BÉTHANIE
Router. 275
'^Aisar. La porte est tournée vers le N. Il y a du côttf E. une mosquée reconnaissable à son dôme blanc, car les musulmans vénèrent aussi Lazare comme un saint et se sont emparés de son tombeau. Comme ils empécliaient les pèlerins de le visiter, les chrétiens ont pratiqué par dehors au xvi« s. un escalier, en partie dans le roc vif. On descend 26 marches pour arriver dans une antichambre carrée assez étroite , dans laquelle il y eut autrefois dit-on une chapelle ; les musulmans y viennent aussi prier. £n descendant encore 3 hautes marches plus loin à TE., on arrive dans la chambre qui passe pour le tombeau de Lazare. L'entrée de l'E. est murée. Les parois sont en maçonnerie, et Tensemble, d'aspect assez pauvre, ne rappelle nullement un tombeau juif. Autrefois, on montrait le tombeau dans Téglise , et au-dessous probablement la chapelle de la pénitence de Ste Marie-Madeleine. Les Latins y disent quelquefois la messe.
Les autres curiosités de Béthanie ne méritent guère de nous arrêter. On montre à 40m. au S. du tombeau la place de la maison de Marthe et Marie. Outre qu'on a varié d'opinion à ce sujet suivant les siècles, il a été aussi question pendant quelque tempa de deux maisons séparées. Toutefois il faut faire violence aux textes de St Jean (xi) et de St Lucf pour y trouver cette séparation. Même incertitude dans la tradition relative à la maison de Simon le lépreux (St Math. XXVI, 6). Remarquons enfin pour la dernière fois que nous n'avons aucune donnée certaine sur les endroits précis où a été J.-C. Dernièrement les Grecâ ont construit sur le plateau à 10 min. £. de Béthanie, au S. de 'Ain Hôd une église sur de vieux fondements , soi-disant à l'endroit où les deux sœurs rencontrèrent Jésus. Un chemin conduisait d'ici à Jéricho en franchissant la hauteur.
Notre chemin gravit une hauteur derrière Béthanie. C'est là que, d'après le récit de l'Évangile, Marthe alla au-devant de J.-C. (St Jean xi, 20 et suiv.}. La tradition s'est efforcée de préciser le lieu. Sur le plateau d'où Ton a un joli coup d'œll sur Béthanie, se trouve , à 7 min. du village , une pierre de 1 m. de long qu'on appelle la pierre du Repos ; les pèlerins la baisent. Au bout de 7 autres min. , nous descendons dans le Ouâdi el-Hôd, la vallée de l'abreuvoir , qui doit son nom à la fontaine Hôd el-'Azarîyé que nous atteignons en 15 min. , le seul puits qu'on rencontre d'ici à la vallée du Jourdain. Le petit bassin nourrit des sangsues, cependant l'eau en est bonne. Il y avait jadis ici une belle construction et un khan, situé en face, de l'autre côté du chemin, l'un et l'autre bâtis probablement au xvi^ s. Depuis le xv« s., la source est mentionnée sous le nom de fontcUne des Apôtres, parce qu'on a supposé que les
t Or, il arriva, comme il s''en allait, qu'il entra dans un bourg; et une femme nommée Marthe le reçut dans sa maison. — Elle avait une sœur nommée Marie, laquelle, 8''asseyant aux pieds de Jésus, écoutait ses paroles (ât Luc x, 33, 39).
276 Router. WÂDIEL-KELT. De Jérusalem
apôtres ont dà s*y rafraîcMr dans leur marche. On iHdentifle aussi, non sans vraisemblance , avec la fontaine du Soleil, En-Chémeeh (Jos. XV, 7.).
D'ici, le chemin descend le Ouâdi el-Hôd, vallée assez dénudée qui n'offre aucun point de vue remarquable. 25 min. plus loin, à dr., le petit Ouâdi eU-Djémd (vallée du Chameau); 52 min. après, il faut franchir une petite colline pour passer dans le Ouâdi es-Sidr, L'arbre appelé Sidr (spina Christi) appartient aux rhamnées et comprend plusieurs espèces (v. p. 278).
Au bout de 12 min., à g., un vallon appelé 8a'b el-Mechak, 23 min. après, nous arrivons au khân Hadroûr, qui marque à peu près le milieu du chemin. Il y a là quelques bâtiments en ruine, on n'y peut par conséquent rien avoir, et Teau des citernes est mauvaise. On a toutefois l'avantage de pouvoir s'y mettre à l'ombre. La contrée est complètement déserte ; la tradition y place l'épisode du bon Samaritain (St Luc, x). Au-dessus du khân se trouve TeVat ed-dam (colline du sang) avec leê restes d'un fort du moyen-âge. Ce nom qui est dû vraisemblablement à. la couleur rouge de la pierre, a été cause que l'on a cherché ici la montée à!Adoummim (Jos. XV, 7 ; xvni, 17). Après 20 min. de marche, un chemin conduit à dr. au khân el-Ahmar, autrefois peut-être château fort destiné à protéger la route. La vallée à dr. s'appelle Ouâdi er- Boummâni ou vallée des Grenades. Après 20 autres min. , on aperçoit à dr. une plaine. Cette partie du chemin s'appelle *Akbet el- Djerâd (montée des sauterelles) ; les montagnes forment un grand amphithéâtre. AY2 ^* d® 1^) ^ Sm ^^^^ vallée profonde, le Ouâdi el-Kelt, qui tire du Ouâdi Fâra^ an N. de Jérusalem, le principal tribut de ses eaux (p. 341). Il y en a pendant une grande partie de l'année, et elles se rendent ensuite au Jourdain par des gorges profondes. On a rapproché la vallée à^Achor (Jos. xv, 7) de cette vallée. Son ruisseau est conduit sur le versant S. par un long aqueduc. Ensuite nous arrivons à une ruine nommée Beit ech- Chêrif. La vue s'étend de plus en plus devant nous; enfin nous apercevons la mer Morte avec sa nappe d'eau bleu- foncé. Au bout de 1 h., . nous avons de nouveau à côté de nous , dans le bas , le Ouâdi el- Kelt ; 20 min. après , le regard embrasse toute la grande plaine du Jourdain. Nous passons devant deux maisons en ruine, Beit DJiber (la supérieure et l'inférieure), peut-être sur l'emplacement des vieux châteaux forts de Thrax et de Tauros , qui défendaient le défilé dans l'antiquité. Plus loin, à dr. (10 min.), les ruines de Khirbet el-Ccmoûn, au pied d'une hauteur. Nous arrivons ainsi dans la plaine de la vallée du Jourdain, le Ghôr. A dr. du chemin, à l'E. d'el-Cacoûn, un vieux réservoir nommé Birket Moûaa, étang de Moïse. Les murs en sont construits de petites pierres non équarries ; il a 171 m. de long sur 143 de large et était en communication avec les nombreux canaux anciens et le système d'irrigation qui faisaient autrefois un paradis de cette contrée.
à Jéricho. JÉRICHO. Route 7. 277
C'est peut-être un reste de l'ëtang qu' Htfrode creusa dans le voisinage de son palais, car il faut admettre que c'est ici remplacement de la Jéricho du Nouveau Testament. La colline qui s'Aève du milieu de la plaine et qui semble éle^rée de main d'homme, se nomme Tell Abou 'Alâîk'j la colline du vampire. Après avoir marché encore lÔ min. , nous traversons une petite vallée , près des restes d'un aqueduc et nous longeons en aval le Ouadi el- Kelt ; 9 min. plus loin , le chemin passe sous un bel aqueduc à dix arcades en ogive ; nous traversons ici le Ouadi el-Kelt. Les voyageurs qui ont des tentes , tournent tout à fait dans la direction du N. pour se rendre à la fontaine du Sultan (p. 279), sans toucher au village actuel de Jéricho (Rtha), £n route, on remarque une colline artificielle , dite Tell es-Sâmerâi. Cette petite excursion peut se recommander aussi à ceux qui n'ont pas de tente. La végétation est ici déjà très luxuriante. En 7 min. nous sommes devant le village.
