumanus fut exilé et Celer fut renvoyé à Jérusaleoi pour y être décapité sous les yeux des Juifs. Hanania revint à Jérusalem, où nous leretrouvonsplustard, comme pontife ' .
A la fin de la douzième année de son règne (52-53), Claude envoya son affranchi Félix comme gouverneur en Judée »; il était frère du fameux Pallas , confident de l'empereur. En même temps, Agrippa, au lieu de la principauté de Chalcide, reçut l'ancienne tétrarchie de Philippe et l'Abilène de Lysanias. Agrippa maria sa sœur Drusille à Azize, roid'I^messe, en Syrie:
son autre sœur Rérénice, veuve d'Hérode de Chalcide, se maria avec Pc lémoii,roi de Cilicie, afin de faire cesser les bruits qui couraient sur son compte, et qui l'accusaient d'un commerce incestueux avec son frèr Agrippa ^. Les deux sœurs quittèrent!
bientôt leurs époux , pour se livrer àj une vie dissolue. Le gouverneur Félixl devint amoureux de la belle Drusille, et la fit demander en mariage par un Juif de Cypre, nommé Simon, qui se' disait magicien <. Drusille épousa le gouverneur , et de ce lien adultère naquit un fils , nommé Agrippa, qui périt, ainsi que sa mère, dans l'éruption du Vésuve, sous le règne de Titus.
L'empereur Claude mourut en 54.
Son successeur Néron, dès la première année de son règne, agrandit le royaume d' Agrippa, en y joignant une partie de la Galilée , avec les villes
' Voy. Actes des apôtres , 23, 2 ; 24, i.
» Selon Tacite {^ Annal. Xll, 54), Félix aurait été déjà gouverneur de Samarie, lorsque Cumanus était en Judée, et aurait joué un rôle dans les querelles entre les Juifs et les Samaritains. Mais Josèphe, contemporain de ces événements, mérite plus de foi.
3 Juvenal y fait allusion , dans la VI* Satire :
^ ^ ,■ hune dédit olira
Barbariu , incesta dédit hune Agrippa sorori.
* Il importe peu de savoir si ce Simon est le même que le fameux Simon Magtis dont il est parle dans les Actes des apôtres( 8, 9- II) et dans les écrits des Pères; ceux qui se préoccupentde ce genre de questions peuvent consulter Brucker, Hist. cri t. philosophie, l. II, p. 668, et les auteurs qui y sont cités.
de Tibériade et deTarichée, ainsi que la ville de Julias, en Pérée, avec quatorze villages de ses environs. La plus terrible anarchie régnait alors en Judée. Des bandes de brigands infestaient le pays ; des fourbes de toute espèce, des magiciens, de faux prophètes et de faux Messies séduisaient le peuple et excitaient des troubles continuels. Des assassins, armés de poignards cachés sous leurs vêtements, se mêlaient à la foule et commettaient des meurtres jusque dans le Temple, sans qu'on sût d'oLi partaient les coups; on les appelait sicaires {de sica). Félix s'empara par ruse d'Éléazar, fils de Dinée, chef d'une bande de brigands, et l'envoya enchaîné à Rome. Plusieurs faux prophètes furent mis à mort. Un de ces imposteurs, juif égyptien, assembla eu Judée une grande multitude de peuple , qu'il engagea à le suivre sur la montagne desOliviers, du haut de laquelle, disait-il, on verrait s'écrouler, à sa parole, les murailles de Jérusalem, après quoi il pénétrerait dans la capitale et en expulserait les Romains. Dans le combat que Félix lui livra , la plupart de ses partisans furent tués ou faits prisonniers; mais l'imposteur s'échappa, et on ne put le retrouver. Quelque temps après, l'apôtre Paul ayant été arrêté , dans un tumulte, à Jérusalem, le capitaine de la garde le prit un moment pour le prophète égyptien ».
Félix ne put cependant parvenir à faire cesser les désordres ; partout il se forma des bandes qui prêchaient la révolte contre les Romains, et qui, parcourant les campagnes, livraient aux flammes les habitations de ceux qui refusaient de se joindre à eux. La violence de Félix et sa cupidité ne contribuèrent qu'à augmenter la haine des Juifs contre les Romains ». L'apôtre Paul fut retenu en prison par Félix, qui espérait toujours obtenir de lui une rançon 3. Le prêtre Jonathan,
' Vov. Actes des apôtres , 21, 38.
'Tacite ( HiU., V , 9 Util , en parlant de Félix : Per omnem siPvitiam ac libidinem , jus regiiim servili ingénia exercuit. Comparez le même auteur. Annal., XII, 54.
^ Actes des apôtres, 24 , 27.
homme influent, qui avait lui-même demandé à l'empereur d'envo\er Félix comme gouverneur eu Jud<;e, s'attira la haine de cet homme pervers en l'exhortant souvent à chani^er de conduite et à exercer avec plus de modération et de justice les fonctions qui lui avaient été confiées. Félix, pour se débarrasser de Jonathan qui avait été nommé granrl prêtre ' , parvint à corrompre, par des promesses d'argent, un certain Dora, intime ami de Jonathan, qu'il engagea à le faire périr, et bientôt le digne pontife expira sous les coups d'un sica ire. Ce meurtre, resté impuni, rendit la bande des sicaires de plus en plus hardie; chaque jour on comptait de nouvelles victimes.
