De Kal'at ech-Chékîf à Beyroût, par Djezzîn
et Deir el-Eamar.
Un chemin fort beau, mais fatigant, conduit de Kal'at ech-Chékîf à Beyroût par les montagnes. On ne peut adopter cette voie au plus tôt qu'à partir du milieu de mai. Cette région présente un cachet tout à fait particulier, et qui rappelle la' Suisse. Elle est habitée aussi par une grande quantité de Metâouilé. Il faut un guide.
Du pont Bjisr el-Khardéli (p. 473), à l'O., on suit en sVlevant
quelque temps sur des pentes cultivées, les sinuosités du Lîtâni^ qui
DJSZZIN. Boute SSu 481
est bord^ de sycomoiea et de lauriers-roses. Puis on gagne l'entrée du Ouâdi Djermac et Ton atteint en 1 h. Y2 ^^ village druse du même nom. A dr. commence la chaîne du Rîhân^ qui est boisée et qui présente un aspect de plus en plus grandiose à mesure que Ton monte. Il n'y a que des sentiers peu frayés. £n 1/2 ^m ou passe à g. y aux ruines d'el-Médînl-f 1 h. après il faut passer à gué le ruisseau de Zahérâni (p. 454); on monte pendant 40 min. et l'on atteint Djerdjoû'a , village chrétien assez considérable , eotouré de noyers. Il est situé à une grande hauteur et l'on aperçoit de là, à l'O., la côte de la Méditerranée, avec Sidon et Tyr ^ au S., de l'autre côté de la gorge sauvage du Zahérâni, la forteresse d'ech-Chéj^îf, la gorge du Lîtàni, Tibnîn et les montagnes de Safed, et plus loin encore, le lac de Tibériade et le Haouràn. La scène devient de plus en plus sauvage ; le sentier passe à côté d'abîmes qui donnent le vertige ; à dr., des versants escarpés, tantôt boisés, tantôt avec des terrasses couvertes d'une végétation luxuriante, surtout de vignes, de mûriers , de peupliers et de noyers. Le grès apparaît dans le fond des vallons. En 1 h., on est à Djébâ'a, village dans une très belle situation, avec un château moderne. On monte toujours; on quitte la région des bois , puis on arrive en 1 h. 25 au petit village de ZéhaUé , après lequel il reste encore à gravir un bout de chemin escarpé d'où Sidon est toujours \isible. £n suivant la croupe de la montagne, on est en 50 min. environ à
Sjeuin. La petite ville de DJesutînj au moyen âge Casait (U Oezin, est le ohef-lieu d'un district et la résidence d'un ^aïmma- ^âm. Elle possède une éoole du gouvernement. Les habitants, qui sont chrétiens, se livrent à la fois à la sériciculture et à la viticulture. Derrière la ville, la rivière el-Aoucdi passe par un bassin situé au pied d'une paroi de rochers haute de 200 m. Un sentier pénible gravit cette muraille escarpée et conduit à une plaine cultivée de 2 kil. de largeur, au fond de laquelle s'élève à 1850 m. le Ntha (Tômât Nîha). Au sommet, que l'on atteint facilement en 1 h. Y27 i^&is ^^^^ l'asoension ne se fait pas avant le mois de mal à cause des neiges, on trouve les ruines d'un ancien temple, et l'on jouit, surtout vers le S., d'une vue fort étendue. — A 5 min. au N. de Djezzîtt, le 'Aouali se précipite d'une hauteur de 40 m. sur des rochers qui bordent, sur une étendue de plusieurs lieues, les gorges qu'il parcourt. Après un cours de 6 kil., le'Aouali s'unit au Bâroûc qui vient de l'Ë. et lui fait perdre son nom. A leur coufinent, au milieu dé fertiles jardins, s'élèvent quatre énormes colonnes de granit égyptien de 4 m. de haut et de 1 m. 25 de diamètre.
De Djezzîn , ou descend le long du ruisseau jusqu'à la rivière de 'Aouali, pendant environ 50 min., en passant devant une foule de villages. Le 'Aouali qui est probablement Tancien BostrenuSj sépare le district de Teffâh et, à l'Ë., celui de DjezUn d'une part, du district de Khamoûbj au N. Il prend sa source dans le district d'ech^Choûf. On ne traverse pas cette rivière , mais on reste sur la rive gauche.