Jéricho* — Lalocandaà peine recommandable de ce village est à g. avant d*y entrer; on y trouve 2 chambres et 2 tentes à 2 lits. Cesi une butte d'argile isolée et entourée de haies. Les lits y sont mauvais, les chambres sentent le renfermé et il nV manque pas de vermine. L''hôte demande une demi-livre sterling pour le souper, le logement et le déjeuner. A côté se trouve une colonie de moines grecs qui s'occupent d'horticulture. Au reste, nous ne conseillons pas de passer la nuit en plein air sans tente, car les nuits sont fraîches et la rosée abondante. On tâchera surtout d^arriver de jour, afin de ne pas s'engager dans les haies et les buissons épineux (v. p. 278). Le meilleur emplacement pour y déployer sa tente est le voisinage de la source du Sultan; mais on choisira un terrain élevé, autrement on s'exposerait aisément à une attaque fâcheuse de la c fièvre de Jéricho».
Histoire. — Il y a une stricte distinction à faire entre le village actuel de Riha, et la ville antique de Jéricho, qui était située près des sources au pie'd du mont Earantel , par conséquent à l'O. du village et au N. de la Jéricho de l'époque romaine, comme le prouvent à la fois la Bible et l'historien Josèphe. Moïse regarda la plaine de Jéricho du mont l^ébo, au S.-E. au delà du Jourdain (Deutér. xxxiv, 3). La ville était jadis asse/' grande, entourée de murs et d''une riche végétation. Elle est désignée quelquefois sous le nom de cville des Palmiers» et au vii^ s. de notre ère il s'y trouvait encore des dattiers, qui n'ont disparu à peu près complètement que de nos jours. Elle était au'milieu d'une grande et belle oasis couverte de champs de blé et de chanvre. Les habitants étaient à cette époque reculée riches en or et en argent. Les Israélites prirent la ville (Jos. vi) et Josué maudit celui qui la rebâtirait . (ibid., VI, 26). Cependant durant toute la période suivante, on trouve au lieu de la ville païenne une ville Israélite, qui appartint d'abord à la tribu de Benjamin et ensuite au royaume de Juda. Bien que prise plusieurs fois, Jéricho continua de prospérer. Elle était surtout célèbre par son baume; on y cultiva probablement l'arbuste qui le produit, à partir du temps où Salomon en reçut de l'Arabie méridionale (III Rois x, 10). Cet arbuste a maintenant complètement disparu, quoique les plantes du sud de l'Arabie et des Indes pussent encore y prospérer aujourd'hui, grâce à son climat très chaud. Une autre plante qui y croissait également était la Lawsonia inermis (Henna), qui donne un fard rouge. U s^y trouvait du temps de J.-C. des sycomores le long du chemin (8t Luc xix, 4). Antoine donna la contrée de Jéricho à Cléopâtre; -celle-ci la vendit à Hérode, qui orna la ville de palais et en fit une résidence d'hiver, aucune 8it« ne lui paraissant plus beau. Ce roi y mourut même, mais il se fit inhumer à Hérodium (p. 272). — C'est à Jéricho que se réunissaient les pèleriBS juifs de la Perée (à l'E. du Jourdain) et de la ;Oalilée lors-
278 Router. JÉRICHO. De Jérusalem
quHls se rendaient au temple, et c''est également d'ici que Jésus partit lors de son dernier voyage à Jérusalem (St Luc xix, 1). — Déjà au iv« s. des évêques de Jéricho apparaissent dans les conciles. L'empereur Jttstinien fit reconstruire dans la ville «une église de la Mère de Dieu» et y créa un hospice pour les pèlerins. Vers Tan 810, nous trouvons près de Jéricho un couvent de St-Etiepue. La nouvelle Jéricho, sur remplacement du village moderne ne fut fondée que du temps des croisés, qui y b&tirent un château et une église de la Trinité. A une époque plus récente, habitée par des musulmans, elle déchut de plus en pluA. Les soldats d'Ibrahîm-Pacha Tout ravagée en 1840 et un incendie Ta détruite en grande partie il y a quelques années.
Jéricho se compose maintenant d'un certain nombre de huttes mist^rables où demeurent environ 60 familles. Gomme dans le reste de la valMe méridionale du Jourdain , on trouve ici une race d^g^néree par suite de Tinfluence énervante d^m climat très chaud et malsain. Les femmes de Jéricho ne jouissent pas d'une bonne réputation. Les habitants importunent ordinairement les étrangers pour leur danser une «fantasia» ; la musique et le chant qui raccompagnent sont désagréables et ennuyeux : ils battent des mains isolément ou se les frappent entre eux et improvisent des strophes sur un ton uniforme. On se tiendra en garde contre les voleurs.
Il n'y a de remarquble dans le village qu'un bâtiment en forme de tour, au S.£. Il date probablement du temps des rois francs, et servait de fort pour défendre les moissons contre les Bédouins. Des crénaux on jouit d'une vue intéressante sur le village et sur la vallée du Jourdain. Ce n'est qu'à partir du xv« s. que la tradition est allée jusqu' à prétendre que la maison de Zachée (St Luc, xix) se trouvait en cet endroit. Au iv«8., on montrait le sycomore sur lequel il était monté.
Il y a dans les jardins du village de gros ceps de vigne qui, dit-on, produisent beaucoup de raisins. Le sol, aux alentours, est couvert de broussailles spinifères qui se développent quelquefois jusqu'à former des arbrisseaux, surtout le « zizyphus lotus » et le azizyphus splna Christi» (nebk et sidr des Arabes}, dont les petits fruits, nos jujubes (Ar. dôm), ont à maturité un excellent goût. C'est avec les grosses épines de ces rhamnées, dont les paysans font des haies Impénétrables, que fut faite , selon la tradition populaire, la couronne de J.-C. On y trouve aussi le iokkoûm (balanites aegyptiaca), dit aussi faux baumier et baumier de Galaad, qui a de petites feuilles comme le buis et de petits fruits semblables à des noix vertes, dont les Arabes extraient le faux ' baume nommé huile de Zachée, qui se vend encore beaucoup aux pèlerins. La rose de Jéricho (anastatica hierochuntica) ne se trouve plus à Jéricho même , mais au S. sur les bords de la mer Morte (p. 302). On voit en revanche dans les haies le «solanum sanctum» (hadak des Ar.), arbuste de 1 à Im. 50 de haut, qui a beaucoup de rameaux, de larges feuilles velues en-dessous, et dont le fruit ressemble à une pomme, d'abord jaune , puis rouge , avec des pépins noirs ; c'est la fausse pomme de Sodome, qu'on a identifiée à tort avec le raisin mentionné au chap. xix, v, 32, de la Ge->
à Jéricho. DJEBEL KARANTEL. RouU 7. 279
nèse. Toutes ces plantes croissent ici par suite de la chaleur extraordinaire du climat, car nous nous trouvons déjà à environ 270 m. au-dessous du niveau de la Méditerranée ; la moisson de Torge se fait déjà au milieu du mois d'avril.
