De Damas à Beyroftt, par Ba'albek
De Damas à Ba'albek par Zébédâni, 2 jours; séjour à Ba^albek, Ijour; de Ba'^albek à Chtôra, Ijour; de là à Beyroût, Ijour. De bons cavaliers s'ils partent à temps de Damas atteindront Sourghâya le même jour, et Ba'albek le lendemain matin à 10 h.-, le 3c jour, arriver à Chtôra, et le 4« à Beyroût. On trouve des logis passables à Zébédâni, à Ba'albek et à Chtôra, de sorte que tout le trajet peut fort bien se faire sans tente. On peut acheter du vin français à Ba'albek et à Chtôra, à un prix élevé; pour les autres provisions de bouche il est bon de les emporter avec soi. En voyageant avec une tente et si l'on n'est pas pressé, on peut passer la nuit à ''Aïn Fidjé et à Sourghâya ; on mettra alors 2 jours Vz jusqu^à Ba'albek. Dans ce cas, on peut aussi passer par S&lihîyé et le mont Kâsiyoûn (p. 512) pour jouir encore de la magnifique vue qu'il offre sur Damas.
Jusqu'à la station de Doummar (^1 h. ; p. 472), on reste sur la route de la compagnie française.
[On peut aussi aller jusqu'à la station de Hcèmé (35 min. ; p. 472 j et passer de là par le village de Hcmi (15 min.) , Djédeidé (30
514 BouU30. 'AÏN FÎDJÉ. De Damas
min.), DeirKânoûn (1 h. 30), el-Houmntyé (18 min.) et 8oûk Ouâdi Barada (32 min.; v. ci-dessons); mais le chemin suivant ofl're plus d'intérêt.]
Nous quittons la route au delà de Doummar et nous tournons à dr. , en passant devant quelques collines de roche calcaire (45 min.); la gorge du Barada est trop étroite à cet endroit pour qu'on puisse la suivre. On chevauche en&uite pendant 1 h. à travers la plaine uue de Sakra (p. 471), séjour favori des gazelles. A dr., dans le haut, des grottes sépulcrales ; au S. se voit THeimou. Ensuite ou tourne à g. dans un vallon cultivé et Ton passe devant le village d'e£- Achrafhfé pour arrives en 25 min. au village de Bessima , dans la vallée du Barada. La verdure des arbres dans le voisinage immédiat de la rivière tranche agréablement sur les montagnes dénudées. Une eurieuse galerie souterraine unit aujourd'hui Bessîma et Âchrafîyé. C'était sans doute dans le principe un aqueduc, mais il n'y en a plus trace à TO. Gonduisait*îl, peut-être, Teau pure des sources de Fîdjé à Damas? Cette galerie a, en moyenne, Om. 80 de large; sa hauteur varie beaucoup; son plafond est détruit à certains endroits, puis elle se continue avec des échappées du côté de la vallée. La roche dans laquelle elle est percée est un conglomérat caleaire.
La vallée qu'on remonte est d'abord étroite ; la petite «prairie de Bessîmai) à g. est couverte d'une belle verdure. On rencontre an bout de 15 min. une source 'et partout au bord du cours d'eau des peupliers et de beaux noyers. En 20 min. on est au village d'el* Fldjé et 5 min. après à la source. Le nom d'el-Fîdjé dérive probablement du grec Tirjyij , aource. Cette source passe encQre aujourd'hui pour la principale du Barada, quoiqu'elle ne soit pas la plus éloignée ; elle grossit ce ruisseau du double de l'eau qui compose son cours supérieur. Une mafse d'eau énorme jaillit avec force de dessous un vieux mur et s'écoule bruyamment dans la direction du Barada. Cette eau est des plus limpides. Au-dessus de la source se trouve une espèce de plate-forme, moitié roche et moitié maçonnerie, avec les ruines d'un temple , qui était petit mais construit de pierres énormes. A quelques pas au S. sont deux murs parallèles, chacun de 11m. 30 de longueur et Im. 80 d'épaisseur, réunis dans le fond par un autre de dm. 20 sur Im. 20. 11 semble que le tout était voûté. Les murs latéraux ont à l'extérieur de grosses pierres en saillie et l'on volt des niches à l'Intérieur. Enfin il y avait un portail du côté de la rivière. Ces restes d'anciens sanctuaires, qui étaient peut-être simplement dédiés à la divinité de la rivière , sont encore ombragés d'un magnifique bois qui invite au repos.
Le chemin se prolonge dans la vallée , en suivant les sinuosités du Barada, entre des rochers dénudés de 250 à 300 m. de hauteur. Au bout de 25 min., on passe près du Deir Motikourrtn et en 15 min. ou est à Kefr ez^Zeit (village de l'huile). A 10 min. de là, on
hBa'albek. SOÛK OUADI BARADA. ttoute 30. 515
aperçoit en face, sur la rive dr. du ruisseau, DeUr Kânoûn et 15 min. après, el-Houseintyé (p. 013). 15 min. plus loin, on arrive à Kefr el-'Aouâmid. Sur une hauteur se voient les ruines d'un petit temple grec; il s'y trouve encore des fragments de colonnes, de chapiteaux et d'un fronton. Ensuite on passe la rivière sur un pont et Ton arrive sur la route directe (v. ci-dessus). 25 min. après, on a sur la droite, dans le bas, le village de
Soùk Ou&di Barada. — Histoire. Des itinéraires anciens que nous possédons et de preuves diverses, il résulte que ce village occupe la place de la ville antique dM&îto, qui n^est mentionnée toutefois qu''après le commencement de l'ère chrétienne. Le territoire se nommait TAMlène; St Luc (m, 1) parle d'un certain Lysanias qui en était tétrarque, la quinzième année du règne de Tibère. Les antres renseignements qui nous ont été laissé à son sujet, notamment par Josèphe, manquent de clarté. Une tétrarchie d'Abilène ne peut avoir été créée que Tan iv av. J.-C, lors du partage entre les héritiers d'Hérode le Grand, et il est bien possible qu'un Lysanias ait gouverné ce district onze ans plus tard, quoiqm'il n'en soit pas fait mention. Ce n'est pas le même que Lysanias fils de Ptolémée, iils de Mennée. Ce Lysanias était prince de Ghalcis (p. 471) ; mais on ne saurait dire s'il a possédé aussi l'Abilène; il fut assassiné l'an 34 av. J.-G. à l'instigation de Cléopâtre. — La tétrarchie d'Abilène échut à Hérode le Grand-, plus tard, elle fut donnée par les empereurs romains à Agrippa 1er et à Agrippa II.