482 Route 2S. BTEDDÎN. De KaVai ech-Chéktf
Puis on lait le tour d'une petite vaille ; on airive en 2ô min. envilou à BathiTi eu 1 h. 10 à Hârei el-DjeneidU ; puis à dr. en 50 min., eu passant près de ^Am Matoûr et de 'Aïn Kanyéj à Idoukhtâra^ village considérable situé sur uue iiauteur entre le'Aouali et \tKhafàbé<, qui vient de r£. et dont la jonction s'opère ici. C'est le Casale Mactara des croisés , où le cheikh Béchîr (v. ci-dessous) se construisit un palais au milieu de richea jardins. Un pont en aval du village, le met eu communication avec DJedeidé (^g. j ; de là on va en 1 b. Y4, en passant devant *Ain es-Soûk et Soûkanîyé, à Bieddtny à lô min. de Deir el-Kamar (y* ci-dessous).
Il y a plus à VO. un autre cbemin menant de Djezsin à Deir el- Kamar. On descend à J>eir el-Jiichtnoûc/ti où se trouve un couvent inaroliite. Cest Tendruit où s^ourna quelque temps la célèbre lady Ësther Stuuhope, nièce de Pitt, ayant autour d''elle une cour de fantaisie et se taisant honorer et craindre comme une princesse par les indigènes. — Knsuite on traverse le 'Aouali par le pont DJisr tl-Djébtl près de BâUtir, où se voient quelques colonnes de granit, et l'on monte par un cbemin en zigzag sur la rive dr. du 'AouaU, à travers un pays bien cultivé, à Mtzru'ai eclt-ChoU/ et à Biedéin (4 h. V2 à ô h. de Djezzin).
^histoire de* Druses^ durant les deux derniers siècles, comprend surtout une suite de luttes de partis entre les familles principales de ce peuple, les Djambélât, les Cbébâb, etc. En 1789, Témir Bécbir, de la famille de Chéhâb (p. 474), devint le principal cbef des Druses. Le commencement de sa domination fut souillé par les cruautés ordinaires des souverains de 1 Orient ; il fut aussi en lutte constante avec ses antagonistes. A la mort de Djezzâr Pacha, en 1804, il s'établit à Deir el-Kamar avec Taide de bidney Smith, commandant de la flotte anglaise. Les sommes que Djezzar Pacha réclamait à Bécbir ayant été réduites au quart par le^ gouvernement, l'émir Béchir se rapprocha des Turcs, contrairement à son antagoniste le cheikh Béchir de Houkhtâra, de la famille de Djambélât. 11 se lit secrètement maronite, afin d'avoir pour lui le elergé et de détruire ainsi Tinfluence du cbeil^h Bécbir; sa conversion ne fut qu'un calcul politique, et il n'osa pas favoriser ouvertement les chrétiens. Tandis que le cheikh, homme riche et rusé, avait un revenu de 200U bourses Cenviron 1,2Ô0,0UU fr.) et tenait une cour brillante, l'émir n'avait que le ciuquièina de cette somme et passait pour avare. Ce dernier cherchait à se rendre indépendant du pacha et a ne relever que de la Porte. Pour y arriver, il s'allia avec Ibrahim Pacha d'Egypte et fit môme dans ce but un voyage en Egypte, mais lorsqu'il voulut, a son retour, lever de nouveaux impôts sur les habitants des montagnes, alors éclata. une insurrection organisée par le cheikh Béchîr. L'émir parvint cependant à expulser son adversaire en 1824, à confisquer ses biens et à le faire périr. Ibrahim Pacha entreprit ensuite, de concert avec l'émir, de désarmer les Druses et d'introduire parmi eux la conscription militaire; mais ce ne fut qu'avec peine et par des actes de cruauté qu'il devint maître de l'insurrection générale de ce peuple; on arma les Maronites pour les combattre. A cette époque les Druses fréquentèrent en foule lès écoles de la mission américaine, parce qu'ils espéraient être secourus par les protestants et surtout par les Anglais. Lorsque plus tard les Druses reçurent des armes des puissances alliées pour défendre la Turquie contre