RELIGIONS
grecque - catholique (Melkhites cath.) et une syrienne-catholique , la première composée de Grecs, la seconde, de Syriens. Les lazaristes, les franciscains et les jésuites travaillent sans cesse à les étendre. Néanmoins ces églises oatholiques d'Orient ont pu conserver jusqu'à présent certains privilèges traditionnels : leurs prêtres célèbrent la messe en arabe (du moins les Grecs) ; ils donnent la communion sous les deux espèces et ils peuvent être mariés, le mariage ne leur étant interdit qu'après leur ordination. L'église grecquecatholique (Melkhites) est très importante ; elle est sous la juridiction d'un patriarche résidant à Damas et les chrétiens les plus riches et les plus considérés font partie de cette secte. Les catholiques syriens ont un patriarche résidant à Alep et quelquefois aussi à Merdîn.
JjQsMaronUeB appartiennent aussi au catholicisme depuis 1182; dans le principe ils étaient monothélites, c'est-à-dire qu'ils ne reconnaissaient qu'une seule volonté en J.-C. Leur nom vient d'un certain Maron , qui aurait vécu au vi® siècle. Leur entière soumission à l'église romaine n'eut lieu que vers 1600; le collège des Maronites où se signalèrent par la suite un certain nombre de savants, avait été fondé à Rome en 1584. L'église maronite possède encore certains privilèges: l'usage de la langue syriaque dans la liturgie , la faculté de se marier accordée aux membres du clergé inférieur, etc. Le patriarche, qui habite le couvent de Kannôbîn (p. 532) est élu par les évéques et confirmé par le saint-siège; les diocèses épiscopaux sont ceux d'Alep, de Ba'albek, de Djébeil, de Tripoli, d'Êhden, de Damas, de Beyroût, de Tyr et de Chypre. Les Maronites sont une peuplade vigoureuse et guerrière, mais intellectuellement peu développée ; ce sont les ennemis acharnés des Druses, leurs voisins. Ils habitent surtout le Liban et en particulier le territoire de Bcherré, au delà de Tripoli. Ils y possèdent de beaux et nombreux couvents (environ 1500 moines) et dans quelques-uns des imprimeries pour leurs livres liturgiques , etc. La population maronite du Liban doit se monter à plus de 200,000 âmes. Elle se livre à Tagricultare , à l'élève du bétail et tout spécialement à l'éducation des vers à soie. Les Maronites ont su se maintenir dans une certaine indépendance de la Turquie ; ils sont administrés par un pacha chrétien et obéissent aussi à une noblesse indigène. Au sujet des événements de 1860, v. p. 487.
Parmi les latins, il faut encore compter les moines francs étrangers qui ont depuis longtemps leurs couvents en Palestine (v. p. 34). Les franciscains méritent la palme en fait d'hospitalité ; en bien des endroits ils offrent aux pèlerins un logement agréable et dont il faut leur âavoir gré. Ce sont en général des Italiens et des Espagnols, rarement des Français. Les écoles qu'ils dirigent exercent une influence bienfaisante sur le clergé indigène. — Depuis quelques dixaines d'années, on a établi un patriarcat latin à Jérusalem.
Les protestants de Syrie forment une petite coinmunauté qui
s'^ève actuellement à environ lÔOO âmes et qui doit surtout son existence aux missionnaires américains. Beyroût est le centre de cette mission (v. p. 465), dont les agents ont obtenu ce résultat surtout parmi les chrétiens du Liban.
Les Juifs d'Orient se divisent en plusieurs classes. Les stphat" dim descendent de ces Juifs espagnols-portugais qui furent chassés d'Espagne par Isabelle; ils parlent encore un mauvais espagnol. Les aehkénctzim sont originaires de Russie, de Galicie, de Hongrie, de Bohême, de Moravie, d'Allemagne et de Hollande ; ils parlent l'allemand avec un accent juif et se subdivisent en peroucMm (pharisiens) et en khadidirriy khàbad et ouarehi. La secte des cara-' ïtes, qui rejettent le Talmud, a presque entièrement disparu. Les juifs d'Orient sont grands et sveltes pour la plupart ; on les reconnaît immédiatement à leur physionomie et à leur costume, à leurs boucles sur les tempes, ainsi qu*à leurs chapeaux de feutre noir à grands bords, ou encore h leur turban d'étoffe foncée. Les sephar-' dim portent des turbans noirs. — En général les Juifs, dont un bon nombre du reste est sous la protection des consulats européens, habitent des quartiers particuliers.
Les chrétiens se reconnaissent aussi à leur coiffure; dans les villes, il ne portent généralement que lô fez (bonnet rouge) et rarement tout autour, en guise de turban, une bande d^ étoffe noire ou d'autre couleur sombre. Les musulmans ont d'habitude des turbans'blancs, brochés d'or; les descendants du prophète (?) des turbans verts, c'est pourquoi l'étranger fera bien d'éviter d'avoir du vert dans son costume. Les Druses se coiffent de turbans d'une blancheur éclatante. Les paysans et les Bédouins ne portent sur la tête qu'un morceau d'étoffe de diverses couleurs (keffîyé) , qu'ils s'attachent avec un cordon de laine ou de poil de chameau. Les musulmans et les chrétiens se distinguent aussi à la chaussure, qui est jaune chez les premiers et rouge chez les autres.
^^ VI. Islamisme. Mœurs et usages des indignes.
L'islamisme a encore aujourd'hui, de la Chine jusqu'au Maroc, un grand nombre de partisans, et il n'y a guère de sceptiques ni de libres penseurs parmi eux. Cette religion fait même des progrès constants en Afrique. Nous allons entrer dans quelques détails sur les dogmes et la morale de l'islamisme.
