‹ Palestine: Description géographique, historique, et archéologiqueChapitre 88 sur 106 · IS · texte numérisé non relu

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au-devant d'j\ibiniis, pour lui dénoncer Hanan qui n'avait pas le droit de faire rendre des sentences de mort, sans l'autorisation du gouvernement romain. Albinusécrivit une lettre, pleine de menaces, à Hanan, auquel Agrippa retira le pontiGcat, qu'il n'avait possédé que pendant trois mois; Jésus, fils de Damnée, le remplaça.

La méchanceté et la basse cupidité d'Albinus ne connurent point de bornes; il affecta, il est vrai, de sévir contre les brigands et les sicaires, et en fit tuer un grand nombre; mais il ne voyait de vrais coupables que dans ceux "qui n'avaient pas les moyens de se racheter. Les plus grands criminels étaient surs d'être absous , dès qu'ils pouvaient offrir à Albinus de grosses sommesd'argent. Tous ceux qui étaient entraînés par de mauvaises passions et qui espéraient profiter des troubles civils, se rangeaient sous le drapeau de quelque riche brigand et s'assuraient ainsi la protection du gouverneur, qu'on pouvait considérer comme le chef de tous les brigands. L'ancien grand prêtre Hanauia , un de ceux qui s'étaient enrichis en s'emparant des revenusdes prêtres communs, exerçait ses violences, en toute sécurité, sous la protection d'Albinus, à qui il faisait de riches présents. Hanania fit même relâcher plusieurs brigands et sicaires, pour se faire rendre le secrétaire de son fils Éléazar, commandant du Temple, qui avait été saisi par une bande de malfaiteurs. Les brigands usaient souvent de semblables moyens pour faire mettre en liberté leurs camarades. Albinus augmenta encore ses brigandages en levant des impôts extraordinaires.

Au milieu de cescalamités, Agrippa, à l'imitation de son père , dépensa des sommes énormes pour élever toute sorte d'édifices ; non-seulement il embellit la ville de Panéas , ou Césarée de Philippe, à laquelle il donna le nom de Néroîiias , mais il donna aussi à la ville de Béryte un nouveau théâtre et une foule de statues , et distribua à la population des blés et de l'huile, ce

3ui ne pouvait que lui attirer la haine eses compatriotes juifs. 11 excita des

37' Livraison. CPalestine.)

troubles à Jérusalem, en ôtant subitement le pontificat à Jésus, fils de Damnée , pour le donner à Jésus , fils de Gamaliel ou Gamala'. Josèphe, peut-être pour ménager Agrippa, ne nous dit pas les motifs de ce brustj-.ie changement; mais nous savons, par ,e Thalmud , que Jésus , ou Josué , fils de Gamala. avait épousé une riche veuve, appelée Marthe, fille de Boëthus, et quecelle-cidonnaà Agrippa une grande somme d'argent pour faire nommer son mari grand prêtre ^ Jésus, fils de Damnée, ne voulut pas céder la place à son successeur, ce qui occasionna des querelles et des luttes violentes; mais enfin, la victoire resta aux partisans de Jésus , fils de Gamala. Au milieu de ces désordres, les lévites musiciens et chanteurs demandèrent à Agrippa d'obtenir, en leur faveur, une décision synédriale, qui leur perml't de porter la tunique de lin, à l'égal des prêtres ; cette demande ayant été accordée , beaucoup de lévites des autres classes demandèrent et obtinrent d'entrer dans celle des musiciens.

Vers cette époque (64) , tous les édifices extérieurs du Temple , auxquels on avait continué à travailler depuis le temps d'Hérode, furent complètement achevés. Plus de dix-huit mille ouvriers se trouvèrent alors sans travail, ce qui, dans ces temps de troubles , dut causer de vives inquiétudes à la population. Les habitants de Jérusalem , pour doimer de l'occupation aux ouvriers et, en même temps, pour employer utilement les fonds du Temple et les soustraire à la cupi lité des Romains, demandèrent à Agrippa

' Voy. Josi''phe. Antiqu. XX, 9,4; Fie de Josè'phe, ch. 38 et 41.

' Voy. Tlialmud de Babylone , Yeva- 7nolh,'{o\. 61 a; Ynma , fol.'^ 18 o. Le roi Jaunie, dont on parle dans ces passages, n'est autre qu'Agrippa II; car la riche Marthe mourut misérablement de faim, lors du dernier siège de Jérusalem. Thalmud de Bab., Cuiltiii, fol. 5G a. Le Thalmud vante Josue fils de Gamala pour avoir donné de prand» développements à rinstruction puhli(|up, en fondant dans toutes les villes des écoles élémentaires ou les enfaids étaient reçus depui» l'âge de six ou sept ans. Bava balhra, fol 21 a.

L'UiMVERS.

( qui , avec le droit de nommer les grands prêtres, possédait aussi l'administration supérieure du Temple) de faire restaurer le portique oriental de l'enceinte extérieure, ainsi que ses immenses fondements, qui remontaient àuneliauteantiquité, puisqu'on les croyait être du temps de Salomon.

Agrippa, y ayant réfléchi, trouva que ce serait un travail trop long et trop difficile, et, pour occuper les ouvriers, il fit paver la capitale de pierres blanches. A la même époque, il ôta à Jésus,filsdeGamala, ladignitéde grand prêtre et en revêtit IMathias, fils de Théophile, sous lequel éclata la guerre contre les Romains.

Albinus, informé que Néron allait lui donner un successeur, ne voulut pas quitter la Judée sans se vanter d'avoir rendu au pays un service signalé. 11 fit donc mettre à mort les plus criminels d'entre les brigands qu'il avait fait saisir; mais, en même temps, il relâcha, pour de l'argent, tous ceux qui étaient accusés decrimes moins graves; de sorte que le pays fut de nouveau infesté par les malfaiteurs.

Albinus eut pour successeur Gessius Florus (G5). I.e nouveau gouverneur se conduisit de manière à faire regretter même un Albinus; sa cruauté était sans exemple et sa cupidité insatiable ; il protégeait ouvertement tous les brigands, pourvu qu'ils consentissent à partager avec lui leurs rapines. 11 mit la Judée dans une situation terrible , et les habitants émigrèrent en grand nombre. Sa femme Cléopâtre, qui était une amie intime de l'impératrice Poppée, avait contribué à le faire nommer gouverneur; comptant sur la protection de Poppée, il crut pouvoir impunément commettre les crimes les plus abominables. Peu de temps avant la Pàque, Cestius Gallus, gouverneur de Syrie, étant venu à Jérusalem, se vit entouré par la foule immense assemblée pour la célébration de cette fête '; on le supplia d'avoir pitié de la profonde misère dans laquelle Florus avait

' Selon Josèphe (Guerre des Juifs, II, 14 , 3) , il y avait alors trois millions d'àines a Jérusalem.

jeté le pays. A ces plaintes du peuple, Florus, qui était présent, n'o|)posa qu'un riresardonique. Cestius se contenta de fiire de vaines promesses et partit pour Aiitioche; Florus l'accompagna jusqu'à Césarée et profita de ce voyage pour tromper son chef par des rapports mensongers. Le lâche tyran employa tous les moyens pour exciter les Juifs à une révolte ouverte , pensant par là faire oublier ses crimes. Il n'y réussit que trop bien, et sa tyrannie fit éclater cette funeste insurrection qui amena une des plus terrihles catastrophes, dont l'histoire nous ait conservé la mémoire.

4. Insurrection générale des Juifs et destruction de Jérusalem.

Le décret impérial qui dépouilla les Juifs de Césarée du droit de bourgeoisie, en accordant ce privilège aux Grecs et aux Syriens, venait d'être promulgué dans cette ville ( avril-mai 65). Un Grec, qui y possédait un terrain près d'une synagogue, y fit construire, malgré l'opposition des Juifs, des ateliers qui gênaient la circulation , de sorte que les Juifs ne pouvaient aborder qu'avec peine leur lieu de réunion. Un publicain, nommé Jean , et quelques autres Juifs de Césarée se rendirent auprès de Florus, et lui donnèrent huit talents pour l'engager à empêcher les constructions de ce Grec; Florus accepta l'argent, mais partit, le même jour, pour Samarie , sans rien faire pour les Juifs. Le lendemain , qui était un jour de sabbat, un Grec, pour scandaliser les Juifs, sacrifia quelques oiseaux devant la porte de la synagogue, voulant faire allusion au sacrifice ordonné par Moïse pour la purification des lépreux. Cet acte inconvenant causa un grand tumulte; de part et d'autre on prit les armes et un combat s'engagea. Jucundus, chef de la cavalerie romaine, qui vint rétablir la paix , fut repoussé par les Grecs ; les Juifs sortirent de la ville et se retirèrent dans la contrée de Narbate, à soixante stades de Césarée , emportant avec eux k livre de la Loi. Le publicain Jean tl

quelques autres Juifs de distinction ie rendirent à Samarie , pour se plaindre à Florus; mais celui-ci les fit mettre en prison, sous prétexte d'avoir causé des troubles en faisant emporter de Césarée le livre de la Loi.

La conduite infâme de Florus excita à Jérusalem une indignation générale. Pour irriter encore davantage les habitants de cette ville et les pousser à une révolte ouverte , Florus fit prendre, dansle trésor duTemple, dixsept talents , dont il avait besoin, disait-il , pour le service de l'empereur. Cet acte excita une violente émeute à Jérusalem. Le peuple poussa des imprécations contre Florus , et quelques Juifs, pour insulter cet homme cupide, allèrent quêter dans la foule et demandèrentraumône pour le pauvre et viisévable Florus. Le gouverneur vint lui-même à Jérusalem; les habitants paisibles allèrent au-devant de lui, pour le saluer par des acclamations; mais il fit dissiper la foule par ses cavaliers et demanda qu'on lui livrât ceux qui l'avaient insulté. Le lendemain, personne n'étant venu dénoncer les coupables devant son tribunal , il donna ordre à ses bandes d'envahir une des principales places de la haute ville pour la piller; les farouches soldats se répandirent dans toutes les rues de Jérusalem, pénétrèrent dans les maisons , se livrèrent au pillage , massacrèrent les habitants paisibles et même les femmes et les enfants. Trois mille six cents victimes tombèrent en ce jour ' ; Florus osa même faire saisir quelques Juifs qui avaient le titre de chevalier romain et les faire flageller et crucifier. Bérénice, sœur d' Agrippa , qui était alors à Jérusalem, pour accomplir un vœu, se rendit nu-pieds auprès de Florus, pour le prier d'arrêter le massacre; mais le barbare resta sourd a ses prières, et ce ne fut qu'avec peine qu'elle échappa elle-même au fer des assassins. Agrippa était alors à Alexandrie, où il était allé compli-

' Ce fut, selon Josèplie, le 16 Artemisius ou lyy&r (avril-mai).

menter l'apostat Tibère Alexandre, nommé gouverneur d'Éizypte.

Le lendemain, les prêtres et d'autres personnages de distinction se présentèrent sur la place publique vêtus de deuil, et cherchèrent à consoler le peuple qui pleurait les morts et à calmer son effervescence. Florus, impatient de voir recommencer les troubles, exigea que le peuple , pour donner une marque de sa soumission, allât au-devant des deux cohortes qui devaient arriver de Césarée et les saluât par des acclamations. Le peuple, sur les prières des prêtres et des grands, se soumità cette humiliation; mais Florus eut soin de faire dire aux centurions des deux cohortes que les soldats ne répondissent pas aux saluts des Juifs. Ceux-ci, voyant que leurs acclamations étaient accueillies avec indifférence et avec mépris, manifestèrent hautement leur indignation de la trahison de Florus. Alors les soldats romains chargèrent le peuple; un grand nombre de Juifs furent massacrés par les Romains, et les fugitifs furent étouffés dans la foule ou écrasés sous les pieds des chevaux. Les Romains poursuivirent les Juifs à travers le quartier de Bezetha et voulurent s'emparer du château Antonia, et du Temple, où Florusse disposait à les rejoindre avec les troupes de la ville; mais les habitants de Jérusalem, montés sur les toits , les accablèrent de pierres et de flèches et leur opposèrent une résistance tellement vigoiireuse, qu'ils furent obligés de se retirer. Les zélateurs ou patriotes juifs occupèrent aussitôt l'enceinte du Temple et démolirent le portique qui conduisait de là au château Antonia. Florus quitta Jérusalem, laissant à la disposition des prêtres, qui promirent de rétablir la tranquillité, une des cohortes qui n'avaient pas combattu contre les Juifs.

De retour a Césarée, il fit à Cestius Gallus un rapport mensonger sur les événements qui venaientde se passer.

Bérénice et les grands de Jérusalem écrivirent également à Cestius, pour lui faire connaître les infamies de

L'UNIVERS

Floriis. Le gouverneur envoya à Jérusalem un ùe ses capitaines pour faire une enquête impartiale. A Jamnia, l'envoyé de Cestius rencontra le roi Agrippa, qui venait d'arriver d'Alexandrie, et ils partirent ensemble pour In capitale, où Agrippa espérait rétablir l'ordre. L'aspect de la ville, la désolation qui régnait partout, les cris des femmes des victimes et le deuil général ne laissèrent pas de doute sur les violences inouïes exercées par Florus. Le peuple demanda instamment à Agrippa d'envoyer une députation auprès de l'empereur pour accuser le tyran; mais Agrippa craignit les dangers d'une pareille dé-, marche. Dans un long discours, il fit comprendre au peuple combien il serait insensé de faire une levée de boucliers contre la redoutable puissance de Rome , et énuméra toutes les nations qui , malgré les forces dont elles disposaient, s'étaient soumises à l'empire ; il blâma ceux qui parlaient de liberté et d'indépendance, et qui cependant prétendaient n'en vouloir qu'à Florus, accusa les uns d'inexpérience ou d'un zèle mal entendu, les autres de projets ambitieux et du désir d'opprimer et d'exploiter les faibles qui se fiaient à eux , et engagea les modérés à séparer leur cause de Celle des rebelles et à se montrer soumis à l'empereur. Le discours d'Agrippa fit une profonde impression sur le peuple, qui consentit à payer au gouvernement l'arriéré des impôts et à rétablir la communication entre le Temple et le château. Mais bientôt Agrippa excita la fureur du peuple en l'engageant à obéir à Fiorus jusqu'à l'arrivée d'un nouveau gouverneur ; au nom de Florus les murmures éclatèrent de toutes parts, on fit signifier à Agrippa de quitter la ville, et on alla même jusqu'à lancer des pierres contre lui. Agrippa abandonna la malheureuse ville à son sort, et se retira dans son royaume.

