‹ Palestine et SyrieChapitre 38 sur 119 · FLORE · texte numérisé non relu

FLORE

plus grand nombre d'habitants qu'aujourd'hui ; non seulement la Bible, mais encore Josèphé, le Talmud et les écrivains classiques en vantent la fertilité. Le désert de Syrie proprement dit ne se compose pas de sable, mais d'une bonne terre qui se couvre après les premières pluies d'une multitude de fleurs, de plantes diverses et des plus riches pâturages. Le Liban, aujourd'hui dénudé en très grande partie , possède néanmoins un sol fertile dont une culture assidue pourrait , comme dans l'antiquité, tirer de riches produits. Nous en avons la preuve dans les magnifiques terrasses d'origine phénicienne qui couvrent surtout les flancs 0. de la chaîne du Liban, Dans bien des vallées aujourd'hui incultes, on rencontre encore de ces talus et aussi de ces tours de gardiens dont parle la Bible, mais le tout en ruine ; et l'on trouve en maint endroit des haies d'anciens jardins remplacés aujourd'hui par la stérilité du désert.

I. Géographie botanique. — La Flore orientale de Boissier nous permet d'établir trois grandes divisions du règne végétal en Syrie.

1^ Tout le littoral appartient à la fiore de la Méditerranée^ qui s'étend autour de ce bassin jusqu'aux parties inférieures des montagnes. Elle se distingue par une multitude d'arbrisseaux toujours verts, aux feuilles étroites et coriacées, et par des plantes printanières qui se fanent rapidement. La végétation a donc, sur les côtes de la Syrie et de la Palestine, les mêmes caractères qu'en Espagne, en Algérie et en Sicile, mais toutefois avec des modifications qui sont plus considérables à mesure qu'on avance vers le S. , du côté de l'Egypte. La scille, les tulipes, les anémones et les plantes annuelles, le laurier-rose et le myrte parmi les arbustes, le pin d'Italie et l'olivier parmi les arbres, caractérisent parfaitement cette flore comme partie de la flore générale de la Méditerranée ; mais on trouve déjà sur la côte de Phénicie quantité de melia azederachy et près de Beyroût , le ficus sycomorus, plantes qui annoncent la proximité d'une région plus chaude.

2° La bande de terre où règne cette flore méditerranéenne est assez étroite. Dès qu'on s'éloigne de la côte et qu'on approche du plateau proprement dit, on rencontre la végétation des steppes de l'Orient. La ligne de démarcation qui sépare les deux flores est formée à l'E. de Beyroût par le défilé du Liban, dans la Palestine méridionale, par la crête des monts de Judée. Le pays situé à l'E. de cette ligne appartient à la flore orientale , qui se distingue par une grande variété, mais aussi par la sécheresse et les épines de ses arbustes ainsi que par une importante diminution du nombre des arbres. Les traits caractéristiques de cette flore de l'Orient sont une multitude de petits buissons gris et épineux (poterium), de labiées grises aromatiques (eremostachys), de plantes du printemps brillantes , mais petites et qui durent peu ; une multitude d'espèces de chardons singuliers (cousinia), qui prédominent en été, lorsque toute verdure a complètement disparu; des groupes clair-sem''

d^arbres sur les montagnes, de chênes au feuillage épineux, de pistachiers, etc. ; çà et là des conifères peu nombreux (cedrusy juniperusy eupressus, pinus hrutia) ; des buissons nains tout particuliers, à épines, sur les hauts sommets (astragalus, aeantholimon). La beauté et la richesse des formes ne manquent pas à cette flore, mais c'est l'exception.

