De Sidon à Hâsbêyâ et Eâchôyâ (Damas
L^Hermon.
De Sidon à Kal'at bch-Chékîp (8 h. 1/4) • — Sortant par la porte du S.E. de Sidon, on arrive en 40 min. au point où les chemins se bifurquent sur la plage. Là on prend à g. dans la direction du S.E., pour être en 55 min. au gué du Nahr ez-Zahêrâni, après lequel on commence à monter. A 50 min. de là, Khân Mohammed- Ali, d'où l'on a une belle vue sur le Djebel Rîl^ân (p. 481). Puis on traverse un plateau pierreux où sont des traces de voie romaine et où Ton a trouvé maintes fois des sarcophages. A dr., le village de Zifté. On descend, on tourne dans une autre vallée, on monte en 2 h. V2 environ au village métâouilé de Nabatîyé, et l'on va de là en 1 h. 25 à ^Amoûn. A 20 min. au S. se trouve, sur un rocher escarpé au-dessus de la profonde gorge du L7tânij le château de Kal'at eoh- Chékif.
histoire. Il est fait mention pour la première fois de ce château en 1179, comme d'une forteresse des chrétiens^ mais il est bien probable que, vu sa situation très favorable, ce Heu était déjà fortifié auparavant, peut-être dès le temps des Phéniciens. Les croisés le nommaient J9«//of/ ; leurs troupes battues à Bâniyâs (p. 404) trouvèrent un refuge dans cette forteresse. Saladin l'assiégea pendant une année entière (1189-1190), usqu'à la reddition de la garnison , qui était sous les ordres de Renaud
KAUAT ECH-CHÉKÎF. Soute 27. 473
de Sidon. Les Templiers rentrèrent par acliat en possession du château en 1240, mais il fut pris d'assaut en 1280 par le sultan Bibars et rebâti ensuite par les musulmans.
Le château de KaFat ech^Ché^îf (670 m. d^altit.), qui domine toute la contrée et surtout le déiilé sur le chemin de Sidon à Damas, était très fort. Au S. et à l'O., il était protégé par un fossé de 15 à 36 m. de profondeur creusé dans le roo vif et pourvu de chambres et des citernes. Les murailles atteignent une hauteur de 18 à 24 m. au-dessus de ce fossé. Au S. seulement, le château se reliait avec une étroite croupe de montagne. Il y a au S.£. une entrée formée par un pont suspendu au-dessus de l'effrayante gorge du Lîtâni, sur un abîme profond de 460 m. Le bâtiment a 120 m. de long (N.S.) sur 30 de large et à l'extrémité N. une saillie de 21 m. tournée à VE. La cour, à l'E., a environ 15 m. de largeur et les ouvrages extérieurs en mesurent autant , à quoi s'ajoutent 6 à 9 m. de talus. La muraille du S. n'était pas aussi haute que les autres, mais elle était renforcée par deux tours semi-circulaires.
On conçoit qu'avant l'invention des armes à feu, cette forteresse ait été imprenable, du moins autrement que par la famine, et que celui qui possédait cette place avec celles de Tibnîn (p. 400), de Hounîn (p. 403) et de Bàniyâs (p. 404) était le maître du pays. Il n'y a pas de traces de constructions plus anciennes, sinon de la lin de l'époque romaine ; la plupart des autres restes sont des bâtiments sarrasins du moyen âge , comme on le reconnaît aux arcades et aux voûtes. Il y a une chapelle au milieu du côté E. — La vue est magnifique. A une grande profondeur coule le Lîtâni , torrent dont l'eau verte bouillonne et écume sur des rochers. Le versant opposé n'est pas aussi escarpé; il s'y trouve quelques villages entourés de verdure. De l'autre côté de la plaine de 'Ayoûn (v. cidessous) se dresse l'Hermon, et à côté se voit le château d'es- Soubeibé (p. 406), pendant de celui d'ech-Chékîf. Au S., le pays montagneux de Nephtali, jusqu'aux environs deSafed; à dr., le Djebel Djermak; on voit même Hounîn. Au N.E., l'œil remonte la vallée, au-dessus de laquelle s'élève le Djebel Rîhàn ; en face, le Ouâdi et-Téim, avec les villages de Râchêyât el-Foukhâr, etc. A l'O., le petit village d'el-Hamra (p. 400).
De ^Arnoûu, on descend en 40 min^ au pont du Lîtâni Djisr et- Khardélij le meilleur endroit pour camper.