En 25 min., nous atteignons la fontaine du Sultan, en arabe *Ain esSoultân, C'est elle qui fournissait jadis de l'eau à Jéricho. Elle jaillit en abondance du sol et coule dans un vieux bassin de pierres de taille qui a 12 m. de long et 7 m. 60 de large. Il y a dans ce bassin beai^coup de petits poissons et les buissons environnants sont animés par toute sorte d'oiseaux qui nous sont étrangers. L'eau est à 230 4 centigr. Les plus anciens pèlerins ont connu la tradition d'après laquelle Elisée aurait amélioré Peau de cette fontaine et l'aurait rendue potable en y jetant du sel (IV Rois II, 19-22), d'où le nom de fontaine d^Elisée que lui donnent les chrétiens. Des restes de chaussée romaine pavée ont été découverts dans le voisinage. On montrait autrefois au-dessus de la fontaine, du moins avec le sentiment exact que la vieille ville avait existé là , l'emplacement de la maison de Rahab , la femme qui reçut chez elle les espions de Josué (Jos. ii).
En tournant d' ici au N., nous arrivons en 10 min. à des ruines
f à g.") avec des restes de conduite d'eau, appelées par le peuple
Taouâhîn es-Souccar ou moulins à sucre. Ce nom se justifie en ce
qu'il rappelle la culture de la canne à sucre dans le pays ; on s'y est
livré jusqu' au temps- des croisades , et on pourrait encore le faire
aujourd'hui. — Allant d'ici au N.O. , nous atteignons en 5 min.
un contre-fort du mont de la Quarantaine. La vallée sur la gauche
s'appelle Ouâdi Dînoûn, Plus loin au N.O. est ^Mn Doûk^
source qui fournit d'eau la vallée. C'est probablement là que se
trouvait dans l'antiquité la forteresse de Dokh (I Mace. xvi, 15"),
où Simon Maccabée fut assassiné par son beau-flls. Le Ouâdi
en-NaouâHmê j vallée bien pourvue d'eau., étend au loin dans la
montagne son beau tapis de verdure.
La visite des grottes da Djebel Earantel est très intéressnnte mais difficile; on ne la fera pas sans guide* et nous ne la conseillons ni aiix dames, ni aux personnes si^jettes au vertige. On gravit le mont pendant 20 min. environ sur des roches aplaties pour arriver à de grandes grottes. Nous y avons nous-même trouvé deux solitaires abyssins, dont le guide nous disait qu'ils ne quittaient pas ''cet endroit et se nourrissaient d'herbes ; d'autres personnes prétendent qu'ils n'y restent que pendant le carême. Ces anachorètes lisaient des livres de prières éthiopiens. Il y a aussi près de l'ermitage une chapelle creusée dans le roc. Tristram a trouvé plus haut Micore dans les rochers une quantité de grottes, dont quelques-unes même avec des fresques; mais il faut être habitué aux ascensions de montagne et muni de cordes pour se risquer jusque là. Ces grottes sont très anciennes, la solitude affreuse de la contrée y attira de bonne heure des anachorètes. On dit, par exemple, que St Chariton (p. 271) y demeura et qu' Elpidius agrandit les habitations. Le nom de mont de la Qttarantaine (Ar. Karantel) est mentionné pour la première fois au temps des croisades (11*12), déjà à cette époque la légende plaçait ici le lieu oii J.-C. jeûna pendant quarante jours et fut tenté par le démon (Math., iv, 1 et sniv.). Le couvent de la (Quarantaine, à l'époque dea croisade», dépendait de Jérusalem.
280 Boute?. GILGAL. DeJérusaltm
On ne peut gravir le sommet de la montagne qne du côté O. ; un guide est nécessaire. La vue qu^on a du sommet est magnifique. A TE., de Tautre côté de la grande plaine du Jourdain, s'^élève la croupe boisée du Nébi 'Ocha (p. 856); au S. de là, le Djebel et-Tinîyé. Au N. se dresse le Sartabé. En bas, dans la vallée (N.), deux belles prairies. Au S., le mont de la Quarantaine est séparé de celui de Kkêb el-Ehêl par le profond Ouâdi Dênoûn. Sur le sommet du Earantel ' se trouvent les traces d'aune forteresse qui semble avoir fait partie de la ceinture de forts au moyen desquels les Francs cherchaient a protéger leur territoire surtout vers Test.
n y a dans la plaine de Jéricho différents endroits qui peuvent intéresser le voyageur , mais celui qui veut aller en un jour d'ici au gué du Jourdain , à la mer Morte et à Mâr Sâba n' a guère le temps de faire des détours. Le chemin qui mène directement au célèbre ffué du Jourdain suit une direction E.S.E. et peut commodément se parcourir en 1 h. V2) ^^ effet, il est constamment doux et uni et traverse des buissons peu élevas. En s'écartant un peu au N. y on passe d'abord, au bout de 25 min. au Khirhet tUEUê^ près d'un grand réservoir carré. Quelques savants voient ici l'ancienne Gilgal. De là on est en 20 min. au Tell Djddjoûl, ancien cromlekli au N. du Ouâdi el-Kelt. Celui qui a découvert cette petite colline, Zschokke soutient non sans habileté que nous avons réellement ici l'ancienne Oilgal à l'E. de Jéricho, où les Israélites érigèrent les douze pierres en souvenir de la traversée du Jourdain f et où ils célébrèrent la première fête de la circoncision. Willibald y trouva en 723 une église de bois. Faut-il également voir ici, et non pas plutôt au N.O. de Jéricho, la localité du même nom où Samuel rendait la justice (I Rois vu, 16) et où Saûl fut ^u roi (ibid. xi, 14 suiv.), c'est une question qui n'est pas décidée ; pour admettre la première alternative il faudrait supposer que Juda vint jusqu'ici au-devant de David à son retour des contrées de l'E. du Jourdain (II Rois xix, 15, 40). On montrait du reste encore au temps des croisades ces douze pierres au-dessus desquelles avait été bâtie une église ; mais la conservation de ces pierres est précisément ce qui inspire des doutes sur l'authenticité du lieu. Oilgal était situé sur la fîrontière de Juda et de Benjamin.
A 50 min. environ à l'E. de cet endroit nous arrivons a uKasr
et - FeAoûdi (château des Juifs), situ^ exactement au N. du Ouâdi el-Kelt, à 15 ou 20 min. à l'O de l'endroit où elle débouche sur le Jourdain. C'est une grande construction carrée en pierres de taille, avec des voûtes et des galeries en ruine. Un long espace voûté avec une niche à l'E. semble avoir servi d'église ; 11 s'y trouve des inscriptions de pèlerins grecs. On y voit par une ouverture l'intérieur d'une citerne, et l'on remarque entre les pierres de petits cubes de mosaïque. Ces ruines sont désignées sous le nom de Deir Mâr Touhanna , couvent de St-Jean ; deux moines grecs
t Le peuple traversa le Jourdain le dixième jour du premier moi5, et campa à Oilgal, du «^ôté oriental de la ville de Jéricho. — Josué dressa à Gilgal les douse pierres qu'ils avaient apportées (Jos., iv, 19, 20). .
à Jéricho, LE JOURDAIN. Route 7, 281
habitent assez souvent la partie restaurée de Védiflce. La fondation d'une église à cet endroit, au-dessus de la grotte dans laquelle aurait vécu St Jean-Baptiste, est attribuée à Timpératrice Hélène. Justinien y fit, dit-on, creuser un puits , et un couvent y a existé pendant longtemps.
Nous tournons maintenant au S.E. pour aller à Tendroit où l'on se baigne ; nous l'atteignons en 1/2 ^- î ^o^s francMssons la haute digue que le fleuve a formée avec le temps et nous descendons vers son lit bordé d'arbres.