Pour comble de malheur, la division qui, depuis des siècles, avait régné parmi les Juifs, et qui avait été la cause principale de leurs malheurs,

éclata avec une nouvelle force, et fe danger commun ne put rétablir la paix à l'intérieur. Les uns , reconnaissant l'impossibilité de lutter longtemps avec avantage contre les Romains, étairnt portés à la modération et recommandaient les mesures sages; ce parti se composait principal-'ment des Sadducéens, des hommes ric'ies, et comptait aussi dans son sein les Pharisiens les plus considérables, qui prévoyaient la destruction du sanctuaire central , symbole de l'unité du peuple juif. Les autres aimaient mieux tout sacrifier que de rester soumis à une puissance étrangère ; à la tête de ce parti on voyait les patriotes exaltés, héritiers des principes de Juda le Galiléen et qu'on appelait les Zélateurs.

Les masses, qui n'avaient rien à perdre, et tous ceux que leur obscurité même mettait à l'abri de la vengeance de l'empereur, suivaient l'impulsion des zélateurs. Ce parti redoutable eut le dessus; les zélateurs s'emparèrent de la forteresse de Masada , dont ils massacrèrent la garnison romaine. A Jérusalem , le commandant du Temple, Éléazar , fils de Hanania, déclara que les sacrifices des païens ne devaient pas être offerts sur l'autel de Jéhova, et on cessa, dès lors, d'offrir des victimes pour l'empereur et les Romains , comme on l'avait fait jusqu'alors. Les modérés , afin de montrer au gouvernement romain qu'ils n'avaient aucune part à ces violences , s'adressèrent à Florus et à Agrippa pour leur demander des secours contre les rebelles. Florus, trop content de voir si bien réussir ses machinations, ne fit aucune réponse ; Agrippa envoya trois mille cavaliers au secours des modérés. Ceux-ci prirent possession de la haute ville, taudis que les zélateurs , fortifiés par les brigands et lessicaires, occupèrent le Temple et la basse ville. La guerre civile recommença au mois d'Ab (juillet-août) de l'an 65.

Les deux partis se firent pendant sept jours une petite guerre, sans qu'aucun des deux remportât un avantage signalé. Le huitième jour était une fête; c'était le 15 Ab, jour auquel les

prêtres et le peuple offraient du bois au Temple pour entretenir le feu des sacrilices '. Les zélateurs refusèrent à leurs adversaires l'entrée du Temple ; une lutte s'engagea par suite de laquelle les zélateurs se rendirent maîtres de la haute ville et brûlèrent les p;iljis d'Agrippa, de Bérénice et du prêtre Hanaiiia. Ensuite ils mirent le l'eu aux archives, afln de détruire tous les titres de créances qui y étaient déposés, et d'attirer par là les débiteurs dans leur parti. Le lendemain, ils attaquèrent le château Antonia; ils s'en rendirent maîtres au bout de deux jours et massacrèrent la garnison romaine. Les modérés s'étaient réfugiés dans le palais d'Hérode, où ils firent une résistance vigoureuse. Menahem, petit-fils de Juda le Galiléen, se rendit à -Masada, avec quelques autres zélateurs. L'arsenal du roi Hérode , qui était dans celte ville, lui fournit des armes en grande quantité; il arma ses partisans et un grand nombre de brigands, à la tête desquels il fit son entrée triomphale dans Jérusalem , et assiégea le palais d'Hérode. Les assaillants parvinrent à renverser une tour; mais lorsqu'ils voulurent pénétrer dans le palais, ils se virent arrêtes , à leur grand désappointement, par un mur que les assiégés avaient eu le temps d'élever en dedans. Une capitulation s'ensuivit, et les assiégés, à l'exception des soldats ï^viains, purent se retirer librement. Les Romains se réfugièrent dans les trois tours de l'ancienne muraille (p. 46); ceux qui n'avaient pu s'enfuir furent mis à mort par les zélateurs, qui entrèrent dans le palais le 6 Éloul (aoiit-septembre) ?t y mirent le feu. Le lendemain, le

' Il est question de ces offrandes dans le ivre de Nehemia (10, 35; 13,31). Selon les .Mbbins, diverses familles offraient le boisa Aiur de rôle; neuf jours de l'année étaient i\és pour ces offrandes, et cinq de ces l'Urs tombaient dans le moisd'Ab. Voy. Mischla, deuxième partie, traité Thaaii ith , ch. s .^ 5. Le 15 Ab était le plus solennel des ; iirs destinés aux offrandes du bois; voy. '•■•i-ijhiUalh ThtuinUh, cil. 5. — Joseplie ^iiierre des Jiiifi, H , 17, 7) dit, par inadertance, que le lendemain de ce jour était

e 15 Loûs (Ah

prêtre Hanania et son frère Ezéehias, qu'on trouva cachés dans un aqueduc , furent massacrés par les brigands.

Bientôt Éléazar, pénétrant les vues ambitieuses de Menahem, qui se conduisait en roi , mit un terme à la tyrannie de ce chef ; appuyé par une partie des zélateurs et par le peuple, il attaqua Menahem et ses partisans dans le parvis du Temple et en fit un grand carnage. Le peu qui s'en échappa s'enfuit à Masada, ainsi qu'un parent de Menahem, un certain Éléazar, fils de Jaïr, qui plus tard se fit le chef des zélateurs à Masada. Menahem, qui s'était lâchement dérobé, fut découvert dans un lieu de la place Ophia , où il s'était caché, et fut mis à mort.

Les soldats romains, serrés de près dans les tours, demandèrent à capituler, et les zélateurs leur promirent, sous la foi du serment , de les laisser partir; mais, quand les Romains eurent déposé les armes, les gens d'Éléazar se jetèrent traîtreusement sur eux et les massacrèrent. Un seul, le centurion Métdius, sauva sa vie en promettant d'embrasser le judaïsme. Cet horrible parjure, commis un jour de sabbat, répandit le deuil et la consternation dans Jérusalem; une action aussi atroce était sans exemple dans l'histoire des Juifs. Il était évident que, parmi les zélateurs, qui prétendaient combattre pour Dieu et la religion, il y avait des gens qui foulaient aux pieds les lois morales et religieuses et étaient entraînés par les plus farouches passions. Le peuple de Jérusalem tremblait d'être frappé par la vengeance du ciel.

Le même jour, à la même heure, les Grecs et les Syriens de Césarée, animés par Florus , massacrèrent les Juifs de cette ville, au nombre de vingt mille; ceux qui purent s'enfuir furent pris par les soldats de Florus et envoyés aux galères. A la nouvelle de cet horrible massacre, l'insurrection devint générale, et chaque ville fut changéeen un champ de bataille. Des bandes d'insurgés parcoururent le pays. Les principales villes de la Pérée, habitées par des Syriens et des Grecs, furent rava-

L'UNIVERS

gées par les rebelles juifs, de même que Kedasa (Kedès), en Galilée, Ptolémaïde, Samarieet Ascalon; Anthédon et Gaza furent détruites de fond en comble. Les Syriens de leur côté, là où ils étaient les plus forts, massacrèrent les Juifs. A Scythopolis, les babitants juifs se joignirent d'abord aux Syriens pour repousser l'attaque des insurgés; mais les Syriens, se méfiant des Juifs , les forcèrent de quitter la ville et de se retirer dans un bois voisin. Après y être restés deux jours dans un calme profond, ils furent surpris, pendant la nuit, par les Syriens et massacrés , ainsi que leurs femmes et leurs enfants , au nombre de treize mille. Un certain Simon , homme d'une force prodigieuse et d'un grand courage, avait fait beaucoup de mal aux insurgés qui étaient devant Scythopolis; près d'être égorgé par ceux-là même qu'il avait défendus, il y vit un juste châtiment du ciel pour avoir pris les armes contre ses propres frères. Il voulut épargner à lui-même et à sa famille l'ignominie de tomber par les mains des traîtres Syriens, et après avoir jeté un regard mêlé de fureur et de pitié sur les membres de sa famille , il égorgea , de sa propre main, son père, sa mère, sa femme et ses enfants, et se plongea ensuite son épée dans le corps.

IMême dans le royaume d'Agrippa, les Juifs coururent de grands dangers et manquèrent d'être entraînés dans les troubles de la guerre civile, par les intrigues et les violences de Noarus ou Varus , parent de Sohem , roi d'Iturée, qu'Agrippa, en se rendant auprès de Cestius, avait nommé gouverneur de son royaume. Ce traître ayant attiré auprès de lui soixante-dix des principaux Juifs de Batanée, les lit massacrer, et chercha à faire croire que les Juifs du royaume d'Agrippa voulaient prendre part à l'insurrection contre les Romains. Ses projets furent déjoués par Philippe, général d'Agrippa, qui avait pu s'échapper de Jérusalem, où il s'était trouvé au nombre des assiégés dans le palais d'Hérode '.

' Yoy. Josèphe, Guerre des Juifs, II,

Les Juifs des pays voisins partagèrent le sort de leurs frères de Palestine. A Alexandrie, où lescruautés des Grecs les avaient poussés à la sédition, les légions de Tibère Alexandre et la populace grecque en égorgèrent près de cinquante mille.

Les zélateurs, sur divers points, remportèrent des avantages sur les garnisons romaines; celle de Cypros, près de Jéricho, fut passée au fil de l'épée, celle de Mâcherons obtint une capitulation. Cestius Gallus ne put rester plus longtemps oisif spectateur de toutes ces scènes de désordre et de carnage; il partit d'Antioche avec la douzième légion tout entière et deux mille hommes d'élite qu'il avait pris dans les autres légions. Antiochus, roi de Comagène, Sohem, roi d'Iturée, et Agrippa qui l'accompagna en personne, lui fournirent un grand nombre de troupes auxiliaires. Avec cette armée considérable, il pénétra en Galilée, en passant par Ptolémaïde, occupa la ville de Zabulon, qui avait été abandonnée par ses habitants, et y fit mettre le feu. Laissant ensuite au général Gallus le soin de soumettre la Galilée, il se dirigea vers la côte et ravagea Joppé, où huit mille quatre cents Juifs perdirent la vie , et la contrée de Narbate, près de Césarée, tandis que Gallus, devenu maître de Séphoris, qui lui ouvrit ses portes, occupa toute la Galilée. Réunissant ensuite leurs forces, Cestius et Gallus prirent Antipatris et Lydda , dont presque tous les habitants s'étaient rendus à Jérusalem pour la fête des Tabernacles , et bientôt les Romains campèrent près de Gabaon, à environ deux lieues de Jérusalem.

Les Juifs, oubliant la fête, ne petisèrent plus qu'à la défense de leur capitale; les nombreux pèlerins qui étaient alors assemblés à Jérusalem, grossirent

IS, e; Fie de Josèphe, ch. II. Il faut combiner les deux passages, qui racontent très-probablement le même fait. Josèptie, dans sa Biographie, parait avoir reclilié et complété, sur plusieurs points, le récit qu'il avait fait dans la Ginrre des Jiiifs.Voy. Josl, Hist. des Israclilrs depuis l'époque des Maccabces, 1. 11, appendice, p. 88—90.

PALESTIÎNE.

1" nombre des combattants. Une immense multitude se mit en marche, un jour de sabbat , et les Romains , attaqués avec impétuosité, furent forcés de se retirer àBeth-Horon,avecune perte de cinq cent quinze hommes. Le vaillant Simon, (ils de Gioras, un des chefs des zélateurs, poursuivit les fugitifs , dispersa l'arrière-gardedes Romains et leur prit beaucoup de bétes de somme qu'il ramena à Jérusalem.

Sur le conseil d'Agrippa, Cestius consentit à traiter avec les Juifs ; mais les deux envoyés d' A grippa furent reçus avec indignation par les zélateurs, qui tuèrent l'un et blessèrent l'autre dans sa fuite. Cestius marcha une seconde fois sur Jérusalem , et , après s'être arrêté trois jours à un endroit appeiéi'o/^A/Wiàseptstadesdelaville, il pénétra, le 30 Thischri (septembreoctobre), jusque dans le nouveau quartier de Bezetha , et força les Juifs de .*;e retirer dans l'intérieur de la ville, derrière la deuxième muraille. Cestius lit mettre le feu à la ville neuve qui environnait la colline de Bézetha; s'il eût aussitôt donné l'assaut, toute la ville était prise et la guerre Unie ; m.iis il en fut empêché par Tvrannius Priscus etquelquesautresofliciers, gagnés par l'argent de Florus, qui désirait prolonger la guerre. Un certain Hanan , Ois de Jonathan, engagea les amis de la paix à ouvrir les portes à Cestius ; celui-ci, se méfiant de cette offre, hésita , et les zélateurs, instruits du projet de Hanan , le précipitèrent , ainsi que ses partisans, du haut de la muraille. Les Romains se décidèrent alors à donner l'assaut ; après avoir vainement essayé, pendant cinq jours, h se frayer un passage dans la ville, ils commencèrent, le sixième jour, à miner la muraille, à l'abri d'une tortue (testudo ). Déjà les zélateurs, découragés, s'enfuyaient en

' Josèphe ( Guerre, II, 19, i) appelle cet endroit Ixôtto; [speculalor ), ce qui, sans doute, est la traduction du nom de Sopimm (spécula tores), par lequel U^ Thalmudi>tes flésiguent un endroit près de Jérusalem, d'où l'on pouvait découvrir la montagne du Temple. Voy. Thalm. de B(ibtjloiie,lra\\é Berat'toth, fol. 61 b, et passim ; comparez Joséplie, Guerre, V, 2, 3.

partie , et les modérés allaient ouvrir les portes aux Romains, lorscjuc Cestius , contre tonte raison, lit subitement sonner la retraite. Il faut supposer que Cestius , sur dis rapports vrais ou faux , craignit d'être attaqué parderrière. Aiorsles zélateurs, reprenant courage, tombèrent sur les Romains, qui se retirèrent dans leur camp, après avoir essuyé des pertes considérables. Le lendemain, les Romains furent encore harcelés en se retirant sur Gabaon ; Cestius y resta deux jours, indécis sur ce qu'il devait faire; pendant ce temps, le nombre des combattants juifs , qui occu[ èrent les hauteurs, augmenta de plus en plus. Les Romains voulurent retourner à Beth- Horon, mais ils furent battus en queue par les Juifs; poursuivis pendant plusieurs j(jurs dans les défilés , ils perdirent près de six mille hommes. Toute l'armée romaine fut près de périr, et ne put se dérober à la poursuite des Juifs qu'à la faveur de la nuit. Les Juifs s'emparèrent du bagage des Romains et des machines de guerre, dont ils surent se servir ensuite contre leurs ennemis. Cette défaite des Romains eut lieu le 8 Marheschwan (octobrenovembre) de la douzième année du règne de ^'éron (65). A la nouvelle du désastre des Romains , les habitants païens de Damas résolurent de se venger su ries Juifs. Craignant d'être trahis par les fennnes, qui [ires(]ue toutes professaient la religion juive (car le judaïsme avait fait alors beaucoup de prosélytes parnn les femmes païennes), ils tinrent secret leur projet sanguinaire. Sous un prétexte ils assemblèrent les Juifs sans armes dans le gymnase de Damas et les massacrèrent au nombre de dix mille.