Le village de 8oûk , entouré de vergezs , est situé à l'endroit oti le Barada fait une courbe au sortir d'un passage qu'il s'est ouvert entre des rochers escarpés. On remarque dans les rochers audessus du village, de l'autre côté de la rivière, un certain nombre de grottes sépulcrales dont une partie sont inaccessibles : il y a des degrés pour arriver à quelques-unes d'entre elles» Ces grottes n'offrent rien de particulier. Le peuple a voulu faire dériver Abîla du nom d'Abel et l'on montre depuis le xyi^ s. sur la montagne de ro., à droite, le Nébi Habîl, ou lieu où Gain tua son frère Abel (selon le Korân). Le bâtiment n'a rien d'intéressant. A côté sont les ruines d'un temple, long d'environ 14m. et large de 8. A l'extrémité Ë. se trouvent un caveau et des degrés taillés dans le roc.
A 10 min. du village, on atteint un pont à l'endroit le plus étroit de la gorge. En grimpant un peu de l'autre côté sur la rive gauche, au-dessus du pont, on arrive à une vieille route qui longe le rocher à 30m. à peu près au-dessus du chemin actuel. Cette route est pratiquée dans le roc vif, sur une largeur de 4 à 5m. et une longueur d'environ 300 pas. En quelques endroits, ou a laissé le rocher former des parapets naturels, dans d'autres, il y avait sans doute d'anciens murs. A l'extrémité N.Ë., le chemin, qui aboutit subitement à une paroi perpendiculaire, se prolongeait peut-être au moyen d'un viaduc. Des inscriptions latines sur le rocher près de la route, nous apprennent que ce chemin a été construit sous les empereurs Maio-Aurèle et Lucius Yerus, par le légat Julius Verus, aux frais des habitants d' Abîla , par conséquent après le milieu du 11^ s. Quelques pas plus bas passe un vieil aqueduc, creusé en par-
516 Route 30. ZÉBÉDÂNI. De Damas
tie dans, le roc et oouveri de pierres mises en travers ; on peut y passer pour aller à quelques tombeaux.
Passtf le pont, on suit le cours du ruisseau sur la rive g. Au bout de 10 min., les versants de la montagne deviennent moins escarpes ; 10 min. plus loin, la valMe s'élargit en une petite plaine, le ruisseau forme une cascade, un peu au-dessus de laquelle sont les restes d'un pont. Au S.O. débouche ici une vallée latérale, l'extrémité du Ouâdi el-Kam (^p. 471). La route de la compagnie française n'est qu'à une petite heure de distance dans cette direction, et il y a un chemin qui y conduit. On monte ensuite en contournant une colline à dr. et l'on arrive tout à coup dans la partie inférieure de la plaine de Zébédânij qui s'étend du N. au S. entre des montagnes assez élevées. La chaîne escarpée de VO. s'appelle Djebel Zébédâni. La plaine, qui était sans doute jadis un grand lac , est d'environ 1 lieue de large ; elle est bien arrosée et bien cultivée, couverte d'arbres tels que peupliers , noyers, abricotiers et surtout de pommiers ; les jardins sont en partie entourés de haies vives. — On arrive enttn à travers cette magnifique contrée en 2 h. 20, au village de
Zébéd&ni (^logis chez les chrétiens ou au khân). Cette localité, entourée d'une verdure luxuriante, compte 3,000 hab., dont la moitié sont chrétiens. La population vit du produit des vergers environnants; les pommes de Zébédâni sont célèbres: on y récolte aussi beaucoup de raisins à grains oblongs. Cette localité ne contient pas d'antiquités.
Passé Zébédâni, le chemin remonte la vallée. A 30 min. de distance aboutit à dr. le chemin de Bloûdân (p. 518) ; 25 min. après, à dr., la source ^Atn Haouar, près du village du même nom. Knsuite on arrive sur la ligne de partage des eaux et l'on est en 1 h. à Sourghâya, La vue est restreinte, mais les environs présentent une belle verdure.
Au-dessus du village de Sourghâya, sur le contre-fort oriental se voient des grottes sépulcrales. Au commencement de la montée, sur le bord du chemin il y a un beau pressoir taillé dans le roc. Les grottes près desquelles se trouve une colonne votive en marbre avec inscription grecque, présentent à Tintérieur six arcades et des niches pour cercueils. Derrière le rocher se trouvent les ruines insignifiantes d'un village et quelques autres tombeaux, près d'un grand chêne.
On descend ensuite en 28 min. de la grande source située au milieu du village, au Ouâdi Yafoûfé. Il y a là un khân en ruine ; la rivière est traversée par un pont nommé Djisr er^Roummânif les côtés de la vallée sont très hauts et très escarpés.
Trois chemins différents conduisent de ce pont à Ba'albek ; nous décrivons d'abord le plus agréable.
On descend la vallée à g. en suivant la rive droite , et l'on repasse la rivière au bout de 16 min. Le fond de la vallée est couvert de chênes, de platanes et de buissons d'églantiers. 14 min. ensuite, on traverse un troisième pont. Un peu plus loin, à g. dans le bas, le village de Yafoûfé. Dans le haut, au bout de 23min.
àBa'alhék. MÉNÎN. Route 30. 517
on voit se dérouler une vue magnifique sur le Liban et la B^l^â'a.
