‹ Palestine et SyrieChapitre 105 sur 119 · Bamai · texte numérisé non relu

Bamai

HèteU. HÔTEL DiMiTRi, tout près de la station des voitures des Messageries françaises. Le propriétaire Dimitri, un Grec, est un ancien drogman qui parle un peu l'anglais^ mais il laisse la direction de sa maison aux garçons, en présence desquels il faut prendre une attitude énergique dès le premier moment. Prix : 10 à 12 shelling par jour. Bière anglaise, 2 sh. la bouteille. La maison, construite par un riche habitant de Damas, a une cour magnifique et donne une bonne idée de Tintérieur des habitations de la ville (v. p. 496). Son grand réservoir la rend un peu humide. — Il y a en outre un Hôtel des Votaoedbs dans le quartier des chrétiens (p. 504); nous ne le mentionnons que comme ressource en cas de besoin. Le propriétaire demande 8 à 10 fr. par jour, mais on peut s'entendre avec lui. Les chambres sont mauvaises et chaudes (vermine), la table très médiocre: tout y est à Tarabe.

Oaféa* Les cafés de Damas sont les plus grands de l'Orient et il sera intéressant d'en visiter un. La plupart d'entre eux ont un de leurs côtés bordant un courant d'eau. Ce sont de grandes salles avec une quantité de petites tables et de chaises plus petites encore (quelques cafés en ont de plus grandes pour les étrangers), ou des bancs sur lesquels l'habitant de Damas s'assied les jambes croisées , en fumant son narghilé et en jouant au trictrac.

Argent. La Banque Ottotnane a une succursale à Damas, et les négociants de Beyroût y ont aussi des agents.

Poste « sur la place, près du séraï (p. 4D3). Lettre pour Beyroût, 1 piastre. Il est bon d'écrire l'adresse en arabe. Télégramme pour Beyroût, 20 mots, 10 piastres qu'on payera en argent turc (v. p. 11). — Messageries pour Beyroût, v. R. 26.

Consuls: de France, Oilberl; d'Allemagne, Liittike, v .-c. -, d'Âmérii^ue, Mechdka; d'Angleterre, Jago; d'Italie, Angley; de Hollande et de Grèce, 'Abdo Koudn,

BlànchisMtge, 2 fr. pour douze objets^ les religieuses franques le font avec soin et à bon marché.

Photographies, chez Rangeait, Français, dans le quartier des chrétiens.

Baxar. Les marchandises de toute sorte qu'on voit dans le bazar de Damas invitent à y faire des achats. On peut, il est vrai, acheter d'aussi bonnes soieries à Beyroût qu'à Damas, mais le choix n'est pas aussi grand. Voir les remarques faites sur les achats p. 38. Les marchands de cette ville ne parlant ordinairement que l'arabe, l'étranger oui ne sait pas leur langue a besoin d'un domestique de place et d'un guiae. Les drogmans et les guides qui s'offrent dans les hôtels méritent peu de confiance: ils reçoivent toujours leur commission des marchands. Pour les détails, v. p. 492 et sniv.

Hédecina: le Dr CouiiU (Italien^, médecin du gouvernement; Méehâka fils; le Dr Biagini; le Dr Medana; le Dr Nicolaki^ directeur de l'hôpital militaire.

Pharmacies; les meilleures dans le quartier des chrétiens, à g. du Derb el-Moustakîm ; une autre près de l'église maronite.

Bains. Les bains de Damas, tous tenus par des musulmans, même dans le quartier des chrétiens, sont célèbres dans tout l'Orient par leur élégance. Ils sont, pour la plupart, lambrissés de marbre et organisés avec tout le confort oriental. Nous avons indiqué la situation de quelques uns d'entre eux dans notre promenade à travers le bazar (p. h9Z et 496). Voir aussi les remarques faites p. 36.

Les rues de Damas (v. p. 499 et 501) ne sont pas moins intéressantes que celles du Caire par rapport à la variété des costumes orientaux et aux scènes qui s'y présentent. C'est pourquoi on ne saurait trop recommander aux étrangers d'y faire des promenades. 11 n'est pas d'usage ni même reeommandable de prendre pour cela un âne ou un cheval, car il n'y en a pas de bons et ils sont très mal harnachés. — L'éditeur regrette d'avoir été dans l'impossibilité de donner de la ville, un plan meilleur que celui qu'il publie.

Sktohe. DAMAS. Route 29. 485

Histoire. — Damas est sûrement une ville très ancienne, bien que la mention qui en est faite dans la Genèse (xv, 3) par un texte très problématique ne nous fournisse aucun renseignement précis. Juifs, chrétiens, musulmans entourent la fondation de cette ville d'une foule de fables invraisemblables. D''aprè8 Amos (ix, 7), les habitants de Damas de même que tous les Syriens, sont venus de Kir (?) : c'est là même que leurs descendants, selon le même prophète, devaient être emmènes en exil (Amos I, 5; IV Rois XVI, 9). 11 est certain que la ville, ayant fait alliance avec Tsoba, assujettie à David, fut prise après une guerre sanglante, et reçut une garnison juive (II Rois viii, 5 et suiv.)- Mais elle ne resta que fort peu de temps au pouvoir des Israélites; le chef d'une horde pillarde, Rezon (III Rois xi, 23), se proclama roi de Damas sous le règne de Salomon, et fonda un Etat contre lequel les Israélites soutinrent dès lors souvent des luttes sanglantes, surtout pour la possession de la partie nord du territoire situé au delà du Jourdain: cette guerre ne nous est qu'imparfaitement connue. L'histoire extérieure du royaume d'Israël n'est guère que le récit de ses rapports avec Damas: les documents qui nous restent prouvent même qu'Elie et son disciple Elisée ont eu plus de relations avec Damas qu'avec Juda. La politique de Juda consistait à exciter les princes de Damas contre Israël. Plusieurs de ces princes ont porté le nom de Ben Hadad. Le III^ livre des Rois (xv) nous raconte la première invasion des habitants de Damas, et les combats que leur livra Achab (xx), mais en exagérant l'importance toute locale de ces combats ; il en est de même des récits du IVe livre (vi et vu). Le plus grand adversaire d'Israël fut Ha7.aël, qu'Elie et Elisée avaient aidé à monter sur le trône (IV Rois viii, 7). Les discordes entre Israël et Juda laissèrent le champ libre au roi de Damas; il ravagea le territoire à l'E. du Jourdain, franchit ce fleuve et emporta d'assaut la ville de Gath, et le roi de Juda ne put sauver Jérusalem d'un siège qu'au prix d'une énorme rançon (IV Rois XII, 18). Le fils d'Hazàel, Ben-Hadad III fut moins heureux (IV Rois XIII, 25 et suiv.). Joas et surtout son fils Jéroboam relevèrent le royaume d'Israël, et Jéroboam (II) s'empara même du territoire ci-devant juif de Damas (IV Rois xiv, 28). Ces succès ne furent toutefois que passagers; peu après, le roi d'Israël Pécakh s'alliait avec Retsin, roi de Damas, contre Jotham, qui régnait dans Juda (IV Rois xv, 37). Les deux princes marchèrent même sur Jérusalem; Achaz, successeur de Jotham, leur opposa une vive résistance, mais il dut abandonner aux Iduméens le port d'Aila sur la mer Rouge (IV Rois xvi, ô, 6). C'est alors qu' Achaz appela les Assyriens à son secours contre les Syriens. Ceuxci vinrent et s'emparèrent des trois Etats qui auraient dû se liguer contre eux, d'abord du royaume de Damas, où Achaz lui-même alla leur rendre hommage; puis de celui d'Israël et plus tard de celui de Juda. Les récits assyriens donnent au royaume de Damas le nom de Jmirisou^ et à la ville celui de Dimaski.

Depuis la conquête de Damas par les Assyriens, il semble qu'elle n'ait plus joué dans l'antiquité de rôle indépendant; le temps des petits royaumes, qui formaient autrefois la Syrie, était passé, et les grands empires apparaissaient dans l'histoire. Elle se releva sans doute rapidement, à ce qu'il paraît, car Jérémie la menace d'un nouveau châtiment (xLix, 27); mais depuis lors, elle n'est plus mentionnée qu'occasionellement dans l'histoire des Israélites, comme dans celle des Grecs et des Romains. Après la bataille d'Issus (333 av. J.-C), la Syrie tout entière tomba an pouvoir d'Alexandre et Damas où étaient restés les femmes et les trésors de Darius, fut livrée à Parménion par trahison. Après la mort d'Alexandre et durant les luttes de ses lieutenants, Damas et le Liban furent parfois soumis aux Ptolémées. En 112, les deux beaux-frères, Antiochus Grypus et Antiochus de Cyzique se partagèrent la Syrie ; le dernier établi à Damas, gouvernait la Phénicie et la Békâ<'a entre le Liban et l' Anti-Liban. Des démêlés survenus entre eux permirent à Hyrcan d'agrandir son territoire à leurs dépens. Ensuite le quatrième fils de Grypus, Démétrius Eucœrus, appuyé par les Égyptiens, se fit reconnaître roi de Damas et envahit la Palestine à l'appel des Juifs (88), battant Alexandre Jannée à Sichem. Renversé à son tour par son frère Philippe et par les Parthes, Démétrius

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monrnt en captivitë. Un antre frère, Antîochns Dionysos, rëgna trois ans snr la Syrie; il périt dans une bataille contre Arétas, roi des Arabes (86), lequel devint roi de Damas. Quelque temps après, la ville tombait entre les mains de Tigrane, roi d'Arménie. Puis Métellus conquit le pays p(»ur les Romains; Pompée y reçut Tan 64 les ambassadeurs et les présents des rois voisins , et la Syrie devint province romaine. C'est à Damas que le .ieune Hérode rendit visite au proconsul Sextus César et obtint de lui la Békâ'a. Le même Hérode y fit construire un théâtre et un gymnase, quoique la ville ne fît point partie de son royaume, Damas ne devint cité romaine que 150 ans plus tard, sous Trajan.

On voit par ce qui précède, que la contrée de Damas a souvent partagé les destinées de la Judée, car la Syrie entière fut ordinairement impliquée dans les grands événements historiques. La civilisation particulière de'T)amas peut avoir eu un certain éclat; en tout cas, elle se distingua par son commerce et son industrie, que favorisaient, au moyen de caravanes, des relations fréquentes avec l'Orient, surtout avec la Perse. On y parlait le Syrien et on y adorait probablement Astarté (p. 416) et des divinités analogues. Mais peu k peu Damas subit naturellement l'influence de la civilisation gréco-romaine, qui doit y avoir eu dès le temps de J.-C. des racines plus profondes que chez les Juifs, peuple plus conservateur. Ces derniers formaient toutefois à Damas une importante colonie. Mais ce qui est très remarquable, c'est la manière dont les Arabes (Aretas ou Hâritha), surent de bonne heure acquérir de l'influence dans cette contrée.* Les tribus nomades du désert de Syrie, à l'E. de la ville, menaient sans doute la même vie qu'aujourd'hui, et de notre temps encore les vergers avec leurs fourrés et leur multitude de murs opposent seuls une barrière aux attaques et aux brigandages de ces hordes sauvages. — Damas, placée à la limite du désert de Syrie, fut aussi un des boulevards le l'empire byzantin. Elle fut plus tard le siège d'un évêché, le second du patriarcat d'Antioche. Les noms de beaucoup de ses évêques nous sont parvenus. L'empereur Théodose, qui détruisit en Syrie les temples du paganisme, fit du grand temple de Damas une église chrétienne. Justinien dota la ville d'une nouvelle église. Damas eut beaucoup à souffrir des guerres de l'empire grec contre les Perses; une grande partie de ses habitants furent réduits en esclavage sous Héraclius (610-641) et emmenés dans l'intérieur de la Perse. Enfin les musulmans prirent possession de Damas, et alors commença pour elle la troisième et la plus brillante période de son histoire. Durant son cours, il est vrai, l'islam mit à peu près fin à l'influence de la civilisation gréco-romaine.

Depuis longtemps, comme nous l'avons dit, Damas était entourée d'Arabes. Les puissants Ghassanides, alliés de l'empire byzantin, étaient établis à quelques journées de marche an S. dans le Haour&n. Ils étaient chrétiens, mais ils n'hésitèrent pas à abjurer pour embrasser l'islamisme et ils facilitèrent considérablement les invasions des autres Arabes. L'empire grec affaibli par des discordes intestines et menacé de plus an K. par les barbares, ne put résister aux attaques de ces hordes pleines de vie et enflammées par l'appât dn- butin. Après la bataille du Tarmoûc, Damas tomba aux mains des Arabes. On ne sait pas exactement combien de temps dura le siège. Les généraux m ahométans disposèrent leurs troupes avec une grande habileté, de façon que la place fut étroitement bloquée. Le commandant en chef était Abou 'Oubeida. Khâlid Ibn Ouélîd, le vainqueur du Yarmoûc était posté à la porte de l'est ; il est très probable que ce chef, qui se distinguait par sa témérité, escalada les murs de la ville une nuit où les Orecs. étaient sans défiance, et ouvrit la porte à ses troupes. Les habitants de Damas s'en étant aperçu conclurent une capitulation avec les généraux postés aux autres portes. Ceuxci entrèrent de leur côté dans la ville et s'y rencontrèrent au centre avec les bandes de Khâlid , qui la saccageaient et la brûlaient. Damas fut alors considérée comme une place moitié prise, moitié rendue. Les vainqueurs confirmèrent aux chrétiens la possession de quinze églises (commenc. de 635).

