Alep
Logement. C'est chez les consuls ou les marchands européens qu'on eit le mieux; il faut donc se procurer pour eux une bonne lettre de recomiEUHidation. L'auberge de Mme. Cléophas (la meilleure) et la Locanda Sergis n'ont aucune prétention (ô ou 6 fr. par jour).
Banquiers. — Zollinçer <t Ci«, représentant de la Banque Ottomane (p. 11)5 Frères Poche A Ci«; Vincenzo Marcopoli «fr de. A la fin de 1878 le cours de l'argent était le suivant: livre turque 118 piastres ; livre franc. 102^/2 p. ; livre angl. 129 p. \ livre russe 104V2 p. ; medjîdi d'argent 22 p.
Poste. Un Courier se rend du Séraï à Alexandrette , pour le service postal des Messageries maritimes franc. : le vendredi de chaque quinzaine, au navire à destination de Smyrne, et le lundi de quinze en quinze, au navire à destination d'Alexandrie et de Marseille. La poste turque part tous les vendredis pour Damas et pour Beyroût, et tous les samedis (par l'Asie Mineure) pour Comtantinople. Au Serai, bureau international des télégraphes.
Gonsùlats. Tous les Etats sont représentés sauf la Belgique et la Suisse. France, Destrées; Allemagne, Zollinger; Autriche, Pieciotto.
Médecins. Docteurs Cozzonis^ Lorenz, Bischoff^ Tomasini, Zacrzewsky. Chacun d'eux a sa pharmacie.
Histoire. — Le nom de Haleb dérive, d'après la tradition arabe, de ce qu'Abraham, ayant trait à cet endroit et distribué le lait aux pauvres, ceux - ci s'écrièrent c halab ! halab ! » (il a trait! il a trait!). L'épi thète d'^cA-cAaAôd, donnée à la ville et qui se dit d'une contrée grise et sans verdure, s'appliquerait dit-on à la vache, de sorte que haleh ech-chahbà signifierait: «il a trait la [vache] grise». Les monuments égyptiens témoignent de l'existence d'Ale^ déjà 2000 ans avant J.-C. Plus tard les Grecs (Séleucus Nicator) fondèrent en ce lieu une ville appelée Berœa. L'an 611 de J.-C. Khosroès II roi de Perse s'avança d'Hiérapolis (maintenant El-Manbedj) sur l'Euphrate contre Berœa. Mégas, évêque de la ville, était alors à Antioehe et accourut pour traiter avec ce souverain. La ville était déjà brûlée, mais les habitants purent défendre la citadelle jusqu'à l'arrivée de Mégas, qui put décider Khosroès à s'éloigner. La ville se rendit sans résistance aux Arabes commandés par Abou 'Oubeida et Alep gagna de plus en plus en importance à raison de la destruction de Kinnesrin (p. 596) par les Arabes. Le Ilamdanide Séif ed-daoulé (936-67) résidait à Haleb. En 961 les Byzantins commandés par Nicéphore parvinrent à 'se rendre pour peu de temps maîtres de la ville, mais non de la citadelle. Puis vint l'époque agitée des croisades. Sous le prince Ri^ouân, qui avait enlevé jHaleb aux Assassins, la ville dut payer tribut aux princes d'Antioche.* En 1114 Haleb fut détruite par un tremblement de terre, mais vainement assiégée en 1124 par le roi Baudouin. En 1139 un autre tremblement de terre la ravagea, et après celui de 1170, qui fut terrible, le célèbre Noûr ed-Dîn rebâtit la ville et la forteresse. Haleb fut détruite et la plus grande partie de ses habitants massacrés par les Mongols sous Hoûlagod, en 1260; le château fut même rasé. De nouveau saccagée par les Mongols en 1280, elle se releva bientôt. Sous les sultans mamloucs d'Egypte, elle continua d'être la capitale de la Syrie du N. En 1400 Timoûr défit les Syriens près des portes de la ville , qui fut elle-même détruite, au milieu de scènes de carnage et de pillage qui durèrent 4 jours. Les émirs qui avaient bravement défendu la citadelle finirent par se rendre et furent massacrés an mépris de la capitulation. En 1427 les fortifications étaient complètement rebâties. Le sultan ottoman Sélîm mit fin en 1517 au pouvoir des mamloucs et entra à Haleb sans résistance; cette ville devint alors capitale d'un pachalik.