Au N. , on remarque les cimes neigeuses du Sannîn en contraste
avec la terre rouge de la vallée, qui est couverte de bois au
N.O. On laisse à g. un village avec le Nébi Chit fSetb); la vue
est toujours belle. On rencontre beaucoup de chemins de traverse,
mais il faut aller tout droit. Après 1 h. 15 de marche, à g. , dans
le bas, le village ^e Khortâné ; on traverse une vallée profonde.
28 min., on laisse sur la g., à 10 min. environ, derrière une colline
le village de Brithein, probablement Bérothaï de II Rois viii, 8. A
37 min., une vallée profonde, leOuâdiet-Taîyibé. 35 min. après, on
laisse un chemin sur la droite et Ton arrive au village de ^A'in Ber-
dai (10 min.'). 4 min., on aperçoit les jardins de Ba'albek et son
acropole, surtout les colonnes. 11 min., on arrive à la grande route
qui débouche à g. et l'on atteint 7 min. après les premières maisons
de la ville.
Les deux autres chemins du pont Djisr er-Roummâni (v. ci-dessus) à Ba'alhek sont les suivants :
1. Immédiatement an delà du pont, on gravit la montagne par des cheniins escarpés., et Ton est en 1 h. 20 min. au village Ae Khoureibé. De là, on arrive en 1 b. 50 dans le voisinage de Brithein (v. ci-dessus) et Ton tombe 15 min. après sur la route indiquée plus haut.
2. On remonte la vallée sur la rive g., où Ton rencontre au bout de 20 min. les ruines d'un petit temple. 15 min. plus loin, à dr., sur une colline, les ruines du village de Ma^rahoûn (source). Le côté droit de la vallée e5it très escarpé, mais un peu boise, comme la colline à g. Le fond de la vallée forme une petite plaine. Ensuite on remonte à g. le Ouâdi Ma'raboûn en traversant plusieurs fois le lit du ruisseau. Après 2 h. de marche, on arrive à la vallée de Cha'tbé. A dr., le village du même nom. Contrée sauvage. A 30 min. de là, une autre vallée, qui descend à g. vers etrTaïyibé. 15 min., des ruines. 1 h. 10, la source de Ba'albek (p. 526).'
De Damas à Zébédani (Ba'albek) par Helboûn. — Du carrefour qui est devant le Bâb Tourna (p. 505), on suit la' route d'^Alep dans la direction du N. Au bout de il min., on tourne à g., marchant toujours entre des murs de terre à Tombre de gros noyers et laissant un chemin à g. (9 min.). A 14 min. de là, on sort des jardins, près d''un niisseau et d'un pressoir à huile. A 1/4 d'h. sur la droite, le village de Kaboûn. L' Anti-Liban s'étend jusqu'à la colline arrondie nommée Thinîyé. A g., toujours les rochers escarpés et nus du Djebel Kâsiyoûn (p. 512). A 9 min., à g. du chemin, un réservoir; 10 min. après, le village de Berzé. Une légende musulmane fait de ce lieu le pays natal d'Abraham ou celui jusqu'où il pénétra avec ses serviteurs (Gen., xiv, 15). Là on prend un chemin à g. et l'on arrive en 8 min. à une gorge sans végét'i^tion et si étroite, qu'il faut le plus souvent marcher dans le lit du ruisseau qui a du reste peu d'eau, en été, et qui alors est parfois entièrement à sec. Au bout de 33 min., on sort de cette gorge et l'on passe sur un pont; en 6 min., à g., on monte au village de Ma^raha. En remontant le cours du ruisseau principal, on peut aller, par la belle et pittoresque vallée de Helboûn (privée d'eau en été), en 1 h. V2 à 'Aïn es-Sâhib et en 40 min. de plus à Helboûn (v. ci-dessous).
Un beau détour à faire c'est d'aller de Ma'rabâ à Ménîn par la vallée latérale du N. en suivant des campagnes couvertes d'une verdure luxuriante. Au bout de 27 min., on voit à g. le village de ffeitié; puis, à dr., sur une hauteur, un ouéli; à g., un moulin entouré d'arbres. 13 min., on passe au village A''et-TeU (la colline). 27 min., on traverse un ruisseau près d'un bosquet de peupliers. Ensuite, une petite gorge ; 15 min. après, un moulin, à g., et 15 min. plus loin le village de Ménln. Il y a près d'une source de l'autre côté du village un endroit très agréable pour se reposer. Les grottes sépulcrales qui sont au-dessus de Uénin en atteste'^
518 Route 30. HELBOÛN. De Damas
Tantiquité. Il n'est habité aujourd'hui que par des musulmans. Sur une colline à TE. (15 min. d'ascension) sont des restes de vieilles constructions et de grottes. On voit les ruines d'un temple devant ces grottes qui, elles aussi, ont sann doute servi au culte. La vue embrasse une partie de TAnti- Liban et, à travers une ouverture laissée par les rochers, une partie de la Ghoûta (plaine de Damas, v. p. 513) jusqu'aux montagnes du Haourân.
De Ménîn à Helboûn, le chemin mène de la source droit à l'O. ; au bout de 3 min., à g.;' 1 min., après, à dr. Ménîn présente d'ici un beau coup d'œil. — 15 min., le regard plonge à g. dans VOuâdi Déi'édJ (Helboûn). 2b min., on descend dans cette vallée et l'on voit à g. le village de DéredJ. 12 min., on arrive sur le chemin qui monte directement de Ma'raba et l'on passe entre des rochers à dr. de *Atn es-SàMb. Dans le haut de ce défilé pittoresque, oii coule un petit ruisseau, se voient quelques grottes sépulcrales, l'une d'elles avec des colonnes et un buste. Le chemin suit le côté g. de la vallée bordée de hauteurs considérables. 28 min., une source, 12 min. après, le village de Helboûn.