L'éclat de Damas commence avec la domination des Ommiades. Cette dynastie (p. 73) a certainement produit les princes arabes les plus re^

Histoire.

DAMAS. Boute 29, 487

marqnables. Tout d'abord, Moti'âoniy» transféra à Damafl le siège de «on poavoJr. Le« Ommîades étaient rîcbcfl et amonrcnx des plaisirs ; les Arabes, tout en (gardant nne certaine «implicite dMdëes, apprirent de lenrs vainqnenrs k goûter les jonissances d'nne vie rafflnëe (pour ce qui concerne la construction de la Grande-Mosqnée, v. p. 606). Des discordes de famille empêchèrent la domination ommiade de durer et prëparèrent Tavénement des Abbas8Îde«, et le centre de Tempirc fut reporte de Damas dans TEst. C'est là une des causes qui nous expliquent le mécontentement des habitants de Damas contre les Abbassides. Dans les siècles suivants, Damas tomba an pouvoir des Toulounîdes d'Egjrpte, et la lutte contre la secte des Carmates porta les ravages de la guerre jusqu'aux portes de Damas. Les Carmates étaient une secte semblable à celle des Isma'îliens (p. 105) avec des principes communistes. Plus tard (depuis 996), la rivalité des Ikbc^^idites et des Hamdanites qui dominaient dans le nord de la Syrie et dans la Mésopotamie, livra le pays à la dévastation. Damas tomba enfin aux mains des Fatimites d'Egypte; mais ces princes ne purent empêcher les querelles intestines ni même parfois les attaques des Byzantins. En lOTO-76, Damas fut prise par les Seldjoukides. En 1126 les croisés, commandes par Baudouin, marchèrent de Tibériade sur Damas, vainquirent le prince Toghte1c!n au S. de la ville, mais durent cependant se retirer. Quelques années plus tard, les Assassins, tout-puissants dans Damas, s'allièrent aux Francs et promirent de leur livrer la ville en échange de Tyr. Mais le prince Boûrî mit obstacle à leurs desseins: il surprit les Francs dans leur marche sur Damas et pilla leur camp. En 1148, Conrad III assiégea Damas; mais le prince de Mosoul, Seif ed-dîn-Gb&7.i et Noûr ed-dîn Mahmoud, frère du prince d'Alep, vinrent au secours de Mndjîr ed-dîn Éibek, prince de Damas. Ce prince fut constamment en guerre avec les Francs, jusqu'à ce que Noûr ed-^ dîn lui enlevât Damas (1153). Xoûr ed-din embellit la ville; il l'entoura de nouvelles fortifications; il fit bfttir beaucoup de mosquées et d'écoles, et créa des fontaines; il fonda un tribunal, oii il rendait lui-même la justice deux fois la semaine. Les Francs menacèrent Damas encore une fois en 1177, et le gouverneur, qui commandait au nom de Saladin, dut les éloigner en payant une rançon. Plus tard, Damas devint le centre des opérations militaires de Saladin contre les Francs. Sous ses successeurs , la ville dut soutenir plusieurs sièges; en 1260, elle ouvrit ses portes aux Mongols, conduits par Houlagou. Ce prince accorda aux chrétiens de nombreux privilèges; mais les choses changèrent de face quand le chef des Mameloucs d'Egypte, Cotouz, reprit Damas. Son successeur fut Bîbars, qui reconsârnisit la citadelle. En 1300, les Tartares, commandés par Ghazzan Khân, mirent la ville à sac et brûlèrent de nombreux édifices. En 1399, Timour parut devant les murs de Damas: les habitants se rachetèrent du pillage en payant une rançon d'un million de pièces d'or. Le chfttean au contraire ne se rendit que lorsque les Tartares se Airent emparés de la terrasse qui le commandait. Les célèbres armuriers de la ville furent alors tous emmenés et portèrent à Samarcand et dans le Khoraçan les secrets de leur métier: c'est encore là qu'on fabrique aujourd'hui ces belles lames au'on ne sait plus faire à Damas. En 1516, le sultan turc Sélim entrait à Damas, et depuis ce temps Damas est un chef-lieu de province de l'empire turc.

On ne peut enfin passer sous silence les snnglanis événements et les scènes d'horreur de l'année 1860. Une circonstance qui exerça une influenee majeure sur la cause qui les produisit, ce fut un article du traité de Paris de 1856, article destiné à prévenir l'ingérence des étrangers, mais

3 ni, par là-même, semblait faire entendre que les chrétiens étaient abanonnés à l'arbitraire du sultan. De plus, le soulèvement des Indes contre les Anglais avait enflammé l'esprit des musulmans. Xon- seulement le pacha qui gouvernait alors, Ahmed, ne fit rien pour arrêter les Druses, qui accouraient pour massacrer les chrétiens, mais il leur fit même, dit-on, donner d'une caserne voisine du quartier chrétien le signal du carnage; les soldats fraternisèrent avec les Druses et la populace de Damas, qui ravageait ce quartier. Ces scènes horribles commencèren'' le 9 juillet 1860. Les consulats d'Angleterre et de Prusse donnèrent asile

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beancoap de ftigitlffl; d''autres en ^and nombre se retirèrent dans la citadelle. Bientôt, tont le quartier des chrétienâ ne fut plna qn^nn monceau de mineff; toaa lea consulats, excepté ceux d^Angleterre et de Prusse, furent brâlés; la populace, emportée par une fureur toute bestiale, se livra aux plus atroces cruautés. Beaucoup de cbrétiens s'étaient réfugiés dans des maisons musulmanes; le 11 juillet, on commença k les en arracber et à les massacrer. L^ancien cbef des Algériens , 'Abd el-Kâder (p. 472), fit sortir ses Maures, qui sauvèrent la vie à nombre de personnes. Le pacba au contraire resta dans une complète inaction. On estime à près de 6,000 le total des cbrétiens égorgés à Damas durant ces jours d'horreur; les cadavres étaient entassés les uns sur les autres. Beaucoup de religieux surtout furent massacrés, jusqu'au pied des autels, oii ils avaient cbercbé un refuge. On voit encore aujourd'hui dans le quartier des chrétiens des traces de cette horrible dévastation. Les mêmes massacres se renouvelèrent dans les montagnes; là surtout, les Druses firent éclater leur vieille haine contre les Maronites. On fait monter à 14,000 te nombre total des victimes. — Il ne fallut pas moins que l'indignation universelle qui se manifesta dans tout l'occident, pour contraindre le gouvernement turc à intervenir. Un certain nombre de meneurs et Ahmed .Pacha lui-même furent arrêtés et fusillés, et avec eux, plusieurs Juifs. Un corps français de 10,000 hommes fut envoyé en Syrie; une troupe de Maronites se joignit à lui et les Druses furent dispersés: bon nombre d'entre eux quittèrent alors le Liban et se rendirent dans le Haourân (p. 425); beaucoup de chrétiens émigrèrent à Beyroût. — ' Depuis ce temps, la situation des partis à Damas n''est pas devenue essentiellement meilleure.

Population. — Il est très difficile de dire le chiffre exact de la population de Damas; la dernière statistique l'évalue à 150,000 habitants. On a publié en 1840 les chiffres suivants: 111,552 habitants, dont 89,500 musulmans; 500 Druses; 4,000 Métâouilés et 150 lï'osaïriens. Les nombreux Bédouins qui fréquentent constamment Damas n'étaient pas compris dans ces chifires. Les juifs sont, d'après ce rapport, au nombre de -6,000; les chrétiens, de 11,772, dont 5,290 grecs-orthodoxes (avec un patriarche); 190 arméniens-orthodoxes, 70 latins, 290 Maronites, 5,075 grecscatholiques, 270 arméniens-catholiques, 555 syriens-catholiques (Damas est le siège du patriarche). Le chiffre des chrétiens s'est relevé depuis les massacres de 1860. H y a déjà bien des années que la mission américaine travaille à Damas, mais elle n'a jamais formé une importante communauté. Le service de l'église presbytérienne a lieu à 11 h. du m. ; celui de l'église anglicane à o h. 1/2 du s. La mission parmi les Juifs a aussi des agents à Damas. Les missionnaires catholiques y sont particulièrement ftctifs. La colonie franque de Damas est très insignifiante.

Damas apparut dès les premiers temps aux Arabes comme un reflet du paradis, de sorte que toutes les magnifloenoes du oiel avaient pour eux leur prototype dans cette ville. D'après le Korân, l'Arabe se figure le paradis, et c'est aussi Tancienne signification de ee mot, comme un verger, où coulent «rdes ruisseaux d'eau vive» et où les fruits sont à la portée de tous. Cet id^al , si rarement atteint dans la péninsule arabique, parut réalisa à Damas même aux yeux des Arabes. Aussi les poètes arabes ne cessent de c^^rer cette ville , les bosquets et les jardins qui Tentourent (la Ohoûta), Un Europ<^en ne souscrira que sous réserve à cette louange. La Ohoùta , qui s'étend à plus de trois heures de marche de •la ville, au S. et à l'£., ne fait pas sur l'Européen, qui a vu les fertiles vallées du Rhin ou les riches cultures de la Lombardie , la vive impression qu'ils produisent sur l'Arabe , habitant du dësert. Par suite de l'altitude de la ville l 690m. au-dessus du niveau

Population. DAMAS. Routé 29, 489

de la Mt^diterran^e le printemps ne oommence qu'en mars y bien qu'à la fin de février il y ait des journées assez chaudes. Mais les jardins ne sont réellement beaux qu'au mois de mai, quand les noyers ont tout leur feuillage : quand la vigne , dont les puissanjis rameaux oourent d'arbre en arbre , s'est couverte de feuilles ; ou plus tard quand, sur un tapis de verdure luxuriante les grands abricotiers im>duisent leurs innombrables fruits dortfs et que les grenades sont en pleine fleur.

Les indigènes nomment Damas Ech-Châm, quoique le nom de Dimiehk ne leur soit pas tout à fait inconnu. La ville est située sur la lisière occidentale du grand désert de Syrie , et entourée de trois côtés par des montagnes. Au N., V Anti-Liban s'étend vers le N.E. dans le désert, et se termine du moins en apparence, à la ooUiue ronde nommée 'A^abet eth-Tbeniyé. Au N.O., dans le voisinage immédiat de la ville, se trouve une montagne stérile, le Djebel Kâsiyoân , auquel l'Hermon vient se rattacher, mais plus à rO. Au S. , on aperçoit les versants volcaniques du Djebel Asouad et du Djebel Mâni'a. Par suite de sa situation élevée , Damas est souvent exposée pendant V hiver à la gelée. On n'y trouve cependant pas de poêles. Des gorges de l'Anti-Liban sortent un certain nombre de ruisseaux qui descendent dans la Ghoû|a ; le plus important est le Bârada (froid), qui s'appelait chez les Qiecs Chrysorrhoas (fleuve d'or). Tous les ruisseaux finissent par se jeter dans les «Laos des Prairies», à 6 h. de marche à l'E. de Damas (p. 513). Au commencement de l'année et en été , ces lacs sont assez grands et les Bédouins y viennent en grand nombre. En automne et en hiver, on peut tout au plus les appeler des marais. — Le Barada est sans doute YAmana ou Abanoy et le ruisseau du S. , el-A'ouadj (le Tortueux) (bien qu« le «Nahr Barbar» actuel ne se jette plus dans l'A'ouacy), serait le Parpar du IVe livre des Rois (v, 12) dont les eaux étaient, selon Naaman, «meilleures que les eaux du pays d'Israël». Au sortir même de la gorge par oh passe la route française (p. 472), le Barada (dont les sources sont décrites plus loin) se divise en sept bras, dont deux forment dans la ville de nombreux conduits (kanât) ; les autres arrosent les vergers. Le Barada est riche en petits poissons, peu agréables au goût. On surveille sans doute les conduits d'eaux dans l'intérieur de la ville ; mais il règne à cet égard assez d'incurie , et bien des fontaines publiques sont taries. Les nombreuses fontaines qui existent dans l'intérieur des maisons sont alimentées par l'eau du Barada ; mais beaucoup de maisons ont aussi au lieu ou à côté de ces fontaines, des citernes, dont l'eau sert de boisson. Tant que ces réservoirs contiennent une notable quantité d'eau de pluie, l'eau n'en est pas insalubre ; mais en automne et surtout après un hiver, où les pluies n'ont pas été fréquentes, elle est malsaine, parce que le sol de Damas se compose, jusqu'à une certaine profondeur, d'un amas de gravois. — En été, la plupart des habitants ne vivent que de fruits , souvent de fruits verts ; en

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outre, maigrie une abondante ros^e qui rend les nuits très fraîches, ils donnent sur leuTS toits en terrasse; aussi les opfathalmies, les fièvres intermittentes , les dysenteries ne sont pas rares chez eux. Il faut bien se garder à Damas, après une journée chaude (la plus haute température est de 37 à 40® centigr.), de s'exposer au frais et à l'air de la nuit, dans un jardin, au bord de l'eau. Beaucoup d'indigènes même succombent à la fièvre intermittente. En cas de maladie, le mieux est de se réfugier dans les montagnes. Les miasmes qui régnent dans la ville sont terribles au fort de l'été ; il n'y a que les chiens, très nombreux à Damas, qui exercent une sorte de police sanitaire, en dévorant toutes les immondices; ils ne sont au reste méchants que lorsqu'on les provoque. (Introd. p. 34.)