Le Jourdain est le principal cours d'eau de la Palestine (v. l'introd., p. 47; pour ses sources, v. p. 404). Ses eaux, avant d'arriver à la mer Morte, sont régularisées par deux lacs , celui de Hoûlé et celui de Tibériade. En ligne droite, il n'y a au plus que 225 kilomètres de ses sources à son embouchure, mais les courbes considérables qu'il décrit dans sa large vallée font que son cours, au lieu d'avoir une centaine de kil. du lac de Tibériade à la mer Morte en mesure trois fois autant. Ce fleuve, appelé ordinairement par les Arabes ech-CherVa , l'abreuvoir , doit son nom hébreu Yar^ dîn à sa pente considérable, qui est de 437m. de l'Hermon au lac de Hoûlé; de 274, de lîi jusqu'à celui de Tibériade et de 203 dans la troisième partie, jusqu'à la mer Morte, ou en somme de 914m. surtout son parcours, dont 520 seulement au-dessus du niveau de la Méditerranée. Les Arabes appellent la vallée du Jourdain et-OhÔTy la dépression, la cavité; les Hébreux en nommaient la partie qui est entre le lac de Tibériade et la mer Rouge, la 'Arabay le désert, la steppe. Au N., elle est généralement fertile; du Kani Sartabé situé près du chemin entre Naplouse et es-Salt, s'étendent également au S. un certain nombre d'oasis séparées par des terrains arides. Beaucoup de ruisseaux se jettent dans le Jourdain sur ses deux rives et plusieurs lui apportent toute l'année le tribut de leurs eaux , comme le Yarmoûc et le Nahr ez-Zerka, deux affluents de la rive gauche. Les districts des deux rives ont toujours différé considérablement de caractère ; la contrée de l'E. est mieux arrosée jusqu'à la région où commence le désert. Politiquement, il a toujours été séparé des districts de l'O., car la profonde vallée de ce fleuve devait former une barrière naturelle entre le peuple juif et les païens (Gen. xxxii, 10), bien qu'une partie de la nation ait habité au delà du Jourdain (v. p. 61). On descend presque partout dans cette vallée par des sentiers difficiles et abrupts. Sa largeur varie beaucoup ; elle est la plus considérable entre Jéricho et Nimrîn, où elle est d'environ trois lieues. Les géologues supposent que le Ghôr est l'ancien bassin d'une grande mer intérieure qui s'étendait au loin vers le N. ; mais jamais cette mer, encore moins ce qui en reste, la mer Morte, n'a été en communication avec la mer Rouge depuis que le continent a sa forme actuelle , [car on ne trouve nulle part des fossiles de mer, pas même dans les plus anciennes couches du sol. De plus, les hauteurs qui s'étendent au
282 Rouie 7. LE JOURDAIN. De JérusaUm
S. de la mer Morte en travers de la valle'e de la 'Araba , ne permettent pas de penser à la possibilité d'une telle communication (y. p. 315). Le fleuve s'est creusé deux lits dans ce vaste bassin. Pour arriver au plus ancien lit qui a 1/2 !• de largeur, on quitte le sol de la vallée pour descendre par une terrasse de 15m. de haut, aux pentes le pins souvent escarpées, crevassées de maintes façons et dont le sol est une terre marneuse cx>mplètement dépourvue de plantes. Le second lit, qui est le lit actuel, est plus profondément encaissé, mais au mois d'avril, il est entièrement rempli par le fleuve dont la largeur moyenne est de 30 m. Durant la saison des phiies et de la fonte des neiges , le fleuve sort même quelquefois de son lit actuel. Le fourré (ez-siôr) qui en cache la vue a recelé des lions dans l'antiquité (Jér. xlix, 19). Le Jourdain contient beaucoup de poissons , qui se portent sur différents points selon les saisons. Son eau, qui est claire au sortir du lac de Tibériade, jaunit parce qu'il mine le sol dans son cours rapide. Du reste son eau n'est pas mauvaise à boire , elle n'est en général désagréable que parce qu'elle est très chaude. La profondeur du fleuve varie avec les saisons ; en automne on y trouve une foule de gués. L'un des plus célèbres est celui de Kasr el-Yehoûdi, lieu de bains (el-Hélou) pour les pèlerins Grecs. Plus au S. est l'endroit où se baignent les Latins ; il porte le nom de Màkta% lieu de passage, ce qui permettrait de l'identifier avec le beWabœra de St Jean (i, 28) , si nous avions à l'appui quelque preuve de plus. D'après l'Ev. de Jean i et 11, 1, on serait tenté de chercher Béthabara beaucoup plus loin au N. Quant au miracle à la faveur duquel les Israélites traversèrent le fleuve (Jos. m), la suspension du cours de l'eau a pu être le résultat d'une cause naturelle qui se serait produite sur un point où le lit est déjà très étroit, au-dessus du Sartabé; on prétend du reste avoir retrouvé dans Tell Dâmiyé le nom de la ville d'Adam mentionnée par Josué (in, 16). La Bible ne parle guère de ponts sur le Jourdain ; on le traversait toujours aux endroits guéables (I Rois xin, 7 et II Rois x, 17); cependant il est dit de David qu'à son retour avec Barzillai, il repassa en bac sur son territoire (II Rois xix, 18). Selon la tradition, c'est également à ce gué que le prophète Ëlie s'ouvrit un passage en frappant l'eau de son manteau (IV Rois 11, 8). Enfin c'est encore ici que St Christophe aurait porté l'enfant Jésus à travers le fleuve.
La principale raison pour laquelle on allait en pèlerinage au Jourdain c'est que St Jean y a séjourné et que J.^C, y fut baptisé -f.
f Et toute la Judée et tous les habitants de Jérusalem allaient vers lui, et confessant leurs péchës, ils étaient baptisés par lui dans le fleuve du Jourdain. — Et Jean était vêtu de poil de chameau; et une ceinture de peau était autour de ses reins ; et il se nourrissait de sauterelles et de miel sauvage ; et il prêchait disant : — Un plus puissant que moi vient après moi-, et je ne suis pas digne de me prosterner devant lui de délier les cordons de sa chaussure. — Je vous ai baptisé dans Teau, mais il vous baptisera dans le Saint-Esprit. — JÇt voici ce qui arriva : en
à la mer Morte. LE JOURDAIN. Route 7. 283
L'existence du couvent mentionna ci-dessus prouve qu on crut de bonne heure que ce baptême avait eu lieu ici. £n mémoire de ce fait, dès V^poque de Constantin, on considéra comme particulièrement salutaire le baptême dans l'eau du Jourdain. Au vi« s., Antonin trouva ici une grande affluence de pèlerins; il dit que les deux rives étaient recouvertes de marbre, qu'on avait dressé une croix de bois au milieu du fleuve et que lorsque les prêtres avaient béni l'eau , les pèlerins y entraient vêtus d'une tunique blanche qu'ils conservaient ensuite précieusement pour y être ensevelis. Il se fit aussi au moyen âge des baptêmes dans le Jourdain, mais ils avaient lieu plus haut, dans le voisinage du couvent. A partir du xvi« s. , on remit le bain à une saison agréable , entre r Epiphanie et la fête de Pâques. Il s'y passait du reste assez souvent des scènes de désordre. A des époques déjà anciennes, les pèlerins étalent bien moins conduits au Jourdain, qu'ils n'y étaient menés en quelque sorte comme un troupeau de moutons , par des guides bédouins , parfois même en compagnie du pacha , et souvent alors des querelles éclataient entre les chrétiens. Les Grecs tiennent beaucoup de nos jours encore à se baigner dans le Jourdain comme (Conclusion de leur pèlerinage en Terre-Sainte. La grande caravane qui se rend au fleuve après les fêtes de Pâques offre un coup d'œil curieux et étrange, surtout dans son campement éclairé le soir par des torches. Pour le bain , les popes sont dans l'eau jusqu'à la poitrine et y plongent les hommes, les femmes et les enfants qui entrent dans le fleuve vêtus de blanc; il y en a qui emplissent des cruches d'eau pour s^en servir dans les baptêmes à leur retour chez eux. On rencontre aussi en d'autres saisons des troupes de pèlerins au même endroit. Il est bon d'être sur ses gardes en se baignant, car le courant est très rapide et l'on n'a pied du c6téO. que jusqu'aux deux tiers de sa largeur; les nageurs seuls peuvent passer de l'autre côté. On a un très beau coup d'œil à quelques pas en amont : au premier plan des groupes de pèlerins enthousiastes buvant de l'eau et se baignant ou faisant sécher leur linge , et à l'arrière - plan les montagnes à l'O. de la mer Morte, notamment le cap d*el - Fechkha. La rive est bordée de tarfa et de saules. En général les bacs dépendant de l'administration de Jérusalem.