La paix entre les Juifs et les Romains était devenue impos.^ible, et les modères eux-mêmes durent des lors se joindre aux patriotes exaltés et se préparer à une lutte acharnée, pour sauver leur patrie, s'il était possible, de la terrible catastropiie dont elle était menacée, ou trouver en combattant une mort glorieuse. Ceux-là seuls qui mettaient leurs intr rets personnels-

L'UNIVERS

au-dessus de la patrie , ou' qui r lierchaieut, dans sa ruine, la irisle satisfaction de voir triompher leurs opinions politiques ou reli<^ieuses , s'enfuirent au moment du danger. Les amis d'Agrippa trahirent ouvertement leur patrie, en passant du coté des llomains et en allant faire leur cour à Cestius et à l'empereur Néron. Au nombre des fugitifs se trouvèrent aussi les Juifs chrétiens, suivant le conseil que Jésus-Christ avait doimé à ses disciples (Matth. 24, 16). Préoccupés du royaume du ciel, qu'ils prenaient alors au sérieux, les chrétiens ne crurent pas devoir intervenir dans les choses terrestres et prendre part à la défense de leur malheureuse patrie; guidés par leur évéque Siméon, ils se retirèrent au delà du Jourdain, loin du bruit des armes, et cherchèrent un refuge dans la ville de Pella •.

Au milieu de l'agitation causée dans la capitale par les derniers événements, les gens oisifs et superstitieux s'entretenaient de toutes sortes de prodiges , qui , disait-on , s'étaient manifestés dans les derniers temps, et par lesquels on cherchait à deviner l'avenir. On prétendait avoir vu au-dessus de la ville une étoile en forme de glaive , et une comète qui était restée au ciel pendant une année entière. Avant le commencement de la guerre, vers la fête de la Pàque , on avait vu le Temple et l'autel , au milieu de la nuit , environnés d'une si grande lumière, qu'on se crut en p!einjour,etunefois,ànu'nuit, la porte deNicanor, qui était de bronze massif et que vingt hommes pouvaient à peine remuer, s'était subitement ouverted'elle-même. Un soir, on avait cru apercevoir des chariots et des troupes armées, qui parcouraient les airs et environnaient les villes. Une autre fois, à la fête de la Pentecôte, les prêtres, étant entrés dans le Temple, avant le jour, yavaient entendu un bruit confus et ensuite plusieurs voix qui s'écrièrent: Sortons d'ici '. — Sous le gouverneur

' Voy. Eusèbe, Hist. eccles. III, 5.

' Tacite (Hist. V , 13) parle ésa'emenl de ces prodiges, évidemment d'après Josèphe { Guerre des Juifs, VI, 5, 3 ;, et il blâme les

Albinus, tandis que Jérusalem était encore dans une paix profonde, un simple campagnard , nommé Jésus , étant venu célébrer la fête des Tabernacles, se mit à crier : « Voix de l'o- « rient , voix de l'occident , voix des « quatre vents; voix sur Jérusalem et « sur le Temple, voix sur les nouveaux « mariés et les nouvelles mariées, voix a sur tout le peuple. » Cet homme criait ainsi jour et nuit en parcourant les rues. Amené devant Albinus et déchiré par les verges, il ne se plaignit pas et ne pleura pas ; à chaque coup qu'on lui donnait, il répétait : Malheur, malheur à Jérusalem! Ces paroles étaient les seules qu'on l'entendît prononcer; car il ne parlait à personne; il ne maudissait pas ceux qui le frappaient , ni ne remerciait ceux qui lui offraient de la nourriture. Il n'interrompit point ses cris lugubres pendant tout le temps de la guerre et jusqu'au dernier siège de Jérusalem. A cette époque, un jour qu'il courait le long de la muraille , en s'écriant sans cesse : Malheur, malheur à la ville , et au peuple et au Temple! subitement il ajouta : Malheur à ynoi-même! et au même instant il fut tué d'une pierre lancée d'une machine par les Romains.

Les hon'.mes politiques et les guerriers ne s'effrayèrent pas des prodiges dont on les entretenait, ni des sinistres prophéties. Les zélateurs étaient parvenus à compromettre la nation tout entière, et, excepté ceux qui ne craignaient pas de braver l'ignominie de ia désertion, tous, par un accord unanime , s'occupèrent des mesures qu'exigeaient les circonstances. Dans une assemblée nationale, convoquée au parvis du Temple , on établit un gouvernement provisoire. Joseph , fils de Gorion, et Hanan, chef d'une des classes sacerdotales, furent nommés commandants de Jérusalem et chargés de remettre en bon état les fortifications. Jésus , fils de Sapphia , également chef d'une classe sacerdotale , et Éléazar, fils de l'ancien grand prêtre Hanania, furent envoyés comme gou-

Juifs d'y avoir attaché si peu d'importance.

verneurs en Idumée, ayant sous leurs ordres JNiger de Pérée, qui jusque-là avait gouverné cette province. Joseph, fils de Simon , fut envoyé comme commandant à Jéricho ; la Pérée fut conliée à Manassé, les districts de ïhamna. de I.ydda, de Joppé et d'Emmaùs à l'esïcnien Jean, et ceux de Gophna et d'Acrabatène à Jean , fils de Hanania.

Vn des postes les plus importants , le L'ouvernement delà hauteetde la basse Galilée et de Gamala, fut confié au prêtre Josèphe , fils de iMalhias , qui depuis devint célèbre , comme historien , sous le nom de Josép/ie ou Josephus Flavius ; c'est à lui que nous devons la connaissance de l'histoire des Juifs de ces temps. Voici quelques détails sur cet homme remarquable :

Josèphe, fils du prêtre Mathias ou jMatthathias , naquit à Jérusalem, dans la première année du règne de Caligula , l'an 37 de Tère chrétienne. Son père appartenait, comme la famille des Hasmonéens , à la première des vingtquatre classes ou éphémeries sacerdotales, qui était celledeJoïarib(l Chron.

24, 7); un de ses aïeux avait épousé la fille du grand prêtre Jonathan, fils de Matthathias le Hasmonéen, et sa mère descendit également de cette illustre famille. Son père lui fit donner de bonne heure une instruction solide, et, à coté des connaissances religieuses, il cultivait aussi les études profanes et notamment la littérature grecque, comme on le voit par les ouvrages qu'il composa plus tard. A Tâge de quatorze ans il fut consulte par les prêtres sur divers points difficiles de l'interprétation de la loi. Ayant examiné les doctrines des trois sectes religieuses, et désirant connaître , par sa propre expérience , la vie ascétique et contemplative des Esséniens , il se rendit , à l'âge de seize ans, auprès d'un célèbre anachorète, nommé Banoun, qui vivait dans le désert; il se fit le disciple de cet homme, et passa trois ans avec lui, s'imposant toutes sortes de privations et se livrant aux pratiques les plus austères. H sentit cependant que ce n'était pas là sa vocation, et, à l'àse de dixneuf ans, il revint a Jérusalem et em-

brassa les doctrines des Pharisiens, qui lui semblaient les plus conformesà l'esprit des lois mosaïques. Agé de vingtsix ans il fit un voyage à Rome, pour demander la mise en liberté de quelques prêtres, ses amis , que le gouverneur Félix y avait envoyés prisonniers. Miraculeusement sauvé d'un naufrage, il arriva à Puteoli (Puzzuolo), où il trouva un accueil hospitalier chez un comédien , nommé Aliturus , Juif de nation. Cet homme, qui était en faveur à la cour de Néron , recommanda Josèphe à l'impératrice Poppée, qui le combla d'honneurs et fit rendre la liberté aux prêtres juifs.

Lorsque Josèphe revint à Jérusalem, les germes de la révolte s'y étaient déjà développés et la guerre menaçait d'éclater. Convaincu qu'il était impossible de lutter avec avantage contre les Romains , il fit tout son possible pour conjurer l'orage, et se déclara ouvertement pour le parti de la paix. Les zélateurs ayant pris le dessus et s'étant emparés du château A ntonia,. Josèphe fut obligé de se cacher dans l'intérieur duTemple,d'oiàilneputsortirqu'après la mort de IMenahem. La défaite de Cestius et le massacre des Juifs dans les villes syriennes ayant forcé les modérés de faire cause commune avec les zélateurs, ils voulurent cependant éviter de prendre l'offensive, et leurs armements n'avaient pour but (jue d'obtenir de meilleures conditions de la part des Romains et d'être préparés à tout événement. Josèphe, coimu pour sa modération et son habileté, fut envoyé en Galilée, avec deux autres prêtres , Joazar et J udas ; ils avaient pour mission expresse d'y maintenir la paix, car on savait que le parti de la paix était encore très-fort en Galilée.

Josèphe qui, dans sa Guerre des Jui/siU, 20et2l j,nerendcompteque très-sommairement des mesures prises par lui en Galilée et des difficultés qu'il rencontra dans cette mission, y revient dans sa Biographie, où il "entre dans de longs détails , afin de se défendre contre les attaques dont il avait été l'objet de la part de Justus de Tibériade, qui avait également écrit Ibis-

L'UNIVERS

toire de cette puerre désastreuse.

L'animosité que .losèphe met dans sa justilication ()eut faire supposer que ses adversaires, à tort ou à raison, lui avaient reproché des fautes trèsgraves et avaient jeté des doutes sur sa sincérité et son patriotisme. On a pu reprocher à Josèphe d'avoir manifesté dans mainte occasion une tendance révolutionnaire qui convenait mal au parti de la paix qu'il prétend avoir toujours soutenu , et d'un autre c6té,d'avoirabandonnélacausedes patriotes, dès que, prisonnier des Romains, il se vit condamné à quitter la scène politique. Mais s'il est vrai peutêtre que la position que Josèphe occupait plus tard à Rome ne lui permettait pas de faire toujours connaître avec franchise les véritables motifs qui le faisaient agir lui-même et son paiti; s'il est vrai qu'il condamne trop légèrement les zélateurs en masse qui ne faisaiei/t que pousser à leur extrémité les principes constamment professés par les Piiarisiens, on n'a cependant aucun motif plausible pour mettre en doute la vérité des faits généraux racontés par Josèphe , et ce sont ces faits qui nous intéressent ici bien plus que le rôle individuel de quelques-uns des acteurs de ce drame. Notre sympathie et notre admiration sont pour le dévouement sublime de ces martyrs de la liberté, qui même, quand tout était déjà perdu, préférèrent la mort à la servitude; mais il faut les plaindre d'avoir été le jouet d'hommes ambitieux et pervers; car les chefs des zélateurs sont dépeints dans les traditions rabbiniques sous les mêmes couleurs noires que dans les écrits de Josèphe.

Quant a ce dernier, il faut lui reconnaître de l'habileté, de la présence d'esprit et du courage dans les moments du danger; dans son administration, disposant à l'âge de vingt-neuf ans d'un pouvoir absolu, il montrait à l'égard de ses adversaires cette douceur qui distinguait les Pharisiens et se lais5ait rarement entraîner par les circonstances à agir avec sévérité. Il aimait sincèrement sa patrie et était toujours jaloux de l'honneur national,

mais son patriotisme était froid et réfléchi ; il était capable d'exposer sa vie pour le salut de son pays , mais il n'avait pas assez d'enthousiasme pour en faire le sacrifice en faveur d'un principe, d'une idée qui ne pouvait plus avoir d'application réelle, et il s'est fait remarquer plutôt par sa Onesse et par sa flexibilité que par son exaltation. La carrière que nous allons le voir parcourir, comme homme politique et comme capitaine, est trèscourte, mais non sans gloire.

Josèphe, arrivé en Galilée, chercha tout d'ahord à gagner la confiance et l'affection des habitants, en conférant une partie de son autorité à leurs propres représentants. Il composa, d'après le modèle du Synédrium , un grand conseil de soixante-dix hommes, et établit dans chaque ville un tribunal composé de sept juges pour décider les affaires d'une moindre importance. Il s'occupa ensuite de mettre le pays en état de défense, fortifiant les principales villes , parmi lesquelles nous remarquons celles deTibériade, de Tariehée et de Gamala, qin faisaient partie du royaume d 'Agrippa; ce qui prouve qu'il y avait dans ces villes un fort parti pour défendre la cause nationaledes Juifs, etque le roi Agrippa, créature des Romains, y avait perdu tout son crédit. Même Séphoris , qui s'était rendue à Cestius, reconnut l'autorité de Josèphe. Ce gouverneur rassembla plus de cent mille hommes capables de porter les arme^; n'ayant pas le temps de leur faire faire les exercices nécessaires, il chercha à y suppléer par la discipline dont les Romains lui donnaient l'exemple, et en établissant un grand nombre de chefs qui pussent régler les mouvements des plus petites divisions et qui étaient commandés eux-mêmes par des officiers supérieurs. En peu de temps il parvint à créer une armée disciplinée de soixante mille hommes de pied; la cavalerie ne se composait que de deux cent cinquante hommes. Il avait, en outre, quatre millecinq cents étrangers à sa solde et une garde de six cents hommes.