Mahomet f , avec sa nouvelle doctrine , se posa en adversaire de «l'ignorance et de la folie», comme il appelait le paganisme ; mais la science ou la révélation dont il se prétendait l'organe n'était pas chose nouvelle, ainsi qu'il le disait lui-même. Selon lui, sa
t Mahomet (Uouhajumed, le Loué ou le Lotiable) descendait par son père de la famille dé Hâchim, rameau secondaire de la noble tribu des Koréichites, qui était établie à la Mecque et avait la garde de la Ca'ba. ^OU père, 'AbdaUab, mqurut peu de temps avapt ou après la naissance du
religion lemonte à une haute antiquité, et tout homme naît musulman dans le principe. Il y a même eu dans les livres sacrés des Juifs et des Chrétiens (thora, psaumes et évangiles) des passages faisant mention de Mahomet et de l'islamisme ; mais ils ont été celés, altérés ou mal interprétés. Mahomet a rejeté ce qui lui déplaisait dans le judaïsme et le christianisme: dans la morale, le rigorisme qui multipliait les vaines formules, et le dogmatisme de ce temps là. En conséquence , il s'attaqua surtout à ce qui lui semblait toucher au polythéisme, dans lequel il comprenait le dogme de la Trinité, où, selon lui, on associe à l'unité de Dieu un élément étranger. Quiconque est capable de croire , est d'emblée obligé d'admettre la nouvelle révélation de l'islamisme, et le musul-* man , tenu de répandre sa croyance. Toutefois, dans la pratique, on rabattit plus tard de ce rigorisme et l'on dut faire des concessions, du moins en dehors de l'Arabie. On flt aussi une distiction entre ceux qui avalent déjà une révélation écrite (juifs, chrétiens, sabéens) et les idolâtres proprement dits ; ceux - d ne devant être nullement tolérés.
La profession de foi du musulman consiste, comme on le sait, dans les mots : Il n'y a d'autre dieu que Dieu (Allah f), et Mahomet est le prophète de Dieu (la Uûha iW allâh^ otiamou^mmedour-ra-
prophète, vers Tan 570. A T&ge de six ans, Mahomet fit le voyage de Mé> dine avec sa mère Âmina, qui mourut au retour. L** enfant fut alors élevé par son grand-père, 'Abd el-Hout(alib, puis, celui-ci étant mort deux ans après, par son oncle Abou-Tâlib. Mahomet dut garder les troupeaux; plus tard il s^occupa de commerce en voyageant d^abord avec son oncle et ensuite, vers Tage de 25 ans, pour le compte d^une veuve nommée Khadîdja. Cest pendant ces voyages quMl flt, dit-on, la connaissance du moine Bahîra (p. 432). Khadîdja fut sa première femme.
Il régnait 'à cette époque une certaine fermentation religieuse parmi les Arabes; Mahomet eut lui aussi, vers Tâge de àO ans, le sentiment de la vanité du culte des faux dieux. Epileptique, il crut avoir des révélations divines pendant les attaques de son mal; on ne peut donc pas le traiter dHmposteur. Une vision qu'il eut en songe sur le mont Hira, près de la Mecque, le décida; il se mit alors à prdcher le monothéisme avec une exaltation fébrile et à menacer les renitents des peines de Fenfer. Il n''est pas sûr que Mahomet lui-même ait su lire et écrire. Sa doC' trine fut appelée rcislam», c'est-à-dire la soumission à Dieu. Il ne se fit d'abord de prosélytes que dans sa famille et les cmouslims» eurent beaucoup à souffrir des habitants de la Mecque: aussi un grand nombre d'entre eux s'enfUirent-ils à Médine oii Mahomet finit par les rejoindre, en 622. La nouvelle religion fit bientôt de grands progrès à Médine. Khadîdja étant morte, Mahomet prit successivement plusieurs autres femmes, en partie pour des raisons politiques. Il chercha de Médine à inquiéter les Mecquois, les vainquit d'abord à Bedr et perdit ensuite la bataille ^ du mont Ouhoud. Dès lors ce Ait une suite non interrompue d'expéditions militaires; Mahomet acquit une grande influence sur les Bédouins et réussit à les unifier au point de vue politique. Enfin les musulmans s'emparèrent de la Mecquq^en 630, et l'idolâtrie fut abolie. Mais les fatigues extraordinaires des vingt -quatre années précédentes avaient ruiné la santé du prophète; il mourut le 8 juin 632 à Médine et y fut enterré.
+ Allah est aussi aujourd'hui le nom de Dieu chez les Juifs et les chrétiens qui parlent arabe.
soûl-ailâh). Mais cette formule ne contient que le dogme principal de rislamism^ ; en r^alit^ le musulman doit croire à trois choses : 1^ à l'existeilce de Dieu et des anges ; 2*^ aux révélations écrites et aux prophètes; 3^ à la résurrection, au jugement, à la vie éternelle et à la prédestination.
1° Dieu bt les anges. D'après des inscriptions nouvellement découvertes (Syrie centr., p. 9 et 10), il semble que la proclamation même de T unité de Dieu n'ait rien eu de bien original; le passage du Deut vi, 4, jouait aussi par la suite un grand rôle chez les Juifs. D'après Vislamisme, Dieu est un esprit réunissant en lui toutes les perfections. On a fait une liste de quatre-vingt-dixneuf attnbuts divers que le Korân lui reconnaît et qui forment encore aujourd'hui le chapelet musulman. Les mahométans attachent une grande importance au dogme de la création du monde par un simple acte de la volonté divine. Dieu dit qu'il fût, et il fut.
Le récit de la création dans le Korân est emprunté à la Bible, mais avec des données puisées à d'autres sources, dans les récits des rabbins et des Perses. Dieu, y est-il dit, créa d'abord son trône; au-dessous se trouvait de Teau sur laquelle se déposa la matière terrestre. Pour maintenir la terre. Dieu créa un ange, dont le point d'appui est un grand rocher, qui à son tour repose sur le dos et les cornes du taureau du monde. C'est de cette manière que ce dernier demeure ferme.