Du Djisr £L-Kuakdëli à Bâniyâs, on se dirige au S.E. sur le village de Khii'bé (1 h.) , habité par des grecs-catholiques, puis on passe près au village druse de ^Moutelîé (1 h.), et de là on traverse de biais la plaine, en laissant à dr. Abil el-Kamh (p. 404), après quoi on atteint le pont d'el- Ghadjar (p. 404). ' * . .
Du Djisb bl-Khabdéli 1 HÂsbéyâ (3 h. 1/2)' — ^^ ^* d'abord en 1 h. Y4, au N., au gros village de Djedéidé (^école de la mission américaine). Se dirigeant ensuite vers l'E., on atteint en 1 h. Soûk el'KMn^ dans une large et belle vallée couverte d'oliviers. On garde sur la droite la verdoyante contrée nommée Merdj 'Ayoûn. Il est question d'/jon dans l'expédition que le roi Benhadad lit à travers
474 Rouie 27. HÂSBÊYÂ. De Sidon
la B^â'a contre Baasa d'Israël , à Tinstigation d'Asa , roi de Juda (I Rois xv, 20). Il y a à Soûk el-Khân un marché hebdomadaire régulier ) surtout pour les bestiaux; de là, les longues rangées de
petites étables dans les khans.
Les voyageurs qui ne tiennent pas à visiter H&sbêyâ, peuvent prendre à Soûk el-Khân le chemin de Ch^^a traversant le Nahr Hasb&ni. On couche à C'hiVâ, où Ton va aussi en 3 h. environ par RâcMyât el- Foukhdr (p. 475). Le chemin qui monte de Chib^â à THermon est en pente douce.
De Soûk el-Khân le chemin conduit vers le N., en 45 min. le long du Hasbâniy au pont d'où Ton atteint en 30 min.
H&8béy& (670 m. d'altit.), petite ville bâtie du côté O. d'un amphithéâtre de collines et d'où un ruisseau va se jeter dans le Hasbâni. Des deux côtés de la vallée sont dés terrasses fertiles, plantées d'oliviers , de vignes , etc. La vigne est surtout cultivée pour en faire des raisins secs ou du sirop (dïbs). La ville a, dit-on, 5,000 hab., dont 4,000 chrétiens, y compris des protestants, avec une école et une église fondées par les Américains. Bureau du télégraphe turc. Un millier de chrétiens y ont été, paraît-il, égorgés par les Druses en 1860 (v. p. 487). On prétend voir dans Hâsbéyâ l'ancienne ville de Ba^al Qad, qui était située au pied de l'Uermon et qui fut prise par les Israélites (Jos. xi, 17 et aill.). Le passage I Chron. v, 23. fait une distinction entre Ba'al Hermon et le mont Hermon (Jug. in , 3). Ba'al Gad et Ba'al Hermon sont peut être identiques et les deux noms auraient signifié dans le principe maison de Baalj attendu que la contrée présente encore aujourd'hui une quantité de temples. L'autorité turque occupe maintenant l'ancien château des émirs druses de la famille Chéhâb (p. 482). — Il y a dans les environs de Hâsbèyâ beaucoup de mines de bitume qui sont exploitées, c.-à-d. que le gouvernement loue à des entrepreneurs. Le sol est en partie volcanique près de la source du Hasbâni, à 1/2 ^* ^^ N. de la ville.
Le Otiâdi et- Téim fut le lieu qu'habita dès l'origine la secte des Druses , car c'est là, dit-on, que vécut son fondateur ed-Darazi (p. 406). A 20 min. environ au-dessus de la ville se trouve un des principaux sanctuaires de cette secte , nommé Khalouet el-Biyâd. Les livres religieux qui s'y conservaient ont été enlevés et dispersés par les Egyptiens en 1838. Cet endroit mérite une visite à cause de sa situation. L'oeil y embrasse le Ouâdi et-Téim et le cours du Jourdain jusqu'aux environs du lac de Hoûlé. A l'O., le château d'ech-Ghékîf et presque tout le district qui s'étend jusqu'à la mer. — Les sanctuaires druses d'el-Biyâd forment un corps de bâtiment considérable.