3^ Flore tropicale du Ohôr. En raison de son climat chaud et sans hiver , causé par la dépression du terrain , la vallée du Jourdain a une végétation des plus étranges, qui se rapproche le plus de celle de la Nubie , vers les limites du tropique. Là croissent le 'œhr (asclepias prœera)^ plante caractéristique du Sahara méridional ; des acacias épineux (acacia Seyal), un loranthus couleur de sang, plante parasite ; le dattier à Tétat sauvage sur la rive orientale de la mer Morte ; la trichodesma africana, la foràkatea, Vctrua javanica^ la bœrhavia vertieillatay la damia eordata, Yarisiida ; puis, près d'Ëngeddi, une plante excessivement curieuse, la haute moringa optera^ et, près de Jéricho et du lac Hoûlé, le papyrus anUgtiorum, véritable plante de TAfrique. Ces espèces forment un ensemble qui rappelle la végétation de TAbyssinie ou de la Nubie et donnent un grand intérêt au Ghôr, comme à l'oasis tropicale la plus rapprochée de l'Europe.

II. Plantes cultivées. — La Syrie était tellement productive dans l'antiquité que Salomon pouvait envoyer annuellement à Hiram 20,000 mesures (40,200 hectolitres) de froment et 20 mesures d'huile d'olive (III Rois v, 1 1). Aujourd'hui encore, la grande plaine du Haourân . la Nouhra , est le grenier de l'Arabie septentrionale. Les plus grands entrepôts pour l'exportation du froment sont Jaffa, Acre et Beyroût. C'est le froment qui forme l'aliment principal des paysans de Syrie, le hourghoul, qu'on fait cuire avec un peu de levain et sécher au soleil. L'orge sert aux pauvres à faire du pain; mais ou l'emploie principalement comme nourriture pour les animaux. Il n'y a d'avoine en Syrie que des espèces inutiles et à l'état sauvage. Outre le froment et l'orge, on y cultive aussi le froment dohân (holcus sorghum) ; le seigle, le maïs , les haricots , les pois, les lentilles, et le riz offrent parfois des espèces particulières. On cultive l'anis et le fenouil aux environs de Damas. Le bois de réglisse croît surtout dans le nord de la Syrie (on en exporte 2,600 quintaux par an), et il se fait aussi dans le pays un certain commerce de feuilles de roses.

Un commerce très important qui se fait à Damas est celui des abricots secs (michmichj. Ces fruits sont séchés au soleil et il s'en vend de 60 à 75,000 quintaux par an. Les noyaux forment un article à part, dont 9 à 10,000 quintaux entrent annuellement dans le commerce. Les environs de Damas produisent encore 2,500 quint, de raisins secs de première qualité et 40 à 50,000 quint, de qualité inférieure. On fait aussi du vin et de l'eau-de-vie avec les raisins secs ; ce n'est que de nos jours qu'on a essayé, surtout aux

environs de Jérusalem, de faire le vin à la façon earop^enne, plus proprement et avec les grappes fraîches ; cet essai a produit de bons résultats. Le vin du Liban est c^èbre sous le nom de «vino d'oro».

Les noix (djôz) viennent surtout de la Syrie centrale; on en récolte environ 12,000 quint, par an; les pistaches (foustouk) sont plutôt un produit du nord , qui en fournit 7,500 à 10,000 quint. La Syrie est la patrie de Tolivier dont les fruits (zeitoûn) sont une des principales productions de la Syrie , mais ils ne servent guère qu'à la consommation du pays ou à la fabrication du savon. Aux environs de Damas, la riîcolte des olives vertes est annuellement de 3,100 & 3,200 quint, et de 4,000, celle des noires, de qualité inférieure. Une grande partie est mangée crue ; l'huile qu'on en fait n'est pas d'ordinaire soigneusement purifiée et elle a un mauvais goût. Les plantations d'oliviers augmentent constamment dans toute la Syrie, en particulier sur la côte, autour de Tripoli et de Saïda. Le pays fournit annuellement 150,000 quint, d'huile. On en fait aussi de 50 à 400 quintaux avec le sésame, qui se cultive partout au N. de Damas et dans la plaine de Jizréel. La Syrie centrale produit également de la garance (pour teinture) environ 3,750 quint, par an.

La Syrie est célèbre par son tabac (v. p. 39). Le Liban en a fourni en 1872 à peu près 25,500 quint. , dont les */5 pour l'exportation.

