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De Damas à Alep par l'intérieur du pays

9 jours de caravane. — Db Damas à Nbbk il y a deux, routes : l'une va par Sêdnâya (p. 564) à Nebk en 13 h. ; l'autre suit celle de Palmyre jusqu'à ATout^i/c (b h. */2 de Damas; comp. p. 545). De là on traverse la plaine en laissant le lac salé (sbakha) à dr. pour arriver en 50 min. au Khân el-Aroûs , en mauvais état. Le Khân qui suit (1 h. 7 min.) est flanqué d'un fossé. Puis la route passe par le Boghâa («défilé») de 'Aïn et'Tîné («source de la figue») et nous mène en 2 h. 5 min. an village musulman à'el-Kdsial, puis (3 h.) à Nebk par une région pierreuse et ondulée (p. 563).

Db Nbbk à Hœms, 17 h. — A 2 h. 45 min. de Nebk, Kâra^ village habité par des musulmans et des chrétiens , et situé sur une colline, avec plusieurs Khâns en mauvais état ; la mosquée actuelle est une ancienne église chrétienne. — La route passe entre des rochers peu élevés (ruines de plusieurs tours de garde) jnsqu' aux sources (40 min.) de 'Ouyoûn el-Alâk; 1 h. 45 min., le village de Bouridj («tourelle») avec un Khân, après 4 bonnes heures on est à Hasyâ (p. 562), village avec enceinte habité principalement par des chrétiens. Ce district est exposé aux attaqués des Bédouins (de la tribu des 'Aenezé subdivisée en es-SeVa, el-Feddân, el-Hesené, etc.) ; sol pierreux et stérile. La chaîne de l' Anti-Liban finit bientôt à g. 3 h. 10 min., Chemsîn, petit village; 1 h. 25 min., Chinehâr, à dr. Peu à peu on commence à découvrir la Bé^â'a(p. 470), et au bout de 3 b. 20 min. on arrive à Hosmi (p. 561).

Db Hœms à Hama (8 h.). On quitte la ville au N. et l'on traverse un vaste cimetière recouvert de pierres tumulaires noires (près de Hœms recommence le terrain basaltique, pp. 423, 561). La route se dirige ensuite au N.N.E. par une plaine fertile et bien cultivée, mais sans ombre. 30 min., à dr., le village de Deir Ba-

584 Route 36, HAMA. De Damas

laba^ à 25 min. de distance ; 1 h. , à g. , Zaférâné, peut-être le Ziphron que les Nombres (xxxiv, 9) citent comme la frontière N. d'Israël. 45 min. on voit le village de Tellbîsé sur une colline isolée à dr. Les maisons consistent en une substr action cubique, sans fenêtres, recouverte par un toit élevé et conique formé d'assises de pierres. 35 min. un réservoir; 1 h. 10 min. Bestan, à mi-chemin entre Hœmâ et Hama.

Histoire. — Restan correspond à Tancienne Arethusa, fondée par Sëleucus KicatQr (301-2B0 av. J.-C.) pour repousser les invasions des Arabes Scénites^ c^est ici à peu près que commençait l'ancien district de <Sf^<euct5. A répoque des croisades, la principauté d'Antioche s'étendait jusqn^à Restan. Dès le xiii« s. ce village avait perdu toute importance.

Le village actuel, construit en basalte, sur une colline de la rive S. de rOronte, ne renferme aucune antiquité digne de mention. On contourne la colline par un défilé à pic, et l'on descend k la rivière, qui coule à pleins bords du S. vers le village, puis toariie à l'Ë. dans une vallée profonde de 80 à 100m. On la traverse par un vieux pont de pierre à 11 arches, près duquel il y a, sur la rive N., un beau Khan maintenant en fort mauvais état.

Au deU du pont on monte sur un plateau qui domine la rivière : celle-ci tourne à l'Ë. et ensuite se dirige vers le N. derrière une chaîne de' collines à trois pics coniques. Au delà (25 min.) du village d'£p«mn, on voit Hama, et au bout de 2 h. 1/2 01^ ^^t au cimetière au S. de cette ville. (Se garder de planter sa tente près d'une des

grandes roues à eau.)