Db BÂNYÂ8 À HÂSBirÂ. — a. Le chemin court au N. de celui qui mène à Tell el-Kddi (p. 404). En 15 min., on est sur le bord occidental de la terrasse et Ton descend, en passant devant des ruisseaux, qui sont dirigés vers la plaine. Au bout de 12 min., on traverse le Ouâdi el-^Asal^ dans la direction du N.O.; 23 min. plus tard, on tourne plus au N., du câté du Ottddi et-Téim. A 20 min. de là, une source, à g. ; à 15 min., le Ui'/i el-Khiroua'a ^ près d'un petit village. Belle vue. Au-dessus, à dr.,
à Râchéyâ. ^AÏN HERCHA. Houie 27. 475
à environ ÔO min. de distance, les ruines de Ka^at Bcustra. A 30 min. au delà du ^Aïn Khiroua^a, on commence à gravir les collines du Ouadi et-Téim, du côté £. 10 min. après, le Ouâdi Sérayib; on franchit une croupe de montagne et Ton descend peu à peu dans le Ouâdi Khoureibé. Le village de Khoureibé reste sur la gauche. Ensuite le chemin direct de Hâsbëyâ longe la rivière. On traverse au bout d'I h. le Ouàdi Chit/a et Ton arrive, en faisant le tour de la montagne, en 1 h. de plus à Uâsbêyâ.
b. Un chemin plus intéressant traverse la montagne. Au bout d'une 1/2 h., on passe le Onâdi Khoureibé et Ton monte à Râchêyât el-Foukhâr (35 min.), gros village où il y a beaucoup de poteries comme Tindique son nom. Cet endroit est tout entouré de montagnes. On commence 2Ô min. après à descendre dans le Ouàdi Chil/a. A g., dans le bas, le village de Fardis. On est en 40 min. au village |de Hibbarîyi. La vue est très belle au S. et à TO. A TE., Tœil plonge dans le gouffre du Ouâdi Chib'a. Au-dessous du village, dans la plaine se trouve un temple assez bien conservé (v. p. 126). Tous les murs en sont encore debout, excepté au N. L'édifice repose sur un stylobate de 2 m. 40 de hauteur, entouré d'une corniche. Au I«r. et à TO. sont des entrées, introduisant probablement sous des voûtes par oU Ton pouvait jadis monter à la cella. Ce temple est in antis et tourné à TE. Il a I6 m. 80 de long, 9 m. de large et 8 m. 20 de haut, de la plate-forme à la corniche. Les encoignures sont munies de pilastres à chapiteaux ioniques entre lesquels il y avait à TE. deux colonnes formant le portique. La porte de la cella , haute de 4 m. 60, est surmontée d'une architrave et d'une corniche. De chaque côté se trouvent deux niches superposées; celles du bas sont des niches en coquille, dont l'arcade est supportée par des pilastres; celles du haut ont un fronton. L'intérieur du temple est rempli de décombres. Il y a un escalier dans le mur à l'angle 8.0. de la cella. Les murs intérieurs du pronaos et de la cella sont entourés d'une corniche. A l'extérieur, les pierres sont à refends.
Ensuite on traverife au bout de 15 min. le ruisseau du Ouâdi ChiVa. 15 min. après, on est dans le bas au pied de la colline occidentale, et l'on monte en 15 min. , par un chemin raide et mauvais au village de lAîn Djourfa. Puis suivant la vallée du Hcubâni^ on arrive aussi en 15 min. sur le plateau, couvert de vignes. A g., Khalouet el-Biyâd (v. plus haut). 10 min., on commence à descendre le versant escarpé;' 10 min. encore, et l'on est à Hâsbêyâ.
Db HÂSBâYÂ À RÂCHâTÂ (6 h.). — On passe sur un pont audessus d'une petite vallée au N. et l'on arrive en 15 min. sur la hauteur. Ensuite on traverse une vallée pour arriver en 1 h. à Mimas. De là, on va en 4ô min. au village et Khalouet (p. 106) de Coufeir. £n 20 min. on gravit la hauteur, et Ton se dirige vers une montagne à dr. A g., dans le bas, le Ouâdi et^Téim (40 min.). Puis on descend (25 min.) en laissant à dr. le village d^esSépnéy et l'on se dirige à !'£., dans les montagnes, vers Beit Lâya (1 h.).
