D'Alexandrette à Alep
24 h. — Il y a longtemps qu'on éprouve le besoin d'une voie carrossable entre ces deux villes; les autorités sont en train, dit-on, de prendre des mesures à cet effet. Il vaut mieux aller, le jour même qu'on arrive à Alexandrette, jusqu'à Béilân au moins. D'Alexandrette a Alep, un cheval se loue de 20 à 25 fr.
11 fait d'ordinaire tr^s chaud dans la journée sur le chemin
BÉILÂN. Route 35. 581
entre Alexandrette et le pied des montagnes. Le chemin , parfois élevé sur de hauts remblais, est bon ; à dr. les vestiges d'une voie romaine. Sur les montagnes, le chêne yert, le pin d'Alep, le Pinus Sylvestris, 45 min. , la montre devient plus raide ; on arrive à Béi- Ifcn, à 2 h. ^2 dlskenderoûn. On peut se loger dans le Khan spacieux qu'on trouve à l'entrée du village. Un peu avant Béilân , la formation schisteuse commence , la route est taillée dans le roc. Les murs qui l'entourent montrent que cet endroit était autrefois fortifié.
Le défilé, dont le nom actuel est tiré du village de Béilân situé aur le versant N., répond aux Pptœ Syriœ de Tantiquité et devait être très fréquenté, puisqu'une voie romaine y passait. Alexandre y passa après sa victoire d'Issus. Béilftn est connu dans Thistoire moderne par la victoire décisive qu'y remporta, le 29 juillet 1832, Ibrahim Pacha, grâce à son habile manœuvre, sur les Turcs campés à Béilân, lesquels durent se retirer précipitamment vers les défilés de Cilicie. Un butin considérable et la possession d'Iskenderoûn récompensèrent le vainqueur, qui avait ainsi achevé la conquête de la Syrie pour Méhémet-Ali.
Béilân est dans un ravin entre deux chaînes de collines. Les maisons sont construites en terrasses superposées. Des sources d'eau vive descendent des collines de tous côtés. Dans la gorge de Béilân, les restes d'un aqueduc. Les habitants d'iskenderoûn et même d'Alep y viennent pendant l'été. Les maisons sont en bois, et leurs toits en talus et recouverts de tuiles sont une chose nouvelle pour le voyageur qui vient du S. Belle végétation, vignes et arbres fruitiers en quantité. Il y demeure, dit-on, 200 familles arméniennes et 300 turques. La situation du village sur le versant escarpé d'un ravin le rend facile à défendre, et il était autrefois un repaire de brigands.
Passé Béilân , on continue de longer l'étroite vallée. Au bout de 50 min. on domine le grand Lac d'Antioche ; on est parvenu au point culminant du défilé (483 m., belle vue), d'où l'on commence la descente. 15min., un poste d'observation; 1 fa., un plateau avec de beaux chênes. On rencontre souvent sur la route de grandes caravanes, la plupart avec des chameaux. A dr., audessous, on continue de voir le lac, et le marécage qui l'environne. Descendant toujours au N.Ë., on atteint au bout d'environ 40 min. un vallon parcouru par un ruisseau. £n 1 h. on est aux ruines du Khan Diarbékerli près duquel sont des malsonnettes (café). De là, il y a 3 chemins jusqu'à la plus prochaine station des caravanes, 'Ain el-Bêda, Le plus court ne peut se prendre qu'en été et en automne. Au bout de Ih., la rivière Carasou («eau noire»») qui court du S. au N. en serpentant et n'est guéable qu'aux eaux basses. On remarque des huttes de roseaux et des tentes de Tùrcomans nomades. C'est l'ancienne plaine d'AnUoche, ou Amykion Pédion, aujourd'hui el-Amk («dépression»); elle est parsemée de nombreuses collines artificielles de forme conique. En 278 de J.-C. Aurélien y vainquit Zénobie. Bien qu'à 111m. d'altitude, c'est l'ancien lit d'un lac 5 elle a pour bornes à l'E. VAngouU J)agh,
582 Route 35. BÉILÂN. D'Alexandrette
au N. les Mons Courdes, Beau coup-d'œil en arrière sur la chaîne de l'Amanus (p. 579).
Du Caïasou, ou arrive en 1 h. ^2 ^^ long et antique pont de Djisr Mourâd qui traverse un profond marais. Au delà , on passe entre des chaînes de collines peu e'ievées pour être en 1 h. Y2 *ii village turcoman de 'A'in el-Bêda («source blanche»). Comme le Khàii qui se trouve là sur une petite hauteur est rnin^, on ne peut
loger que dans de chétives cabanes de roseaux.