La ville est partagée en quartiers. Le quartier juif, comme au temps des Apôtres , est situé auprès de la rue Droite (qui aujourd'hui encore porte en arabe le même nom «Derb el-Moustakîm»; Aot. des ap. IX, 11), au S.E. de la ville. Au N. du quartier juif s'étend le grand quartier chrétien (p. 504). Tous les autres appartiennent aux musulmans. Un quartier, où ne demeurent que des paysans et leurs hôtes de la campagne (p. 501), s'étend vers le S. en formant une seule rue. On pourrait comparer la forme actuelle de Damas à une cuiller, dont le manche serait cette rue, le Meidân. Les quartiers sont à leur tour partagés en subdivisions, dont chacune est fermée la nuit par des portes de bois. Dans chaque quartier il y a de nombreuses impasses. Quand l'on sort la nuit, ce qu'on n'a guère l'occasion de faire, il faut avoir une lanterne allumée (fânoûs, de papier ou de fer-blanc) ; autrement , on est conduit au corps-de-garde. A la porte de chaque quartier on crie : iftah yâ hâris, «ouvre, gardien». Les gardiens sont pour la plupart des aveugles vivant d'aumônes ; on leur donne une petite pièce d'argent, 5 ou 10 paras. Du reste on rencontre peu de mendiants, parce que la vie est peu chère. Lorsqu'on est abordé par des derviches ou des fous, qui se reconnaissent facilement à ce qu'ils ont peu de vêtements, le mieux est pour se débarrasser d'eux , de leur donner immédiatement une petite pièce de monnaie.

Églises et écoles. — D'après une statistique de Mechâka , de l'année 1848, le nombre des mosquées et des écoles savantes de Damas s'élève à 248, parmi lesquelles 71 grandes mosquées, où l'on fait la prière tous les vendredis du haut de la chaire ; 177 chapelles et écoles servant uniquement aux prières canoniques. Selon toute vraisemblance, 100 d'entre ces dernières étaient autrefois des écoles savantes; la plupart des écoles musulmanes ont cessé d'exister, par suite de l'oubli prémédité ou non où sont tombées les fondations qui les soutenaient. Il ne subsiste plus que 5 médrésés dont les élèves sont entretenus durant dix ans par des fondations. La théologie, l'explication duKorân, la tradition du prophète forment la partie essentielle des études; puis vient la jurisprudence. La philosophie, surtout la logique et la grammaire,

Écoles. DAMAS. Route 29. 491

se rattachent en partie à l'enseignement th^ologiqne et sont en cons^qnence également cultivées; les autres sciences sont presqne entièrement n^glîg^es. Damas qni réunissait autrefois beaucoup de savants dans ses mnrs, n'en compte pins qu'nn petit nombre; le Caire lui est maintenant bien snp^rîenr pour la science. Damas possède cependant beanconp d'écoles tfMmentaires, et Ton y a même fond^ dans ces derniers temps une ^cole militaire. Les Juifs sont de longue date établis à Damas et ils n'y ont pas ^migr^ depuis peu, comme en Palestine; ils se rattachent aux s^phardim et possèdent 10 synagogues. Leur ^cole a été fondée par «l'Alliance Isra^ite».

Les chrétiens ont fait, depuis quelque vingt ans, de grands efforts en vue de Tinstruction , et les grecs orthodoxes surtout, ont commence à fonder de bonnes écoles f aujourd'hui près de 280 élèves, dont 20 apprennent le français, 20 le grec, et 60 le turc). Les lazaristes français (supérieur, le père Nageant) ont une ^cole excellente de 140 élèves; les Pères de la Terre-Sainte ou franciscains, une de 46 «îlèves. Les sœurs de Charité ont 400 Geôlières, dont 50 apprennent aussi le français. Récemment, les jésuites se sont de même établis h, Damas. Quelques ecclésiastiques des églises unies ont été é\eyés à Rome et parlent italien. — Les catholiques grecs ont une ^cole de 60 ^èves; les catholiques syriens, une de 80 ^èves, dont 50 apprennent le turc ; les Maronites, une de 12 ^èves. — Les Anglais entretiennent une ^cole de mission presbytérienne (St. Paul's School), une institution pour les aveugles, deux écoles dans le Meidân, etc., avec environ 200 tflèves. En gtfn^ral on s'applique avec beaucoup d'ardeur à l'tftude de l'arabe ancien , qui est d'autant plus n<^cessalre, que la langue arabe moderne a, dans la bouche de chri^tiens de Damas, un accent très désagréable.

Les habitants de Damas font grand cas de leur ville. Ils sont, quelle que soit leur croyance religieuse, fameux par leur fanatisme ; il semble parfois que le souvenir des luttes du temps des croisades ne soit pas encore efface. Ils avaient, déjà au moyen âge, la réputation d'être grossiers et malveillants. Le musulman de Damas est à la fois orgueilleux et ignorant. Il sent la supériorité de l'Occident, et mécontent d'être troubla dans les id^es conservatrices auxquelles il se complaît, il décharge sa colère sur les chrétiens indigènes. L'industrie européenne, introduite par les Occidentaux et surtout par des chrétiens, a presque entièrement anéanti les manufactures du pays ; les relations avec l'Occident favorisées de temps à autre par le gouvernement, ont fait p^ntftrer dans le pays de nouvelles idées. L'Arabe, qui s'tftaît considtfrtf jusqu'à présent comme un priviMgitf entre tous les hommes , et qui rencontre une civilisation incontestablement supérieure à la sienne , en devient fanatique, au lieu de se sentir pris d'une énergique émulation.

Damas est la résidence d'un gouverneur turc de première classe (Ouâli). Le gouvernement comprenait autrefois la Syrie presque tout entière, jusqu'aux environs d'Alep; depuis peu, J<^rusalem en

492 Boute 29. DAMAS. Marché aux chevaux.

a été Bé-ptiTéè pour former un pachalik indépendant (p. ^3). Le palais du gouvernement, bâti par les Égyptiens, est très grand (p. 493). Un commandant supérieur (sérasquier) a la direction de toutes les affaires militaires. La garnison de Damas est ordinairement très considérable , et il s'y trouve toigonrs quelques médecins étrangers, surtout des Autrichiens. — La ville est administrée par un conseil municipal, où siègent quelques chrétiens et quelques juifs. L'ordre public laisse beaucoup à désirer en ce qui concerne la répression des vols. Les métiers forment une foule de corporations, qui de même qu^au bazar sont réparties par groupes; les mendiants même sont organisés de cette façon.

Damas est la plus grande ville de la Syrie : il nV a point d'endroit où l'on puisse mieux observer le caractère spécial de cette contrée. Ce qui rend Damas intéressant, «se sont moins les antiquités et les édifiées , que Vanimation confuse qui règne dans ses rues, la variété des costumes, et le paysage environnant. Les voyageurs ont coutume de ne s'arrêter à Damas que fort peu de temps, un ou deux jours, parce que leur contrat avec le drogman continue de courir; mais on devrait jouir tranquillement de Damas, et pour cela stipuler k l'avance une réduction de prix pour le temps qu'on veut y passer.

I. Promenade au bazar, — De l'hôtel Dimitri, ou se dirige à gauche vers la grande place ; c'est le marehé anx ohevaiiz. Ou y trouve toujours des ânes de selle ; mais on ne fait pas un aussi grand usage de ces montures à Damas qu'au Caire : les rues sont mal pavées et mal nivelées ; les selles, fort mauvaises. On peut y assister certains jours au marché ou à Tenchère des chevaux et voir les acheteurs les monter pour en faire l'essai. Les meilleures races de chevaux s'appellent Kéheili et Seglâoui. Le marché est surtout animé après l'arrivée de la caravane des pèlerins (p. 502). Le grand arbre, k l'extrémité N. du marché, sert encore souvent de potence. Au bout de la première impasse à g. se trouve un bel établissement de bains (p. 484).

En traversant de biais cette place, où l'on passe devant des boutiques ouvertes , dans lequeUes se vendent des légumes et du grain, surtout de l'orge, on rencontre un petit bazar où sont quelques cordonniers. En le traversant, on arrive dans une large rue au S. A dr., un chemin mène au serai et k la poste (p. 484); à g., un bazar couvert. Ce bazar est le marché des ••lliers et il mérite qu'on y entre un instant. On y voit des selles plus originales que belles, avec lenrs ornements dans lesquels entrent des étoffes précieuses. A côté se trouvent des housses, des fronteaux. des sangles, des courroies et des brides ; plus loin , de ces mors rudes que les Arabes mettent à leurs chevaux, leurs larges et lourds étriers , des fourreaux de pistolets, garnis de fils d'argent, et beaucoup d'autres ouvrages en cuir.

Des deux côtés de la grande rue un peu montante mentionnée

ataddte, DAMAS. Boute 29, 493

ci-dessus, sont les ateliers très bruyants des ouvriers en cuivra. On peut y acheter des services de table parfois ornés d'inscriptions. Les grands plats qui servent de table aux indigènes sont mis pour cet usage sur de petits supports en bois ; le plat principal se pose au milieu. Il y en a qui ont jusqu'à 2 m. de diamètre. *0'est un ^and honneur pour les paysans et les Bédouins d'avoir un plateau de ce genre, comme moyen de donner une haute idée de l'hospitalité de celui qui le possède. Là on trouve aussi des ustensiles de cuisine , surtout de petites cafetières au long bec en cuivre étamé ou en laiton : on y met le café sur le feu jusqu-'à ce qu'il ait fait quelques bouillons.

Un peu plus loin se détache à dr. une rue qui conduit au marché des fripiers (8oûk el-Koumeilé, marché aux poux). On y vend de vieux vêtements, mais aussi des armes (entre autres des fusils à mèche) et d'autres ustensiles. Il y a là parfois une grande cohue. Un crieur fend la presse de boutique en boutique aveo un objet qu'il met à Tenchère répétant le mot harâdj (enchère) ainsi que le dernier prix offert, puis tel ou tel amateur examine l'objet pour en offrir un prix plus élevé.

De l'autre côté de la Tue se voit la citadelle , qui domine les boutiques. Cette forteresse, construite en 1219 (580 de l'hégire), forme un grand corps de bâtiment carré , de 310 pas de long sur 250 de large et entouré d'un fossé de 6 m. de largeur sur 4 m. 50 de profondeur, où croissent maintenant des roseaux. Les murs sont très forts et reposent sur des soubassements anciens. L'entrée ;principale est tournée à l'O. ; à l'Ë. se trouve une poterne. Aux encoignures de la citadelle s'élèvent des tours faisant saillie et avec balcon en encorbellement (douze en tout). Sous la porte d'entrée sent quatre colonnes antiques. Au-dessus de cette porte était autrefois une grande salle d'apparat avec fenêtres à plein cintre ; le plafond s'est écroulé. Les pièces qui sont conservées renferment des collections de vieilles armes, y compris des flèches, et la tente sacrée que la caravane des pèlerins emporte avec elle à la Mecque. — La vue qu'on a du haut des créneaux est remarquable. On obtient rarement la permission d'entrer dans la citadelle. — Peu de temps avant l'arrivée d'ibrâhîm Pacha eu Syrie , cette citadelle fut pillée et ravagée par une populace furieuse, qui massacra la garnison. — Presque en face, du côté droit de la rue, se trouve un vaste bâtiment qui est le aérai militaire ou corps de garde actuel.