En s'écartant un peu au S., on peut aller à 'AXn Hercha, village à 40 min. de Beit Lâya et à 20 min. au-dessus duquel est un des temples les mieux conservés de l'Hermon. Il est in antis, tourné vers l'E. et très petit, ne mélurant que 12 m. de long sur 8 de large, dont 2 m. 60 sur ô m. 90 pour le pronaos, 7 m. 90 sur 5 m. 20 pour la cella, et n'ayant que 5 m. 90 de hauteur, de la plate-forme à la corniche. La partie O. de la cella est plus haute que le reste de 1 m. 40. Il y a là quatre piédestaux avec des colonnes engagées, dont les bases sont attiques et les chapiteaux ioniques. La corniche qui se trouve au-dessus fait le tour de la cella. Le toit s'est écroulé. Ce temple est bâti sur un stylobate qui a 2 m. 40 de hauteur à l'O. Il a une entrée richement ornée, avec une niche d'un côté. La corniche présente à dr. et à g. trois têtes, deux têtes de lions séparées par une tête de tigre. A l'extrémité O. , sur le
476 RouU27. RACHÊYÂ. De Sidon
tympan se trouve un buste de femme en bas-relief avec deux petites cornes comme une Vénus cyprienne.
De Beit Lâya, ou arrive en 30 min. à Bkêyifé, puis en 35 min. par un mauvais chemin et une contrée qui laisse , dit-on, à. désirer pour la sûreté, àB&chêy&, petite ville de 3,000 hab. (dont quelques protestants}, bâtie en terrasses sur le versant escarpé de la montagne et entourée de vergers. Le château fort élevé d'ailleurs est dominé par la cime de l'Hermon au S. Les habitants ont Tair dispos et bien portants.
Du Djisb £L-Khakdéli à Râch&tâ (environ 10 h.). — On remonte le cours de la rivière. Le trajet est intéressant, mais il faut un guide. Le LItani s'est creusé, dans la partie supérieure du Liban inclinant à TE., un lit escarpé et profond dans lequel il roule comme un torrent, souvent à une grande profondeur (près de 3(X) m.) entre des versants abrupts. Ceux-ci sont pour la plus grande partie couverts de sycomores, de myrtes et d'autres arbustes. Des aigles ont leurs aires dans ces abîmes inaccessibles mais grandioses, et Ton y voit aussi le daman syrien (p. 305). £n 1 b. 10, on est au village de Bououêda. De là, on tourne du côté de Bélâtj à environ 1 b. de distance, d'où Ton a, un peu à rO., une belle vue sur la vallée. Le ravin est très étroit au S., à un endroit appelé el'Khatoua (le pas). Il y a ensuite environ 1 h. Vs de chemin jusqu'à BourgHovZj où l'on jouit également d'un coup d'œil magnifique sur le profond ravin ou coule le Lîtâni. Un chemin venant de Djezzîn (p. 481) conduit à Hâsbêyâ en passant sur un pont. Ensuite on arrive en 1 h. 1/2 par Kilpà à Yahmoûr, deux villages métâouilé. On peut aussi se rendre directement de Bourghouz au pont à!'el-Coûoué^ mais il faut aller à pied à la descente. Le pont naturel qui se trouve là est formé d'une quantité de rochers écroulés, et ménageant une voûte sur la rivière qui coule à environ 33 m. au-dessous. Les rochers sont couverts d'arbustes et d'herbe. Ils présentent un coup d'œil grandiose: au S. on voit KaFat ech- Chékîf. Un chemin qui passe sur ce large pont naturel conduit aussi dans le Liban. Ensuite on se dirige vers Sa/imoûr, au N.E., mais en tournant dans des vignes, 10 min. après avoir quitté les rochers. On voit de là le village de bahmoûr et, au N., la croupe qui s'étend du Liban à l'Anti- Liban. Passant ensuite sur des éminences crevassées toujours dans la direction du X.E., on arrive en 1 h. environ sur le Djebel ed-Dahet', d'où l'on a une belle vue. 10 min. après, une autre hauteur: a 15 min. de là, le village de Libbeya^ et lô min. encore plus loin (K.E.), celui de Nébi 8afa ou Thelihatha (1153 m. d'altit.). — Dans le voisinage, sont les ruines pittoresques d'un temple tourné à TE. Il était sur une plate-forme sans escalier. Les colonnes du portique et les pilastres des angles étaient d'ordre ionique, avec des bases attiques. On peut reconnaître à l'angle ^.E., qui a encore un fragment de fronton, que les pilastres avaient 2 m. IQ de hauteur et se composaient de neuf assises de pierre. 11 subsiste quelques débris du fronton. Tout le temple mesurait 10 m. 70 de large et 22 m. de long. L'intérieur était divise en pronaos et en cella. L'autel était sur un soubassement de Im. 80, dans l'angle 8.0. de la cella'. Sous la cella sont des chambres où gisent des décombres et où l'on entre par une porte latérale du temple. Il y a des niches à l'intérieur et un escalier conduisant dans la partie supérieure de la cella.
