‹ Palestine et SyrieChapitre 102 sur 119 · De Beyroût à Damaa · texte numérisé non relu

De Beyroût à Damaa

Un des résultats de l'expédition française de 1860 a été la construction d'une route de 112 kilom. de long entre Beyroût et Damas, desservie par la poste, la seule de ce genre en Syrie. Elle fut entreprise par le comte F. de Perthuis et construite en très grande partie avec des fonds français. Elle traverse une des contrées les plus stériles du Liban, généralement le long de l'ancien sentier que suivent encore les Arabes, parce qu'il y a sur la route un droit à payer pour le passage des bêtes de charge et des voitures. La poste est bien organisée et les voitures vont très vite ; mais les places sont incommodes parce qu'on ne peut pas étendre les jambes, ce qui fait que le trajet finit par être très fatigant. Quand il neige, ce service est souvent interrompu pendant des semaines entières. Dans la saison des voyages, les places sont souvent retenues quatre à cinq jours à l'avance, surtout de Damas à Beyroût pour le départ des bateaxix ; on fera donc bien de prendre ses mesures à temps. Au besoin, on peut traverser le Liban en 1 jour Vz avec un bon cheval. Les voitures de nuit n'ont que 5 places, dont une à côté du cocher.

Prix des places de Beyroût à Damas ou réciproquement: le jour, coupé, 14d piastres; intérieur ou banquette, 101 piastres; la nuit, 145 piastres indistinctement. Pour les trajets des stations intermédiaires, on compte, pour le coupé , 1 piastre '/« ; pour l'intérieur ou la banquette , 1 piastre par kilomètre. ()n ne prend qu'un nombre limité de voyageurs a.ux stations et seulement, bien entendu, lorsqu'il y a de la place; les personnes qui font tout le parcours ont la préférence. De l'intérieur des voitures on ne jouit d'aucune vue; du coupé, elle est limitée; il en est de même de la banquette d'où Ton ne peut regarder en arrière à cause de l'exiguité des sièges. Quoi qu'il en soit, la banquette est encore la meilleure place pour les hommes: les dames ne peuvent monter ^ue dans le coupé. On ne prendra la voiture de nuit qu'en cas de nécessité. — On n'a droit pour les bagages qu'à une franchise d'environ 6 kîlogr. le jour et la nuit, de la moitié seulement, et l'on n^accepte qu'un surpoids limité. Il est bon de les faire enregistrer un jour d avance.

La compagnie a le tarif suivant pour les monnaies: Napoléon, 95 piastres; franc, 4V4 ; medjîdi d'argent, 22V2; livre turque, lOB'/a; livre sterling, 119'/2. Les petites pièces turques sont reçues pour leur valeur nominale.

La visite de la douane à Beyroût et à Damas est facile à éviter moyennant 50 c. ou 1 fr,

BEYROUT.

Route 26. 469

Le tableau auivant donne exactement les heures de départ, les distances, la durée du trajet et celle des arrêts.

Stations

PS

Le jour

Heures de départ

Durée

du trajet

Arrêt de

La nuit

Heures de départ

Beyroût

Djemhoûr . . .

Ëoûdékhân . . .

Sôfar

Khân Mourâd. .

Clitôra

Citerne

Djédeidé . . . .

KhânMeithéloûn Kbân Dîmœs . .

Heemé

Damas

10,545 9,tXJ9 8,0C6 9,976 9,136

4 11. — du m.

9 h. 40 - - 1011.55 - midi 20

lh.40 - s.

5 min.

lb.45

lb..lO

lb.20

lh.l5

6 b. — du s.

10 b. 45 - min. 15 - -

1 b. 25 du m.

Arrêt de

10 min.

Damas ....

llsemé

Kbun Dîmœs .

KbânMeithéloûn Djédeidé . . .

Citerne ....

Cbtôra ....

Khân Mourâd.

Sôfar

Boûdékhân . . .

Djemhoûr . . .

Bevroût

4 b. 30 du m,

1 b. 20 du s.

Ib.—

5 min.

lb.20

lb.45

Ib.-

6 b. — du s.

9 b. 30 - - Ub.lO - min. 15 - -

1 b. 55 du m.

Ib.- Ib.- Ib.l b. 30

1 b.20 Ib. 55 1 b. 10

Ib. — Ib.—

min.

Nous ajouterons encore qu'il n'y a qu'un restaurant passable à Cbtôra (p. 470) et ailleurs des cafés médiocres; c'est pourquoi on fera bien de prendre quelques provisions pour la route, d'autant plus qu'on sera bien aise de profiter des moments d'arrêt pour se dégourdir les jambes.

Outre les voitures faisant ainsi le service régulier, il y a des voitures supplémentaire» à 5 places, recommandables pour les personnes voyageant en société, mais il faut les arrêter trente-six heures d'avance en s'adressant au chef de l'exploitation au bureau de la compagnie, place des Canons, à Beyroût, ou à l'agence de Damas, dans les bureaux de la Co. On peut aussi avoir des voitures pour différents points de la route. Il existe un tarif des voitures de la compagnie ottomane de la route de Beyroût à Damas donnant des détails sur les prix etc. On compte, par exemple, 460 piastres de Beyroût à Cbtôra , 1120 jusqu' à Damas, 660 de Damas à Cbtôra et 1125 également jusqu'à Beyroût.

