BETHLÉHEM
Route 6. 261
blanches. Les bases de ces colonnes reposent sur une dalle carrée; leurs chapiteaux sont corinthiens d'apparence , mais d'un style un peu dëgén^r^ et ils portent, dans le haut, une petite croix ciselée en creux. Chaque colonne , y compris sa base et son chapiteau, a 6 m. de hauteur. Sur les colonnes reposent des architrayes qui, dans les nefs latérales, portent les pièces de bois de la toiture. Les nefs des bas côtés n'ont pas été élevées comme ailleurs, à la hauteur de celle du milieu par exhaussement continu, mais on a construit sur les architraves des colonnes de la rangée intérieure, des murs de 9 à 10 m. de hauteur sur lesquels reposent les solives de la toiture. Le toit aigu actuel ne date que de la fin du xvii^ s. ; il était dans le principe richement peint et doré. La lumière ne pénètre que par les fenêtres percées dans le mur supérieur et chacune d'elles correspond à un entre-colonnement. Les surfaces entre les architraves et les fenêtres furent revêtues au xn® s. de plaques
MHrrm
1. Entrée principale. — 2. Entrée du couvent arménien. — 3. Entrée de Véeole de 8t- Jérôme. — 4. Entrée du couvent grec. — 5. Fonts baptismaux des Grecs.
— 6. Entrée du chœur pour les Grecs. — 7. Entrée du choeur commune aux Grecs et aux Arméniens. — 8. Autel arménien. — 9. Entrée de Véglise latine.
— 10. Escalier de la grotte de la Nativité (v. le plan p. 264). — 11. Autel, grec. — 12. Chœur grec. — 13. Trône du patriarche grec. — 14. Bièges du clergé grec. — 15. Ôiaire. — 16. Eglise de Ste-CaiheHne latine. — 17. iSfacristie des Latins. — 18. Entrée du couvent latin. — 19. Escalier des grottes.
— 20. Escalier de la citerne Ste-Gatherine. — 21. (kntvent latin. N.B. Les lignes ponctuées sur le plan indiquent la situation des grottes qui sont au-dessous de Féglise : v. le plan spécial p. 264).
262 Route 6. BETHLÉHEM. De Jérusalem
de marbre et de mosaïques. Ces mosaïques divisées en cinq rangées , représentaient de bas en haut les objets suivants : 1® les bustes des ancêtres de J.-C. ; 2° les principaux conciles, dans une série de compositions séparées par des rinceaux fantastiques ; 3° des feuillages et des rangs de perles formant une frise; entre les fenêtres , 4® des anges ; Ô® une seconde frise pareille à celle que nous avons mentionnée. Ces mosaïques sont malheureusement fort dégradées. On voit encore, au S. (dr.), environ sept bustes qui représentent les derniers ancêtres de St Joseph ; plus haut, des arcades où sont figurés des autels couverts d'une draperie sur lesquels reposent les Évangiles. Plus haut encore une inscription offre un extrait des décisions du concile de Constantinople ; elle est surmontée de deux croix. A côté des arcades est représentée une grande plante fantastique, formée de cubes de verre de couleur sur fond d'or. Les fragments qui subsistent du côté N. (g.) sont plus considérables. Nous y remarquons aussi dans les intervalles des compositions, des plantes fantastiques avec des vases ou des croix, mais au lieu d'arcades ce sont des Intérieurs d'églises avec des autels portant les évangiles. Deux de ces églises se voient encore en entier, celles d'Antioche et de Sardique, mais il ne reste que peu de chose d'une troisième. Le dessin en est naïf et sans perspective. Il y a aussi de ce côté des inscriptions grecques relatives aux décisions des conciles. D'anciennes relations de pèlerins nous apprennent dans quel ordre étaient représentés les conciles et nous donnent les inscriptions qui les accompagnaient. Entre les fenêtres , se voient encore les restes de six figures d'anges. — Telle est la disposition de la partie antérieure de la basilique.
Nous entrons maintenant dans le transept par un passage du bas côté de dr. ou de g. Cette partie de l'édifice est aussi large que la nef majeure et présente avec elle la forme d'une croix. Aux quatre angles formés par la rencontre des côtés du transept et de la nef, se trouvent quatre pilastres dans lesquels sont engagées des demi-colonnes correspondantes aux colonnes de la nef. Il y a des absides semi-circulaires aux extrémités du transept. Les nefs se prolongent même au delà de celui-ci , mais les nefs latérales sont de longueur inégale et se terminent par un mur droit, tandis que la grande nef aboutit à une abside arrondie qui correspond aux absides du transept. Cette partie de l'église était pareillement ornée de mosaïques, dont les sujets étaient surtout tirés de l'histoire de J.-C. Il n'existe plus que celle de l'abside méridionale du transept, qui représente d'une manière fort originale l'entrée de Jésus à Jérusalem. Le Sauveur, monté sur un âne, est accompagné de l'un de ses apôtres (on ne voit plus les autres) ; le peuple, sorti de la ville, vient au devant de lui ; on remarque une femme avec un enfant sur son épaule; des enfants étendent des tuniques sur le chemin ; un homme monte sur un arbre pour en couper des rameaux. Dans l'abside du N., on voit encore Jésus disant à St Thomas de
àBôthléhem. BETHLÉHEM. Rouie 5, 263
mettre le doigt dans les trous de ses plaies ; les apôtres n'ont pas des nimbes ; an fond se voit une porte fermée, eu avant de laquelle sont des arcades avec des chapiteaux omés de rinceaux ; TarCade du milieu est ogivale. Le troisième fragment représente Tascension, mais la partie supérieure a disparu. Les apôtres y sont également sans nimbes, et au milieu se trouve la Yferge, 0ntre les deux anges. Nous laissons de côté d'autres petits fragments.
Dans la partie méridionale du vestibule (pi. 2) se trouve l'entrée du couvent arménien j dans l'abside méridionale du transept (pi. 4), celle du couvent grec, et près de là, leB fonts baptismaux des Grecs (pi. 5), ainsi que Vautel de la Circoncision.