Dans les déserts voisins de Damas et à l'Ë. du Jourdain, ainsi que dans le Djebel 'Adjloûn et la Bel^â, on extrait de la soude de plantes alcalines (v. p. 302), d'où Ton tire en moyenne 12,500 quint, de potasse par an. Elle sert surtout aux savonneries du pays et il se fabrique annuellement dans les grandes villes, pour la consommation de la Syrie, environ 50,000 quint, de savon.

Un des principaux articles de commerce du nord de la Syrie, ce sont les noix de galle, produit des chênes du pays ; on les emploie dans la teinturerie et il s'en exporte beaucoup en Europe. L'écorce du grenadier est un article recherché pour la tannerie. Au N. de Damas, sur les versants de l' Anti-Liban croît le sumac, qui fournit aussi du tanin , mais en petite quantité. — La pèche des éponges occupe beaucoup de monde sur la côte de Syrie au N. de Beyroût ; elle a produit en 1872 environ 280 quint, d'épongés , d'une valeur de 560,000 fr. ; mais le rendement en est très variable.

Les anciens Israélites cultivaient déjà le cotonnier et l'industrie du coton florissait encore au moyen-âge, mais elle a beaucoup souffert de la concurrence de l'étranger. On fabrique en Syrie, sur des métiers tout à fait primitifs, et surtout pour Tusage du pays, des étoffes grossières mais très solides. L'exportation du coton brut a atteint en 1869 le chiffre de 42,000 quintaux. L'exportation la plus considérable de ce produit a lieu par Mersina, port qui se trouve déjà en dehors de la Syrie.

Le mûrier blano (monts dUta), dont on plante un grand nombre

en vue de Tindustrie de la soie, fut intioduit en Syrie du temps de l'empereur Justinien (vie s.). Les œufs de vers à soie furent importés de l'Asie centrale, et l'art de les élever se développa rapidement aux environs de Beyroût et de Tyr. Il en est assez souvent fait mention dans rhistoire des croisades. Le mûrier est Tarbre le plus important qu'il y ait dans les plantations du Liban ; mais il lui faut un sol assez humide , meuble et bien fumé, et l'entretien des vers au moyen do ses feuilles demande beaucoup de soin. La production des cocons a été en 1872 de 50,000 quint. Une épidémie ayant, il y a 10 ans, atteint les vers du pays, on en flt venir de nouveaux du Japon. Tout récemment, les œufs des vers à soie de Syrie sont devenus un article recherché sur les marchés de l'Europe ; on a de plus commencé à produire de la soie écrue pour les marchés de l'Occident. Comme celle du coton, l'industrie de la soie a beaucoup souffert Ici de la concurrence. On n'y fabrique plus que pour les besoins du pays, sur des métiers primitifs, à Beyroût, à Damas, dans certaines parties du Liban, à Antioche et à Alep.

Outre les productions végétales dont nous venons de parler , il y en a encore une foule d'autres qui n'entrent que dans le commerce intérieur ou sont simplement locales. De ce nombre est le lin. La canne à sucre se rencontrait autrefois près de Jéricho et se cultive depuis des siècles aux environs de Tripoli, d' Antioche, et de nos jours aussi, dans les environs d'Acre et de Jaffa. Le dattier ne prospère que dans la partie S. du littoral de la Palestine; il croît à l'état sauvage (sans fruit) dans les gorges situées à l'E. de la mer Morte et çà et là dans l'intérieur du pays.

m. Parmi les autres arbres, il faut nommer d'abord le plus majestueux, le cèdre (v. p. 529), qui est devenu rare, comme le cyprès. Au contraire , le pin est encore très commun sur les versants occidentaux du Liban. On rencontre le tamarisc et le peuplier dans la vallée inférieure du Jourdain. Parmi les chênes, le chêne à noix de galle (Valonia) domine dans le N. et TE. de la Palestine ; le chêne vert, au S. du Carmel. Le térébinthe est commun. On plante le peuplier blanc et l'on s'en sert comme bois de construction, surtout dans les environs de Damas. Le figuier sauvage se voit çà et là. Le caroubier (en ar. kharroûb ; Luc xv, 16) est assez répandu ; les gousses de cet arbre servent de nourriture aux pauvres.