Histoire. — Hamaih^ dit la Genèse (x, 18), était occupé par les Cananéens \ les Nombres (xiii, 21) citent ce lieu comme limite N. du pays exploré par les espions Israélites. Hamath était la capitale d'un royaume (dont d'ailleurs nous ne savons rien), car il est dit que le roi Tnoï de llamath félicita David à l'occasion de sa victoire sur le roi de Taoba (II Rois VIII, 9 et s.)- Le territoire des Israélites, alors qu'il s^étendait le plus loin, allait de Hamath à la rivière d'Egypte (p. 333; III Rois viii, 65; comp. II Par. viii. Sets.)-. Amos parle de Hamath la grande (vi, 2). Cette ville fut prise par les Assyriens (IV Rois xviii, 34; cf. Is. x, 9). Une fois la suprématie Macédonienne établie, Hama reçut des Qrecs le nom à'Epiphania (probablement en l'honneur d''Ântiochus IV Epiphane); chez les premiers auteurs chrétiens elle s^appelait Emath (ou Khafnat) Epiphania. Le nom antique, toujours resté en usage dans le pays, reparut après la conquête arabe (p. 71). En 639, Ilama se rendit sans résistance aux musulmans victorieux que commandait Abou 'Oubeida, et l'église devint alors la «mosquée du haut marché». A l'époque agitée des Croisades, Hama fut occupée par les Isma'îUens, qui ûrent leur allié Ridouân le prince de Hama et placèrent une garnison dans la citadelle. Aussi Tancrède attaqua-t-il la place, quMl prit après un long siège en IIOÔ; il fit massacrer les Isma'iliens. Le turc Toghtekin reprit la place aux Francs en 1115. Un tremblement de terre, qui coûta, dit-on, la vie à 16,000 personnes, la détruisit en 1157. Enûn Baladin à son tour s^en empara en 1178.

Un siècle et demi plus tard, Hama eut encore quelques années de prospérité sous un de ses princes indigènes. Nous voulons parler dLÀbonl- /éda., issu de la famille de Saladin et homme de grand talent, né en 1273. Après avoir reçu une éducation soignée, il se trouva de bonne heure forcé de prendre part aux guerres contre les Francs. Il fut nommé en 1310 prince ou 'sultan' de Hama (de Ma'arra et de Barzin), sous le surnom de el-Mélic el-Àfouaipad (le prince favorisé de Dieu). Même dans le cours de ses campagnes, il continuait ses études scientitiques et faisait sa société

àAlep. HAMA. Route 3S. 585

de savants remarquables. Sa géographie et sa chronique sont eneore des plus connues. Sa mort (1331) marque pour Hama la dernière période de son éclat; depuis lors elle a perdu son importance en tant que ville autonome. Le géographe arabe Yâkoût (mort en 1229), que nous avons souvent cité, était né, À Hama.

A Hama résident un kaïmiuakâm subordonné au gouvernement de Damas et une garnison. C'est une station télégraphique turque. Le vice-consul de France, M. Bambino, est aussi consul de Hœms. Hama est plttoresquement située dans l'étroite vallée de l'Oronte ou el-Asij qui la traverse du S.E. au N.O. en faisant un coude au milieu de la ville, et que franchissent quatre ponts. La partie haute de la ville (el-Aliyât) du coté S.Ë., est à 45 m. au-dessus de la rivière. Les autres hauteurs sont la Colline du château au N., le quartier de Bachoûra au N.E., CheUch 'Ambar el^Abd sur la rive g. et Cheikh Mohammed el-Haourâni , ce dernier e:&tension d'une vallée plus ancienne et plus large. Le climat est chaud et malsain, le choléra y éclata en 18ÏÔ. Les habitants (p. 90) passent pour tiers et fanatiques. La colline du château, haute de 30m., paraît en partie une œuvre de l'art ; du château qui en occupait le faîte, il n'y a que quelques restes. Du sommet, belle vue sur la vallée et la vaste plaine fertile de l'O. La ville est sale et les rues mal pavées ; beaucoup de maisons sont en pisé. L'une des principales curiosités de Hama, ce sont les roues à eau (na'oûra), dont chacune porte un nom particulier et dont quelques-unes sont énormes. On s'en sert pour élever l'eau de l'Oronte et leur grincement retentit nuit et jour. Autour de la ville, des jardins avec des peupliers en quantité. Le commerce de Hama a encore quelque importance, notamment avec les Bédouins du voisinage et les Nosaïriens (p. 105). Les bazars sont vastes et bien approvisionnés. La concurrence européenne a beaucoup nui à l'industrie locale, toutefois on fabrique encore ici la 'abayé ou manteau arabe. Il n'y a pas grand' chose d'intéressant dans la ville. Sur la rive dr., près du second pont en partant du S. se trouve le «Palais» des émirs de la famille Kilàni. Les mosquées ont de très beaux minarets (34 en tout), dont le plus remarquable est celui de la Grande Mosquée (DjâmV el-Kebîr), La mosquée du Serpent (DjâmV el - Hayya) est ainsi nommée parce que deux de ses colonnes sont entrelacées comme des serpents. La décoration pleine de goût de l'intérieur de la maison de Mouaiyad Bey mérite qu'on aille la voir. A l'angle N.O. de la ville, à l'endroit où la rivière tourne au N., il y a, dit-on, des catacombes sur la rive droite, à une certaine hauteur au-dessus de la rivière. — Burckhardt avait déjà parlé d'inscriptions curieuses qu'il avait vues à Hama. On a récemment beaucoup parlé de quatre de ces «pierres de Hama», qu'on n'a pu encore déchiifrer.