En même temps que le firmament. Dieu aurait créé les djinns (génies, démons), êtres intermédiaires entre les hommes et les anges, dont les uns sont croyants, les autres incrédules. Plus tard ces djinns, souvent mentionnés dans le Korân et divisés en caté^ gorîes diverses, ont été le sujet de beaucoup de fables et, aujourd'hui encore, la croyance à ces êtres est générale. L'arrogance des djinns causa leur expulsion ; un ange chargé de les chasser les refoula sur le Kâf, chaîne de montagnes qui entoure la terre et d'où ils font des incursions de temps à autre. Puis vint la création d'Adam et cela le soir du sixième jour ; de là, la coutume des musulmans de chômer le vendredi. La création d'Adam fut suivie dé la chute de l'ange, vainqueur des djinns ; il fut réprouvé pour n'avoir pas voulu se prosterner devant l'homme, et s'appela désormais iblts ou le diable. La chute de l'homme est mise en rapport avec la Mecque et la Oa'ba ; c'est là qu' Adam retrouva Eve, et que la pierre noire reçut sa couleur des larmes du premier homme. On montre encore aujourd'hui le tombeau d'Eve à Djidda, port de la Mecque. Adam passe pour le premier musulman orthodoxe, car dès l'origine Dieu pourvut à la révélation.
Outre l'activité créatrice de Dieu, le Korân insiste sur son action conservatrice, son influence constante sur le monde, laquelle a pour instruments les anges. Ils portent son trône et exécutent ses ordres; mais ils sont aussi les intermédiaires entre lui et les hommes qu'ils accompagnent toujours. Celui qui observe un musulman en
prière, sfbte qu'il accomplit à Tlnstar deg anges du ciel, remarquera qu*à la fin, il tourne la tête d'abord à droite, puis à gauche. C'est afin de saluer les anges qui sont à ses côt^s pour Inscriie ses œuvres; celui de droite, les bonnes; celui de gauche, les mauvaises. On remarquera aussi dans les cimetières mahomëtans les deux pierres commémoratives qui sont sur chaque tombe. Dès que le mort est enterra (v, p. 108), les deux anges interrogateurs s'asseyent à GÔt^ de lui sur ces pierres et l'examinent ; c'est pourquoi celui qui préside à une sépulture, répète continuellement la profession de foi musulmane afin que le défunt ne l'oublie pas.
A côté des légions de bons anges, qui bien qu'avec des différences de formes , sont cependant d'une substance purement éthMt , se trouvent les suppôts de Satan , qui portent l'homme au mal et enseignent la sorcellerie. Ils cherchent à découvrir les secrets du ciel, mais ils en sont empêchés par les bons anges , qui leur lancent des étoiles filantes (idée fort ancienne)*
2® RéviéukTiONs ic&iTBB BT PBOPHBTEs. Los révélatious que Dieu a daigné faire à l'homme, reposent sur le principe de l'innocence primitive, ainsi que sur la disposition naturelle à l'islamisme qui se trouve dès l'enfance en chacun de nous ; les premiers hommes furent tous croyants, mais plus tard ils déchurent. Cette chute a nécessité la révélation qui a lieu par l'intuition et par la parole. Le nombre des prophètes est très grand, il s'élève jusqu'à 124,000, mais il y a des degrés entre eux. Quelques-uns furent envoyés pour introduire une nouvelle forme de religion; d'autres, pour conserver celle qui existait. Les prophètes ont été exempts de péchés graves. Malgré les miracles par lesquels Dieu confirma leur mission, ils furent généralement honnis et traités d'imposteurs. Les plus grands d'entre eux sont: Adam, Noé, Abraham, Moïse, Jésus et Mahomet.
Adanif dont il a déjà été question, passe pour le modèle de la perfection humaine, et c'est pour cela qu'il s'appelle aussi le « représentant de Dieu».
L'histoire de Noé est rapportée plusieurs fois dans le Korân, avec toute espèce d'additions ; on y voit par exemple que Noé eut un quatrième fils, qui fut désobéissant. Les avertissements du patriarche et le déluge y sont racontés en détail. L'arche serait restée sur le mont Djoûdi près de Mosoul et un autre homme aurait échappé au déluge, le géant 'Oûdj, fils de '£nak, qui était d'une grandeur fabuleuse et qui fait encore le sujet de contes populaires.
Abraham (Ibrahim) joue un rôle très important dans le Korân comme dans la Bible ; il y est aussi appelé l'ami de Dieu (v. ép. St Jacq. n, 23). Mahomet lui-même voulait rétablir la «religion d'Abraham». Le patriarche était surtout pour lui un personnage considérable comme père des Arabes par Ismael ; c'est pourquoi il lui attribue la copstruction de la,Ca'ba, où l'on montre encore l'empreinte de ses pieds. Un des plus beaux passages du Koràii,
et si beau que Goethe voulait en faire un drame, se trouve dans le VI® sourate, verset 76 ; on y raconte comment Abraham devint u^onothéiste. Son père était païen et Nemrod faisait alors périr tous les enfants nouveau-nés (confusion avec le massacre des Innocents) ; c^est pourquoi Abraham fut élevé dans une caverne, d'où il sortit à rage de quinze ans. Et comme une nuit sombre régnait au-dessus de lui, il aperçut une étoile et dit: «C'est mon Seigneur» mais lorsqu'elle disparut il ajouta: «Je n'aime pas celles qui disparaissent. » La lune s'étant alors levée, il répéta: «C'est mon Seigneur»; mais lorsqu'elle se coucha il dit : « En vérité, mon Seigneur ne m'a pas servi de guide pour que je sois du nombre des hommes errants.» Voyant ensuite le soleil se lever, il dit encore: «C'est mon Seigneur, il est plus grand»; mais lorsqu'il le vit se coucher il s'exprima ainsi: «Hommes, je n'ai que faire de ce à quoi vous rendez un culte idolâtre , car je ne détourne pas ma face de celui qui a créé de rien le ciel et la terre, et je ne suis pas de ceux qui lui associent quelque chose».