Cbypte. La crypte est située sous le chœur de la basilique ; elle a trois entrées , deux se faisant face de chaque côté du chœur (pi. a). L'escalier du N. a 16 marches et celui du S. 13 ; la troisième entrée (pi. b), établie par les Franciscains en 1479, se trouve dans l'église Ste-Catherine. L'entrée de l'escalier (pi. g) qui y conduisait autrefois au ]^oint de rencontre des galeries du cloître est maintenant murée. Les deux escaliers (pi. a) descendent directement à la partie la plus importante de la crypte, la chamelle de la Kativité. Cette chapelle, qui est éclairée par 32 lampes, mesure 12m. 40 de longueur (de l'Ë. à l'O.), 3m. 90 de largeur et 3 de hauteur. Le sol en est couvert de plaques de marbre, de même que les parois, qui sont du reste en maçonnerie. Dans la niche à l'Ë. se voit sous l'autel une étoile d'argent (pi. d) dans le sol avec l'inscription : *iHic de Virgine Maria Jésus Christus natus esby. Autour de cette niche brûlent 15 lampes, dont 6 appartiennent aux Grecs , Ô aux Arméniens et 4 aux Latins. On y remarque aussi des traces de mosaïques. Ce lieu fut déjà richement orné du temps de Constantin ; il a joui plus tard d'une haute réputation, même parmi les musulmans.
Presque en face de la chapelle, il y a trois degrés (pi. e) par où l'on descend dans la chapelle de la Crache. La crèche dans laquelle, selon la tradition , fut déposé l'enfant Jésus est de marbre , blanc dans le fond et brun à la paroi antérieure ; il s'y trouve une représentation en cire de l'enfant Jésus. C'est à Hélène qu'on attribue d'avoir trouvé la crèche véritable, qui fut portée à Rome. Celle qui se trouve ici et la chapelle ont subi dans le cours -des siècles les transformations les plus diverses.
Dans la même chapelle, à l'E., se trouve Vautel de V Adoration des Mages (pi. f); il appartient aux Latins et il est orné d'un assez bon tableau de l'adoration , par Maello, peintre de la fin du siècle dernier.
Nous suivons maintenant la galerie à l'O. Avant une courbe qu'elle fait au N. (à dr.) se voit à dr. un trou rond (pi. g), d'où jaillissait, dit-on, une source pour la Ste Famille. Il s'est formé au xv^ s. une tradition d'après laquelle l'étoile qui avait conduit les Mages et s'était arrêté^ au-dessus de la maison , serait tombée
264 Boute fi. BETHLÉHEM. T>e JéniaaUm
lUiLS ce puitB , où les vierges Beules pouvaient la voir. Pies^nt ioi par u[ie porte et touinatit h dr. , on arrive dam un couloir étroit pratiqua dane le rocher (pi. li), probablement de 1476 A 14TSI, par les franciecaine, et de \i dans une cliapelle (pi. i) érigée en 1621 à l'endroit oil St Joseph aurait reçu de l'ange l'oidie de fuir en Egypte: on an fait aussi le tb^tre de scènea différentes. Cinq marches descendent de cet endroit dans la thapcUe du innoecnla (pi. k), lien où, d'après une tradition du xV s. , Hérode fit massacrer plusieurs enfanta que leurs mêrea y e'taient venues eai^her:
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la voûte du rocher est soutenue par une grosse colonne. Sous l'autel est une grille de fer , ordinairement (ennie , ouvrant sur une petite gratte natuielle sans oinements.
Eu allant tout droit, nous arrivaiie i l'eacalier qui monte à l'église Ste-Catherine. Si au contraire noua tournons à g. , nous rencontrons l'autel et le toiDbesu de St Eiuibt de Crénutne (pi. 1), dont il est fait mention pour la première fois en 1ÔÔ6. Il tftait disciple de St Jérâme , et vendit ses biens pour aider son maître il fonder un couvent à Betblfhem ; U mounit en 422. Plus loin se trouve la chopeiU funiraire de St Jérôme (pi. m), creusée daus le roc. Le tomlieau est L l'O., on ne le montre i, cet endroit que depuis trois cents ans. On rapporte de bonne heure déjà que St Jiirâme se fit inhumer tout près du lieu où naquit J.-C.
ai JérOme, l'uB d«a l'èrcs de l'Eglise, nâquil en 331 à SlridOD, en
rejut l ordre
à BeihUhem, BETHLÉHEM. Boute 6. 265
j alors la vie ascétique } puis il se rendit à Constantinople et de nouveau ' à Rome, où il se forma autour de lui un cercle de femmes chrétiennes f auxquelles il expliquait la Bible. L'une d'elles, Paula, et sa lille entre- ' prirent avec lui un pèlerinage aux lieux saints. Il se retira ensuite à
\ Bethléhem, où il dirigea une espèce de monastère^ il mourut en 420. St I Jérôme est célèbre comme savant; quant au dogme, il prouva par sa I soumission au siège de Borne qu'il était fort soucieux de sa réputation f d'orthodoxie ; il apprit l'hébreu avec des juifs , corrigea une ancienne ;. traduction latine de la Bible (l'Itala), et fit ensuite lui-même une version de la Bible entière sur les textes originaux (la Vulgate). Il distingua comme les docteurs de l'Eglise grecque entre les livres canoniques et non canoniques qu'il appela apocryphes. On a aussi de lui des lettres intéressantes.
Son élève Paula et Eustochie , la fille de cette dernière , étaient deux savantes matrones. Ste Paule dirigea un couvent de femmes à Bethléhem et y mourut. Son tombeau était jadis au S. de l'église-; depuis 1566, on le montre à l'E. et en lace de celui de St Jérôme.
Un peu plus loin au N. est située la chapelle de St- Jérôme (pi. n), dans l'endroit où l'on dit qu'il demeura et fit ses travaux. Elle est spacieuse et creusée partout dans le roc vif, sauf au N. ; il s'y trouve une fenêtre donnant sur le cloître et un tableau représentant St Jérôme la Bible à la main. Il n'est fait mention de cette chapelle qu'en 1449 ; on y montrait aussi le tombeau du saint.