Au N.Ë. et au S.£. de Hama se trouve le district du Djebel el-A'là («montagne la plus haute»), qui sépare le désert de Syrie de la vallée de rOronte. Cette région n'a jamais été complètement explorée, soit à cause de la fatigue que font endurer aux animaux les débris de basalte, soit à cause du manque d'eau et de Tinsécurité. Ces collines, disent les Arabes, renferment 365 villages, nombre que le voyageur anglais Burtjn croit peu

586 RouU 36. MA' ARRET EN-NO'MAN. De Damas

exagéré. La surface présente partout la formation basaltique, maia ce n'est qu^une strate peu épaisse qui recouvre le calcaire. Des fragments de colonnes, des inscriptions et des ornements prouvent que ce pays était en tout cas riche et peuplé, à Fépoque Romaine.

Db Haha à Albp (de 22 à 27 h.). La route ordinaire des caravanes conduit au N. On traverse TOronte et Ton passe les jardins pour arriver en 40 min. au village de Douffêi^ au delà duquel la route suit une ligne parallèle à celle des Mts, Nosa'iriens (p. Ô6Ô3, à travers une plaine ouverte et partiellement cultivée. On trouve ensuite (10 uiin.) Taiyihéy (2 h. 30 min.) Latmîn^ (1 h. 50 min.) Chêkhoûn avec un grand Khân, (40 min.) Als avec un lac. Plus loin, des grottes sépulcrales à côt^ de la route. 2 h. après, on est à Marhâtatj avec un Khân en ruine et un puits profond; en 2 b., à Ma'arret en-No''m&n, ainsi nommée d*après No'màn ibn B^chîr, compagnon de Mahomet. En 1099, cette ville fut pillée et détruite par les croisés conduits par Bohémond ; ils la connaissaient sous le nom de Marra, Elle est sur une hauteur et compte maintenant 1,500 hab. Les environs sont bien cultivés, la figue et la pistache y viennent même très bien, mais il ne s'y trouve pas d'eau courante. En dehors de la ville quelques antiquités. Le Khân est un bel édifice; quant au château, Kal'ai en- No'mân^ il est ruiné.

Au delà de Ma^arret en-No'mân , la route directe d'Alep passe à TE. de Sermtrh pour arriver (4 h.) à Serâkib et à Khân Toumân (voir plus bas) en 5 h. 30 min. ; mais souvent les caravanes prennent la route par Sermîn (6 ou 7 h. de Ma'arret en-No'mân). A Sermtn, nombreux puits et citernes «aillés dans le roc; au S. E. du village, des grottes artificielles, aussi dans le roc. Dans la Syrie N. la plupart des maisons des villages sont à toits coniques , mais il y a aussi des habitations souterraines, qui sont souvent d'anciennes grottes sépulcrales ou des citernes utilisées dans ce but. — Au delà de Sermîn, 5 h. 30 min. de marche dans un vaste et triste désert nous mènent à Ma'arrtt el-Ikhouân , misérable village avec des habitants peu hospitaliers. On longe le télégraphe, et l'on entre dans une plaine fertile près (1 h.) du village à'Anâtir, (A 72 !»• ^ ?• Herâdê.') 2 h. 20 min., la vallée du Kououéikj sur une hauteur au delà de laquelle est le Khân Toumân , près d'un village du même nom (qui est celui d'un sultan mamlouc). Ensuite la route traverse une région pierreuse et ondulée. 1 h. 25 min., on aperçoit les minarets et la citadelle d'Alep, et d'une hauteur située plus loin on voit la ville même, oasis au milieu d'un désert. 50 min. le village d'Ansâri ;ron traverse le Nahr Kououéik et l'on est en 30 min. à la porte S. d'Alep.,--

