De Beyroût à Alezandrette et Mersina
(par mer).
Ligne des vapeurs des Mtêtagerie» maritime» (comp. Introd. p. 16). Départ, chaque deuxième mardi à 10 h. du soir; arrivée à Tripoli le mercredi de bonne heure; arrêt jusqu'à 5 ou 6 h. du soir. Arrivée à Làdikiyé après minuit; arrêt jusqu'à jeudi à midi. Arrivée à Alexandrette vers 10 h. du soir; arrêt jusqu'au vendredi soir. Arrivée à Mersina samedi matin; arrêt de 24 a 48 h., suivant la quantité de marchandises à charger. Arrivée à Bhodet le jour suivant.
La durée du trajet des bateaux des Messageries jusqu'à Rhodes est conséquemment de 8j., tandis que les vapeurs du Lloyd ne mettent que 3 j. de Beyroût à Rhodes par Lamaca. De Rhodes à Smyrne (voie directe sans arrêt), les vapeurs des Messageries mettent environ 18 h., ceux du Lloyd avec arrêt à Chio, environ 30 h. Ainsi, les vapeurs autrichiens mettent 4 j. Vz de Beyroût à Smyrne; les vapeurs français, environ 9j. La différence de prix pour le plus long des deux trajets n'est cependant, en le cl., que de 67 fr., en 2^ cl. de 51 fr. 50 (bateaux français, de Beyroût à Smyrne le cl. 257 fr., 2^ cl. 194 fr.). D'après cela, la saison seule pourra déterminer le choix de l'une ou de l'autre ligne. Tandis que sur cette voie, les Lloyd sont surchargés, surtout vers la fin de la saison des voyages, celui qui voyage seul obtiendra fréquemment pour ce parcours une cabine particulière sur un navire des Messageries. Non seulement l'aspect des côtes pittoresques est une garantie de distraction, mais de plus, le voyageur peut visiter ce que les divers ports offrent de remarquable; nous ferons cependant observer que ceux d' Alexandrette et de Mersina sont peu intéressants ; partout d'ailleurs manquent les auberges et les restaurants. Aux points où le navire touche pendant quelques heures, on se bâtera de prendre une barque pour se rendre à terre (1 à 1 fr. 50 par personne); au retour, on ne payera que sur le bateau. Avant de le quitter, on s'informera exactement de l'heure du départ, et on comparera l'heure avec celle du navire.
A Beyroût une barque pour se rendre à terre et retourner à bord, coûte au plus 1 fr. par personne lorsqu'on est en société, outre un petit supplément si l'on a un assez fort bagage; une barque pour plusieurs personnes coûte de 2V2 à 4 fr. La douane est ouverte de 6 h. du mat. jusqu'au coucber du soleil. Un pourboire de 1 à 2 fr. épargne l'ennui d'une visite des effets. S'ils ont été transportés à bord dans la journée
578 Route 34. ALEXANDRETTE. De Beyroût
après Avoir passé par la douane, ou a Tavaiitage de pouvoir s^embarquer d*un point choisi a volonté.
Le départ de la baie de Beyroût nommée baie de St~ Georges a quelque chose d'imposant, surtout par le clair de lune. Sur Tarrière-plan, sVlôve le Liban avec le Çannîn à la cime neigeuse.
Le matin suivant, ou se trouve en vue d'ci-A/îna, port de Tripoli (v. p. 537) ; d'ici l'on a de même un superbe coup-d'œil sur la mer et les montagnes. Le navire mouille au large ; à dr. plusieurs îlots et les restes d'un ancien môle. — On trouve des ânes à el-Mîna de même qu'à Tripoli, mais mal harnachés. Du port on arrive en 25 min. à Tripoli, par un chemin direct qu'on ne saurait manquer et qui traverse des vergers (p. 537) ; à l'aller ou au retour, on peut visiter les tours du moyen âge (comp. p. 537), le Bourdj et- Taktyé, le Bourdj es-Shta et le Bourdj Râê en-Naher qui se trouvent entre le port et l'embouchure du ruisseau el-Kadicha(ÀO min.'). A Tripoli , on pourra mouter sur la colline du château (el-KaVa) et visiter peut-être la mosquée de Taïlân (p. 537).
De Tripoli à Ehden et aux cidres^ v. R. 31. De Tripoli à Beuroût v. R. 31. De Tripoli à Lâdiktyé v. R. 33. De Tripoli à Ribla v. R. 32.
Au N. de Tripoli (comp. p. 565 et sulv.), la mer forme la grande baie de Djoûn ^Accâr. On est à Làdikiyé vers minuit. Du navire, elle paraît insignifiante , elle est située sur une colline de sable, mais entourée de verdure. Les montagnes qui la dominent sont les monts des Nosaïriens (p. 565) qui, pour la beauté des formes, ne sont pas à comparer avec le Liban. La petite ville de Lâdiktyé (p. 572) où l'on arrive du port en V2^- (quand on a peu de temps il vaut mieux prendre un guide) à travers de belles plantations d'oliviers, a des environs fertiles et un sol d'où l'eau jaillit partout d'une faible profondeur. Le tabac de Lâdi^iyé est bien connu
en Europe (Latakiah).