La Bible fait mention de Helbon (Ezéch. xxvii, 18) comme le lieu d'oii Tyr faisait venir son vin par l'intermédiaire des marchands de Damas \ il faut rapprocher de ce passage celui où Strabon (et aussi Athénée) disent que les rois des Perses tiraient le leur de Ckalibon. La contrée est comme faite exprès pour la culture de la vigne, de vastes coteaux composés de marne s'élèvent des deux côtés de la vallée. Ils sont encore en partie plantés de vignes, mais les récoltes ne servent qu'à faire des rnisins secs. Helboûn est situé à un détour de la vallée, au pied de hauteurs escarpées qui ne présentent que peu de verdure. Une petite vallée vient y aboutir du N.O. dnns la vallée principale, dont le fond est couvert d'arbres. Le village est musulman. On y trouve dans les maisons et les murs des jardins des fragments de colonnes et d'anciennes pierres taillées. La mosquée, au milieu du village, se reconnaît à sa vieille tour; il y a sur le devant une espèce de portique à vieilles colonnes composées d^un grand nombre de tambours. Une source abondant-e jaillit de dessous cette mosquée dans un bassin. On trouve des fragments d'inscriptions grecques.
Passé Helboûn, le chemin gravit le versant escarpé à g. de la vallée, à travers une contrée sauvage. A 22 min. de distance, à g. dans le haut de la montagne, des cavernes ressemblant à des grottes ^pulcrales; on descend dans la vallée à la source ivbondante nommée 'Aîn Fakhoûkh (4 min.). Puis on remonte la vallée principale (ne pas prendre un chemin à dr.) et l'on arrive en 26 min., â travers des plantations de sumac (rhus coriaria), à une bifurcation, j}ù l'on monte à dr. : quelques broussailles croissent sur les collines. 43 min., coup d'œil sur la plaine de Damas; 17 min., on descend dans une vallée dont le fond est cultivé (26 min.). Ensuite on monte de nouveau à dr. , et l'on arrive en 24 min. sur un petit plateau. 12 min. après, on voit la chaîne du Liban et bientôt Zébédâni dans la vallée et le Sannîn au K. Au S., l'Hermon dans toute sa majesté. En 5 min., on es't descendu au village de JBloûdân (14T7m. d'altit.). Les maisons à l'européenne qu'on y voit sont les villas du consul anglais de Dama.s et des missionnaires américains. Il y a 40 min. de chemin de Bloûdân à Zébédâni. Pour arriver sur la route de Ba'albek, on descend vers le N. et Ton arrive en 23 min. au bout des vergers, 30 min. après an débouché d'un chemin à dr., et 5 min. plus loin à celui de Zébédftni, à g.
Ba'albttki — On trouve un logis convenable dans la succursale appartenant à l'aubergiste de Chtôra; prix, 10 fr. par jour; bonne table et bons lits. Ceux qui ont des tentes, les font dresser à l'acropole même.
Histoire. — Ba'albek est à n'en pas douter VHélwpoUs des auteurs gréco-romains ; cependant nous n'avons de renseignements écrits à son sujet que du m* ou. du iv» s. Son nom grec rappelle qu'on y adorait le Soleil, et celui de Ba''al s'appliquait essentiellement an dieu Soleil. Il existe, du ne et du me s. des monnaies de cette ville qui montrent qu'elle était colonie romaine. Mais des pièces de Septime-Sévère (193—211) portent, au lieu de l'ancien emblème du colon avec un bœuf, l'image d'un temple ou plutôt celles de deux temples, un grand et un petit. D'accord avec cette donnée numismatique, un récit du tii« s. nous apprend qu'^An-
àBeyroÛt. BA'ALBSS. RouU 30. 519
tvnin le Pieux (1S3-161) fit ériger^ es l^honsear de Jupiter à Hëliopolis en Phénicie, un grand temple qui était une merveille. Le» médailles d'aune époque postérieure offrent aussi des représentations des deux temples ; mais on ne sait pas cependant si le grand a jamais été achevé. Une des inscriptions votives d''Ântonin le Pieux semble indiquer que le grand temple était un sanctuaire consacré à tous les dieux d'Héliopolis, d'où il résulterait que le petit aurait été celui du Soleil; en tout cas, ces deux temples remontent à la même époque. Outre Ba'al, Vénus était encore particulièrement honorée à Héliopolis; mais il parait que Constantin déjà y éleva une basilique. Après comme avant cet empereur, les chrétiens furent persécutés à Héliopolis. Théodose-le-Grand (379-395) y détruisit le temple «Trilithon» et le remplaça par une église. Après lui, il est question d'^évôques d''Héliopolis. La ville fut prise par Abou 'Oubeida dans son expédition de Damas contre Hœms. Les Arabes vantent la fertilité des environs et en font remonter* les antiquités à Salomon. Le nom qu'ils donnent à la ville s'accorde bien aussi avec Tancien nom syrien de Ba^aldakh. Ils la mentionnent surtout comme forteresse^ ils firent de bonne heure de Tacropole une citadelle, et Ba'albek a joué comme telle un rôle dans les guerres du moyen âge; par exemple dans les querelles des Seldjoukides et des sultans d'Egypte. En 1139, Témir Zenghi s'empara de la ville et de la citadelle, et elle eut à souffrir, dans le même siècle, de quelques tremblements de terre. En 1175, la contrée de Ba'^albek tomba au pouvoir de Saladin. L'année suivante, les croisés, sous la conduite de Raymond, firent de Tripoli une expédition dans cette contrée, battirent les Sarrasins et se retirèrent chargés de butin. Une autre eut lieu de Sidon sous Baudouin IV. Puis, la ville fut ravagée en 1!^ par Hoûlagoû, et Timonr en acheva plus tard la destruction. — Les ruines de Ba'albek ont été retrouvées au xvie s. -par des Européens; elles ont beaucoup souffert dès lors de tremblements de terre, surtout en 1759.
Ba^albek (l,i70m. d^altit.) est aujonrd^hnl une petite ville située du côté £. de la vallée du Lîtâni (p. 473), très fertile en cet endroit, non loin de la ligne de partage des eaux entre cette rivière et celle
à*el-A8i (Oronte). Ba'albek possède un bureau télégraphique turc.