Vis-à-vis de ce serai , dans un petit renfoncement, est l'entrée du plus grand des bazars, dit le basar des Grecs (Soûk el-Arouâm), On y vend des armes , des habits , des cLâles , des tapis, ainsi que des antiquités. Les marchands appellent ordinairement l'étranger en lui montrant quelque prétendu poignard de Damas ou autre chose. Parmi ces vendeurs, on peut remarquer un honune âgé qui a reçu , à cause des marchandises qu'il vend , le surnom de Abou antika , le Père aux antiquités. Il offre aussi ses articles dans les

494 Bùute 29, DAMAS. Bazar des Qreca,

hôtels: des poignards , des cuirasses et d'autres armes, deâ pipes, des blagues, etc. Il ne faut pas craindre de lui offrir trop peu, car il donne avec plaisir certains objets pour le quart du prix qu'il a d'abord demanda. Les poignards sont le plus souvent de fabrique moderne, peut-être importés d'Europe où il s'en fait de semblables, notamment à Solingen ; il n'est donc pas nécessaire de déconseiller l'achat de pareils «damas», malgré leurs poignées incrustées de nacre et d'autres ornements. On trouve quelquefois dans ce bazar de jolies soucoupes (zarf) pour les petites tasses à café en usage en Orient. Outre des médailles et des gemmes, on peut encore y acheter de ces longs tuyaux de pipe faits en bois de ohéne liège et entourés de JUls d'argent et d'or; nous dirons toutefois que la couleur de ces Ûls se fane en quelques mois. 11 n'y manque pas non plus d'autres articles de fumeur. Dans le voisinage d'une fontaine à dr. , se trouve un magasin européen de comestibles de choix, de vins et d'autres liquides. C'est dans ce bazar surtout que se sont établis les tailleurs, la plupart Qrecs, dont plusieurs font des habits à l'européenne, qui sont malheureusement de plus en plus portés par les chrétiens. On volt encore des bonnets de toute sorte ; petites calottes de velours pour les enfants , fez rouges , fabriqués en Europe, bonnets de feutre pour les paysans, petites calottes blanches en toile que les indigènes portent sous leur fez. Ënflu des bas persans de diverses couleurs sont suspendus à côté de bas européens. — Les rues couvertes du bazar ne sont point pavées.

En sortant de ce bazar , on tournera à g. A cet endroit se vendent les narghilés y spécialement ceux qu'on appelle djôzé, que fument les paysans. Us sont faits de coquilles de noix de coco (de là leur nom) garnies de plaques d'or et d'argent, auxquelles est adapté un tuyau orné de la même façon et portant le fourneau (tr-râe). La noix est remplie d'eau, et la fumée avant d'être aspirée traverse le liquide au moyen d'un tuyau qui forme avec celui de la

pipe un angle de 30 à 3ô^.

[Un chemin qui continue droit mène à la citadelle. De Tautre côté d''un fossé, on en voit les soubassements avec leurs gros blocs de pierre à refends a''un beau travail. Au 11., coule le bras principal du Barada. Pour bien voir le côté N., il faut passer par Tancienne porte de la ville nommée Bâb el-FéredJj entrer dans un bazar près de là et, au milieu de celui-ci, dans un café a g. La terrasse de ce café, qui est plantée d'arbres, présente un beau coup d''œil le soir, lorsqu''elle est éclairée par des lampes multicolores. — En traversant le bazar près duquel est ce café, on est en un instant dans la grande rue mentionnée ci-dessus.]

Au lieu d'aller tout droit à la citadelle > nous tournons à dr. dans une ruelle. De chaque côté sont des magasins en partie à l'européenne : on y vend de la verrerie de fabrique franque avee des ustensiles de table et de cuisine. Sur quelques petites tables se voit de la «henna», substance verdâtre avec laquelle les femmes arabes se teignent les ongles en rouge, et de petits flacons d'eau de rose, qui est chère.

Dans le bazar couvert qui vient ensuite commence la loBgue

Batar au drap. DAMAS» JRoute 29. 495

série des marchands d'étoffeB^ qui vendent aussi beaucoup de produits européens. Bientôt la rue fait une courbe, et l'on arrive à un carrefour. A g., un passage de bazar aboutissant à une ruelle ; en face, on descend par quelques degrés dans le bazar des libraires et à la mosquée (p.- 506). Ces libraires poussent le fanatisme jusqu'à mépriser l'argent de Tu infidèle» et souvent ne daignent pas même lui répondre.

Au lieu de descendre ces degrés , nouB tournons à dr. et nous continuons de parcourir le bazar aux étoffes , dans une rue bien couverte , dans laquelle la lumière ne pénètre que de côté par des ouvertures pratiquées au - dessous du toit. Il y a là surtout les après-midi quantité de femmes, qui, enveloppées dans leurs vêtements de toile blanche, leur voile léger abaissé sur la figure, vont se dandinant d'une boutique à l'autre, essayant cent fois les objets et marchandant avec vivacité pour quelques piastres de différence : elles écartent quelquefois leur voile comme dernière séduction à Tadresse du marchand. On se rappellera qu'il est inconvenant et même dangereux de regarder de trop près les femmes musulmanes. Au milieu de cette foule circule l'effendi turc ; souvent accompagné de quelques soldats et monté sur un cheval richement harnaché ; à chaque instant il est obligé de s'arrêter et de crier dahrùkj dahrak (prends garde, littéralement «ton dos»). — Au coin de rue suivant , nous apercevons à g. l'intérieur d'un grand établissement de bains (p. 484)*

En allant tout droit, nous arrivons au basar au drap» où se vendent également des produits européens. L'habitant de Damas tient particulièrement à de beaux habits ; il aime à avoir en fine étoffe son long vêtement nommé koumbâz. Partout règne une grande animation ; quand le marchand n'a pas des clients près de lui, il lit le Koràn sur sa maêtaba (p. 38), fait sa prière, prend un narghilé au loueur qui passe, ou cause avec son voisin , car on ne rencontre pas en Orient ce sentiment de concurrence hostile si développé chez nous: le marchand attend tranquillement qu' Allah, qui a envoyé un bon acheteur à son voisin , lui en envoie un également ; n'a-t-il pas fait inscrire en lettres d'or au-dessus de sa boutique les mots yâ rezxâk ou yâ fettâh, c.-à-d., «ô toi qui donnes la subsistance ! » La presse est surtout considérable à l'approche du grand Beiram, fête pour laquelle chacun veut avoir des habits neufs. Comme l'Oriental couche le plus souvent tout habillé, il use beaucoup de vêtements.

Remontant le bazar au S., nous voyofis à dr. un mausolée, le tombeau du célèbre Nour edniîn, souverain de la Syrie et ardent adversaire des croisés, qui mourut le lô mai 1174; l'entrée en est refusée à ceux qui ne sont pas musulmans. Un balcon à l'intérieur du bazar sert de minaret. Le chemin aboutit enfin dans la grande rue du bazar Soûk el^Djakmak (p. 497).

Du grand établissement de bains mentionné ci-dessus, un che-'

496 Route 29, DAMAS. Khâna,

min conduit à g. dans le quartier des kh&ns, où est concentré le commerce en gros. C'est d'abord celui des soieries, le Kkân U- Harîr. Un certain Daoûd Effendi y tient un beau magasin de tapis de Perse. Les dessins de ces sortes de tapis sont plus bizarres que beaux, mais les couleurs en sont indestructibles. Malbeureusement, la forme de ces tapis , gétt<^ralemeut en longues bandes étroites, convient peu à nos appartements européens. Les prix varient beaucoup suivant les demandes. — Un peu plus loin se trouve la Médrésé 8oûk el-Harîrj l'école du bazar. Plus loin enoore , le Khan et'Tutun, le marché au tabac. A g., deux petites rues de bazar conduisant à la grande mosquée ; c'est là que sont les boutiques des cordonniers. On y voit suspendues une multitude de chaussures pointues jaunes et rouges; toutes les espèces s'y trouvent représentées et à bon marché, depuis les petites chaussures d'enfants garnies de fils d'argent, les babouches molles en cnir jaune, pour les femmes, jusqu'aux grosses bottes ferrées des paysans. — Si au contraire l'on monte à dr. au lieu d'aller à g. , on passe devant les boutiques des marchands de tabac et l'on arrive à une petite place. La maison bâtie un peu eu retraite sur la gauche est une des plus belles de Damas. On obtient d'y entrer en donnant un pourboire au portier ou mieux par l'entremise d'un domestique de place. Cette maison appartient à quatre frères, descendants à'Asad-Pacha, dont il est question ci -dessous. Les maisons de Damas sont en général célèbres par la richesse de leurs décors. Elles ont de vastes cours pavées de pierres de diverses couleurs \ au milieu est un grand bassin avec un jet d'eau, et tout autour des bouquets d'orangers, de citronniers, de grenadiers, de jasmins, ainsi que des vases à fleuis. Du côté S. se trouve généralement un haut espace ouvert avec un porohe en ogive, le Liouân^ lieu très agréable où l'on s'assied sur des coussins le long du mur. Les parois sont ornées de stuc ou de mosaïque, et présentent souvent des passages du Koràn. Derrière la première cour , il y en a une deuxième dans le même genre et quelquefois une troisième. Poux Tintérieur des maisons elles-mêmes, v. p. 41. Plus loin que la maison d'Asad-Paoha est un bazar où se vendent des drogues, des sucreries et différentes sortes de biscuit (ka'k), qu'on peut recommander pour de grandes excursions. — Après avoir laissé à g. une petite rue , nous arrivons au plus vaste et au plus beau khân de la ville, le K?iân Asad Pacha, La porte d'entrée se compose d'une haute voûte à stalactites. La construction est faite d'assises de pierres alternativement noires et jaunâtres. La cour est divisée en neuf carrés par quatre gros piliers reliés entre eux au moyen de quatre grandes arcades et aux murs par huit autres. Audessus s'élèvent neuf coupoles percées tout autour de hautes fenêtres et ornées d'arabesques; quelques-unes se sont écroulées le siècle dernier et ont été mal reconstruites. Le milieu de la cour est occupé par un grand bassin rond. Dans le bas , autour de la eour, aussi bien que derrière, sur la galerie 4u premier étage, sont

Bàtar des soiries. DAMAS. Boute 29. 497

des magasins de vente en gros. Bans le fond se trouvent des cours avec des dépôts de marchandises, des habitations et des écuries.

Sortis de ce khân, nous entrons au bout de quelques minutes dans un passage de bazar à g. où Ton vend des fruits à gousse, du café, du riz, du sucre, etc. ; puis du papier et d'autres articles. — En tournant immédiatement à dr. au sortir de ce passage, on arrive dans la plus grande rue de Damas ; nous la suivrons lorsque nous nous rendrons au quartier chrétien ; pour le moment, nous rentrons dans le grand bazar à dr. C'est ici que sont les boutiques des fabricants de boîtes de fer blanc et de bois, juifs pour la plupart. On voit ensuite à dr. la rue qui descend au Khan Asad-Pacha et Ton se dirige tout droit vers le SoÛk el-Djakmak (Dja^mak était un gouverneur du commencement du xv^ siècle). Bientôt aux boutiques de drogues succèdent celles des étoffes; la rue où nous avons vu le tombeau de Noûr ed-dîn (p. 495) descend à dr. et nous sommes dans le

Basar des soieries. Ce bazar est intéressant parce que le regard y rencontre surtout les produits de l'industrie du pays. L'attention est d'abord attirée par les keffîyé de soie. Les Bédouins et les paysans les aiment à bandes jaunes et rouges d'un ton criard ; les Européens préfèrent les blancs avec de petites raies de couleur sur les bords. Il y en a de petits qui peuvent^servir de fichus ; ils sont très durables. Les grands coûtent de 70 à 80 piastres la pièce ; les petits, environ 40. Ils ont des franges qu'oiï ne débrouille et n'arrange ordinairement que lorsqu'ils sont vendus. On trouve là de très beaux tissus de soie légère (cherbé) et d'autres soieries plus étoffées. En fait d'articles spéciaux, il y a des tapis de table avec broderies de soie de diverses couleurs sur des lainages rouges ou noirs : les lettres qui s'y trouvent sont simplement décoratives. Un beau tapis de ce genre coûte de 40 à 70 fr. Les objets brodés et tissés tels que blagues, pantoufles, etc. , proviennent tous du Liban et peuvent s'acheter aussi bien à Beyroût. On rencontre parfois de très jolis costumes de fantaisie, par ex. des jaquettes pour enfants. Les khâns voisins du bazar ont aussi des magasins de détail richement pourvus. Plus loin sont des marchands de ^abayé, manteaux de laine pour les paysans et les Bédouins, depuis le genre commun blanc et noir ou à raies brunes, jusqu'au manteau brun de Bagdad finement bordé. Viennent ensuite des càlotltes et beaucoup d'autres objets. On travaille aussi le coton à. Damas et à Hœms; les mouchoirs à fils de soie jaunes ou blancs pareils à ceux dont les musulmans se font des turbans, méritent l'attention. Quant aux voiles de femme qui se vendent dans ce bazar, ils viennent presque tous du canton de Glaris, en Suisse. — Derrière ou au S. de cette rue se trouve un autre bazar où sont assis des matelassiers et des cardeurs de laine qui tiennent leurs instruments avec les orteils. — Parfois aussi le regard s'arrête sur l'intérieur d'une- école, où le maître fait réciter en chœur le]Korâa à ses élèves, qui balancent

498 Boute 99. DAMA6. Eê-SinànXifê.

oontlnaellement le haut du corps eu avant et en arrière pendant cet exereloe, comme font les enfants des écoles juives. Il y a quelques beaux établissements de bains dans les ruelles latérales de ce bazar. La foule devient de plus en plus compacte à mesure qu^on avance. On remarque au public qui la compose qu'on approche du quartier des Bédouins et des paysans. Timides, mais sans voile se glissent de tous côtés les petites femmes tatouées des Bédouins, avides de satisfaire leur curiosité. Des chameaux traversent la foule avec des poutres ou des troncs de peupliers non équarrls , ou bien ce sont des ânes portant des matériaux de construction, qu'ils heurtent de côté et d'autre. Lorsque c'est, l'heure de la prière, on voit à g., dans la cour d'une mosquée, la longue file des croyants se prosterner avec leur prieur la face contre terre après avoir fait leurs ablutions. — Nous arrivons enfin au 8oÛk et-Attâtîn, où se voient aux étalageis, des épices et des drogues, dans une quantité innombrable de boîtes et de venes. C'est toujours au carrefour suivant près de la porte de St Jean fbâb Yahya) que la presse est la plus forte: à g., un chemin conduit dans le long faubourg du Meidân (p. 501) ; en face , un autre mène à celui de Kanaouât, où se voit, comme le nom l'indique, un grand aqueduc, et à une porte de la ville. Quelques pas au delà du carrefour, s'élève un minaret célèbre tout couvert d'une faïence verte et bleue (kâehânij p. 177), et dont la galerie a une balustrade de pierre découpée en dentelles. Ce minaret fait partie de la grande mosquée ee-Sinànlyé, qui est dégagée de trois côtés. La cour de l'édifice, pavée de dalles de marbre, forme un carré long et a d'un côté une galerie de six colonnes noires, par où l'on passe pour entrer dans la mosquée. Le dôme est couvert de plomb. L'entrée principale, à l'E., est re* marquable par ses riches stalactites.