Outre qu'il rapporte les autres faits à peu près comme la Bible, le Korân contient encore la légende juive d'après laquelle Abraham, pour a\oir brisé les idoles, fut jeté au feu par Nemrod, mais en sortit sans dommage.
- L'histoire de Motse dans le Kor&n ne nous offre rien de particulier. Il y est fort souvent question de lui ; il est «l'interprète de Dieu» et il a apporté la Thora.
Mahomet commet un énorme anachronisme dans le récit de la vie de Jésus j en confondant sa mère avec Marie sœur d'Aaron. Il donna à Jésus le nom d'Isa, qui est en réalité le même que celui d'Esaû et un nom injurieux chez les Juifs , ce qui nous indique à quelle source il a puisé la plupart de ses légendes. 11 l'dppelle aussi le «verbe de Dieu», d'après St Jean (ch. 1). La naissance de Jésus est de plus comparée dans le Korân à la création d'Adam ; Jésus aussi fut prophète dès Tabord et déjà dans son enfance; il a fait des miracles qui surpassent ceux de tous les autres prophètes, y cooipris Mahomet. Il a apporté l'évangile et confirmé par là la thora ; toutefois certaines parties de la loi ont été abrogées par lui. Un autre a été crucifié à - sa place ; mais Dieu l'a cependant fait mourir pour quelques heures, avant de l'enlever au ciel.
Les recherches modernes font de plus en plus reconnaître qu'il y a bien peu de choses originales dans tous ces récits du Korân, que Mahomet n'a fait que répéter ce qu'il a entendu dire, qu'il a puisé à de mauvaises sources, juives d'alord, puis chrétiennes ou qu'il ne les a pas comprises. Il en est absolument de même de ses nombreux récits sur d'autres prétendus prophètes. Il en a même fait un sur Alexandre le Grand et représenté son expédition aux Indes comme entreprise dans l'intérêt du monothéisme. Alexandre trouve aussi le khi^r (qui se prononce aussi kha^r) ou la force vivifiante de la nature qui. d'une part, est confondue avec Elle, et
d*aiitr^ part identifiée avec St Georges. La seule chose qui nous importe encore, c'est de connaître le rôle religieux que Mahomet lui-même s'attribue dans la religion qu'il a fondée. Moïse et J.-O. ont annonce sa venue, mais les passages qui le concernaient ont été supprimés dans la thora et r^vangile. 11 est le Paraolet promis par J.-C. (St J., xiY, 19), le dernier et le plus grand des prophètes *, mais il n'est point non plus exempt de petits yéchéa. Il confirme les rtfv^ations antérieures, mais depuis sa venue elles sont abolies. Toute sa doctrine est une merveille, c'est pourquoi elle n'a pas besoin d'être confirmée j^r des miracles spéciaux* Cependant on a raconté plus tard une foule de miracles faits par lui, et s'il n'a pas été absolument déifié, on en a fait du moins le principal médiateur, l'intercesseur des hommes auprès de Dieu. La déification de l'homme n'est pas du reste dans les idées de la race sémitique ; ce sont les Persans qui, les premiers, ont fait de 'Ali et des imâms ses successeurs des êtres surhumains.
Le KosÂN fut cependant et assez tôt considéré comme quelque chose de tout à fait aumaturel. Ce mot signifie récitation, lecture. Il e«k divisé en chapitres ou sowratei» Le prophète eut sa première ré- Télatio» dms la «nuit bénie» de l'année 609. La «(révélation» du Korân, qui eut à subir de nombreuses interruptions, dura vingt-trois ans, jusqu'à ce que twuk le texte du livre, qui existait déjà auparavant dans le ciel sur une «table bien conservée», eut été apporté au prophète. Du temps des khalifes abbassides, on agita très vivement la question de savoir si le Kor&n était créé ou incréé (les chrétiens d'Orient ont montré de même et montrent, encore, une inclination particulière pour certaines subtilités dogmatiques telles que la question de la procession du St Esprit). Les chapitres les plus anciens du. Korin, ceux de la Mecque, qui sont maintenant à la fin du livre à cause de leur brièveté, ont beaucoup de vivacité et de fraîcheur ; la forme n'en est qu'à demi poétique, quoiqu'ils soient rimes. Dans ceux qui furent écrits par la suite, tout est calculé et le récit est souvent languissant. Cependant le Korân est regardé comme le chef-d'oeuvre le plus accompli de la littérature arabe ; les prières que récitent les muisulmans sont presque uniquement des passages de ce livre , bien qu'ils n'en saisissent nullement le sens intime, et que les premiers commentateurs eux-mêmes ne l'aient pas saisi; car quoique Mahomet se glorifie sans-cesse de son «livre arabe», il était grand amateur de toute sorte de termes étrangers. Il est interdit de traduire le Koriln ; les enfants des Persans , des Turcs et des Indous l'apprennent machinalement par ooeur.