Si Haleb s'est toujours relevée de ses désastres, cela tient surtout à sa situation sur la route des caravanes de la Perse et de l'Inde et à ce que depuis longtemps il s'y faisait un grand commerce de soie, d'épices, de toiles, de draps, de pierres précieuses, etc. La France et Venise y établirent de très bonne heure des comptoirs. Vers la fin du xvie s., sous la reine Elisabeth, les Anglais y établirent aussi un comptoir et un consul. La débouverte de la route maritime des Indes orientales jiuisit au commerce
592 Route 37, ALEP. Topographie.
des caravanes, et partant, à la prospérité dWlep, bien que plusieurs maisons européennes continuassent d'y prospérer. Maundrell et Russell, parmi les résidents anglais les plus distingués du xviie et xviiie s. ont rendu des services à la science. Les Hollandais y eurent aussi un comptoir. — Au commencement de ce siècle, la ville souffrit beaucoup de l'occupation des janissaires. En 1822 elle fut de nouveau détruite par un tremblement de terre: un tiers de la population y périt et les deux tiers des maisons furent renversées. File subit encore un tremblement de terre en 1830. Sous la domination Égyptienne (1831-40) , Ibrâhîm Pacha qui en fit son quartier général lui rendit par là son prospérité. En 1860 une insurrection éclata, les Bédouins envahirent la ville et le pacha 'Abdallah dut s'enfuir. La paix n''a plus été troublée depuis lors.
On évalue la population à 90 ou 100,000 âmes, dont environ 66,000 musulmans et 4,500 Juifs. La population chrétienne, environ 16,000 âmes, se compose surtout de Orecs, à coté desquels il y a 2,000 Maronites, 2,000 Arméniens et quelques Syriens catholiques. Les Américains y ont établi une petite communauté protestante. Chaque communauté religieuse a son école-, il y a en outre une école des franciscains de la Terre Sainte et une école de filles dirigée par les sœurs de St- Joseph. Près du Séraï, une grande école musulmane.
Alep est situe à 420 m. d'altitude par 36<» 11' 32" delat. N. Le climat est assez froid eu hiver, la neige et la glace n'y sont pas rares ; la chaleur de Vétê est temp^r^e par de fraîches brises de VO. La ville se trouve entourée de collines et sur une plaine basse aux limites du disert. Dans la partie N.O. d'Alep coule le Kououéik (en turc Oôk 8ou), le Chalus de Xenophon, qui prend sa source h. plusieurs journées de marche au N. et descend par la plaine de Killis, L'eau est amenée de H^ilân (3 h. N.) à la ville par un canal ; le Kououeilç en fournit aussi. Au-dessus d'Alep les bords de la rivière sont assez élevas. Partout où elle passe la v(Jg^tation est luxuriante , mais cela n'a lieu que sur un espace de quelques lieues au N. Dans les environs immédiats de la ville, la rivière est bordée de magnifiques vergers , qui ne forment malheureusement qu'une bande étroite. L'eau de la rivière qui n'est pas utilisf^e se perd dans un marais (el-matkh') à 2 1. S. de la ville. Le sol des environs est excellent et est de trois espèces : 1) le sol d'ail uvion sablonneux de la vallée; 2) une terre Mgère d'une teinte rouge-brique où le bl^ et la pistache réussissent admirablement (p. ex. la Pistacia vera sur les hauteurs E. ; c'est d'ici, que l'empereur Vitellius en faisait venir); 3) un limon noir qui s'émiette et 'se réduit en poussière dès qu'il est sec. — Près de la rivière croissent le platane, le frêne, l'arable, le peuplier blanc ; le nebk, le sumakh , le noyer, le cognassier et même l'olivier y viennent aussi très bien. Le climat est trop froid pour l'oranger. La moisson a lieu à la fin de mai. Près de 'Aïntâb, au N. d'Alep, on fait beaucoup de vin. Le Kououéik abonde en poissons ; l'anguille est surtout recherchée.