De Hama à RaVÀY el-Mouv!k (8 h. 15 min. ; il faut une escorte). La

ruute gravit un versant escarpé à'rO. de la ville et va à TO. par une

large plajne cultivée au village de Tixin (1 b. 45 min.). On tourne au K.

l't un 40 min. on est au pauvre village de Kéfretoûn^ sur une hauteur.

'^Le pays devient peu à peu montueux et stérile. On se dirige au N.O. et

Ton entre dans une vallée verdoyante, oii Ton traverse un afllueiit de

•^l'Oronte sur le DjUr el-Medjdel («pont de la tour»), qui est ancien et a

•\\ arches; à côté, quelques ruines. 1 h. environ, le village à" EtHhurdi^ a

à Alep. KAL^AT EL-MOUDIK. Route 36. 587

1/4 d'h. à dr. Au bout de 25 min. la route tourne au N. et Ton rentre dans la large plaine de TOronte. Â Textrémité N. du versant qui domine rOronte à TE., KaVat Séidjar (autrefois Chéizar), sur l'emplacement de l'ancienne Larisà^ fondée ou du moins restaurée par Séleucus Kicator. Le village actuel est en dehors des murs du vaste château, oii Ton entre par une belle porte à l'angle N.Ë. L'Oronte, que nous traversons sur un pont à dix arches, sort ici d'une gorge étroite entre les rochers. Puis la route traverse une région déserte et accidentée; dans la plaine, nombreuses éminences artificielles. £n 2 h. on est au sale village de Héyulîn ; on traverse un plateau; à g. des collines abruples. Plus loin on traverse une vallée et Ton arrive enfin (BOmin.) à Xal'at el-Mouilk.

Histoire. — C'était là la citadelle de la ville grecque êCApamée^ ainsi appelée par Séleucus du nom de sa femme perse Âpamé. Le nom primitif de cette localité était Phamaké; on dit que les compagnons d'Alexandre 1 appelèrent Pella. Séleucus la renferma dans une enceinte. Apamée était l'un des principaux centres du royaume des Séleucides ; c'est là qu étaient le trésor de guerre et le haras national (iK),000 juments et 300 étalons). Séleucus Nicator y entretenait également les ÔOO éléphants que lui avait envoyés un roi de l'Inde. Le château d'Apamée , qui était très fort , fut détruit par Pompée. La ville devint plus tard le siège d'un évêcbé, mais fut entièrement détruite au vue g. par Khosroès II, qui en vendit les habitants comme esclaves. — Le nom arabe est Fâmiya», ou Afâmiya, corruption de l'ancienne dénomination. — La ville ne reprit jamais son ancienne importance, et fut détruite en 1152 par un tremblement de terre.

Apamée est très bien située. La large vallée (6 kil. ^l-i) marécageuse de l'Oronte (el-Qhâb) est recouverte de grasses prairies. A l'O. les rocs escarpés et nus des Mts. Nosaïriens; au M.E. le Djebel Hîha; au 8. les cimes du Liban. Au S. d'Apamée se trouve le village de Serlébiyë, au N.O. Chémâsé. — Les habitants du Ghâb sont de pauvres Bédouins de demicaste, fort exposés aux déprédations des Nosaïriens.