Les voitures de transport^ dont ne se servent guère les voyageurs, font le trajet de Damas à Beyroût en 3 jours. Une place pour toute la route y coûte 52 piastres. Les marchandises et les bagages sont transportés à raison de 85 piastres par 115 kilos et arrivent à peu près exactement en 3 jours.

Du bureau sur la place des Canons (pi. F, 3) ou se dirige vers leS.E., d'abord entre de jolies villas, puis le long des Pins (p. 466). De chaque côté sont de grandes plantations de mûriers. A la 8^

470 Route 26, BÉKÂ'A. De Beyroût

borne kilométrique , les restes d'un vieil aqueduc (1 h. à cheval de Beyroût). A l'extrémité de la plaine, le monument de Franco- Pacha. La route monte ensuite en zigzag sur les versants du Liban bien cultivés ici encore ; elle offre à mesure qu'elle monte la **vue la plus splendide sur la vaste nappe azurée de la Méditerranée et dans le bas, sur le promontoire avec ses nombreuses villas. A g., est la gorge profonde du Nahr Beyroûtj qu'on ne voit que plus tard. 10 kil. 5. Kh&n Djemhoùr. Un peu au-dessous, à g., 'Arêya, séjour d'été favori des habitants de Beyroût. Le district s'appelle el'Gharb (l'Ouest). On voit encore la plaine et la mer.

9 kil. Khàn Bottdékh&n. Un chemin sur la droite conduit à ^ALeihy autre séjour d'été (station télégraphique durant la saison). Puis Khan Rououêaet el-hanira '(la petite tête rouge). — 8 kil., Khàn Sôfar oil il y a une bonne source. La route est en partie taillée dans le roc vif. Bientôt on quitte le côté S. de la gorge dite Ouâdi Hammâna» A g. , le village du même nom , avec une filature de soie. Puis Khân Moudeiridj. La végétation a cessé, il y a partout des rochers ; on atteint, après un trajet de ^^ d'h. de Sôfar, le sommet du col du Libauj où se trouve le Khân Mizhir (1542m. d'altit.). A g., le Djebel ^enew€ (2,030 m.); à dr., le Djébel el- BâroûCj deux montagnes chauves. En arrière se voit pour la dernière fois la Méditerranée, puis on découvre la large vallée de la Btkâ'a (v. ci-dessous). Au delà s'élève ÏAnii' Liban; au S., la cime neigeuse de l'Hermon, le Djebel ech-Cheikh (2,653m.); vers le N., le regard s'étend jusqu'aux environs de Ba'albek(p. 518). Ensuite on entre dans la grande cour du

10 kil. Khàn Hourfcd, et l'on descend au grand trot les zigzags de la route jusque dans la vallée. A dr., à l'issue d'une petite vallée, Ca'b Elyâs ; à g., à une même distance, Djedîdé; plus loin, on pas&e devant le village de Mecsé , et quelques minutes après, on est à

9 kil. Chtôra , le seul endroit où l'on s'arrête un peu longtemps (20 min.).

11 y a là une auberge tenue par un Grec, dout la femme est Italienne et qui parlent tous deux français. Lits, entretien et service médiocres. L'hôte ti«nt aussi des chevaux qu'il loue suivant un tarif imprimé.

Chtôra se compose de plusieurs fermes ; la grande propriété que l'on trouve plus loin, à dr. de la route, appartient aux jésuites. 11 y a 7 h. d'ici à Ba'albek (p. 526). Pour Mou'allaka, v. p. 527.

La Békà'a (crevasse), dans laquelle nous entrons maintenant, grande vallée entre le Liban et l' Anti-Liban , est fermée au S. par les contre-forts du Tômât-Nîha (jumeaux de Nî^a) , et c'est avec peine que le lAtâni s'ouvre là son passage à travers les rochers. Ce lieu s'appelait dans l'ant.quité la Céléayrie ou Syrie creuse; toutefois dans les auteurs anciens, dans les livres des Maccabées et dans le IIl^ d'Esdras, ce nom désigne tout le pays au S. de Séleucie jusqu'au désert du Sinaï ; il n'y a que la Phénicie qui en soit exclue.

à Damas. KHAN DÎM^S. Route 26. 471

La Békâ'a n'est pas beaucoup cultivée aujourd'hui , mais elle l'était dans l'antiquité. La voiture traverse cette plaine au galop. On a toujours à dr. un beau coup-d'œil sur les hauteurs neigeuses de l'Hermon. On traverse un pont (870m. d'altit.) sur la principale rivière de la vallée, le Nahr el^Lîtâni (p. 473), qui n'a qu'un ûlet d'eau pendant la saison sèche, bien qu'il en reçoive des deux chaînes de montagnes , puis un second pont sur un petit affluent. Ensuite,.la route tourne davantage au S.