On apporte le sel des grands lacs salés situés près de Djebboûl, à TE. et au S.E. d'Alep. Malgré beaucoup de recherches, on ignore encore à quelle cause il faut attribuer le «bouton d'Alep» (habb haZeb ; ou habb es-sené, bouton d'une année), maladie de la peau très fréquente dans le pays et qui de là s'étend jusqu'en Perse.
Bazars. ALEP. Route 37. 593
Il consiste en une on plusieurs pustules qui apparaissent à un endroit quelconque du corps et qui, après leur guérisou (sans douleur du reste), laissent sur la peau une tache blanchâtre en creux , et parfois de la grandeur d'un ^cu. Indigènes , étrangers , jusqu'aux chiens et aux chats y sont sujets , et souvent la maladie survient longtemps après qu'on a quitta le pays. Une façon de dire commune chez les Arabes consiste à souhaiter que le bouton visite la maison de leur ennemi. On n'a trouva encore aucun remède contre cette maladie. Il y a des gens qui y échappent tout à fait, d'autres au contraire y sont exposés même dans d'autres districts de la Syrie.
Malgré cette désagréable maladie, la colonie européenne est ici bien plus considérable qu'à Damas , et de même, par suite de ses relations de longue date avec l'Occident, Alep a un caractère moins oriental. Outre les résidents européens , il s'y trouve beaucoup de Levantins , ou descendants des colons européens du siècle dernier, et de femmes du pays; ils ont adopté en partie les mœurs de l'Orient. Le bazar n'a pas la couleur locale de celui de Damas , et par conséquent intéresse beaucoup moins le voyageur. On y rencontre surtout des produits de l'Occident, l'industrie indigène se trouvant presque anéantie par celle d'Europe. Quelques marchands du pays font maintenant venir directement d'Europe , leurs draps et autres marchandises , sans recourir aux représentants des maisons européennes qui résident à Alep. Les exportations consistent exclusivement en grains , laine , coton (dont la culture augmente), en noix de galle, baies pour la teinture , gomme , manne , scammonée, safran, sésame, de même qu'en cuirs de diverses espèces. — On fabrique encore pour la consommation indigène, surtout dans les provinces turques , des étoffes de soie et de coton , des brode-» ries , des objets en cuirs. L'importance commerciale de la ville gagnerait beaucoup à l'établissement de bonnes routes ou de chemins de fer se dirigeant vers la côte et surtout vers l'Euphrate. Alep s'occupe peu de littérature ou de science. Le commerce y est concentré dans les vastes Khâns, dont les étages supérieurs servent de maisons d'habitation, même aux Européens. L'un des plus beaux est à dr. à l'entrée 0. du bazar. Non seulement les Khans sont bâtis en belles pierres de taille , mais aussi la plupart des maisons. On ne rencontre pas ici les misérables constructions en pisé de la Syrie centrale. La plupart des maisons n'ont qu'un étage , et comme , selon la mode orientale , elles n'ont pas de fenêtres sur la rue , l'extérieur en est peu agréable. A l'intérieur les cours sont généralement belles et simples. Les rues sont plus propres que dans toute autre ville de Syrie, elles sont pavées de grandes dalles et la plupart ont des trottoirs. tJne particularité d'Alep, c'est une quantité de passages à arcades en ogive.
Alep est le siège d'un Ouâli ou gouverneur turc du plus haut rang dont le ouilâyet comprend toute la Syrie N. jusqu'à l'Euphrate,
594 RouU37. ALEP. CitadelU.
C^est près d'Alep que commence la ligne de démarcation entre la langue arabe et la turque. Dans la ville même on ne parle guère qu' arabe , mais le turc y est mieux compris et plus souvent parlé qu'à Damas ; le dialecte d'Alep ne diffère de Tarabe parlé dans le reste de la Syrie que par des détails insignifiants.