L'agbofolb s'élève, entourée de veigers, à TO. de la petite ville; elle s'étend, dans le sens de la longueur, de l'E. à TO. et elle a deux, entrées: 1^ dans le mur du côté N., par une brèche (pi. a) à laquelle on monte en passant sur des décombres (la meilleure entrée parce qu'on arrive immédiatement dans la grande cour du temple); 2** par un souterrain (pi. b) à l'angle S.E. Une porte (pi. c) par ott l'on montait autrefois directement au temple du S^eil, est actuellement minée.
Les souterrains sont vastes; leurs chambres latérales ont sans doute servi d'écuries et de magasins au moyen âge , comme c'est encore le cas de plusieurs aujourd'hui. Ils se composent de deux longues galeries parallèles , coupées par une galerie transversale ; elles sont voûtées et portent des restes d'inscriptions latines. Ces inscriptions indiqueraient, si la 'chose n'était déjà vraisemblable en soi, que les galeries ont été construites à l'époque romaine.
On commencera par visiter Tintérieur pour se rendre compte du plan général, de préférence en partant de l'extrémité £. Ainsi donc, arrivé à l'intérieur par la brèche en question , on tournera à g. et l'on ira, par une porte dans une avant-oour, puis, par une porte plus petite, dans une seconde ayant-cour. Le visiteur se trouve là dans
520 Route 30.
BA'ALBEE.
De Damas
le portique proprement dit du grand temple (pi. 1). Le sol en est ^evé d'environ 6 m. au-dessus de la pelouse d'un verger. Il a dû y avoir par conséquent de ce côté, à TE. , un grand escalier montant au temple; mais on n'en voit plus trace; sans doute que les maté-
a. Brèche, b et d. Entrée des souterraine, c. Ancienne entrée aujourd'hui murée. 1. Portique. 2. VestiXmle. 3. Orand vestibule. 4. Piat^orme exhaussée. 6. Exidre. 6. Colonnes du grand temple. 7. Temple du Soleil. 8. Colonnes à demi couchées. 9. Bâtitnents arabes. 10. Mur extérieur. 11.
Mur cyclopéen.
riaux ont été employés à la construction de la citadelle du moyen âge et du mur qui s'élève maintenant à l'E. Le portique forme un carré oblong d'environ 11m. de profondeur. Il y avait en avant 12 colonnes, dont les bases subsistent encore; deux d'entre elles portent des inscriptions latines qui rappellent la oonstraotiou du
àBeyroût. BA'ALBEK. Route 30. 521
temple et sa oons^cration par Antonin le Pieux et Julia Domna. Des deux oôt^s du portique sont des espèces de tours, ornées à l'extérieur d'une corniche à la même hauteur que celle du portique. Des portes donnent entrée dans des chambres carrées richement ornées de pilastres gros à l'excès, de niches, etc. Les parties supérieures de ces constructions ont été rebâties au moyen âge dans un but de défense. La tour du N. est mieux conservée que celle du S.
L'arrière-mur très ornementa du portique est perce de trois portes, celle du milieu large de 7m., les autres seulement de 3 ; mais il n'y a que la petite de gauche qui soit ouverte. La eour (pi. 2) dans laquelle ou entre par là est de forme hexagonale. Elle a environ 60m. de profondeur d'un angle à l'autre et 76m. de large; mais il ne reste que les fondements des murs et quelques niches en coquille. Dans le principe, il y avait de chaque côté, sauf à ro., des salles carrées ou exèdres devant chacune desquelles s'élevaient quatre colonnes; on entrait du portique dans celle de l'E. Enfin entre ces exèdres se trouvaient des pièces plus petites et irrégulières. — On voit de cet endroit les constructions que les Sarrasins ont élevées à l'E.
Un triple portail mettait l'hexagone en communication avec la grande et belle avanUcour (pi. 3) du temple; il n'en reste plus que le petit portail du N. (dr.). Cette cour mesure 135m. de longueur, de l'E. à ro., et 113 de largeur. Sur les côtés et à l'E. sont de nouveau des exèdres ; on en aura la meilleure vue d'ensemble, de la plate-forme au milieu de la cour. Les restes de construction qui se trouvent là, au centre, sont probablement ceux d'une basilique. Le cour présente un beau ooup-d'œil ; mais un examen plus attentif des détails singuliers de l'ornementation, fera bientôt conclure à une époque de décadence , à la fin du iii« s. Cette remarque s'applique surtout aux exèdres. Il y a dans la plupart d'entre elles deux rangées de niches superposées et d'autres encore dans les murs de séparation des exèdres. Ces niches sont séparées par des pilastres corinthiens dont les chapiteaux sont richement ornés ; mais elles varient de forme : tantôt en forme de coquille , tantôt en hémicycle avec entablement cintré ou bien avec fronton en ressaut. Du côté N. (pi. 5) une exèdre semi-circulaire est de toutes la mieux conservée ; sur les autres côtés , beaucoup de niches sont détruites. Toutes les exèdres étaient couvertes, quelques-unes ont encore de beaux restes de la moulure de leurs plafonds. Devant ces salles couraient des colonnades, partie en syénite, dont quelques unes gisent encore sur le sol, dans la partie méridionale de la cour. Les exèdres se correspondent exactement de chaque côté ; il suffira donc d'en décrire une série. A côté du petit portail qui subsiste encore, à dr. se trouve d'abord une grande uiebe , peut-être destinée à une statue colossale ; puis vient une salle de forme rectangulaire. Dans l'angle N.E. de la cour sont trois salles oarrées, dont celle du sommet de l'angle n'est accessible qu'en
522 RouU 30. BA'ALBEK. De Damas
passant par les autres. Au oôte N. vient une salle carrée, pritnitivement avec quatre colonnes ; puis une autre semi-circulaire, avec deux colonnes ; plus loin, au milieu, une chambre de forme oblongue , enfin une salle d'encoignure , à côté de laquelle subsiste encore, à Tangfle N.O. , une niche à coquille, par laquelle on peut passer comme par une porte.