De Kébi Safa, on arrive en V2 ^> â une colline arllûcielle, le Tell Thatha; puis on descend au Ouâdi et-Téim^ on va en 50 min. èk Beit SahyOy en 15 min. à une source, et en 1 h. 10, à l'E., à Râchêyâ.
L'Hermon (Djebel eoh-Cheikh).
Le meilleur moment pour gravir l'Hermon c'est le milieu de l'été ou l'automne, les chemins étant alors débarrassés de neige, mais l'ascensioa peut aussi se faire en juin. Elle demande une journée entière. Si l'on veut passer la nuit sous la tente, on n'oubliera pas d'emporter de quoi faire du feu. On part de Hâsbêyâ (p. 474) ou de Hâchêyâ (v. ci-dessus).
àRâMyâ. MONTHERMON. Route f>7. 477
Il ne manque pas de gens qui s'offrent pour servir de guides. Il suffit de donner 6 à 8 fr. Les touristes habitués aux montagnes auront là une bonne occasion de faire une ascension très belle et n'obéiront pas au préjugé oriental qui veut qu'on prenne toujours une monture. Il faut 6 h. pour monter et 4 h. pour descendre. Ne pas oublier des provisions, et si l'on ne veut pas boire de l'eau de neige, on devra prendre de l'eau avec soi, environ à mi-côte.
Ceux qui préféreront aller à cheval, n'oublieront pas de bien examiner, la veille de l'ascension, les harnais et les fers de leurs chevaux et d'avoir soin que les animaux aient bien mangé et se soient bien reposés avant ce tour fatigant. Si l'on ne veut point passer la nuit sur la montagne, envoyer ses bagages à l'endroit où l'on se propose de descendre.
Histoire. — L'Hermon est déjà mentionné plusieurs fois dans l'Ancien Testament comme frontière de la Palestine et même de la Syrie. Il formait la frontière du territoire d'Israël (Jos., xii, 1). Son nom vient de la même racine que cHarem» et signifie ^l'innaccessible, le saint". Le livre apocryphe d'Enoch y place l'alliance des enfants de Dieu avec les filles des hommes (Gen. vi , 2). Cette montagne était vraisemblablement appelée «sainte» par suite du culte dont les montagnes étaient jadis le centre, comme l'attestent les nombreux temples du voisinage et des hauteurs de l'Hermon. Cependant le nom de Ba^al Hermon dans les Chroniqnes (I, v, 23) semble désigner antre chose que le Mont-Hermon. De même, ce passage ne s'accorde pas tout à fait avec un autre du Deutéronome (m, 9) ; peut-être que le nom de Oienir ne s'applique qu'à une partie du grand Hermon; les Sidoniens appelaient l'Hermon JSirùm. Les Hébreux lui donnaient aussi le nom de Sion (Deutcr. iv. 48), l'admiraient à cause de sa hauteur majestueuse (Ps. Lxxxix, 13), et l'estimaient parce qu'il rassemblait les nuages (Ps. cxxxiii, 3). Le Cantique des Cantiques parle des bêtes sauvages de l'Hermon (iv, 8). Selon St Jérôme et d'autres, on allait chercher sur l'Hermon, dans l'antiquité comme aujourd'hui, de la neige pour rafraîchir les boissons (Prov. xxv, 13). Le Nouveau Testament ne fait pas mention de l'Hermon, mais il est probable que la chante montagne» oii se passe la scène de la transfiguration (St Marc, viii, 27; ix, 2) est un de ses versants.