Le village actuel occupe l'intérieur du château arabe moderne , lequel est au S. des ruines informes de 1 ancienne ville. La porte N. de la ville, bien qu'existant encore, est ensevelie sous les pierres d'une tour écroulée. De la porte N. une grande rue bordée de colonnes se dirigeait vers le S. Les fûts épars sur le sol sont de formes et de grosseurs diverses: le style de la colonnade n était pas uniforme, elle provient donc de l'époque romaine de la décadence. La rue avait 43m. de large; les colonnes, atr nombre d'environ 1800, étaient hautes de 9m. De chaque côté des colonnades, des espaces en forme de niche; plusieurs portails sont encore debout. Nombre d'autres rues se coupaient à angle droit. Vers le milieu de la colonnade, près du carrefour formé par une autre rue à colonnes, ou voit les ruines d'un grand édifice. — AIE. de la rue principale, il y a eni^ore- plusieurs colonnes autour d'un édifice sépulcral quadrangulaire. Parfont les buissons ont envahi les ruines. — On peut loger chez le cheikh, dont la maison est sur un bastion du château.

De Kal'at kl-Moui»îk à El-Bâka (7 h. 45) et à Sermîn (8 à 9 h.). La route pa'sse par les ruines et coupe une nécropole en dehors de la porte N. On traverse ensuite au N.O. une plaine déserte, avec des montagnes nues à g. Au bout de 1 h. 90, à g., un bâtiment qui ressemble à une tour, sur une colline au pied de laquelle il y a plusieurs réservoirs en forme de poire. On entre bientôt dans le district du Djebel ez-Zâoui ou Djéhel el-Arhaln ('mont des 40 martyrs') , ou Djebel er-Jiîha^ comme on l'appelle aussi d'après le village de ce nom. Au milieu de ces montagnes, de très nombreux restes d'anciennes villes et d'églises dans le style 'brièvement décrit p. 126. Un chemin accidenté remonte la vallée, puis (1 h. 30 min.) descend dans un bas fond ; la végétation devient plus belle. 1 h. 30 min., le village de Tê^lé^ avec les ruines d'une vieille église. Le pays devient plus cultivé et plus peuplé. Nous dépassons ensuite lea.jeiijages de Sébourra et (45 min,) de Fatiré , et l'on domine la vaste plainfi-à^l'E. dans laquelle on descend. Au bout de 1 h., à g., le KaVat Djidar sur -une hauteur rocheuse et nue; on tourne au K. et l'on passe devant de vastes ruines assez éloignées à dr. On traverse une vallée qu! se rétrécit peu à peu en déiilé, puis (1 h. 20 min.) par la ville désorte de Moudjdéléia, avec des

588 Boute se, EL-BÂRA. î)e Damas

maisons en bon état (écuries, tombeaux, église), et Ton arrive (30 mi a.) à el-B&ra.

Ël-Bara fut pris par les Croisés en 1098 et devint le siège d'un évêché. En 1101 et en 1123, la ville, alors bien fortifiée, fut attaquée, pillée et détruite par les musulmans. C'est maintenant un pauvre village situé »u milieu d^une vallée isolée.

Les vastes ruines de Tancienne ville, un peu dans le genre de celles de Pompéi, sont intéressantes par Tétat de conservation oh se trouvent de nombreuses rues et maisons particulières. Attendu que dans tout le Djebel ez-Zâoai les ruines quidatept du \'^ au vue siècle de J.-C, sont d'un style uniforme, il nous suffira d'en mentionner les caractères généraux. Le pavé des rues étroites et fréquemment coupées par d'autres consiste en grandes pierres polygonales. Les portes sont la seule ouverture des maisons du côté de la rue (comp. p. 127). L'entrée, qui est carrée ou eu arc, mène dans une cour oblongue, généralement de forme irréguliëre. D'un côté , et quelquefois de deux côtés dans les couvents, la cour est flanquée d'arcades à deux étages, derrière lesquelles sont des séries de chambres de dimensions modestes. Ces arcades étaient généralement très belles. Les deux étages étaient ordinairement ornés de colonnes, les in férieures hautes et élancées, les supérieures plus lourdes et garnies d'une balustrade formée de pierres plates. Les étages étaient séparés par des poutres horizontales, dont les supérieurs supportaient un toit à pignon. Les chapiteaux ont des formes très variées, mais celle d'un calice est la plus ordinaire. L'appareil des maisons est indestructible: il s'y trouve des pierres longues de 5 m. à ôm. 30, et le mortier n'est nulle part employé. Des moulures en forme de pampres se voient partout, surtout sur les portails^ on rencontre aussi des emblèmes chrétiens, des croix, des monogrammes (a et ai). 11 y a quelquefois des balcons en saillie sur la façade. Les portes et les fenêtres donnant sur les arcades ont souvent des niches sur leurs côtés \ partout des feuilles de vigne, d'acanthe, des vases avec des paons, quelquefois un agneau portant la croix. Dans toutes ces maisons le bois n'entre dans la construction que pour la ferme des combles.