PALESTIISE.

Les succès de Josèphe excitèrent la jalousie (Je Jean, flis de Lévi , un des habitants les plus riches et les plus influents de la ville de Giscliala, en Galilée. Cet homme, qui avait acijuis une grande fortune par des moyens peu honnêtes, rebâtit la ville de Gischala, qui avait été détruite par les Syriens et les Phéniciens des environs, et la fortifla à ses frais; ambitieux, méchant et artificieux , il ne craignit pas de calomnier Josèphe pour s'emparer luimêmedugouvernementdela province, et il fit répandre le bruit que les armements de Josèphe n'avaient d'autre but que de livrer la Galilée aux Romains. Il gagna le parti révolutionnaire de Tibériade et notamment Justus, fils de Pistus, le même qui, plus tard, écrivit contre Josèphe. Averti des menées de Jean, Josèphe se rendit à Tibériade avec deux cents hommes ; mais, pour échapper aux assassins de Jean, il fut obligé de se retirera Tariehée. Peu de temps après, quelques soldats ayant enlevé, sur la route, des effets de valeur appartenant à Agrippa et à Bérénice, Josèphe s'empara du butin dans l'intention de le restituer aux propriétaires. Cet acte devint le prétexte d'une nouvelle attaque contre Josèphe. Les révolutionnaires de Tibériade vinrent en masse à Tariehée; les gardes de Josèphe, qui avaient été gagnés , le quittèrent ()en(lant la nuit, et sa maison fut cernée par les rebelles. Josèphe, éveillé par un fidèle serviteur qui vint l'avertir du danger, se présenta devant la foule, les vêtements déchirés et la tête couverte de cendres , et promit de justifier sa conduite. Le peuple, touché de son airde suppliant, fit silence pour écouter le gouverneur, et celui-ci déclara qu'il s'était emparé du butin pour l'employer aux fortifications de Tariehée. Sur cette déclaration, tes mécontents se retirèrent en grande partie; mais les plus mutins poursuivirent Josèphe jusque dans sa maison et menacèrent d'y mettre le feu. Josèphe les harangua du haut du toit et leur demanda de lui envoyer quelquesuns des leurs pour s'entendre avec eux; les chefs des rebelles étant entrés chez

lui sans armes , il les fit saisir par ses gens , qui les déchirèrent à coups de fouet et lesrenvoyèrenttoutsanglants.

A leur vue, les rebelles furent tellement effrayés, qu'ils jetèrent leurs armes et s'enfuirent.

Une nouvelle révolte, qui éclata à Tibériade , fut également apaisée par la fermeté et la présence d'esprit de Josèphe. N'ayant pas alors assez de troupes à sa disposition , il s'embarqua sur le lac de Tibériade et se fit suivre par deux cent trente bateaux. Les rebelles de Tibériade, voyant de loin ces bateaux et croyant qu'ils amenaient des troupes nombreuses, déposèrent les armes. Josèphe, arrivé sur le rivage, demanda qu'on lui envoyât les hommes les plus considérables pour écouter leurs plaintes, et les ayant fait embarquer, il les envoya à Tariehée. Un certain Clitus lui" ayant été dénoncé comme chef de la révolte, Josèphe lui ordonna de se couper lui-même le bras gauche , sous peine de lui faire couper les deux bras, et le rebelle obéit en tremblant. Revenu à Tariehée, il usa de clémence envers les prisonniers; Justus et son père, qui étaient du nombre, furent même invités à la table du gouverneur, qui , après leur avoir fait des réprimandes paternelles, leur rendit la liberté. Jean de Gisehala , voyant ses complots déjoués, essaya alors d'user de rinfiuence de ses amis à Jérusalem pour faire destituer Josèphe par le Synédrium et se faire nommer lui-même gouverneur de Galilée ; mais toutes ses intrigues échouèrent contre la fermeté et l'adresse de Josèphe.

A Jérusalem et dans tout le midi on avait également déployé une grande activité; le prêtre Hanan et les autres autorités de Jérusalem travaillèrent avec zèle à préparer les moyens de défense. Les fortifications de la capitale furent remises en bon état; on fabriqua des flèches, des lances et des machines de guerre, et la jeunesse s'exerça aux armes. Les pnrtisans de la guerre, avides de combattre et fiers de la victoire remportée sur Cestius , s'empressèrent de marcher sur Asca-

L'UNIVERS

Ion , qui n'avait pour garnison qu'une cohorte d'infanterie et un escadron de cavalerie; mais l'attaque des Juifs échoua contre la tactique et la discipline des Romains, et les assaillants furent repoussés avec une perte de dix mille hommes. Deux de leurs chefs , Silas le Babylonien et l'essénien Jean , furent au nombre des morts. Les Juifs, revenus à la charge en plus grand nombre, tombèrent dans une embuscade et perdirent encore huit mille hommes; les autres prirent la fuite. Niger de Pérée, qui avait commandé les Juifs, se réfugia avec les débris de ses troupes dans une tour appelée Bézédel; les Romains y mirent le feu, et les Juifs périrent presque tous dans les flammes. Niger, qui s'était sauvé dans un souterrain, en sortit vivant après trois jours.

Simon, fils de Gioras , qui avait eu une grande part à ladéfaite de Cestius, faisait le tyran dans le district d'Acrabatèiie, sur les limites de la Samaiie, où il se rendait redoutable par ses brigandages. Le gouvernement de Jérusalem envoya "un détachement pour mettre un terme au désordre; à l'approche des troupes, Simon s'enfuit à Masada , et se joignit aux rebelles qui occupaient cette place , pour faire des excursions en Idumée.

Sur ces entrefaites, Néron, ayant fait un voyage en Achaïe (66) , y fut uiformé âes événements de la Palestine, par les envoyés de Cestius Gallus et d'Agrippa, qui présentèrent le gouverneur Florus comme la cause unique de tous les troubles. Néron confia le commandement en chef de l'armée de Syrie à Vespasien, qui s'était distingué par de brillantsfaits d'armes dans la Germanie et la Grande- Bretagne. Vespasien, qui se trouva en Achaïe auprès de l'empereur, passa l'Hellespont pour se rendre en Syrie par l'Asie Mineure, tandis qu'il envoya son fils Titus à Alexandrie pour y aller chercher la cinquième et la dixième légion et les amener en Palestine. A Antioche Vespasien trouva Agrippa , qui était venu lui amener ses troupes; ils se rendirent ensemble

à Ptolémaïde, où Titus vmt les rejoindre plus promptement que la mauvaise saison n'avait permis de l'espérer. Quelques petits rois des pays environnants, Antiochus de Comaçène, Sohem et l'Arabe Malchus, amenèrent des troupes auxiliaires, et, vers la fin de l'hiver de l'an 67, environ quinze ou seize mois après la défaite de Cestius Gallus ', une armée formidable, qui comptait plus de soixante mille hommes, fut prête à fondre sur la Palestine.

Le général romain Placidus préluda à la guerre par quelques excursions en Galilée et tua beaucoup de Juifs daiis les campagnes. Il essaya même une attaque contre Jotapat; cette ville, située sur un rocher escarpé entouré de profonds ravins, était la mieux fortifiée de toute la Galilée. Les Juifs sortirent au-devant de l'ennemi et le forcèrent de se retirer. Josèphe campa dans les environs deSéphoris, attendant un moment favorable pour s'emparer de cette ville, qui venait de se rendre aux Romains et de recevoir une garnison. Bientôt toute l'armée de Vespasien entra en Galilée; son approche répandit l'alarme parmi les soldats de Josèphe, qui se débandèrent. Josèphe fut obligé de se retirer àTibériade, où son arrivée répandit la consternation. Il écrivit au gouvernement de Jérusalem pour lui demander des secours ; mais, ayant appris que Vespasien s'était emparé de Ga-

' Les chronologistes ne sont pas d'accord sur le commencement de Tinsurrection des Juifs et sur la date de la défaite de Cestius Gallus ; les uns font commencer l'insurrection en C5, les autres eu G6. Il est certain que Vespasien commença ses opérations au printemps de l'an 67 ; or, en plaçant la défaite de Cestius en novembre 66 , il ne resterait que les quelques mois d'hiver pour les préparatifs et les actes de Josèphe en Galilée , ce qui manque de toute vraisemblance. Cette considération doit l'emporter sur certaines diflicultés chronologiques qu'on a fait remarquer dans le texte de Josèphe et que nous ne pouvons exposer ici. Nous plaçons donc l'insurrection contre Florus dans l'été 63, et la défaite de Cestius dans le mois de novembre de la même année; ce qui nous laisse un intervalle de quinze à seize mois pour les événements de l'administration de Josèphe et pour le rassemblement des troupes de Vespasien.

bara ' et qu'il se préparait à marclier sur Jotapat, le gouverneur de la Galilée crut devoir se rendre lui-même dans cette dernière ville pour la défendre en personne ; car avec elle toute la Galilée était perdue. Josèphe y arriva le 21 lyyar (avril-mai ). Bientôt après, Vespasien mit le siège devant cette forteresse qui n'était accessible que du côté du nord, où elle était défendue par une forte muraille. Josèphe était décidé à faire la résistance la plus vigoureuse ; son courage était digne de ses vaillants compagnons d'armes, et son génie inépuisable imagina chaque jour de nouveaux moyens de défense, qui étonnèrent les Romains, et dont les terribles effets ébranlèrent leur courage. Les Juifs flrent des prodiges de valeur; .«ouvent ils sortirent et détruisirent les travaux des ennemis. Quand les Romains furent parvenus à grand'peine a élever leurs ouvrages au niveau de la muraille, Josèphe fit hausser celle-ci de vingt coudées, en protégeant les soldats qui y travaillaient par de fraîches peaux de bœufs tendues sur des poutres qu'on avait érigées de distance en distance; les flèches et tous les projectiles lancés par les Romains glissèrent ou rebondirent, et le feu resta sans action sur ces peaux humides.

Vespasien renonça enfin à l'assaut, et résolut d'affamer la ville ; il avait appris qu'on y manquait surtout de sel et d'eau. Déjà Josèphe perdait courage, mais, sur les instances des liabitants , il prit l'offensive efforça ainsi Vespasien à recommencer la'lutte.J^es machines des Romains jouèrent, le grand bélier menaça de faire la brèche; mais Josèphe fit' suspendre à la muraille des sacs remplis de balle qui amortirent les coups. Les Romains ayant essayé de couper les sacs, les Juifs sortirent en fureur, et, en un clin d'œil, les ouvrages de l'ennemi furent

' Le texte de Josèphe ( Guerre ,111,7,1) porte Garfara; il faut lire sans doute Gal'iira, nom d'une des principales villes de la (lalilée {fie de Josèphe , ch. 25). Il .serait absurde de penser ici à Gadara , méiropole de la Pérée, qui d'ailleurs ne fut prise que plus tard. Guerre, IV , 7, 3.

dévorés par les flammes. Un ci rtain Kleazar, fils de Saméas, se distingua par un acte d'héroïsme sans exemple, qui le voua à une mort certaine. Lançant de toutes ses forces une énorme pierre contre le bélier, il en abattit la tête; il courut ensuite la ramasser en présence des ennemis, remonta au milieu d'une grêle de flèches qui le poursuivit et montra aux Romains la tête de leur bélier; mais bientôt il tomba percé de cinq flèches. Les Romains amenèrent un autre bélier; un terrible combat s'engagea et se prolongea bien avant dans la nuit; mais le courage de lion des assièges dut céder devant la force supérieure des Romains, et le lendemain matin, le 20 Siwan ( mai-juin) , on vit Tennemi prêt à monter sur la brèche. Déjà les Romains croyaient triompher ; mais les Juifs , trop faibles pour vaincre, étaient décidés à se vouer à la mort pour leur faire payer cher la victoire. Les soldats romains serrèrent leurs rangs, et montant à l'assaut sous l'abri d'un toit de boucliers, ils furent subitement inondés, par les Juifs, de flots d'huile bouillante; ce feu, pénétrant à travers les armiires des assaillants, en fit périr un grand nombre dans les plus horribles douleurs. Les derniers rangs continuant à monter, malgré le spectacle horrible qu'ils avaient devant les yeux, les Juifs, n'ayant plus d'huile, versèrent du fénugrec cuit sur les planches qui servaient de pont aux assaillants ; ceux-ci glissèrentettombèrent dansles fossés, s'écrasant les uns les autres ; d'autres périrent par les traits des Juifs. Le soir Vespasien fit sonner la retraite; l'armée romaine avait fait de grandes pertes; les Juifs n'avaient que six morts, mais ils comptèrent plus de trois cents blessés.

Cependant le courage des Romains n'était pas abattu , et la victoire des Juifs ne fit que retarder de quelques jours la chute de Jotapat. Vespasien fit élever de hauts remparts garnis de tours, d'où les archers et les frondeurs pussent attaquer les Juifs et les forcer de quitter la tnuraille, pendant

L'UNIVERS

que les autres troupes monteraient à l'assaut. Pendant ces préparatifs, un détachement fut envoyé par Vespasien contre une forteresse voisine, appelée Japha ; une partie de la ^arnisoù, encouragée par la résistance héroïque de Jotapat, alla au-devant des Romains. Les Juifs furent repoussés et poursuivis jusque dans la première «nceiate; aussitôt les habitants de Japha fermèrent aux fugitifs les portes de la deuxième muraille, de peur que les Romains n'y entrassent avec eux, et les malheureux , enfermés entre les deux murailles, furent égorgés par les Romains au nombre de douze mille. Les Romains, renforcés par un nouveau détachementsous le commandenientde Titus, ùh de Vespasien, se rendirent maîtres de Japha, le 25 Siwan. On combattit encore six heures dans les rues de la ville; les Romains massacrèrent tous les hommes, et emmenèrent les femmes et les enfants.

Deux jours après, les Samaritains, qui , également en révolte contre les Romains, s'étaient retranchés sur le mont Garizim et se trouvaient réduits à la dernière extrémité par la chaleur et le manque de vivres, furent attaqués par Céréalis, général de la cinquième légion ; refusant de se rendre , ils furent massacrés au nombre de onze mille six cents hommes.