L'Hermon s'appelle en arabe Djebel ech- Cheikh^ montagne du «vieillard à cheveux blancs» ou Djéhel et-Teldj^ «montagne neigeuse». C'est une chaîne d'environ 7 lieues de longueur et courant du S.O. an N.E. Elle se compose de roche calcaire recouverte en maints endroits de craie tendre ; on y rencontre de plus des veines de basalte dans les contreforts du S. et près de Hâsbêyâ. L'Hermon est séparé de l' Anti-Liban par une gorge a\i N. Il est couvert de masses énormes de neige en hiver et il y a quelques champs de neige qui persistent en été dans les combes les plus abritées. On y voit encore souvent des ours, de l'espèce appelée par les naturalistes «ursus syriacus», mais qui ressemble beaucoup à notre onrs brun. Il y a en outre beaucoup de gibier, des renards, des loups, etc. Kotschy en a étudié la yîore. Les plantes qui y sont cultivées sont celles des montagnes de Syrie en général. La vigne dont la culture est assez considérable, s'élève jusqu'à une altitude de 1440 m. au-dessus de Râchêyâ. Plus haut que les terres cultivées se montrent ça et là aussi des bouquets de chênes (quercus cenis, Cook et Mellnl). A 150 m. environ de la zone de la vigne commencent de grands espaces couverts de tragacanthes (gommiers) a feuilles épineuses, et l'on rencontre a une hauteur de llôO à 1650 m., une végétation toute spéciale et assez ^are comprenant des arbres fruitiers sauvages qui portent des fruits bons a manger. Le véritable amandier est tellement répandu que c'est l'arbre le plus commun à cette hauteur considérable sur tout le flanc occidental de la montagne •, aussi la contrée s'appelle-t-elle également ^Akabet el-l6zi, montagne des amandiers; il semble que ce soit le pays propre à ces arbres. On rencontre de plus deux autres espèces d''amandiers, deux sortes ûe grosses prunes, une espèce de cerises et une de poires. Cette région û arbres fruitiers sauvages, facilement accessible de Rçichêyâ, se recoip-
478 Route 27. MONT HERMON.
mande à Tattention des botanistes à Tépoque de la floraison., en avril, on à répoque de la maturité, en automne. En allant de Râehêyâ dans la direction de Hâsbêyâ par le "^Akabet el-Djënîna, jnsqu"'au Djebel Khân.. on trouve un bois épais composé de deux espèces d'arbres conifères fort intéressants pour les spécialistes, le «juniperus excelsa M. Bieb» aux fines ramifications ou genévrier nain, qui croît sur toutes les hautes montagnes de TOrient, ainsi que le «juniperus drupacea Labill», véritable rareté. Ce dernier arbrisseau nommé en arabe Dovfràn, porte des fruits gros comme des prunes, bleuâtres lorsqu'ils sont à maturité et les plus gros de leur espèce. Il ne se retrouve du reste que sur le Taurus, en Cilicie, et dans le Péloponèse. — Au-dessus de ces arbres, en somme très clair-semés, mais des plus intéressants, s'étend un espace couvert d'une végétation maigre et insignifiante, de petits buissons épineux qui appartiennent tous à la flore des steppes de l'Orient, mais parmi lesquels il y a en<;ore des espèces spéciales au pays, comme l'astragale, l'acantholimon , la cousinia, etc. Près des champs de neige se trouve fréquemment le «ranunculus demissus» qui est répandu sur toute cette latitude, depuis l'Espagne. Enfin le flanc S., qui est un peu plus vert que les autres, présente sur de vastes pentes des bouquets d'une grande ombellifère qui est une espèce de ferula et que les Arabes nomment Soukerân.
Il faut partir autant que possible avant le lever du soleil. De Hâsbêyây on gravit le flanc de la montagne situ^ en face ; on arrive en 30 min. au village de 'Ain Kanya, 15 min. après à celui de Choueiya^ et 15 min. plus loin on est sur la ligne de partage des eaux entre les deux vallés dites Ouâdi Bêni-Hasan (à g.) et Ouâdi Hibbarîyé (à dr.). La première de ces vailles est boisée. Le chemin, qui passe près de cinq gros cbénes, est large et uni ; on a un joli coup d'œil sur les vallées environnantes. On rencontre ensuite des ruines nommées Khirbet ef^h^ Choueiya. D'énormes blocs de rochers y sont entassés les uns sur les autres ; il y a un escalier grossièrement taillé dans l'un d'entre eux qui est isolé. A 15 min. de là, à g. du chemin , Maghâret Choueiya, vieilles grottes sépulcrales. Il faut ensuite faire l'ascension pénible d'une hauteur qui cache l'Herm on. De l'autre côté , on descend dans la vallée dite Ouâdi 'Aïn 'Atâ et l'on se trouve alors en face du sommet principal. Il faut encore à peu près 3 h. pour atteindre la crête de la montagne, que l'on suit au N., et 1 h. 1/2 après on est sur le chauve sommet de l'Hermon.