La ville d'el-Bira se divise en deux quartiers, S. et O. Il y a dans le premier les ruines de deux églises (et d'une chapelle) avec leurs dépendances. Une rue va de là à la nécropole au N. de la ville. Sur la colline entre les deux quartiers, une villa bien conservée à deux étages et avec vérandahs. Par derrière des colonnes disposées au quadrilatère ^ elles supportaient autrefois un toit servant de dais à des sarcophages. La culture de la vigne parait avoir été fort étendue dans le district du Djebel ez-Zâoui; des vignes recouvrent encore en partie les ruines. — Dans le quartier O. il y a aussi les restes de deux églises, dont la plus grande est au-dessous d'un vieux château sarrasin. Au 8.0. de ce quartier, au delà d*un ravin, la nécropole. Il vaut la peine d'examiner trois monuments funéraires, qui consistent en une base cubique surmontée d'une pyramide. La partie inférieure de l'un d'eux est entourée de pilastres peu élevés en trois rangées superposées, et ornée de deux belles corniches. Les pyramides sont creuses jusqu'à leur sommet. Une porte introduit dans rintérieur de ces tombes, le long des murs desquelles les sarcophages étaient rangés à une certaine distance. La nécropole renferme aussi d'intéressantes grottes sépulcrales ; l'une des mieux conservées est sur le versant S. de la gorge. Elle a environ six pas de côté, et Ton y entre par un vestibule à deux colonnes ; dans chacune des trois parois il y a deux auges à cercueils, dont les couvercles ont disparu. — Les environs d'el-Bâra sont couverts de ruines analogues; de tous côtés on trouve des maisons vides, si bien conservées qu'un simple toit en bois suffirait à les rendre habitables. Le sol, qui est encore fertile, doit l'avoir été extrêmement autrefois, et ces magnifiques basiliques, ces beaux monuments, ces grottes sépulcrales prouvent l'opulence des anciens habitant». Bien que les détails de plusieurs de ces édifices soient imparfaits, et les formes quelque peu lourdes, le style de l'architecture de cette région eat remarquable'par son caractère uniforme, tandis que la grandeur avec laquelle sont traités les matériaux rappelle Tart classique ou même le style grec.

àAlep. KHIRBETHÂSS. Route 36. 589

L'un des plus beaux groupes de ruines outre celui de Moudjdëlëia mentionné p. 587 est celui de KhirbetHàss, à 1 h. environ S.E. d'el-Bàra. On y remarque notamment un assemblage de bâtiments ecclésiastiques, y compris une basilique avec sept paires de colonnes. Cette église, comme beaucoup d'antres du même genre, a non seulement trois entrées à Textrémiié 0., mais chacun des bas côtés a aussi deux portes latérales oii Ton arrive par \in porche appuyé sur deux colonnes- — A côté du chœur, qui n*est arrondi qu'à l'intérieur mais sans faire saillie en dehors de la nef, il y a deux chambres carrées, de sorte que Téglise ressemble extérieurement à un rectangle oblong. — Il y a en outre une autre basilique plus petite. La nécropole de Khirbet Hâss est des plus intéressantes; il - 8^ trouve encore un beau mausolée à fronton et des niches dans le roc. On arrive à deux des grottes sépulcrales par des plans inclinés. — A Hâss, qui est le village voisin, il y a aussi une basilique avec portique. tSette église a de grandes fenêtres à arceaux, ainsi que des absides quadrangulaires en saillie sur la nef et les bas côtés. La nécropole du village renferme un très beau monument datant du iv« s. et élevé en l'honneur d^un certain Diogène. Un porche précède le beau portail en pierre par où l'on pénètre dans les substructions cubiques de ce monument. Le second étage du cube était entouré d'un péristyle surmonté d'une pyramide à bossages. Il y a de plus ici quelques tombeaux cintrés remarquables et beaucoup de grottes sépulcrales intéressantes.