La Syrie possède un grand choix d'arbres fruitiers. La vigne est partout répandue et donne d'excellents raisins. On ne l'attache pas à des échalas, mais on la laisse courir sur le sol ou bien sur des treillages et sur les arbres. Le figuier est très commun et prospère parfaitement, même dans un sol pierreux. La figue se mange fraîche ou après avoir été séché et pressé, et Ton en récolte durant une grande partie de l'année. Le cactus, qui forme souvent .des haies impénétrables dans les districts plus chauds, donne ici au milieu de l'été ses doux fruits à pépins. Les poiriers

et les pommiers sont raies; les grenades ne valent pas eelles d'Egypte ou de Bagdad. Jaffa est célèbre par ses oranges ; on en récolte beaucoup aux environs, qui en fournissent de plus en plus à Texportation. Enfin nous mentionnerons encore parmi les arbres à fruits le citronnier, le pêcher et l'amandier.

Les concombres sont très estimés en Syrie ; on les mange crus et sans aucun assaisonnement ; les plus succulents sont les concombres verts allongés, dont l'écorce est dentelée. La laitue se mange de la même façon. On se nourrit aussi d'oignons ; les meilleurs poussent dans le sol sablonneux des environs d'Ascalon. 11 existe différentes sortes de melons qui deviennent très gros. Parmi les légumes, outre le chou-fleur, il faut nommer l'aubergine (mélongène badiane) et la bâmiyé (hibiscus esculentus), les artichauts et les asperges, qui viennent à l'état sauvage, ainsi que les truffes délicieuses du désert. La pomme de terre est cultivée en peu d'endroits, par exemple près de Yabroûd, à deux journées de marche au N. de Damas, et près de Jérusalem.

b. RÈGNE ANIMAL. — Commo la flore, la faune de Syrie offre de grandes différences, suivant qu'elle se présente dans les montagnes ou dans les vallées, et surtout, selon la saison de l'année. Nous ne ferons ici qu'une courte revue des principaux représentants des diverses classes d'animaux.

1° Mammifères. — 1. Animaux domestiques. — En première ligne figure le mouton. Les troupeaux de moutons constituaient déjà dans l'antiquité une partie importante de la richesse des particuliers. Les steppes et les montagnes offrent des pâturages suffisants à ces animaux; la Belkâ, à l'E du Jourdain, est comme autrefois la contrée la plus favorable à l'élève des moutons. Les tribus nomades du désert en possèdent aussi beaucoup. La race la plus répandue est celle à grosse queue. La viande de mouton est presque la seule qu'on mange maintenant en Syrie; on apporte annuellement sur le marché environ 150,000 peaux de moutons. Le pays n'en produit pas une telle quantité, aussi en vient -il beaucoup du Kourdistan. Les intestins sont exportés en Europe pour la fabrication de cordes d'instruments. Le lait de brebis est très estimé et, de fait , excellent. Damas exporte par an à peu près 13,000 quint, de laine ; cependant la laine du nord de la Syrie est plus fine et Alep, surtout, est un marché renommé pour cet article. Cette dernière ville en a produit à elle seule 20,000 quint, en 1872 et une plus grande quantité encore y a transité de l'E. sans compter le poil de chèvre.

C'est surtout pour le lait que les Syriens ont des chèvres ; presque chaque village en possède des troupeaux, et les classes pauvres en mangent la viande. — La race de bêtes à cornes du pays est petite et laide ; le bufl'le indien, qu'on voit si souvent en Egypte, est commun dans la vallée du Jourdain. En Syrie, on se sert du bœuf surtout pour la charrue ; il n'est guère un animal de boucherie que dans le

Liban ; c'est la raison pour laquelle on exporte de Beyroût une assez grande quantité de cuirs.