L'Hermon a proprement trois cimes, dont celles du N. et du S. ont presque la même hauteur, 2,653 m. au-dessus de la mer et sont à 500 pas environ l'une de l'autre. Celle de l'O., plus basse de 30 m. à peu près, en est séparée par une petite vallée et se trouve à 700 pas des deux premières. Celles-ci sont en partie composées de roc4illes. — La * vue est d'une étendue extraordinaire et embrasse une grande partie de la Syrie. Au S. se montrent dans le lointain les montagnes de 'Adjloûn, jusqu'aux environs de Moab; puis le cours du Jourdain avec les bassins des lacs de Tibériade et de Houle ; à ro. des lacs , la Samarie et la Galilée jusqu'au Carmel , et la Méditerranée depuis le Carmel jusqu'à Tyr; ensuite, la chaîne du Liban qui décrit une grande courbe du Djebel Bîhân et du PJébel Keneise jusqu'aux hautes cimes du Sannîn et du Makhmal
MONTHERMON. Route 27. 479
au N. (p. 527); dans l'intervalle, la vaille du Lîtâni, de Kal'at ecli-Chékîf , dans le haut, jusque bien loin dans la B^^â'a ; puis l'Anti-Liban; au N.O., la plaine de Damas, sVtendaut comme une mer jusqu'aux lacs des prairies; au S. de cette plaine, le Djebel el-Asouad et le Dj^el el-Mâni'a; la chaîne du Haourân dans toute son étendue, et en avant, le Ledjâ et Djêdoûr. Aux environs de la montagne se trouvent, à l'O., le Ouâdi 'Aïn-'Atâ; à l'E., le Ouâdi 'Ami; au S.E., le Ouâdi ChiVa.
Il y a des ruines sur la cime méridionale. St Jérôme parle d'un temple sur l'Hermon et il semble qu'elles en proviennent. A l'endroit le plus haut, se trouve une cavité qui est entourée d'une construction ovale formée de pierres juxtaposées. Ces pierres , bien taillées, sont enfoncées dans un éboulis ou des rocalUes sur un sol qui n'est pas nivelé (l'une d'elles, portant une inscription grecque, . a été enlevée par des voyageurs en 1869). Au S. de cette construction elliptique, était un bâtiment aujourd'hui complètement détruit. C'était probablement un sacellum, édifice carré et sans toit. L'entrée était à l'E. ; le rocher qui forme la base est dégrossi. Au N.E. se trouve une grotte avec des traces de colonnes. — On trouve sur l'Hermon des cristaux de spath calcaire.
Pour descendre de l'Hermon àRâchéyâ (4 h.), il faut un guide, car il n'y a d*abord aucun sentier dans cette direction. On passe sur des éboulis du milieu desquels s'élèvent des rochers, dont les premiers, taillés à pic, ont 300 m. de hauteur. On arrive en 50 min. à une grotte , puis on marche pendant 1 h. 50 sur un terrain pierreux jusqu'à des vignes et des jardins. Enfin on descend dans une large vallée, on arrive en|25 min. à un étang, et l'on n'a plus ensuite qu'un chemin de niveau jusqu'à Râohêyâ (55 min.).
Un autre chemin, pour lequel il faut aussi un guide, passe par KaVat DJendel, à TE., et demande environ 4 h. Kal^at Djendel possède les ruines d'un château- fort, et ^Ami^ 3 h. de là au S.S.O., les ruines dMn temple. Il y a environ 2 h. V2 <i^ chemin de RaFat Djendel à Katana (p. 408).
De Racheta à Damas. — A. Directement^ par la route de Damas. — On va d'abord, en 1 h., à K^ ^oûk, localité située sur deux collines, à réxtrémité E. d''une plaine encaissée, dans laquelle se forme en hiver un lac qui n'a pas d'écoulement et dont le fond est cultivé en été. 11 y a des vestiges d'antiquités dans le village. Bâchêyâ se voit sur une hauteur. Au bout de 10 min. commence une montée raide, en QO min. on atteint la hauteur, dont on traverse le haut plateau crevassé en se dirigeant à dr. vers la croupe d'une montagne, dont on atteint le pied en 2D min. Au bout de 10 min. on atteint une sorte de ligne de partage des eaux, d'où Ton descend dans une vallée, qui tourne 20 min. après et vous mène, en 1 h. environ, à Deir el-'Achâïr.