A environ 1 h. N. de Hâss se trouve Serdjilla avec des thermes, des églises, dés habitations en 'bon état. Parmi les tombeaux il y a un bâtiment carré avec toit à pignon. De niveau avec la surface du rocher, de larges dalles monolithes : ce sont les couvercles de sarcophages taillés dans le roc, ou bien elles recouvrent les entrées d'escaliers conduisnnt aux chambres sépulcrales. (Il y a aussi des ru'nes à Deir Sambil^ au N.O. de Serdjilla.) — Serdjilla est dans une région rocheuse à environ 1 h. E. d'el-Bâra. A 1 h. 15 min. plus à l'E. on arrive aux ruines du beau couvent de Deir Dârîn et au bout de 45 mîn. à Ma^arret en-No'mân (p. 586).

A environ 1 h. N.N.O. de cette dernière localité, les ruines de Dâna. II y a là un beau mausolée avec un portique à 4 colonnes. A côté se trouve le monument d'un certain Olympus ; 4 colonnes assez grossières disposées en carré soutiennent un dais par-dessus une tombe. 1 h. plus au N. les vastes ruines de Rououéiha ('le petit Rîha'). Au-dedans d^une enceinte on trouve une église intéressante et deux monuments funéraires. L'église est une basilique du nre s. supportée non par des colonnes mais par des piliers. Les deux piliers peu élevés qui sont de chaque côté de la nef, sont reliés par de hardis arceaux que d'autres viennent croiser par-dessus la nef. L^abside se termine au dehors par un carré. A dr. de l'église, le monument funéraire d'un certain Bizzos avec un portail que supportent des colonnes. Les pilastres d''angle portent par exception une gorge. A g. de l'église, un élégant mausolée qui a la forme d'un petit temple ancien avec un porche 'in antis'.

De Rououéiha on peut aller au N.N.E. à (3 ou 4 h.) Sermîn (p. 586). Une autre route conduit au 'S.O. en 1 h. 15 min. à Mountif^ au pied du Djebel Bîha, puis en 45 min. à Kefr Lâta sur le versant E. de la chaîne. De la montagne on a un coup d'œil étendu: à TE. une région stérile, tandis qu'au N. et à l'O. il y a une plaine fertile garnie d'arbres; au N. on voit aussi les cimes du Taurus couvertes de neige. Le village est entouré de vastes nécropoles. A l'E. et à l'O., de nombreux sarcophages et grottes funéraires. Dans l'étroite vallée au N. du village s'élève sur une source un monument dont la coupole repose sur quatre colonnes. Au K. de la vallée, un grand espace carré taillé dans le roc. avec des niches dans les parois et, au milieu, un grand sarcopbage en pierre. Plus à l'E., un espace carré du même genre avec des sarcophages et des chambres funéraires. — Un chemin escarpé descend de Kefr Lâta à Bîha en 45 min.

Route disecte d'El-BÂra à Bîha (3 h. 50 min.). Immédiatement au delà du village, une source. On passe près du château et l'on monte entre des vignobles et des plantations d'oliviers par le versant "N. de la vallée. A dr. et à g. du chemin, quantité de sarcophages et de tombes. On monte passablement ; les collines sont peu boisées, les vallées, fertiles.

590 Route 36. RIHA.

40 min., on rolt à dr. lea villages àe Béliyoûm et de ChtidaÇy)\ 30 min. dates une vallée, Méchoûm^ et près de ce village ane nécropole, dans le sol rocheux, avec des tombes en forme d'auges surmontées de voûtes à arceaux. Au N.O. le Tell Néhi Eiyoûh ou colline du prophète Zoh\ à 20 min. le village de Mera'yân àdr., puis on commence à monter. Du sommet de la colline on découvre le district pittoresque ei bien cultivé qui e.Ht au I?. On suit le versant de la colline pour arriver en 45 min. à Rama^ tout entouré d'arbres; en 90min. on atteint la plaine, où Ton aperçoit Ouvim el-Djôz à quelque distance à g., puis à 45 rain., une colline isolée avec des tombeaux dans le rocher, et Ton se trouve en 20 min. à Rlha, petite ville de 3000 âmes dans une belle situation au pied N. du Djébel Arba''in ou Djébel Rîha, au milieu d'oliviers. Au N.O. de Rîha le Djébel Khazrédjiyi^ limite de la vallée de TOronte. Il y a en ligne' directe de Rîha à Sermîn (p. 586) 3 h. de cheval. — Une autre route pour Alep (13 h.) offre les stations suivantes: 2 h., on passe près de Btlâi^ à dr. ;