Le chameau (v. p. 20) ne se rencontre à peu près que chez les peuplades errantes du désert. On l'emploie comme mouture, comme béte de somme et même à la charrue. Son poil sert à faire des tissus. Les paysans ont eu général peu de chameaux ; mais ils en louent souvent aux Bédouins, surtout à l'époque du labourage. — En bien des endroits de la Syrie , les excrémeute de tous ces animaux, depuis le mouton jusqu'au chameau, servent de combustible.

Le cheval (v. p. 20) est actuellement en Syrie le moyen de transport le plus ordinaire. Jusqu'au temps des rois , les Israélites possédèrent peu de chevaux. Les plus beaux chevaux arabes sont ceux des Bédouins ^Aenézé (p. 89) ^ ces gens ne les vendent qu'à regret et seulement lorsqu'ils y sont forcés. Ces nobles animaux sont souvent la propriété commune de plusieurs maîtres. Le cheval arabe est nourri d'orge et de paille hachée.

L'âne de l'Orient est plus vif et tient plus de l'âne sauvage que celui d'Europe. C'est un animal commun en Syrie, quoiqu'il le soit moins qu'en Egypte ; les plus estimés sont les grands ânes blancs élevés par les Bédouins Sléb dans le désert de Syrie. Il y en a encore à l'état sauvage à l'E. de ce pays.

2. Animaux sauvages. — En Orient le chien et le chat tiennent le milieu entre les animaux domestiques et les animaux sauvages. Il y a dans les villes et les villages (v. p. 34) des chiens errants dont le nombre varie suivant qu'ils trouvent plus ou moins de nourriture , de débris de toute sorte. Quoiqu'ils aboient beaucoup , ils n'attaquent pas l'homme s'ils ne sont pas provoqués; mais on se tiendra bien en garde contre les chiens de bergers. La rage est inconnue en Orient. Quand on leur donne à manger, les chiens errants accompagnent quelquefois les caravanes ; ils peuvent alors exercer durant la nuit une utile surveillance. Dans les villes, ces animaux se chargent du service sanitaire en dévorant rapidement les immondices. Si l'on maltraite l'un d'eux, on irrite les indigènes. Il n'est guère possible en Orient d'avoir un chien à sol, parce que les autres se jetteraient sur lui dans la rue. Cependant on y emploie souvent pour la chasse des lévriers, dont la race indigène est d'une grande beauté.

L'animal qui se rapproche le plus du chien est le chacal (ar. ouâoui)j dont on entend souvent les cris peu après le coucher du soleil; il hante volontiers les ruines (Jér. Lam. v, 18) et il y en a souvent des bandes. Quand la Bible parle de renards, il semble qu'elle y rattache les chacals ; il y a même des passages (Juges xv, 4) oh. elle paraît n'avoir que ces derniers en vue. Il y a en Syrie deux espèces de renards proprement dits. Le loup (ar. dîb^ n'est pas rare non plus dans le Liban. L'hyène se hasarde parfois jusqu'aux portes de Jérusalem, mais, comme on le sait, elle n'est pas à craindre pour l'homme.

Il est rare en Orient que le chat domestique soit tout à fait apprivoisé ; cependant on voit quelquefois dans les maisons de beaux chats angoras. Il y a plusieurs sortes de chats sauvages, qu'on aperçoit rarement. Parmi les grands animaux de la race féline, il faut nommer le léopard (ar. nimr), dont l'espèce a toutefois presque entièrement disparu du pays ; puis le guépard ou loup-tigre, qu'on dresse à la chasse, mais moins aujourd'hui qu'autrefois. Le lion, dont la Bible fait si souvent mention , n'existe plus depuis longtemps en Syrie.

Parmi les autres animaux carnassiers, il faut encore citer l'ours, qui se rencontre parfois dans le Liban; et paimi ceux qui sont plus petits, le blaireau, qui est commun, et le hérisson, dont il y a deux espèces, dont l'une est celle d'Europe.