De Lâdikîyé à Antioche et Alep v. p. 573.
La côte au N. de Lâdikîyé forme plusieurs baies. On a d'abord le petit promontoire de Ras ihn Hâni, puis le Râs el-Bouséit, l'ancien Posidium. Plus au N., le sommet pittoresquement arrondi du Djebel Akra' (p. 574), devant lequel passe le bateau en traversant la baie où l'Oronte a sou embouchure. Le Djebel Moûsa, Mans Rhosus des anciens (nommé aussi Coryphaion), se rapproche du rivage. Les collines ne sont pas trop élevées et généralement bien boisées. Près du Râs el-Khansâr (crprora. du poro>), l'ancien Promontorium Rhosicum, qui est couvert de pins d'Alep, on entre dans la belle baie d'Alexandrette et (10 h. de Lâdikîyé) l'on jette l'ancre
devant Alezandrette.
On se loge assez mal au khân; au marché, un restaurant avec vne chambre. Il y a au.nsi plusieurs cafés. — Le Intreau téUçraphiqve turc et international est au K. de la ville , mais remployé qui en a le soin vit à Béilân pendant Tété. — On compte ordinairement ici la livre turque pour 104 piastres, la livre anglaise pour 114, le napoléon pour 90, le med- )îdi pour 20'/» p.
Histoire. — La fondation de TAlexandrie sur le golfe Issicus^ par Alexandre-le-Grand p>ut probablement pas liçu immédiatement, «près sa
h Mersina, MERSINA. Route 34. 579
grande victoire d'Issus, qui lui ouvrit (oct. 333) la route de la Syrie, mais pbis tard. Cette Alexmdrîc du Nord devait former le point de départ de la grande route des caravanes vers la Mésoootamie, mais bientôt après les Sëleucides établirent une nouvelle route par Séleucie et Antioehe. Dès le ive g. de J.-C. la ville étùt appelée «la petite Alexandrie* et quelquefois Alexandria Scabiota, ou Alexandrie sur Tissus. Sapor la détruisit an iii« s. On ignore si la ville arabe qui vint ensuite occupait remplacement exact de Tancienne ville. Klle fut reconstruite au ix» s. par Ouâthik, petit-fils de Hâroûn er-Bacbîd. La ville n''a jamais été bien importante.
Iskenderoûn ou Alexandrette est entouitfe d'une ceinture de collines verdoyantes et située sur la baie pittoresque à laquelle elle donne son nom. A Tarrière-plan le Mons Amanus . VAtma JPagh des Turcs (jadis aussi Djebel el-Ahmar, «Mont roujjoO, qui est un prolongement du Taurus de Cil icie; sur la côte plus au S. la chaîne s'appelle Djaouar DagK Ces montagnes ont le caractère de celles de l'Asie-Mineure, et de fait, dans l'antiquité, on les rattachait à la Cilicie. La belle verdure de leurs pentes charme le voyageur qui arrive de la Palestine ou du Liban. Le port d' Alexandrette, dont les trois-qnarts sont protégés par les montagnes voisines, est le plus grand et le meilleur de la côte de Syrie ; les bâtiments peuvent y charger et y décharger près du rivage. La réalisation du chemin de fer de l'Euphrate serait pour cette ville le signal d'une grande prospérité. En 183*2 Ibrahim Pacha commença à dessécher la plaine marécageuse de la côte, large de 6 à 9 kil. , et les capitalistes Européens étaient disposés à mener cette œuvre à bonne Un, mais bientôt le défaut d'encouragement de la part du gouvernement turc la fit abandonner. Les chrétiens grecs forment les deux tiers des 2,500 habit., dont la plupart vivent de commerce. Leur teint jaune est dû à la fièvre qui y règne pendant la plus grande partie de l'année. — En fait d'antiquités, il n'y a que quelques fragments de murailles.
D' Alexandrette, le bateau arrive en 7 ou 8 h. à Mersina.
Mersina (on peut, s'il le faut, se loger au Kaysarly-Khân, où se louent aussi les meilleurs chevaux ; plusieurs cafés sur le quai ; bureau télégraphique intemational~) est aussi le siège d'un j^aïmmakâm et de plusieurs vice-consuls. La ville est entourée de jardins, mais insalubre et fréquemment visitée par la fièvre. On en exporte beaucoup de coton , de sorte que les bateaux y passent d'ordinaire 48h., temps que l'on ne peut cependant utiliser pour une visite à Tarse (v. ci-dessous) que dans une saison tempérée. — Beaucoup
d'habitants sont Grecs.