14 kil. 8. La Citerne (masna')^ à l'entrée du petit Ouâdi el- HatiTi. Â dr. , une longue croupe de montagne peu élevée; à g., du côté des montagnes , à ^4 ^'h* ^^ distance , les ruines de ^Andjar , dont les restes actuels , des tours , des murs et quelques colonnes attestent encore qu'il y avait à cet endroit dans l'antiquité une ville importante et une forteresse. Josèphe l'appelle Chalcis. Il y a à l'Ë. une source considérable. A une même distance,

mais à dr. de la station, est situé le village de Medjdel ^Andjar,

A 10 min. au-dessus, sur la longue croupe dVne colline verdoyante, sont les restes d''un temple. Son portique, tourné au l^.E., est en ruine; il y a sur le sol des fragments des colonnes et du fronton. Le côté O. est la partie la mieux conservée. Les pierres y sont à refends et quelques-unes d'entre elles fort grosses. Le mur est orné sur toute sa longueur d'une étroite moulure dans le bas, près du sol et d'une autre à mi hauteur. La grande porte, flanquée de deux autres plus petites, a 4m. 40 de largeur et des jambages sculptés de 7m. Bnfin il y a encore une petite porte de chaque côté de rédiûce. La hauteur du temple, jusqu'à la corniche, dont une partie subsiste encore, doit être de 12 à 13m. Il y avait des niches entre les demi-colonnes de l'intérieur. — La vue est belle: au N., le Djéhel Sannin (2,608m.), couvert de neige; de là au S., le DJébel Keneûe (2,03()m.): tout à fait à l'O., le DJébel Bâroûc (p. 470) •, au S., tout le massif de l'Hermon (p. 476); au K.£., la haute croupe de l' Anti-Liban (DJébel ech'Cherki) avec sa cime principale, le Dcihr Ab<mH-J3in (2,640 m), et en avant les hauteurs de Zébédâni (p.* 516).

A 3/4 d'h. au S., près du village de^^cotf^, se trouve un autre temple, dans le voisinage duquel sont des sarcophages et des grottes sépulcrales.

La route monte maintenant dans le Ouâdi Harîri , vallée peu intéressante, bordée d'une hauteur (1350 m. d'altit.) qui forme la ligne de partage des eaux de ce côté. On traverse entre des buissons une plaine longue et étroite, dite el-Djedeidé, qui est bornée au N. par la croupe de Zibédâni (p. 516).

9 kil. 2. el-Djedeidé (1272 m.). Ensuite vient le Ouâdi el-Kam, d'abord gracieux, puis monotone ; on le quitte à l'endroit où débouche une autre vallée venant du S., et l'on recommence & monter.

13 kil. 4. Kh&n Ueithéloùn. — 8 kil. Khàn Dlmœs (à g., sur le versant aride de la montagne, le village du même nom), au commencement de la Sahrat'Dimœa , plateau désert où campe et manœuvre alternativement, pendant quelques mois de l'année, une partie de la garnison de Damas. La route le traverse en ligne droite dans la direction de l'E. ; on arrive à l'extrémité en 35 min. et, tournant un peu à dr., on entre subitement dans le Ouâdi Barada, dont le fond est planté d'arbres, surtout de peupliers, qui procurent une surprise agréable après la contrée déserte qu'on vient

472 Route 26. HiEMÊ.

de parcourir: voyageurs, cocher et chevaux même en ressentent l'impression. Alors tout s'anime , des cris de joie et des louanges à Allah montent vers le ciel ; les poumons se dilatent en respirant l'air bienfaisant de cette vallée , la végétation devient de plus en plus luxuriante, on est dans un véritable parc qui s'étend aussi loin que peuvent pénétrer les eaux du Barada: au delà, l'aridité du désert reprend son empire et offre de curieux contrastes.

9 Jiil. 3. Hœmé , village où l'on attelle à la voiture de beaux chevaux mieux harnachés que les précédents. 20 min. plus loin, Doummar (p. 512), localité composée de villas, dont la première à dr., au delà du pont, appartient à un riche Israélite de Damas ; celle de g., au pacha, puis la petite sur une hauteur du même côté, à 'Abd el-Kâder, l'ancien chef bien connu des Bédouins d'Algérie, qui vit depuis qu'il a été remis en liberté de la pension que la France lui paie à la condition qu'il ne quittera pas le territoire de Damas (v. p. 488). . On remarque beaucoup d'aqueducs. Les arbres s'éclaircissent près d'un moulin (dr.); il y a encore un long bout de route entre des jardins , puis on aperçoit au loin les minarets de Damas. A g., le DjébeC Kâsiyoûn (p. 512). Le premier bâtiment en face, avec de nombreuses coupoles noires et des minarets est la Tekîyé (p. 513), ancien couvent de derviches. Avant que la voiture tourne à dr. dans la cour de la poste, on voit du même côté le Merdj (p. 512), endroit très animé surtout le soir.

10 kil. 5. Damas (p. 484). — L'hôtel Dimitri (p. 484) n'est pas éloigné du point d'arrivée.

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