Les habitants d'Alep ont une réputation de courtoisie et d'aimabilité qui a passé en proverbe (el-halebi tcheUbi, TAlepin est poli). Le fanatisme musulman est bien adouci par suite d'une longue
1 fréquentation des Francs.
La ville moderne , qui n^est pas fortifiée , comprend plusieurs quartiers et faubourgs. Au N.O. de la ville se trouvent les faubourgs de 'Azizîyé et de Salibé, occupés par les chrétiens ; on y a élevé plusieurs belles écoles dans le style européen ainsi que des églises. Salibé est entouré à TE., au N. et à TO. par le faubourg el-Djédéidé de population mêlée. Au S.O. , sur la rive dr. du Kououéik , se trouve le petit faubourg à'el-Kittâb avec une population exclusivement composée de chrétiens levantins. Le quartier juif ou Bahsîta est du côté N. Au centre de la ville, s'élève la colline où est bâti le château. Du côté 0. on voit encore un mur en bon état avec des tours , provenant des anciennes fortifications d'Alep. Mais les murs d'enceinte et les édifices anciens ont eu si
, souvent à souffrir des tremblements de terre , notamment de celui
de 1822, qu'il ne reste plus grand' chose de la ville du moyen âge
i et rien de l'ancienne Berœa.
C'est de la citadelle qu'on voit le mieux Alep, mais on ne peut entrer dans la forteresse qu' avec la permission du pacha, laquelle s'obtient par l'un des consulats. Un soldat sert de guide au visiteur à l'heure fixée par le pacha. — La citadelle est bâtie sur une colline qui paraît être une œuvre de l'art ; selon les auteurs arabes, elle repose sur 8,000 colonnes. Les fondations sont certainement très anciennes ; on dit même que l'antique Berœa tenait tout entière sur cette colline. Jusqu'en 1822, celle-ci était en partie re-
''■ couverte de maisons d'habitation ; diverses fortifications y avaient
été construites à plusieurs reprises par les musulmans. Un fossé profond, que l'on peut inonder, entoure maintenant la forteresse. Les contre-forts des murs sont en dalles massives. On passe sur un beau pont d'une seule arche, et l'on arrive à une toux extérieure dont la façade avec ses jolies fenêtres et ses meurtrières est d'un bon effet ; on remarquera entre autres les ornementa en fer de la porte. Un viaduc de huit arches conduit à un vestibule ; au-dessus de la solide porte en fer h. dr., des basilics sculptés. Les inscriptions sont de Mélic ez-Zâhir et datent de l'an 605 de l'hégire (1209).
I Sur les côtés de la seconde porte , des têtes de léopards gravées
I dans la pierre. On arrive ensuite sur une grande surface comprise
I à l'intérieur des murs , et qui est recouverte d'un amas de ruines.
On reconnaît la direction de plusieurs rues , et il existe encore quantité d'arcades. Au milieu de cette place une grande voûte,
Grande Mosqtile. ALEP. Rouie 37. 595
en partie taillée dans le roc , dont la partie supérieure repose sur quatre colonnes murées. Une étroite ouverture permet d'arriver à l'escalier qui descend en bas. Ce souterrain paraît avoir été une citerne; de l'intérieur où l'on peut circuler , on admirera l'épaisseur des murs d'enceinte. — Le minaret de la citadelle est par malheur en si mauvais état , que l'on n'ose guère s'y risquer. On a de là le plus beau coup-d'œil. Immédiatement au-dessous, au N., le Serai, et un peu plus loin à g. la D^âmf Osmanîyé ; plus loin encore un cimetière verdoyant qui s'étend dans la ville. Au N. , en dehors de la ville, le grand édifice de Cheikhou Bekr (couvent de derviches, p. 596), et à dr., une caserne et l'hôpital militaire. Par delà la rive verdoyaiite de la rivière, des collines désertes peu élevées. A l'O. on plonge dans l'intérieur du Khân Ouéztr et du Khân Khêrabcpg. Dans la ville s'élève la DjâmV Zacjorya, qui est la principale mosquée , et sur le flanc de la colline, on voit le village de Cheikh Mehassan. Au S.O. la mosquée d'e^- 'Adlîyê^ et sur le versant dé la colline le village à^Anaâri, Au S. l'entrée et de vastes ouvrages extérieurs du château. Sur une place au S. la mosquée d^el'Khaaréfîyéy avec son grand dôme et un minaret carré dont la galerie ouverte est élégamment percée à Jour. Sur la colline dans le lointain au S., Cheikh Sa'îd. A g. de la Khasréfîyé s'élève la mosquée à'es-SotUtâniyé , où les janissaires, alors maîtres absolus d'Alep, furent attaqués pendant la prière et massacrés en 1814. A !'£. de la ville, les aires. Quand le temps est clair, on voit au S.Ë. les lacs salés de Djebboûl (p. 592). — Il y a d'ordinaire quelques soldats casernes dans l'intérieur de la ci^ tadelle, vers le N. Du côté N.O. deux vieux canons intéressants : ce sont des anneaux de fer reliés par du plomb. On dit que la forteresse contient aussi une collection de vieilles flèches et d'autres armes.