Au carrefour des deux grandes rues se trouvent beaucoup de restaurants. Il y en a aussi çà et là dans le bazar. Les grandes rôtissoires sont d'un aspect appétissant; on y voit embrochés de petits morceaux de viande lardés d'un peu de gras de queue de mouton (kébâb). Ces cuisines préparent aussi des haricots et beaucoup d'autres plats, que les consommateurs mangent en plein air, dans la rue. L'étranger qui veut goûter une fois de ces Kébâb préférera le marché des Grecs où les boutiqes commencent à se ressentir davantage de la civilisation ; il s'y trouve sur le derrière de petites pièces séparées avec deux escabeaux à l'usage du consommateur.

Nous retournons maintenant à l'hôtel, en sortant du bazar couvert et en passant par le Bazar des tourneurs (8oûk el'Kharrâttn) La grande mosquée à g. , aux assises blanches et rouges , est la Djâmf el'Kharrâtin, et plus loin, du même côté, est la belle Derouichîyé , qui donne son nom au prolongement de la rue. La mosquée dont il vient d'être question a environ deux cents ans d^existence. La rue est ombragée de quelques platanes. Il y a là aussi quelques boutiques où l'on met eii forme les fez rouges. Quelques

Rafraîchissements, DAMAS. Route 29. 499

pas plus loin, nous nous retrouYons à Tentr^e du bazar Grec et à la caserne (p. 493).

Ce sont là les principaux bazars. A la foule variée qui s'y rencontre et aux objets qui s'y vendent, on reconnaît que le Liban est une vraie barrière qui garantit Damas d'une influence trop rapide dés coutumes de l'Occident. La vie publique se concentre dans ces bazarst tout se passe dans la rue. On y voit plus rarement maintenant les bouchers y tuer leurs bétes, depuis qu'il y a un abattoir au Meidân ; mais ils chargent encore'sur leurs épaules les moutons dépouillas pour les porter à leurs boutiques.

Les boulangeries sont intéressantes à voir. Les pains sembla^ blés à des galette» sont eolMs au tannoûr (four). L'Oriental préfère manger le pain chaud. Celui-ci se vend au poids ou à 10 paras la pièce. Le garçon qui les porte crie continuellement yâ rezfsâk, ô Dieu nourricier l (fai«-moi gagner ma vie eu m'envoyaut des acheteurs!) ou bien ^ahouVaeharajli dix paras I On voit quelquefois un musulman bienfaisant acheter quelques pains pour les donner aux chiens de la rue. Outre le pain ordinaire, il s'en fait d'une qualité supérieure comme le bérâzik^ pain de froment mince couvert de beurre, de sirop de raisin et de sésame. Celui qui les vend crie : AUâh er-rStzikj yâ bérâzi^ Dieu est le nourricier ou bérâzi^; ou bien: akel es-snoûnaûf nourriture d'hirondelles, c.-à-d. de tendres jeunes filles. Il se consomme surtout beaucoup de pain de choix et de friandises pendant le mois de jeûne ou de Ramadan.

Les p&tisseries et les confiseries sont nombreuses à Damas. Sur leurs longues tables sont placés des flacons qui, au lieu d'être bouchés avec du liège, le sont avec des citrons ou des œufs de diverses couleurs et qui contiennent une grande variété de boissons douces et piquantes, de gelées et de sirops. Les limonades sont rafraîchies avec de la neige de l' Anti-Liban (20 paras le verre). On remarque souvent dans les boutiques des marchands de comestibles de beaux plats de cuivre avec des inscriptions entrelacées; ils datent tous, dit-on, du temps de Bîbars (p. 493).

Des marchands de rafraîchissements parcourent aussi les rues. Ils rappellent les marchands de coco de Paris; ils ont sur le dos un grand vase de terre à deux anses et à col étroit ou un vase de verre, et ils tiennent dans les mains des tasses de laiton qu'ils font sonner. Ils annoncent leur marchandise qui consiste en limonade ou eau sucrée en criant: berrid'alâ kalbac, rafraîchis ton cœur; itfi eU harâra, apaise la chaleur. Le marchand de djoullâb (eau de raisins secs) crie: mou'aUal yâ ouéled, bien claire, mon enfant, etc.; le marchand de khouchâf, boisson faite avec des raisins secs, des oranges, des abricots, etc., crie pour indiquer combien elle est fraîche: bâlac snoûnaCj prends garde à tes dents. Les marchands d'eau de réglisse et d'eau pure la portent dans des outres. Une chose intéressante encore, c'est le sébîl, c'est à dire qu'une personne qui veut faire une bonne wuvre, paie au portçur d'e»u le contenu de son

500 Route 29. DAMAS. ÈmiU.

outre, afin qu il le distribue g:ratis. On choisit pour cela un homme qui a une bonne voix, et il répète continuellement: yâ *atchân, es- 8éb% 0 vous qui avez soif, la bonne œuvre.

Des fruits de toute espèce se vendent de la même façon; c.-à-d. que les marchands les désignent rarement par leurs noms, mais en termes très originaux. Beaucoup de légumes sont mis dans du vinaigre ou de Teau sal^e et souvent transportas par les rues 31 dos d'âne dans des vaisseaux de bols, par exemple les betteraves (ehaoucpnder)j les navets (lifl)^ les concombres (Tiihiyâr)^ etc. Les concombres font la nourriture principale du menu peuple durant certains mois de Vannée. Il y en a une espèce qui se mange crne, une autre cuite avec de la viande; on entend le marchand crier: yâbou 'eilê, JchoudMak cheilé^ hitlâtîn roU el-khiyâr, «6 père de famille, achète une charge; 30 paras le rofl (5 livres) de concombres». — Pour le cresson, c'est: 'orra tarîyé min 'am ed-dou*îyé, tâkoulha Padjoûz tisbïh mhîyê^ «cresson tendre de la source ed-D. ; quand une vieille femme en mange, elle est jeune le lendemain». — Pour les figues : stdnâoui yâ ha^l , «de Sédnâya (p. 564") , 6 Baal» (Baal n'est plus maintenant un dieu, mais désigne le pays qui porte des fruits sans être arrosa, ce sont les plus doux"). — On entend fréquemment le cri dn marchand de pistaches : fistik djê~ dîd, pistaches fraîches, et celui du marchand des pois chiches grillas : oumm en-nâr^n, «la mère de deux feux», pour indiquer qu'ils sont bien grillas ; ou : haya halli ma tehmil el-isnân, voici quelque chose que les dents ne peuvent attaquer tant cela est dur. — Les bouquets de fleurs s'offrent avec des mots comme: sâlih hamâtaky «apaise ta belle-mère» (en lui offrant un bouquet).

Le vacarme et les cris sont perpétuels au bazar. Il faut encore y ajouter le chant des mendiants et le cri des inouezzins qui appellent à la prière et qui se renvoient leur profession de foi d'un minaret à l'autre. L'impression qui en reste, c'est que l'industriel de Damas est tout entier à son affaire. On en a une preuve dans le barbier (du reste très adroit), qui est presque continuellement occupa dans sa boutique garnie de glaces % raser les têtes de ses clients ou à faire des saignées. Jusqu'aux moindres gens d'affaires, tout le monde est de bonne heure au travail. L'écrivain public, assis au coin d'une rue, est entouré de paysans et de Bédouins, souvent aussi de femmes. Le fabricant de cachets joue ici un rôle important, car c'est le sceau et non la signature qui donne à un document toute sa valeur. Les gens célèbres comme calligraphes et comme graveurs sont surtout des Persans. — A côté de ces industriels si actifs, on voit les marchands n'ouvrir leurs boutiques qu'à 8 h. du matin et les fermer 1 h. ou */2 ^- avant le coucher du soleil.

II. Promenade dans le Meidân et autour des murs de la ville (quartier des chrétiens). — Nous retournons au grand carrefour près de la mosquée Sinânîyé (p. 498) pour faire de

Meidân, ^AMAS. Route 29, 501

là une promenade dans le Meidân, Le bazar à dr. tourne au S.O., du côté du Bâb ea-Sérîdjé, Deux rues partent de la mosquée , la Sikket Kasr el-Had^âdj , qui se dirige à angle droit vers le grand bazar, et le 8oÛk eS'Sinâniyéy qui tourne à g.» au S.S.E. Cette dernière est un large bazar entièrement couvert. Il y a, de dix en dix pas, 19 arcades de pierre, d'environ 9 m. de haut, sur lesquelles repose une toiture en bois. • C'est à ce bazar que les Bédouins et les paysans font leurs achats en vêtements, peaux de moutons, bottes, armes, pipes {sébtl, avec lesquelles on fume sans tuyau), baquets à traire et autres ustensiles, nattes de diverses couleurs qui leur servent de table à manger; mortiers en chêne {JLe» meilleurs J pour broyer le café, etc. — Au sortir du bazar, ou remarque la belle Médréset ea-Sinânîyé j avec des ornements en stalactites à la porte et aux fenêtres. Puis vient à dr. , la mosquée dite DjâmV es-Saboutiiyé, construite eu pierres blanches et noires et ornée d'arabesques pleines de goût. Il y a sur la gauche un tombeau surmonté d'une coupole et à côté une porte qui sert d'entrée au quartier à'ech'Chaghoûr. 4 ^^-i encore une mosquée, ech-Cheibânîyé et quelques écoles (^médréséj eu ruine. A g. s'étend un cimetière, le Makbaret Bâb es-Saghir, A l'endroit où la rue fait une courbe se trouve à dr. la mosquée nommée Djâmf el-Idein; nous tournons et nous voyons maintenant devant nous le Meidân.

Le faubourg de ICeidàn a 20 bonnes min. de long. Il mérite une visite parce que la ville y a une tout autre physionomie. 11 est d'origine relativement moderne; les nombreuses mosquées en ruine qu'on voit des deux côtés n'ont tout au plus que quelques centaines d'années. La rue est large, mais mal pavée. Ce n'est d'abord que le prolongement du bazar; il s'y trouve beaucoup de forgerons, ainsi que des marchands de grains, qui ont leur marchandise en tas dans des greniers ouverts. Les maisons sont plus pauvres que dans l'intérieur de la ville. — On jouit là surtout d'un spectacle intéressant quand arrivent des caravanes. Les chameaux s'avancent en longues liles, accompagnés de Bédouins déguenillés, les cheveux ébouriffés et l'œil hagard. De temps à autre un habitant du Haourân apporte son grain au marché, ou bien un berger Courde revêtu d'un manteau carré de feutre, amène des moutons à la boucherie. Les Bédouins, tout misérables qu'ils paraissent, montent quelquefois de magnifiques chevaux, qu'ils ne conduisent qu'avec un licou; ils sont habituellement armés d'une lance, rarement d'un fusil: ces hommes à demi-sauvages ne se sentent pas à l'aise dans le tumulte de la ville. Il y a des tribus de Bédouins qui ne vivent guère que de la chasse aux gazelles et qui se vêtent même de peaux de gazelles; ce sout les 8Ubi\ qui viennent du reste rarement à la ville. Un Druse (p. 106j de distinction, au contraire, produit un effet imposant quand il entre à la tête d'une troupe armée; son turban est d'une blancheur éblouissante; il est armé d'une lance, de beaux pistolets, d'un cimeterre et peut-

502 Rouie 29. DAMAS. Baououâbet^AUâh,

être même encore d'un fusil et monte un oheyal richement harnaché. Il y a deux jours de Tannée où l'on peut voir presque tous ces types à la fois, c'est le jour du départ de la grande caravane de la Mecque et surtout celui de son retour. Le pèlerinage (p. 102) commenee proprement à Damas. 11 est vrai, depuis que des- bateaux à vapeur circulent sur la mer Rouge et le golfe Persique , on voit moins de Persans et des habitants du nord de l'Afrique venir à Damas pour entreprendre de ce point le pénible voyage par terre de 27 jours, jusqu'à Médine. Cependant il passe encore dans cette ville des Oircassiens et même des habitants de l'Asie centrale. La porte à la sortie du Meidân s'appelle la porte de Dieu , Baououâbet-AUâh à cause de sa prérogative pour le pèlerinage (p. 102). En 1880, la caravane est revenue les derniers jours de janvier; son retour a lieu chaque année environ douze jours plus tôt que l'année précédente. On voit à cette occasion d'étranges litières, sièges de bois presque brut et recouverts d'étoffe de diverses couleurs. Elles sont ouvertes sur le devant , et il s'y place deux personnes , une de chaque côté, accroupies sur des lits. Quelquefois la litière est portée SUT des barres par deux chameaux, que l'on fait marcher d'un pas égal, l'un devant, l'autre derrière. Ces animaux ont une espèce de cape fait de courroies de cuir , auquel sont attachés des coquillages, des grelots et des pièces de monnaie. Un chameau de race, richement bridé , porte une litière recouverte de drap vert broché d'or, dans laquelle se trouve un vieil exemplaire du Korân et l'étendard vert du Prophète. Les pèlerins rapportent des marchandises de la Mecque , aussi des marchands de Damas vont-ils à leur rencontre jusque dans le Haourân, de même que le pacha. Beaucoup de derviches en haillons marchent au milieu de tout ce monde et de plus la caravane est escortée de soldats, de Druses et de Bédouins.