Il y a un autre chemin plus au S. menant de Jéricho à l'endroit où se baignent les Latins. Il conduit d'abord, au S.O. à la douane d'Otimm Ohéifer, Y4 d'h. ; 1 h. plus loin, dans la même direction , est la source dite ^Atn Hadjla , dont l'eau est tiède , et à 10 min. O.S.O. les ruines de Kasr el-Hadjla. C'est bien là
ces jours là Jésus revint de Nazareth en Galilée, et il se fit baptiser par Jean dans le Jourdain. — Et soudain, comme il sortait de Teau, il vit les cieux ouverts, et l'Esprit descendre comme une colombe et demeurer sur lui. — Et une voix se fit entendre du ciel: Tu es mon fils bien aimé) en toi j^ai mis mon bon plaisir (Marc i, 5-11).
284 Route 7. LA MER MORTE. DeJérusaUni
qu'était Tantiqae Beth Hagla, mentionnée comme limite entre Jnda et Benjamin (Jos. xv, 6). Les mars et les restes de peintures qu*on y voit prouvent que ces ruines sont celles d'un couvent. Les habitants du pays les appellent Deit Mâr Youhanna Hadjla, couvent de St-Jean.
Une excursion à l'embouchure du Jourdain dans la mer Morte offre peu d'intérêt. Elle est à 1 h. V2 ^^ l'endroit des bains. Le fleuve s'écoule par deux bras sans aucune pente, de sorte que l'eau salée se mêle à l'eau douce du fleuve bien au-dessus de son embouchure. Les poissons qui arrivent dans l'eau de la mer y meurent et sont rejetés au rivage. Les bords du Jourdain sont aussi couverts de végétation dans la plus basse partie de son cours ; maïs la partie supérieure de la rive présente des parois de terre marneuse, nues et crevassées d'une façon bizarre , du bord desquelles il est prudent de ne pas trop s'approcher à cause des éboulements. On trouve souvent dans la marne des croûtes de sel et des morceaux de soufre. La vallée le plus au N., qui de l'O. s'abaisse sur la mer Morte, s'appelle Ouâdi es-SouoUeimé. M. de Saulcy , membre de l'Acad. fr. rapproche de ce nom celui de Beth Yessimoth^ l'ancienne ville des Amorites et plus tard de la tribu de Ruben (Nomb, xxxni, 49; Jos. xii, 3; xin, 20; Ezéch. xxv, 9),
Le chemin qui de la place des bains, conduit directement à la mer Morte et à Mâr Sâba, longe quelque temps le fleuve , à travers des buissons, et s'en écarto ensuite pour franchir des terrains couverts de couches de sel et de plâtre où il ne croît iLbsolumentrien. Cette triste plaine s'étend jusqu'à ce qu'on se retrouve à 25 min. de là, dans la vallée supérieure du fleuve. On a une vue magnifique sur la plaine elle-même et particulièrement sur les versants bleuâtres des montagnes des deux côtés de la mer, avec la profonde déchirure du Zerka Ma'^în à g., au S. ; malheureusement l'atmosphère se charge habituellement de vapeurs vers le milieu du jour. On arrive en 40 min. , au S.O. , sur le bord de la mer Morte, en face d'une petite île qui, quand les eaux sont basses , fait corps avec la terre ferme.
La mer Morte, appelée d'abord mer de Sel chez les anciens Hébreux, et aussi mer de VEst chez les prophètes, fut nommée plus tard lac Aaphaltite et mer Morte par les écrivains grecs. Les Arabes la désignent aussi sous ce nom, mais plus souvent encore sous celui de Bahr Loût, la mer de Loth, car Mahomet a reproduit l'histoire de Loth dans lô Korân. Les anciennes relations sur cette mer reposent en partie sur des exagérations ; aussi était-il réservé à l'expédition envoyée par le gouvernement des États-Unis d'Amérique en 1848 de résoudre bien des doutes et d'arriver à maints résultats certains, désormais acquis à la science. (Voir le rapport de W.-F. Lynch, «fNarrative of the United States expédition to the river Jordan and the Dead Sea», Baltimore and London.)
La mer Morte a 75 kilomètres de long (à peu près comme le lac
h la mer Morte. LA MER MORTE. Rouie 7. 285
de Genève) et sa plus grande largeur à partir du Ouâdi Môdjib est de 16 kil. Elle commence à se rétrécir au N. au cap (ràs) Mersed, où elle a 13 kil. ; elle n'en a guère plus que 11 à celui d'el-Fechkha, et moins de ô à la presqu'île. A TE. et à l'O., cette mer est bornée par des montagnes escarpées, de sorte qu'en bien des endroits il n'y a qu'une plage très étroite, et même pas du tout sur certains points. La baie du S. aux rives aplaties, laquelle ne s'aperçoit pas de l'extrémité N., est formée en partie par une presqu' île basse nommée en arabe eL-Lisân^ la Langue (Jos. xv, 2). A l'extrémité S.O. de la mer est située une montagne de sel (p. 305).
C'est en 1837 qu'on a commencé à supposer que cette mer était au-dessous du niveau de la Méditerranée et des mesurages précis faits de nos jours ont donné les résultats suivants :
Différence de niveau entre la mer Morte et la Méditerranée 394m .
Maximum de profondeur de la mer Morte 399m.
Altitude de Jérusalem par rapport à la Méditerranée . . 760m.
Altitude de Jérusalem par rapport à la mer Morte . . Ilô4m. L'expédition américaine avait transporté avec beaucoup de peine deux bateaux en métal de St-Jean-d'Acre à Tibériade, d'où elle avait descendu le Jourdain. Elle passa 22 jours sur la mer Morte croisant dans tous les sens et faisant partout des sondages. Elle a constaté que la profondeur moyenne était de 180 brasses ou 329m., que celle de la baie S. ne dépasse nulle part 3 m. 60, qu'elle va -jusqu'à 218 brasses ou 399 m., entre le'Aîn Térâbé, à l'O. , et Temboucbure du Zerka Ma^în , à TE. , d'où il résulte que la plus grande profondeur doucette mer, dont la surface est à 394m., atteint 793 m. au-dessous du niveau de la Méditerranée. Du reste son propre niveau varie avec les saisons, ce que l'on reconnaît aux morceaux de bois couverts de sel qui gisent à différents endroits sur le rivage. La mer Morte a toujours été le bassin vers lequel se sont rendues les eaux du Jourdain et des rivières qui descendent des montagnes environnantes ; c'est un de plus anciens de la terre. L'eau y était beaucoup plus baute à la fin de la période tertiaire que de nos jours ; il y a des dépôts de marne sur les flancs des montagnes jusqu'à une bauteur de 106 m. au-dessus du niveau actuel. Les rivières étaient aussi plus importantes ; on remarquera quelles baies profondes elles se sont creusées à l'E. et à l'O. Il est probable que le niveau de la mer baisse lentement, malgré la quantité d'eau considérable qu'elle reçoit encore. On a calculé que le Jourdain lui en apporte 6 millions de tonnes par jour ; il faut aussi que cette masse énorme s'en évapore journellement, car il n'est pas possible de supposer un écoulement, vu le niveau de la mer. En effet l'air cbaud et sec de cette dépression unique dans son genre, peut absorber des quantités énormes de vapeurs d'eau. La conséquence de cette forte évaporation est que la masse d'eau qui reste est saturée de substances minérales , que fournissent en outre abondamment les couches riveraines de marne chargées de
286 Route 7. LA MER MORTE. DeJérkho
sel. La pesanteur spécifique de Teau n'est pas la même partont, elle varie entre 1.026 et 1.256(1.166 en moyenne); elle est moindre à rembouchure du Jourdain et sur la ligne qui en forme le prolongement que sur les cotés, et plus considérable dans le fond qu'à la surface. Un œuf frais y surnage, un tiers de son volume restant en dehors. L'homme a peine à y plonger et peut se maintenir immobile à la surface; mais il n'est pas agréable d'y nager parce que les extrémités du corps , et avant tout les pieds , sont légèrement soulevées par Teau. Il y a des personnes qui éprouvent des démangeaisons après s'être baignées ; il reste cependant à savoir si cela ne vient pas de <se qu'elles s'exposent trop longtemps aux rayons brûlants du soleil. Au reste, après un bain, la peau conserve quelque chose d'huileux; cette sensation engagera peut-être le baigneur, à prendre un second bain dans le Jourdain et même à faire le voyage en sens inverse; toutefois ce deuxième bain n'est pas absolument nécessaire. — Il paraît qu'on a fait jadis usage de l'eau de la mer Morte en médecine.