Le baxar ne présente presque rien d'intéressant. Il se compose de nombreuses et belles rues propres et non pavées, ordinairement recouvertes de voûtes en pierres , mais parfois aussi en bois. Ces dernières ont des ouvertures munies d'une partie mobile que l'on tire au moyen d'une corde pour se garantir du soleil. — A g., non loin de l'entrée 0. du bazar, une rue se dirige vers la grande mosquée (Djâmf ZaearyaJ, qui est sur l'emplacement d'une église attribuée à l'impératrice Hélène ; on l'appelle quelquefois DjâmV el-Oumaoui comme ayant' été bâtie par les Ommiades; on prétend qu'elle ressemblait à la grande mosquée de Damas. Brûlée eu 1168 par les Isma'îliens, elle fut ensuite reconstruite par Noûr ed-Dîn, et de nouveau brûlée par les Mongols. Les tremblements de terre et autres accidents ont fait qu'il n'y reste guère de parties anciennes. Le minaret qui s'élève à l'angle N.O. de la cour à une hauteur d'environ 54 m., date de 1290. Des colonnades courent lô long de trois côtés de la vaste cour. La mosquée même , située au S. de la cour, est divisée en deux parties par une grille en bois:
596 Route 37. KINNESRIN. Excursions
ou se sert de la pi as petite partie pour l'usage quotidien , de la plus grande pour le sermon du yendredi. Le «tombeau de Zaoharie», père de St Jean Baptiste, que prétendent aussi posséder Samarie et d'autres villes de Syrie, est entouré d'un beau grillage doré, et a un plafond doré.
Vis-à-vis la grande Mosquée s'élève la Djârm' el-Halâouîyé, par-dessus l'entrée de laquelle il y a une belle pierre avec une croix de Malter Dans l'intérieur, des pilastres avec des chapiteaux à acanthes, de même qu'une corniche.
La grande Synagogue du quartier juif mérite d'être vue. Au centre, une cour flanquée d'arcades ; les inscriptions hébraïques ne paraissent pas anciennes, bien que le gardien déclare que cet édifice remonte à des milliers d'années.
Dans le quartier S. de la ville , près du Bâb el-Makâm , il y a plusieurs grottes, dont la plupart étaient probablement des carrières.
Dans le mur S. de la Djâmt el-Kakoûn, près de la citadelle, il y a un bloc de basalte avec une inscription en caractères dits de Hama (p. 584) ; peut-être y en a-t-il encore d'autres. Les objets anciens et surtout les monnaies se vendent très cher à Alep.
On pourra faire une promenade au N. de la ville , au delà du couvent de derviches de Cheikhou Bekr et descendre vers les beaux vergers des bords du Kououéik. C'est là que les Alepins se réunissent pendant des journées entières dans les jolies villas qui s'y trouvent.
rœa, Tanuien nom d''Alep)-, en 30 min. à Sébi ^JSy ouéli élevé au milieu des ruines d^unc église sur la plus haute colline de la chaîne. Le Koucuéik se perd dans le voisinage. Les ruines de Kinaearin sont situées au-dessus du marais à'El-Matkh, sur une terrasse des collines vers le 8.