Les mosquées à moitié en ruine du Meidân sont: à dr., la DjâmV Sîdt Djoumân; puis la belle DjâmV Mendjekj du milieu du siècle dernier (^?J, à l'entrée et dans la cour de laquelle sont des colonnes peintes en rouge; à g., la DjàmV er^Rifâ^i. Du même côté g. se trouve le quartier de HouMa , dans lequel sont de belles maisons et des manufactures de tissus. En face d'un poste s'élève Une autre mosquée de construction assez récente , nommée Kâ^at ettâniyé. Ensuite viennent la Meèdjid Sa'ad ed^dîn et, à dr. , la magnifique mosquée Kâ^at et^Oûla, ornée de belles arabesques et d'une porte à 'stalactites entre deux coupoles. Malheureusement cet édilioe est en grande partie détruit. Il y a aussi quelques rainarets qui penchent. Plus loin encore, à g., la mosquée Ckihâb eddtn , et , près de la porte, la mosquée Mattabet Sa^ad^ed^dtn. La porte elle-même n'a rien de remarquable. En dehors s'étend un cimetière et au delà, des bois d'oliviers.

Au lieu de faire un long circuit autour de la ville, nous retournons à la Djâmi el'Idein (p. ÔOI), et nous nous rendons au cimetière Makbaret Bâb ea-Saghîr. A certains jours, on y voit des

EneemU. PAMAS. jRoute 29. 503

femmes pleurer près des tombeaux. La fille da Prophète, Fâtime, et deux de ses femmes y sont enterrées; le dôme qui recouvre leur tombe est d'argile et moderne. Il ne reste plus aucune trace du tombeau de Mo'âouiya, souche des Ommiades, mais en revanche il paraît que celui d'Abou 'Oubeida, conquérant de Damas, se trouve dans la mosquée de DJâmi^ d-djirâh qui est au delà. Une porte ancienne donne ici entrée dans le quartier Chaghoûr (p. ôOl), qui n'offre rien de remarquable; c'est pourquoi nous suivons le chemin en dehors des murs. L'enceinte de la ville présente de pienes d'espèces très différentes. Les deux ou trois assises inférieures sans mortier sont d'origine romaine; les suivantes du temps des Arabes et celles du haut, de l'époque turque. De dittance en distance, cette enceinte a des tours rondes ou carrées, dmit la plupart menacent ruine. L'une d'elles porte une inscription avec le nom de Noôr ed-dîn et la date de 664 (^1171). Un peu plus loin, on aperçoit à dr., dans un champ, un tombeau avec un dôme blanc; c'est, diton, celui de Bilâl tl-Habichi (Abyssia), le mouezzin de Mahomet : à côté s'élève un minaret. Puis, au bout de 2 min. euTiron, on voit dans l'enceinte une porte murée, le vieux Bâh KUân, qu'un certain Kîsân reconstruisit, dit-on, du temps de Mo'àouiya. A cinquante pas en face est un tombeau de 8t Georges que les chrétiens ont en grande vénération. Selon la tradition^ le saint aida St Paul dans sa fuite, et l'on montre encore aujourd'hui, près de la porte Kîsân, la fenêtre (au-dessus du mur turc!) d'où les chrétiens descendirent l'apôtre dans un panier pendant la nuit. (Act. des Ap. IX, 25 ; comp II Cor. xi, 32 et auiv.) Au moyen âge, on plaçait le lieu oii fut converti St Paul près du village de Côkebj à 2 h. enviion au S.O. de la ville; mais depuis le siècle dernier, la tradition l'a rapproché, pour plus de cMnmodité, du cimetière chrétien, qui est à 10 min. à peu près, à V£. du Bib Kîsân. Ce cimetière contient le tombeau de Buckle, l'historien anglais (m. 1862).

Environ 450 pas plus loin, on est à Fangle S.Ë. de l'enceinte. On y voit les restes d'une vieille tour en pierres à refends. Nous pouvions prendre à dr. pour aller aux jardins , mais les murs empêchent d'en voir l'intérieur^ Presque en face de l'angle S.£. de l'enceinte est une place où campent ordinairement les caravanes de Bagdad, qui font deux ou trois fois par an le trajet entre les deux villes, en passant par Palmyre. Klles apportent des tapis de Perse et du toumbac (tabac pour narghilé, qui ne croît qu'en Perse ; v. p. 39) et elles emportent des marchandises européennes dont le transport est surtout entre les mains de Bédouins 'A gel (p. 544). La caravane a souvent été pillée en route. Une herbe verdâtre à fleurs blanches et d'une mauvaise odeur, qui croît partout aux portes de Damas, est le «peganum harmala» des botanistes.

. Nous tournons maintenant à g. et nous suivons le mur près duquel travaillent des eordieis. Les soubassements sont également antiques de ce côté; dans le haut^ sur le mur même, se voient

504 Boute 29. DAMAS. Quartierchritien,

quelques'maisons du quartier juif. Nous arrivons ainsi à la porte orientale de la yille, le Bâb ech-Cherki. Cette porte est d'origine romaine; elle se composait, oomme on le reconnaît aux restes d'arcades, d'une grande baie (11 m. 60 de haut sur 6 m. 30 de large} et de deux autres moitié moins grandes; mais la première et la petite du S. sont murées depuis longtemps, et c'est la petite du N. qui sert aujourd'hui de porte. Le mur a été prolongé en travers de cette dernière de façon que l'issue ne se trouve pas en face , mais que le passage fait un coude à angle droit. Au-dessus de cette porte s'élève un minaret où l'on peut monter, mais la vue n'y diffère pas de celle qu'on a du grand monceau de décombres qui est devant la porte. On aperçoit dans le voisinage ■ les dômes des églises du quartier des chrétiens: la grande à g. est celle des grecs-catholiques; au-dessus se montrent, à l'O., les hauteurs nues de l' Anti-Liban jusqu'à l'Hermon ; à l'Ë. s'étendent une multitude de jardins. — La grande rue qui commence en dedans de cette porte était probablement la „rue droite'^ des anciens (v. p. 490), qui était bordée de colonnes , dont il y a encore des restes à l'extérieur et à l'intérieur des maisons ainsi qu'en divers endroits de la ville.

[Retour, de la porte orientale au bazar. — £n deçà de la porte, en prenant la première rue à dr., on parvient en 3 min. (2Ô0 pas) à ce que la tradition appelle la maison d'Ananias, Cette maison est aujourd'hui une petite église avec une crypte, appartenant aux latins. Nous sommes ici dans le quartier chrétien; les ruelles en sont très étroites et misérables et les maisons ressemblent jusqu'à un certain point à des ruines , par suite des événements de 1860. La seconde ruelle à dr. conduit à la léproserie, nouimée Hadîra (A min. de la porte), qui contient une douzaine de malades. Ou fera volontiers une aumône à ces malheureux. Les églises du quartier ont été toutes rebâties depuis 1860 et ne renferment rien d'intéressant.

Kevenu à la grande rue, on la suit à l'O. (4 min.) jusqu'à une caserne située à g. ; c'est là que fut donné en 1860 le signal du massacre des chrétiens (p. 487). Une rue à dr. conduit de cette caserne au N. jusqu'à la porte St- Thomas, à travers le quartier chrétien. Le grand bâtiment à dr. après la première courbe de la rue (ne pas prendre à g.), est le couvent des iMzaristes, avec son école. Plus loin dans cette rue est Vhôtel des Voyageurs mentionné p. 484.

De la caserne, il y a encore 10 min. de chemin jusqu' au bazar; ou plutôt toute cette grande rue en fait déjà partie. A g. est le quartier juif. Au bout de Ô min., on rencontre une rue transversale; on peut y demander à voir, dans une petite ruelle à g., la maison (beit) Chammaï, où Ton montre une seule pièce, il est vrat, mais très richement meublée et décorée. La rue suivante, à dr. de la rue principale, renferme la maison fort grande et luxueuse de l'Israélite Joseph 'Ambar ; on la reconnaît à sa grande porte. Les

Bâb Toûma, DAMAS. Boute 29. 505

appartements sont groupes autour de trois grandes cours. Tout en admirant bien des choses, on remarquera que le style de Damas y a déjà subi Tinflueuce du luxe européen. — Suivant enûn toujours la rue Droite , on arrive dans un bazar où demeurent surtout des menuisiers. Il s'y fait aussi des serrures arabes, excessivement simples, mais d'une fabrication ingénieuse. — On monte ensuite quelques pas, puis on descend, en B min., au bazar des fabricants de boîtes (p. 497).]

Entre le Bàb ech-Cherl^i et l'angle N.Ë. de l'enceinte, on voit à dr. , près des tombeaux, un bâtiment en ruine où demeurent également des lépreux ; c'est, dit-on, la maison de Na^mân le Syrien (ly Kois V.). Le mur de la ville a aussi de ce côté des parties anciennes. La tour qui est à l'angle a été construite par Mélic es- Sâlih-Eyyoûb, un des derniers Eyyoubites (1249). A l'endroit où la rue fait une courbe se trouve un grand tombeau dans lequel est enseveli Arslân, cheikh illustre du temps de Noûr ed-dîn. La rue tourne maintenant à g. , dans la direction de la porte St-Thomas, et traverse un bras du Barada. Il y a de même ici des maisons bâties sur le mur d'enceinte. La porte St-Thomas, en arabe jBâ6 Tourna, construite dix ans plus tôt (?) que la tour mentionnée plus haut, est bien conservée. En deçà de cette porte se trouve le quartier chrétien (v. ci-dessus). La route qui va de là au N. est la grande route des caravanes de Hœms, Palmyre, etc. Ici, de l'autre côté et le long du bras de la rivière sont quelques beaux cafés et deux jardins publics que Ton peut visiter. Ils sont surtout fréquentés par des chrétiens; la boisson principale qu'on y prend est le raki, c.-à-d. de l'eau de- vie faite de raisins secs. Il s'y fait aussi ici des piqueniques en plein air et l'on y entend souvent des chants arabes, et même, depuis peu , quelque musique égarée de bohémiens qui jouent «Partant pour la Syrie» sur les rives du Barada. Le chant arabe n'est pas fait pour nos oreilles; il se compose de récitatifs cadencés débités en fausset et quelquefois avec accompagnement d'une espèce de guitarre. — Les propriétaires des jardins demandent aux étrangers des prix exorbitants; une bouteille de bière anglaise coûte 3 fr.

Près de la porte St-Thomas, à l'intérieur de la ville, un chemin longe l'ancienne enceinte et le canal du Barada, qui porte à cet endroit le nom à^el-^Akrabâni. La muraille est construite en grosses pierres de taille et date probablement de l'époque byzantine. Sur la rive g. du ruisseau se trouve le quartier des tanneurs et des pelletiers, Mahallet el-Farrâîn. Puis on arrive au Bâb es-Salâm, porte qui sembie de la même époque que celle de St-Thomas. Une ruelle nommée Bîn eS'Soûrên (c.-à-d. entre les deux murs) fait ici le tour à l'intérieur de l'ancien mur de sorte que le mur de droite est couvert par les maisons bâties sur le devant : on ne saurait dire si le mur de gauche existe encore. Ensuite viennent deux portes, celle de l'intérieur nommée Bâb el-Farâdh, l'autre Bâb el-Amâra, La

506 Boute 29. DAMAS. Grande Moaqule.

ruelle se prolonge au delà et même au Bâb el-Feredj , la dernière porte antique(p. 494)^ car plus loin, à g., s'élève la citadelle (p. 498) à laquelle se rattachait le mur d'enceinte. £u traversant le grand bazar qui est à dr. (v. p. 493) on se retrouve à l'hôtel. — La promenade dont nous venons de donner l'itinéraire demande 2 h. à 2 h. ^2-

La grande mosquée Ç^Djâmi' eL-Oumaouij mosquée des Ommiades) est ouverte au public depuis quelques années. Une société qui se réunit pour la visiter paie 20 fr. d'entrée. On peut s'adresser au consulat pour se faire accompagner d'un Kaouass.