En moyenne, l'eau contient 2Ô% de parties solides, dont la moitié environ est du chlorure de sodium ou sel marin. Le chlorure de magnésie qui s'y trouve également en quantité lui donne un goût amer détestable , et c'est le chlorure de calcium qui la rend onctueuse. Il y a encore dans cette eau plusieurs autres substances mais dans de moindres proportions; elle entre en ébullition à 105 ^ centigr. Le sel de la mer Morte et des couches marneuses du voisinage a toujours été exploité et transporté à Jérusalem; on le regarde même comme étant d'une qualité supérieure. 11 y a, dit-on, des masses d'asphalte au fond de la mer ; le voyageur n'en volt pas habituellement, ce ne sont que les tremblements de terre et les erages qui en détachent des fragments et les font surnager. D'après d'autres, cet asphalte vient d'une brèche formée de pierre calcaire liée par du bitume; elle se trouve sur la rive occidentale et de là, entraînée dans la profondeur, elle s'y désagrège, de façon que le bitume monte ensuite facilement à la surface. L'asphalte de la mer Morte était déjà préféré à tout autre dans l'antiquité.
n est maintenant bien prouvé qu'il n'y a pas d'êtres vivants dans l'eau de cette mer ; on n'y a trouvé ni coquillages ni coraux, et même les poissons de mer plongés dans cette eau alcaline y meurent en peu de temps. Mais il n'est pas vrai qu'il n'existe aucun être vivant sur les rives de la mer Morte et que les oiseaux ne puissent la traverser. Sans doute la faune n'y est pas riche, mais cela vient plutôt dU manque d'eau douce et de ce qu'il y a par conséquent peu de plantes ; les endroits suffisamment arrosés présentent une végétation tropicale luxuriante (v. Engeddi, p. 802). Les bords de la mer Morte furent autrefois habités , surtout par des ermites, comme on le reconnaît à des ruines. Au temps de Flavius Josèphe, la surface en était parcourue par des embarcations ; elle le fut aussi au moyen âge et plus tard encore ; aujourd'hui elle
àEngeddi, LA MER MORTE. Route 7. 287
ne l'est absolument phi s. Quand un ouragan traverse ce bassin encaissé entre des rochers , le bruit des flots se heurtant contre les parois d'un bateau ressemble, selon Lynch, à des coups de marteau ; mais la pesanteur même de l'eau fait qu'ils se calment dès que le vent cesse.
La vue des montagnes et de la mer est magnifique lorsque le oiel est clair. Le cap (râs) à dr. est celui d'el-Fechkha; plus au S. se voit celui de Mersed , derrière lequel est situé Engeddi. A g. , It quelque distance, le ravin du Zerka Main, qui descend de la croupe de la montagne , haute de 1060 m. 11 est rare cependant qu'on voie bien les montagnes , qui sont généralement voilées de vapeurs (v. aussi p. 284) ; mais de loin, surtout des hauteurs, l'air paraît entièrement pur et l'eau a une couleur bleu foncé. Vue de plus près , elle semble plutôt verdâtre , et quand on est sur le bord on croit voir de l'huile.
On aura bien soin d'emporter de Jéricho ou du Jourdain de l'eau douce en quantité suffisante, car on n'en trouve nulle part ailleurs sur toute cette route. Des morceaux de bois rejetés par la nuer ont été plantés en terre en différents endroits en guise de supports pour que les voyageurs , en y plaçant des tapis puissent
s'abriter contre la chaleur et l'éclat du jour.
De Jéricho à ^Aïn Feohkha bt A Enobddi (10 à 12 h.). Il n'y a rien à voir à ^Aïn Fechkha^ le chemin est uni et bon jusque là; mais ensuite, jusqu^à Engeddi, il est assez fatigant, on ne trouve pas d'eau sur son parcours, mais il ne manque pas d'intérêt et mérite d'être parcouru si l'on veut retourner à Jérusalem par Hébron. Il fournit l'occasion de voir de plus près les rives de la mer Morte et le désert de Judée déchiré par des gorges profondes. Une escorte de Bédouins est nécessaire (v. p. 273) et il faudra naturellement prendre des provisions.
En quittant Jéricho, on se dirige vers le S. en suivant le côté O. de la vallée, couvert d'une maigre végétation; on aperçoit çà et là des gazelles qui s'enfuient. La plaine se rétrécit de plus en plus à l'endroit oii commence la mer Morte. Une bonne demi-heure avant d'atteindre ^Aïn Fechkha, on arrive aux ruines de Qoumrân (qui est sans rapport avec Oomorrhe); on trouve ici grand nombre d'anciens tombeaux. Enfin la plaine se termine en angle aigu au *Aîn Fechkha, source abondante qui jaillit au milieu de hautes touffes de roseaux près de la mer. L'eau en est claire, mais un peu chaude, saumâtre et sulfureuse; il est facile de la rendre potable en la mettant dans des cruches poreuses et en y mêlant un peu de vin: on fera ici sa provision pour l'excursion d'Engeddi. Il y a à coté de la source quelques ruines qui se remarquent à peine. Le cap d'el-Fechkha qui s'avance au loin dans la mer n''est franchissable que pour ceux qui sont habitués à gravir les montagnes. Les voyageurs avec des chevaux sont obligés de prendre à dr. un chemin en zigzag, pierreux et escarpé, puis de faire un détour de 2 h. ijs au moins à l'O., par monts et par vaux pour atteindre de nouveau le rivage de la mer Morte et se trouver de Tautre côté du cap, sur le versant méridional du Ouâdi en-Nâr (vallée inférieure du Gédron). Le chemin est très mauvais, mais il n'est cependant pas sans intérêt à cause de la vue de l'extrémité K. de la mer et de la partie inférieure de la vallée du Jourdain. Au S. s'avance le cap rocheux de Mersed (v. ci-dessous)*, les hautes montagnes de l'E., avec leurs profondes déchirures forment un très beau cadre au tableau qu'on a devant soi. Les rayons du soleil ont une intensité particulière; dès qu'on se rapproche du bord de la mer, on est saisi par l'odeur désagréable de quelques sources sulfureuses qui s'y trouvent, odeur qui vous poursuit presque jusqu'à Engeddi. On trouve souvent de ce côté des
288 Boute?. LA MER MORTE. J>e Jéricho
morceaux de pierre noire ou calcaire bitumineux (p. 286). Ju8qu''à ce qu''on soit un peu au delà du Ouâdi Hasàaé (environ 2 h.), le chemin qui passe aux extrémités des vallées à^éi-Ohotiouér, et-Tefâmiré et ed-DéredJi est pasaable; mais ensuite, au contour du Bas Mersed (1 h.), il est de nouveau très pénible pour les hommes et les chevaux , au point que Ton croit souvent à peine possible de franchir le cap. On arrive enfin à Engeddi (p. 301) en 1 h. V2 après avoir fait encore une nouvelle montée. Pour le chemin de Masada, v. p. 302 ; pour celui d'Hébron, p. 902.