TÉgypte, l'émir Bécbir demeura fidèle à ce dernier pays, dut se réfugier sur un vaisseau anglais et fut exilé, à l'âge de quatre-vingts ans dans Tîle de Malte. L'anarchie régna alors de nouveau dans les montagnes. Le patriarche maronite employa à des buts politiques l'argent qu'U avait reçu des alliés pour secourir les populations ; les Druses se soulevèrent en 1841 et battirent l'armée des Maronites. Le gouvernement turc n'était pas fâché de voir les partis s'entre-déchirer. A la demande des puissances européennes, il fut décidé en 184«i que les Maronites et les Druses éliraient des cheikhs particulier^) ; mais ce partage du pouvoir ne
à Beyroût DElR-EL KAMAR. Ëouté 28. 4S3
fut qu''une cause de collisions continuelles; les cheikhs (kaïmmakaui), élus par les Turcs, i>erdirenV leur influepce. Une émeute ayant éclaté en 1859 parmi les Maronites, le gouvernement profita de Toccasion, comme à Tofilinaire, et provoqua, plus uu moins directement, les scènes d'horreur de 1860 (p. 487). On sait que les soldats turcs désarmèrent partout les chrétiens du Liban sous prétexte de rétablir Tordre et les livrèrent ensuite sans défense aux Druses, qui en massacrèrent 1200 à Deir el- Kamar: la petite ville ne s'est dès lors relevée que lentement.
Beiteddin (Bieddîn) est la résidence d'e'té du pacha. De même qu'à Ba'abda (p. 468), il y a ici une garnison de 160 soldats du Liban. Le -palais ruiné de Témir Béchîr (v. ci -dessus) a été restauré du mieux qu'on a pu; les beaux lambris du harem et leurs peintures sont demeurées intactes. Beaucoup plus haut, sur la colline , se trouvent deux autres édifices , jadis des palais que l'émir fit bâtir, l'un pour sa mère, l'autre pour un de ses flls. — Il y a à Bieddîn un bureau télégraphique turc.
Beir el-Kamar (couvent de la lune) est situé dans le district de Ménâsif, subdivision du ech-Ghoûf, à 900 m. d'altitude, dans un bel endroit, très sain, entouré de terrasses des plus fertiles et parfaitement cultivées, où chaque pouce de terrain est utilisé. Cette localité de 7 à 8000 hab. est le plus grand village maronite du Liban. Outre la culture de la vigne et l'élève du ver & soie, on y fabrique des tissus de soie et des broderies comme dans tout le district d'ech-Choûf. Le grain qu'on y récolte ne suffit pas pour la nourriture des habitants. Ceux-ci passent pour intelligents, et en effet on en rencontre beaucoup, comme à Beyroût, qui ont des connaissances exceptionnelles pour des Orientaux. Il est facile d'y trouver un logis. Au S. de Deir el-Kamar se trouve le village important de Ba'aklîn avec un bureau télégraphique turc.
On monte en quittant Deir el-Kamar, une hauteur à l'O. située devant la gorge profonde du Nahr el-Kâdi. Ensuite on tourne au N. et l'on atteint en 1 h. par Behetftn le pont qui traverse cette vallée. Les chemins sont mauvais et il n'y a plus aucune trace des réparations qu'y fit faire l'émir Béchîr. La vue est magnifique. En faisant un petit détour à g. du pont, on peut visiter la grande maison d'éducation américaine de 'Abeih ; de là, on retourne au chemin ordinaire, à l'Ë. de ^Mn Kaoûr, A 1 h. environ du pont, on atteint ^Ainâh y village bien situé ; 30 min. après, 'Ain 'Anab (palmiers), et l'on voit entre les deux, à dr., sur une hauteur, CkounUârij où. il y a une manufacture de soieries. 30 min. plus tard , 'Aïn Baéba, La vue est toujours splendide. Dans le bas, à g., les villages de Chououeifât (p. 459) et de Kefr Chima. Ensuite on descend peu à peu dans la plaine, et l'on arrive à Beyroût en 2 h. environ, par la route de Damas.