Nous quittons maintenant cette vaste crypte en retournant sur nos pas pour monter par le troisième escalier (pi. b) dans Véglise de Ste- Catherine y qui appartient aux Latins et qui est séparée de la basilique par un mur. Cette église est richement ornée; elle est probablement identique avec la chapelle St-Nicolas du xiv® s., fut agrandie au xvi^ s. et restaurée plusieurs fois depuis lors. Une porte sert de sortie, une autre est Centrée du couvent des Franciscains, qui domine le Ouâdi el-Kharroûbé et auquel ses fortes murailles donnent l'aspect d'un château fort; il peut loger beaucoup de voyageurs et possède de beaux vergers. ( Le couvent arménien mérite une visite, parce qu^on y a, du toit,
la plus belle vue sur Bethléhem et ses environs. Du couvent latin, le regard s'étend surtout à l'O. et au N., on y voit par conséquent Mâr Elyâs, Beit Sâhoûr, etc., et déplus une partie de la mer Morte; du couvent arménien, au contraire, la vue embrasse au S. t et à l'E. le Ouâdi er-Râhib, jusqu'à ïhécoa, et le mont des Francs.
Au S. de la basilique, un chemin partant de la place qui la précède passe entre des maisons, le couvent grec et ses dépendances, et conduit en pleine campagne. La colline se prolonge encore de ce côté à une certaine distance avant de s'abaisser dans la
^ vallée. Après 5 min. de marche, ou atteint, à dr., la grotte du ' Lait ou des femmes, D^une grande entrée voûtée, on descend par 13 degrés dans une grotte creusée dans le roc, longue d'environ 5m., large de 3m. et haute de 2m. 60. Elle appartient aux Latins, avec l'autel qui s'y trouve. La tradition relative à cette grotte varie beaucoup; elle dit que la sainte famille y séjourna ou s'y tint cachée, et que ce lieu doit son nom à une goutte du lait de la
266 Boute 5. BEIT SAHOÙR. De Jérusalem
Vierge qui serait tombée sur le sol. Durant des siècles et jusqu'à nos jours, les chrétiens et les musulmans ont cru qu'une infusion de la pierre calcaire de cette grotte donnait plus de lait aux nourrices et même aux animaux. Aujourd'hui encore, on Tend aux pèlerins des gâteaux ronds faits avec du calcaire pulvérisé.
Pour aller à Beit Sâhoûr et au champ des Bergers, nous pouvons suivre à l'E. le chemin que nous avons pris pour venir à la grotte du Lait ; mais la pente est si raide , que nous ferons bien d'envoyer par un autre chemin les chevaux nous attendre. A 7 min. de la grotte, nous voyons un peu à dr. , une petite ruine à l'endroit où se serait trouvée la maison de 8t Joseph et où il aurait eu le songe ; la tradition qui s'y rapporte remonte jusqu'au moyen âge. Bientôt après nous sommes au pied de la colline et 4 min. plus loin, au village de Beit Sàhoûr, qui s'appelle aussi Beit Sâhoûr en-Nasâra, c.-à-d. des Chrétiens, pour le distinguer de celui que nous avons mentionné p. 241. Il se compose d'une cinquantaine de maisons , et il est habité par des Grecs orthodoxes et un petit nombre de Latins. Sepp a vu dans le nom de ce village celui à'Echkhoûr delà Bible (I Chron. ii, 24 ; iv, 5). On y trouve des grottes et des citernes; celle de ces dernières qui est à l'endroit le plus élevé au milieu du village, est célèbre en ce que la tradition y place l'accomplissement d'un miracle: les habitants ayant refusé de donner à boire à la Vierge, Teau sortit d'elle-même de cette citerne. On place maintenant ici le lieu où demeuraient les bergers (St Luc II, 8). Le village est mentionné pour la première fois par des pèlerins du xvi* s.
Pour visiter la grotte des Bergers, il faut en demander ici la clef au couvent grec (Deir er-Roûm). On monte ensuite à cheval pour passer vers TE. dans une petite plaine bien cultivée ; la tradition, sans être bien fondée, en fait le champ de Booz, connu par le livre de Ruth. Au bout de 10 min., on atteint la grotte des Bergers, qui est située au N.O. au milieu d'un groupe d'oliviers entourés d'une clôture. Une traditionremontant jusqu'à 670, peutêtre même jusqu'au temps de la matrone romaine Paula (^p. 265) prétend que c'est dans ce lieu, que les anges annoncèrent aux bergers la naissance de J.-C. Il y a existé pendant des siècles une église et un couvent ; mais il n'est question de la grotte que depuis les croisades. La chapelle souterraine (21 degrés) appartient aux Grecs; elle ne contient plus que quelques restes d'un pavé de mosaïque du moyen âge, outre des peintures et des fûts de colonnes. Tout autour se voient des ruines, qui sont probablement celles de l'église Qloria in excelsis du moyen âge. On a voulu de nos jours fixer l'emplacement de cette église à 1 kil. au N. ; mais alors il faudrait aussi y transporter la <(tour des Bergers» ou la tour Eder. Paula voit déjà cette tour (Gen. xxxv, 21) dans le champ des Bergers; tandis qu'au moyen âge on la disait du côté de Thécoa, on la montre de nouveau ici à partir du xvi« s.
h Bethléhem. THÉCOA. Route 5. 267
En revenant à Bethléem, on laisse à g. le cliemin du village de Beit Sâhoûr; la montre est moins raide au N.E. qu'à l'E. ; on arrive directement par ce chemin au couvent des franciscains.
De Bethléhem aux bassins de Salomon, par Artâ3, p- 272.
De Bethléhem à 'Aïn Câbim (2 h. 20 min.)* — on atteint d''abord, en 25 min., JBeit JDjâla (p. 268) et en 13 autres min. Bir Haouna; puis on descend dans le Otiâài Ahmedy vallée étroite mais fertile, plantée de vignes et d'oliviers, et Ton croise au bout de 46 min. la vallée des Roses (p. 340). En face de Textrémité du Ouâdi Ahmed se trouve un autre chemin qui gravit la montagne. A 25 min. au K.O., on croise une petite vallée, on en suit le côté droit, on passe devant quelques tombes et Ton arrive à une grande route. 4 min. après, on est sur la hauteur, d'oii Ton a une belle vue sur 'Aïn Cârim, Kalôniyé^ Nébi Samouîl, etc. 30 min. de descente rapide dans une étroite mais fertile vallée conduisent au village de '^-4»» Cârim (p. 293).