Hiêtoire. — Ri'nnesrîn («nid d'aigle») est l'ancien aussi bien que le nouveau nom arabe de C/ialcis, ville, disent les auteurs classiques, fondée par Séleucus Nicator. Plus tard elle devint Tune des villes frontières de Tempire contre la Perse et TArabie. Sous Justinien, on parle de Cfaaicis comme d'une ville par oii passa Bélisaire. Plus tard, elle se racheta du pillage auquel Rhosroès roi de Perse allait la soumettre, en lui payant 2UU livres d'or. En 62U la ville fut prise et détruite par Abou 'Uubeida; elle reprit alors le nom de Kinnesrin et acquit une grande importance comme colonie militaire et chef-lieu nominal de la Syrie K. Mais comme Alep croissait de jour en jour, Kinnesrin déclina peu à peu, surtout quand la grande route des caravane's cessa d'y passer. Quand, en 9G1, l'empereur Nicéphore s'empara d'Alep, les habitants de Kinnesrin abandonnèrent leur ville, et plus tard beaucoup d'entre eux 'se fixèrent à Alep. Au xiiie s. elle était presque déserte. Les Turcs l'appellent encore la vieille Alep (Eski HaUb).
Les ruiiies informes consistent en grands fragments de solides murailles, épaisses de 2 m.; au 8.E. les restes d'une tour carrée ; sur une colline au N.Ë. , un château ruiné avec des voûtes souterraines. Vumbreuses grottes sépulcrales dans les rochers. — On peut se rendre de Kinpesrîn à Sermîn (p. 586) en 2 h. 30 min.
D'Alm> à Kal'at Sim'âm (7 h. 45 min.). Les mouc&ris du X. de la S>rie ne s'occupent griière que du transport des marchandises sur quelques routes connues^ il faut donc a>oir bien soin, avant de les louer, de s'aaft.TiiT S ils peuvent servir de guides. Le vo>age n'est pas toiyours sans
d'Alep, KAL'AT SIM'ÂN. Route 37. 597
danger à cause des Courdes nomades et des Tnrcnmans qui ravagent la plus grande partie de la Syrie N.
En sortant dWlep on suit le télégraphe, qu''on garde un peu à g. Fn arrière, on a longtemps encore rn beau ooup d^œil s^^r la ville. A 1 h. 35 min., on passe à g. du village de BH^ramoûm bientôt (10 min ) on voit Kefr Hamra^ à dr. dans le ba<) ; à 20 min. le village de Mc^arra^ aussi vers le bas, et Anada «'ans le lointain à dr. On dépa3<^e trois pigeonniers en mauvais état, à dr. de Ma'arra. Au bout de 27 min., un sanctuaire oii se ren'^ent les pèlerins, sur une colline; à lômin., le village de Yakir à g. On laisse (5 min.) un sentier à dr. et Ton continue de suivre le t(^légrapbe par une contrée déserte et rocheuse du côté du village de Bniîm^ en laissant derrière soi la vallée avec Yakir. Le Djéhel 8im*àn s''étend tout dénadé vers TO.; 40 min. plus loin, aii N.B. un lieu de pèlerinage, à Vz h. de distante. Fn 10 min. on est au village ruiné à^Erkiy^y avec quelques grottes sépulcrales: mauvaise eau. En mnn*ant nous r-voyons encore Alep en arrière. 10 min. nous avons devant nous *Aln Djdra^ an S.x 45 min. on voit ffaoudr dans le lointain au S.S.O. La route passe (30 min.) près de ruines dans un vallon à g. et de plusieurs citernes; passé celles-ci, à une bifurcation, nous prenons à dr. 25 min« plus loin, dans une vallée désolée, les ruines d'un gros village (Bo/erttnf); k côté, Fabside en bon état d'une église avec des crrnx sur les portes; aux deux extrémités du village, quantité de grottes sépulcrales avec niche*. 30 min. plus loin, on arrive à une intéressante petite église construite de blocs de pierre longs de 2 m. 50; sur les portes, le fronton O. et le côté S., on voit des rosettes avec des croix et des arabesques; les cinq fenôtrrs à arceaux pratiquées dans le côté de Téglise sont entourées d'une archivolt-e; l'abside est à l'extrémité E. Près de l'église, sur un soubassement, une tour de même style. Au N. les ruines d'un village. 30 min. à g. les ruines de Bnzi^; 32 min. on voit les ruines granlioses de Ka^at Siufàn. A dr. 13 min. un réservoir taillé dans le roc ; 3 min. nous arrivons à Çal'at 8im''&n (il faut apporter ses provisions, on ne peut rien se procurer ici).