3^ Fin et pb^dbstination db l'hommb. La résurrection est un Uième que le Korftn et les récits postérieurs ont extrêmement embelli ; mais le fond du dogme est certainement emprunté au christianisme, ainsi, l'attitude de l'antechrist et le grand rôle de J.-C. en ce jouc-là. Jésus fera de l'islamisme la religion universelle; avec lui
reparaîtront le Mèhdi , le douzième im&m (p. lOô), et la bête dtt monde (p. 96) ; les peuples de Qog et de Magog rompront la digue derrière laquelle Alexandre (p. 98) les a refo^ulés. La fin du monde sera annoncée au son de la trompette par Tange Asrâfîl ; au premier signal de l'instrument, tout sera frappa à mort ; au second tout ressuscitera. Alors viendira le jugement ; les bons passeront dans le paradis par un pont étroit comme un cheyeu, les mâchants ne pourront le franchir et tomberont dans l'abîme infernal (p. 190). Gertains musulmans croient à un empiro des morts, tel que les Hébreux et les Oreos le conceyaient ; d'autres prétendent que les âmes arrivent immédiatement après la mort à la porte du paradis. Tout homme sera jugé d'après les livres où ses actes ont été insorits par les anges (p. 108) ; le juste reçoit le livre dans la main droite ; le méchant, dans la main gauche qu'on lui attache sur le dos. La balance pour les bonnes et les mauvaises actions (p. 177) joue un rôle important, et cette idée a conduit plus tard à exalter la sainteté des oeuvres de Tlslàm jusqu'à en rendre le mérite transmissible. Les démons et les animaux seront aussi jugés. L'enfer et le ciel ont différonts degiés, et l'islamisme admet aussi un purgatoire d'où Tdu peut être racheté. Comme on le sait, Mahomet, en homme profondément sensuel, nous fait du ciel des pelnturos conformes à ses dispositions personnelles.
Toutes choses, et par conséquent la félicité ou la damnation, la destinée de chaque homme, sont absolument déterminées d'avance, selon la doctrine rigoureuse du Koi&n ; néanmoins avec le temps quelques sectes ont essayé d'adoucir cette pensée effrayante ; mais c'est justement là ce qui fait l'orgueil du musulman. En vertu de sa foi, 11 se regarde comme élu de Dieu et s'abstient généralement de chercher à convertir quelqu'un parce qu'il n*a pas le pouvoir de s'immiscer dans les décrets d'Allah.
Le Kor&n est en seconde ligne la norme de l'éthique» et contient non seulement les bases de la morale, mais aussi celles du droit civil.
La morale de l'islamisme, telle qu'elle est enseignée dans le Koriln, est parfaitement adaptée au caractère de l'Arabe. Parmi les devoirs généraux d'humanité, Mahomet vante surtout la bienfaisance, que l'on voit encore souvent mise en pratique. L'hospitalité est tfne vertu domestique chez- les Bédouins dé même que chez les paysans, partout du moins où les voyageurs européens n'en ont pas encore fait perdre l'habitude. La modération dans les désirs est une autre vertu capitale de l'Arabe , bien qu'il ait au fond la passion de l'argent. Les lois musulmanes relatives aux dettes sont très douces ; le prêt à intérêt est défendu, il est vrai, par le Korân, mais cela n'empêche pas qu'en Syrie le taux le moins élevé ne soit aujourd'hui de 12%. La défense de manger des animaux impurs, ^mme le porc, est plus anoieime que l'islamisme et repose, de même
que l'interdiction des spiritueux ^ sur des considérations hygiëni* ques; néanmoins il se consomme aujourd'hui dans les hantes classes, notamment chez les Turcs, beaucoup de vin et d'eaude- vie.
On rencontre très rarement des célibataires parmi les mahométans. La monogamie est en pratique plus fréquente que la poly^ garnie, car il y en a peu qui puissent suffire à l'entretien de plusieurs femmes (il n'est pas permis d'en prendre plus de quatre) ; et de plus les femmes se qaerell«nt trop si elles n'ont pas chaoune leur chez -soi. Que la femme soit traitée comme une marchandise, c'est l'usage primitif de l'Orient et le plus grand défaut de l'islamisme , quoique la position des chrétiennes et des juives ne soit guère meilleure dans ces contrées. Chose singulière, le musulman n'aime pas une femme pieuse et qui prie. Il est de rigueur qu'elle aille voilée ; elle considérerait comme une injure qu'on la supposât capable de se conduire avec la même liberté que les Européennes. Chez les chrétiens, eux-mémes,^e8 femmes sont, dans bien des églises, séparées des hommes par un treillis. En revanche, on volt souvent des paysannes et des Bédouines sans voile. Le musulman doit aux penchants personnels de Mahomet la grande facilité qui lui est accordée de divorcer ; il lui suffit de dire un mot pour que sa femme soit obligée dé partir ; mais elle conserve le douaire qu'il lui a constitué. Les enfants sont élevés dans une grande soumission à l'égard de leurs parents ; aussi leur témoignentils souvent plus de crainte que d'amour.
Un deroir capital du musulman est la pbisrb, qui se répète cinq fois le jour, et dont l'heure est indiquée par un crieur, le mou'etùn, du haut d'un minaret: 1^ quelque temps après le coucher du soleil (maghrêb); 2^ quand il fait complètement nuit, environ 1 h. ^/^ après le coucher du soleil ('aehâ); 3° au point du jour (acmbh); 4® à midi (dovhr); Ô^ le soir, environ 1 h. 1/2 ftvant le coucher du soleil Cftsf)' Ces heures de la prière indiquent en même temps la division du jour ; les Orientaux comptent en outre deux séries de 12 heures d'un coucher de soleil à l'autre, quand toutefois c'est l'usage de compter par heures, de sorte qu'elles varient avec le cours du sol^l, et qu'il faut régler à nouveau sa montre tons les jours. Cependant la plupart des gens se contentent de l'indication du mou'ezzin, qui, d'une voix sonore, adresse en chantant du haut du minaret ces paroles aux croyants : AUâkou acbar (trois fois) aehhadou anna là îtôAa îU-allâk, anna mouhamnudour'fasoûi^aUâh (deux fois) hayyâ 'aku^êolâ (^Ae\a. fois); c'est-à-dire: «Dieu est grand, j'atteste qu'il n'y a d'autre dieu que Dieu et que Mahomet est le prophète de Dieu; venez à la prière». Cet appel, lorsqu'il retentit au milieu du silence de la nuit, est une invitation solennelle qui excite à l'accomplissement de bonnes œuvres le fidèle qui veille peut-être. — L'obligation de se laver avant la prière est excellente au point de vue sanitaire ; il y a pour y satisfaire un
réservoir d'eau dans la cour de chaque mosquée. Dans le disert, le croyant peut se servir de sable pour remplir ce devoir religieux.