De Bethléhem à Engeddi pak Thécoa (8 à 9 h.). — Il faut (v. p. 300) pour traverser le désert de Juda une escorte de Ta^âmiré demi-Bédouins qu'on fait venir à Bethléhem ou à Jérusalem pour s'entendre avec eux. Le cheikh 'Ououeida ou 'Abd el-Gâdir sont recommandables. Si Ton voyage sans tente et qu'on n'arrive pas en une journée à Engeddi, on trouve protection et abri dans un des nombreux campements de la tribu. A Engeddi , on peut au besoin passer la nuit en plein air. — Il y a une grande journée de marche fatigante de là à Hébron (p. 301) ou à Jéricho (p. 287).
Histoire. Le désert de Juda est mentionné dans son ensemble par l'Ancien Test. (Ps. lxiii, 11) ou dans ses parties (II Chron. xx, 20; I Rois XXIV, 2 etc.). Il consiste en un plateau déchiré par de profonds ravins, et sur lequel s'élèvent des monticules coniques. C'est un désert jaunâtre et sans eau, d'une largeur de 25 kil. et d'une longueur d'environ 100 kil. La chaleur de cette contrée dépourvue d'arbres et qui n'est parcourue que par des Bédouins, est considérable.
On suit d'abord le chemin (1 h. 20> du mont des Francs (p. 272). Avan d'arriver à la montagne, il y a à dr. un chemin menant à Khirhet Tékoû^a, sur le sommet d'une longue colline (730 m. d'altit.) au pied de laquelle est une source. Les ruines qui s'y trouvent sont sur l'emplacement de l'antique Théooa, dont Josue fait déjà mention (xv, 60 de la Sept.). Ce lieu fut fortifié par Jéroboam, et il était surtout connu comme la patrie du prophète Amos, qui fut d'abord pasteur (Amos, i, 1). Les ruines ne présentent plus aucune forme; cependant on y reconnaît encore les restes d'une église chrétienne: il y avait là un couvent au moyen âge; fonts octogonaux. La vue est intéressante à l'E.; on aperçoit la mer Morte à travers quelques échancrures dans les montagnes. A 3 h. au S.E. de Tékoû'a, on rencontre la citerne de Mimé dans le Ouâdi Hasâsé^ et environ 3 h', plus loin on atteinft le col é^Engeddi (p. 301).
De Bethléhem iEiraBDDi pab le Ouâdi et-Ta^âmiré. — Ce chemin est aussi long (8 à 9 h.) et aussi difficile, dangereux même en certains endroits, par ex. au Ouâdi ed-Déredjé. De Bethléhem au pied du mont des Francs, 1 h. 20. De là on descend en 20 min. au Ouâdi el-M«falUk. A l'E. se voit le DJébel Halhoûl, hauteur dans le genre du mont des Francs qui est encore visible' en arrière. Au bout de 50 min. , de l'autre côté de la vallée, à dr^, le Ouéli Hmêd; bientôt après, aussi à dr., une vallée sauvage. Le chemin traversé à g. un vallon, le Djôfet el-'Ourché^ qui descend du petit Halhoûl , situé au N.O. du grand Halhoûl mentionné cidessus. & min* après ) on contourne le sommet de ce dernier au S.; à dr., dans le bas, s'étend le profond Ouâdi el-Bhehtyé. Alors commence une descente très-raide et difficile dans le Ouâdi ' ed-DéredJé f vallée des Escaliers), profondément raviné par les pluies, et dont on atteint le fond en 1 h. lÔ. On remonte au S.E. et l'on arrive au plateau de JSasâsé nommé p. 288. Au bout de 40 min., on croise le Ouâdi el-Mououàssélé ^ qui va rejoindre le Ouâdi ed-Déredjé et 30 min. après on trouve de l'eau dans le Ouâdi el-KesAs. Marchant encore pendant 1 h. 45, on atteint plus loin le Ouâdi CAeH/, 'ensuite le Ouâdi Emkhaoum; à 1 h. de là le Ouâdi ed-Do-
268 Boute 6. DEIR EL-KHIDB. De JérusaUm
ouâfiré^ où il y a beaucoup de tombeaux de Bédouins qui, à ce que Ton dit, auraient trouvé la mort en cet endroit en se battant contre les troupes du gouvernement. Enfin au bout de 40 min, on est à Textrémité de la plaine et Ton monte au col d''£ngeddi, qu^on atteint en 12 min.
(p. aoi).
6. De Jérusalem aux bassins de Salomon^ à Khareitoûn, au mont des Francs et à Bethléhem.
De Jérusalem aux bassins, 2 h. 30 ^ de là à Khareitoûn, 2h. ^ puis an mont des Francs, 40 min., et à Bethléhem, 1 h. bO. — Le' voyageur qui part de bonne heure de Jérusalem pour les bassins de Salomon, peut encore visiter le même jour la grotte traditionnelle d''Adoullam et le mont des Francs. Pour voir encore Thécoa (v. ci-dessus), il faut compter 1 jour 1/2, et coucher alors à Bethléhem ou a Artâs, pour partir de là de bon matin, à cause de la chaleur.
Près du tombeau de Rachel (Rahel) mentionné p. 257, à 1 h. 1/4 de Jérusalem, se détache à dr. la route d'Hébron {R. 8J, par laquelle on arrive à peu près en 1 h. aux BouraCy aux bassins dits de Salomon. On longe d'abord un côté de la vallée, sur l'autre versant de laquelle (à dr.) est situé Beit Djâla, ou bien l'on monte à ce village, qui toutefois n'offre rien de remarquable. Peut-être est-ce là l'ancien OilOj dont il est parlé dans Josué (xv, 51) et dans le 11^ liv. des Rois (xv, 12) comme la patrie d'Ahitophel. Le village actuel, assez propre, n'est habité que par des chrétiens, au nombre d'environ 3,000, dont la majorité appartient au rite grec et s'est construit une grande église en 1863. Le patriarche latin Yalerga (p. 170) y a établi un séminaire, achevé en 1858, et des écoles ; les protestants y ont aussi une école.