Jotapat vit arriver sa dernière heure. Sur le conseil d'un transfuge qui avait fait connaître à Vespasien l'épuisement des assiégés, les Romains tentèrent un nouvel assaut de très-boa matin , à l'heure où les défenseurs de la ville se livraient au repos. Titus dirigea l'attaque. Les Romains, après avoir tué les gardes, se rendirent facilement maîtres de la muraille, qui n'était pas défendue, et pénétrèrent au milieu de la ville à la faveur d'un épais brouillard. Les habitants ne s'éveillèrent que pourvoir les glaives des ennemis levés sur leurs têtes ; une lutte désespérée s'engagea dans les rues. Reaucoup de Juifs se donnèrenteux-mêmes la mort; quelques uns opposèrent, dans une tour, une courte et vaine résistance.

Tous les habitants furent massacrés

sans ménagement, à l'exception des femmes et des petits enfants ; le nombre des morts, y compris ceux qui avaient succombé pendant le siège, se montait à quarante mille; on ne fit que douze cents prisonniers. Tel fut le terrible denoûment de cette lutte sanglante qui avait duré quarante jours ' ; ce fut le 1" Thammouz (juinjuillet) que les Romains prirent Jotapat. Après le massacre des habitants, lesfortificationsfurentraséesetla ville livrée aux flammes. Josèphe s'était réfugié, avec quarante de ses principaux compagnons d'armes, dans une citerne d'oiî ils purent pénétrer dans un souterrain et échapper, pendant plusieurs jours, aux investigations desRomains.

Une femme ayant fait connaîtreaux ennemis le lieu où Josèphe était caché, Vespasien le fit sommer de se rendre avec ses gens , leur promettant son pardon. Josèphe voulut y consentir, mais les autres préférèrent la mort.

Ce fut en vain que Josèphe épuisa son éloquence et ses raisonnements pour fléchir ses compagnons, en leur démontrant que le suicide était un acte criminel ; on menaça de le tuer, s'il refusait de se donner volontairement la mort. Dans cette perplexité, Josèphe proposa, pour éviter le suicide , qu'on se tuât les uns les autres selon un tour de rôle qui serait fixé par le sort. Cette proposition fut adoptée; le sort ayant réservé Josèphe pour la fin, il persuada à son compagnon d'infortune, qui devait l'égorger, de sortir tous deux de la citerne et de se rendre aux Romains. Conduit devant Vespasien, qui voulut l'envoyer à Néron , Josèphe lui demanda un entretien secret qui lui fut accordé et qui n'eut d'autrestémoins que Titusetdeux amisde Vespasien. Josèphe alors, pour gagner du temps, essaya au hasard , ou (comme il le dit lui-même) inspiré par un songe, de deviner l'avenir, et prédit à Vespasien qu'il serait empereur, pro-

• Le texte de Josèphe porte, dans deux passages, quarante-seijt jours [Guerre , II, 7, § 33; 8, §9), ce qui nécessairenuiil est une faute, s'il est vrai que Josèphe n'arriva à Jotapatquele2i Jrlcmisiuson Iyyar(ib.7,S3)'

posant qu'où le gardât dans les fers, jusqu'à ce que sa prédiction se fut accomplie '. Sur la prière de Titus, qui fut touché de la jeunesse et de la bravoure de Josèphe, celui ci fut traité avec générosité. Plus tard, quand Ves-

fasien eut été proclamé empereur , habile prophète fut rendu à la liberté. Quel que soit le jugement qu'on porte sur la conduite de Josèphe, l'historien rendra grâce à la Provideuce de la conservation miraculeuse de cet homme illustre; car, sans lui, nous serions dans une complète ignorance sur les détails de cette guerre mémorable. C'est lui seul qui a conservé à la postérité la mémoire des magnanimes défenseurs de Jotapat et qui a présenté à notre admiration riieroïque dévouement de ses compagnons, sans nous cacher sa propre faiblesse. La Providence a voulu le conserver pour faire l'oraisjn funèbre de son peuple et personne ne disconviendra qu'il ne se soit acquitté de cette tâche avec un talent admirable.

Le 4 Thammouz , Vespasien partit pour Ptolémaïde. De là il alla à Césarée . où les habitants , tous païens , lui firent un brillant accueil el lui demandèrent la mort de Josèphe ; mais Vespasien ne tint aucun compte de leur fureur sanguinaire , et ne daigna pas même leur répondre. — Quelque temps après , Joppé tomba de nouveau au pouvoir des Romains. On se rappelle que cette forteresse avait été détruite Tannée précédente par Cestius ; la ville avait reçu de nouveaux habitants qui se livraient à la piraterie , et les fortifications avaient été rétablies. A l'approche des Romains, les habitants se sauvèrent sur leurs vaisseaux et s'enfuirent sur la mer, où ils périrent presque tous , dans une tempête, au nombre de quatre mille deux cents. Les fortiGcations furent rasées

' Quoi qu'il en soit de ce fait singulier , la vérité en était reconnue par les Romains; voici ce qu'en dit Suétone , dans la vie de Yespasien (ch. 5) -.Et unus ex nobilibtis captivis Josiphus , quum canjiceretur in vincula , consiantiasime asseveravit fore , ut ab eodein brevi solverelur , verum jam Imperai»re.

une seconde fois , à l'exception d'une citadelle, qui reçut une garnison romaine.

Avant de marcher sur Jérusalem , Vespasien voulut achever la conquête de la Galilée. Après avoir pris vingt jours de repos à Panéas , il se dirigea surTibériade; cette ville, où le parti de la paix était le plus fort , ouvrit ses portes aux Romains, et fut épargnée en faveur d'Agrippa. Tarichée résista; la ville ayant été prise au mois d'Éloul , beaucoup de ses habitants montèrent sur des barques et s'enfuirent sur le lac de Tibériade. Les Romains les ayant poursuivis sur des radeaux , il s'enga' gea un combat naval, qui fut fatal pour les Juifs. Un conseil de guerre jugea les habitants de cette ville rebelle, dont six mille cinq cents avaient péri dans le combat; douze cents furent condamnés à mort , six mille furent envoyés à Néron , pour les employer à percer l'isthme de Corinthe, et plus de trente mille furent vendus commeesclaves. Un certain nombrede brigands, qui s'étaient mêlés aux combattants , furent livrés au roi Agrippa , leur souverain.

Gamala , de l'autre côté du lac , une des villes les mieux fortifiées , imita l'exemple de Jotapat, et fit, pendant un mois, une résistance désespérée. Agrippa,qui la sommaen personne, fut blessé d'un coup de pierre. La conquête de cette ville, qui eut lieu le 23 Thiscbri (septembre-octobre), coûta cher aux Romains; mais aussi leur vengeance fut terrible. Tous les habitants furent égorgés; ceux que le glaive des Romains ne put atteindre se donnèrent eux-mêmes la mort. Pendant le siège de Gamala, un détachement romain prit la forteresse du mont Tbabor.

La campagne de cette année (67) se termina par la prise de la forteresse de Gischala , dans laquelle le fameux Jean avait le commandement. Titus l'ayant fait sommer un jour de sabbat, Jean prétexta la sainteté de ce jour pour remettre les négociations au lendemain; mais, dans la nuit, il s'échappa avec un grand nombre de ses partisans. Les fugitifs périrent en partie

sous les coups des soldats romains (lui les poursuivirent; mais Jean arriva sain etsaufà Jérusalem. Giseliaia ouvrit ses portes aux llomains. Toute la Galilée se trouvant soumise , les Romains allèrent prendre leurs quartiers d'hiver àCésaréeetà Seythopolis.

A.Térusalem, les nouvelles de la Galilée causèrent une grande agitation. La situation de la malheureuse ville était devenue plus effrayante de jour en jour; les zélateurs disposaient de fait de tous les pouvoirs , et leur domination tyrannique pesait durement sur la population qui , en grande partie, désirait la paix. Plusieurs membres de la famille royale d'Hérode,et en général ceux qui passaient pour riches ou qui occupaieiit une position distinguée, furent arrêtés comme suspects et périrent dans la prison par le fer des assassins. Mathias,fils de Théophile, fut dépouillé, par les zélateurs, de la dignité pontificale, et il fut convenu que le nouveau grand prêtre serait désigné par le sort. C'est ainsi que le pontificat fut donné à un prêtre de la campagne, nommé Phannias, fils de Samuel, qui fut installé malgré lui ; son ignorance devint un sujet de railleries pour les zélateurs eux-mêmes , qui ne craignirent pas de profaner ainsi le saint ministère. Tous les gens de bien furent dans la consternation. Le prêtre Hanan, qui était toujours commandant de Jérusalem , s'éleva avec force contre ces excès abominables; il fut appuyé par Jésus, fils de Gamala, ancien pontife, et par un des plus célèbres docteurs, Siméon, fils de Gamaliel ; leurs paroles énergiques firent une profonde impression sur le peuple; on fit la guerre aux zélateurs, qui, après plusieurs combats sanglants, furent refoulés dans le parvis intérieur du Temple, oii Hanan, par respect pour le lieu saint, ne voulut pas les attaquer. Le désordre augmenta encore par l'arrivéede Jean de Gischala, dont l'ambition et l'astuce avaient causé tant de malheurs en Galilée.

Par son hypocrisie, il sut gagner la confiance de Hanan, qui le choisit

comme médiateur entre les zélateurs et le peuple. La paix ne convenait pas à ses vues ambitieuses; au lien de calmer les zélateurs, il chercha à exciter leurs fureurs , en leur persuadant que Hanan était prêt à livrer la capitale aux Romains, et qu'il en voulait à la vie des principaux chefs des zélateurs , qui étaient alors Éléazar, fds de Simon, etZacharie, fils de Phalec. Les zél;Ueurs trouvèrent moyen de faire partir secrètement quelques émissaires pour appeler 5 leur secours les Iduméens, qui arrivèrent bientôt , au nombre dedeiix mille, sous les murs de Jérusalem. Hanan leur refusa l'entrée ; mais dans la nuit, les zélateurs , à la faveur d'un violent orage et au milieu du bruit du tonnerre , purent sortir du Temple sans être aperçus par les gardes , et ouvrir les portes, dont ils scièrent les verrous. Les Iduméens pénétrèrent dans le parvis du Temple, en tuant les postes ; l'alarme se répand; les Iduméens réunis aux zélateurs portent le carnage au milieu de ceux qui occupaient le parvis, se répandent dans la ville et massacrent tous ceux qui se présentent , et les premiers rayons de l'aurore montrent huit mille cinq cents cadavres. Le massacre se continue dans la ville; Hanan et Jésus, fils de Gamala, tombent sous les coups des assassins, et leurs corps sont jetés en proie aux chiens. En peu de jours, on compte dans Jérusalem douze mille victimes. Un homme de distinction, nommé Zacharie , fils de Baruch , dont la richesse et les vertus donnèrent de l'ombrage aux zélateurs, fut plaré devant un Synédrium extra ordinaire, sous l'accusation imaginaire d'entretenir des intelligences avec Vespasien pour livrer la Judée aux Romains. Zacharie n'eut pas de peine à démontrer toute l'absurdité de cette accusation, et, malgré l'attitude menaçante des zélateurs , il fut absous par les juges. Mais deux des plus furieux zélateurs regorgèrent dans le parvis du Temple, et le Synédrium improvisé fut dispersé à coups de platd'épée.

liCS Iduméens eux-mêmes furent tellement révoltés de ces scènes d'horreur qu'ils quittèrent la ville, après avoir délivré deux mille citoyens retenus en prison par les zélateurs. Ces derniers n'en continuèrent pas moins à sévir contre tous les citoyens paisibles, qui alors cherchèrent à s'enfuir en grand nombre. Les zélateurs occupèrent toutes les issues de la ville, pour empêcher l'émigration, et ceux qu'on surprenait dans leur fuite furent accusés de trahison et mis à mort. Les rues de Jérusalem étaient jonchées de cadavres, et ceux qui cherchaient à les ensevelir furent traités de suspects et voués à la mort. Un des plus célèbres docteurs , Johanan , lils de Zacchaï, ne put sortir de la ville qu'enfermé dans un cercueil ; le flis de sa sœur, qui était un des chefs des zélateurs , favorisa sa fuite. Ayant fait répandre le bruit que son oncle était mort, il se présenta avec le convoi à la porte de la ville, et invoquant le respect dû à la dépouille mortelle de l'illustre docteur qu'il allait conduire au lieu de sépulture, il trompa les gardes qui voulaient examiner le cercueil ».

Vespasien jugea convenable d'abandonner Jérusalem à son sort , ne doutant pas que les divisions intérieures ne fmissent par en rendre la conquête très-facile. Au printemps de l'an 68, les Romains ouvrirent la campagne en Pérée, et se dirigèrent sur Gadara, dont les principaux habitants avaient invoqué leur secours contre les révolutionnaires; ceux-ci s'enfuirent, après avoir massacré les partisans des Romains. La ville fut prise, et Vespasien envoya Placidus à la poursuite des fugitifs; ils périrent presque tous , les uns par les armes des soldats romains, les autres noyés dans le Jourdain qui était alors débordé. Toutes les villes de la Pérée furent successivement soumises, à

' Ce fait est rapporté dans le Ttialmud de Babylone, traité G ni/ tin, fol. 56. On y ajoute que Johanan , conduit devant Vespasien , lui donna le titre de roi et lui prédit son avènement au trône.

38' Livraison. (.Palestine.)

l'exception de la forteresse deMachérous. Vespasien pénétra ensuite en Judée; en peu de tem[)S il se rendit maître de la côte ; Lydda et Jaumia se soumirent volontairement. Ayant établi à Emmaùs un camp retranché, il se dirigea vers le Jourdain , en passant par la Samarie. Près de Jéricho, il rejoignit une division venant de Pérée; les habitants de Jéricho s'étant presque tous enfuis dans les montagnes , cette ville l'ut prise sans effort. Vespasien laissa des garnisons à Jéricho et à Hadida , et Jérusalem dès lors se trouvait cernée de tous les côtés.

Revenu à Césarée, Vespasien reçut la nouvelle de la mort de JNéron et de l'avènement de Galba. Il suspendit alors les opérations et fit partir son fils Titus, accompagné du roi Agrippa , pour aller féliciter le nouvel empereur. Arrivé en Achaïe , Titus apprit que déjà Galba n'existait plus et qu'Othon avait été proclamé empereur; il revint aussitôt en Palestine, laissant Agrippa continuer seul le voyage de Rome. L'année 68 s'était ainsi écoulée sans que les Romains eussent mis le siège devant Jérusalem.