Histoire. — « Au v« s. se fonda l'ordre des Styliteê ou «ermites des cclonnes», classe particulière d'a-sectes. Simion^ leur chef, était fils d'un paysan; né en 301, il mourut en 4.59. De très bonne heure il s'assujettit aux plus rudes pénitences, et rendant le cardme, il ne dormait, dit-on, ni ne mangeait. Fn 422 il s'établit sur une colonne peu élevée, oU il vécut sept ans, puis il passa le reste de sa vie sur une colonne haute de 11 m. 50. Expose au vent et à la tempête, jeûnant souvent, touiours debout, ne pouvant dormir nu s'asseyant les jambes croisées quand ses plaies et la faiblesse ne lui permirent plus de rester debout, à la fln attaché à ?a colonne ou protégé par une balustrade, il faisait des leçons sur l'ETÎtiire Sainte et attirait des milliers d'auditeurs et d'élèves. Ceux-ci se fixèrent auprès de leur maître et fondèrent bientôt un monastère (Mandra).
Les données qui se trouvent dans les biographies de Siméon (comp. Uhlemann «Siméon, le premier Saint Stylite» Leipz. 184<i) sont obscures, il est vrai, mais les renseignements relatifs à la sépulture du saint, mortrent que nous avons à chercher ici la mandra du célèbre stylite et que les édifices actuels doivent leur existen(*e à la haute considération dont il jouissait. M. de Vogiié croit que la principale église qu'on trouve i' i dat« du cinquième s. Evagrius, auteur du vre «., décrit l'église de 8t-8tméon (l'ancien) dans des termes qui s'appliquent parfaitement aux ruines que nous avons devant nnus.
KaVai Stm^dn^ de beaucoup le plus beau groupe de ruines de la Syrie N., est entouré de montagnes désolées oîi il y a d'autres ruines. Au 'loin dans la direction S. on voit le ruisseau d'Afrîn. Les ruines admirablement c nservées couvrent le faîte du DJébel Bnraeâi^ ainsi nommé d'après l'insignifiant Ouéli Ahou Baraeât ^ et occupent un plateau de 800 pas de long sur 1.50 de large, entouré partout, sauf au S., de vallées profondes. Pendant la période musulmane, les ruines de l'égli^^e et du mi nastcre furent transformées en forteresse (KaVà). Fn certains endroits on peut encore suivre le mur extérieur avec ses tours; sur quelques p-ints, le mur de l'édifice lui-même formait une partie de l'enceinte extérieure. Il
598 Boute 37. KAL'AT SIM'ÂN. Excursions
existe encore une tour au N. et deux «u S. Le centre est occupé par rimposante église du couvent, dont le plan répond si bien à la description que fait Procope de Téi^liae des Apôtres élevée par Constantin sur son propre tombeau, qu'il semble que ce soit une copie de cet ancien édifice. Elle consiste en quatre grands bras, à trois nefs chacun, placés de manière à former une croix grecque à branches égales, dont chacune a six couples de colonnes, sauf la branche E. qui en a neuf. An point d''intersection des bras il y a, à ciel ouvert, un imposant espace octogonal auquel les derniers piliers de chaque bras servent de limites. Les bas cotés contournent les côtés diagonaux de Tespace central et aboutissent à une petite abside en saillie qui se trouve à Tangle extérieur formé par la rencontre des bras. Cette église est des plus remarquables parmi les mtmuments de Tart chrétien primitif comme étant Tun des plus beaux, des plus anciens et des plus ingénieux exemples de la combinaison de la forme de la basilique et de celle de la croix Grecque.