Du ^and temple (pi. 6), dont nous yenons de traverser les avant-cours, il ne subsiste plus que peu de chose. Les six •♦colonnes énormes du péristyle, seuls restes de ce temple jadis ce'lèbre dans tout le monde, se montrent de loin au voyageur qui vient à Ba'albek. La pierre jaunâtre dont elles sont composées produit un bel effet k la lumière du soir. Ces colonnes ont près de 19 m. de hauteur ; elles ont encore des stylobates ; leurs bases sont d'un style assez lourd. Elles ne présentent aucun rétrécissement et elles portent de médiocres chapiteaux. L'architrave est St trois parties ; audessus règne une frise avec une rangée de consoles très rapprochées les unes des autres, qui semblent ornées de petits lions ; plus haut des denticules, des modillons corinthiens et une haute mouluve , le tout haut de 5m. 30. Les fûts qui sont lisses, ont ^m. 20 de diamètre et se composent de trois tambours liés par des crochets de fer. Les Arabes et les Turcs ont poussé la barbarie jusqu'à faire des entailles à divers endroits pour arracher ces crampons de fer, et il est à craindre que les colonnes , qui sont minées et qui ont aussi beaucoup sonfFert dans le haut , ne restent plus lon^emps debout. — Ces six colonnes faisaient partie du péristyle du grand temple , qui en avait 19 sur chacun d«6 longs côtés et 10 sur les autres; il n'y en avait déjà plus que 9 en 1751. Beaucoup gisent sur le sol. Quant à la forme que devait avoir le temple, s'il était couvert d'un toit, etc., c'est ce qu'on ne saurait préciser. H était tourné à l'E. et s'élevait sur un soubassement à 15m. environ audessus de la plaine environnante. Le mur oriental de ce stylobate s'appuyait contre la plate-forme de l'avant-cour ; celui du S. est en partie enseveli sous les décombres. Le mur occidental est recouvert de maçonnerie , et il a vers le milieu une brèche par laquelle le regard plonge sur des jardins. Celui du N. , sur lequel il y a encore quelques fragments de colonnes , est dégagé ; il se compose de 13 assises de pierres à refends, chacune de Im. 15 de hauteur. En dehors de ces murs, à 9m. de distance , règne un mur d'enceinte en grand appareil (p. 524).
En allant au S.E. des six colonnes, on laisge à g. l'entrée (pi. (i) de la galerie souterraine mentionnée précédemment et l'on arrive au petit temple, dit le **teinple du Soleil (pi. 7). D a un soubassement particulier, il est tout à fait indépendant du grand temple et moins élevé que celui-ci. 11 n'a pas de cour, on y montait directement par un escalier à l'Ë. Cet escalier était bordé de murs et existe peut-être encore en partie sous les murailles du fort turc. — Le temple du Soleil est une des constractk>n8 antiques les plus
àBeyroût. BA'ALBEK. BouU 30. 523
belles et les mieux conservées de la Syrie. Il est encore environné d'une partie de son péristyle, qui avait dans le principe 15 colonnes sur les faces latérales et 8 sur les antres. Il y en avait deux rangées devant le portail , et avant d'y arriver entre les murs en saillie du temple qui formaient le vestibule, s'élevaient à dr. et à g. deux colonnes cannelées. De cette colonnade à l'Ë., il ne reste plus que les bases, excepté du côté S.; les constructions turques couvrent le reste. La distance entre les colonnes du péristyle et le mur de la cella est de 3m. La hauteur des colonnes, y compris les chapiteaux corinthiens est de 14m. 20. Ces colonnes portent un haut entablement avec une belle frise double. L'entablement est relié à la cella par d'énormes dalles, qui forment un plafond fait avec beaucoup d'art, présentant des hexagones , des rhombes , des triangles avec ornements au centre. Ces champs présentent, au milieu de feuillages, des bustes d'empereurs et de dieux , que la barbarie musulmane a fortement endommagés. Les rinceaux sont très bien Ipravaillés et rappellent le genre byzantin.
Au côté S., quatre colonnes reliées entre elles sont encore debout ; quant aux autres, il n'en reste plus que les bases. Les fûts sont tombés en grande partie et la plupart des fragments ont été précipités de dessus le stylobate. Une des colonnes (pi. 8) a été renversée contre la cella , mais les crochets de fer qui en relient les parties sont si forts qu'elle ne s'est pas brisée et a même endommagé quelques pierres du mur; au reste, la cella finira aussi par s'effondrer.
Les Turcs ont aussi endommagé les fats et les bases de ces colonnes pour en avoir le fer. A l'O., il n'y a plus que trois colonnes debout et reliées entre elles ; les autres n'existent qu'à l'état de fragments. Des morceaux énormes du plafond gisent également sur le sol ; on y remarque surtout un buste de femme entouré de cinq autres bustes. Le péristyle du côté N. subsiste presque en entier ; son plafond se compose de 13 champs plus ou moins bien conservés, avec de beaux bustes.