Lorsqu'il prie, le musulman se met nu-pieds et se tourne du côté de la Mecque, comme les Juifs se tournaient autrefois du côté de Jérusalem. Il porte ensuite les mains aux bouts des oreilles, puis un peu au-dessous de la ceinture, en récitant des passages du Korân et s'interzompant pour se prosterner la face contre terre, à des intervalles déterminés. Le vendredi, la prière de midi a lien ^/4 d'h. plus tôt et elle est suivie d'une prédication. Cependant le vendredi n'est nullement un jour de repos chez les mahométans ; oe n'est que récemment, et à l'imitation des chrétiens, qu'on a pris l'habitude de fermer les tribunaux ce jour-là. Les Bédouins prient rarement, tandis que chez les Ouahhabites de T Arabie centrale, on fait un appel à la prière du matin , et l'on punit quiconque n'y répond pas.
Très souvent , on récite du Korân le chapitre premier qui est l'un des plus courts, ^ qui correspond à peu près à l'oraison dominicale des chrétiens. On l'appelle el-fâtiha (l'introduction) dont voici le sens : «Au nom de Dieu, clément et miséricordieux. Gloire à Dieu, le maître des créatures, compatissant et miséricordieux, le juge suprême ; nous te servons et nous implorons ton secours ; conduis-nous dans la voie droite, dans la voie de ceux à qui tu as accordé tes grâces, sur lesquels ne pèse aucune colère et qui ne s'égarent pas. Amen».
Un autre devoir du croyant est le jeûne, qui s'observe durant le mois de ramadan. Depuis le point du jour jusqu'au soir on ne doit rien prendre et les gens pieux n'avalent même pas leur salive. Ce jeûne est observé très rigoureusement , mais les longs festins de nuit sont un dédommagement auquel on pense tout le jour. Pendant ce mois bien des affaires sont suspendues. L'année arabe étant une année lunaire et par conséquent de 11 jours environ plus courte que la nôtre , il en résulte que le mois de ramadan parcourt toutes les saisons dans l'espace de 33 ans, et que, lorsqu'il a lieu en été, la soif le rend particulièrement pénible.
Il faut encore mentionner le pèlerinage de la Mecque que tout musulman doit faire une fois dans sa vie. La véritable caravane des pèlerins part de la Syrie, savoir de Damas (qui s'appelle «la porte du pèlerinage»), au mois de Dhoul-^a'dé, en suivant la grande voie qui passe par Médiue. Arrivés dans le voisinage de la Mecque, les pèlerins doivent ôter leurs vêtements, même leurs coiffures ; il ne leur est permis que de se mettre un pagne et un morceau d'étoffe sur l'épaule gauche. Alors ils font le tour de la Ga'ba, baisent la pierre noire , vont entendre la prédication sur le mont 'Arafat, près de la Mecque , jettent de petites pierres à Satan dans la vallée de Mina et terminent leur pèlerinage par un grand sacrifice. Le jour où cela se fait à la Mecque , on immole des moutons dans tout l'empire de l'islam; c'est le jour de fête du grand Baïram (le petit a lieu après
le ramadan). Nombre de pèlerins succombent aux fatigues du voyage par terre, cependant la plupart font malTitenant le voyage en bateau. Le mois du pèlerinage, le Dhoul-hldj^ termine Vanui^e musulmane. — Pour trouver avec quelle ann<$e des Arabes correspond une année de notre ère , il faut en ôter le nombre 622, diviser le reste par 33 et ajouter le quotient au dividende : on n'aura naturellement qu'un résultat approximatif. Le 23 nov. 1881 a commencé Tannée 1299,
La plus grande partie de la littéraiure arabe se rattache au Korân. De bonne heure on a écrit des commentaires sur les passages obscurs de ce livre ; il en est résulté peu à peu une série d'ouvrages exégétiques qui donnent par le menu toutes les interprétations possibles. On ne s'est d'abord occupé de grammaire qu'à cause du Korân. Ce livre avant tout a servi de base à la littérature juridique qui tend à prendre des proportions énormes. C'est de nos jours seulement, qu'on a essayé d'abroger l'ancienne législation et d'en introduire une nouvelle conforme à celles de l'Europe. Les Bédouins ont encore leur droit coutumier spécial.
Les musulmans n'ont pas toujours été d'accord en matière de droit et de questions théologiques et moins encore en fait de cérémonies. Il y a d'abord quatre sectes orthodoxes, celles des hanéfites, des châféilea, des malékUes et des han^alites, nommées ainsi d'après leurs fondateurs. Ce qui est p^us important pour nous, ce sont les tendances libérales, dont l'existence antérieure est due en partie à l'influence de la philosophie grecque. Non seulement le parti orthodoxe en a triomphé , mais encore il est resté vainqueur dans la lutte contre les tendances à la vie joyeuse et sensuelle des beaux temps des khalifes.