Q,uand les eaux sunt hautes, un est forcé d'aller par le X., du Khân Diarbékerli, jusqu'à un pont qui est snr le Carasou ; de là, par un détour de 2 h., on arrive au pont de Djisr Mourâd par une vuie antique. Si la route (lu pont Carasou au pont de Mourâd est sous Teau, on est forcé de prendre le 3« chemin menant directement du Khân Diarbékerli le long des collines N. à 'Aïn el-Bêda (détour de 3 h.).
De 'Aïn el-Béda, le chemin mène en 1 h. ^/2 par un terrain ondule à la petite oasis à'el'Hammâm (bains chauds sulfureux) ; on gravit alors la colline de g. Là et là des huttes en roseaux de Bédouins; nombreuses et grosses tortues terrestres. Après 1 h. 7*27 Afrin^ sur la rivière de ce nom, l'Lfrtnus des anciens, avec un Khàn misérable sur la rive g., où Ton peut, s'il le faut, trouver de quoi manger et se loger. Sur TAfrin, qui coule à l'O., se trouvait autrefois la ville de Uindarus (maintenant Djindares)^ que Strabon dépeint comme un repaire de brigands. Plus loin, la route traverse une région désolée. On monte une vallée pour atteindre en 2b. les restes d'un aqueduc. Au bout de 1 h. 20, le chemin est tellement rocheux qu'il est presque impraticable pour les chevaux. 40 min. Hazré , 20 min. Tourmanîn ; dans la partie haute de ce dernier , quelques antiquités ; un petit édifice est orné de rosettes et de croix, et il y a une maison avec des colon nettes en faisceau. A rO.. des grottes sépulcrales avec des escaliers de pierre. — Les environs de Tourmanîn avec ses collines insignifiantes, n'ofTrei.t
qu'une maigre verdure.
Duns une pelile vallée au N.B. de Tounnanîn^ les ruines ti-ès intéressantes iVeU-Deir («le monastères). Nous allons d'abord au N. par des plantations de figuiers, pu in ^ TE^ ; nous sommes aux ruines en 23 min. Primitivement un mur ento^^l|rt^ut leur vaste emplacement. Le plus grand bâtiment encore debout diofl. Vl^nceinte est, selon Tarcbéologue de Vogiit^, un PandorJieion (espèce d'aa'bçlr^e); il est bien conservé; le pis^non et tiois petites fendtres cintrées existent. anâme encore. Il est en partie entouré des restes remarquables d'un péfist^^le, construit de grosses pierres bien taillées. Une cour pavée de grandes dalles, avec deux bassins, précède ce bâtiment. On remarque un sarcophage et plusieurs grottes sépulcrales. V^gliite voisine , du vi« s., est plus décorée : c^est une basilique à colonnes (comp. p. 127), avec cette particularité que l'abside bien conser>'ée de la nef fait une saillie semi-circulaire, tandis que les absides latérales sont comprises dans des tours carrées. L'abside principale a trois fenêtres, chacune des absides latérales en a une, toutes entourées d^une archivolte. La façade de l'église est encadrée de deux tours de trois étages; comme la nef, elles avaient autrefois des pignons et étaient reliées par une colonnade courant au-dessus du portail.
Kn sortant de Tourmanîn, on gravit la colline au S. (35niiii.) jusqu'au village de Deram/in. 10 min. plus loin on descend dans une vallée, et l'on voit au bout de lômin. à Vé <* '»• ^® distance
hAlep, BOURÊDJ. Route 36, 583
dans la val Me les vastes ruines à^Erhâb, A 6 min. un château rainé avec d'antiques substructions. Le chemin mène (30 min.) au plus haut point de la route d' Alep , d'où Ton voit à dr. , au milieu de figuiers , le village de Tocat. Par un temps clair on peut apercevoir aussi le minaret de la citadelle d'Alep. Le pays devient de plus eu plus désert, ôo min. un village à g., 20 min. un autre à dr., 25 min. un autre encore à Vi d'h. à dr. A g. (13 min.), on remarque ensuite les ruines de 'AinDjâra, et bientôt (10 min.) nous voyons au S.Ë. la citadelle d'Alep. 23 min., quelques pierres taillées sur le flanc d'une colline ; à 15 min. à g. , le village de Kefr SiH (?). ôô min. plus loin à g. , un Khân désert , et Ton voit nettement Alep. 40 min. après , on descend à un Khân avec café, mais Teau y est mauvaise ; à 40 min. , d'anciennes colonnes à côté de la route ; nous entrons dans les jardins d'Alep , et nous arrivons enfin au bout de 7 min. par le petit pont du Kououéik , à la porte dite d'Antâkiyé.