Histoire. — Il est vraisembable que dans les premiers siècles de notre ère il y avait un temple païen à la place de la mosquée actuelle. L'ëdiûce fut probablement restauré par Temperenr Ârcadius (395-408) et transformé en église chrétienne. On y conservait dans nn reliquaire la tête de St Jean-Baptiste, de là le nom d^église 81- Jean. L''habitant de Damas jnre encore par la tête de Yabya (Jean). C'est ici que se rencontrèrent Khâlid et Abou 'Oubeida (p. 486), d"'oii il résulta que la partie E. fut considérée comme prise, tandis qu'on laissa la partie O. anx chrétiens. Les mosulmans étaient encore si peu fanatiques à cette époque, qu'ils passaient par la même porte que les chrétiens pour se rendre à la prière. Ce fut seulement Ouélîd, fils de 'Abd el-Mélic, sixième khalife ommîade (706-715), qui fit des ouvertures aux chrétiens pour obtenir qu'ils cédassent tout l'édiflce moyennant une indemnité. Comme ils s'y refusaient, on leur prit simplement leur part sans indemnité, ou bien, ce qui est plus probable, on leur garantit en échange la possession de diverses églises qui jusque là ne leur avaient pas été expressément accordées. On dit que ce fut le khalife lui-même qui porta le premier coup à l'autel de l'église, à la grande douleur des chrétiens. Il ût ensuite élever au même endroit, sans détruire complètement l'ancien mur d'enceinte, une magnifique mosquée que les écrivains arabes vantent comme nne merveille. Des génies aidèrent, disent ils, à la construire; en réalité, les architectes furent des Grecs; il paraît même qu'on fit venir douze cents artistes de Constantinople. On alla chercher des colonnes antiques dans les autres villes de Syrie. Le sol était recouvert et le bas des murs revêtu des marbres les plus rares, le haut des murs et la coupole étaient couverts de mosaïques. Les niches à prière étaient garnies de pierres fines, et au-dessus des arcades de ces niches, s'entrelaçaient des ceps d*or. Le plafond était en bois incrusté d'or et six cents' lampes d'or y étaient suspendues. Les sommes dépensées à cette construction sont évaluées à des chiffres énormes : c'est ainsi qu'on rapporte que les comptes furent envoyés à Ouélîd sur dixhuit mulets et que le khalife fit brûler ces documents.

'Omar Ibn <^Abd el-'Azîz (717-720) fit déjà remplacer les lampes d'or par d'autres plus simples. Un incendie détruisit une partie de la mosquée en 1069 (461), et depuis la prise de Damas par Timoûr, l'édifice n'est jamais redevenu ce qu'il était.

Cette mosquée possède encore bien des parties appartenant aux constructions antérieures , en particulier le bel arc de triomphe de ro. Pour voir cet arc, de même que les chapiteaux de la double colonnade qui conduisait de là au temple, on descendra l'escalier menant au bazar des libraires (p. 495), ensuite on trouvera immédiatement à g. une petite porte donnant sur un escalier, par où Von monte sur le toit d'une maison (on pourra donner quelques piastres aux habitants). Là on se trouve en face des restes de ce magniUque arc de triomphe. Sur trois chapiteaux corinthiens repose une architrave richement ornée, à une extrémité de laquelle est le commencement de l'arcade, qui devait s'élever à environ 21 m. Andessus de l'architrave subsiste encore un grand fragment de fronton,

Grande Mosquée. DAMAS. BouU 29. 507

Aveo une petite fenêtre. Les fûts des colonnes se voient de la rue. Quant à la oolonnade, elle est en majeure partie détruite.

A l'extrémité du bazar des libraires, nous voyons la grande cour de la mosquée par le Bâh el-Bérîd (pocte de la poste), par laquelle cependant nous ne passons pas , parce quHl vaut mieux entrer directement dans rédlUce par la porte principale, au S. Nous tournons donc à dr. et nous arrivons à ce portail du S. par le bazar des cordonniers (à dr. les latrines de la mosquée). Sur le devant sont deux rangs de colonnes parallèles dans la direction du S. La porte s'appelle jBâ& es-Zti/âdé, porte de l'appendice, probablement parce que les musulmans la construisirent à neuf. Le gardien vient aux étrangers en leur apportant des pantoufles. Après les avoir mises on entre dans la mosquée. Au premier coup d'œil, on reconnaît que l'édifice tout entier est construit à la façon d'une basilique (v. rintrod., p. 127); deux rangs de colonnes la divisent en trois nefs. Cependant elle est ouverte du côté de la cour, où les colonnes ont été renforcées et transformées en pilastres. L'édifice a 131 m. de long et 38 de large, et les colonnes ont 7m. de haut. La toiture repose sur des voûtes en fer à cheval légèrement accentués. Le toit en bois est couvert de plomb à l'extérieur; à l'intérieur sont suspendues une foule de lampes. Au mur dei'O. sont inscrits en grosses lettres les noms des quatre premiers khalifes : Abou-Bekr, 'Omar, 'Othmàn et ^Ali. Sur le mur du S. se développe une longue inscription en gros caractères, contenant la surate ix, du verset 18 jusqu'à la fin. On voit de même à l'intérieur , sur trois des murs, les surates xxy et lxyi, et il y a aussi des versets du Korân sur les chapiteaux des colonnes. Le mur du S. est percé d'une série de fenêtres à plein cintre avec de beaux vitraux de couleur. Au-dessous, dans la direction de la Mecque sont les mihrabs ; celui de l'O., de même que trois autres niches, appartient aux Ohâféites (p. 103) ; celui qui est près de la coupole, aux Hanefites, la principale secte de Damas. La „kibla'^ de l'K. s'appelle aussi Mihrâb es-Sahâbé , mihrab des Compagnons de Mahomet.

La coupole porte le nom de Koubbet en-Nisr, coupole du Vautour, parce que, de cet endroit du transept, les autres parties de la mosquée s'étendent comme les ailes déployées d'un vautour. Elle repose sur un soubassement octogone , qui a sur chaque face deux petites fenêtres à plein cintre. Sous cette coupole se trouve un beau mihrab. Les petits mil^rab sont supportés par des colonnettes sveltes et en spirale. La coupole et quelques parties des murs portent encore des traces de belles mosaïques anciennes , la plupart représentant des arbrisseaux.

Le transept a quatre piliers massifs revêtus de plaques de marbre de couleur. £ntre la troisième et la quatrième colonne à partir du bas côté se trouve une coupole en bois recouvert d'une épaisse dorure et avec un croissant doré au sommet. Cette construction s'élève au>desBus de la tiie de St Jean-Baptiste. Khâlld lui-même,

508 Rouie 29. DAMAS. Grande Mosquée.

lorsqu'il prit la ville, tronva ici une crypte contenant cette relique. A quelques pas à dr. de la coupole se trouve une belle chaire, et du côt^ de la cour une fontaine. — Il y a des tapis sur le pavé de marbre de toute la mosquée.

Nous entrons maintenant dans la grande cour. Elle était également jadis pavée de marbre précieux. Elle est bornée d'un côté par la mosquée, des trois autres côtés par des arcades dont les pilastres sont un peu lourds. Les chapiteaux des colonnes rappellent à peu près les motifs égyptiens; ils sont en pierre rouge et ils étaient probablement dorés dans le principe. Sur ces chapiteaux carrés et saillants reposent 47 arceaux qui sont légèrement évidés en forme de fer à cheval , et à chacun d'eux correspondent deux arcades à plein cintre sur la galerie supérieure. A côté de ces ouvrages, de magnifiques colonnes antiques de marbre, sur lesquelles repose, à rO. de la cour, la Koubbet el^Khazné (coupole du trésor), forment un heureux contraste. On dit que oe petit bâtiment ne contient que de vieux livres et des objects précieux et qu'on ne doit jamais l'ouvrir (?). — Au milieu de la cour s'élève la Kouhbet en-Naufara (coupole du jet d'eau) ; elle repose également sur des colonnes de marbre surmontées d'autres plus petites. Au-dessous se font les ablutions religieuses. La troisième coupole, à l'E., s'appelle Koub^ bel esSâ'a (coupole de l'heure). — Derrière les arcades qui entourent la cour se trouvent des chambres réservées aux savants et aux étudiants.

Pour terminer, on montera à l'un des minarets, de préférence au minaret de la Fiancée (Mâdinet el-Aroûs), situé au N. ; il y a 159 degrés. Ce minaret, badigeonné dans ces derniers temps, passe pour avoir été construit par Ouéiîd, qui fonda en même temps deux corps de quarante mouezzîns chacun. Au haut de la galerie, on a un beau coup d'œil d'ensemble sur la mosquée. Le minaret au S.O. s'appelle Mâdinet el-Qharbîyé. 11 est octogone, à trois galeries superposées, se rétrécit dans le haut et se termine par une boule et un croissant : le tout forme un beau spécimen de l'architecture arabe. Le minaret du S.E. est le Mâdinet 'Isa, parce que, d'après la tradition , Jésus ('Isa) descendra d'abord sur ce minaret lors du jugement dernier. — Le regard se prolonge, par-dessus la mosquée, sur toute l'étendue de la ville. La citadelle s'élève à l'O., l'église grecque à l'E. S.E. La riche verdure qui forme comme une ceinture autour de Damas, fait encore ressortir davantage la nudité des montagnes.

Il y a bien, à côté du minaret de la Fiancée (v. ci-dessus) une porte nommée Bâb el-Amâra par où l'on peut sortir de la mosquée, mais il est préférable de repasser par la porte d'entrée, le Bâb ez- Ziyâdé (p. 507). Après avoir quitté ses pantoufles, on se rend par une porte à g. dans le basar des menniiien. 11 s'y fabrique beaucoup d'objets en bois incrusté de nacre; ils sont un peu grossiers, mais produisent cependant un bel effet. On y trouve des glaces,

Grande Mosquée. DAMAS. Route 29. 509

des kahkâh, patins de bois employas dans les bains et que portent aussi les femmes ; de grands bahuts comme ceux dans lesquels ou présente aux femmes de Damas leur trousseau pay^ par le mari ; des berceaux , de petites tables et la chaise polygone (kourai) qui sert aux indigènes de table à manger et sur laquelle on met le grand plat de cuivre dont nous avons parM p. 493.

Le bazar des orfèvres, dans lequel nous tournons maintenant à dr. par un petit couloir, est un bazar voût^ avec beaucoup de passages. On voit peu d'objets exposas à là vue du public, parce que chaque orfèvre a ses joyaux enfermées dans un bahut devant lui ; mais on peut facilement se les faire montrer. Les colliers et les bracelets fabriquas ici ne répondent guère à notre goût ; ils sont massifs et grossiers. Les marchands offrent quelquefois aux étrangers de belles pierres , mais à des prix exorbitants ; il en est de même des monnaies. Les ouvrages en filigrane ne valent pas ceux d'Italie. Ce qu'il y a de plus joli, ce sont les Zarf, c.-à-d. les soucoupes faites pour présenter le café.

Un escalier pratiqué dans le mur qui sépare ce bazar de celui des menuisiers, conduit sur la voûte dont la surface est aplanie : quelques soupiraux permettent de voir dans la rue. On aperçoit ici la rangée de fenêtres qui se trouve sur le côté méridional de la mosquée. A peu près à l'extrémité du transept se montrent les magnifiques restes d'une grande porte avec deux petites portes latérales. C'est probablement l'ancienne entrée commune des chrétiens et des musulmans du temps de Ouélîd (v. p. 506). Les ornements de l'architrave sont très riches et se composent de guirlandes et de feuillage. Au-dessus de la porte principale se lit une inscription grecque bien conservée signifiant: «Ton royaume, ô Christ, est un royaume étemel et ton règne dure de génération en génération». C'est le verset 13 du psaume cxlv, auquel on a ajouté «ô Christ».

Nous traversons maintenant tout le bazar des menuisiers et nous tournons à g., à l'extrémité, pour aller à la porte de l'E. de la mosquée. Cette porte, appelée Bâb Djeiroûn, en est l'une des plus belles. Elle se compose proprement de trois portails différents. Celui du milieu est lui-même divisé en trois parties, dont les trois pertes sont séparées entre elles par deux belles colonnes , qui ont encore un abaque cubique au-dessus de leurs chapiteaux. Les battants sont en bois garni de fer. Au-dessus sont des tympans percés d'arabesques ; les fenêtres tripartltes à plein cintre qui surmontent les portails et qui y correspondent, sont de même découpées à jour. Le portail est pris dans un vestibule ; il y avait autrefois ici une large colonnade conduisant au sanctuaire; quelques-unes de ces colonnes sont encore visibles ; d'autres sont dans les maisons. Le grand jet d'eau du bas de l'escalier date de l'an 1020. En face est situé un bel établissement de bains (p. 484).