Pendant les premiers mois de l'année suivante (69), Vespasien était encore tenu en suspens par l'incertitude dans laquelle il se trouvait à l'égard des événements de Rome. Au mois de juin , il soumit les districts de Gophna et d'Acrabatène, ainsi que les petites villes de Béthel et d'Épbraïin; en même temps Céréalis conquit la haute Idumée. Toute la Palestine était au pouvoir des Romains, à l'exception de Jérusalem et des trois forteresses de Mâcherons , d'IIérodion et de Masada, qui étaient occupées par les zélateurs. De retour à Césarée, Vespasien reçut la nouvelle de l'avénement de Vitellius, entré à Rome à la tète des légions germaniques. Cette nouvelle excita le mécontentement de l'armée de Syrie, qui, de son côté, procljina Vespasien empereur (juillet 69); dès lors il dut ajourner la conquête de Jérusalem, pour ne s'occu-

L'UNIVERS

per que de celle de Rome. Il écrivit aussitôt à Tibère Alexandre , gouverneur d'Kgypte , qui le fit reconnaître, sans difiictilté , dans cette province '. S'étant rendu à Réryte, il y reçut plusieurs députations qui lui présentèrent leurs hommages ; dès lors il fît rompre les fers de Josèphe, dont la prédiction était accomplie. Il alla a Alexandrie , accompagne de Titus ; de là il se rendit à Rome, chargeant Titus d'achever la guerre en Judée.

Sur ces entrefaites , la guerre civile continua ses ravages dans Jérusalem, et la malheureuse ville pleurait chaque jour de nouvelles victimes. Simon fils de Gioras , s'étant brouillé avec les zélateurs de i\Iasada, avait rassemblé dans les montagnes une armée de vingt mille hommes et envahi l'idumée , y portant le massacre et le pillage. Il avait cherché en vain à s'emparer de Masada; mais il se livra à de terribles actes de vengeance contre les zélateurs, qui avaient fait prisonnière sa femme, et elle lui fut rendue. Ses courses vagabondes et la poursuite d'une bande d'Iduméens , qui se jeta dans Jérusalem , l'avaient conduit aux environs de cette capitale, oij sa présence répandit l'alarme. A Jérusalem , Jean avait continué son régime de terreur, et la population mise au désespoir l'avant attaqué et refoulé dans l'enceinte'du Temple, mais n'étant pas assez forte pour le tenir longtemps en échec , appela à son secours Simon et ses hordes , vers la Pâque de l'an 69. Simon put empêcher Jean de sortir et de fondre sur la ville ; mais il ne fut pas capablede l'expulser et deréduire les zélateurs. Bientôt Simon s'empara de la haute ville et d'une grande partie de l'Acra , et Jérusalem vit en lui un nouveau tyran. En mcme temps Éléazar, autrefois chef des zélateurs , s'éleva contre la tyrannie de Jean , qui voulait seul conimander en maître. Éléazar se retira, avec ses

' Vov. Josèphe, Guerre des Juifs, IV , 10, G. Srloh Tacite (Hist. Il, 79), Tibère Alexandre fat le premier à proclamer Vesprasien empereur, el lit prêter serment à ses légions dès le I" juillet-

partisans, dans l'enceinte intérieure du Temple , qui , par sa position tresélevée, était inexpugnable, et qui renfermait des provisions abondantes.

Dès lors trois factions se partageaient la ville de Jérusalem. Jean se trouvait continuellement en guerre avec Simon et avec Éléazar. Simon entretenait abondamment ses troupes aux dépens de la population. Jean, impuissant contre Éléazar, faisait souvent des sorties contre Simon, pillait et incendiait les maisons, et les provisions accumulées dans Jérusalem furent en grande partie consommées par les bandes des deux adversaires ou dévorées par les flammes '. Malheur au citoyen paisible qui avait l'air de se plaindre; c'était un traître, un ami des Romains, il était voué à la mort.

Les cadavres de ceux qui tombaient dans les combats journaliers, ou qu'on massacrait comme traîtres, étaient entassés chaque jour dans les rues et restaient sans sépulture. — Au milieu de ce désordre, on offrait encore des sacrifices dans le Temple; les zélateurs laissaient entrer les fidèles qui leur en demandaient la permission; mais souvent les prêtres et les fidèles étaient tués ou blessés par les traits des factions belligérantes.

Jérusalem se trouvait encore dans cette terrible situation, lorsque, au printemps de l'an 70, Titus, revenu d'Alexandrie à Césarée, s'approcha avec les légions romaines , les troupes d'Agrippa et d'autres auxiliaires. Use dirigea par la Samarie et par Gophna , sur Gabaa, ou Gabath Saùl , où il établit un camp. Étant allé un jour, avec six cents cavaliers, faire une reconnaissance dans les environs de Jérusalem, et s'étant avancé jusque vers la tour Pséphina, il se vit subitement entouré par les Juifs et séparé de la plus grande partie de sa suite, et ce

' Voici comment Tacite {Hist. V , 12) caractérise ces trois factions : Très duces, totidem excnitus. Exirema et latissimn mœnium Simo , quem et Bargioram vocnbant, mediam urbcm Joannes, temptum Eleazarus Jirmnverat. Muititudine et armis Joannes ac Simo Eleazarus loco ; pollebat.

ne fut que par miracle qu'il put se frayer un cliemin à travers les ennemis et s'échapper nu milieu d'une grêle de flèches et de javelots. Il fit ensuite avancer son camp jusqu'à Sophim (ou Skopos) '. La dixième légion étant venue camper sur la montagne des Oliviers, les différentes factions se réunirent enfin pour repousser l'ennemi commun. La légion fut ébranlée par l'attaque impétueuse des Juifs; mais Titus vint à son secours et força les Juifs de repasser le torrent de Kidron.

Malheureusement l'union des partis fut de courte durée : à la fête de Pâques, le 14 ISisan, Éléazar ayarit fait ouvrir les portes du parvis intérieur, pour laisser entrer les fidèles qui, malgré la guerre, étaient arrivés en grand nombre à Jérusalem , Jean mêla dans la foule une partie de ses gens qui avciient des armes cachées sous leurs vêtements, et ces hommes qui disaient combattre pour Dieu et pour le maintien des lois nationales, n'hésitèrent pas à profaner les lieux saints etàtroubler les solennités religieuses par un horrible carnage. Les assassins frappèrent en même temps et les zélateurs d'Éléazar et les troupes inoffensives des fidèles, et le sang coulait à flots dans les parvis du Temple. Jean resta maître de l'enceinte intérieure, et au lieu de trois factions, il n'y en eut plus que deux *. Simon occupait avec quinze mille hommes la haute et la basse ville: Jean, avec ses six mille hommes, et Éléazar, qui s'était rendu à lui avec deux mille quatre cents zélateurs, occupaient le Temple avec ses environs incendiés, la place Ophla et la muraille de l'est qui dominait la vallée du Kidron.

Titus avança son camp jusqu'à deux stades de la capitale, dont le siéiïe , comme toujours, se fit principale-

' Voy. ci-dessus , page 583.

' Comparez Tacite, I. c. : Mox Joannes, missis per speciem sacrijicandi , qui Eleazarum manumque ejus oblruncarent , templo potilUT ; ila in duas factionos rivilas disctssit , donec, propinqiianlibus Romanis OtUum externum concordiam parerel.

ment du côté du nord. Le corps de l'armée romaine commandé par Titus campa au nord-ouest en face de la tour Pséphina, qui était de forme octogone et avait soixante-dix coudées de hauteur; une division campa à l'ouest, en face de la tour quadrangulaire Hippicos , haute de quatre-vingts coudées, et la dixième légion garda sa position à l'est, sur la montagne des Oliviers '. Après avoir fait vainement sommer les Juifs par Josèphe, qui se trouvait au camp, et par quelques Romains , Titus fit commencer les opérations du siège. Les deux factions, réunies pour la défense commune, firent de vains efforts pour repousser l'ennemi et détruire les ouvrages. Au bout de quinze jours , les Romains, après avoir essuyé de grandes pertes , purent pratiquer la brèche, et se rendre maîtres du quartier de Bezetha , le 7 lyyar ( avrilmai); les Juifs se retirèrent derrière la deuxième muralle.

Des deux cotés la lutte se continua avec une fureur extrême. Après cinq jours les Romains purent pénétrer dans la basse ville ( Acra); mais chaque pas qu'ils voulaient faire en avant leur coûtait cher, chaque rue devint un champ de bataille , chaque maison une forteresse, et après une lutte acharnée dans laquelle Titus lui-même courut de grands damiers, les Romains se retirèrent. Au bout de quatre jours cependant, ils parvinrent à se rendre maîtres de l'Acra et à s'y maintenir. Les Juifs n'occupaient plus que la haute ville, la forteresse Antonia et le Temple ; mais Jean et Snnon, ainsi que leurs soldats, étaient bien décidés à verser leur dernière goutte de san2 plutôt que de se rendre. Si les abondantes provisions de Jérusalem n'avaient pas été dévorées par les flammes et si la paix avait régné a l'intérieur, les Juifs auraient pu résister longtemps dans leurs positions inexpugnables. Titus envoya de nou-

» Vov. Josèphe, Ciierre des Juifs , V, 3 6; comparez ci-'Jessiis. pages 45 et 46, et noire plan de Jérusalem.

L'UNIVERS

veau Josèphe pour f.iire sommer Ie> Juifs. En vain Josèplie, i)lacé à quelque distance de la muraille, essaya, dans un long discours , de montrer aux Juifs que c'était Dieu lui-même qui livrait la ville aux Romains, et que les crimes horribles qu'ils avaient commis ne leur permettaient pas de compter sur la miséricorde divine ; en vain il leur dépeignit les angoisses de la famine qui allait les exterminer; pour toute réponse les Juifs lancèrent des flèclies contre Josèphe et l'accablèrent de malédictions.

Titus se prépara à attaquer la troisième murai Ile. A la Gn du mois d'Iyvar, on avait achevé quatre terrasses dont deux étaient dirigées contre la forteresse Antonia et deux contre la haute ville. Jean ayant fait miner le terrain, l'une des terrasses s'écroula ; les soldats de Simon attaquèrent les autres, avec le courage du désespoir, et brûlèrent les machines de guerre ; ils pénétrèrent même dans le camp romain et y firent un grand carnage.

Titus prit la résolution de réduire la ville par la famine qui déjà avait commencé ses ravages ; pour couper aux Juifs toute ressource du dehors, il fit construire par ses soldats, avec une incroyable rapidité , une muraille qui entourait la ville de tous les côtés , elle avait trente-neuf stades de circuit et était garnie de treize tours. Les inalheureux habitants de Jérusalem voyaient la mort sous mille formes planer sur leurs têtes. Plusieurs vendaient leur patrimoine pour une mesure de froment ou d'orge; chaque jour d'innombrables victimes moururent dans les souffrances et dans les angoisses de la faim ou furent immolées par les barbares qui se disaient les défenseurs de la patrie.

Ceux-ci parcouraient les maisons et faisaient subir aux habitants les plus horribles tortures pour leur arracher les vivres qu'ils pouvaient encore posséder ; ils enlevaient aux pauvres les herbes qu'ils avaient cueillies au péril de leur vie, et assassinaient les riches en les accusant de trahison et de désertion. L'ingrat Simon accusa l'an-

cien pontife Mathins, qui l'avait reçu dans la ville, de vouloir passer du côlé des Romains, et le lit mourir avec ses trois fils et seize autres citoyens. Un des officiers de Simon , profondément indigné de ces excès, voulut se rendre aux Romains avec sa troupe; mais Simon, l'ayant prévenu, le (it mettre à mort avec dix de ses complices.

Les horreurs de la famine étouffèrent tous les sentiments humains et déchirèrent tous les liens de la nature. La femme arrachait le morceau de pain de la bouche de son mari, le fils de celle son vieux père , la mère enlevait à son enfant sa chétive nourriture. La famine forçdit les habitants de sortir armés pour aller chercher des herbes; Titus faisait crucifier tous ceux qui furent saisis par les R^omains, et il en mourait de cette manière jusqu'à cinq cents par jour. Les zélateurs ayant fait répandre le bruit que c'étaient les transfuges qu'on traitait de la sorte dans le camp romain , Titus fit couper les bras à plusieurs prisonniers et les renvoya dans la ville pour qu'ils y fissent connaître la vérité. Malgré "cette cruelle extrémité, les zélateurs tuaient tous ceux qui osaient leur conseiller de se rendre aux Romains; ils insultaient à ceux qui mouraient de faim et se faisaient un cruel jeu de les percer de leurs épées. Les rues étaient pleines de cadavres qu'on ne pouvait enterrer et qu'on jetait dans les ravins qui entouraient la ville. Pendant que le peuple périssait par la faim , Jean et ses soldats se nourrissaientde l'huile sacrée et du vin destiné aux sacrifices. — Ceux qui étaient assez heureux pour pouvoir passer aux Romains périssaient bientôt par l'excès de nourriture. Des soldats syriens surprirent un juif qui ramassait dans ses excréments de l'or qu'il avait avalé ; aussitôt le bruit se répandit que les transfuges juifs avaient de l'or dans l'estomac, et en une seule nuit, les soldats éventrèrent deux mille Juifs. Titus chercha en vain à arrêter, par des menaces , cette barbarie inouïe.

Josèphe , qui essaya de nouveau de parler aux assiégés, manqua d'être

tt:é par une pierre lancée contre lui ; tombé évanoui, il ne put être sauvé qu'avec peine des mains de.s Juifs qui accoururent pour le traîner dans la ville.

Les llomainsavaient recommence les travaux du siéo;e; en vingt et un jours ils avaient relevé les ouvrages détruits, malgré lesgrandes difficultés qu'ils eurent à vaincre; car il fallut aller chercher à une distance de quatre-vingtdix stades le bois dont on avait besoin. Lp l^Thammouz (juin-juillet) on commença à donner l'assaut à la forteresse Antonia ; la muraille s' étant écroulée , les Romains virent à leur désespoir une seconde muraille qui avait été élevée à l'intérieur. Celle-ci fut attaquée sans succès le 3 Thammouz ; après plusieurs combats des plus sanglants, la forteresse fut prise le 5 du même mois, mais les Juifs se retranchèrent dans l'enceinte du Temple.