Intérieur. Du vestibule qui a 7m. ÔO de profondeur, on arrive au portail du temple. C'est le joyau de tout l'édifice ; il est d'une richesse d'exécution extraordinaire. Des deux côtés du portail rectangulaire étaient des colonnes. Les jambages sont d'énormes monolithes ornés à profusion de pampres, de guirlandes, de génies, etc. Le linteau est formé de trois pierres, à la partie inférieure desquelles on voit un aigle à aigrette , tenant un bâton dans ses serres et au beo des cordons de longues guirlandes , dont les autres extrémités sont tenues par des génies. L'aigle était sans doute un symbole du soleil. La pierre du milieu s'était affaissée depuis 17Ô9 ; il a fallu , il y a peu de temps, l'appuyer au moyen d'une maçonnerie partant du sol (le consul anglais Burton a dû, en 1870, entrer à ce sujet avec Réchîd-Pacha, dans des négooiations difficiles). Cela nuit à l'effet de l'ensemble, mais c'était nécessaire. A
524 Route 30. BA'ALBEK. De Damas
dr. et à g. de l'entrée sont des piliers massifs avec des escaliers tournants; l'entrée de Tun d'eux est murée; dans Tautre, on peut encore monter 18 marches d'un côté et en descendre quelques-unes de Tautre. La cêlla mesure près de 27m. de longueur et 22m. 50 de largeur. Elle est à moitié détruite. A g., au-dessous de la partie exhaussée de la cella, on reconnaît encore, au mur antérieur, les restes d'un haut-relief. 11 y avait au-dessus de la corniche du mur de la cella cinq niches dont trois subsistent encore. Le côté N. est moins endommagé que celui du S. ; chacun d'eux a 8 demicolonnes cannelées à entablement ressauté. Les différentes parties de l'architrave forment dans leur superposition des saillies considérables. Tout l'édifice était voûté. La frise présente des triglyphes très rapprochés les uns des autres. Les niches, aujourd'hui vides , sont rectangulaires et couronnées par un fronton en saillie; le plein cintre ornementé des arcades inférieures mérite l'attention. A l'extrémité 0. se trouvait le sanctuaire, plus élevé, où les chrétiens avaient placé leur autel. Il ne reste plus que des pans du mur de séparation. Une porte donnait entrée dans les souterrains. — Cet édifice, malgré de beaux détails, rappelle dans son ensemble une époque de décadence.
Vis-à-vis de la façade de ce temple se trouve un bâtiment arabe (pi. 9) d'une époque plus récente ; c'est un édifice bien et solidement construit, et en grande partie, à ce qu'il semble, au moyen de matériaux anciens ; la porte est à stalactites. L'escalier qui y conduit est en ruine. Ce bâtiment n'a que quelques souterrains et des salles voûtées sans intérêt.
En sortant de Taoropole, on fait le tour du mur d'enceinte. A l'angle N.E., le mur de la cour carrée le dépasse d'environ 6m. Il y avait dans le bas à cet angle un grand portail donnant sur les souterrains, et au-dessus se voit un autre portail, maintenant muré, avec des piliers corinthiens. Le mur du N., qui n'a à cet endroit que 6m. de haut, est sans doute resté inachevé. De ce côté on entre par une porte qui se trouve dans l'espace compris entre le mur d'enceinte et celui qui forme le soubassement du péristyle du grand temple: il y a sur le sol des fragments de colonnes. Le mur extérieur (pi. 10) a 3m. d'épaisseur et comprend 9 pierres qui ont chacune environ 9m. 50 de longueur. Ces blocs de pierre sont cependant petits en comparaison de ceux du mur occidental (pi. 11). Il y en a là trois qui mesurent 19m. 52, 19m. 45 et 19m. 21 de longueur , 4ift. de hauteur et sans doute autant d'épaisseur. Ce sont là probablement les plus grosses pierres de construction qui existent, et chose remarquable, elles ont été élevées sur une assise à 6m. environ au-dessus de niveau du sol: — de quels moyens de transport s'est-on servi et qui les a placées à cette hauteur, c'est ce que nous ne saurons sans doute jamais. On remarque sur ces blocs de marbre du temple, quantité de trous carrés destinés sans doute à l'insertion des instruments qui ont servi à élever ces masses. Les
àBeyroût. BA'ALBEK. Route 30. 525
pierres du bas sont de couleur grise; les gros bloos, de couleur jaunâtre. C'est probablement à ces «trois pierres» que le temple dut son nom de trilithon.
A TE. de l'acropole, dans le village actuel, se trouve un troisième temple plus petit, qui est bien conserve. On remonte la rue, et Ton aperçoit Tédiflce quand on est près d'une jolie petite tour, à côt^ de laquelle il y a une eau courante. Pour le voir de plus près, on monte sur un mur à l'O. ou bien l'on demande moyennant quelques piastres la permission de passer par une maison au N. L'extérieur de ce temple eu est la plus belle partie. La cella est semi-circulaire , et tout autour règne un péristyle de huit belles colonnes corinthiennes monolithes. Entre ces colonnes, dans le mur de la cella, sont des niches en coquille avec une architrave cintrée que supportent de petits pilastres corinthiens. Dans le haut du mur court une frise avec des guirlandes. En avant du mur de la cella, au-dessus des colonnes du péristyle, Tarchitrave et la corniche forment un fronton arrondi et ressauté. L'entablement est très richement orne de denticules, etc. Les jambages de la porte sont de grands monolithes. A Tinterieur sont trois niches , dont deux avec architraves rondes et une avec architrave triangulaire. Véàifiée a jadis servi de chapelle grecque, de là les restes de croix que portent les parois; aujourd'hui, il est bien près de tomber en ruine.
Environs de Ba'albek. — Au S.E., près des collines et de la route de Zéb^dâni, à 10 min. de Ba'albek se trouvent les anciennes carrières. On voit encore là un bloc de pierre (hadjer el^kibla), qui était évidemment destiné au mur d'enceinte, mais qui n'a pas été détaché du sol, quoiqu'il soit du reste tout équarri. ('e n'est qu'en le considérant de près qu'on se fait une idée de ses dimensions colossales: 21m. 3ô de long, 4m. 33 de haut et 4m. de large, ce qui fait un volume de 370m. cubes et un poids d'environ 30,000 quintaux. Il est impossible de concevoir comment on pouvait transporter de telles masses. 11 y* a encore dans le voisinage des pierres en partie extraites du sol. — De là, on monte la colline située au S.E. de Ba'albek. Arrivé au sommet on a une vue magnifique sur la ville , l'acropole, la vaste et belle plaine environnante dont la terre est rougeâtre (oxyde de fer), le sommet du Sannîn, au N., sur la croupe boisée dans le bas de la montagne de Mouneitiré ; enfin, sur la source de lias el-^Aïn à l'E., dans le vallon qui sépare le contre-fort de l' Anti-Liban. Sur la colline même se trouvent les restes d'un oratoire musulman, et plus loin, dans le haut, un tombeau entouré des fragments d'une colonne; le chapiteau qui en faisait partie gît à quelque quatre-vingts pas plus bas, sur le versant occidental.