Une promenade facile de 40 min. à TO. de Mersina (cheval 1 medjidi.; on trouve facilement le cbemin le long de la côte) nous conduit près des restes d''une colonnade de 40 pas, qui faisait partie de Soli, ville que détruisit Tigrane (91 av. J.-C). Il reste encore debout 34 colonnes lisses avec leurs chapiteaux. A l'extrémité, vers la mer, à dr., 5 colonnes lisses et une cannelée, avec chapiteaux. Beaucoup ont des consoles pour statues (oomp. p. 554); les colonnes sont distantes de 2 m. 75 et reposent sur des socles massifs. Il y en a beaucoup d^autres qui sont renversées. A quelques min. à g. (O.), dans les champs, un sarcophage renversé sur un soubassement de maçonnerie.
580 Route S4. TARSï;.
En continuant le trajet de Mersina à Rhodes, on aperçoit da
navire lee colonnes de Soli (v. ci-desaus).
D'ALEXAMDRsniE À Tabsx ET Messina (env. 95 h.). Ce trajet peut se faire par terre en 4 ou 5 jours. Les contrées que Ton traverse sont malsaines pendant la saison chaude. Après avoir quitte Alexandrette on arrive en 1 h. 30 min. au précipice dit Saeal Toutan ou, quelquefois, Pilier de Jonas. L^arc de triomphe ruiné qu'on y voit a peut^tre été élevé par les Séleucides en Thonneur d''Alexandre. On arrive ensuite au ruisseau de Carasou ou Merkez, ce dernier nom («station») provient d'un ehâteau sur la rive S. Plus loin deux promontoires qui s'avancent dans la mer; au hout de 2 h. 15, Bayas ^ petite ville turque sur la côte , avec beaucoup de ruines. Un vieux château en bon état et entouré d'un fossé sert maintenant de prison aux criminels du district d'Adana. — Au delà de Bayas, des jardins sur la côte; 3 h., la rivière DéU Tchaî et les villages de Ymler et de Keui Tchat, C'est ici, sur la vaste plaine sablonneuse, où commence la Cilicie proprement dite, que fut livrée, 333 av. J.-C, la fameuse bataille d'/««tf«, qui permit à Alexandre de continuer sa marche victorieuse en Orient. Le Déli Tchaï («rivière folle») est l'ancien Pinarp«, sur lequel Issus était situé. Les villages de la côte sont nichés au milieu de bosquets d'orangers et de citronniers. La plaine maritime s'élargit peu à peu. A 2 h. Vi dans les terres sur la rive 17. du Déli Tchaï, les ruines de Nieopolù. En 1 h. V* nous sommes à l'extrémité N. de la baie d'Alexandrette ou d'Issus, où se trouvent les Amanide» Pylat de Strabon près de la tara Capou («porte noire») moderne. On y voit les traces d'une route ancienne. On quitte la côte pour aller à TO. vers les montagnes. Au bout de 2 h. le Khdn Courcoulàg sur une colline. (Sur la côte, 3 h. S. de Courcoulàg, l'ancien château d'il^ds, avec un très bon port, aujourd'hui encore repaire de brigands. C'est de ce côté que Cicéron, alors gouverneur de Cilicie, combattit les pirates ciliciens.) Du Khftn Courcoulàg on marche 5 h. dans la plaine et l'on traverse le Dj'ébel en-Noûr («mont de lumière») pour arriver a Messie^ le Mopsuhestia de Ptolémée. On traverse sur un pont le Djihân^ le P);ramus des anciens. Pendant 5 h. encore on marche dans la plaine pour arriver à
Adana^ dans une belle situation dans la plaine, avec vue sur le Taurus. Le nom ancien était le même. Au delà coule le Sarus,, le Saros des anciens: on le passe sur un vieux pont à nombreuses arches. 11 y a, dit-on, à Adana 30,000 hab. , dont la moitié sont Grecs ou Arméniens. Il y réside un pacha et un vice-consul de France. On se loge dans la locanda de Carta ou en d'autres auberges grecques. L'exportation du coton est la principale branche de commerce. Le climat, bien que très chaud, passe pour salubre.
D'Adana à Tarse (env. 9 h.). La route longe le Taurus par une plaine bien cultivée mais monotone. On construit une route carrossable que desservira une diligence. Tarse, ville petite et sale de 10 ou 15,000 hab. est dans un site humide et malsain. Il y réside un Kaïmmakâm et des viee-consuls Européens. A l'époque d'Auguste elle était très' florissante et célèbre aussi par ses écoles. C'est le lieu de naissance de St Paul. — On peut loger au Khan ou chez les vice-consuls.
De Tarse à Hbrsina (6 h. de caravane, qu'un cavalier peut faire en 3 ou 4 h.); une route neuve, mais sans ombrage, traverse une plaine malsaine, que, pendant la saison chaude, il faut se hâter de parcourir, sans faire halte.