Il existe plusieurs sortes de chauves -souris, notamment dans les nombreuses cavernes des roches calcaires. — Il n'y a pas de singes en Syrie, mais les rongeurs y sont représentés par une foule d'espèces, depuis l'écureuil jusqu'au rat-taupe (ar. khlound)j que l'on confond souvent avec la taupe, qui est inconnue dans le pays. Le rat ordinaire et le rat du désert y abondent; puis ce sont le hamster et, dans les déserts du S., la jolie petite gerboise, la souris à piquants, le porc-épic et quatre espèces de lièvres. Il n'y a point de lapins en Palestine; l'animal désigné sous ce nom dans la Bible est sans doute le curieux daman de Syrie, hyrax syriacuê , le ouabr des Arabes, qui est commun dans les fentes des rochers, depuis la mer Morte jusqu'au Sinaï (v. p. 305).

Parmi les bi-ongulés, il faut mentionner le porc. Le sanglier est répandu dans tout le pays ; le porc proprement dit ne se rencontre que dans les basses-cours des couvents. La présence de troupeaux de pores en Syrie dans l'antiquité (Math, viii; Luc xv, 15), semble devoir être attribuée % l'influence grecque. Bon nombre de chrétiens natifs éprouvent de la répulsion pour la chair de porc ; elle devient facilement nuisible en été; en revanche, en hiver, on peut en manger sans crainte.

Les ruminants enfin sont nombreux dans toute la Syrie. La gazelle se trouve partout, aussi bien dans les plaines que dans les montagnes; les paysans de l'E. lui font la chasse comme dans l'Afrique centrale, en l'acculant dans de grands enclos. La chair de cet animal est bonne à manger. C'est un animal gracieux, mais qui meurt facilement en captivité; les Bédouins et les paysans viennent souvent en vendre dans les villes. — Le bouquetin du Sinaï se trouve au S. de la Palestine, surtout dans les gorges inaccessibles de la mer Morte.

II® Oiseaux. — On rencontre en Syrie une grande quantité de poules domestiques; mais elles sont assez petites. Le canard n'y vit qu'à Tétat sauvage ; il est commun entre autres dans la vallée du Jourdain. Il existe partout sur les collines une espèce de perdrix fort belle (caccabis saxatUis), et dans le voisinage de la mer Morte, une petite

perdrix grise propre au disert (ammoperdix heyi). Il y a des cailles dans tous les champs ensemencés de la plaine. Les pigeons ramiers sont surtout communs dans le Liban ; ils sont apprivoisés dans certains endroits, où on leur bâtit des colombiers. On voit des bandes considérables de cigognes dans les plaines de Jizréel, etc. , ainsi que des grues et des bécassines. — Parmi les oiseaux de proie, nous mentionnons l'aigle et le vautour. L'aigle est commun dans les contrées désertes aux environs de la mer Morte , et au bord du Lîtâni. La Palestine compte sept espèces de corbeaux. Il s'y trouve peu d'oiseaux chanteurs, parmi lesquels figure en particulier le rossignol de Palestine (ar. boulhoul), qui ressemble à la grive. Au commencement et à la fin de l'hiver, on voit des bandes d'oiseaux de passage qui se rendent en Egypte et même plus loin vers le S., ou qui en reviennent; de ce nombre est le coucou, qu'on entend souvent au printemps.

IIP Reptiles. — Le voyageur en aperçoit souvent en Syrie. Dans les maisons mêmes , on entend parfois pendant la nuit le cri aigu (guic, guic) du gecko, petit animal du reste fort innocent. Le caméléon ordinaire est assez commun sur le littoral du S. On rencontre dans les montagnes le khardôn des Arabes, de couleur foncée et dont la queue et le dos sont garnis de piquants ; dans les jardins, de beaux lézards tachetés, semblables aux nôtres. Le crocodile est extrêmement rare en Palestine (v. p. 372). Les serpents y sont très nombreux et il n'en manque pas de venimeux ; mais on n'entend presque jamais parler d'accident qui provienne d'une de leurs morsures. En fait de tortues, on trouve la tortue ordinaire de terre et plus rarement, une petite tortue d'eau à queue.