L'ascétisme et l'exaltation religieuse ne se développèrent pas moins dans l'islamisme , mais en même temps aussi, un oourant de pur mysticisme , surtout en Perse. Les mystiques (soûfi) prennent beaucoup de passages du Korân dans un sens allégorique ; cette tendance les fit souvent tomber dans le panthéisme. Ce sont eux qui tout en demeurant fidèles à l'islam, ont fondé les ordres de derviches, en particulier le célèbre Ibn el-Arabi, né en 1164. Ces moines sont encore aujourd'hui en grande vénération parmi le peuple (de même que les fous) ; ils portent habituellement au bras un vase de bois,, dans lequel on leur met de la nourriture ou une aumône. On leur attribue encore aujourd'hui le pouvoir d'accomplir des miracles. Ils hurlent quelquefois des heures entières le mot hoû (lui, Dieu), ou allah, pour se mettre en extase.
Dbsyicbbs (darouteh, plnr. darâot^ch). Les canses de Tapparition du msrsticisme tiennent soit a la nature intime de risiamisme, soit aux circonstances extérieures. Une pensée qui revient fréquemment dans le Korân, c^est que la vie terrestre n'*a pas de valeur, qu'houe n^est qu''une déception ai un temps dYpreuve. Ce qui favorisa ces vues pessimistes sur le monde, ce fut le penchant de Mahomet à envisager la divinité par son côté redoutable. Il en résulta chez les confesseurs de Tlslamisme un profond sentiment de crainte. De là, pour les âmes qui avaient le sens de la foi, un retour sur elles-mâmes . une tendance à se soustraire à un monde- mau-
yai«, séjour des mécomptes et de nUusion des sens ; de là aussi, des ex< P^iations ascétiques ayant pour but de s'^assurer au moins le monde à venir. Le fond même de cette tendance à Tascétisme conniRtait à s'efforcer de parvenir à la connaissance de Dieu par des moyens intuitifs, par la voie de Textase. L'amour mystique pour Dieu fut le grand ressort servant à se transporter dans les mystères de Textase, puis en s'absorbant dans la contemplation, à s'snéantir soi-même (fand)^ et par. là, à se perdre en Dieu (ittihâd). Tout comme en Europe, les couvents et les moines mendiants durent leur naissance aux ascète» et aux ermites, de même, Tascétisme musulman aboutit à une mendicité organisée. Tandis qu'à Torigine, de nobles penseurs et d^abiles poètes, tels que les Persans SaMi et Hftfis, se rattachèrent à cette tendance , le derviebisme est aujourd''bui tombé dans l'avilissement; l'esprit en a disparu et il ne lui est resté que les moyens mécaniques de se mettre en état d'extase et de rendre le corps insensible à toutes les impressions extérieures.
Le CULTB DBS 8AINT0 ET DBS MABTYRS s'CjSt développ<î de bOTinc
heure chez les musnlmana. On allait en pèlerinage aux toml)eaTix parce qu*on croyait qne la mort n'interrompait pas les relations. C'est ainsi que celui de Mahomet, à MMine, et celui de son petitflls Housein, à Kerb^a, ont acquis une c^^rittf universelle. Bientôt chaque petite ville eut son tombeau de saint. Le voyageur trouvera dans ou à côttf de la plupart des villages de Syrie de petites constructions à coupole et à fenêtres trellliss^es, d^sign^es sous le nom de ouéliy qui signifie en même temps saint et tombeau de saint. On voit souvent aux treillis de petits morceaux d'rftoflPe qu'y accrochent des personnes pieuses ou qui ont fait un vœu ; on en suspend aussi à des arbres regardas comme sacrés ; c'est une pratique qui remonte aux anciens temps. Les saints, qui rarement sont du sexe féminin, portent aussi les titres suivants : néhi prophète ; imâm on cheikh chef spirituel; séiyid, en syrien mârj seigneur; les chapelles qui leur sont consacrées s'appeUent aussi koubbê (coupole), makâm (station), mezâr (lieu de pèlerinage).
A la fin du siècle dernier, il se fit contre les abus de l'islamisme une réaction qui partit de l'Arabie centrale. Les Ouahhabites, ainsi nommés d'après leur chef 'Abd el-Ouahhâb, voulaient rétablir la religion dans son ancienne pureté ; ils se déclarèrent contre le culte des saints, détruisirent les tombeaux, même ceux de Mahomet et de Housein et s'efforcèrent de ramener les mœurs à leur pureté et à leur simplicité primitives, défendant même de fumer du tabac, comme substance enivrante. Ils devinrent bientôt une puissance politique, et si Méhémet-Ali ne leur avait pas fait la guerre dans son propre intérêt, ils seraient encore plus puissants aujourd'hui. Néanmoins ils forment toujours un Ëtat considérable ; mais il est presque impossible de pénétrer dans leur pays. Les Ouahhabltes ont aussi exercé quelque temps , et fort au loin dans la Syrie, une sorte de suprématie sur les tribus nomades. Au point de vue politique, on peut considérer le mouvement en question comme une réaction antiturque ; les Turcs, ne fût-ce que parleur insouciance de tout moyen d'instruction, sont bien plus que les Arabes, responsables de l'état actuel des choses en Orient.