1 h. 40, Bénîch (Sermîn reste à dr.). La route traverse une plaine déserte et sans arbres , jusqu'à Keroûm (45 min.). En 40 min. on est à Tefianaz ; en 2 h. à Md arrêt el-Ikhoudn (p. 586); on suit le télégraphe jusqu'à Anatir (1 h.) ; au bout de 2 h. 20 on arrive dans la fertile vallée du Kououéik ei au Khdn Toumàn (p. 5S6) ; de là à Alep en 2 h. 30 mia.

Dk Rîha à Dâna par le DjAbel el-A'lâ (9 à 10 h.). Nombreux groupes de ruine» intéressantes au N. de Rîha dans le district du Diébel et-A'lA (ne pas le confondre avec la montagne de ce nom de la p. 5%). On traverse le Tell Stoumnmc^ et en 2 h. 30, direction N., on arrive au gros village A'Edlib^ au pied d'une colline, entouré d'oliviers et qui compte quelques habitants chrétiens. Kn 2 ou 3 h. la route nous mène vers le N.M.O. au village de HarhanoiUa dans le Djébel el-A^â. A 30 min. K. Dexr SHa où l'on voit quelques belles ruines d'habitations et celles d'une basilique avec une quintuple rangée de colonnes, une seule entrée dans la façade, et des restes d'un baptistère hexagonal. — A environ 15 min. N.O. de Deir Sêta, Bakoûza avec une basilique du vi^g. : cette é<j;lise a un porche à deux colonnes^ et de petits porches aux entrées latérales. L'abside de la nef a 3 fenêtres et forme une saillie hémisphérique. — A 30 min. N.O. de Bakoûza se trouve Cocanaya^ oii il y ^ aussi des maisons admirablement conservées, outre une chapelle du vie s. ornée de rosettes, etc., à proximité plusieurs sarcophages et un monument à demi ruiné, dont le toit est en pyramide. — Nous pouvons aller ensuite à Béehindélaya , 1 h. N. de Oocanaya, où se trouve le tombeau de Tib. Cl. Sosandros, terminé le 27 avril 131 (tombeau daté, le plus ancien du N. de la Syrie). Il consiste en une chambre à piliers tendant à l'ordre dorique; on y voit une architrive couverte d'inscriptions, une frise ornée de têtes de taureaux et de festons. A cAté du tombeau un haut pilier comméraoratif surmonté d'un groupe de figures dans une niche à fond aplati. — Kefr Ktlé^ à 20 min. N.E. de là, a une belle basilique, dont le portail latéral a une architrave très riche. De Kefr Kilé on peut aller au N. par Salkhoun,, jusqu'au château (2 h. 30) de Hârim (p. 602). — Kalb Loûzé^ 30 min. N. de Kefr Kilé a une basilique du vies, supportée' par des piliers, l'une des pins belle? de Syrie. Le grand portail cintré du vestibule s'est écroulé, mais le mur de gauche, avec trois étages de fenêtres est encore debout. A l'intérieur, les piliers qui supportent les arceaux, sont bas et massifs; dans la nef, au-dessus des arcs une suite de fenêtres carrées. La plupart des colonnettes qui séparaient ces fenêtres ont disparu, mais il en est resté les consoles, de même que celles des poutres du toit. Un escalier mène au chœur, qui est très beau. L'abside ast semi-circulaire extérienrement et ornoc d'une double rangée de colonnes murales. Au-dessus des chapiteaux, des consoles, de même qu'il y en a entre les colonnes. — A 10 min. N. de Kalb Loûzé se trouve Béhio; on y voit une basilique et quelques beaux pressoirs taillés dans le roc. De Kalb Loûsé on est en

2 h. 30 min. N.X.E. à Sermada^ oii l'on trouve un monument funéraire consistant en deux colonnes reliées par un entablement et aussi par une petite poutre transversale aux deux tiers de la hauteur. — A 45 min. N. de Sermada on arrive enfin à Dâna (p. 601) d'oii l'on peut regagner la route d'Alep en contournant Tourmanin.

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