Nous oonimençons du côté N. par Taile D. Sur le devant il y avait autrefois un péristyle dont toute trace a disparu. Au-dessus des trois portails («', «r^, a'), un grand et deux petits, menant dans le bras K. de .réglise, règne une double archivolte, dont la supérieure entoure les petites fenêtres à arcades pratiquées au-dessus des portails, et les deux fenêtres plus hautes qui flanquent le portail central. Portes et fendtres de cette .façade sont bouchés avec des pierres. La corniche des côtés (6, c) est aussi prolongée par-dessus les deux petits portails de la façade. Plus haut, au-dessus du portail du milieu Ca*)i il y a une antre petite corniche supportée par trois eolonnettes dont deux sont encore en place; ces dernières sont encore surmontées de petites fenêtres à arcades. Le reste de cette façade (a) est détruit , mais à dr., le mur chancelant s'^élève encore jusqu'à la hauteur où était le fronton terminal. — Nous contournons Tangle N.O. orné de piliers corinthiens. Nous trouvons ici (c) deux portails. A la hauteur oii commence leur linteau, un bandeau court le long de toute la muraille \ par-dessus ce bandeau des fenêtres à arcades , trois entre l'angle et le premier portail , trois entre les deux portails et une entre le second portail et l'angle. Au-dessus des portails, de petites fenêtres à arcades. Les neuf fenêtres sont couronnées d'une archivolte. Dans l'angle, la petite abside (1) de l'octogone fait saillie avec ses trois petites fenêtres. Il ne reste presque plus rien du péristyle du côté O. (e). — Le sol ayant une forte déclivité, on a dû élever des fondations artificielles pour mettre de niveau l'aile qui est à l'O. de l'octogone (E). On voit encore les grandes voûtes qui conduisent à ces substructions. Le péristyle se prolongeait autrefois plus au S. du côté marqué d sur le plan. L'entrée 8. (e) était probablement le portail principal de l'église; on y arrivait par un large escalier qui recouvrait les quatre entrées, aujourd'hui visibles, des substructions. La façade était cln antis» et consistait en trois portails, dont celui de g., surmonté d'une petite fenêtre à arcade, est entier, .tandis au'un tiers seulement du petit portail de dr. est conservé. Sur le devant au portail central il y avait trois colonnes, dont nue est restée. Les bases des deux autres et le jambage adjacent k dr. se voient encofe.
Nous retournons au côté O. de l'aile N. (D) et nous entrons par la porte (c')* ' Les colonnes et les arcades presqne corinthiennes qui séparaient la nef des bas côtés, sont en partie conservées, de même que la chapelle latérale /. Une très grande arcade conduit d'ici dans le magnifique Octogone (plan C). Au centre, le piédestal g de la colonne sur laquelle se tenait peut-être Siméon le stylite. Les ares de l'octogone, ornés d'une frise, reposent sur de massifs pilastres d'angle de genre corinthien, et sur des colonnes monolithes placées à une faible distance de eeux-ei. La frise des arcs se prolonge en ligne droite au-dessus des ehapiteaux des pilastres, et dans les angles formés par ces derniers sont placés des piéde* staux pour des statues. Quatre arcades de l'octogone conduisent dans les nefs A^ B^ Z>, E; les quatre autres donnent accès dans les espaces 6, 6, 7 et 8 qui relient les bas-cÔtés ainsi que dans les absides rondes i, ', 9 et 4; chacun de ces espaces servant de jonction est limité par deux arcs qui reposent d'un côté sur les piliers d'angle de l'octogone, de l'autre sur C9UX de? bas-côtés, — La nçf orientale 4 est plus longue qne les •«•