Titus donna ordre à ses soldats de raser la forteresse Antonia, afin de faciliter la prise du Temple. Le 17 Thammouz on cessa d'offrir les sacrifices quotidiens , qui jusque-là , malgré les terreurs de la guerre, n'avaient pas été interrom()US. Titus envoya encore une fois Josèphe auprès de Jean , pour le conjurer de ne pas profaner le Temple et de venir avec toutes ses troupes lui livrer bataille hors de l'enceinte sacrée. Jean ne répondit à José; he que par des injures; Jérusalem , ajouta-t-il, la ville de Dieu, ne saurait être détruite. En vain Titus s'approcha-t-il lui-même de la muraille, pour engager Jean à sortir , protestant de sa sollicitude pour la conservation du Temple; tout fut inutile, les zélateurs prétendirent que c'était la peur qui avait dicté les paroles de Titus, et celui-ci se vit obligé de recommencer l'attaque. Dès le lendemain, à trois heures du matin, des troupes d'élite tombèrent sur les postes des Juifs; il faisait encore nuit, les soldats juifs accourus ne se reconnaissant pas les uns les autres tuèrent beaucoup des leurs, tandis que les Romains se reconnaissaient au mot d'ordre. Le combat se prolongea jusqu'à midi, mais la victoire resta indécise.

Au bout de sept jours, la forteresse Antonia ayant été entièrement rasée, les Romains élevèrent sur son emplacement leurs terrasses contre le Temple. Les Juifs, qui venaient d'être battus dans une sortie qu'ils avaient faite du côté de la montagne des Oliviers, voyant les ouvrages des Romains très-avancés, mirent eux-mêmes le feu aux portiques du nord-ouest du Temple, par lesquels celui-ci conununiquait avec la forteresse Antonia. Deux jours après, le 24 Thammouz, leportiqup du nord fut dévoré par le feu que lesRomainsy avaient lancé. Les Juifs, au lieu d'éteindre le feu, se réjouissaient de l'incendie, le croyant avantageux pour leur position militaire. Le 27, ils remplirent les portiques de l'occident de bois sec, de soufre et d'asphalte; y ayant attiré les Romains, en simulant une fuite , ils y mirent le feu et beaucoup de Romains périrent dans le5 flammes.

Les horreurs de la famine augmentèrent de plus en plus dans l'enceinte du Temple et dans la haute ville; les soldats juifs étaient réduits à manger les courroies des sandales, les cuirs des ceintures et des boucliers. Une femme de Perée, appelée Alarie, à qui les soldats avaient enlevé les derniers restes de t;ourriture, et qui implorait vainement la mort, saisit dans son désespoirson jeune fils qui se mourait à côté d'elle, l'immola, fit rôtir sa chair et en dévora la moitié. Les soldats, attirés par l'odeur, menacèrent la malheureuse de la tuer sur-le-champ si elle ne leur livrait la nourriture qu'elle venait de préparer. «Voici, «ditelle , en montrant les restes de son enfant, «je vous ai réservé une bonne portion. >' Les barbares, saisis de terreur à cet affreux spectacle, ne purent proférer un mot. « C'est mon enfant, continua Marie; c'est moi-même qui ai commis cette action ; mangez, j'en ai mangé aussi, ne soyez pas plus tendres qu'une femme, plus sensibles qu'une mère. « Les soldats s'enfuirent en tremblant. L'horrible histoire s'étant répandue dans la ville , beaucoup de malheureux exténués par la faim &«

L'UNIVERS

donnèrent la mort, estimant heureux ceux qui avaient pu mourir avant dapprendre cette affreuse nouvelle. Titus protesta devant Dieu que c'étaient les Juifs eux-mêmes qui avaient préféré ces désastres à la paix qu'il leur avait offerte.

Les béliers des Romains avaient vainement battu , pendant six jours, le mur occidental de l'enceinte intérieure; vainement les Romains avaient essayé de saper les fondements de la portedu nord. Le 8 Ab ( juillet-aoïlt}, Titus donna ordre d'escalader le haut des portiques au moyen des échelles.

Les Romains purent monter sans obstacle; mais à peine arrivés au haut du mur, ils furent renversés par les Juifs, qui leur arrachèrent même leurs enseignes. Titus voyant toutes ses tentatives échouer contre la résistance opiniâtre des Juifs , fit mettre le feu aux portes; le revêtement d'argent fondit, le bois fut consiuné par les flammes pétillantes qui se communiquèrent aussitôt aux portiques dans toutes les directions. Le feu exerça ses ravages toute la journée et toute la nuit , sans que les Juifs, saisis de terreur, fissent rien pour arrêter les progrès de l'incendie. Le lendemain, 9 du mois, Titus ordonna à ses soldats d'éteindre le feu , aûn de se frayer un passage vers le Temple. Il assembla son conseil pour délibérer sur le sort du sanctuaire ; les uns, le présentant comme une citadelle qui servirait toujours de point de ralliement aux rebelles, furent d'avis qu'il fallait le détruire; les autres pensaient qu'on devait l'épargner , si les Juifs consentaient à se retirer. Titus tnanifesta rmtenlion de conserver à tout prix le magnilique édifice, qui, disait-il. resterait un des plus beaux ornements de l'empire romain.

Ce jour-là les Juifs . épuisés de fatigue et anéantis par la douleur, n'essayèrent point d'attaque contre l'ennemi ; mais le lendemain matin, ils firent un dernier effort terrible pour ■sauver lesanctuaire ou s'ensevelirsous ses ruines. Ayant fait une sortie par !a porte orientale , ils attaquèrent les

postes romains inférieurs en nombre qui furent obligés de se retirer; mais aussitôt Titus, qui était à la forteresse Antonia, vint à leur secours.

Les Juifs reculèrent d'ahord , puis ils revinrent une seconde fois a la charge ; mais vers la cinquième heure du jour (11 heures), ils furent repoussés jusqu'à l'intérieur du Temple.

Titus était décidé à donner l'assaut avec toutes ses troupes dès le lendemain matin. Mais il était écrit dans le livre du destin que le Temple serait détruit en ce jour fatal, de funeste mémoire dans les annales du peuple juif; car il y avait six siècles et demi qu'a pireil jour, le 10 Ab, les Babyloniens avaient mis le feu au Temple de Salomon '. Les Juifs ayant fait une sortie contre les Romains qui travaillaient à éteindre le feu de l'enceinte intérieure, furent refoulés jusque dans le corps du Temple. Alors un soldat romain, sans attendre l'ordre, prit un tison ardent, et se faisant soulever par un de ses camarades , le jeta dans l'une des fenêtres dorées des cabinets adossés au Temple du côté du nord. Le feu se communiqua rapidement à tous les cabinets ; Titus accouru donnait vainement des ordres pour faire éteindre le feu ; sa voix fut étouffée par le tumulte, personne ne prenait garde à ses signes; les soldats furieux, au lieu d'obéir h leur chef, s'excitaient les uns les autres à hâter les progrès du feu , et il devint impossible de l'éteinlre .Les Juifs, poussant des hurlements horribles, s'efforçaient encore, mais trop tard, de sauver ce dernier boulevard de leur nationalité;

' Voy. Jérémie, 52, 1-2. Selon la tradition rabbiniijue, l'incendie du temple de Salomon commença le 9 Ab au soir, et ce fut aussi le 9 .-Vh 'que les Romains brûlèrent le second temple; c'est donc a ce jour que les Juifs (a l'exception des caraîtesj célèbrent encore maintenant l'anniversaire de la destruction de Jérusalem. Cependant Josephe {Guerre. V[, 4, 5), conformément au livre de Jérémie, indique expressément le 10' jour du mois de Loûs , ou Ab. Il serait possible que la date indiquée par les rabbins, pour ce qui concerne le second temple, fiit le résultat d'un calcul des néoméiiies , différent de celui de Josephe.

déjà l'édiQce sacré s'écroulait de toutes parts; ses héroïques défenseurs furent immolés par milliers, la fureur des Pvomains n'épargnait même pas le peuple sans armes, les vieillards, les enfants , les femmes . les prêtres ; et lautel de Jéliova, avant de disparaître pour toujours , reçut pour dernière expiation de nombreuses hécatombes humaines.

Titus entra dans le lieu saint et dans le Saint des Saints; frappé de la vue de tant de magnificence, il essaya une dernière fois de sauver ce qui restait de l'édifice, mais ses ordres, ses menaces, furent vains. L'espoir d'un rii'he butin au;zmenta la fureur incendiaire des troupes ; Titus se retira avec ses généraux, et bientôt toute la montagnedu Temple ne présentait plus qu'un vaste embrasement. Au bruit des flammes pétillantes , au fracas des murs croulants , se mèlaie-nt les gémissements des victimes et le cri de victoire des Romains: les habitants de la ville répondaient au.x cris plaintifs de leurs frères mourants et les échos des montagnes voisines accompagnaient de leur retentissement cette scène effroyablement grandiose de destruction et de mort. Simon et Jean, avec le restede leurs troupes , se frayèrent un chemin à travers les légions romaines et gagnèrent la haute ville. Plusieurs prêtres saisirent les aiguilles dorées du toit du Temple, les lancèrent contre les soldats romains , et cherchèrent ensuite un dernier refuge sur le haut de la muraille fumante. Deux prêtres, Méir, (ils de Belga, et Joseph, fils de Dalaï , se jetèrent dans les flammes, pour périr avec le sanctuaire.

Des vieillards , des femmes et des enfants, au nombre de six mille, se réfugièrent sur l'un des portiques du nord qui était encore debout ; un faux prophète leur avait dit que Dieu leur ^eiverrait le salut et que ce jour même ils verraient du haut du Temple les miracles de la délivrance. Les Romains mirent le feu au portique et pas un seul de ces malheureux n'é- -«happa àla mort. Les prêtres réfugiés

sur la muraille y restèrent cinq jours, jusqu'à ce que la faim les força de descendre ; ils implorèrent la clcuîence de Titus, mais celui-ci leur ré()ondit que le temps de la clémence était passé, que le Temple en faveur duquel il leur aurait fait grâce était en ruine, et qu'il convenait aux prêtres de périr avec le Tempe. Ils furent tous nu's à mort. Les Romains plantèrent leurs enseignes devant la porte orientale et sacrifièrent a leurs dieux sur la place du Temple de Jéliova. Tilus y fut proclamé empereur par ses légions.

Simon et Jean auraient eu des droits à l'admiration de la postérité, s'ils avaient été animés d'un patriotisme pur, s'ils ne s'étaient pas souillés de tant de crimes et s'ils avaient su mourir en héros avec tous les braves qui, mus pardes sentiments plus purs, avaient aveuglement suivi leurs inspirations. Voyant que tout était perdu, les deux chefs, du haut du mont Sion, demandèrent un entretien à Titus; celui-ci s'étant présenté à l'occident du temple près du xijstus , prit le premier la parole et promit aux Juifs de leur faire grâce , s'ils déposaient immédiatement les armes et se rendaient à discrétion. Les guerriers juifs répondirent qu'ils avaient juré de ne pas se rendre aux Romains, et demandèrent la permission de se retirer librement avec leurs femmes et leurs enfants. Titu.î, irrité de ce que les vaincus prétendaient lui dicter des conditions, leur fit dire qu'ils n'avaient plus rien à espérer de sa clémence et qu'il n'é()argnerait personne.

Aussitôt il donna ordre de piller la basse ville et d'y mettre le feu , et dès le lendemain cet ordre barbare fut exécuté. Toute l'Acra, avec les archives, l'hôtel de ville et le palais d'Hélène d'.\diabène, ainsi que la place Ophla, devinrent la proie des flammes. Les fils et les frères du roi Izate d'Adiabène, qui avaient combattu dans les ranss des Juifs . firent un appel à la clémence de Titus; le vainqueur leur accorda la vie et les envoya a Rome comme otages.

' Voy. ci-dessus , page 1 j.

L'UNIVERS

Titus disposa tout pour l'attaque de la haute ville. Pendant les préparatifs, beaucoup de Juifs , assez heureux pour tromper la vigilance des zélateurs, arrivèrent au camp romain. Titus oublia les ordres sévères qu'il avait donnés; les soldats eux-mêmes étaient enfin las d'égorger, et beaucoup de transfuges conservèrent la vie. Le prêtre Jésus, fils de Thébout , et Phinéas, trésorier du Temple, qui livrèrent divers objets d'un haut prix, obtinrent également leur grâce. Le 7 Eloul (août-septembre), après un travail de dix-huit jours, les machines de guerre battirent la muraille de la haute ville. Les Juifs découragés n'opposèrent qu'une faible résistance.

Bientôt la muraille ayant été ouverte, les Romains pénétrèrent dans la haute vilie; le carnage, Tincendie et le pillage recommencèrent de nouveau. On trouva beaucoup de maisons remplies des cadavres de ceux qui étaient morts de faim. Titus fit ensuite son entrée dans la ville; un dieu, dit-il, a expulsé les Juifs de ces forteresses; car que peuvent les mains des hommes et les machines contre de telles tours ? Il ordonnade faire mourir tous les Juifs armés ; les autres furent faits prisonniers , mais il en mourut un grand nombre par manque de nourriture.

Toute la ville fut rasée ; Titus ne fit conserver que les trois tours d'Hippicos , de Phasaël et de Mariamne , pour servir de monuments de la force et de la magnificence de la ville de Jérusalem.

Telle fut l'issue de cette guerre effroyable, qui termina l'existence politique de la nation juive, dont l'héroïque résistance, après la soumission de tout rOrient, humilia l'orgueil de Rome : Âugebat iras , dit Tacite , quocl soli Judxi non cessissent. Sa lutte fut glorieuse, unique peut-être dans les annales des nations. Sa catastrophe est une des plus effrayantes dont l'histoire nous ait conservé le souvenir ; Jérusalem fut plus grandiose dans sa chute qu'elle ne l'avait jamais été auxjoursde sa magnificence.