Deir el-'Achâïr, situé à l'extrémité E. d'une petite plaine dans laquelle se forme à certaines époques de l'année un petit lac sans écoulement, est un village habité par des Druses et des chrétiens. Au milieu se trouve un temple antique en ruine. Il s'élève sur un stylobate haut de 3 m., qui repose lui même sur une terrasse atteignant à un endroit jusqu^à 2 m. de hauteur. Une corniche règne autour de la plate-forme et une moulure autour de la base. La plate-forme, sur laquelle ne conduit au- #in escalier, est munie d'un parapet; il y a probablement des chambres voûtées en dessous. Les colonnes étaient d'ordre ionique. Le pronaos avait 9 m. 90 de long sur 3 m. 60 de large; la cella, 14 m. 30 sur 9 m,
480 Route 27. RACLÉ.
90. La cella est exhaussée à Vexirémiié O. H y a à Tîntërieur des pilastres snr lesquels s'élevaient sans doute les petites colonnes ioniqnes qui gisent ça, et là.
De Deir el-'Achâïr, on descend à TE.N.E. dans la plaine; on arrive en 25 min. sur une petite hauteur et 25 min. après sur la grande route, à la source et au khân de Meithéloûn (p. 471).
B. De. Râchêpâ à Damas par Katana. — On prend à TO. à travers un plateau étroit (guide nécessaire); on aperçoit au bout de 15 min. la plaine profondément encaissée de Kefr Koûk et Ton atteint 15 min. plus J
tard, sur le versant, le village de lAîlta. *I1 y" avait aussi un temple à cet endroit, au N. ; mais il en reste peu de chose; les pierres ont été employées à diverses constructions.
On tourne ensuite au N.E. en montant dans la vallée. En 1 h. 10, on atteint le point culminant de Thoughra (chemin creux), on descend un peu, on passe à g. entre les rochers et devant quelques ruines et Ton arrive à Raclé en 1 h. 15. Le village est dans une petite plaine à 1458m. au-dessus de la mer et tout entouré de ruines. Il y avait là deux temples; celui du haut, dans le village, est tout à fait en ruine (inscriptions grecques); •l'autre, mieux conservé, est à une centaine de pas N.E. au-dessous du village. Il est très difficile de se faire une idée précise de cette construction, car les murs paraissent avoir suhi des chcingements, sauf à Tangle N.O. Une chose singulière, c'est que la façade est tournée à VO. du côté de THermon, tandis que les autres temples, qui sont autour de cette montagne, sont tournés à TE. A l'intérieur se trouvaient des rangées de colonnes ioniques. A Textérieur du mur méridional, près de Tangle S.E., est un gros hloc de pierre sur lequel se voit une espèce de médaillon avec xine figure humaine : on a fait sauter la partie supérieure avec de la poudre. A la partie inférieure de deux pierres qu'on voit près de la porte, est sculptée la figure d'un oiseau aux ailes déployées, provenant sans doute de l'architrave du temple. — Eaclé possède aussi quelques grottes sépulcrales.
De ce village, on peut aller directement à Deir el-'Achâïr; on descend au bout de '/a h. dans une vallée qui, courant au N., s'ouvre ensuite dans une plaine. Là (15 min.), le regard s'étend sur la plaine de Zébédâni (p. 516). 30 min. après, on tourne au N.E., et 30 min. plus tard on arrive à Deir el-'Achâïr (p. 479).
D'autres ruines, nommées Bourl^ouch, se trouvent à 1 h. 20 au S.E. de Raclé, à 1586 m. d'altitude. Ce qii'il y a de plus intéressant, ce sont les substructions d'une grande plate-forme longue de près de 48 m., du N.O. au S.E., et large de 36m. Au S., le mur a 12m. de haut; au N., on a nivelé le rocher. Il y a en dessous, sur toute la longueur, une chambre de 16 m. de large, et au-dessus une série d'arcades qui à l'intérieur sont sous forme de segments. A côté sont d'autres chambres, dont l'une paraît avoir servi à des bains. Il semble qu'il y ait eu sur la plate-forme une grande basilique byzantine, peut-être à la place d'un édifice plus ancien. Beaucoup de chapiteaux de différentes formes gisent çà et là. — A 53 m. au N. de cette construction sont les ruines d'une autre, dont on ne peut reconnaître la destination primitive, mais qui a certainement servi d'église. De cet endroit, on peut descendre dans la plaine au S.E. et arriver en 3 h. ï/2 au village de Katana (p. 408). Un guide est nécessaire.