IV° Poissons. — Le Jourdain et le lac de Tibériade abondent encore aujourd'hui en poissons, qui remontent ou descendent le courant, selon la saison. 11 y a des espèces qu'on trouve presque dans toutes les eaux vives de la Syrie. La pêche en mer est très productive; elle se fait surtout avec de grands filets.

V** Insectes. — Les insectes abondent en Orient. Outre les punaises et les poux, les puces sont un fléau pour le voyageur (v. p. 27). Les moustiques ne sont pas trop à craindre en Palestine , non plus que les grosses guêpes et les frelons, qui, du temps de Josué, furent quelquefois les alliés du peuple de Dieu (Jos. XXIV, 12, etc.). Leurs parentes, les abeilles y sont toujours appréciées. Aujourd'hui, comme autrefois, on en trouve des essalns dans les an fractuo sites des rochers ; cependant, bien des personnes s'occupent d'apiculture. Les ruches sont faites de vases en terre de forme cylindrique ; on en voit une quantité dans l'ancienne Galilée. Le miel s'emploie en Orient pour sucrer un grand nombre de mets. Comme équivalent du miel, on se sert souvent du dibSy sirop fait avec des raisins, des figues ou d'autres fruits, et qui se mange souvent avec du pain.

Un grand fléau pour les campagnes, ce sont les sauterelles, qui

anéantissent souvent toute la moisson. Il en arrive de l'Arabie centrale de véritables nuées, qui s'abattent en un instant sur les champs et dévorent toute la verdure, même celle des arbrisseaux et des arbres : c'est une plaie connue de toute antiquité (Joël ; Ez. x, 12-19 etc.). Les Bédouins les font sécher, les recueillent dans des sacs et les salent pour les manger crues on cuites (v. St Math, ni, 4) ; l'auteur peut affirmer qu'elles n'ont point du tout mauvais goût.

Nous n'entrons pas dans des détails sur les autres lu sectes, tels que coléoptères et papillons, qui intéressent surtout les entomologistes. Mais nous mentionnerons spécialement, parmi les animaux articulés, le scorpion, qui se trouve partout sous les pierres et même dans les maisons ; la piqûre de cet animal n'est jamais mortelle ; elle est seulement douloureuse (v. p. 27).

Parmi les autres classes d'animaux inférieurs, il suffira de nommer les limaces terrestres et les limaces aquatiques, souvent fort jolies, puis le mollusque purpurifère qu'on trouve encore sur la plage de Tyr (v. p. 374).

m. Population, division et noms dn pays à

diverses époques.

I. Les plus anciens habitants (autochthones) de la terre de Canaan sont désignés dans la Bible comme une race de géants, sous les noms à-'Enacites (Jos. xi, 21 et suiv.), de Réphaïtea (Gen. xiv, 5 ; dénomination générale pour désigner les habitants primitifs) ; à! Emîtes, de Souaites ou ZamzoumiteSy à'Avites et à^Horites (Deut* II). Ces peuples furent en partie anéantis par les Cananéens (Ca-^ naanites) venus des côtes du golfe Persique (?), et se fondirent en partie avec eux. Il existait encore, du temps de David, des restes de cette population primitive (II Sam. xxi).

II. a. D'anciens documents égyptiens, inscriptions et papyrus, nous fournissent des renseignements sur l'état du pays avant l'invasion des Israélites. Il appartenait alors aux tribus canaanites et florissait sous le rapport du commerce, de l'industrie et de l'agriculture. Les lieux mentionnés dans les documents égyptiens, ont déjà pour la plupart les mêmes noms qu'aujourd'hui. Les places fortes de Mégiddo et de Jaffa avaient alors une grande importance. Les inscriptions de Carnac mentionnent les noms de 119 lieux de la Palestine. Un voyageur égyptien distingué qui la parcourut au temps de Rhamsès II, indique les noms de 38 places fortes appartenant à la Palestine et de 18 autres situées au N. de Tyr.