Le chemin qui mène aux bassins est très pierreux et il est assez pénible d'y aller à cheval. Un rideau de collines peu élevées intercepte la vue ; ce n'est qu'au bout de 50 min. qu'on aperçoit dans un endroit désert une maison au-dessus des bassins et, à dr. , le couvent grec de St Georges, Deirel'Khidr, avec une maison d'aliénés et près de là un village du même nom. Le château s'aperçoit un peu plus tard. Ce château-fort qui est situé à côté des bassins, forme une grande construction carrée avec des tours aux angles ; il ressemble à un grand khân et date du xvn^ s. Il servit de protection contre les Bédouins et aujourd'hui encore quelques soldats y sont en garnison. On voit dans la cour une rangée de cylindres en terre qui servent de ruches. A 180 pas de là, à l'O., on aperçoit au milieu des champs, sur le versant de la colline , une porte étroite avec un escalier descendant à la source appelée la fontaine Scellée (prendre de la lumière et la clé au château). On arrive d'abord dans un espace voûté, puis, à dr. , dans une chambre plus petite où la source sort au pied de l' arrière-mur. Les divers courants se réunissent dans un bassin contenant de belle eau claire, qui, de là, se rend par un canal dans une tour élevée au-dessus du premier bassin. Une partie coule dans le vieil aqueduc, qui passe an-devant des bassins. Les Arabes nomment cette source 'Ain 8/ilihj
àKhareitoûn. BASSINS DE SALOMON. Soute 6. 269
les chrétiens prétendent y voir, depuis trois siècles, la fontaine Scellée dont il est question dans le Cantique des Cantiquesf . Un peu au S. du oliâteau, se trouve de même une source qui s'unit, au N.O. du bassin supérieur avec le cours d'eau de 'Aïn Sâlih, dans les bâtiments de la fontaine (il y a un régulateur).
Les bassins de Salomon, au nombre de trois, réparés en 1865, sont situés dans un vallon qui descend à l'E. derrière le château. Le bassin supérieur touche par son côté 0. à la route qui conduit de Jérusalem à Hébron. La vallée étant escarpée vers l'E., il a fallu étager ces bassins, parce qu'une seule muraille eût été trop considérable. Les trois réservoirs ne sont pas tout à fait placés en ligne droite. Le deuxième est à 49 m. du premier, et le troisième à 48 m. de celui du milieu; la différence de niveau entre l'un d'eux et celui qui se trouve immédiatement au-dessous étant d'environ 6 m. A l'extrémité inférieure (E.) de chaque bassin est une muraille construite en travers de la vallée comme à l'étang du Sultan (p. 245^. Le h<i8sin supérieur a 116 m. de long, 69 m. 70 de large dans le haut et 71 m. 80 dans le bas; à l'extrémité inférieure (B.), sa profondeur est de 7 m. 60. Il est en partie creusé dans le roc vif et en partie maçonné, avec des contre-forts aux murs; on y descend par un escalier dans l'angle du S.O. Le bassin du milieu mesure 129 m. de longueur, 48 m. 80 et 76 m. de largeur, sur 12 m. de profondeur. La plus grande partie en est pratiquée dans le roc ; il a des escaliers aux angles du N.E. et du N.O. Dans le premier de ces angles débouche un canal qui vient de 'Aïn Sâlih (v. ci-dessus). La muraille de l'E. est très épaisse et soutenue par une autre à talus en forme de gradin. Le hcusin inférieur, le plus beau des trois, est long de 177m., large en haut de 45 et en bas de 63; il atteint jusqu'à 15 m. de profondeur. En partie creusé dans le roc, en partie maçonné, il a des escaliers dans les angles S.E. et N.E. Les parois intérieures sont soutenues par de nombreux contre-forts. Il y a au S. une ouverture pour recevoir l'eau de pluie. Le mur inférieur est à gradins et construit de gros blocs de pierre ; un passage pratiqué dans son épaisseur conduit dans une chambre, dont les pareilles se trouvent aussi, mais inaccessibles, au bas du mur des autres réservoirs. De la chambre du bassin inférieur, s'échappe une source plus forte , ^Ain Faroûdjé, qui se rend par un canal dans l'aqueduc de Jérusalem. Un peu à TE. une quatrième source, 'Ain^Atân, vient du S,, d'un vallon latéral, et se décharge, en s'unissant avec l'aqueduc de Jérusalem, dans un bassin de pierres, sur la pente N. de la vallée des étangs.