Un second chemin menant à Engeddi part du haut du cap el-Fechkha, avant qu'on arrive à la gorge du Ou&di en-Kâr mentionnée ci-dessus, et suit la crête des montagnes, traversant aussi des ravins. Il est sans doute encore plus mauvais que le précédent, mais la vue y est naturellement plus belle.
Les vallées sont assez difûciles à traverser, surtout celle à'^el-Ohououêr (v, ci-dessus). Les ravins obligent souvent à faire des détours. Au bout de 15 min. , on atteint à une autre vallée , et 40 min. après au cap IfeU> et-Terûbé, rocher formant une saillie à pic au-dessus de la souroe du* même nom; on y jouit d'une vue grandiose et libre sur la mer Morte et ses environs. Au S.E. s'élève Kérac; au N.E. se trouve la frontière, le haut Djebel 'Ocha (p. 366l. A 40 min. de là, on est à un endroit d^où un mauvais chemin descend à g. à la source de 'Ain TerMéj puis à lô min. près de l'endroit où ae rejoignent le Ouddi et-Ta^dmiré et le Ouâdi Déredjé (à g. dans le bas). On atteint 20 min. plus loin, le Ouâdi et-Ta'^âmiré, qui vient de Bethléhem, et 35 min. après le Ouddi ed-DirecUé, la partie inférieure du Ouâdi Khareitoûn. . Les parois presque perpendiculaires des deux vallées en rendent le passage très difficile ; on parvient en 20 min. à la hauteur située de l'autre côté. Au bout de 40 min. on traverse le Ouddi el-Hasdsé, qui vient de Tékoû'a (p. 267), et l'on s'élève peu à peu, puis 40 min. après on est sur le grand plateau de Hasdsé^ qui est traversé de rigoles à sec et qui ne présente comme végétation que quelques buissons: il y campe souvent des Bédouins Rachâïdes. 40 min. encore et Ton passe par le petit Ouddi GhéHf. A g., le Djibel Chékt/y d'où le Bas Mersed (v. ci-dessus) s'avance dans la mer. 1 h. 10 min. plus tard, on traverse le Ouddi Souder^ vallon à sec; 20 min. après, on arrive enfin au chemin de Jérusalem (p. 267) et en 30 min. sur la hauteur au-dessus d'Engeddi (p. 301).
Le chemin qui va de Textr^mit^ N.O. de la mer Morte 'k Mâr Sâba sait d'abord pendant qnelque temps le bord de la mer ; il y fait vers midi une chaleur brûlante. A 18 min', de distance, on laisse à g. une source, dite 'Ain d^DJéhayyir; l'eau en est saumâtre et n'est guère potable. Ensuite on quitte le bord de la mer et l'on remonte le Ouâdi td'Dahty vallée profondement ravinée, en partie couverte de broussailles et où se trouve, dit-on, beaucoup de gibier: perdrix, pigeons ramiers, lièvres, etc. Au bout de 35 min., on a une belle vue sur la vallée du Jourdain et la mer Morte. Pais on monte à g. le long d'une gorge profonde et Ton découvre toujours de nouveaux points de vue. Bientôt on aperçoit à dr. le col (ne^b) du Ouâdi Moûsa, et 35 min. après on arrive dans le Ouâdi tl'kenètéra. Au N.O. , sur la montagne, Nibi Moûaa (tombeau du Prophète Moïse), lieu de pèlerinage des Musulmans mentionné pour la première fois au xiii^ s. Il est si bien avéré que Moïse mourut dans le pays à l'Ë. du Jourdain, que personne sans doute ne prendra la peine de visiter ce lieu. Les musulmans y font tous les ans, un jour du mois d'avril (départ entre 1 et 2 h. de l'après-midi) un grand pèlerinage auquel prennent part une foule de derviches fanatisés qui, dès le matin, parcourent demi-nus les rues de Jérusalem (tvec leurs drapeaux en poussant leur cri ida-ilâha ill-allâh».
à Jérusalem. MAR SÂBA. Route 7. 289
Nous remontons toujours la vallée. Nous avons à dr. au bout de 40 min. le DJébel Djamoûm et nous atteignons le plateau de Bke€a^ qui sMtend au S.S.O. Cette plaine est au printemps couverte de pâturages et fréquentée par des Bédouins de la tribu de Hteim. Après avoir marché 3/^ d'h. , on croise le Ouâdi Khérabîyé, qui s'abaisse à VE. comme toutes les vallées de cette contrée. Dans le bas du Ouâdi BkeVa, à g. , des campements de Bédouins. Le coup d'œil sur la mer Morte , à une grande profondeur au-dessous des montagnes, est d'une beauté grandiose. ^2 b* P^us loin, un réservoir contenant de Veau de pluie, nommé Oumm el'Foûs, A 20 min. de là , près du chemin , un tas de pierres destiné à rappeler aux voyageurs qu'ils sont à cet endroit près de Nébi Moûsa (v. ci-dessus). Bientôt après (35 min.), nous perdons de vue la mer Morte et nous descendons païf un mauvais chemin dans le Ouâdt en-Nâfy la vallée du Gédron, dont nous atteignons le fond en moins de 30 min. Ici nous sommes au milieu dun désert; nous montons par des degrés de l'autre côté de la vallée et nous arrivons en 20 min. sur la hauteur, près d'une tour de garde , d'où nous apercevons devant nous le but de notre excursion , le couvent de K&r 8&ba. Il faut frapper fort à la petite porte bien verrouillée pour annoncer sa présence et donner sa lettre de recommandation. Après le coucher du soleil, personne n'est reçu même avec une lettre. Les femmes n'entrent pas dans le couvent mais sont logées dans la tour de dehors. Il y a une seconde tour au-dessus de l'entrée ; le gardien qui s'y trouve domine au loin les montagnes et les vallées et peut constater le danger qui menacerait le oouvelit.
A l'intérieur du couvent , on descend par une cinquantaine de marches à une seconde porte ; puis un deuxième escalier conduit à une cour pavée, et de là, un troisième à la salle des étrangers, dont les divans sont trop souvent occupés par une multitude de petits sauteurs. Le traitement dont on est l'objet laisse à désirer, mais on peut avoir au moins du pain et du vin ; il y a des cuisines à la disposition des étrangers qui ont avec eux un drogman et un cuisinier. La couchée pour trois personnes se paie 10 fr., et l'on donne eu outre 2 fr. au domestique et de ÔO c. à 1 fr. au portier.
S'il arrive qu'on passe au couvent une nuit de clair de lune, l'on emportera l'impression la plus vive de la vue du désert affreux qui l'entoure. On se rendra alors sur la terrasse d'où l'on contemplera la vallée qui est au pied. Les rochers sont taillés à pic, de telle sorte qu'il a fallu élever d'énormes murs de soutènement pour créer l'étroite surface sur laquelle est bâti le couvent. Les hauteurs arides qui sont de l'autre côté de la vallée <k)ntlenneiit une foule d'anciens ermitages habités aujourd'hui par des chacals. Le fond de la vallée, qui est assez étroite, est à 180 m. au-dessous du couvent, à peu près au niveau de la Méditerranée.
Èisloire. — St Euthymius fonda ici au vc s. une laure ou monastère. Son disciple favori , St Sabas . naquit vers 439 en Cappadoce. A peine âgé de 8 ans, il renonça aux biens de la terre et entra dans un couvent.