Des troubles très-graves éclatèrent à Césarée par suite d'une querelle entre les Juifs et les Grecs syriens de cette ville , au sujet du droit de bourgeoisie. Les Juifs prétendirent être les maîtres d'une ville bâtie par un de leurs rois; les Grecs invoquèrent leur droit d'ancienneté, ayant habité la ville, lorsqu'elle s'appelait encore Tour de Straton. Les Juifs firent valoir leurs droits les armes à la main ; mais Félix envoya contre eux ses soldats , qui en tuèrent beaucoup dans les rues de Cesarée, et pillèrent leurs maisons. Enfin, sur la proposition des chefs des Juifs, Félix autorisa les deux partis à envoyer des députés à Rome , pour plaider leur cause devant Néron.
A la même époque (59-60), Agrippa donna le pontificat à Ismaël , fils de Phabi , qui déjà avait été grand prêtre sous le gouverneur Gratus (p. 563). 1/
' Joaèphe attribue à Jonathan le titre de grand prêtre ( Antiqu. , XX , 8, 5; Guerre des Juifs ,11,13,3), quoiqu'il ne parle nulle part de sa nomination. Il fut probatjlemi'nt le successeur de Hanania , de sorte que sa nomination et sa mort tomberaient dans les dernières années de Félix ; car, selon les Actes des apôtres (24, l\ Hanania fonctionnait encore lors de l'emprisonnement de l'apôtre Paul. .\u reste Joséphe, en comptant vingthuit grands prêtres , depuis le commencement du ré^ne d'Hérode jusqu'à la destruction de Jérusalem , dut nécessairement comprendre Jonathan dans ce nombre , comme l'a démontré Reland. Voy. Joséphe, ediUoa de Havercamp, 1. 1 , p. 972, note q.
L'UNIVERS
existait alors de graves mésintt.Iligences entre les cfiefs des diverses classes sacerdotales et les prêtres inférieurs. Les chefs envoyaient leurs gens chez les propriétaires, pour s'emparer violemment des dîmes dues aux prêtres ; la distribution ne se faisait pas avec l'équité convenable, et les prêtres communs, qui se trouvaient souvent réduits à une profonde misère, mouraient de faim '. Les habitants de Jérusalem prirent fait et cause pour les malheureux prêtres ; ce qui excita souvent de graves désordres. Ismaël ne fit rien, ou ne put rien faire, pour changer cet état de choses , ce qui est une preuve de l'anarchie qui régnait alors à Jérusalem.
L'an 60 ou 01 . Félix fut rappelé et remplacé par Porcius Festus.Les Juifs de Césarée envoyèrent une députation à Rome , pour accuser Félix devant l'empereur; mais Pallas, qui alors était tout-puissant près de Néron, parvint par ses supplications à faire absoudre son frère. En même temps , les Juifs éprouvèrent un échec bien plus grave encore. Les députés syriens de Césarée ayant gagné, par de l'argent, Rurrhus , qui avait été le gouverneur de Néron , obtinrent un décret impérial qui dépouilla les Juifs de Césarée du droit de bourgeoisie. De ce funeste décret naquirent des séditions continuelles, qui finirent par insurger tout le pays contre les Romains.
Festus, obligé de sévir contre les brigands, les sicaires et les faux Messies, en fit mourir un grand nombre. Un imposteur, qui s'était créé une foule de partisans, fut vaincu par les troupes romaines, qui tuèrent le faux prophète, ainsi que ceux qu'il était parvenu à séduire.
Agrippa lui-même, qui résidait alors à Jérusalem , excita quelques mouvements, en élevant près du Xijstus (p 44),danslechâteaud'Hérode,surle mont Sion , un édifice du haut duquel il pouvait observer ce qui se passait dans la cour intérieure du Temple.
■ Voy. Josèphe, Antiqu. XX, 18, 8; 9, 2 ; Thalmud de Babylone , traité Pesachim , fol. 57 a.
Les Juifs, et notamment les prêtres, y virent une profanation des cérémonies sacrées qui ne devaient être- vues que parles prêtres seuls; pour en dérober l'aspect au roi Agrippa, ils élevèrent une haute muraille a l'occident du Temple. Cette muraille masquait , en même temps, le portique occidental où se tenait la garde romaine, pendant les jours de fête. Festus etleroi Agrippa en furent également indignés. En vain le gouverneur donna ordre d'abattre cette muraille; lesJuifs refusèrent d'obéir et voulurent en appeler à l'empereur. Festus leur ayant permis d'envoyer une députation auprès de Néron, dix des principaux habitants de Jérusalem partirent pour Rome, ayant à leur tête le grand prêtre Ismaël et Hilkia, trésorier du Temple. Sur la demande de l'impératrice Poppée, qui était favorable aux Juifs, Néron ordonna que la muraille fut conservée; les députés retournèrent à Jérusalem , à l'exception d'Ismaël et de Hilkia, retenus par Néron comme otages.
Agrippa remplaça le grand prêtre Ismaël par JosepK Cabi , fils de Simon.
Festus étant mort en Judée (63), Néron lui donna pour successeur Albinus. En même temps, Agrippa ôtale pontificat à Joseph pour le donner à Hanan, fils de l'ancien grand prêtre du même nom. Hanan le père eut le rare bonheur, après avoir été lui-même grand prêtre, d'avoir cinq fils, qui tous furent revêtus de cette haute dignité, savoir, Éléazar, Jonathan, Théophile, Mathias et Hanan. Ce dernier appartenait à la secte des Sadducéens , et se faisait remarquer par sa dureté et sa sévérité. Avant l'arrivée d'Albinus, H profita de sa position pour convoquer un synédrium et faire juger et lapider quelques transgresseurs de la loi, et entre autres Jacques, frère de Jésus- i Christ. Cet acte arbitraire excita des murmures parmi les citoyens paisibles et les plus rigides observateurs des \ lois , qui envoyèrent secrètement une \ députation à Agrippa pour le prier de j faire des remontrances a Hanan, afin que de pareils actes ne se renouvelas- i sent plus. Une autre députation alla !