Ces sources ne suffisaient point cependant à Talimentation de Tancicnne Jérusalem. Deux autres grands aqueducs qui se rencontrent près des réservoirs, pouvaient y verser leurs eaux. L''un d^eux^ passant au'dessus du premier bassin, traversait au moyen d^n tunnel la vallée de ^Atân. Plus loin, au S., il suit la pente O. du Ouâdi Deir el-benât (couvent de femmes),
+ Tu es un jardin fermé, ma sççur. ma Qapcçe, ijne source fermée, une fontaine scellée (iv, 12},
270 Boutes. BASSINS DE SALOMON. De Jérusalem
puis le fond de la vallée du Ouâdi el-Biyâr (vallée des fontaines) et de là, a V4 d**!!. de distance, longeant la rOute d''Hébron (p. 295), il communique avec un conduit taillé dans le roc, pour arriver à la source du Bîr eddaradj (fontaine de Tescalier). L'autre aqueduc beaucoup plus long, canal quadrangulaire , large de 70 cm. , vient du Ouâdi ^Arroûb et fait, en suivant la pente des monts, des sinuosités extraordinaires. Il gravit le plateau de Tékfoûa et finalement débouche près du bassin du milieu dont il entoure le côté supérieur. — Des bassins jusqu'à la ville, Teau suivait deux directions différentes. L'aqueduc supérieur amenait Teau de 'Aïn Sâlih, de la source du château et de Faqueduc du Ottâdi Biyàr^ sur le versant N. de la vallée des réservoirs ; il était en partie taillé dans le roc, en partie maçonné. Il descend près du tombeau de Rachel pour s'élever de nouveau ^ ici l'eau courait dans des tubes de pierre en forme de siphons. L'aqueduc se dirige ensuite vers le mont du Tantoûr et la vallée de Hinnom. L'aqueduc inférieur, encore bien conservé,' amenait à la ville l'eau de tous les bassins et de toutes les sources, après 7 longues heures de détours. Il commence au-dessous du bassin inférieur et passe à l'E. sur le versant de la vallée , puis à l'O. en-amont d'Ârtas. Un embranchement de cet aqueduc uni avec la source d'Artàs, fut amené par Hérode à la montagne des Francs. Cependant le bras principal passait au S. de Bethléhem, puis passait le tombeau de Rachel. L'aqueduc supérieur et l'inférieur se rencontraient près du pont qui croise la vallée de Hinnom et couraient dans la direction du temple en suivant le versant S. de la colline occidentale de Jérusalem. Le canal supérieur, qui est construit avec le plus d'art, est certainement aussi le plus ancien. Il est toutefois fort difficile de décider à quelle date ou à quel siècle se rapportent ces constructions grandioses destinées à fournir d'eau à Jérusalem. La dénomination de « bassins de Salomon » , ne repose que sur l'interprétation d'Eccles. II, 6, et malgré les données de Josèphe, aucune preuve ne nous autorise à chercher les jardins de Salomon dans la vallée d'Artas. Josèphe parle d'un canal que Pilate voulut construire en se servant "clés trésors du temple, entreprise qui provoqua une émeute parmi les Juifs. L'historien donnant à ce canal une longueur de 200 stades et de 400 dans un autre passage, comme ce dernier chiffre fait environ 100 kil., cette mesure conviendrait an conduit du (>uadi 'Arroûb. Cependant il est vraisemblable que Pilate s'est contenté de réparer les canaux existants. Tout en considérant comme pendante, la question de la construction des bassins et des canaux, nous pouvons cependant remarquer en vertu de considérations historiques, quon n'eût guère exécuté ces travaux considérables depuis le retour de l'exil, mais qu'ils datent bien plutôt de la période de grandeur du royaume de Juda.
En descendant à l'E. dans le Ouâdi Artâs^ le long des l)a8sius, nous remarquons sur le bord du chemin dans l'aqueduc des ouvertures par lesquelles on peut puiser de l'eau. Les hauteurs environnantes sont dénudées, il n'y a un peu de verdure que dans le fond de la valWe. Au bout de 10 mîn. , nous apercevons à dr. , sur le flanc opposé de la vallée, une colline conique avec des ruines et des grottes; c'est probablement l'antique Etam (I Chron. iv, 3) dont le nom se retrouve dans *Ain 'Atân (p. 269). A 7 min. sur le versant de deçà, au bas à dr., le village à'Artâs dont la vallée porte le nom , lieu assez misérable , habité surtout par des musulmans. Une petite colonie de Francs s'y est établie en 1849. Un Alsacien, Baldensperger, y cultive des fruits et des légumes qu'il vend à Jérusalem ; il tient aussi une espèce d'auberge, et l'on trouve parfois chez lui des œufs, du pain, du vin et un simple logis.
Le chemin d'Artàs à Bethléhem conduit plus loin par dessus de l'aqueduc. On aperçoit le village devant soi au bout de 8 min., on laisse un autre chemin à dr. 7 min. après, puis un second à g. 3 min. plus
àKhareitoûn. GROTTE D'ADOULLAM. Route 6. 271
loin; on arrive de là en 5 min. au pied de la montagne, et Ton monte en 10 min. jusqu''au village fp. 258).
Du village d'Artâs, le chemin descend dans la vaille à la g ro 1 1 e traditionnelle d'A doullam etaumontdesFrancs. Bientôt il n'y a pins d'eau et comme conséquence plus de jardins. Au bout de 20 min. vient une petite vallée latérale qui descend de Bethléhem à g. Notre chemin traverse souvent le lit pierreux et desséché du ruisseau et descend dans un endroit désert entre de petites chaînes de collines. Après 15 min. de marche , nous voyons des ruines de moulins à dr. contre les rochers. 20 min. plus loin, une vallée latérale à dr. A 30 min. de là , nous quittons la vallée près d'un coude qu'elle fait vers le S., et nous gravissons à l'E. entre deux vallées l'escarpement de la montagne. Au sommet, nous apercevons de nouveau Bethléhem et nous jouissons d'une belle vue sur les montagnes de l'E. du Jourdain. Puis nous descendons en 15 min. à la source de Khareitoûn nommée Bîr el-Amîzîyé. En face, contre les rochers, une vieille Laura délabrée, la colonie de moines de Khareitoûn et devant nous une gorge profonde ; le coup d'œil est grandiose. On rencontre ordinairement quelques personnes à la fontaine. Nous descendons maintenant à pied un sentier à dr. (1 min.). Les abords de la caverne, qui a deux entrées, sont obstrués par des blocs de rochers. A g. se trouve un abîme béant, on devra donc prendre garde à soi en grimpant par-dessus les rochers. lia tradition voit depuis le xii^ s. dans la grotte appelée aujourd'hui el-Ma'mâ (lieu de refuge) celle d'Adoullam, où David se réfugia (I Rois XXII, 1 ; II Rois xxm, 13, 14). Toutefois le lieu nommé Adoullam est bien plus au S. (v. p. 339) d'après Josué (xv, 35; XII, 15 etc.), et aussi d'après St Eusèbe. Le nom de Maghâret Khareitoûn vient de celui de St Chariton , qui, après avoir été pris par des brigands sur le chemin de Jérusalem, fonda une colonie de moines, une <daura» près de Thécoa, et se retira dans cette grotte, où il mourut vers l'an 410. D'autres anachorètes demeurèrent plus tard dans ce désert d'un accès difficile. La grotte elle-même est une grotte naturelle semblable à un labyrinthe ; on peut facilement s'y égarer, c'est pourquoi il sera bon de prendre une ficelle d'une certaine longueur, et mieux encore, un guide. On devra aussi pour y pénétrer ôter son habit et son gilet , car la température y est assez élevée. La grotte se compose d'une série de galeries qui se croisent et sont parfois si basses qu'on est obligé d'y ramper, mais qui parfois s'élargissent en vastes espaces. En bien des endroits , on entend résonner le sol , car il s'y trouve plusieurs galeries superposées. Un petit couloir conduit à une grande grotte de 36 m. de longueur où aboutissent diverses galeries latérales. En suivant tout droit l'une d'elles qui est assez longue, on arrive à une deuxième grotte, plus basse de 3 m. et où l'on descend à pic. Une autre ouverture très étroite donne sur une troisième chambre. Il y a des niches dans les parois des dernières galeries ; des de'bris d'urnes cinéraires et des fragments de sarcophages qu'on y rencontre indiquent quQ