Lorsque les Hébreux arrivèrent dans le pays, ils y trouvèrent établis les Cananéens. Le nom de terre de Canaan (en égyptien Khal pour Khna), a été appliqué non-seulement à la plaine au S.O., mais à, tout le pays en deçà du Jourdain: celui qui esta l'Ë. du fleuve s'appelait du nom général de Qalaad. Au poin**

de vue ethnographique, le nom de Cananéens a rarement désigné un seul peuple , comme dans l'Ëxode (in, 8), mais sous cette dénomination on comprenait ordinairement l'ensemble des peuplades que la Genèse (x, 15 et suiv.) fait descendre de Canaan. D'après le verset 6 et d'autres passages, les Cananéens étaient Chamites ; dans ce cas, ils ont du adopter un autre langage, car en recueillant tous les indices, on voit qu'ils parlaient un dialecte parent de l'hébreu, et par conséquent sémitique. Us avaient une civilisation supérieure à celle des Hébreux et formaient une foule de petits États gouvernés par des rois. Nous connaissons les noms des tribus suivantes : 1® les AmoriteSj le peuple le plus puissant des Cananéens, qui habitaient la partie méridionale de la terre de Canaan et avaient deux royaumes au delà du Jourdain : celui de Sihon , entre les torrents d'Arnon et de Jabboc (Ouâdi Môdjib et Nahr ez-Zerka) et celui d'Og , dans le Basan (Basanitide), le Haourân actuel ; 2^ les PhérêsiteSj dans le pays qui fut plus tard la Samarie (les Phérésites comme les Amorites étaient probablement un mélange des habitants primitifs et des Cananéens) ; 3^ les HéthiUSj jadis, à ce qu'il paraît, une des tribus les plus puissantes, établis au centre et au S. du pays, et repoussés vers le N. à l'époque deJosué; 4° les HéviteSy à Sichem (Naplouse) et plus au N. ; 5° les Jébusites, aux environs de Jébus (Jérusalem) ; 6® les GuirguésiUs ou Ouériaites, établis probablement dans le centre du pays. — Le nom de Cananéens au sens propre , équivaut à celui de Phéniciens , peuple qui prenait aussi lui-même cette dénomination.

b. Les tribus sémitiques parentes des Hébreux, sont distinctes des peuplades cananéennes. Celles ci comprennent : 1" les Jdumêens ou Edomites, qui occupaient la 'Araba (p. 315) jusqu'au golfe de 'Akaba (Elath) ; ils s'étaient établis sur la chaîne de Séir et ses deux versants. 2^ Les Moabites, à l'extrémité S.E. de la mer Morte. 3° Les Ammonites, dont le territoire fut d'abord entre l'Arnon et le Jabboc, mais que les Amorites poussèrent plus à l'E. — La Bible nomme aussi comme descendant d'Ësaû les AmaUkites, peuple nomade qui campait au S. de la Palestine, dans le désert de Tîh. C'étaient sans doute, ainsi que les Madianitesj qui habitaient au S.E. du côté de l'Arabie, des tribus arabes errantes, dont les invasions et les pillages sont souvent mentionnés. La grande steppe de la Syrie fut probablement parcourue depuis un temps immémorial par des tribus de Bédouins, dont quelques portions se détachaient de temps en temps pour devenir sédentaires. Si l'on admet que toutes les peuplades sémitiques ont mené dans le principe une vie nomade , il faut admettre aussi que les Araméens (Syriens) y renoncèrent très anciennement.

c. De très bonne heure déjà les Aramêens (Syriens) avaient fondé des États en Syrie. Nous voyons figurer dans la Bible les royaumes d'Aram Dammésec (Damas) et d'Aram Tsoba. Il y avait ^ussi des Aramêens dans le Liban ; ils formaient de petits États

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