Nous n'avons parlé jusqu'à présent que des dogmes d'une grande
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secte musulmane, des sunnites Çsunna^ tradition). De très bonne heure se forma celle des chiites (chTa^ secte; v. p. 72); ils placent 'Àli, gendre de Mahomet, au même rang que lui et même au-dessus, ils le considèrent comme rincamation de la divinité, et croient aux imâms, chefs spirituels descendants de 'AU. D'après eux, le dernier imam n'est pas mort, mais il se tient cach<^ pour reparaître au jour du jugement dernier (le mehdi). Les données sur le nombre de ces imàms varient. Les Persans sont tous chiites ; en Syrie, cette secte, sauf un petit nombre de chiites immigr<$s , et de Persans qui vivent sous la protection de leur consulat, est surtout représentée par quelques rameaux ëpars au milieu de la population indigène. Elle s'était promptement répandue dans l'Ouest, particulièrement en Egypte sous la dynastie fatimite. Les chiites sont très fanatiques ; ils ne mangent avec aucune personne d'une autre croyance. Ceux d'entre eux qui ont le mieux conservé le caractère de la secte sont les Metâouiléj qui ont des villages dans le nord de la Palestine, dans le Liban, jusqu'aux environs de Hcems et même plus loin encore vers nord ; ils se sont faits une réputation de voleurs et d'assassins. De ces sectaires se rapprochant surtout les Ismaéliens ^ qui dérivent leur nom d'Isma'îl, le sixième des imâms descendant de 'Ali (seconde moitié du vin« s. de notre ère) ; ils sont Identiques aux fameux Assassins du moyen âge, dont le nom signifiait fumeur de hachich (v. p. 74). La fermentation religieuse de ces premiers siècles de l'islamisme fut considérable: vieilles superstitions du paganisme, philosophie grecque mal comprise, dualisme de Zoroastre, métempsycose, système matérialiste même, tout se croisa, se confondit, et il en sortit des religions dont on ne saurait débrouiller les doctrines sans la pleine intelligence d'une foule de spéculations extrêmement oiseuses pour nous. Il existe encore aujourd'hui diverses religions de ce genre, réduites à l'état de pétrification comme doctrines secrètes ; mais au fond c'est un tissu de riens ou d'absurdités. Les partisans de ces sectes se donnent volontiers pour chrétiens avec les chrétiens e(t pour musulmans avec les musulmans, uniquement afin d'éviter sur leur religion des questions embarrassantes. Il y a divers degrés d'initiation aux mystères de ces sectes ; l'initié reçoit des explications de plus en plus allégoriques du Kor&n, jusqu'à ce qu'il ne reste plus rien de la base de la foi ou peu s'en faut. — Les Ismaéliens habitent le nord de la Syrie, dans les environs de Hœms, comme les Nosatriens, avec lesquels ils ont beaucoup de choses communes. On a voulu, de nos jours, voir en eux des manichéens. Il est de fait qu'ils ont apparu dès le x® s. de notre ère et qu'ils habitèrent d'abord sur les rives de l'Ëuphrate. Ils semblent avoir conservé de nombreuses superstitions des temps où le paganisme régnait en Syrie ; cependant ils croient à la Trinité , ils ont une sorte de cène avec le calice , et possèdent des livres religieux qui leur son't propres. Dans leurs prières, ils se tournent vers le soleil couchant. Ils occupent au nord de> la Syrie les montagnes qui por-
tent leur nom , et se livrent à Tagriculture ainsi qu'à l'élève du bétail.
C'est de la même source de superstitions diverses qu'est sortie la religion des Druses. Le khalife Hàkim - Biamrillah (996-1020) d'Egypte s'étant donné pour l'inoamation de 'Ali (p. lOô), un rusé sectaire persan du nom de Mohammed ibn Isma'îl ed-Darazl répan^ dit cette doctrine en y mêlant celle de la métempsycose, et il trouva surtout des partisans dans le sud du Liban (Ouadi et-Teim). Un autre sectaire, appelé Hamza réduisit le tout en un système religieux. Les Druses ne sont pas une race étrangère au pays, mais une caste séparée depuis des siècles de la population syrienne et arabe, et dans laquelle cependant le vieil élément syrien est de beaucoup prédominant. Ils -se nomment eux-mêmes unitaires; Ils croient en un Dieu qu'on ne peut ni reconnaître ni définir, qui se révèle et a paru sous forme humaine , en dernier lieu , dans la personne de Hftkim. Mais celui-ci, le dernier prophète, le fondateur de la vraie religion n'est mort que pour éprouver ses partisans, et voir s'il n'y en avait pas qui l'eussent suivi par intérêt. Un jour il reviendra, fondera un grand empire et convertira l'univers à sa religion. Les Druses possèdent un certain nombre de livres religieux. Ceux qui ont passé par tous les degrés de l'initation s'appellent 'akkâl, intelligents ; les initiés ne fument pas de tabac. Les Druses célèbrent leur culte dans de petites chapelles solitaires (khalouet). Leurs femmes portent une coiffure singulière en forme de corne , le tantour. Les Druses se distinguent par leur hospitalité, leur amabilité et sont habituellement en bonne intelligence surtout avec les consulats anglais. Leur bravoure les a rendus célèbres et redoutés, et s'ils n'étaient pas désunis entre eux , ils seraient souvent devenus très dangereux pour les Turcs. Mais leurs familles princières ont toujours eu trop d'ambition pour se soumettre Tune & l'autre. Ce peuple a su longtemps se maintenir indépendant et il l'est encore jusqu'à un certain point. Un de ses princes les plus illustres a été l'émir Béchîr, dont la puissance tomba lorsque Méhémet-'Ali perdit la Syrie (p. 482). Les Druses vivent dans la plus grande inimitié avec les Maronites du Liban (p. 93). Lorsqu'ils se virent sur le point d'être châtiés pour avoir massacré les chrétiens à Damas en 1860, un bon nombre se réfugièrent dans le Haour&n (p. 42Ô). Leurs villages sont administrés par des anciens ; un cheikh druse complètement armé et à cheval présente un aspect imposant. Un de leurs héros les plus énergiques fut le cheikh Isma'îl el-A(rach, qui habitait le Haourân (v. p. 435) ; sous sa domination ce pays a été plus tranquille quHl ne l'est depuis longtemps avec les garnisons turques.
Mœurs et ut âges des indigènes syriens et en partionlier des musulmans. Le voyageur remarquera facilement que les mœurs des habitants et surtout des paysans de la Syrie sont les mêmes, sous bien des rapports, que celles qui nous sont décrites dans l'Anùen et le Nouveau Testament,