272 Routée. MONT DES FRANCS.
cette grotte a servi jadis de sépulture. Les inscriptions que Tobler a trouvées dans le fond des grottes sont illisibles. La longueur totale de cette grotte formée par l'érosion des eaux est de 170 m.
Un cliemin, qu'on ne saurait aisément trouver sans guide dans ces déserts ramène directement dMci à Bethléhem, en revenant dans la vallée d' Artâs, puis en montant à dr. au bout de 1 h. de marche \ on est à Bethléhem 1 h. après. Il y a aussi, dit-on, un autre chemin menant directement à Mâr Elyâs (p. 256), mais il paraît quHl est très rude.
Du Ouâdi Artâs , à peu près de l'endroit où nous nous sommes retrouvés en revenant de Khareitoûn , part un chemin à dr. , qui conduit en 40 min. au mont des' Francs, en arabe Djêhel Perdes
(813 m. d'altit.").
Histoire. — D'après des renseignements assez certains, nous avons ici devant nous les restes de la ville d'/Terodia, et de la forteresse d'ifefodium , fondées par Hérode le Grand , à Tendroit où il vainquit les partisans d'Ântigone. .Tosèphe rapporte qu'il y avait 60 stades de Jérusalem à Herodium, et de fait, l'indication de cette distance est exacte et, sur plusieurs points, sa description s'accorde parfaitement avec l'état actuel de la vallée (Antiq. xv, 9, 4); seulement il se trompe quand il prétend que la colline a été élevée de main d'homme. Cette dernière assertion signifie sans doute que le sommet fut aplani et modifié de façon à lui donner la forme arrondie presque régulière qu'il a aujourd'hui. L'escalier de marbre de 200 marches dont parle Josèphe était souterrain et aboutissait au haut du cratère entouré de murs, dans lequel se trouvait la forteresse. Josèphe dit encore qu' Hérode y fut enterré (v. ci-dessous). — Quelques voyageurs ont essayé d'identifier ce lieu avec le Beit Hakkérem de la Bible (Jérém. vi, 1), situé pense-t-on sur une montagne entre Jérusalem et Thécoa ; mais on ne peut alléguer aucune preuve certaine qu'il s'agisse de la montagne des Francs. — Herodium était le siège d'une toparchie^ la place se rendit sans résistance au légat Lucilius Bassus à la suite de la prise de Jérusalem.
Aujourd'hui, la montagne porte le nom de Ferdh ou FoureidU (paradis, vergers), et ce sont les Européens seulement qui l'appellent mont des Francs. La tradition d'après laquelle les Francs résistèrent longtemps ici aux musulmans durant les croisades , ne s'est formée qu'à la fin du xv© s. Au pied de la colline, du côté 0., se voient quelques ruines que les indigènes nomment stabl (stabulum, étable). Il y a aussi un grand réservoir carré, d'à peu près 60 m. de côté, dit l'étang de la Fille du Sultan (birket Bint esSoultân)^ aujourd'hui à sec. Au milieu de ce dernier se trouve une construction carrée semblable à une île; ce sont ou les ruines d'une maison de plaisance ou , d'après une hypothèse de M. de Saulcy, les restes du tombeau d'Hérode. Il faut environ 10 min, pour atteindre le sommet de la cime conique de la montagne, hante d'environ 120 m. et escarpée de tous les côtés (35®). Il y a aussi des ruines dans le haut, sur le bord de la plate-forme, qui a environ 300 m. de tour. Cette plate-forme n'est pas unie, mais elle présente un renfoncement semblable à celui d'un cratère. La forteresse qui s'y trouvait a disparu, à l'exception de son mur d'enceinte, dont on remarque surtout quelques restes de tours. La tour de l'Ë. a une chambre voûtée avec un pavé de mosaïque ; les blocs de pierre qu'on trouve dans le haut, sur le plateau de la montagne , et aussi plus bas, sur le versant, sont grands, réguliers et bien taillés.
MONT DES FRANCS. Boute 6. 273
La yae est très intéressante. Le regard embrasse d'abord les solitudes qui yont en s'abaissant du côté de la mer Morte et présentent une quantité de rochers sauvages y entre lesquels on aperçoit une grande partie de la surface bleue de la mer. Au S., la vue est interceptée par des montagnes à peu de distance; au S.O., on voit les ruines de Thécoa, ainsi que Kharel^oûn; à TO.S.O. un ouéli Abou Nedjém; au N.O., Betbléhem ; à dr. de là, Beit Sâboûr et, près de nous, Beit Ta^mar ; sur la croupe d'une colline, Mâr Ëlyâs ; vers le N. , Nébi Samouîl et le village d'Abou Dîs. Plus loin à l'horizon s'étend la chaîne de montagnes de la contrée située au N.. de Jérusalem.