Le vieux mur d'enceinte de Ba'albek suit le penchant de la colline. En longeant le versant N.E., on arrive à un monceau de fragments de colonnes , et quelques minutes après, on est à de vastes grottes sépulcrales qui s'étendent sur ce versant; elles ont été peu
526 Route 30, BA'ALBEK. De Damas
explorées jusqu'à présent. — De là, on peut s'en retourner en passant par la petite Tille; ou bien en suivant à dr. la croupe de la montagne, on atteindra en 20 min. le Râs eWAin, Il y a là un fort ruisseau qui sort de terre et pour lequel on a creusé un bassin. A côté sont les ruines de deux mosquées; la plus petite, bâtie par Mélic ez-Zâhir, selon une inscription, l'an 670 de l'hégire on 1272 ; la plus grande, par son fils Mélic el-As^ad : le mur d'enceinte de cette dernière existe encore.
Au N.O. de Ba'albek s'élève une grande caserne (kichlak) du temps d'Ibrâhîm-Pacha, derrière laquelle sont encore quelques bâtiments abandonnés. A dr. s'étend un terrain rocheux dans lequel sont des carrières d'une grande étendue , avec des escaliers taillés dans le roc ; quelques grottes ont probablement servi à des sépultures. A l'Ë. de l'acropole se trouvent des conduits antiques soigneusement taillés.
Db Ba^albek a Chtôra (6 h. 1/2)- — Oi* va toujours dans la direction du S.O., en laissant à g. le chemin de 'Am Berdaï et Taïyibé (p. 517). Au bout de 30 min., on a à dr. des ruines qui doivent au village voisin, Doûris, le nom de Koubbet Doûris. C'est un ouéli moderne construit de matériaux anciens , avec huit belles colonnes de granit sur lesquelles une architrave a été posée sans intelligence de Tart ; un sarcophage placé debout sert de mihrâb. La plaine de la Bêkâ^a (p. 470), qu'on traverse de biais en suivant la nouvelle route, est dépourvue d'arbres, et la steppe ne sert que de pâturage. Au bout de 9 min. un village. En 1 h. 30, on atteint le village de Talltyé, A 17 min. de là, on monte à g. en suivant le télégraphe ; la grande route suit à dr. le pied de la montagne. En 1 h. 8 min. on arrive au pont du Lîtàni. Comme il est en mauvais état et très dangereux , on passera plutôt le gué voisin d'une maison, un peu en amont de la rivière. Puis en prenant à g. on arrive en 53 min. à Temtiîn et^Tahia^ au pied du Liban. Dans le voisinage de ce village, se trouvent environ 200 grottes sépulcrales avec des
entrées de style phénicien.
Au N. de Temnin, à Katr Nibâ (1 h. env.), sont les raines d^nn temple, fortement détériorées. ' Il y en a de semblables à Niha (1 h. env.) à rO., et d'autres mieux conservées à Hœ$n Nîha^ 1 h. plus' haut que le village de Nîha, dans un vallon, à 1280m. d'altitude ou 336m. au-dessus de la plaine. Ce dernier temple est tourné à TE. et sur un stylobate de 3m. 3() de hauteur, qui fait saillie de 8m. ÔO à TE. On y monte par des degrés. Cest un temple prostyle et corinthien, long de 28m. 50 et large de 12 m. ÔO. L'extrémité 0. de la cella est plus élevée que le reste.
Passé Temnîn et-Tahta , on se dirige vers le pied de la montagne. Au bout de 25 min., on passe le lit d'un ruisseau. En 7 min. ou se trouve près àJAhla sur la route. 20 min. après, on passe un pont, puis un autre 10 min. plus loin. Au bout de 20 min. ou est à Kêrac Noûh, dont les habitants montrent un tombeau du <( prophète Noé», long de 40m. Après 5 min., on passe à g. à côté de Zahlé; 9 min. ensuite on se rend par un pont à Mou'allaka ^ tenir la g.). Ce village n'est guère habité que par des musulmans.
à Beyroût. DEIR EL-AHMAR. RouU31. 527
On peut loger chez lea jésuite» qui accueillent les étrangers dans leur nouvel établissement situé à Textrémité E. du village. Le village de Zahlé, faisant partie du pachalik du Liban, n'est séparé que par une route étroite de Mou'allaka qui dépend du pachalik de Damas.
Zahlé (94ôm. d'altit.) compte lô,(XX)hab., la plupart chrétiens, dontlea Maronites forment encore la majorité. Il y a sur la place deux écoles anglaises et un bureau télégraphique turc. Le village est bien situé, en partie sur un coteau couvert d'^arbres et de verdure j c'est une localité très industrielle, mais oii Ton s'^occupe surtout de la culture de la vigne. Le ruisseau eî-Berdoûni y descend du Sannîn par une crevasse de la montagne. Les habitants sont connus par leur esprit turbulent; ils ont eu beaucoup à souffrir en 1860, car c^est sur ce point que les Druses se concentrèrent après s''être emparés de la petite ville.
L'ascension du Sannin (2,6U6m.) se fait de Zahlé, avec de bons guides; le chemin est escarpé. Au sommet se trouvent les ruines d'un temple. Le regard embrasse à TO. une multitude de vallées qui descendent vers la mer.
De Mou'allaka on arrive en 3/4 d'h. à un village. D'ici, le chemin s'élève en formant une grande courbe pour atteindre la route de Damas; on tire droit à gauche et Ton arrive en 20 min. à Chtôra (v. p. 470) ; de là à Beyroût, v. R. 26. Service des Messageries, p. 468.