290 Route?. MARSABA. De Jéricho
Dix ans plus tard, il se rendit à Jérusalem et se fixa alors dans ce désert près de 8t Eathymins. Ce dernier se retira dans nne laure de la montagne de Mert et laissa la direction de cette laure à son disciple bien-aimé. La réputation de la sainteté de Sabas s'^étant répandue, il vit se joindre à lui plusieurs anachorètes avec lesquels il vécut dans une laure fondée par lui, sous la règle de St Basile. En 484, Sallustins, évê" que de Jérusalem, lui conféra la prêtrise et le fit abbé d''un ordre qui 8''e8t appelé d'après lui Tordre des sabaïtes. Il mourut en 531 ou 532, après avoir joué un rôle considérable dans les disputes théologiques contre les monnphysites , et après avoir fondé d'^autres colonies de cénobites. En 614, les bandes de Khosroès, roi des Perses, pillèrent le couvent dont les richesses lui attirèrent plusieurs fois le même sort durant les siècles suivants (796 et 842), ce qui obligea de le reconstruire comme une forteresse. Il a encore été pillé de nos jours en 1^2 et en 1834. Les Russes Tont relevé et agrandi en 1840. — A Pâques, beaucoup de pèlerins reviennent du Jourdain en passant par Mftr Sâba.
Les visiteurs parcourent le couvent sous la conduite d'un moine ou d'un frère servant. 11 se compose d'une foule de terrasses à côté ou au-dessus les unes des autres. Toutes les places disponibles ont été transformées en jardins ; les rayons du soleil y sont fortement réverbérés par les rochers , ce qui fait que les figues y mûrissent beaucoup plus tôt qu'à Jérusalem. Au milieu de la cour pavée se trouve une construction à coupole , décorée à l'intérieur avec plus de richesse que de goût, et renfermant le cénotaphe de St Sabas. C'est là pour les pèlerins le sanctuaire principal ; les restes du saint ont été transportés à Venise. Au N.O., derrière cette chapelle isolée est l'église de St-Nicolas, en majeure partie creusée dans le roo, et qui peut-être était primitivement un ancien ermitage. On y montre derrière une grille les crânes des martyrs mis à mort du temps de Ghosroès. L'église du couvent, àl'E., n'offre guère d'intérêt. Elle a la forme d'une basilique ; il s'y trouve encore quelques vieilles peintures sur fond d'or ; d'autres ont été échangées pour des tableaux neufs offerts par les Russes. On y montre aussi le tombeau de St Jean Damascène, que son éloquence flt surnommer Ohrysorrhoas. Sans être un génie, ce moine de St-Sabas , qui écrivit au vin^ s., fut l'un des derniers grands théologiens de l'ancienne église grecque dont il clôt le développement dogmatique.
Derrière l'église sont les logements réservés aux pèlerins et les cellules des religieux. Ceux-ci sont soumis à une règle sévère qui les oblige à jeûner et à ne manger que des légumes. Ils ont apprivoisé les oiseaux des environs au point de les habituer à venir manger dans leurs mains. Ils ne se surchargent pas l'esprit de science , et ne permettent même pas aux étrangers de voir leur bibliothèque, où Tischendorf a trouvé de beaux manuscrits. Le couvent subsiste grâce à des présents du dehors et au produit de quelques terres. Il est maintenant habité par 65 moines et quelques aliénés dont on leur a confié la garde. H y a dans un des jardins un palmier qui, dit-on, a été planté par St Sabas , et dont on vous assure qu'il porte des dattes sans noyaux. La principale chose qui rappelle le souvenir du saint est sa grotte , que l'on montre tout à fait au S. , au-dessus de la salle de^ étrangers. Une galerie d»ns le XQQ
à Jérusalem, MAR SÂBA. Route 7. 291
conduit h, la grotte, près de laquelle est un espace plus petit appela la caverne du Lion. On raconte que St Sabas, rentrant un jour dans - sa grotte, y trouva un lion et que néanmoins il se mit tranquillement à réciter son office et s'endormit. Deux fois le lion l'aurait tiré hors de la grotte ; mais enfin le saint lui indiqua un coin où il pouvait demeurer, et dès lors ils vécurent paisiblement ensemble. Db Mâr Saba à Jjsrusalem (3 h. Y2)) ^n remonte en partie la vallée du Cédron, qu'on laisse toutefois d'abord à dr. A 20 min. du couvent, on traverse le lit du ruisseau. Il y a beaucoup de silex dans la- roche calcaire , où il se présente en coucher sous forme de rubans. 7 min. plus loin, on prend un chemin à g. Ou voit quel* quefois sur la 'route des campements de Bédouins. Après 7 autres minutes, on voit à g. du chemin (S.) une grotte creusée dans le roc et renfermant de mauvaise eau. Si l'on ne veut pas rester dans > la vallée, où le chemin est bon, passablement uni , mais, un peu long, on quitte, au bout de ÔO min., la vallée du Cédron qui fait une courbe au S. et l'on tourne à l'O. pour prendre par le Ouâdi eJL^ Leben (vallée du Lait), un chemin qui se dirige d'abord vers le N. Après 40 min. d'ascension pénible on atteint une hauteur qui forme la ligne de partage des eaux et d'où l'on a un coup d'œll surprenant sur Jérusalem. En deçà se trouve Beit Sâhoûr el-'Atî|^a (S. 241); au S.E., le mont des Francs; au S. 0., le village de Soûr Bâ^er. Descendant à l'O., on arrive de nouveau, en 35 min., dans la vallée du Cédron, et l'on a à g. Beit Sâhoûr. Un peu moins de 30 min. plus loin, à dr., le Ouâdi Cattoûfiy qui descend du mont des Oliviers. On est ensuite en 10 min. à la fontaine de Job
(S. 240) et lÔ min. après, à la porte de Jaffa.
De Mâb SÂBA A Bethléhsm (2 h. 50), chemin assez commode. On gravit d^abord la montagne au N. de la tour supérieure du couvent. . De temps en temps, on a de beaux coups d^œil en arrière sur la mer Morte et les montagnes désertes et sauvages qui renvironnent. Après 35 min. de marche, on perd de vue la tour du couvent. Au printemps toutes les hauteurs des alentours sont couvertes de pâturages. Au loin dans le bas du Ouâdi en-Nâr (p. 289), on aperçoit les huttes des «gardiens du couvent». Au bout de 20 min., on voit à dr. le mont des Oliviers. D'ici, on peut atteindre Bethléhem par un chemin situé plus au N. et plus pittoresque qui conduit aux ruines d''un couvent, le Deir. Ibn-'Obeid, nommé aussi Âfâr Theodosiuê. 10 min. plus loin , on est sur une hauteur d'ôU Ton a une belle vue , qui comprend même le mont des Francs (p. 272), au S. A 4 min., on descend dans le Ouâdi eWArâis (val des fiancés). 10 min. après, on est dans le bas de cette vallée. En 15 min., pendant lesquelles on monte de nouveau un peu, on arrive dans un vallon sur le coté g. duquel on remonte. A 17 min. de là se présente an regard une grande vallée; en face, Bethléhem; à dr., Mâr Elyâs. 40 min. après commencent les champs et les jardins de Bethléhem; le couvent de Mâr jSâba a ici des propriétés. Les tours de guet qui se voient partout dans les jardins datent du temps dlbrâhîm Pacha, mais il y en avait déjà de seinblables du temps des Juifs. 10 min. plus loin, on laisse à quelques centaines de pas à g. le village de Beit Sâhoâr (p. 266). et au bout de 6 min. un chemin du même côté; puis on arrive en 10 mm. au couvent latin, et enfin 2 min, après sur la place de Fé^lisQ St«-Marie à Bethléhem (p. 208).