Les fiers Romains durent admirer le

courage indomptable des Juifs et cet ardent amour de la patrie qui leur faisait craindre la vie bien plus que la mort, dès qu'on voulnit les arracher au sol paternel'. Et pendant une longue série de siècles, leurs descendants ont porté des regards pleins de douleur et d'espoir vers ces ruines sacrées , et la Judée , comme une mère privée de ses enfants, est toujours restée dans la désolation et dans le deuil. Jamais elle n'est redevenue florissante, et les races étrangères qui se sont succédé sur son sol n'y ont jamais trouvé une véritable patrie.

Le nombre des victimes, pendant le siège de Jérusalem, fut immense; car la ville fut enfermée au moment où de nombreuses troupes de pèlerins y étaient arrivées pourcélébrer la Pâque.

Josèphe parle de onze cent mille personnes enlevées par le glaive, les maladies et la famine; ce nombre peut paraître exagéré, malgré le calcul justificatif établi par Josèphe^ Tacite, d'après des rapports plus vraisemblables , fixe le nombre des assiégés à six cent mille âmes. Les prisonniers furent, selon Josèphe, au nombre de quatre-vingt-dix-sept mille; Titus en envoya un grand nombre en Egypte, pour travailler dans les mines , d'autres furent vendus comme esclaves. Malgré les ravages de l'incendie, le butin fait à Jérusalem fut si énorme, que l'or perdit en Syrie la moitié de sa valeur. Lorsque les Romains, après le sac de la ville, fouillèrent les souterrains, ils y trouvèrent les cadavres de deux mille malheureux, qui étaient morts de faim, ou qui s'étaient entre-tués pour ne pas tomber au pouvoir des Romains.

Jean, qu'on trouva caché sous terre, n'eut pas le courage de mourir et demanda grâce au vainqueur ; il fut condamné au cachot pour le reste de sa vie. Simon, agissant avec prévoyance, avait emporté des vivres pour plusieurs

• Jrma cunctis , qui ferre passent; et plures , quam prn numéro, aiidebant.- Ohstinalio viris femini'ique par; ac, si tran^ferrc sedes cogerentur, major vilœ inetKs , qMitn mortis. Taât? , Hist. V, 13.

» Voy. Guerre, VI. 9, 3.

Jours et s'était fuit accompagner par des ouvriers munis d'instruments de fer, pour essayer de s'ouvrir sous terre une issue secrète, afin d'écliapper à l'ennemi; mais ses efforts furent vains; b entôt tourmenté par la faim , il se déguisa avec des vêtements blancs et un manteau de pourpre, et, sorti de dessous la terre comme un spectre, il apparut sur la place du Temple. Là il fut reconnu et fait prisonnier.

Sur ces entrefaites, Titus parcourut la Syrie et célébra, dans plusieurs villes, des jeux d'athlètes oiî des milliers de prisonniers juifs furent forcés de s'entre-tuer ou de lutter contre les bêtes féroces. Titus fut loin , dans cette guerre désastreuse et après la victoire, de montrer toujours cette douceur que plus tard on vantait en lui et qui le lit surnommer tes délices du genre humain. A son retour, avant de se rendre à Alexandrie, Titus alla visiter encore une fois les ruines de Jérusalem, gardées par la dixième légion, sous le commandement de Rufus. Il envoya à Rome Jean et Simon et sept cents jeunes hommes d'élite d'entre les p^-isoiiniers, pour orner le triomphe qu'il devait célébrer à côté de son père. Au printemps de l'an 7 1 , Titus partit d'Alexandrie pour la capitaledu monde, oii leCapitole attendait le triomphateur.

Dans la magniflque marche impériale, on porta devant Vespasien et Titus les dépouilles du Temple de Jérusalem, la table d'or, un chandelier à sept branches à peu près pareil à celui qui était placé dans le sanctuaire pour l'usage quotidien, et enfin le livre de la loi des Juifs. Les prisonniers juifs y parurent, ayant en tête Jean et Simon.

Après la cérémonie on traîna Simon sur le Forum où il fut flagellé et ensuite décapité; Jean fut conduit dans le cachot où il devait traîner sa misérable existence. Les dépouillesdu sanctuaire furent déposées plus tard dans le temple de la Paix que Vespasien lit construire alors.

Les Juifs occupaient encore les trois forteresses d'Hérodion, de Mâcherons et de Masada. Lucilius Bassus, envoyé en Judée, prit possession, sans difli-

culté, de la forteresse d'Hérodion. La garnison de Machérous résista quelque temps, jusqu'à ce que, son commandant Lléazar ayant été fait prisonnier, maltraité et menacé de la mort, elle consentit à se rendre, et obtint une capitulation. Les habitants, qui ne furent pas compris dans le traité, s'enfuirent en partie; les Romains en tuèrent dix-sept cents et emmenèrent en captivité leurs femmes et leurs enfants.

Bassus fitensnite une expédition contre les restes des zélateurs réfugiés dans une forêt; il y périt trois mille Juifs. Vers cette époque, Bassus elle procurateur I^ibérius Maximus recurent l'ordre de vendre les terres de ia Judée. En même temps, il fut ordonné à tous les Juifs de l'empire de payer dorénavantauCapitoleles deux drachmes par tête que jusque-là ils avaient envoyées chaque année au Temple de Jérusalem.

Masada, près de la mer Morte, resta seule au pouvoir des zélateurs. Située sur une haute montagne entourée de profonds précipices, bien fortifiée et abondamment pourvue de vivres et d'armes, cette forteresse pouvait être longtemps disputée à l'ennemi par un petit nombre de défenseurs. Flavius Silva , successeur de Bassus qui venait de mourir, vint mettre le siège devant Masada. Il l'attaqua à l'ouest, le seul côté accessible , en faisant élever , par ses troupes nombreuses, une terrasse de deux cents coudées de hauteur, qu'on garnit de machines de guerre d'une nouvelle invention, et notamment d'une tour haute de soixante coudées et presque entièrement revêtue de fer.

Ce fut avec beaucoup de peine que les Romains parvinrent à pratiquer une brèche ; un second mur, qui avait été élevé à l'intérieur, fut bientôt détruit par le feu. Le commandant de la forteresse, Éléazar, descendant de Juda le Galiléen, reconnaissant l'impossibilité de lutter contre les forces supérieures des Romains, repoussa cependant loin de lui toute idée de soumission. Héritier des principes de son aïeu I. il avait faitjurer à ses compagnons d'nrmesdenereconnaîtred'autresouveraia

L'UNIVERS

que Dieu seul et de ne jamais se soumettre à aucun m.utreétranjïer. Ledésespoirfit naitredansson anieuneterrible résolution, et, par son élo(juence,il parvint à la faire partager à ses frères d'armes. Leurs corps tomberont au pouvoir de rennenii, mais leurs ànies s'envoleront libres vers les demeures célestes. Tous les guerriers, après avoir embrassé, en pleurant, leurs femmes et leurs enfants et leur avoir fait les derniers adieux, les immolèrent de leurs propres mains. Après cette horrible exécution , ils tirèrent au sort dix hommes pour servir de bourreaux aux autres et s'entr'égorger ensuite euxmêmes. Le palais et tous les objets précieux furent livrés aux flammes, et puis chacun se fit égorger en tenant embrassés les corps de sa femme et de ses enfants. Cet effroyable sacrifice fut consommé le jour de Pâques , le 15 INisan de l'an 73. Le nombre des victimes , y compris les femmes et les enfants, était de neuf cent soixante.

Le lendemain matin, les Romains, en pénétrant dans la ville, furent étonnés du silence de mort qui y régnait et qui n'était interrompu que par le pétillement des flammes. Leurs cris firent enfin paraître deux femmes et cinq enfants qui avaient échappé à la mort en se cachant dans les aqueducs.

L'une des femmes raconta la fin tragique de la population. Les Romains eurent de la pi^ne à ajouter foi à cette horrible histoire, jusqu'à ce que, s'étant frayé un cliemin à travers les flammes, ils virent étendus dans la cour du palais les corps des victimes; et, au lieu de se réjouir delà chute des ennemis, ils payèrent un tribut de regrets et d'admiration aux héroïques défenseurs de Masada. Telle fut la dernière scène du drame grandiose de la guerre des Juifs.

Quelque temps après, Vespasieu fit détruire aussi le temple d'Onias, en Egypte % qui était devenu un point de ralliement pour un certain nombre de zélateurs. L'un d'eux, nommé Jonaîhan, réfugié en Cyrène, y excita une

' Voy. ci-dessus, page 500, col. 2.

révolte; mais les Juifs le livrèrent euxmêmes au gouverneur Catulle, qui l'envoya à Rome. Pour se venger, Jonathan dénonça comme ses complices les Juifs les plus distingués et entre autres Joscphe, qui, disait-il, lui avait envoyé des armes et de l'argent. Il causa par là la mort d'un grand nombre d'innocents; mais bientôt une enquête sévère fît reconnaître la fausseté des accusations de Jonathan, qui ex[(ia son crime sur le bûcher.

Trois personnages juifs survécurent à la ruine de leur patrie, pour | joueruncertainroleà la cour impériale i de Rome : ce furent Agrippa, sa sœur j RéréniceetJosèphe. Les deux premiers étaient devenus presque étrangers à leur peuple; Agrippa avait même poussé la trahison jusqu'à envoyer des troupes auxiliaires à Vespasien et à Titus. Parti pour Rome, lors de l'avénemeiit de Galba, il y resta pendant les courts règnes d'Ôthon et de Vitellius; averti en secret, par ses amis, que Vespasien avait été proclamé empereur par l'armée de Syrie, il quitta Rome, avant que la nouvelle y fut connue, et accourut promptement auprès de Vespasien'. Celuici, après la destruction de Jérusalem, confirma Agrippa dans son royaume*, et l'honora aussi du titre de préteur.

Sa vie était probablement partagée entre les soins de son royaume et les distractions qu'il allait souvent chercher dans la capitale du monde ^. On présume qu'il n'était pas marié; du moins il ne laissa pas d'enfants, et son royaume fut plus tard réuni à la

« Tacite, Hist. 1. II, ch. 81.

» Vov. Juslus de Tibériade, cité par Pholius , Biblioth. , cod. Zi. — 11 existe des médailles qui portent pour date l'an 29 du règne d'Agrippa, correspondant à l'an 76 ou 77 de l'ère cliréliennne ; ce qui prouve qu'il conserva son royaume après la destruction de Jérusalem. VÔv. Cellarius, Dàsertatio de hisioria llerodiim, contra Hardiiinum, dans les oeuvres de Josèplie, éd. Havercamp , l. II, p. 3-28.

^ Josèplie reçut de lui soixante-deux lettres , et une entre autres où Agrippa le remercie de Venvoi de sa Guerre des Juifs ( Fie de Josèphe, ch. 65), ce qui montre qu'Agrippa ne vivait pas toujours à Romet comme l'ont dit plusieurs auteurs.

PALESTIISE.

Svrie. L'époque de sa mort estinconnue '. Bérénice, à ce qu'il paraît, ne brillait pas par sa vertu; mais elle passait pour une femme de beaucoup d'esprit, et Vespasien lui demandait souvent des conseils. Ses liaisons avec Titus, qui, disait-on, lui avait promis sa main», la firent exiler de Rome, où elle ne put revenir qu'après la mort de Vespasien. .luvéual ne craignit pas de la flétrit dans une de ses Satires'. — Josèplie, qui avait été mis en liberté par Vespasien, ajouta à sou nom celui de Flavius , nom de famille de l'empereur. Pour ses terres dévastées dans les environs de Jérusalem, Titus lui en donna d'autres dans la plaine d'Esdrélon; par son crédit, il flt rendre la liberté à beaucoup de prisonniers. Titus lui donna aussi les livres sacrés pris dans Jérusalem.

Josèphe se maria trois fois ; sa première femme fut une Juive de Césarée, qui le quitta, lorsque, après la conquête de la Galilée, il partit pour Alexandrie avec Vespasien. Dans cette ville il prit une seconde femme, qu'il répudia plus tard à cause de ses mauvaises mœurs; elle lui avait donné trois fils , dont deux étaient morts; le troisième, nommé Hyrcan, vivait avec son père à Rome. Il épousa en troisièmes noces une riche Juive de Crète,

' Photius dit ( 1. c. ) , d'après Justus , qu'il mourut dans la troisième année du règne de Trajan; ce qui évidemment est une erreur ; car il résulte du ch 65 de la f^ie de Jusi-phe , écrite sous le règne de Domitien , qu a cette époque Agrippa était déjà mort.

= Voy. Tacite, Hht. II, 2; Suétone, Titm, «h. 7, — Noide, Hisfor. idumœa, iob et suiv.

qui lui donna deux fils, Justus et Simonide Agrippa'. Il écrivit a Rome l'Histoire de la guerre des Juifs en hébreu; cet ouvrage est perdu, mais il nous en reste une seconde rédaction, faite par Josèphe lui-même eu langue grecque. Il la soumit à l'empereur Vespasien, à Titus et au roi Agrippa; Titus la revêtit de sa signature et attesta la fidélité du récit. Plus tard, sous Domitien , Josèphe composa ses Antiquités , en vingt livres; cet ouvrage contient l'histoire du peuple hébreu, depuis son origine jusqu'à la douzième année de l'empereur Néron.

Josèphe avait pour but, dans cet ouvrage, de faire connaître aux étranj^ers ■ la véritable histoire de son peuple et de le relever aux yeux des Romains.

Il y joignit plus tard sa Biographie, ou plutôt l'Histoire de son administration en Galilée, pour répondre aux attaques dont il avaitétél'objetdelapart de Justus de Tibériade. Çà et là , dans ses Jntiquifés, il n'est pas entièrement d'accord avec les sources bibliques , et souvent il a puisé dans les traditions. Le grammairien Apioii d'Alexandrie ayant attaqué les Juifs et jeté des doutes sur plusieurs points de leur histoire. Josèphe écrivit contre lui une réfutation très-savante, qui témoigne de sa vaste érudition dans la littérature grecque. Ses écrits lui ont assuré une place parmi les plus célèbres écrivains de l'antiquité ; c'est à lui seul que nous devons la connaissance de l'histoire des Juifs, depuis les rois maccauéens jusqu'à la dernière catastrophe de la Judée.

' Vov. rie de Josèphe, ch, 75 et 7G.

L'UNIVERS

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