En tournant à côté du jet d'eau dans la première ruelle à g. et en s' écartant le moins possible de la mosqqée,*on voit à g. les écoles

510 Routée. DAMAS. Environs

qai en dépendent: la Médristt esrSomeisatiyé ^ puis, au delà du Bâb el-'Amâra, celle qu'on nomme 'Omarîyé^ parce qu'elle a été fondée par 'Omar Ibn 'Abd el-'Azîz (mort en 720). Au carrefour où Ton arrive en dernier lieu y on a à dr. , la mtfdr^sé de Mélic ez- Zâhir Btbars f 1260-1277"). Les murs sont en grès rougeâtre parfaitement poli. Le portail à stalactites occupe toute la hauteur de r^diflce. Une inscription en fait remonter la construction à l'année 676 (1279). De chaque côt^î du portail sont deux fenêtres. Sous la coupole du tombeau, à dr. de l'entrée, dans une chambre aux parois revêtues de marbre noir et blanc, sont deux catafalques simples; l'un renferme les restes de Bîbars, le grand ennemi des croisés, dont le peuple raconte encore les exploits (v. p. 76). Deux hautes portes donnent entrée dans la cour. — L'école nommée en dernier lieu est maintenant abandonnée. — Du côté g. de la rue s'élève une mosquée que le fils de Bîbars a fait construire pour lui-même. Les deux édifices sont jusque dans leurs détails de beaux spécimens d'architecture arabe.

Le tombeau de Saladin , dans le voisinage immédiat de la mosquée, est un beau mausolée ; mais il est très difficile d'en obtenir l'entrée.

Ezcurflions autour de Damas.

A Djôhar. — De l'hôtel Dimitri, le chemin qui mène à ce village, au lieu de passer par le marché aux chevaux, conduit directement à l'Ë. par la première rue à g. Il y a là des boutiques où se vendent des oignons, du beurre , du fromage de chèvre et d'autres comestibles. La rue fait ensuite une petite courbe à dr. ; une rue à g. conduit à la douane, près de laquelle il y a beaucoup de loueurs de chevaux. Nous arrivons à une grande rue menant à l'E., dans laquelle se tient le marché aux fruits. Au mois de mai, il s'y vend surtout beaucoup d'abricots. On fait aussi sécher ces fruits dont ou fabrique, après les avoir écrasés, des espèces de galettes d'un rouge brun qu'on appelle kamr ed-dîn. En automne, il y a différentes sortes de raisins délicieux; le plus estimé a des grains ténus de 2 à 3 centim. de long qui sont très charnus. Les melons d'eau , qui mûrissent en automne sont également excellents. En fait de légumes, on vend sur ce marché des bâdindj&n (aubergines), des loûbiyé (espèce de fèves), bâmiyé etc. — Vient ensuite à g. un bazar de selliers, et un chemin à dr. conduit au marché proprement dit des selliers (p. 492). Plus loin, on rencontre à dr. un énorme platane dont le tronc a 9 m. de circonférence. En suivant toujours la grande rue, on arrive au marché où les habitants du Merdj, c.-à-d. du pays des pâturages (p. 512) situé en dehors du vaste district des vergers, viennent vendre du bois de construction. A g. s'étend le faubourg de ^Amâra. La mosquée à dr. est la Djamf tl- Mou'aUak. La rue que l'on croise ensuite , conduit à dr. au BAb el-Farâdîs (p. 505), à g. au beau cimetière à'ed-DahdÛhj ainsi

de Damas. DAMAS. RotUe29. 511

nommé d'après un compagnon de Mahomet qui s'y trouve enterré. La première'rue à dr. mène au Bâb es-Salâm (p. 505). Peu à peu, on arrive en dehors des maisons (20 min.), et l'on voit à g. la belle propriété de lady Digby, femme d'un cheikh de Bédouins, Migouel. Bientôt après, à 25 min. de l'hôtel, on arrive sur la route d'Alep; on laisse à 1 min. de distance, à dr. , la porte St-Thomas , et on traverse la route près d'un café (p. 505). A 2 min. de là, on voit à dr. une petite prairie, qu'arrose un bras de la rivière. Certains jours de la semaine, on rencontre ici beaucoup de promeneurs, notamment des femmes. C'est le rendez-vous des cavaliers, qui se livrent même à des jeux, équestres. A dr. est un pont par où l'on se rend au tombeau d'Arslân (p. 505). 2 min. plus loin, on tourne dans un chemin qui se dirige vers le N. ; on y rencontre toujours beaucoup de paysans. Il y a encore 25 min. pour arriver à Djôbar.

Djdbar est un gros village habité par des musulmans et par quelques familles juives seulement. Ces dernières y ont leur vieille synagogue (kénîsé) , située au S.E. et fréquentée aux jours de fête par beaucoup de juifs de Damas. Près de l'entrée de l'édifice se trouve un espace fermé par une balustrade où , selon la tradition, Elle aurait fait le sacre d'Elisée comme prophète et celui d'Hazaël, comme roi de Syrie. A dr. , par derrière , se trouve une porte qui conduit dans une petite salle, d'où l'on entre avec peine en rampant dans une espèce de chambre où, dit-on, le prophète Élie vécut quelque temps et fut nourri par des corbeaux (III Rois xvii, 6). Outre que le ruisseau Kerith ne peut être cherché ici, le rabbin Toudela, qui a recueilli toute sorte de traditions de ce genre , ne fait pas encore mention de celle-ci au xii« s. Une armoire à cet endroit renferme quelques rouleaux assez anciens de la Thôra. — En retournant à Damas, on peut appuyer un peu plus à dr. (0.) du côté de la route d'Alep.

A Sâlihîyé. — Pour arriver sur le chemin de Sâlihîyé, on suit la rue au N. de l'hôtel jusqu'au Bâb Saroûdja, ou bien on suit la rive g. du ruisseau jusqu'à la poste française et l'on tourne ensuite à dr. Passant alors devant une grande maison à dr. qui appartient à un certain Amîn-Effendî , on arrive au Bâb Saroûdja. Le grand bâtiment à g. de l'autre côté de la porte est . Vhôpital militaire , qui est bien organisé. La route de Sâlihîyé est pavée et bordée d'arbres. Le ruisseau qu'on traverse sur un pont , au bout de 10 min., est le Tôra, que l'on a détourné du Barada à une assez grande distance dans le ravin. On arrive en 10 min. au village luimême qui est situé sur le bras du Barada appelé Yézîd.

Sàlihiyé peut être considéré comme un faubourg de Damas, car il s'y rattache par de nombreuses maisons de campagne situées le long de la route ; sa population est d'environ 7,000 hab. Ce village n'a reçu son nom actuel qu'au ye siècle de l'hégire; il était habité à cette époque par des Turcomans auxquels des Courdes se joignirent plus tard. Çâlihîyé fut jadis célèbre par ses mosquées; maif

bi2 Route 29. DAMAS. .Environs

ces vieux bâtiments sont aujourd'hui en grande partie ruinés, quoiqu'ils aient été fort bien et solidement construits. Ils méritent d'être examinés de près; plusieurs présentent encore de riches voûtes à stalactites , des murs et des coupoles ornés d'arabesques. La plus belle mosquée s'élève au-dessus du tombeau de Mouhi ed- Dtn ibn el-Arabi. On prétend de nos jours lui assigner sa place dans une chambre voisine de la mosquée , où l'on vient en pèlerinage. Ibn el-'Arabi était philosophe, mystique et poète ; il écrivit un grand nombre de livres et voyagea beaucoup ; sa mort arriva en

Beaucoup de gens riches se sont fait jadis enterrer à Sâlihîyé et l'on rencontre encore plus d'un beau monument funèbre sur les versants de la montagne voisine. On voit de loin la Koubbet el^Arba'în, où sont inhumés, dit-on, quarante prophètes musulmans. Les habitants de Damas vont souvent à »Sâlihîyé, surtout lorsque mûrissent les baies de myrte (habb el-âs), qui sont bonnes à manger et mûres en décembre.

Le K&siyoùn, montagne nue qui s'élève derrière le village, est sacré pour les musulmans , car c'est là , selon eux , qu'Abraham parvint à la connaissance de l'unité de Dieu (p. 98). Ce lieu aurait déjà été habité par Adam et Mahomet serait venu jusqu'ici , mais sans entrer à Damas. La montage est en partie composée d'une roche rougeâtre, et c'est pour cela qu'on y a placé la grotte du sang, dans laquelle fut déposé le corps d'Abel (Hâbîl) tué par son frère. On y rencontre beaucoup de pétrifications.

De l'extrémité occidentale du village , où se trouve la DjâmC el-Efrem, à côté d'une médrésé en ruine, on tourne à g.: on a déjà une vue magnifique. 5 min. après, on commence à monter à dr. C'était là le chemin suivi par les caravanes de Beyroût avant l'ouverture de la route dans la gorge du Barada; au sommet (25 min."), il est taillé dans le roc. Arrivé dans le haut, on trouve en s' écartant de quelques pas, un petit bâtiment ouvert nommé Koubbet en-Naçr (coupole de la victoire) ou Koubbet es-Seiyâr. Cet endroit offre la plus belle *vue des environs de Damas , qui s'étend aux pieds du spectateur entouré d'une vaste ceinture verte. Au N. s'étend l' Anti-Liban ; dans le lointain, à l'E. , se montrent les Touloûl, les cônes volcaniques du Safâ (v. p. 513) ; au S., à l'horizon , les chaînes de montagne du Haourân ; plus près , le Djebel Mâni'a et le Djebel Asouad. Le village au sortir de la gorge du Barada s'appelle Mezzê. En allant un peu plus loin au S., on peut jeter un coup d'œil dans la gorge même. Les hauteurs de T Anti- Liban, à l'O., sont tout à fait chauves.

Un chemin à l'O. du Kâsiyoûn descend à Doummat (V2 h.) ; de là à Damas, v. p. 472. Le long du cours d'eau, le fond boisé de la vallée offre une végétation magnifique; on est surtout frappé de la grosseur des noyers. Enfin on arrive au Merdj ordinairement couvert Me cavaliers qui y caracolent; on y rencontre aussi beaucoup

de Damas. DAMAS. Boute 29, 513

de promeneurs dont plus d'an s'assied sur le bord du ruisseau et

fume un narghiM loué par un homme qui circule au milieu de la

foule. On baigne aussi les chevaux, à cet endroit. C'est de Tautie

côté du pont, près de la Tektyé (v. p. 472), que la prairie est le

plus large. La ïekîyé a été construite vers 1516 , par le sultan

i;^lîm^ surtout pour loger les pèlerine, et elle sert encore à cet usage.

G'eçt un grand bâtiment carré entouré d'un mur. L'entrée est à l'Ë. ;

on passe entre des maisons misérables dans lesquelles demeurent

des derviches. La cour est très belle; on y voit des noyers et deux

grands bassins. Elle est pavée et entourée d'une colonnade, derrière

laquelle sont 24 chambres surmontées de coupoles et couvertes de

plomb. Les unes servent de magasins à fourrage, les autres sont

habitées par des Circassiens ou des étrangers quelconques. A l'Ë.

de la cour est un vieux moulin. La mosquée au S. a un vestibule

à colonnes de marbre et une grande coupole de part et d'autre de

laquelle se dresse un minaret élancé. Malheureusement tout cela

tombe en ruine. Du côté du pont s'élève au-dessus du mur un joli

portique à coupole.

Une excursion de Damas aux laos des prairies (1 jour V^i v. la carte^ p. 510) ne pent se faire qu'avec un guide vu le nombre incalculable des chemins dans les jardins (1^ Ghoûta) et des canaux dans les prairies (le Merdj). Le grand lac, Bahret eî-^Atébé est à 5 h. environ de Damas. On descend du côté N. du Barada et Ton atteint en 2 h. Vs 1& colline arrondie à^es-Sâlihîyé. En 2 h. 1/2 encore, on atteint le village de^f«6^, situé sur une espace de langue de terre. Au delà des marais ou des lacs, on voit les Touloûl es-Sa/â, longue rangée de <A>atère8 éteints. A TE. du Bahret el-^Atêbé s'étend' une contrée appelée le Derb el-Qhazaouàt ^ ou route* du brigandage à cause de son peu de sûreté; il s'y trouve trois ruines intéressantes nommées ed-Diyoûra. De 'Atêbé, on atteint en 40 min. au S. Tembouchure du Barada et en 80 min. Harn'ân eWAouâmùi^ oii se trouvent trois colonnes ioniques, restes d'un temple antique. On revient de là à Damas en 4 h. environ. — Cette excursion donne une idée du célèbre territoire de Damas, VAger Damascenus des anciens. Une population campagnarde y cultive depuis la plus haute antiquité un sol excellent et des. plus fertiles. Il s'y trouve beaucoup de restes d'anciens édifices de luxe.

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