Nous retournons maintenant à Bethléhem. Dans le fond de la vallée se trouvent quelques oliviers. En 15 min., nous atteignons (O.N.O.) le petit village de Beit Ta^marj que nous laissons à dr. ; il est situé sur une hauteur et on y voit des traces de vieilles constructions. Notre route suit la direction du N.O., à dr. du Ouâdi ed^Diyâ^, Au bout de 20 min,, nous descendons la montagne ; à g. est une petite vallée et dans le lointain (S.) se voit encore le ouéli Abou Nedjém. A ô min. de là, nous prenons un chemin à dr. d'une autre vallée. Bethléhem est déjà devant nous, mais nous nous trouvons encore dans une contrée inculte , et ce n'est qu'aux abords de la ville, après être descendus pendant 30 min., que nous retrouvons des plantations. Il y a encore 17 min. de chemin de la vallée à Bethléhem.
7. De Jérusalem à Jéricho, au gué du Jourdain, à la mer Morte et retour à Jérusalem par Mâr Sâba.
Jusqu'à Jéricho, 6 h.; puis à la mer Morte, 2 b. Vsj à Mâr Sâba, 5 h» 20 ', à Jérusalem, 3 b. */> (à Bethléhem environ 3 h.). — Il faudra dans cette excursion : 1) un Bédouin pour vous accompagner dans la vallée du Jourdain (escorte), 2) une lettre de recommandation pour Mâr S&ba. Le gouvernement afferme le droit d'escorter les voyageurs à Jéricho, et ce droit est depuis quelque temps entre les mains du cheikh d'Abou Dîs (p. 274), qui a d'habitude, à l'époque des voyages, un représentant à Jérusalem (souvent l'un de ses fils)^ on s'informera a ce sujet à l'hôtel. En temps ordinaire, un seul Bédouin suffit pour une société. Il est d'usage de payer pour cela 5 fr. par jour au cheikh, et l'on donne en outre à la fin de l'excursion quelques francs au Bédouin si l'on est content de lui. — Une lettre de recommandation pour Mâr Sâba s'obtient au grand couvent grec de Jérusalem (p. 222) par l'intermédiaire du maître d'hôtel, du consul ou du drogman; sans cela on ne serait pas reçu à Mâr Sâba. On peut du reste se passer d'un drogman pour cette excursion, car on trouve à Jéricho une espèce d'auberge, qui n'est, à vrai dire, organisée que pour des messieurs. On ne prendra donc que des provisions de bouche, quelques bouteilles de vin et un bidon pour l'eau, outre du tabac pour l'escorte et les Bédouins que l'on rencontre. Les drogmans demandent souvent des prix élevés ; lorsque le voyage se fait en société, il suffit amplement de payer 60 fr. par personne pour 3 jours, tout compris, à moins qu'on ne prenne des tentes. L'excursion peut se faire dans les deux sens, mais il vaut mieux aller d'abord à Jéricho, afin d'avoir pour les chevaux un meilleur chemin à la descente. Le climat de la vallée du Jour
274 Route 7. BÉTHANIE. DeJérusoLem
dain étant très chaud, on fera ce tour, au printemps aussi tôt, en automne aussi tard que possible.
Nous partons de la porte 8t-Etienne {Bâb Sitti-Maryam, p. 218). Le chemin de Jéricho est assez bon, il a été nivelé par le couvent grec aux frais d^une dame roumaine. Nous descendons dans la vallée du Cédron et nous laissons Gethsémané à g. Le chemin monte lentement en vue de la ville, le long du mont des Oliviers, b min. après le jardin de Gethsémané, nous contournons l'angle. On montre un peu plus haut la place o(X Judas se serait pendu ; c^est là du moins que la tradition l'a fixée depuis le xv^ s. (v. p. 256). Nous laissons à dr. le mont du Scandale, à g. celui des Oliviers. Le . chemin contourne un ravin le long de ce dernier ; au milieu de la courbe qu'il décrit on montre la place du figuier qui fut maudit par J.-C. (Q min.); le village sur une hauteur à dr. dans le loinj tain, est Abou DU. Nous arrivons en 18 min. à Béthanie. Ce sont I les Francs qui appellent ainsi cette localité, les Arabes la désignent / sous le nom à^el-Azarîyéj qu'ils ont formé de Lazarus ou Lazarium en prenant la lettre l pour un article. Il n'est guère douteux néanmoins que le village ne soit réellement sur l'emplacement de l'ancienne Béthanie; la distance de 15 stades indiquée dans St Jean (^xi, 18) correspond aux 40 min. que nous avons mises pour faire le trajet. Le nom de Béthanie, qui signifie «maison de la pauvreté» vient probablement de ce que ce village est situé du côté du désert, dans un endroit retiré; c'était un asile pour les léprçux f que le peuple appelle encore «pauvres» aujourd'hui. Jésus s'y retirait aussi chez ses amis quand la foule remplissait Jérusalem. Il y eut là de bonne heure des couvents et des églises , et l'on y môntraiit aux pèlerins les endroits dignes de leur attention. TWélisende, femme de Foulques, quatrième roi de Jérusalem (p. 227) y (onda en 1138, près de l'église St-Lazare, un couvent de femmes qui passa aux mains des hospitaliers en 1159.
El- Azarîyé est situé sur un contre-fort au S.E. du mont des Oliviers, dont les parties hautes sont peu cultivées, de sorte que la fraîche verdure qui entoure le village, ressort avantageusement. Il comprend une quarantaine de huttes et la populatioii est tout entière musulmane. On y trouve de bonne eau et l'on y voit beaucoup de figuiers, d'oliviers, d'amandiers et de caroubiers. Parmi les curiosités du village , on remarque d'abord les ruines d'une tour. A en juger par ses grosses pierres à refends, la construction est antérieure aux croisades et n'est par conséquent pas la tour que Mélisende fit bâtir pour protéger son couvent. A une vingtaine de pasN.O. de ce prétendu château de Lazare se trouve le tombeau de Lazare. Paula déjà (p. 265) visita une église sur ce tombeau , en arabe kabr el-
t Or, comme il était à Béthanie, dans la maison de Simon le lépreux, et quMl était assis à table, une femme vint, ayant un vase d'albâtre rempli de parfums et de nard précieux, et brisant le vase, elle le répandit sur la tête de Jésus (St Marc xzv, 8).
h Jéricho.